//img.uscri.be/pth/8fefa8fab559efed08e08905ab94ccafd9b5ca34
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 16,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Politiques de la vie

De
224 pages
La définition de la nature de la vie, ainsi que de sa physionomie, est, en quelque sorte, l'objet même du politique et de sa décision. Si une société sait comprendre et respecter la vie en elle-même, elle saura établir un rapport compréhensif et équilibré avec les entités naturelles. La vie prise ainsi dans sa saisie intégrale induit l'élaboration d'une physique sociale qui pense les conditions de l'harmonie sociale ainsi que celles d'une société vivante.

Voir plus Voir moins
Thomas Seguin
Politiques de la vie La Nature au prisme du social
L O G I Q U E S S O C I A L E S
Politiques de la vie
Logiques sociales Collection dirigée par Bruno Péquignot En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si la dominante reste universitaire, la collection « Logiques Sociales » entend favoriser les liens entre la recherche non finalisée et l'action sociale. En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou d'une expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels classiques. Dernières parutions Juan Carlos MURRUGARRA,La passion du soccer.Transmetteur de cohésion socioaffective,2017. Patricia DRAHI,Enseigner la Shoah et les questions socialement vives, Risques et défis, 2017Christiana CONSTANTOPOULOU,Récits de la crise. Mythes et réalités de la société contemporaine, 2017. Isaac NIZIGAMAIntroduction à la sociologie de la religion de Peter L. Berger, 2017 Roland GUILLON,Faire de la sociologie et militer. Regards croisés (1973-2006), 2017. e Didier CHRISTOPHE,Les agriculteurs à l’aube du XXI siècle en Limousin et Berry. Approche sociologique et entretiens, 2017. Maria do Céu Alves,La « vision du monde » sexuée chez Augustina Bessa-Luis, 2017. Jacques COENEN-HUTHER,Le regard du sociologue, 2017. Sandrine GAYMARD et Teodor TIPLICA (dir.),Sécurité e routière : un défi à l’aube du XXI siècle,2017. Baptiste PIZZINAT,Portrait d’un danseur en Exil, 2016.
Thomas Seguin
Politiques de la vie
La Nature au prisme du social
© L’Harmattan, 2017 5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
ISBN : 978-2-343-11728-7 EAN : 9782343117287
INTRODUCTION
« Agir par affection, et penser pour agir. » 1 Auguste Comte,Système de politique positiviste
SOCIOLOGIE ET BIOLOGIEDans l’esprit du fondateur de la sociologie, la pulsion est toujours première dans l’agir. Mais si la société n’agit que par affection, et qu’elle ne pense pas cette affection pour agir, elle se tournera irrémédiablement vers le chaos. Au contraire, si elle sait penser pour agir, en conscientisant cette pulsion qui la pousse à agir, alors elle saura saisir, de manière appropriée, une dynamique à la fois sociale, biologique et psychologique. Depuis le début de la sociologie,laphysissociale et la physis naturelle sont deux sœurs jumelles qui se reflètent l’une l’autre. L’analogie entre la sociologie et la biologie a été principalement expurgée de l’institutionnalisation de la sociologie pour affirmer le primat du culturel. En s’émancipant tout d’abord de la biologie, puis de la psychologie, la discipline sociologique a crée son identité et construit les frontières de ses questionnements. Les sociologues ont refusé l’intrication du biologique dans leurs analyses en fonction de considérations éthiques, parce que cet enchevêtrement tendait souvent à souder, sans trop d’embarras, la nature ontologique à la nature sociale. Une telle conception scientifique était alors instrumen-talisée dans le champ politique par des idéologies telles que l’eugénisme, le darwinisme social et le malthusianisme. 2 L’enjeu du passage entre la Nature et la sociétéreste néanmoins aujourd’hui une question majeure qui détermina 1 Auguste Comte (1851-1854)Système de politique positiviste, ou Traité de Sociologie instituant la religion de l’humanité, Tome I,Au siège de la Société positiviste, Paris, 1929, p. 688.
7
en partie l’expérience historique de la modernité. S’il s’agit de réfuter l’aspect réductionniste et déterministe de l’expli-cation biologique, génétique ou physique des phénomènes humains, il ne faudrait pas non plus éliminer ces aspects légitimes dans toute compréhension du social. D’autant plus que la biologie elle-même, comme dans l’épi-génétique, réintroduit des critères sociologiques environnementaux dans l’expression du gêne. Que cela soit dans les théories énergétiques de la 3 4 culture ou le paradigme de l’organicisme social , une des erreurs aura été d’expliquer systématiquement la société par la donnée biologique, sans remettre en compte la concep-tion de la Nature énoncée dans ces théories. Nous savons désormais, grâce à Canguilhem, que le principe de norme implique toujours un seuil explicatif qui contient en soi une 5 définition de la vie . C’est bien en liant ces conceptions de la vie à leurs constructions historiques et sociales, que Weber pense pouvoir hypothétiquement établir un dialogue 6 avec les sciences naturelles . Ce dialogue entamé au début du siècle n’a véritable-ment jamais eu lieu parce qu’il touche le fond d’un problème épineux, c’est-à-dire comment concevoir l’épistémologie croisée des deux disciplines biologique et sociologique, sans les dénaturer dans leurs méthodes et leurs questionnement réciproques. Bien sûr, plusieurs cou-
2 Nous distinguons, tout au long de cet ouvrage, la nature humaine de la Nature (environnement naturel) que nous écrivons avec une majuscule. 3 Ernest Solvay,L'énergétique considérée comme principe d'orientation rationnelle pour la sociologie,Lecture faite à la Société d'hygiène alimentaire de Paris,Misch et Tron, 1904. 4 René Worms,Organisme et Société, Bibliothèque sociologique interna-tionale, 1895. 5  Georges Canguilhem (1943),Essais sur quelques problèmes concer-nant le normal et le pathologique,Les Belles Lettres, 1950. 6 Max Weber, Jon Mark Mikkelsen, « “Energetic” Theories of Culture», Mid-American Review of Sociology, Vol. 9, No. 2, Winter 1984, pp. 27-31.
8
rants de pensée dont la cybernétique, le fonctionnalisme ou le freudo-marxisme, comme tout un pan de l’herméneutique continentale, ont continué à mêler ces dimensions. Mais de telles analogies n’ont jamais vraiment été substantiellement développées, et la légitimé scientifique accordée à ces théories n’a jamais vraiment été acceptée par les deux communautés. Cette trame de fond dans l’histoire de la pensée déboucha finalement, dans les années 1990, sur le fameux débat stigmatisant l’utilisation de données issues des sciences naturelles et physiques par les postmodernes dans leurs théories sociales. La position du neurologiste Laborit est à cet égard très instructive. D’après lui, nous ne vivons que pour maintenir notre structure biologique ; « le reste n’étant que les idées 7 que nous nous faisons de nous-mêmes » . Face aux contraintes et tensions provoquées par notre environnement sur notre système nerveux, nous avons le choix entre diverses stratégies culturelles pour perdurer dans notre être biologique. Soit l’individu peut opter pour la stratégie de la confrontation, il réagit, lutte et se révolte, contre son milieu, avec résultat positif ou négatif. Néanmoins, dans un cas, résultat positif, il entre dans le jeu de la domination qui va produire d’autant plus de stress, et dans l’autre, résultat négatif, son action sera inhibée et générera d’autant plus de tension. Soit il peut opter pour la stratégie de la fuite : l’homme évite le jeu des dominances, il fuit pour se préserver, par un phénomène typiquement humain qui est l’imaginaire. En plaçant la création au sommet de l’évo-lution, Laborit signifie qu’il nous est possible de prendre conscience de nos déterminations biologiques pour adapter nos réactions culturelles : agir par pulsion, penser pour agir. La vie a, certes, ses déterminants propres dans sa constitution biologique ou physique. Cependant ces processus matériels constitutifs sont ensuite façonnés par 7 Henri Laborit,Éloge de la fuite, Robert Laffont, 1976, p. 6.
9