//img.uscri.be/pth/5f38d956bd207ca55e9228ad5501822d011bb6ba
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 1,49 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB - MOBI - PDF

sans DRM

Philosophie dernière

De
186 pages

C’est à l’aide de l’intelligence humaine que chacun de nous ne fabrique jamais autre chose que du fantasme et nous croyons que la science nous apporte la vérité. Cette vérité scientifique fonde un monde compris comme objectivement constitué. Nous montrons que le nombre mathématique n’est nulle part dans la réalité. La simple proposition d’universalité de la structure évacue toute subjectivité. Cette « poussée » positiviste est concomitante de la consolation que nous cherchons à travers la science et/ou la religion. La philosophie, elle, n’est jamais entreprise de consolation. C’est pourquoi nous utilisons le langage pour condamner de façon certaine l’expérience individuelle, l’expérience authentique, l’expérience de cette vie propre à chacun, cette vie qui s’échappe parfois du carcan d’inspiration positiviste, quand elle rencontre notre être-vieillissant. C’est pourtant lui qui est le garant en quelque sorte de cette mémoire si pleine de ce que chacun de nous est, comme le vivant qu’il est. Le langage est le plus bel outil de lobotomisation de la masse. Nous revisitons sans cesse et ce depuis que nous nous servons de ce dernier, le constat de notre médiocrité en lui donnant une couleur acceptable parce que nous œuvrons dans la flagornerie. C’est ainsi que notre prétention se pare d’un instinct grégaire sans équivalent sur cette planète. La dynamique positiviste qui est la nôtre et qui écrase tout, prend le pouvoir jusqu’à celui absolu que nous avions explicité dans l’être-monde-fantasmé. Tout entière animée par l’hyperdésir d’immortalité, cette dynamique ressemble à s’y méprendre à celle du cancer. Malgré la promesse que le vivant dispense tout autour de lui et qui consiste en l’indéfectibilité première que tout doit disparaître sans laisser de traces, nous sommes tels d’inconsolables artisans d’un monde qui n’existe pour personne, d’inconsolables artisans d’un monde qui n’est fait que de mensonges. La messe est dite sans jeu de mots par ces quelques éléments de philosophie dernière.


Voir plus Voir moins

Couverture

Image couverture

Copyright

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cet ouvrage a été composér Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-334-24248-6

 

© Edilivre, 2017

Avant-propos

La philosophie ne s’enseigne pas. Elle n’est jamais collection d’objets comme objets de la connaissance. Il n’y a que l’histoire de la pensée et donc autant de fantasmes comme autant de systèmes de pensées qu’il y a d’êtres-mondes-fantasmés, qu’il y a de philosophes appelés ainsi par cette même histoire, pour se nourrir de concepts tels que la vérité, la nécessité, l’universalité, bref tout ce qui prétend à la possibilité d’un vocabulaire, d’un langage faisant la part belle à la lobotomisation forcée qui impose une croyance en un système de représentations. La philosophie n’est rien de tout cela. Nous avons vu qu’il n’y a pas de niveau, pas de grades en philosophie à l’occasion de notre étude sur l’être-monde-fantasmé. Ce qui est essentiel se trouve être l’expérience individuelle et celle-ci ne se fait jamais que sur un seul mode : celui de la rencontre comme confrontation. La clarté de l’explication de mon monde ne vaut jamais comme vérité générale. L’expérience authentique, la rencontre de soi comme ce à quoi conduit l’écoute de l’être-vieillissant propre à chacun, c’est en cela que réside tout élément de philosophie dernière. J’ai horreur des ouvrages flanqués de préfaces et d’avant-propos qui n’en finissent pas. Aussi je vous rends à la lecture de celui-ci et à l’appropriation que vous vous en ferez, toujours unique, toujours vrai dès lors que celle-ci sera la vôtre. Bonne lecture.

L’intelligence humaine

Je n’ai aucun souvenir qui soit lié à un évènement dont la date est antérieure à celle de ma naissance. Amusant me direz-vous ? Et pourtant. Ce faisant, il m’est tout à fait possible de dire un sens aux évènements en question et plus généralement à l’histoire de ces derniers, à leur genèse. Au-delà de l’histoire contemporaine et de celle qui prend en compte l’évolution économique, politique, culturelle, que sais-je encore ? Au-delà de l’histoire que je dis être celle des grands bouleversements qui ont marqué de façon significative nos comportements, nos mentalités, je peux également dire ou conter l’histoire la plus probable, la plus logique de l’espèce humaine eu égard aux connaissances notamment scientifiques de mon temps. Je peux penser une logique, celle la plus probable, qui explique l’histoire de la planète, l’histoire du système solaire. Je remonte ainsi le temps à coup de milliers, de millions et de milliards d’années. Je suis alors très loin des quelques dizaines d’années que j’occuperai réellement en tant que vivant. Soit. Procédant ainsi, nous prétendons agir comme ce vivant doué de raison qui progresse dans la sémantique en usant de cette intelligence qui est la nôtre. Premier problème de langage : aucune intelligence ici, seulement du fantasme. N’est-il pas alors judicieux d’interroger ce que nous entendons par « intelligence humaine » dès lors que nous nous mettons en peine d’expliquer ce qui nous dépasse éternellement ? Poussés par cette fièvre inquisitrice positiviste qui nous conduit à remettre l’église non plus sur la place du village mais à cette place qui est la sienne au sein de l’univers sans que qui que ce soit ne trouve à y redire, nous procédons petit à petit par certitudes et autres affirmations péremptoires. Qui ose dire aujourd’hui qu’il n’y a jamais eu de big-bang ? La thèse de l’univers stationnaire soutenue par Albert le relativiste n’a aujourd’hui pour adeptes que d’indélicats incultes et autres crétins patentés, avides de jouer les premiers rôles dans une science fiction fondée sur des équations mathématiques qui évacuent pourtant nécessairement tout ce qui peut être pensé en termes de durée. Nous avons inventé l’instant. Il y a un commencement et une fin à tout. Nous affirmons cela sans nous demander s’il ne s’agit tout simplement pas de l’unique possibilité qui est la nôtre de ne pouvoir penser toute chose qu’au moyen d’un instant initial et d’un instant final. Dans l’intervalle, il n’y a pourtant aucune durée possible puisque la durée réelle ne demande à aucun moment à être découpée par quelque système perceptif aussi élaboré qui soit. Proposons ici que le vivant c’est à 90 % de l’information et à 10 % des réactions physico-chimiques. En décidant d’un début à tout processus engageant le vivant et bien entendu d’une fin à ce même processus, nous coupons arbitrairement et à deux reprises un flux informationnel inaccessible à l’usage que nous prétendons faire de l’intelligence qui est la nôtre. Pourtant, c’est cette même intelligence qui nous permet de dire ici que notre attitude positivement scientifique fabrique un monde où tout est totalement découpé, dans lequel tout s’enchaîne à la manière de perles enfilées les unes derrière les autres, chacune formant ainsi un tout. Si les anciens ont raison de dire que le tout est antérieur à la partie, c’est parce que la partie est introduite par nos soins dans un tout qui ne demande à aucun moment à être scindé, mais cela, ils ne le précisent pas. Ce monde fantasmé n’a donc rien à voir avec la réalité. Ce n’est jamais qu’un simulacre, une sorte d’exemple de ce à quoi la réalité pourrait ressembler, si tout en elle y était découpé sans qu’aucun flux informationnel ne s’y trouve, sans qu’aucune cellule du vivant commençant à se dédoubler après la fécondation, ne contienne en elle toute l’information qui fera que progressivement chaque cellule connaîtra le rôle qui est le sien dans l’élaboration de l’être vivant en cours de construction continue et jamais interrompue. Ce que Bergson appelait « l’élan vital », « le grand souffle de la vie ». Nous avons beau nous heurter sans cesse à cette réalité, à cette vérité, qu’importe, nous continuons vaille que vaille à affirmer que rien ne nous est inaccessible. C’est cela même qui est la preuve de notre immanence positiviste car tout ce que nous avons affirmé et que nous continuons de professer sur le vivant à travers celui dénaturé que nous fabriquons, est faux et ne cessera jamais de l’être. Pire encore, il semble que plus que jamais, nous ayons confié ce qui relève de l’intelligence humaine aux scientifiques et à eux seuls. C’est à la fois hallucinant et lamentable. Il n’y a aucune intelligence là où nous nous mettons en peine de déterminer ce qui de toute façon ne peut que nous échapper. Il y a de la persistance, de l’entêtement bref de la bêtise, celle humaine bien entendu et c’est là la preuve la plus manifeste de l’existence de l’hyper désir d’immortalité. Nous repoussons la mort et ce faisant c’est notre existence dont nous condamnons la possibilité. L’intelligence, si nous en étions flanqués autant que nous prétendons l’être, travaillerait à la réduction de la différence au sein du vivant et certainement pas à la domination et au contrôle de ce dernier. Travailler à cette réduction relève de ce constat premier qui prend conscience que rien n’est dissocié de rien. Nous retrouvons l’acharnement contraire dans tout ce que nous faisons, dans tout ce que nous disons. Nous prétendons parler de la connaissance universelle là où il n’y a que de l’expérience individuelle. Nous condamnons cette expérience individuelle à converger vers un socle commun. Nous prétendons encore qu’il existe une vérité en arrière plan de ce socle et que cette vérité sera atteinte par nos soins et par le progrès humain. Et c’est là-dedans que nous voyons de l’intelligence ! Tout ceci n’est pas sérieux. Il y a de la manipulation des consciences, cela est certain. Et non content de cela, nous faisons en sorte que ceux qui sont le plus éloignés du socle par leur parcours scolaire, soient le plus tôt possible dans leur existence, convaincus qu’ils n’étaient pas assez intelligents pour comprendre, persuadés que la performance notamment scolaire n’est l’affaire que de ceux qui seraient en quelque sorte frappés par la grâce alors que pour la plupart, ils sont simplement socialement favorisés. Comme l’expliquait Bourdieu, ce sont ceux qui ont le moins accès à la culture qui en ont en même temps le moins conscience de l’être. Nous fabriquons de la richesse, quoi que de moins en moins, je parle ici de celle économique, mais en aucun cas nous ne la partageons même en comité restreint à la taille d’une nation. Et on ose encore nous parler du bien-fondé d’élections dites au suffrage universel. Il y a en fait des habitudes prises individuellement ainsi que collectivement. Celles individuelles nous conduisent à n’évoluer que dans un monde totalement fantasmé, ce monde est propre à chacun de nous et il en existe autant qu’il existe d’êtres vivants, tout simplement. C’est là le sort de chacun de nous, le sort de l’être-monde-fantasmé. Les animaux aussi vivent dans un monde propre à chacun d’eux, à la différence de ce petit plus « moral » qui fait que ces derniers ne passent pas leur temps à tenter de convaincre leurs congénères que c’est leur vision du monde qui est la plus pertinente. Là encore, nous disons que nous sommes plus évolués donc plus intelligents, c’est donc que nous accompagnons l’intelligence de cette curieuse attitude consistant à « convaincre » l’Autre d’un bien-fondé qui ne lui appartient pourtant en rien. Il est absolument normal de chercher à convaincre ses congénères du bien-fondé de sa propre vision des choses et par-delà de sa vision du monde, puisque nous venons de le dire : nous vivons tous dans un monde qui nous est propre et que nous ne pouvons aborder autrement que par la réflexion. Cette réflexion est propre à chacun car à chaque fois qu’elle progresse dans son développement, elle fait appel à des représentations mentales qui quoi qu’il arrive ne ressemblent jamais à celles que peut avoir même une communauté d’individus s’étant mis en peine de résoudre un problème. Nous pouvons nous entendre collectivement sur la solution apportée au problème, il n’empêche que cette solution n’a jamais la même couleur pour chacun de celles et ceux qui y souscrivent pourtant. C’est ainsi que procédant petit à petit, les constructions mentales que nous élaborons ne font jamais que diverger. Cela ne nous empêche en aucune façon de tomber d’accord en diverses étapes d’une réflexion plus vaste que nous choisissons de mener à bien. Mais loin de reconnaître qu’il s’agit là de notre authentique façon d’exister, nous affirmons au contraire qu’il y a donc bien un monde objectivement constitué qui existe de façon sous-jacente et que c’est précisément ce monde que nous mettons à jour au fur et à mesure. Ce monde puisqu’il est objectivement constitué, procède forcément d’une volonté sous-jacente, fut-elle celle d’un Dieu quelconque. En perçant petit à petit ce mystère, nous prenons petit à petit la place de cette volonté sous-jacente. Dynamique positiviste de la prise de pouvoir totale, c’est cela la dynamique intrinsèque à l’homme, la dynamique de l’Univers puisque c’est nous-mêmes qui avons inventé chacun de ces mots, qui avons inventé chacun de ces maux. Il y a donc une réalité dans laquelle nous baignons toute notre vie. Dans cette réalité, nous nous permettons de penser bien au-delà de celle-ci, en jonglant avec les années qui ont précédé notre insertion dans cette dernière ainsi qu’avec celles qui suivront, cela afin de mieux comprendre éventuellement cette entité bizarre que nous appelons « le présent ». L’intelligence humaine nous ordonne alors des concepts toujours étranges tels que « universalité », « nécessité », « vérité ». Nous découpons tout ce qui peut passer à portée de notre main, à portée de notre pensée, faute de ne pouvoir faire autrement. Nous qui ne découpons que des objets qui ne demandent à aucun moment à l’être, nous persistons à dire que c’est ainsi que nous mettons à nu la réalité qui nous entoure. Nous disons alors la vérité par le découpage arbitraire d’un flux informationnel et c’est ce qui nous conduit à agir ainsi, que nous appelons l’intelligence humaine. A coup sûr et pour peu que j’observe mes chats dans leur évolution au quotidien, tout comme lorsque je pense à ce jour où j’ai surpris mes plans de tomate la nuit en train de croître, je ne peux alors édicter de vérité plus certaine que celle suivante : la race humaine est sinon « le » en tout cas « un » cancer pour le vivant, un cancer pour la planète. C’est ainsi et il est parfaitement inutile de chercher un remède. Ici la cause est connue et nous ne pouvons rien faire d’autre qu’en dresser le constat. Le cancer lui aussi est dans une dynamique de prise de pouvoir totale mais lui, on n’en connait pas les causes et lorsqu’il se produit une rémission, nous disons que la médecine a pris le cancer à temps. En clair, nous ne reconnaissons jamais notre impuissance. Il n’y a pas la plus petite trace du début d’un commencement d’humilité comme celle qui nous ferait dire qu’après avoir mutilé le corps, après l’avoir charcuté ou bien après avoir éradiqué le système immunitaire du condamné avant l’heure, c’est tout simplement le vivant respecté dans sa durée propre, dans la continuité qui est la sienne qui est seul maître à bord et qui fait qu’un individu semble passer ce cap provoqué par ce que nous appelons le cancer. Combien sont d’ailleurs dits en rémission et lorsque le mal se déclare à nouveau quelques mois après, il en est terminé de l’espoir en lequel nous plaçons notre vie ? La médecine n’est peut-être pas totalement impuissante, mais sa prétention à l’efficacité même réduite est toujours flanquée de son incapacité à expliquer pourquoi et pour cause. Nous ne saurons jamais pourquoi un individu meurt et pourquoi un autre survit parce que l’intelligence qui nous conduirait sur cette voie de l’humilité certaine, n’est en aucune façon la nôtre. C’est ainsi que tout comme le cancer, nous détruisons petit à petit. Mais le cancer est encore quelque chose de vivant. Cette dynamique intrinsèque du vivant qui semble lutter pour éviter de mourir, jamais nous ne l’examinons sous l’angle d’une finalité constructive pour tout vivant. Nous préférons nous obstiner à dire que le vivant cherche de toute éternité à combattre la mort. Il me semble qu’il s’agit là, d’une posture qui illustre ô combien un hyperdésir d’immortalité en même temps que notre dynamique de prise de pouvoir. Nous fabriquons l’immortalité de façon conceptuelle et à force de nous répéter, nous finissons par croire qu’elle peut faire partie de la réalité. Nous affirmons que l’immortalité d’une entité vivante fait partie de la réalité et que si cette immortalité ne nous appartient pas en tant que race humaine, il nous faut la trouver biologiquement, chimiquement autour de nous, pour mieux l’apprivoiser afin de l’asservir pour finalement l’exploiter. Il y en a donc qui y croient tellement fort que dès qu’ils ont franchi le Rubicon en affirmant qu’elle existe, ne reviennent jamais sur cela. Voici en quoi l’habitude que nous prenons devient véritablement une seconde nature. Une nature que nous légitimons non pas en disant qu’elle a elle aussi sa place dans la réalité, nous légitimons cette dernière en affirmant qu’il n’y a qu’elle qui soit possible. Notre seconde nature devient donc notre unique nature.

Il y a la réalité. Soit. Il y a ce que nous disons qu’elle est. Bien. La réalité doit alors se conformer à ce que nous disons, nous qui à aucun moment ne sommes capables de l’appréhender. « Si les faits ne correspondent pas à la théorie, changez les faits » voilà ce qu’Albert le relativiste et illusionniste sans doute, nous a servi. Reprenons ici ce que nous avons montré dans l’étude de l’être-monde-fantasmé pour illustrer à quel point le scientifique montre un grave problème de réalisme certain. Les faits sont ce que nous croyons être la réalité prise dans son effectuation et dire que nous pouvons changer ces faits relève moins de l’intelligence que d’une déficience mentale. Le fait est la preuve en quelque sorte de la réalité qui s’effectue mais nul ne peut dire qu’il n’y a qu’un fait ou bien qu’il y en a plusieurs. Seules nous sont données les manifestations de la réalité car seules ces manifestations se présentent à notre perception. Nous repérons le début de la manifestation et nous disons la fin de cette dernière dès qu’elle ne semble plus montrer suffisamment d’autonomie pour pouvoir être efficacement isolée de l’ensemble de ce qui se manifeste. Ce découpage arbitraire de la manifestation nous le baptisons « fait ». Nous fabriquons ensuite son contenu pour mieux nous convaincre d’un enchainement fidèle à la rationalité que nous disons, afin que cette bribe de réalité ne nous soit plus du tout étrangère. Le scientifique va plus loin en confondant systématiquement la perception et l’observation. La perception ne veut rien, ne se prépare jamais à quoi que ce soit qui puisse se manifester à elle. L’observation est tout entière pensée et préparée. L’observation est pleine de ce que nous voulons trouver dans la manifestation. Nous disons en fin de compte ce que la réalité doit être, nous ne disons jamais ce qu’elle est ! S’il vous plaît, parlez-moi encore de l’intelligence humaine ! Ou plutôt endormez-moi encore avec ce conte magique qui encense l’espèce humaine en lui promettant un paradis terrestre, une vie éternelle et pour les queutards les plus invétarés – pardon pour la faute d’orthographe – les plus invétérés, la promesse de la jouissance phallique suprême inondant alors un limon pur car vierge de toute autre substance fécondante… Il n’empêche, avec l’allongement de l’espérance de vie qu’a connu le siècle dans lequel je suis né, j’ai entendu des gens dire que demain il sera possible de vivre deux-cent ans, trois-cent ans voire plus. Les arguments sur lesquels ils s’appuient sont à couper le souffle. Le travail d’Adorno et Horkheimer dans « la dialectique de la raison » concluant à la réification totale, ne m’a jamais paru aussi pertinent que ce jour où je fus témoin de cette logorrhée insensée. Je n’en croyais pas mes oreilles et pourtant l’insistance de celui qui tenait ces propos, affirmait comme évidente, comme sûre et certaine la conclusion qu’il avançait. La réification totale est en marche et elle écrase tout sur son passage. Voilà ce que ces abrutis de scientifiques de tous poils, sèment dans la tête de ceux qui sont complètement dépassés, dans cette époque qui est la mienne. Cette science qui lisse tout, qui parle de « matière vivante », qui rend homogène tout ce qui ne l’est pas, qui nivèle par l’atome ou la molécule tout corps vivant ou pas. Plus aucune différence de nature, perte de réalité, perte de sens et à l’arrivée véritablement n’importe quoi. Oh oui ! Oh oui ! Donnez-moi encore de l’intelligence humaine ! Chacun de nous a raison d’affirmer ce qu’il dit mais combien ignorent pourquoi ? Nous défendons ce que nous disons car il y a tout un enchaînement de représentations mentales qui nous est propre et celui-ci est comme recouvert par une tonalité affective unique. Cette expérience individuelle en miroir entre raison et sensibilité est à chaque fois unique. Il n’y en a pas deux qui peuvent se superposer. Il n’y en a pas deux qui se ressemblent au point de pouvoir se confondre. Il est donc certainement délicat d’exposer clairement ce que produit en nous l’expérience individuelle, il n’en reste pas moins que chacun de nous est le siège d’une expérience unique. C’est ainsi que chacun de nous vit dans son monde-fantasmé. Chaque individu est un être-monde-fantasmé à part entière. Cela est absolument inaccessible à toute science cantonnée à la reproductibilité de l’observation. Toute science ne peut être qu’une science fiction. Là encore, la science se fait fort de poser in fine comme certain ce que doit être l’observation et jamais ce qu’elle est. L’esprit scientifique mais plus largement l’usage de la raison ne peuvent faire autrement qu’affirmer la certitude d’étapes dans un raisonnement choisi, sans que celles-ci ne puissent faire l’objet d’aucune remise en cause, une fois qu’elles sont admises comme incontournables, inévitables, irrépressibles, irréfragables. Dès lors que l’on entend : « sur ce point, toutes les études scientifiques disent la même chose », il est tout simplement impossible de dire autre chose sans passer pour un ignorant. Et pourtant, le scientifique évolue dans une constante surenchère. Penchons nous pour bien saisir en quoi consiste le nombre mathématique, sur cette surenchère comme frénésie.

Le nombre mathématique
ne renvoie à rien de réel

Le nombre que nous proposent les mathématiques ne mesure rien. Voyons cela de plus près. Tout d’abord, portons notre attention sur deux vis provenant de la même boite et d’égale longueur en apparence. Si j’utilise dans un premier temps un mètre enrouleur, admettons que cet outil me donne deux longueurs identiques au demi-millimètre près. Bien. Prenons à présent un pied à coulisse avec une erreur relative de l’ordre du dixième de millimètre et posons que là encore les deux mesures soient identiques. Le nombre qui me permet d’évaluer leur taille en est au dixième de millimètre. De fil en aiguille, imaginons un outil de mesure dont la précision dépasse celle de la machine qui a permis de calibrer les deux vis. Je n’aurai alors très probablement pas la même taille pour les deux vis. En fait peu importe qu’à ce stade, les deux nombres soient identiques ou pas. En continuant les mesures toujours plus précises de nos deux vis, j’augmente le nombre de décimales de mes deux nombres mesurés. Je vais pouvoir continuer ainsi mes mesures jusqu’à atteindre les limites de la matière dont sont composés les deux vis. Avant cela, je serai en possession de deux nombres qui auront commencé à se différencier à partir d’un certain rang après la virgule. Qu’est-ce que cela signifie ? La chose suivante : Aussi identiques que soient les deux objets que nous allons mesurer, il arrivera un moment à compter duquel les deux nombres mesurés ne pourront plus être considérés comme les mêmes. Le nombre ne prévoit aucune reproductibilité entre deux objets fussent-ils fabriqués par la main de l’homme. Il en découle qu’en toutes circonstances, nous ignorons la valeur du nombre qui nous permet quand même de mesurer un objet de taille déterminée et finie. L’objet a en effet une taille certaine puisque je peux le tenir entre deux de mes doigts. L’objet commence au zéro de ma mesure et se termine de façon certaine mais cela sans que je puisse connaître avec certitude la valeur du nombre qui détermine la longueur de mon objet. Et pourtant il y en a bien un puisque l’objet s’arrête. Ici la limite de la matière entre en jeu et je peux donc me douter qu’il y a bel et bien un nombre qui permet de mesurer l’objet, même si je ne parviens pas à mesurer avec exactitude la longueur au milliardième de milliardième de… de millimètre. Déjà et malgré le fait que l’objet peut être tenu entre deux de mes doigts, le nombre décimal que me proposent les mathématiques ne me permet pas de réaliser la mesure de l’objet tout simplement parce que les mathématiques prévoient dans l’ensemble indénombrable qu’est celui des nombres décimaux qu’entre deux nombres à virgule aussi proches que l’on voudra qu’ils soient l’un de l’autre, il existe encore une infinité de nombres venant s’intercaler entre ceux-ci. D’ores et déjà, la limite de la matière ne répondant pas favorablement au nombre mesurant proposé par les mathématiques, nous voyons bien que le réel ne constitue pas l’objet d’étude des mathématiques. Tenons-nous le pour dit. Nous pouvons cependant et parce que le simple jeu des mathématiques ne satisfait pas à notre curiosité, aller plus avant dans l’analyse du nombre que bien trop d’enseignants présentent comme absolu. A noter que les mathématiques ne s’embarrassent pas de tant de soucis dès lors que par convention, on admet dans ce jeu, qu’à partir d’un certain rang après la virgule, n’importe quel nombre va se terminer par une séquence identifiable pouvant permettre d’inclure celui-ci dans un ensemble dans lequel toujours ce même nombre, va en rencontrer d’autres qui comme lui, seront identifiés par la même séquence. Restons dans le réel. A partir d’une soucoupe de tasse à café, on trace le contour de la dite soucoupe sur une feuille de papier. Nous obtenons une figure ressemblant à ce que les mathématiques appellent un cercle. La meilleure façon d’obtenir la longueur du cercle est de la mesurer à l’aide d’un outil qui va épouser le contour du dessin. Aussi peut-être, serait-il plus simple de mesurer directement le contour de la soucoupe à l’aide d’un outil que je vais enrouler autour. Dans cet exemple, je ne vais pas à proprement parler, rencontrer les limites de la matière. Je vais seulement fixer un point de départ et je n’aurai qu’à me mettre en peine de rejoindre ce point de départ après avoir réalisé le tour de l’objet. L’approximation est plus grande car mon point de départ n’est pas matérialisé en quelque sorte par la limite de la matière, la limite physique rencontrée dans l’exemple de la vis. Ici la ligne permettant de représenter l’objet n’a pas de commencement et elle n’a pas de fin. La mesure d’un tel objet va donc rencontrer une difficulté au moins aussi importante que celle nous conduisant à bien vouloir admettre l’impossibilité du nombre mathématique pour la mesure de la vis. A ceci près, que les mathématiques introduisent elles-mêmes un nombre appelé « irrationnel » pour mesurer efficacement la circonférence du cercle. Ce nombre a été appelé « π » et ce dernier ne connaît en tant que nombre irrationnel aucune fin, il ne s’arrête jamais. Voici donc que les mathématiques introduisent dans la mesure d’une ligne existante et fermée, un nombre qui lui, ne s’arrête jamais. Comment admettre dès lors que la mesure que nous propose les mathématiques quant’ à notre cercle a bel et bien le sens que l’on admet lorsqu’on parle de mesurer un objet ? La longueur finie de la soucoupe que je tiens dans ma main et qui ne se déforme pas est mesurée par un nombre qui lui ne s’arrête pas. Pour déterminer cette mesure, ce nombre irrationnel est multiplié par deux autres nombres qui eux, sont réputés comme ne bougeant plus : il s’agit du rayon de notre cercle « R » et du chiffre 2. La circonférence proposée par les mathématiques est 2πR. Or, nous pourrions dire que nous avons dessiné notre cercle à l’aide de la vis de notre premier exemple fixée par la pointe comme centre du cercle et agrémentée d’un crayon traçant placé à la tête. La vis tournant tout autour de la pointe et appliquant le crayon sur une feuille, nous aurions dessiné le cercle en question. Son rayon correspond donc à la longueur de notre vis. Cette longueur comme nous l’avons vu, est déjà admise comme indéterminée par le nombre mathématique. Souvenez-vous de l’infinité de nombres se situant entre deux autres nombres pourtant aussi proches l’un de l’autre qu’ils pourraient l’être. Voilà donc que le cercle que l’enseignant dessine au tableau et que la mesure que les mathématiques qu’il est censé enseigner nous proposent, semblent illustrer une fumisterie des plus accomplies. Que nenni ! Même si bon nombre (sans jeu de mots) de ces derniers ne sont pas conscients de la supercherie. Nous avons là, la preuve incontournable que le nombre mathématique ne renvoie jamais à la possible mesure d’un objet existant qu’il soit fabriqué ou rencontré tel quel dans notre environnement. Si la circonférence d’un objet existant peut être mesurée par le produit 2πR dans lequel il y a un nombre qui n’est jamais déterminé, cela veut simplement dire qu’aucun nombre intervenant au produit n’est fini. Il doit y avoir une sorte de compensation pour que le résultat du produit corresponde à une longueur finie existante. A moins que la figure du cercle mathématique n’existe jamais nulle part dans la réalité. Ainsi, il n’y a pas le moindre objet rencontré qui puisse prétendre à une parfaite rotondité c’est-à-dire celle proposée par les mathématiques. Les pneus de notre voiture, que nous changeons pour éviter une sortie de route, ne sont jamais parfaitement ronds. L’idiotie malheureusement bien partagée consiste à poser que toute ligne est composée de points. L’épaisseur du point n’est jamais une question pertinente pour le mathématicien qui s’en tient au jeu qu’il pratique. Cette épaisseur ne devient un problème que pour celui qui ne comprend pas que le nombre mathématique ne renvoie jamais à quoi que ce soit de réel. La conclusion n’est pas moins incontournable : toutes les figures géométriques proposées par les mathématiques peuvent servir à la représentation mentale de l’objet mais dès lors que vous les réalisez matériellement qu’il s’agisse d’un carré, d’un triangle équilatéral ou de n’importe quel parallélogramme particulier ou pas, ainsi que de toutes les figures représentant des volumes, il n’y a plus aucune mesure proposée par les mathématiques qui soit satisfaisante. Les mathématiques ne s’intéressent qu’à la représentation mentale des objets sachant que nous appelons « objet », toute quantité c’est-à-dire tout investissement spatial qui entre dans la représentation. Précisons que cette représentation mentale n’a rien à voir avec celle que qui que ce soit d’entre nous pourrait avoir, puisque celle visée par les mathématiques est débarrassée de toute contingence matérielle, affective, esthétique, bref, celle-ci est froidement absolue comme universellement et intemporellement constante ou élaborée. Le jeu des mathématiques n’appartient qu’à l’esprit humain et ce jeu là ne peut rencontrer de validation que dans un monde compris comme objectivement et surtout universellement constitué selon le nombre froid que nous avons inventé puis confié aux mathématiciens. Or c’est bel et bien ce monde là qui n’existe pas. Voilà comment, aussi rationnelle que soit toute proposition constituante d’objets aussi simples qu’une vis ou autre cailloux, celle-ci n’a de sens que la signification et donc la représentation mentale que chacun de nous peut lui associer et c’est en cela que nous montrions comment s’organise le monde de l’être-monde-fantasmé dans notre précédent travail. Les mathématiques dès lors que vous en acceptez les règles comme vous accepteriez la règle du jeu des « petits chevaux » est un autre jeu dans lequel les capacités créatives de chacun peuvent être mises en exergue. La simple existence du jeu des mathématiques est en quelque sorte la marque de fabrique de la dynamique positiviste intrinsèque à l’espèce humaine. Malheureusement, la presque totalité des individus auxquels il est confié le soin de l’enseigner aux autres, ont un sérieux problème avec la notion d’approximation. Ils n’y sont à proprement parler, pas pour grand-chose. Le positivisme comme immanence de l’esprit humain s’est...