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Politiques et coopérations dans l'espace euro-méditerranéen

De
220 pages
Depuis les années 1990, une plus grande interaction entre l'Europe et la Méditerranée est recherchée, en particulier par l'UE, dans l'objectif de créer une zone de prospérité partagée et de libre-échange. Les "Printemps arabes" ont bouleversé la région et constituent un défi pour l'UE. Le plus important, en revenant à des logiques de culture et de partage, semble bien de mettre en place des échanges et de favoriser des mobilités, concrétisations d'un espace qui reste à (re)construire. (Quelques articles en anglais).
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L&G
Sous la direction de
Maria ROŠTEKOVÁ & Peter TEREM
POLITIQUES ET COOPÉRATIONS
DANS L’ESPACE EURO-MÉDITERRANÉEN
Depuis les années 1990, une plus grande interaction entre l’Europe et la POLITIQUES ET COOPÉRATIONS
Méditerranée est recherchée, en particulier par l’Union européenne, dans l’objectif
de créer, en installant diff érents partenariats, une zone de prospérité partagée et DANS L’ESPACE EURO-MÉDITERRANÉEN
de libre-échange. La politique européenne de voisinage ne s’appuie cependant pas,
dès 2004, sur une démarche multilatérale qui fonde en 2008 la mise en place de
l’Union pour la Méditerranée, qui réunit désormais 44 pays.
Les « Printemps arabes » surprennent et bouleversent ensuite la région
méditerranéenne et constituent un défi pour l’Union européenne qui a besoin
d’affi rmer son rôle dans la stabilisation de la région et dans son évolution
démocratique.
La coopération euro-méditerranéenne s’inscrit désormais dans une dimension
politique incontournable, qui implique de trouver une cohérence aux actions
communautaires.
Mais personne, et encore moins les contributeurs de ce livre, ne peut
pronostiquer le temps qu’il faudra pour réaliser une évolution démocratique dans tel
ou tel pays, ni comment cette évolution se réalisera. Le plus important, en revenant
à des logiques de cultures et de partage, semble bien de mettre en place des échanges
et de favoriser des mobilités, concrétisations d’un espace qui reste à (re)construire.
Mária Rošteková est maître de conférences à la faculté des sciences politiques et
des relations internationales, Université Matej Bel, Banská Bystrica, en Slovaquie.
Peter Terem est professeur des relations internationales, vice-doyen en charge
de la recherche et directeur du département des relations internationales et de
la diplomatie à la faculté des sciences politiques et des relations internationales,
Université Matej Bel, Banská Bystrica, en Slovaquie.
Couverture : © 2012, Christian Senger, Fisherboy, Vernazza, La Ligurie, Italie
sur <https://www.fl ickr.com/photos/30928442@N08/7675005778/>
ISSN : 2257-3690
ISBN: 978-2-343-04844-4
21 €
Local & Global
Sous la direction de
POLITIQUES ET COOPÉRATIONS
Maria ROŠTEKOVÁ & Peter TEREM
DANS L’ESPACE EURO-MÉDITERRANÉEN
Local & Global









Politiques et coopérations
dans l’espace euro-méditerranéen eCet ouvrage est le 29 livre de la


Intégration et voisinage européens, Radovan Gura & Gilles Rouet (dir.)
Frontières & œuvres, Éric Bonnet (dir.)
Les frontières numériques, Imad Saleh, Nasreddine Bouhaï & Hakim Hachour (dir.)
Biennales d’art-contemporain & frontières, François Soulages (dir.)
Migrations en blanc. Médecins d’est en ouest, Anna Krasteva & Despina Vasilcu (dir.)
Le sport : diffusion globale et pratiques locales, David Sudre & Matthieu Genty (dir.)
Esthétiques de la ville : équipements et usages, Thierry Côme & Gilles Rouet
Identités et espaces publics européens, Radovan Gura & Natasza Styczyńska (dir.)
Esthétiques de l’espace public, Serge Dufoulon & Jacques Lolive (dir.)
Mobilisations citoyennes dans l’espace public, Gilles Rouet (dir.)
Arts et espaces publics, Marc Veyrat (dir.)
Médias et sociétés interculturelles, Martin Klus & Gilles Rouet (dir.)
e-Citoyenneté, Anna Krasteva (dir.)
Quelles frontières pour quels usages ?, Gilles Rouet (dir.)
Transhumanités. Fictions, formes et usages de l’humain dans les arts contemporains, Isabelle
Moindrot & Sangkyu Shin (dir.)
Frontières géoculturelles & géopolitiques, Gilles Rouet & François Soulages (dir.)
Europe partagée, Europe des partages, Serge Dufoulon & Gilles Rouet (dir.)
Géoartistique & Géopolitique. Frontières, François Soulages (dir.)
Internet ou la boîte à usages, Serge Dufoulon (dir.)
Participations & citoyennetés depuis le Printemps arabe, Antoniy Galabov & Jamil Sayah (dir.)
Usages politiques des nouveaux médias, Gilles Rouet (dir.)
Usages de l’Internet, éducation & culture, Gilles Rouet (dir.)
Pratiques artistiques contemporaines en Martinique. Esthétique de la rencontre 1, Dominique
Berthet
La photographie : mythe global et usage local, Ivaylo Ditchev & Gilles Rouet (dir.)
Productions et perceptions des créations culturelles, Helena Bálintová & Janka Palková (dir.)
Nations, cultures et entreprises en Europe, Gilles Rouet (dir.)
Citoyennetés et Nationalités en Europe, articulations et pratiques, Gilles Rouet (dir.)
Migrations, Mobilités, Frontières et Voisinages, Maria Rošteková & Serge Dufoulon (dir.)

Partenaires de la collection
RETINA International,
Recherches Esthétiques & Théorétiques sur les Images Nouvelles & Anciennes,
ECAC, Europe Contemporaine & Art Contemporain, Paris 8,
Laboratoire de Recherche en Management, LAREQUOI,
Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines,
IEEI, Institut d’Études Européennes et Internationales, Reims
& Faculté de Sciences Politiques et des Relations Internationales, Banská Bystrica.Sous la direction de
Mária ROŠTEKOVÁ & Peter TEREM











Politiques et coopérations
dans l’espace euro-méditerranéen

















Ce volume réunit principalement des contributions issues du colloque « Échanges, coopérations,
erpolitiques : l’Euromed de la connaissance » organisé à Banská Bystrica le 1 octobre 2013 par
la Faculté des sciences politiques et des relations internationales de l’Université Matej Bel de
Banská Bystrica avec de nombreux partenaires dont l’Université Pierre Mendès France de
Grenoble et l’Observatoire Tunisien de la Sécurité Globale.

Recension scientifique du volume par : Igor Kosír & Serge Dufoulon
Rédacteurs scientifiques : Anne-Coralie Bonnaire & Christophe Lips


Volume publié avec le concours
du Département de relations internationales et de diplomatie de la Faculté des
sciences politiques et des relations internationales de l’Université Matej Bel de
Banská Bystrica, de l’Institut d’études européennes et internationales de Reims,
du Laboratoire de recherche en management LAREQUOI de l’Université de
Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines et grâce au soutien de la Chaire Jean
Monnet ad personam « Identités et Cultures en Europe » et de l’Institut français de
Bulgarie.


Comité scientifique international de lecture
Argentine (Silvia Solas, Univ. de La Plata), Belgique (Claude Javeau, Univ. Libre de
Bruxelles), Brésil (Alberto Olivieri, Univ. Fédérale de Bahia, Salvador), Bulgarie
(Ivaylo Ditchev, Univ. de Sofia St-Clément-d’Ohrid), Chili (Rodrigo Zuniga,
Univ. du Chili, Santiago), Corée du Sud (Jin-Eun Seo Daegu Arts University,
Séoul), Espagne (Pilar Garcia, Univ. de Séville), France (Gilles Rouet, Univ. de
Reims, Univ. Matej Bel, Banská Bystrica & François Soulages, Univ. Paris 8),
Géorgie (Marine Vekua, Univ. de Tbilissi), Grèce (Panayotis Papadimitropoulos,
Univ. d’Ioannina), Japon (Kenji Kitamaya, Univ. Seijo, Tokyo), Hongrie (Anikó
Ádam, Univ. Catholique Pázmány Péter, Budapest), Russie (Tamara Gella, Univ.
d’Orel), Slovaquie (Radovan Gura, Univ. Matej Bel, Banská Bystrica), Taïwan
(Stéphanie Tsai, Univ. Centrale de Taiwan, Taipei)

© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’École polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISSN : 2257-3690
ISBN : 978-2-343-04844-4
EAN : 9782343048444




Introduction
Quel dialogue euro-méditerranéen ?


Gilles Rouet


Résumé. Ce texte introductif rappelle les grandes étapes de la mise en place d’une
politique de rapprochement entre l’Union européenne et les pays du voisinage européen,
en général, et de la Méditerranée, en particulier. Des premières relations formelles au
projet d’Union méditerranéenne, d’Union de la Méditerranée puis d’Union pour la
Méditerranée (UpM), il s’agit, pour certains pays membres de l’Union européenne,
d’une redécouverte. L’évolution de l’UpM et des programmes de la politique de voisinage
est évidemment liée aux conséquences des Printemps arabes comme à la mise en place
d’une politique extérieure de l’UE, mais aussi, indirectement, aux initiatives du groupe
de Visegrád en faveur d’un renouveau du partenariat à l’Est. Désormais, il faut
envisager une politique intégrant les 28 États membres et s’appuyant sur les histoires
et expériences de chacun.

Mots-clés. Union pour la Méditerranée – Groupe de Visegrád – Politique
européenne de voisinage – Programmation 2014-2020


Les premières relations formelles entre la Communauté
européenne de l’époque et les pays sud-méditerranéens remontent
au début des années 1960, quand ont été signés les premiers accords
d’association et commerciaux. Les relations ont été approfondies
dans les années 1970 lorsque la Communauté européenne (CE) a
lancé sa « Politique méditerranéenne globale ».
Il s’agissait de prendre en compte la dimension régionale des
pays méditerranéens et l’homogénéité relative de la zone tout en
soulignant le caractère spécifique de chaque pays. La CE a alors
ouvert aux pays méditerranéens un accès unilatéral au marché
européen dans le cas de certains biens industriels et agricoles. À

7 Gilles Rouet
partir de 1979, cette ouverture a entraîné une hausse des
exportations de biens industriels de la région méditerranéenne sur
les marchés de la CE.
Implicitement, la Communauté européenne suppose alors
que l’instauration d’un libre-échange entraînera l’intégration d’outils
de l’économie de marché et la réduction du rôle de l’État dans les
économies méditerranéennes, au bénéfice des sociétés concernées.
Mais les dirigeants politiques des pays méditerranéens n’étaient pas
alors disposés à participer pleinement aux réformes proposées par
la Communauté européenne.
En dépit de nombreuses difficultés, un système de fonds
structurels a été créé en 1988. En parallèle, cinq États (désormais
tous membres de l’UE), l’Italie, la France, l’Espagne, le Portugal et
Malte, ont tenté de développer un dialogue politique et une
coopération avec les États du Maghreb : l’Algérie, la Libye, le
Maroc, la Mauritanie et la Tunisie. Cette initiative a été alors
nommée « dialogue 5 +5 ». Il est important de la mentionner, car
ces 5 pays de l’UE ont un actif dans le dialogue euro-méditerranéen
et s’appuieront sur cette expérience par la suite, ce qui fera réagir
d’autres pays de l’UE alors non concernés et qui revendiqueront un
dialogue avec l’UE dans son ensemble.
En dépit d’efforts importants de la part de la Communauté
européenne, un résultat positif n’a été obtenu que dans un seul
domaine : celui des relations économiques entre les deux régions.
Aucune amélioration significative n’a été relevée en termes
d’emplois, de réduction de la pauvreté, de démocratisation dans la
région, et de transparence des systèmes.

Dans les années 1990, les acteurs ont cherché à installer une
plus grande interaction entre l’Europe et la Méditerranée avec un
nouveau concept euro-méditerranéen global. La Déclaration de
Barcelone, en novembre 1995, pose les bases de ces relations. Il
s’agit de « faire de la Méditerranée un espace commun de paix, de stabilité et
de prospérité à travers le renforcement du dialogue politique, la sécurité et la
coopération économique, financière, sociale et culturelle ». Ce document est
la première étape du Partenariat euro-méditerranéen (ou
« processus de Barcelone ») qui fonde un nouveau cadre multilatéral
de relations et de renforcement des efforts précédents. 12 pays
méditerranéens sont impliqués : l’Algérie, Chypre, l’Égypte, Israël,

8 Quel dialogue euro-méditerranéen ?
la Jordanie, le Liban, Malte, le Maroc, l’Autorité palestinienne, la
Syrie, la Tunisie et la Turquie, ainsi que tous les États membres de
l’UE (15 au moment de la signature).
En comparaison avec les initiatives passées, les objectifs sont
plus ambitieux. Trois types de partenariat sont prévus : un
Partenariat politique et de sécurité, un Partenariat économique et financier et
un Partenariat social, culturel et humain.
Le premier partenariat est centré sur la promotion de
l’émergence d’un espace commun de paix et de stabilité en
Méditerranée à travers un dialogue politique multilatéral. Chaque
pays s’engage en particulier à respecter les droits humains, les
principes de primauté du droit et de démocratie, la souveraineté des
États, l’égalité des droits des peuples, les principes de
nonintervention dans les affaires intérieures et de règlement pacifique
des conflits. Il s’agit aussi de lutter contre le terrorisme et de
promouvoir la sécurité régionale.
Le second partenariat prévoit la création d’une zone de
prospérité partagée avec un développement socio-économique
durable et équilibré.
Le dernier partenariat s’appuie sur le dialogue interculturel et
entre les religions, les échanges culturels, la mise en œuvre de
programmes éducatifs et culturels dans le respect des identités
culturelles, la participation de la société civile dans le partenariat
euro-méditerranéen. On retrouve également la lutte contre
l’immigration clandestine, le terrorisme et la corruption.
En résumé, il s’agissait donc de créer une zone de prospérité
partagée avec un libre-échange euro-méditerranéen (à
l’horizon 2010), mais aussi de soutenir les pays du sud et de l’est de
la Méditerranée dans leur processus de développement
socioéconomique, d’insertion dans l’économie mondiale et de
modernisation, grâce à une assistance financière et un dialogue
institutionnel.

En 2004, est lancée la Politique Européenne de Voisinage
(PEV) qui, contrairement au partenariat euro-méditerranéen, centré
sur le multilatéralisme, s’appuie sur la différenciation, le
bilatéralisme et la promotion de la coopération individuelle entre
l’UE et les pays sud-méditerranéens (Rouet & Terem, 2009). Les
principaux objectifs de la PEV sont de réduire la pauvreté, de créer

9 Gilles Rouet
une zone de prospérité, de mettre en œuvre des réformes
économiques de mise à niveau des pays. Les plans d’action
bilatéraux (UE vs chacun des pays) portent sur différents domaines
comme le dialogue politique et les réformes, le commerce, la justice
et les affaires intérieures, l’énergie, le transport, la société de
l’information, l’environnement, la recherche et l’innovation ou
encore la politique sociale.
En 2007, un instrument financier unique est mis en place :
l’instrument européen de voisinage et de partenariat, introduit pour
financer les actions liées à cette politique, reconduit dans le
1programme 2014-2020 . La PEV a plus de fonds disponibles et
permet d’organiser plus d’échanges et une coopération plus large
avec les États du Sud. Cependant, il ne traite pas suffisamment des
questions liées à la démocratie, à l’emploi et à la lutte contre la
pauvreté.
La même année, en 2007, le bilan de la mise en œuvre des
accords de Barcelone est mitigé (Moisseron, 2008). L’UE a réussi à
signer alors des accords d’association avec tous les pays partenaires
méditerranéens (PPM) sauf la Mauritanie. En particulier, les PPM
ont pu installer un processus de réduction de leurs tarifs douaniers
non agricoles. Cependant, les échanges entre l’UE et les PPM n’ont
pas connu l’intensité souhaitée et l’intégration entre les pays du sud
et de l’est de la Méditerranée est restée faible. De plus, la structure
des échanges entre le Nord et le Sud est toujours asymétrique. La
convergence vers les standards de niveau de vie de l’UE n’a pas été
amorcée, les réformes institutionnelles se sont avérées très lentes,
les appareils productifs n’ont pas bénéficié d’un niveau suffisant
d’investissements nationaux et étrangers et la zone a connu des
tensions géopolitiques.
La France, soutenue par l’Italie et l’Espagne, a alors proposé
la création d’une « Union pour la Méditerranée » pour renforcer la
coopération entre les deux rives de la Méditerranée autour de
projets concrets. Officiellement dénommée « Processus de
Barcelone : Union pour la Méditerranée », cette organisation
internationale inter-gouvernementale à vocation régionale, lancée
dans le cadre de la Présidence française de l’UE en 2008, devait

1. Cf. <http://europa.eu/legislation_summaries/external_relations/relations_wit
h_third_countries/eastern_europe_and_central_asia/r17101_fr.htm> (1.5.2014).

10 Quel dialogue euro-méditerranéen ?
donner un nouveau souffle au processus de Barcelone (Tardy,
2008).
Il s’agissait bien de tenter un retour vers un multilatéralisme
et de ne pas se contenter d’un ensemble d’accords bilatéraux
UEpays par pays.
Le siège de l’UpM est à Barcelone et l’initiative réunit
désormais 44 membres : les 28 États membres de l’UE (au
er1 juillet 2013), mais aussi l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine,
Monaco, le Monténégro, d’un côté de la Méditerranée, et la Ligue
arabe de l’autre côté. Les principaux buts de l’UpM sont alors
relatifs à l’énergie (en particulier solaire), à la protection de
l’environnement (pollution de la mer), aux transports maritimes et
terrestres. Les objectifs liés à la nature des régimes politiques ou à
la résolution de conflits internes (comme le conflit
israélopalestinien) ne sont pas intégrés à l’accord.

Il apparaît, jusqu’au(x) Printemps arabe(s), que l’UpM
connaît les mêmes problèmes que le précédent processus de
Barcelone et, dès 2010, de nombreuses prises de position en Europe
demandent une relance, en particulier les socialistes européens qui
considèrent que l’UpM devrait être une priorité stratégique
européenne. Il est en effet difficile de mettre en place un
multilatéralisme efficace dans le contexte du conflit
israélopalestinien, mais aussi d’autres conflits comme le conflit chypriote
ou la question du Sahara occidental. La commission des affaires
étrangères du Parlement européen souligne alors l’importance de
cette « union de projets » et dresse une liste de propositions sur six
grands secteurs stratégiques de l’UpM : la protection civile, le
transport, les autoroutes de la mer et les autoroutes terrestres, la
lutte contre la pollution et la dépollution de la Méditerranée, le
développement de l’énergie solaire, l’Initiative pour l’expansion des
affaires en Méditerranée et l’université euro-méditerranéenne. La
commission souligne également l’importance d’un élargissement
des coopérations dans les domaines culturels, de l’agriculture ou des
migrations.
Cette annonce s’appuie en particulier sur une des réussites
indéniables de ces coopérations. Depuis le lancement du processus
de Barcelone, et même si les réalisations restent loin du niveau des

11 Gilles Rouet
ambitions, de nombreux projets de coopération culturelle et
éducative ont eu des effets positifs.
L’Union européenne a réellement œuvré pour une évolution
des universités et la mise en place de réseaux de la société civile dans
la région méditerranéenne. L’aide de l’UE semble sur ce point
déterminant, non seulement pour les réformes économiques, mais
aussi sur l’éducation. On peut néanmoins considérer que l’UE a
plutôt favorisé les réformes structurelles et la libéralisation des
échanges plutôt que l’évolution politique.

Les « Printemps arabes » ont ensuite bouleversé la région
méditerranéenne et, en mars 2011, l’UE a pris une position
officielle, en particulier après les évènements tunisiens en décembre
2010. Cette opportunité est importante pour l’UE qui a besoin
d’affirmer son rôle (modéré, il faut le reconnaître) dans la
stabilisation de la région et de soutenir officiellement la création de
constitutions démocratiques dans le cadre de la primauté du droit
(Galabov & Sayah, 2012).
Dans la communication publiée en 2011 par la Commission,
« Un partenariat pour la démocratie et une prospérité partagée avec
le sud de la Méditerranée », l’UE reconnaît que « les événements […]
sont historiques. […] les changements en cours portent en eux l’espoir d’une vie
meilleure pour les populations de la région ainsi que d’un plus grand respect des
droits de l’homme, du pluralisme, de l’État de droit et de la justice sociale, […].
L’éclosion d’une démocratie à part entière n’est jamais un long fleuve tranquille
[…]; l’Union ne doit pas être un spectateur passif, […] tout en respectant des
processus de transformation essentiellement internes, [elle] peut offrir son
savoirfaire […]. L’avènement d’une Méditerranée du Sud démocratique, stable,
2prospère et pacifique est notre intérêt commun » .
La communication dresse alors un plan d’action qui
comprend notamment une aide immédiate (financière, consulaire et
de sécurisation des frontières), un renouvellement de la stratégie, en
particulier une adaptation de la Politique européenne de voisinage

2. Communication conjointe au Conseil européen, au Parlement européen, au
Conseil, au Comité économique et social européen et au Comité des régions, « Un
Partenariat pour la démocratie et une prospérité partagée avec le sud de la
Méditerranée », COM(2011) 200 final, Bruxelles, le 8.3.2011, sur <
http://eurlex.europa.eu/LexUriServ/LexUriServ.do?uri=COM:2011:0200:FIN:fr:PDF>
(12.5.2014).

12 Quel dialogue euro-méditerranéen ?
et un nouveau statut des accords d’association, le soutien aux
sociétés civiles, la promotion d’un développement économique
inclusif, l’approfondissement des accords de libre-échange, une
augmentation de la participation aux programmes d’éducation.
L’aide financière disponible jusqu’à fin 2013, au titre de l’aide aux
voisins du Sud dans le cadre de l’instrument de la politique de
voisinage, est de 4 milliards d’euros et la Commission prévoit alors
de réexaminer et éventuellement de réorienter les programmes
bilatéraux.
À partir de 2014, cet instrument est renouvelé en fonction
d’une approche révisée (plutôt que nouvelle) de la Politique
3européenne de voisinage et un soutien accru est proposé à 16 pays
partenaires à l’est et au sud de l’UE. Ainsi, la majorité du
financement des pays du voisinage est apportée par l’intermédiaire
de programmes de coopération bilatéraux, régionaux et
transfrontaliers.
Néanmoins, plusieurs aspects sont réellement nouveaux
(voir innovants). En particulier l’application d’un principe de
différenciation et d’une approche « donner plus pour recevoir
plus », ce qui devrait permettre un meilleur soutien aux partenaires
qui s’engagent réellement dans un processus de démocratisation,
dans la diffusion des valeurs universelles, qui réalisent des progrès
dans leur transition démocratique. Ces principes permettent en
effet à l’UE de procéder à des ajustements de son aide en fonction
d’une évaluation des besoins et des progrès des pays partenaires.
Les programmes du nouvel instrument devraient être moins
complexes à mettre en œuvre et dans des durées plus réduites, pour
répondre à la turbulence des situations constatées. Le champ
d’application est aussi simplifié avec une concentration sur des
objectifs stratégiques clés négociés dans le cadre des plans d’actions
élaborés avec les partenaires, en particulier en ce qui concerne la
promotion des droits de l’homme et des libertés fondamentales,
mais aussi le soutien à l’intégration économique progressive dans le
marché de l’UE, l’amélioration de la sécurité et de prévention des

3. Communication conjointe de la Haute représentante de l’Union pour les affaires
étrangères et la politique de sécurité et de la Commission européenne, « Une
stratégie nouvelle à l’égard d’un voisinage en mutation. Examen de la Politique
européenne de voisinage », Bruxelles, 25 mai 2011, sur
<eeas.europa.eu/enp/pdf/pdf/com_11_303_fr.pdf> (12.5.2014).

13 Gilles Rouet
conflits ou encore l’incitation à la participation des sociétés civiles.
Le budget voté pour la PEV dans la nouvelle période de
4programmation 2014-2020 est de 15,4 milliards .
La mise en place de l’UpM puis les Printemps arabes
constituent des opportunités d’intégration d’une dimension
politique dans la coopération euro-méditerranéenne. Et l’UE tente
toujours de parvenir à un règlement négocié des conflits comme de
s’inscrire en acteur important dans le Printemps arabe et le
processus de paix au Moyen-Orient. De plus, les initiatives du
groupe de Visegrád relativement aux partenariats Est de l’UE a
également eu des répercussions et des conséquences indirectes sur
la manière d’appréhender le partenariat Sud et moyen-oriental. Les
4 pays d’Europe centrale ont rappelé clairement aux autres États
membres que la frontière extérieure terrestre de l’UE ne pouvait
leur incomber totalement, de la même manière que la Méditerranée
ne peut pas être considérée comme une chasse gardée des pays
riverains. On peut remarquer qu’en définitive, les initiatives et les
prises de position de sous-groupes régionaux au sein de l’UE est
bénéfique pour l’évolution des positions communes de l’ensemble
des 28 États membres.

Globalement, l’impact des actions de l’UE sur les pays
sudméditerranéens a donné des résultats contradictoires. En effet, les
initiatives de la politique méditerranéenne globale, du partenariat
euro-méditerranéen et de la Politique européenne de voisinage
peuvent être considérées comme des réussites, mais sans
cohérence. D’un côté, l’UE a initié des réformes de libéralisations
des échanges économiques, d’un autre, cela n’a pas changé
directement l’ordre politique et social dans les pays concernés.
On peut bien évidemment soutenir que l’évolution des
échanges, y compris intellectuels et culturels, a participé à
l’évolution de la société toute entière et détermine ainsi en partie les
Printemps arabes. Pour autant, il est difficile d’admettre que c’est

4. Cf. <http://eeas.europa.eu/delegations/algeria/press_corner/all_news/news
/2014/07042014_fr.htm> (12.5.2014). Pour la période 2007-2013, 11,181
milliards d’euros avaient été votés dont 95 % pour les programmes nationaux et
multinationaux et 5 % pour les programmes de coopération transfrontalière, cf.
<http://europa.eu/legislation_summaries/external_relations/relations_with_thi
rd_countries/eastern_europe_and_central_asia/r17101_fr.htm> (12.5.2014).

14 Quel dialogue euro-méditerranéen ?
directement l’action de l’UE qui a introduit des valeurs
démocratiques au sein des pays arabes du Moyen-Orient et
d’Afrique du Nord.
Ces Printemps arabes ont avant tout représenté un défi pour
l’UE, ce processus de transition dans le sud de la Méditerranée
incitant l’UE à adopter une approche réaliste. Il s’agit désormais de
mettre en cohérence les réformes politiques avec les évolutions
sociales et économiques pour transformer les défis actuels dans la
région méditerranéenne en opportunités souhaitables (et
réalisables) pour tous les participants.
Il est difficile de ne pas tenter de faire une comparaison avec
l’évolution des pays d’Europe centrale et orientale et la transition
démocratique dans ces pays qui ont intégré l’UE assez rapidement,
non pas parce que les situations sont comparables, mais bien parce
qu’il est fondamental de tenir compte à la fois des cultures (y
compris politiques) et du temps.
Par exemple, la Slovaquie a connu d’importantes réformes
depuis la division de la Tchécoslovaquie en janvier 1993. Pendant
les cinq années suivantes, les relations avec l’UE sont restées
glaciales et le pays a alors rejeté les réformes économiques
préconisées. La Slovaquie a été constamment critiquée pour ne pas
respecter les droits des minorités (hongroise et rom) et pour
l’absence de processus démocratique. Avec la nomination d’un
nouveau gouvernement en 1998, cette orientation a changé et
rapidement des réformes ont eu lieu. La Slovaquie a réussi à remplir
les conditions spécifiques de l’adhésion à l’UE réalisée en 2004 avec
neuf autres pays européens. Cet exemple renforce une évidence, il
est difficile de faire des pronostics : nombreux étaient les
observateurs qui pensaient en 1998 que la Slovaquie n’intégrerait
pas l’UE avant vingt années ou plus… alors que l’adhésion puis
l’intégration à l’espace Schengen et à l’Eurozone ont été, de facto,
très rapides. Cette rapidité d’ailleurs n’est pas sans poser de
problèmes, car le pays est confronté à d’importantes difficultés, et
pas seulement à cause de la crise économique et financière
mondiale.
Personne ne peut donc pronostiquer le temps qu’il faudra
pour réaliser une évolution démocratique dans tel ou tel pays, ni
comment cette évolution se réalisera d’ailleurs. Le plus important,
en revenant à ces logiques de cultures et de temps, semble bien de

15 Gilles Rouet
mettre en place des échanges et de favoriser des mobilités, réelles
et virtuelles.


Références
Déclaration de Barcelone, 1995, sur <http://europa.eu/legislation_
summaries/external_relations/relations_with_third_countries/m
editerranean_partner_countries/r15001_fr.htm> (12.5.2014).
Galabov, A., & Sayah, J., (dir.), 2012, Participations et citoyennetés depuis le
Printemps arabe, Paris, L’Harmattan.
Moisseron, J.-Y., 2008, « Du Processus de Barcelone à l’Union pour la
Méditerranée : une gouvernance introuvable », sur
<www.strategicsinternational.com/21_08.pdf> (12.5.2014).
Rouet, G., & Terem, P., (dir.), 2009, Élargissement et Politique européenne de
voisinage, Enlargement and European Neighbourhood Policy, Bruxelles,
Bruylant.
Tardy, V., 2008, « L’Union pour la Méditerranée, une des priorités de la
présidence française de l’Union européenne », sur
<www.sciencespo.fr/ceri/sites/sciencespo.fr.ceri/files/art_vt.pd
f> (12.5.2014).


Gilles Rouet, titulaire d’une Chaire Jean Monnet ad personam en études
interdisciplinaires sur l’Union européenne, est professeur de management de l’éducation
à Reims et de relations internationales à l’Université Matej Bel de Banská Bystrica
(Slovaquie). Membre du Laboratoire de Recherche en Management LAREQUOI de
l’Université de Versailles St-Quentin-en-Yvelines.

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1945-1963 : formation et nature des
relations de la Tchécoslovaquie
avec les pays arabes


Mária Holubová
Traduit du slovaque par Mária Rošteková


Résumé. La politique étrangère de la Première république tchécoslovaque envers
certains pays du monde arabe a été mise en place pendant l’entre-deux-guerres, mais a
plutôt été développée après 1948, lorsque la Tchécoslovaquie fut incorporée dans le bloc
socialiste et a adopté ensuite les orientations de politique étrangère de l’Union soviétique.
Cette politique visait surtout le domaine des échanges commerciaux, en particulier
militaire, mais aussi le domaine culturel et ce avec de nombreux pays arabes.

Mots-clés. Accords – Politique étrangère tchécoslovaque – Égypte – Syrie – Tunisie
– Israël


La fin de la Seconde Guerre mondiale se traduit par
l’avènement d’une configuration géopolitique mondiale inédite à
l’échelle de l’Histoire avec l’émergence de deux superpuissances, les
États-Unis et l’URSS, ainsi que la diminution significative de
l’importance des autres puissances au niveau international. La
répartition du pouvoir dans le monde est marquée par le pouvoir
économique, politique et militaire de ces deux blocs, mais aussi par
le mouvement de libération nationale et l’émergence de nouveaux
États-nations en Asie et en Afrique, ce qui a abouti à la naissance
du programme Truman dont le quatrième point souligne, dans le
cadre de la lutte contre le communisme, le devoir des pays
développés de diffuser leurs connaissances techniques et leur
assistance aux pays en développement. Deux autres évènements ont

17 Mária Holubová
marqué cette recomposition du pouvoir : la naissance de
l’Organisation du Traité de l’Asie du Sud-Est (OTASE) en tant que
pacte militaire pro-occidental créé le 8 septembre 1954, regroupant
des pays de l’Asie du sud non communistes et le Traité
d’Organisation du Moyen-Orient (appelé Pacte de Bagdad), signé le
24 février 1955 par l’Irak, la Turquie, le Pakistan, l’Iran et le
Royaume-Uni, les deux ayant pour objectif principal de contenir la
poussée soviétique en Asie et au Moyen-Orient.
Les pays d’Afrique du Nord, pendant longtemps séparés des
pays de l’Afrique noire, rejoignent la Ligue arabe, créée en 1945,
dont l’objectif est d’affirmer l’unité de la « nation » arabe et
l’indépendance de chacun de ses membres. Mais peu après, dans le
contexte de l’anticolonialisme et de la guerre froide, une division
entre États socialistes, proches de l’URSS (Libye, Syrie) et États
proches des États-Unis (Arabie saoudite, Émirats arabes unis), ainsi
que d’autres divergences ont affaibli sa position sur la scène
internationale (Rošteková, 2009). L’Égypte, le Maroc et l’Algérie
ont cherché à se rapprocher de l’Afrique noire, et plusieurs
groupements régionaux ont vu le jour, par exemple l’Union du
Maghreb arabe et l’Union des États africains, entre le Ghana, la
Guinée et le Mali. Successivement, la Ligue arabe est devenue un
outil efficace dans la lutte des pays arabes contre Israël. De leur
côté, les pays du bloc soviétique comme l’URSS, la
Tchécoslovaquie, les Républiques populaires de Hongrie et de
Pologne, ont exprimé, de manière officielle comme non officielle,
leurs opinions. Les gouvernements des pays arabes ont souvent été
parmi les initiateurs et les participants aux conférences
internationales, notamment à Bandung en 1955 et à Belgrade en
1961.


La Tchécoslovaquie, partie intégrante du bloc soviétique et
son orientation vers les pays arabes

Les pays du Proche-Orient sont devenus des partenaires
importants de la Tchécoslovaquie peu de temps après sa naissance
en 1918, dans le domaine économique, mais aussi diplomatique et
consulaire. Les ambassades tchécoslovaques ont été ouvertes en
Égypte (1923), en Iran (1930-1939) et en Irak (1933) ; les consulats

18 1945-1963 : la Tchécoslovaquie et les pays arabes
généraux étant plus nombreux – en Égypte (1920-1924,
19341938), en Algérie (1925-1939) en Tunisie (1925-1928), au Maroc
(1927-1936) et au Liban (1926) ; et finalement les consulats
honoraires qui se sont installés en Syrie (1926-1951) et la Tunisie
(1928-1939).
Pendant la Seconde Guerre mondiale, les relations furent
quasiment interrompues, la Tchécoslovaquie ayant maintenu les
contacts uniquement avec l’Égypte et la Syrie. Les relations avec les
autres pays furent rétablies après la guerre, surtout dans les années
1948-1963 où plusieurs pays arabes se sont tournés vers Moscou.
Après 1948, la Tchécoslovaquie change l’orientation de sa politique
étrangère et noue des relations avec l’Égypte de Nasser, la Syrie de
Baas et l’Algérie de Ben Bella et un peu plus tard aussi avec l’Iran
et le Maroc. En fait, on peut diviser l’évolution des relations
économiques, politiques et militaires de la Tchécoslovaquie en trois
périodes suivantes :
- 1945-1950, période de rétablissement des relations avec les
pays du Proche-Orient.
- 1951-1955, période transitoire avec un tournant majeur,
ainsi que l’orientation de Moscou vers Israël. Pendant ces années,
les relations diplomatiques avec ces pays sont quasiment
inexistantes et la Tchécoslovaquie ne s’intéresse même pas aux
échanges économiques dans le domaine militaire.
- 1956-1963, période qui est devenue très importante pour la
Tchécoslovaquie socialiste surtout par la signature du contrat avec
l’Égypte dont l’objectif était la fourniture d’armes. La
Tchécoslovaquie a proposé également une formation des officiers
de l’armée dans les écoles tchécoslovaques ainsi qu’une formation
sur place en envoyant ses formateurs en Égypte. Le même modèle
est poursuivi plus tard dans le cas de la Syrie, de l’Algérie et de l’Iran.
Il ne faut pas oublier d’autres domaines de coopération très
importants, notamment les échanges universitaires qui touchaient
notamment les étudiants du Koweït ayant effectué leurs études
à l’Université Charles à Prague ou encore les étudiants tchèques et
slovaques se rendant en Libye pour effectuer leur service militaire
en tant que traducteurs et interprètes dans l’armée libyenne.
Pour cette raison, nous voulons nous concentrer
principalement sur la position spécifique du gouvernement
tchécoslovaque quant à la situation en Algérie, puis les relations

19 Mária Holubová
militaires et culturelles avec l’Égypte et enfin la mise en place des
contacts avec la Syrie dans les années 1948-1963.
Dans la période clé pour l’Algérie (1954-1962), la position
tchécoslovaque envers le pays peut être caractérisée par une
distance au niveau politique et diplomatique vis-à-vis du Front de
libération nationale (FLN), par une relation intense avec le Parti
communiste algérien (PCA) et par une assistance matérielle dans les
domaines civil et militaire à partir de 1957. L’accord du
gouvernement pour organiser, en 1957, une réunion des partis
communistes maghrébins en Tchécoslovaquie a représenté le seul
soutien officiel proposé à l’Algérie. À partir de 1963, les relations
politiques et économiques entre la Tchécoslovaquie et l’Algérie
indépendante se caractérisent par une stagnation progressive. Le
seul document inter-gouvernemental, signé à la fin de 1963, est une
convention de coopération scientifique et technique, mais le
gouvernement algérien lui reproche le caractère trop commercial et
critique le montant de la rémunération financière des experts
tchécoslovaques. Si l’accréditation du premier ambassadeur
d’Algérie à Prague, Mohammed Kelly, apporte une amélioration
symbolique des relations bilatérales, ce rapprochement politique n’a
que très peu d’impact dans le domaine économique. En 1964,
l’export tchécoslovaque en Algérie atteint 21 millions de couronnes
tchécoslovaques et l’import en provenance d’Algérie 11,8 millions,
ce chiffre d’affaires étant inférieur à celui se rapportant au
commerce avec la Tunisie. La coopération scientifique et technique
jouit de conditions plus favorables durant cette période : 51 experts
tchécoslovaques travaillent en Algérie et 88 stagiaires et 14 étudiants
algériens étudient l’ingénierie aéronautique à l’Académie militaire en
Tchécoslovaquie.
Quant au Maroc, la Tchécoslovaquie ne change pas le
caractère de leurs relations bilatérales et reste dans la tradition de la
période d’avant-guerre. Le Maroc est une destination pour les
produits d’ingénierie, les biens de consommation ainsi que le sucre
et parmi les marchandises de provenance marocaine on trouve
surtout des roches de phosphate, de fer, du manganèse et du plomb,
ainsi que des agrumes. Cette visible continuité dans les relations
bilatérales avant et après la Seconde Guerre mondiale a demeuré
également au niveau du personnel : la première délégation
commerciale tchécoslovaque au Maroc indépendant en 1956 était

20 1945-1963 : la Tchécoslovaquie et les pays arabes
dirigée par l’africaniste Jan Kořínek qui avait négocié les relations
commerciales bilatérales à Casablanca dans les années 1930-1938.
Le 20 juin 1956, la Tchécoslovaquie reconnaît
l’indépendance du Maroc tout comme celle de la Tunisie.
L’accroissement économique qui a suivi cette démarche politique
correspondait à une très forte présence des entreprises du
commerce extérieur tchécoslovaque à la foire de Casablanca en
1957. La Tchécoslovaquie y a tenté de profiter de la conjoncture
industrielle favorable pour le renforcement de sa position
économique.
5À long terme, la politique « progressiste » marocaine n’avait
pas de perspectives du point de vue soviétique. Au moment du
conflit de frontière entre le Maroc et l’Algérie à l’automne 1963,
Moscou s’est rangé du côté algérien et la Tchécoslovaquie a bien
sur dû adopter la même position que l’URSS. Cependant, la réaction
du gouvernement tchécoslovaque était pleine de nuances, prenant
en considération ses intérêts économiques. Bien qu’au début de la
crise, la Tchécoslovaquie ait refusé de vendre des armes au Maroc,
et a été jusqu’à en informer le président algérien Ben Bella, la
Tchécoslovaquie est restée assez réservée dans cette relation. Si les
échanges commerciaux avec l’Algérie étaient quasiment inexistants,
le Maroc représentait pour la Tchécoslovaquie le deuxième plus
grand partenaire commercial dans le monde arabe après l’Égypte.
Au milieu des années 1960, les relations bilatérales rencontrent le
problème de la balance commerciale déséquilibrée en faveur du
Maroc.
La position politique du Maroc en ce qui concerne ses
revendications sur les territoires mauritaniens a influencé
significativement le comportement politique de tout le bloc de l’Est
envers la Mauritanie pendant les premières années de son existence.
Au début de ce conflit, l’URSS soutenait sans réserve la position
marocaine parce que les Soviétiques souhaitaient mieux se
positionner au Maroc, étant le pays le plus stratégique au sein du
Maghreb, et que la Mauritanie était un pays ayant de forts liens avec
la France. Finalement les Sovietiques ont tenu à respecter le Parti

5. Leur scepticisme avait son origine dans l’affaire de Mehdi Ben Barka qui a
travaillé pour les services secrets tchécoslovaques (ŠtB) et ensuite pour le KGB,
de 1961, jusqu’à sa disparition à Paris en 1965.

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