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Pièces d"identité

De
228 pages
Ce livre est constitué de dix récits autonomes qui vont de la petite enfance à l'âge adulte, en Algérie puis en France, reliés par un même thème : la judéité d'André Kalifa. Sans cesse rappelée à lui au cours de son existence, pas toujours de façon consciente, l'auteur a voulu interroger cette identité en essayant de répondre à la question : « Comment peut-on être juif ? ».
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Graveurs de Mémoire
G
André Kalifa
Pièces d’identité Récits autobiographiques
Graveurs de Mémoire Série : Récits / Maghreb
Pièces d’identité
Graveurs de mémoire Cette collection, consacrée à l’édition de récits de vie et de textes autobiographiques, s’ouvre également aux études historiques. Depuis 2012, elle est organisée par séries en fonction essentiellement de critères géographiques mais présente aussi des collections thématiques.Déjà parus Bost (Jérôme),Fenêtre sur le collège et sur l’éducation, Témoignage,2015. Chabih (Jilali),De Fès à Marrakech via Paris, Du bled au doctorat d’État,2015. Arnaud (Jacques),Filmer des spots de pub, un métier aventureux,2015. Nicolet (Jean-Louis),Mon enfance marocaine, Souvenirs,2015.
Houziel (Gilbert),Oran, 20 rue de l’Aqueduc, De la marine au quartier juif, des histoires d’un monde disparu,2015. Rehmany (Wirya),Kurde, journaliste et libre, Mythes, guerres et amours d’un peuple meurtri,2015. Lab (Manon),L’Alsace en héritage, Histoire d’une famille,2015.
Ayme (Maurice),À l’école du bonheur et de la réussite, La révolte d’un « fossile » du primaire,2015.
Rieuf (Armelle),N’oublie pas d’aller chercher Armelle, Du Nord-Pas-de-Calais à la région parisienne : le chemin d’une vie,2015.
Delfau (Mireille),Résistante un jour, Résistante toujours. Paulette Fouchard-Ayot ou la vie d’une femme de l’ombre, 2015. Milan (Jean-Pierre),Vol à voile, chemin d’aventures, En planeur avec un inconditionnel du ciel,2015.
André KalifaPièces d’identité Récits autobiographiques
Photo de couverture Mosaïque d'Isabelle Nicoladzé
© L'HARM ATTAN, 2015 5-7, rue de l'École-Polytechnique, 75005 Parishttp://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-07880-9 EAN : 9782343078809
À Dolly Harrison, Juste anonyme, en témoignage de reconnaissance pour ce qu'elle a fait, pour ce qu'elle a été.
Aïn-Sefra C’est à Aïn-Sefra, dans les années cinquante, que j’ai compris que j’étais juif, ou plutôt – les certitudes se passant souvent d’explications – que je l’ai su. On peut savoir sans comprendre. Il ne s’agit pas ici d’une certitude de type pascalien, d’une révélation soudaine, d’un éblouissement, mais plutôt d’une accumulation inconsciente de données, de perceptions, de signes divers qui finissent par rendre évidente ce qu’il faut bien appeler une identité – en tout cas une partie de mon identité. Car cette identité juive – c’est-à-dire le sentiment que j’avais d’appartenir à un groupe – coexistait avec beaucoup d’autres éléments qui me donnaient conscience de moi-même : j’étais un enfant, j’étais un garçon, j’étais un fils, un frère, un élève… Je suis retourné à Aïn-Sefra un jour, et il m’a semblé que ce village que je n’avais pas vu depuis si longtemps n’avait pas changé. Bien sûr l’échelle des lieux et des objets ne pouvait être la même puisque je l’avais quitté enfant et que j’y revenais trente ans après. Tout m’y a paru plus petit que dans mon souvenir. Mais tout était à la même place, exactement : la gare et les deux rues parallèles qui descendent jusqu’à la place en traversant le « boulevard », l’oued et sa passerelle, le « jardin public », tout. J’y suis retourné un après-midi du mois d’août après une interminable traversée des Hauts-Plateaux, en venant de Saïda plus au nord. Depuis quelques jours, au cœur de ce mois d’août insupportablement chaud, une vague de chaleur inhabituelle s’était abattue sur le village. J’ai laissé ma voiture près de la gare et j’ai parcouru à pied ces lieux où j’ai vécu de l’âge de cinq ans jusqu’à douze ans. Personne n’était assez fou pour circuler en ce début d’après-midi. De plus il y avait eu un vent de sable et le sable était un peu partout sur les trottoirs et dans les rues. Ce vent de sable me rappelait les précautions plutôt vaines que prenait ma mère quand il soufflait. Elle essayait de calfeutrer toutes les ouvertures de la maison avec toutes sortes de chiffons mais le sable pénétrait quand même.
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