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Plus haut que le fond de la mer

De
58 pages

Et si vous détestiez votre travail ? Et si votre relation amoureuse avait perdu tout son sens ? Et si « qui vous êtes » était lié à « ce que vous possédez » ? Ne serait-ce pas là une belle opportunité pour en finir avec tout ?

Voici l'histoire de Marco, dont la vie a perdu toute signification, dont les valeurs se sont détériorées, mais qui, quand il n’avait plus nulle part où aller, est allé au-delà. Et là, là en bas, près de l'endroit où l'on trouve la liberté la plus précieuse qui existe, il est tombé face à son bonheur.

Rien de ce qui est écrit dans cette histoire n'est réel ; cependant, des gens comme Marco, existent !


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-54948-8

 

© Edilivre, 2016

Dédicace

 

 

A Jannick

Le pas

La commerçante regarda vers le ciel et s’écria :

– Sainte Mère ! Il va sauter !

Le mouvement de la rue se suspendit, les personnes s’arrêtèrent, un sentiment d’anticipation naquit. À leur arrivée, les policiers et les reporters durent se transformer en nouveaux explorateurs, mais cette jungle grandissait avec une telle densité et une telle force que rapidement elle dévora le chemin qu’ils s’étaient frayés.

– S’il vous plaît, écartez-vous ! dit le garde.

– Monsieur, est-ce qu’il va sauter ? demanda le gamin.

– Madame, s’agit-il de votre fils ?

– Oui.

– Alors, mieux vaut le retirer d’ici.

Le jeune homme s’assit sur le parapet de la fenêtre, balança ses jambes et pensa : Il va pleuvoir. Neuf étages en un comptage rapide.

De timides gouttes tombèrent du ciel.

– Le pauvre… Je suis sûr qu’il a perdu son emploi, dit le banquier.

– À mon avis, non ! Pour moi, c’est son épouse qui l’a abandonné, dit le solitaire.

– Vous vous trompez ! dit un homme âgé. Il est logique qu’il doive se sentir seul et déprimé.

Et, avant qu’ils ne fassent attention aux propos du vieil homme, les secours arrivèrent. Un vendeur de billets à la sauvette se lamenta de n’avoir aucune entrée à vendre.

Tels des joueurs en syntonie, les pompiers isolèrent le périmètre supposé, gonflèrent le matelas d’air et placèrent leur échelle pour grimper. Deux officiers entrèrent dans le bâtiment afin d’empêcher l’accident.

– J’ai déjà vu pire, dit le médecin.

– Il mérite de mourir ! dit la personne amère.

– Vous allez voir que c’est à cause de l’élimination de notre équipe, dit le mauvais perdant.

– Moi, je le comprends très bien, dit une dame. On accumule trop de tristesse tout au long de la vie.

– Ça n’a rien à voir, dit la caissière. Il cherche juste à échapper à la routine.

Un pigeon vint se poser à côté de lui, et il cessa de balancer ses jambes. Il se rappela sa famille, ses amis. Certaines personnes lui manqueraient et il savait qu’il manquerait à certaines personnes, mais bien vite le temps ferait son œuvre et tous finiraient par l’oublier. Rien de plus juste ! En fin de compte, lui aussi serait en train de suivre son propre destin.

Quelqu’un commença à asséner de violents coups contre la porte de son appartement et, réalisant la confusion qui régnait, il se mit debout.

– Oh, non ! Non ! dit la commerçante, qui de toutes les personnes présentes se sentait la plus responsable de l’imminente tragédie.

Le garçon vacilla au gré du vent…

Vas-y ! Tu en es capable ! Tu en es capable !

…se mit à fredonner une chanson…

– Cela va me manquer.

…un éclair illumina tous les visages…

…et il fit un pas en direction du vide.

La pluie tomba plus drue.

*
*       *

– Que Dieu lui pardonne, dit le prêtre.

Les passants se turent, comme si le monde avait osé suspendre sa rotation, comme s’ils avaient été capables de jeter un coup d’œil, grâce à un intervalle dans le continuum espace-temps, par une ouverture dans le voile qui sépare les rêves de la réalité. Le garçon était en train de flotter.

– Je ne comprends pas… il devrait tomber…, dit le cordonnier qui rêvait de devenir poète.

Et le garçon, qui semblait avoir plongé dans une masse dense comme de l’eau, commença à mettre ses bras et ses jambes en mouvement à plus de trente mètres au-dessus de toutes les têtes incrédules.

– Oui, cela va me manquer.

À l’intérieur de l’appartement, les deux pompiers enfoncèrent la porte et coururent à la fenêtre. Ils se sentaient frustrés. Dès qu’ils étaient entrés, voyant l’ouverture vide, ils pensèrent être arrivés trop tard.

– Malédiction !

Ils regardèrent en direction de la rue, à la recherche de l’endroit où le corps était tombé, mais comme les personnes continuaient à regarder vers le haut, ils commencèrent à croire possible que le garçon soit resté accroché ou qu’il se soit retenu à un autre parapet. Que Dieu ait permis un miracle…

– Tu parviens à le voir ? demanda le capitaine.

– Oui, répondit le lieutenant.

– Où ? Où ?

Le capitaine regarda en direction du lieutenant et vit qu’il regardait vers le ciel.

– Là ! dit le lieutenant.

Le capitaine suivit le doigt du lieutenant et vit le jeune homme dans les hauteurs.

– Mais… dit le capitaine. Ce n’est pas possible !

*
*       *

Totalement mouillé, le garçon ne s’inquiéta pas de regarder en arrière. Il ne s’intéressait qu’à prendre de la hauteur, comme s’il était en train de plonger un peu plus à chaque instant dans les profondeurs de cet océan, comme il l’avait fait de si nombreuses fois dans les eaux de Florianópolis et de la Floride. Et il se donna de telles impulsions qu’il ne tarda pas à parvenir jusqu’aux nuages et, alors qu’il les traversait, tout devint obscur. Mais peu après, le ciel azur réapparut et la pluie cessa de tomber pour lui.

Tous demeuraient immobiles. Même les deux officiers ne bougèrent pas tant qu’ils purent encore voir le jeune homme.

– Ce n’est pas possible…

Dans la rue, le cordonnier baissa le regard et chercha quelqu’un qui connaissait ce garçon, ce qui, contre toute attente, était le cas. La foule commença peu à peu à s’agiter, à parler, à parler plus fort, le prêtre continua à prier, un homme essaya de réanimer la commerçante, et la seule personne présente qui aurait pu clarifier un tant soit peu les choses abandonna les lieux, sans dire le moindre mot, laissant un endroit où personne ne se préoccupait d’une pluie qui à présent débordait comme tout ce qu’ils tenaient pour sûr.

Elle marcha jusqu’à son appartement et ouvrit la porte. La voyant trempée, sa mère se leva pour prendre une serviette, mais la jeune femme alla jusqu’au salon et s’assit avec négligence. Sa mère revint et lui demanda de faire attention aux meubles et au tapis, mais c’était comme si sa fille était absente.

– Qu’est-ce que tu as ? demanda la mère.

– Marco…

– Qu’est-ce que ton frère a ?

– Marco s’est envolé…

...