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Population et santé dans les pays en développement

De
308 pages
Cet ouvrage présente un état actualisé de la santé dans le monde en développement. Le recul de la mortalité infantile et maternelle, celui du sida et des maladies infectieuses sont autant de défis à relever. Les objectifs de la santé pour tous restent réalisables : améliorer les systèmes sanitaires, parvenir à l'autosuffisance alimentaire, développer un programme d'éducation pour la santé, l'accès à l'eau potable, aux soins et aux médicaments essentiels...
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Population et santé les pays en développement
Populations Collection dirigée par Yves Charbit, Maria Eugenia Cosio-Zavala, Hervé Domenach
La démographie est au cœur des enjeux contemporains, qu’ils soient économiques, sociaux, environnementaux, culturels ou politiques. En témoigne le renouvellement récent des thématiques : développement durable, urbanisation et mobilités, statut de la femme et de l’enfant, dynamiques familiales, santé de la reproduction, politiques de population, etc. Cette démographie contextuelle implique un renouvellement méthodologique et doit donc prendre en compte des variables en interaction, dans des espaces de nature diverse (physiques, institutionnels, sociaux). La collection"Populations"privilégie les pays et les régions en développement sans pour autant oublier leurs liens avec les pays industrialisés et contribue à l’ouverture de la démographie aux autres disciplines. Elle est issue d’une collaboration entre les chercheurs de l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD), de l’UMR CEPED (INED, IRD, Université Paris Descartes) et du Centre de Recherches Populations et Sociétés (Université Paris Ouest-Nanterre-La Défense).
Derniers parus Aurélie Godard,Le travail des femmes en guinée maritime, 2010, Céline Clément, : devenir adulte et transmissionsLa mère et ses enfants intergénérationnelles, 2009. Olivier Belbéoch, Yves Charbit, Souraya Hassan Houssein (dir.),La population de Djibouti. Recherches sociodémographiques, 2008. Maryse Gaimard,Goitre endémique et démographique en Afrique noire. L’exemple d’un village en Côte d’Ivoire, 2008. Mustapha Omrane,Accès à la terre, dynamique démographique et ancestralité à Madagascar, 2008. Frédéric Sandron (dir.),Population et développement dans les hautes terres de Madagascar, 2008. Lise Beck,Contexte de paupérisation et mortalité des enfants ruraux au Rwanda, 1980-1994, 2007. Cédric Audebert,L’insertion socio-spatiale des Haïtiens à Miami, 2006. Michèle Dion,Quand la Réunion s’appelait Bourbon, 2006. Ralph Schor,Français et immigrés en temps de crise (1930-1980), 2004. Jean-François Léger,Les jeunes et l’armée, 2004.
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© L’Harmattan, 2011 l’École-Polytechnique ;
75005
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-296-56316-2 EAN : 9782296563162
Paris
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La santé de la population est une composante essentielle du développement humain et de celui des sociétés. Elleest au cœur du sous-développement en étant à la fois une finalité et un moyen de développement. Un mauvais état sanitaire peut remettre en cause et menacer le développement économique et social.A l’inverse, une bonne santé facilite le développement par le jeu de divers mécanismes. Il est démontré que la santé peut agir comme un levier sur le développement, plus spécifiquement sur la croissance économique. Le rapportMacroéconomie et santéde l’OMS (OMS, 2001) fait état des multiples effets que peut avoirl’amélioration de la santé sur l’économie : effets sur l’éducation, sur la productivité du travail, sur l’offre de main-d’œuvre, sur le pouvoir d’achat, la consommation, l’épargne, etc.
L’impact de la santé sur la croissancea pu être mesuré avec précision au niveau macro. Parmi tous les facteurs qui expliquent la divergence d’évolution, depuis le début des années 1950, entre les pays asiatiques qui ont émergé et les pays d’Afrique subsaharienne, les plus pauvres, la santé ressort très nettement. « Des économistes ont établi que plus de la moitié de l’écart de croissance entre l’Afrique et l’Asie de l’Est s’expliquait par des différentiels d’états démographiques, géographiques et de santé. Des modèles de croissance s’accordent sur le fait qu’une augmentationde 10 % de l’espérance de vie induit une croissance du PNB de 0,3 à 0,4 % par an » (Séverino, 2008). La théorie des « trappes à pauvreté », développée par Jeffrey Sachs (2006) dans le cas des pays en développement, accorde à la santé une place centrale. Les situations de pauvreté sont auto-entretenues par une conjonction de facteurs liés, entre autres, à la perte progressive du savoir et des capacités individuelles (malnutrition, maladies, etc.). A l’autre bout de l’échelle temporelle, S maladie revêt une latéphane Tizio montre que « dimension intergénérationnelle de par ses conséquences sur les conditions d’existence de »s descendants (Tizio, 2004). Jean-Michel Séverino analyse également l’impact de la santé au niveau micro, dans le cas des pays en
INTRODUCTION
développement : « La santé influe sur la capacité à exploiter ses "potentialités"Une détérioration de la santé, qui réduit les capacités à élaborer des choix et à saisir des opportunités, a donc un impact directement négatif sur l’« efficacité» de l’économie dans son ensemble». La place accordée à la santé arrive ainsi au premier rang des priorités internationales et témoigne de la prise de conscience de la forte corrélation qui existe entre pauvreté et santé. «La santé pour tous en l’an 2000 », slogan prôné par l’Organisation mondiale de la santé, traduisait une volontéde mobilisation générale en faveur des actions de santé dans le monde. La Conférence internationale sur la population et le développement (CIPD), qui s’est tenue au Caire en septembre 1994, posait comme principe que «tout individu a le droit de jouir du meilleur état de santé physique et mentale qu'il soit capable d'atteindre. Les États devraient prendre toutes les mesures appropriées pour assurer, sur la base de l’égalité de l'homme et de la femme, un accès universel aux services de santé, y compris ceux qui ont trait à la santé en matière de reproduction » (Nations unies, 1995). L’amélioration de la santé des populations fait l'objet de trois des huit Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD)1énoncés par les Nations unies en 2000 qui portent sur la baisse de la mortalité, notamment celle des enfants et des femmes, l’amélioration de la santé maternelle, le recul des grandes endémies comme le sida, le paludisme ou encore la tuberculose. La santé est, en outre, de plus en plus perçue comme le pendant du premier objectif, qui vise à éradiquer l'extrême pauvreté et la faim. L’état sanitaire d’une population est étroitement lié à son avancée dans la transition démographique2qui se caractérise, dans sa première phase, par une baisse de la mortalité, conséquence du développement économique et social, de l’élévation du niveau d’instruction, de l’application des mesures d’hygiène alimentaire, des progrès de l’assainissement puis plus tard, de l’utilisation des antibiotiques et de la généralisation de lavaccination. La baisse de la mortalité s’accompagne d’une modification du profil sanitaire de la population. Les maladies infectieuses sont progressivement remplacées par les maladies dégénératives ou liées au stress et au mode de vie moderne. Ces changements induisent une transformation radicale des âges au décès, de la petite enfance vers l’enfance, la jeunesse puis les âges élevés avec une
1en annexe 1, les huit Objectifs du Millénaire pour le Développement.Voir 2Expression qui désigne le processus historique qui permet de passer d’un régime démographique ancien, à niveaux de mortalité et de fécondité élevés, à un régime nouveau à mortalité et fécondité basses.
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augmentation de l’espérance de vie. L’amélioration des chances de survie bénéficie surtout aux jeunes plus qu’aux personnes âgées, aux femmes plus qu’aux hommes. Ces processus observés à partir des XVIIIeet XIXesiècles dans les pays développés, sont plus tardifs et plus rapides dans les régions en développement.
Ainsi, les différences de santé dans le monde suivent de très près les écarts de développement opposant pays du Nord et pays du Sud. Les pathologies qui prédominent au Nord ne se retrouvent pas au Sud avec la même intensité comme les maladies cardio-vasculaires (première cause de mortalité), les cancers, l’obésité, les maladies de civilisation (dépression, alcoolisme, tabagisme), les accidents de la circulation. Dans l’hémisphère sud règnent les maladies transmissibles soit par des agents infectieux, soit par des parasites : paludisme, rougeole, méningite, tuberculose, bilharziose, lèpre ; sévissent aussi les carences alimentaires et vitaminiques. La mondialisation avec le développement des moyens de communication ainsi que l’industrialisation et l’urbanisation rapide du Sud tendent à transformer ce schéma ; les maladies de civilisation étendent leurs ravages au Sud.
La démographiese trouve au cœur des problématiques liées à la santé des populations dans le monde en développement. Tout d'abord, la notion de "sous-développement" a pendant longtemps été associée à la croissance démographique. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l'évolution de la population diverge fortement entre les pays du Sud et ceux du Nord et le monde apparaît divisé en deux grands ensemble : les pays développés d'une part, à la croissance démographique lente et le Tiers monde d'autre part, connaissant une véritable explosion de leur population. La croissance démographique était, à cette époque, considérée comme un frein majeur au développement économique et social. C'est ainsi que lors de la première Conférence mondiale sur la population à Bucarest en 1974, les pays développés prônaient la nécessité et l'urgence de réduire l'augmentation de la population alors que les pays en développement avaient une attitude populationniste, qui exprimait une remise en cause de l'ordre mondial inégalitaire. Au fil des années, les positions des deux camps se sont rejointes et un consensus s'est établi sur la nécessité de contrôler la croissance démographique (Conférence de Mexico en 1984, Conférence du Caire en 1994). Bien qu'une croissance démographique trop élevée entraîne des tensions supplémentaires dans des économies fragiles, elle n'est plus une variable centrale du développement. La plupart des pays d'Amérique latine et d'Asie ont maîtrisé (ou sont en voie de maîtriser) leur croissance
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INTRODUCTION
démographique, sans pour autant avoir connu le développement économique. Les questions de santé sont aussi, depuis longtemps, un des domaines de prédilection de la démographie. Les démographes, comme les épidémiologistes,cherchent à identifier les maladies au sein d’une population. Le but de leur démarche est double: d’une part, mesurer la fréquence de la maladie dans la population et, d’autre part, détecter les déterminants ou facteurs de risque contribuant à la survenue de la maladie. Ils utilisent souvent des données similaires: les statistiques d’état civil ou ce qui en tient lieu, les enquêtes démographiques et les études de cohortes. Historiquement, ce sont les épidémiologistes qui ont, les premiers, concentré leur attention sur une approche de la morbidité et de la mortalité principalement orientée vers la mesure de la fréquence des maladies, leur étiologie, leur prévention, et l’évaluation des thérapeutiques destinées à les combattre. Plus récemment, les démographes se sont, à leur tour, tournés vers la mesure de la morbidité en tant que complément d’information, en ajoutant à certaines enquêtes démographiques, des questions épidémiologiques, notamment dans les pays en développement (Enquêtes démographiques et de santé, EDS). Ces études visent à la fois à décrire la réalité et à analyser les faits, afin de déterminer les facteurs conduisant à la maladie et à la mort ou d’évaluer l’efficacité des efforts faits pour réduire la morbidité et la mortalité. Alorsque l’épidémiologiste de santé publique attache surtout de l’importance aux facteurs de risque individuels telsque l’hygiène de vie, le démographe sera plus sensible au milieu contextuel économique et social agissant sur les variables comportementales. Ce dernier analyse les données de morbidité et de mortalité en partant de l’exposition au risque (la cause) pour mesurer la fréquence de l’issue (l’effet) et calculer ainsi des taux propres à différentes catégories de la population. Les épidémiologistes, au contraire, tentent le plus souvent de déterminer les différentes expositions aux risques de groupes d’individus ayant connu des issues différentes. Pour prendre comme exemple la survie des enfants en relation avec l’éducation maternelle, un épidémiologiste cherchera à estimer le niveau d’éducation des mères dont l’enfant est mort et à le comparer à celui des mères dont l’enfant est encore vivant. Cette démarche est l’inverse de celle du démographe qui, lui, va chercher à mesurer le risque de décès des enfants selon le niveau d’éducation des mères.Les démographes abordent la santé en termes de conséquences sur la durée de vie (mortalité, causes de décès, espérance de vie en santé, etc.), de connaissance des déterminants sociaux, ou encore en
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