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Politique et marabouts au Sénégal : 1854-2012

De
356 pages
Cet ouvrage traite de la question des rapports entre l'autorité politique et les leaders religieux au Sénégal depuis la période coloniale jusqu'à l'élection présidentielle du 26 février 2012. À travers une analyse socio-historique, il met en évidence la création et la reconfiguration d'un mode d'organisation politique dont les marabouts sont partie prenante.
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145mm
Politique et marabouts au Sénégal: 1854-2012
Sebastiano D’Angelo
P o l i t i q u ee tm a r a b o u t s a uS  n  g a l: 1 8 5 4 - 2 0 1 2
C O L L E C T I O N« Thélème » Collection dirigée par Jean-Émile Charlier La collectionThélème accueilledes ouvrages qui analysent les façons contemporaines d’orienter la conduite des hommes et de garantir l’ordre des choses. Les travaux qu’elle rassemble portent sur l’enseignement, la religion, les politiques publiques et sur les convictions qui portent ceux qui les guident. La collection est également ouverte aux recherches atten-tives à repérer les transformations de ces convictions et les facteurs qui les affectent. 1. J.É.CHARLIER, S. CROCHÉ& A.K. NDOYE(dir.),Les universités africaines francophones face au LMD2. J.R ,L’enseignement privé au RwandaUGENGANDE 3. S.CROCHÉ,Le pilotage du processus de Bologne4. B.GARNIER,Figures de l’égalité. Deux siècles de rhétoriques politiques en éducation (1750-1950)5. A.GORGA,Les jeux de la qualité. Impacts sur les politiques éducatives et la vie académique en Suisse et en Roumanie6. J.L.SIROUX,La fabrication des élites. Langage et socialisation scolaire7. P.D ,Science, technologie et innovation sur le chemin de la réflexi-ELVENNE vité. Enjeux et dynamiques duTechnology Assessmentparlementaire8. C.FALLON,Les acteurs-réseaux redessinent la science. Le régime de poli-tique scientifique révélé par les instruments9. B.B M,L'État-nation à l'épreuve de la mondialisation. Edgar EYA ALENGU Morin et Jürgen Habermas : deux penseurs de l'option post-nationale10. J.É. CHARLIER, S. CROCHÉ& B. LECLERCQ(dir.),Contrôler la qualité dans l’enseignement supérieur11. F. BALUTEAU,Enseignements au collège et ségrégation sociale12. S. D’ANGELO,Politique et marabouts au Sénégal (1854-2012)13. C.FALLON&B.LECLERCQ(dir.),Leurres de la qualité dans l’enseignement supérieur ? Variations internationales sur un thème ambigu
Sbastiano DAngelo Politique et marabouts au Sngal : 1854-2012THLME •12
Photo de couverture par Frédéric Moens D/2013/4910/45
© Academia-L'Harmattan s.a.Grand’Place, 29 B-1348 LOUVAIN-LA-NEUVE
ISBN : 978-2-8061-0129-7
Tous droits de reproduction, d’adaptation ou de traduction, par quelque procédé que ce soit, réservés pour tous pays sans l’autorisation de l’éditeur ou de ses ayants droit.www.editions-academia.be
Remerciements
Ce livre est issu d’une thèse de doctorat en sciences politiques et sociales défendue en septembre 2013 à l’Universitécatholique de Louvain. Je souhaite remercier mon promoteur, le professeur Jean-Émile Charlier pour le temps qu’il m’a consacré et pour ses conseils avi-sés qui ont guidé la construction de cette recherche, et mon copromo-teur, le professeur Hamidou Nacuzon Sall qui m’a accueilli à Dakar et qui m’a judicieusement guidé lors de mes observations au Sénégal. À travers eux, c’est aussi à tous les auditeurs de la Chaire Unesco en Sciences de l’Éducation de l’Université Cheikh Anta Diop avec qui j’ai eu des échanges stimulants que j’exprime ma gratitude. Mes remerciements s’adressent également au professeur Sarah Croché de l’Université de Picardie Jules Verne pour son aide et son soutien qui m’ont permis d’avancer plus sereinement dans mon tra-vail. Je suis très reconnaissant à Charlotte Pezeril de l’Université Saint-Louis de Bruxelles d’avoir accompagné ma réflexion et de m’avoir aidé à valider un certain nombre d’hypothèses sur l’interprétation qui peut être donnée aux évolutions récentes que connaît le Sénégal. Je veux exprimer aussi toute ma gratitude aux chercheurs sénéga-lais qui ont accepté de prendre le temps de dialoguer avec moi et de répondre à mes questions. Je pense entre autres au professeur Babacar Samb, du département d’Arabe de l’université Cheikh Anta Diop et àAlioune Badara Diop,maître assistant au département des Sciences juri-diques et politiques de l’université Gaston Berger de Saint-Louis. Je remercie aussi le professeur Amadou Sarr Diop,de la faculté des Sciences et Technologies de l’Éducation et de la Formation de l’univer-sité Cheikh Anta Diop,muqaddamde laTijaniya,qui m’a accueilli dans sa famille et m’a fait profiter de son érudition. Enfin, je suistrès recon-naissant au professeur Mamadou Diouf,de l’Institut d’études afri-caines (IAS) de l’université de Columbia (New-York)d’avoir accepté de m’accorder une interview lors d’un de ses passages en Europe.
6Politique et marabouts au Sénégal : 1854-2012La conclusion de ce livre doit beaucoup aux réactions de mon jury doctoral, qui comptait, outre les scientifiques qui sont cités dans les deux premiers paragraphes de ces remerciements, les professeurs Brigitte Frelat-Kahn de l’Université de Picardie Jules Verne et Fabienne Leloup de l’Université catholique de Louvain. Les remarques des membres de mon jury m’ont incité à pousser la conclusion bien plus loin que dans le manuscrit initial. Je tiens à les remercier tous de leur lecture attentive et de leurs commentaires particulièrement stimulants.
Conventions orthographiques et typographiques
Ce livre comprend de nombreux termes tirés de langues non euro-péennes, essentiellement africaines. Depuis plusieurs décennies, des ini-tiatives internationales ont été prises pour transcrire certaines de ces langues en caractères latins, des décrets ont fixé des conventions ortho-graphiques pour plusieurs langues sur les territoires nationaux. Reste que les usages demeurent très nombreux et ne sont pas harmonisés. Dans ce livre, nous avons tenté de respecter quelques règles simples, même si chacune est contestable. - Danstoutes les citations, l’orthographe et la typographie du texte original ont été respectées. - Qu’ilssoient ou non familiers au lecteur francophone, tous les termes africains désignant les groupes ethniques et religieux, les fonctions, les castes ont été uniformément considérés comme étrangers et donc mis en italique. Tout autre usage aurait conduit à traiter de façon dif-férente des groupes que l’analyse doit envisager de façon similaire. Les commentaires qui suivent portent sur l’utilisation de ces termes au pluriel et, le cas échéant, au féminin. - Lapremière lettre des termes désignant les membres de groupes eth-niques, religieux, linguistiques, dynastiques a pris la majuscule. Pour les termes francisés ou fréquemment rencontrés dans des textes fran-çais,le pluriel a été formé sans tenir compte de la syntaxe de la langue initiale, en ajoutant « s » au singulier du mot (lesAbbassides,les Almoravides, lesBambaras, lesDeniankés,les Gelwaars,les Hassans, lesKuntas, lesMandingues,les Moustarchidines,lesOmeyyades, lesMourides,lesPeuls,lesSalafistes, lesSérères, lesSonghaïs, lesSoufis, lesThiantacounes, lesTidianes, lesToucouleurs,lesTouaregs, les Wahhabites; quand le pluriel de la langue initiale se rencontre d’une manière non exceptionnelle dans les écrits en français, il a été utilisé (les Haalpularen) ;quand les termes de la langue initiale sont rares
8Politique et marabouts au Sénégal : 1854-2012dans des écrits en français, ils ont été considérés comme invariables (lesIbadou Rahmane, lesManna, lesTion Dion). - Lestermes désignant le rang, la fonction dans une hiérarchie civile ou religieuse, ou l’appartenance à une caste n’ont pas pris la majus-cule :lesalmamy,lesawlube, lesbadoolo,les damel,les fuqaha,les fulbe,lesgarmi,lesgéér,lesgor,leslaman,lesjaam,lesjaami badoo-lo,lesjaami buur,lesjaawanbe,lesjëf lekk,leslaman, lesmaabube, lesmaccube, lesmuqaddam, lesñeeño,lesñoole,les ouléma,lessab lekk,lessakkeebe, lessaltigi,lessebbe,lessubalbe,lestalibés,lestié-dos,lestooroobbe,les wali,leswaylube. Certainsdes pluriels sont ceux de la langue d’origine, d’autres non. Quand un même mot dési-gnait une caste et une dynastie (lestooroobbe), il a été traité de façon uniforme comme un nom de caste. - Lesadjectifs qui n’ont pas été francisés ont été considérés inva-riables :bambara,denianké,dioula,gelwaar,haalpular, jolof, lébou, rimbe, sarakollé, songhaï, soufi, tooroodo, toucouleur, wolof. - Lessubstantifs qui n’ont pas été francisés ont également été considé-rés invariables : desijaza, desndigël, destarîka. -Les mots africains devenus des adjectifs francisés ont été accordés comme tous les autres adjectifs français:mandingue, mouride, omeyyade, salafiste, sérère, tidjane, wahhabite.Ils ont été mis en ita-lique afin de rappeler leur origine.
Introduction
Inscrite dans la Constitution, la laïcité du Sénégal n’a jamais cessé d’être rappelée dans les discours et documents officiels de l’autorité poli-tique. Et pourtant, depuis des siècles, l’islam a trouvé dans ces terres à la fois un ancrage populaire indéniable, mais également un des hauts lieux de son expansion sur le continent africain. Dans la société sénégalaise contemporaine, l’islam a acquis une visibilité spectaculaire et s’affiche désormais sans aucun complexe. Par tous, l’islam s’expose et partout il s’impose. Depuis leur enfance, la plupart des Sénégalais sont plongés dans la religiosité de leur société. Dans les régions les plus islamisées, dès le petit matin, le chant du muezzin s’envole de la mosquée et rappelle à tous l’imminence de la prière rituelle. Chaque année, des millions de croyants font des pèlerinages dans les lieux saints. Entassés dans des taxis-brousse décorés à l’effigie d’un noble marabout ou arborant des devises et inscriptions religieuses, les fidèles issus de tout le pays et de l’étranger viennent se recueillir et témoigner de leur foi lors du grand Magalde Touba, qui commémore l’exil forcé du fondateur du mouri-disme au Gabon en 1895 ouduGamou deTivaouane, qui célèbre la naissance du prophète Mohamed. Sur les marchés de Dakar, dans les commerces et les petites boutiques au coin des rues se vendent chapelets, portraits des fondateurs des ordres mystiques, exemplaires du Coran, poèmes en arabe dédiés à la gloire d’Allah et de son prophète, etc. Les plus jeunes destalibésmaîtrisant quelques sourates sont invités à mon-trer leur savoir en récitant à haute voix les saintes Écritures, faisant ainsi la fierté des parents, familles et amis. Les chants nocturnes et récitations des poèmes de Cheikh Ahmadou Bamba sont monnaie courante. Lors du mois sacré du ramadan, les corps et les âmes des fidèles zélés sont immergés dans la pratique de la foi. Le jeûne quotidien ainsi que les