Physiologie des quartiers de Paris

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BnF collection ebooks - "Regardez et écrivez, me dit mon compagnon. Vous voyez cet édifice qui étend sa large façade comme un vaste caravansérail, ouvert à tout voyageur qui entre, à tout voyageur qui s'en va."


Publié le : jeudi 23 avril 2015
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EAN13 : 9782346005352
Nombre de pages : 120
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BnF collection ebooks est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.

Fruit d’une sélection fine réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF par un comité éditorial composé de ses plus grands experts et d’éditeurs, BnF collection ebooks a pour vocation de faire découvrir des textes classiques essentiels dans leur édition la plus remarquable, des perles méconnues de la littérature ou des auteurs souvent injustement oubliés.

Morceaux choisis de la littérature, y compris romans policiers, romans noirs mais aussi livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou sélections pour la jeunesse, tous les genres y sont représentés.

Éditée dans la meilleure qualité possible eu égard au caractère patrimonial de ces fonds, conservés depuis de nombreuses années par la BnF, les ebooks de BnF collection sont proposés dans le format ePub, un format ouvert standardisé, pour rendre les livres accessibles au plus grand nombre sur tous les supports de lecture.

Introduction

Arrivée à Paris – Rencontre inattendue

– Cocher, arrêtez !

– Monsieur veut descendre ?

– Oui, j’ai réfléchi : je ne me rendrai pas encore à l’hôtel que vous m’avez indiqué à ma descente des Messageries.

– Celui que j’ai désigné à notre bourgeois ne serait-il plus de son goût ? Heureusement que les hôtels ne sont pas rares à Paris, et l’on peut choisir. Monsieur veut-il que je le conduise ailleurs ?

– Non ! Je veux descendre, vous dis-je ; la nuit est belle, et j’en profiterai pour faire une première visite à vos merveilles de Paris.

– Comme il plaira à monsieur : mais monsieur est étranger à Paris ?

– J’y viens pour la première fois.

– Alors, prenez garde ; la nuit, seul, vous pourriez bien vous égarer… Avec çà que vous me paraissez un peu distrait, comme un véritable amoureux. Pardon de la remarque, mais…

– Eh ! mon ami, qu’avez-vous donc remarqué ?

– Oh ! rien, si çà vous contrarie. Nous autres, cochers de fiacre, nous avons des yeux pour ne pas voir, et des oreilles pour ne pas entendre. C’est égal, je suis sûr que vous l’êtes, amoureux, et je gagerais mes deux chevaux contre ceux de lord Seymour, que ce bouquet que vous portez-là avec tant de soin, est destiné à votre belle qui, sans doute, aura quitté la province avant vous. Mais, mille pardons : ces affaires-là ne me regardent pas. Attendez que j’abaisse le marchepied. Là voilà : maintenant vous pouvez descendre.

– Voici pour votre course et pour boire à ma santé.

– Et à vos amours.

– Comme il vous plaira : vous êtes un brave homme ; tenez, voilà encore.

– J’en étais sûr ; les amoureux sont toujours généreux. Merci, notre bourgeois, et bonne chance ! Mais, surtout, prenez garde de vous perdre.

À ces mots, mon Automédon au char numéroté disparut, par une nouvelle rue, de toute la vitesse de ses coursiers efflanqués.

Me voici donc seul, sans guide, au milieu de cette moderne Babylone qu’il me tarde de connaître. Déjà la nuit étend ses voiles autour de moi. Mais qu’importe ? La nuit a des étoiles pour tous, et surtout pour les amoureux. C’est demain sa fête. Si je ne me suis pas rendu à mon hôtel, c’est que jusqu’au jour il me serait impossible de goûter aucun repos. Ne vaut-il pas mieux visiter Paris ? Peut-être ainsi trouverai-je moyen de tromper mon impatience. L’esprit préoccupé des merveilles qui sans doute vont bientôt surgir à mes yeux, je m’élance de rue en rue, de carrefour en carrefour. Au bout de quelques minutes, je m’étais complètement égaré.

Comme Thésée, me voilà perdu dans l’immense dédale parisien. Quelle est la nouvelle Ariane dont le fil conducteur viendra me tirer d’embarras ?

Je ne savais trop que devenir quand une voix retentit à mes oreilles, et me fit brusquement tourner la tête.

– Vous êtes égaré, mon jeune ami ?

– Je commence à le croire, Monsieur.

– Mais je fais plus que commencer à le croire. Je vous observe depuis quelque temps ; je me suis même permis de suivre vos pas ; il ne faut pas encore m’en vouloir, mon intention était, peut-être, meilleure que vous ne pensez.

– Votre intention, monsieur…

– Était de vous servir de guide.

– Vous, monsieur ?

– Pourquoi non ? Ma proposition vous étonne, je le vois : je suis vieux, je suis boiteux, je ne saurais marcher sans cette béquille qui me sert d’appui ; tout cela est vrai : n’importe, croyez-moi, acceptez mes offres. J’espère que vous n’aurez, plus tard, qu’à vous en louer : quant au prix du léger service que je suis jaloux de vous rendre, je ne vous demande qu’une chose…

– Et, laquelle ?

– Votre amitié, jeune homme. Votre air me plaît, et sans vous connaître, déjà je m’intéresse à vous. C’est convenu, n’est-ce pas ? Vous acceptez ?

– Comment pourrais-je vous refuser ?

– Très bien : nous voilà d’accord. Vous desirez connaître Paris ? Croyez-moi, mieux que nul autre je suis à même de vous faire faire cette connaissance. » À ces mots je me pris à regarder mon compagnon avec une attention plus marquée.

Il était petit, vieux, et de plus, il boitait d’une manière remarquable.

Sa barbe blanche descendait sur son menton qu’il avait fourchu comme celui des Juifs. Sur son visage se lisait l’empreinte d’une raillerie habituelle que tempérait cependant un air de bonté. Il portait, suspendu à son cou, un gigantesque lorgnon, dont j’ignorais encore l’usage. Enfin, sa main droite s’appuyait sur une béquille qui semblait avoir vieilli avec lui.

– Prenez ma béquille, me dit-il.

Je le regardai avec surprise ; il répéta : « Prenez ma béquille ; » et machinalement je m’en emparai. De quel usage pouvait-elle être pour moi ?

– Maintenant, dites-moi : Par où commencerons-nous notre ronde dans Paris ?

– Par où ?

– Oui.

– Par où il vous plaira, lui dis-je.

– C’est bien ; fermez les...

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