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Plurilinguisme et pluriculturalisme

De
176 pages
Rares sont les sociétés contemporaines qui ne sont pas pluriculturelles et plurilingues, en raison notamment de l'émergence de l'anglais comme nouvelle lingua franca et de l'augmentation des flux migratoires des quarante dernières années. Dans un contexte de mutations sociales et économiques mondiales sans précédent, les défis posés par les politiques linguistiques et culturelles font désormais partie intégrante de notre quotidien. Mais quels sont leurs véritables enjeux - juridiques, politiques, culturels et symboliques - ainsi que leurs incidences sur l'éducation, la traduction ou les langues autochtones?
Dans une perspective résolument interdisciplinaire, ce livre fait état de la recherche collective sur la question du plurilinguisme officiel dans plusieurs pays et de solutions concrètes à des problèmes communs. Sa pertinence et son originalité résident autant dans l'actualité que dans la ferme volonté de réfléchir aux réformes à envisager afin que chaque citoyen ait la possibilité, selon l'idéal de la diversité universelle prôné par l'UNESCO, de s'exprimer, d'apprendre et d'exercer ses droits civiques dans la langue de son choix.
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Mise en pages : Yolande Martel
Catalogage avant publication de Bibliotèque et Arcives nationales du Québec et Bibliotèque et Arcives Canada
Lane-Mercier, Gillian, -Plurilinguisme et pluriculturalisme : des modèles officiels dans le monde (PUM) Comprend des références bibliographiques.  ---- . Multilinguisme – Politique gouvernementale. . Politique linguistique. . Minorités linguistiques. . Multiculturalisme. I. Merkle, Denise, - . II. Koustas, Jane, - . III. Titre. IV. Collection : PUM. ..  .’ --
e Dépôt légal :  trimestre  Bibliothèque et Archives nationales du Québec
© Les Presses de l’Université de Montréal, 
 978-2-7606-3645-3 (papier)  978-2-7606-3646-0 (PDF)  978-2-7606-3647-7 (ePub)
Les Presses de l’Université de Montréal remercient de leur soutien financier le Conseil des arts du Canada et la Société de développement des entreprises culturelles du Québec (SODEC).
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Introduction
Gillian Lane-Mercier
L’idéal résumé par la formule « un peuple, une langue, une nation » sous-jacent à la conception de la citoyenneté forgée par les États-nations européens modernes se situe en flagrant décalage par rapport à notre monde en profonde mutation. Il y a néanmoins lieu de se demander jusqu’à quel point certaines valeurs et pratiques rattachées à cet idéal con-tinuent à guider nos sociétés dites post-coloniales et post-nationalistes. Que celles-ci soient toujours davantage pluriculturelles et plurilingues, en raison notamment des importants flux migratoires des dernières décennies, ne fait aucun doute. Nous ne devons cependant pas oublier que le multilinguisme et la migration de populations n’ont rien de nou-e veau, et que l’émergence des États-nations à partir du  siècle est tributaire d’un ensemble de phénomènes historiques, politiques, sociaux, économiques, institutionnels et juridiques visant à forger une identité nationale homogène. Parmi eux, l’imposition du monolinguisme – au nom de l’intérêt général, de la liberté civile et de l’égalité de tous les citoyens devant la loi – est centrale. On sait que le processus de démocratisation fondé sur la volonté désormais institutionnalisée de refuser droit de cité à la différence a cautionné, selon les contextes, des pratiques implicites ou explicites de hiérarchisation, d’assimilation, de marginalisation et d’exclusion plus ou moins coercitives, aujourd’hui bien documentées. En témoigne, sur le seul plan sociolinguistique, la dévalorisation, voire la disparition au cours des deux derniers siècles d’un nombre incalculable d’idiomes à la suite de la mise en place de politiques obligeant l’apprentissage et l’uti-lisation exclusifs, dans le domaine public, de la ou des langues officielles.
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En témoignent également, bien qu’a contrario, les inévitables mouve-e ments de résistance qui, depuis le début du  siècle, s’opposent à toute politique homogénéisante et régulatrice, le plus souvent au nom des mêmes principes démocratiques d’égalité, de liberté et de droits des citoyens. Associés tantôt à des processus de décolonisation, tantôt à des demandes de reconnaissance, d’autodétermination et de réparation, ou encore à des principes libéraux de parité et de tolérance, ces mouve-ments ont atteint leur point culminant dans les guerres d’indépendance d’une part et, de l’autre, dans les nombreuses revendications nationa-e listes, régionalistes et identitaires qui ont marqué le  siècle et le début e du  . D’où l’importance qu’il convient d’attribuer aux idéologies contempo-raines « post- » : post-modernisme, post-colonialisme, post-ethnicisme, post-nationalisme, dont le dénominateur commun réside dans le désir de décloisonnement, d’ouverture, de réconciliation, de diversité, mais aussi d’identités et d’allégeances multiples, susceptibles de se nouer selon des bifurcations non plus rationnelles (préétablies, imposées), mais aléatoires, imprévisibles, sur le double plan global et local. En malmenant l’idée même de frontière, ces idéologies se sont efforcées de désamorcer ce que l’on pourrait considérer comme étant le rapport binaire fondateur le plus violent du paradigme moderne, à savoir « nous versus autrui », au profit d’une nouvelle sensibilité plurilingue et pluri-culturelle, entérinée en  à l’échelle mondiale par la Déclaration universelle de l’UNESCO sur la diversité culturelle, promulguée au nom des « libertés fondamentales » et des droits de l’individu. Rappelons-en les articles ,  et  :
La défense de la diversité culturelle est un impératif éthique, inséparable du respect de la dignité de la personne humaine. Elle implique l’engage-ment de respecter les droits de l’homme et les libertés fondamentales, en particulier les droits des personnes appartenant à des minorités et ceux des peuples autochtones (article ). Les droits culturels sont partie inté-grante des droits de l’homme, qui sont universels, indissociables et inter-dépendants. […] Toute personne doit ainsi pouvoir s’exprimer […] dans la langue de son choix et en particulier dans sa langue maternelle ; toute personne a le droit à une éducation et une formation de qualité qui res-pectent pleinement son identité culturelle ; toute personne doit pouvoir participer à la vie culturelle de son choix et exercer ses propres pratiques culturelles, dans les limites qu’impose le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales (article ). La liberté d’expression, le pluralisme
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des médias, le multilinguisme, l’égalité d’accès aux expressions artis-tiques, au savoir scientifique et technologique […] et la possibilité, pour toutes les cultures, d’être présentes dans les moyens d’expression et de diffusion, sont les garants de la diversité culturelle (article ).
Au vu du rôle primordial que la Déclaration accorde aux politiques publiques dans le respect de la diversité culturelle (article ), tout porte à croire que lorsqu’un pays légifère sur le plurilinguisme officiel, il ins-crit les principes démocratiques d’équité, de parité, de respect, de liberté et de pluralisme culturel dans ses textes fondateurs. Nombreux sont les pays qui ont décrété le bilinguisme ou le plurilinguisme officiel afin d’accorder un même statut législatif, juridique et administratif à une ou plusieurs langues, qu’il s’agisse d’états fédéraux (la Suisse, le Canada, l’Afrique du Sud) où cohabitent historiquement plusieurs communautés linguistiques territorialisées ; que ce soit dans le sillage des guerres d’indépendance (l’Inde, le Nigéria, le Burundi, la République de Guinée équatoriale) ou à la suite de revendications de groupes tantôt minori-taires (la Finlande), tantôt majoritaires (le Luxembourg, la Belgique) ; que ce soit, plus récemment, dans des contextes sociolinguistiques particuliers tel celui de la surdité (la Suède, le Danemark, la Nouvelle-Zélande) où la langue des signes jouit désormais d’une reconnaissance officielle. La prémisse du présent volume se formule comme suit : le pluri-linguisme officiel – qu’il soit décrété à l’échelle nationale (la Suède, le Kenya), régionale (l’Espagne, l’Italie, la Chine, la Russie) ou insti-tutionnelle (la langue des signes) – se présentea priorisolu- comme tion politique et juridique concrète aux problèmes d’assimilation, de hiérarchisation, de discrimination et d’exclusion engendrés par l’idéal monolingue. Dès lors, le défi politique principal consiste à concevoir, à faire adopter et – ce qui ne va pas toujours de soi – à implanter un modèle de plurilinguisme officiel destiné à corriger des déséquilibres démographiques, ethniques, socioéconomiques ou symboliques causés par des relations de pouvoir linguistique et culturel historiquement asy-métriques. Particulièrement palpables au sein de groupes minoritaires créés par la colonisation, la décolonisation ou la post-colonisation, ces relations sont perçues comme autant d’entraves à l’égalité des citoyens et à la reconnaissancede jurede la diversité culturelle. Non seulement les langues officielles ont le même statut juridique, mais elles sont cen-sées assurer, par le truchement de politiques éducatives, médiatiques,
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administrativesetdetransfertculturel(p.ex.latraduction),lemain-tien de la vitalité linguistique et de la dignité culturelle des groupes sociolinguistiques coprésents, leur participation active et paritaire à la vie politique, leur droit à l’auto-affirmation culturelle, économique et identitaire, leur accès aux savoirs et aux technologies, ainsi que le droit des minorités et, dans certains pays, des immigrants à la traduction et à l’interprétation. Or, il y a lieu de se demander jusqu’à quel point et selon quelles modalités les modèles de plurilinguisme et de pluriculturalisme officiels actuellement en vigueur ont réussi à atteindre leurs objectifs tant poli-tiques que socioculturels et linguistiques. Voilà la question qui parcourt l’ensemble des textes réunis dans le présent volume, question qui, par le fait même d’être posée, implique une remise en cause sinon radicale, du moins partielle de la prémisse formulée ci-haut. Ce faisant, elle per-met d’avancer l’hypothèse de départ que voici, commune elle aussi à l’ensemble des textes : tout en proposant une alternative certes salutaire aux processus d’homogénéisation inhérents au monolinguisme officiel, le principe de la diversité linguistique et culturelle officielle reconduit, ne serait-ce qu’à d’autres niveaux, sous d’autres formes ou par d’autres moyens, certains des effets mêmes qu’il est censé combattre, dont, pré-cisément, la discrimination, les hiérarchisations, les privilèges de la classe dominante et l’éventuel désengagement des instances politiques. De tels « effets pervers » du plurilinguisme officiel sont particulièrement flagrants en ce qui a trait aux langues minoritaires (la Chine, l’Inde, la langue des signes), aux langues autochtones (la République de Guinée équatoriale, le Canada, le Nigéria) et aux langues allophones issues de l’immigration (le Luxembourg, le Canada), lesquelles conservent leur statut de langues non officielles dans un contexte politique, juridique et éducatif qui pourtant prône la diversité et l’égalité d’accès aux services comme aux institutions. De cette hypothèse découlent des questions de recherche plus pré-cises portant sur les motifs qui sous-tendent la mise en place (ou non) 1 de modèles de plurilinguisme et de pluriculturalisme officiels, sur les effets tant bénéfiques qu’inefficaces ou néfastes que ces modèles ont
. En l’absence de définition unique des termes « plurilinguisme » et « pluri-culturalisme », nous nous abstenons d’en proposer ici, préférant laisser le soin à chaque auteur d’y apporter les nuances nécessaires. Signalons simplement que le français préfère le mot « plurilinguisme » à celui de « multilinguisme » utilisé en anglais.