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Portugal et Bragance

De
194 pages

L’avénemect de la maison de Bragance au trône de Portugal est un des plus solennels et des plus épiques événements de l’histoire moderne. IL faudrait un Camoëns pour en écrire le poème. Ce poème historique n’a pas même son pareil au temps d’Homère, qui célébrait Agamemnon, ni au temps de Virgile, qui chanta Énée, ni au temps de Charlemagne, qui avait à son service douze pairs invincibles et des faiseurs admirables de romanceros. Cette conquête populaire du royaume de Portugal, par un duc de Bragance, fut un des actes politiques et dramatiques qui eurent le plus de retentissement en Europe.

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Gaston Milcent

Portugal et Bragance

A SA MAJESTÉ DOM LOUIS

ROI DE PORTUGAL

Sire,

 

 

Daignez permettre à un Français de présenter à Votre Majesté un livre historique sur le Portugal, et où il a voulu célébrer la puissance et la gloire de la maison de Bragance.

 

Ce volume a été achevé à l’heure même où le roi dom Fernando visitait la France, et y recevait les hommages d’une nation amie, qui est une de ses sœurs dans la race latine.

 

Puissiez-vous, Sire, accepter la respectueuse dédicace d’une œuvre toute modeste, mais écrite avec la foi d’un chrétien qui regarde dans le passé de l’histoire pour saluer l’avenir des peuples héroïques et religieux. Le royaume de Portugal est un de ceux qui appellent l’admiration des historiens, ainsi que la maison de Bragance attache à elle la suite des siècles.

 

Que Votre Majesté daigne lui accorder de vous témoigner,

Sire,

Ses très-humbles vœux et ses
sentiments les plus fidèles.

 

GASTON MILOENT.

Paris, 1872.

LIVRE PREMIER

L’AVÉNEMENT DE LA MAISON DE BRAGANCE

CHAPITRE PREMIER

L’EUROPE ET LE RÔLE DE LA FRANCE DANS L’HISTOIRE DU PORTUGAL

L’avénemect de la maison de Bragance au trône de Portugal est un des plus solennels et des plus épiques événements de l’histoire moderne. IL faudrait un Camoëns pour en écrire le poème. Ce poème historique n’a pas même son pareil au temps d’Homère, qui célébrait Agamemnon, ni au temps de Virgile, qui chanta Énée, ni au temps de Charlemagne, qui avait à son service douze pairs invincibles et des faiseurs admirables de romanceros. Cette conquête populaire du royaume de Portugal, par un duc de Bragance, fut un des actes politiques et dramatiques qui eurent le plus de retentissement en Europe.

L’état de l’Europe était lui-même des plus curieux à la veille de la restauration du Portugal par le roi Jean IV, duc de Bragance.

L’Espagne, l’Allemagne, la France, la Suède, la Hollande, se trouvent mêlées autour de cette immortelle époque de l’histoire du Portugal.

Remontons à quelques années avant l’avénement de la maison de Bragance, qui eut lieu en 1640.

La politique du cardinal de Richelieu était d’abaisser la maison d’Autriche et la puissance de l’Espagne ; cette Espagne dont le roi, Philippe IV, portait en même temps la couronne de Portugal.

L’alliance de la France avec la Suède et les princes protestants d’Allemagne, avait été féconde en revers pour les armes françaises, et il ne fallait pas moins que le génie de Richelieu pour suppléer à la vaillance de Gustave-Adolphe, le royal soldat et héros suédois, enseveli dans son triomphe à Lutzen. Dans cette guerre longue et obstinée, les généraux suédois et français montrèrent devant les généraux allemands toutes les connaissances stratégiques de ces époques belliqueuses, où la science de l’infanterie était merveilleuse de coup d’œil et d’audace. Il existait cependant une grande différence entre les officiers généraux suédois et allemands et les officiers généraux français. Les premiers étaient des soldats de fortune, des aventuriers parvenus, qui ne devaient leur avancement qu’à leur courage et à leur épée. Les seconds, les Français, étaient des hommes de cour et de naissance, appelés à commander sans avoir jamais obéi ; mais si la majorité d’entre eux ignoraient l’art de la guerre en stratégistes, ils combattaient admirablement en chevaliers, ainsi que combattaient dans le même genre les capitaines et les chevaliers portugais.

Dans le camp des Suédois, sous Gustave-Adolphe, ce Napoléon de la Suède au dix septième siècle, les hommes de guerre s’appelaient Horn, Banier, Weymar. Du côté des Allemands, sous Wallenstein, ce capitaine homérique, ce sont Tilly, Bacquoy, Pappenheim. Et quand tous ces fameux guerriers eurent succombé, l’Allemagne eut encore Piccolomini et Jean de Werth, pendant que l’Espagne opposait à la France Leganez et Gallas.

La France, elle, n’avait pas encore Condé ni Turenne, mais elle allait bientôt les avoir pour repousser et vaincre les Allemands et les Espagnols.

En 1635, après la paix de Prague, la France, n’ayant plus pour alliées que la Suède et les Pays-Bas, eut à soutenir presque tout le poids de la guerre contre l’Autriche et contre l’Espagne. Le cardinal de Richelieu rêvait de renverser le roi d’Espagne du trône de Portugal et de faire mettre la couronne sur la tête du duc de Bragance,

Le grand ministre français comprenait à merveille le parti qu’on pouvait tirer d’un tel compétiteur à la royauté portugaise. D’ailleurs, le duc Théodose de Bragance, père du roi qui fut Jean IV, fondateur de la dynastie de Bragance, n’avait jamais mis en oubli ses droits et ses prétentions. Il avait toujours protesté contre l’usurpation de Philippe II, roi d Espagne, qui s’était arrogé par la force le sceptre du Portugal.

Or la guerre continua entre toutes les grandes puissances de l’Europe. Deux flottes croisaient sur les deux mers. Richelieu se tenait sur la défensive du côté des Pyrénées. Une armée française commandée par les maréchaux de Châtillon et de Brezé, marchait dans les Pays-Bas. Deux autres passaient les Alpes : l’une, sous le maréchal de Créqui, partait dans le Milanais, et l’autre, sous le duc de Rohan, partait dans la Valteline, afin de couper les communications de l’Allemagne avec l’Italie. Enfin, le cardinal de la Valette-d’Épernon conduisait une quatrième armée française sur les bords du Rhin.

La guerre eut des chances diverses. Dans les Pays-Bas, la campagne commença brillamment par la victoire d’Alvein, et en Allemagne, nous passâmes le Rhin en nous avançant jusqu’à Francfort ; mais le général ennemi Gallas, qui ne voulait pas courir les chances d’une belle et grande bataille, coupa les vivres aux généraux français pour les forcer à se retirer ; ils se virent en effet réduits à une disette qui faisait périr leur armée sans combats ; ils brûlèrent leurs équipages et enterrèrent leurs canons ; cette résolution sauva l’armée française qui eut, en outre, la consolation de battre deux fois la cavalerie de Gallas dans son habile retraite. Pendant ce temps, les généraux de l’armée française en Italie faisaient glorieusement face aux doubles armées allemandes et italiennes. Mais, d’autre part, les Espagnols, maît es des îles Sainte-Marguerite et Saint-Honorat, fermaient presque aux Français la Méditerranée.

Richelieu avait toujours les regards tournés vers le Portugal ; mais il était en même temps forcé de jeter partout ses yeux d’aigle. Il arriva que, pour punir les Francs-Comtois d’avoir violé leur neutralité politique en faveur des Espagnols, Richelieu dut envoyer dans leur province le prince de Condé, avec une armée qui entreprit le siége de Dôle. Le grand Condé assiégeait cette ville depuis quinze jours lorsqu’il fallut lever le siége pour voler à la défense de Paris c’étaient les Espagnols qui sous les ordres de Thomas de Savoie, de Jean de Werth et du général Piccolomini, avaient fait irruption déjà jusqu’en Picardie. Cette frontière était dégarnie : point de remparts, point de munitions, point de troupes ; des gouverneurs sans expérience ou sans patriotisme. Les Espagnols prirent donc la Capelle, le Catelet, passèrent la Somme, enlevèrent Roye, Corbie et firent des courses menaçantes jusqu’à Pontoise. Ce n’est pas tout. Les Impériaux poursuivaient le prince de Condé dans sa retraite sur Paris, et le général Gallas entrait en Bourgogne. Ainsi, par la Bourgogne et par la Picardie. l’Allemagne et l’Espagne menaçaient de près la capitale de la France.

L’alarme fut grande dans Paris ; on maudissait Richelieu ; mais l’illustre cardinal-ministre sauva à la fois Paris et la France : il obligea militairement les Espagnols à se retirer plus loin que la Picardie, et les Impériaux à repasser le Rhin par le chemin de la Bourgogne et de la Franche-Comté.

La lutte n’en continua pas moins. Les Espagnols et les Allemands étaient toujours en campagne dans les provinces françaises. On conçoit l’heureuse idée de Richelieu d’abaisser la maison d’Autriche et de diminuer la fortune de la maison d’Espagne en lui faisant restituer le Portugal.

La même année que le duc Jean de Bragance put devenir roi en 1640, le siége d’Arras commença h réussite des vœux de Richelieu. Le 10 août 1640, les Espagnols furent définitivement repoussés devant Arras. Quatre mois plus tard, le 1er décembre, la révolution de Lis bonne mettait Bragance sur le trône de Portugal.

Six mois après, le 14 janvier 1641, le roi Louis XIII adressait une lettre de reconnaissance à son « frère et cousin » Jean IV. Ainsi la France reconnut la première l’indépendance du royaume de Portugal et l’élection du peuple portugais en faveur du chef des Bragance.

CHAPITRE II

LA CAPTIVITÉ DU PORTUGAL. — DU ROI SÉBASTIEN AU ROI JEAN DE BRAGANCE

A partir de la mort de dom Sébastien, après la bataille d’Alcazar-Kébir, qui fut l’issue de la malheureuse croisade d’Afrique, c’est-à-dire en 1578, finit une période gigantesque de l’histoire du Portugal ; et en attendant que s’ouvre la page royale des Bragance, il se passe une période étrangère que les historiens nationaux désignent encore sous le nom de « soixante ans de captivité. »

Jusque-là, jusqu’à cette malheureuse expédition d’Afrique par le chevaleresque Sébastien de Portugal, qu’avaient fait les Portugais ? Ils avaient émerveillé l’univers.

Mais survinrent, entre tous les malheurs européens, les conflits les plus douloureux pour la glorieuse patrie des Albuquerque, des Camoëns, des Jean de Castro et des Vasco de Gama.

Un roi d’Espagne, le sombre et tyrannique Philippe II, s’était emparé du beau royaume des Alfonse, des Denis, des Jean et des Emmanuel ; enfin, de cette belle terre chrétienne où s’étaient fondés ces deux admirables ordres de chevalerie : l’ordre d’Avis et l’ordre du Christ.

Cette captivité du Portugal sous les rois d’Espagne prépara, au bout d’un tiers de siècle, la plus belle œuvre de régénération historique, politique et sociale.

Pour arriver à cette régénération du Portugal par la maison de Bragance, signalons les calamités déplorables de ce poétique pays et richissime royaume qui possédait les plus belles situations de l’Amérique méridionale, de l’Afrique et de l’Inde.

La maison de Bragance a sauvé le Portugal. Récapitulons les faits antécédents, qui donnent si bien raison à l’avénement de la maison de Bragance.

L’ancien Portugal n’avait jamais cessé d’être dans un état florissant et même incomparable en richesses Il avait glorieusement étendu sa domination dans plusieurs parties des Indes orientales et en Afrique, où il avait des villes et des royaumes tributaires. Dans l’Amérique, il possédait le Brésil, État qui seul, bien administré, pouvait suffire à enrichir un royaume. La foi était partout propagée avec autant de soin que de zèle ; la bravoure de l’armée était reconnue ; la paix était maintenue fièrement avec l’Europe ; toutes les nations fréquentaient avidement les ports portugais. Les souverains de Lisbonne, satisfaits des anciens tributs commerciaux et d’échange et de ce que leur rendaient à la fois l’industrie et les conquêtes, ne portaient pas maladroitement de nouvelles taxes ; les sujets jouissaient paisiblement de leur travail et de leur aisance, et s’ils en disposaient pour le service du roi, c’était volontairement, et dans l’espoir d’accroître leur fortune et leur liberté.

Les forces navales du royaume étaient également considérables. Les vaisseaux de guerre portugais étaient connus par l’excellence de leur artillerie, de leur équipage et par les talents des officiers. Les vaisseaux marchands parcouraient toutes les provinces situées au delà du cap de Bonne-Espérance, et en rapportaient en Portugal toutes les abondantes productions de la nature, lesquelles, distribuées à toute l’Europe, procuraient en retour aux Portugais les denrées de tous les climats. Cet heureux état de choses cessa après la mort de dom Sébastien et la grande déroute portugaise dans les champs africains.

Mais une autre cause fatale, ce fut la réunion du Portugal à l’Espagne. Les deux royaumes, ne formant plus qu’une monarchie, le Portugal ressentit bientôt les funestes conséquences de cette alliance forcée. Les principales lois d’après lesquelles l’Espagne était gouvernée, se trouvaient en opposition avec celles dont les rois de Portugal s’étaient servis pour la conservation et l’agrandissement de leur royaume. Le Portugal fondait sa grandeur sur la paix de l’Europe, tandis que la Castille affectait d’obtenir la sienne par la guerre ; et comme le roi de Castille et des Espagnes favorisait le pays qu’il préférait, il soumettait les intérêts de Lisbonne aux intérêts de Madrid, les intérêts du Portugal aux intérêts de la Castille.

La paix du Portugal avec l’Europe fit bientôt place à une guerre cruelle, qui n’avait d’autre objet que les desseins ambitieux de l’Espagne. Les hostilités commencèrent avec les Danois, les Anglais et les Français, anciens amis et confédérés des Portugais. Les autres nations suspendirent leurs relations avec le Portugal ; ils ouvrirent une nouvelle ligne de navigation. La bravoure ne manquait pas aux Portugais pour se défendre, mais l’application et la diversion des moyens n’étaient plus dans leurs mains. Le roi d’Espagne, portant ses soins et son attention ailleurs, ne pensait au Portugal que pour son plaisir. Dans un traité avec les Danois, il confirma leurs lignes de démarcation dans le Nord, sans s’occuper du Sud, où étaient les conquêtes portugaises. Enfin Philippe II tenait le gouvernement et l’administration du Portugal, sans que celui-ci pût armer et expédier ses flottes en temps opportun ; les vaisseaux de la Compagnie des Indes finirent par être expédiés tellement hors de saison et si mal occupés, que plusieurs périrent et d’autres furent obligés de rentrer au port. Il ne fut donc plus envoyé un nombre suffisant de vaisseaux pour la conservation des conquêtes si glorieuses et si fécondes du Portugal.

Nous sommes à la fin du seizième siècle, et voici le panorama des douleurs du Portugal. Les places fortes étaient si mal pourvues d’artillerie, qu’à la première attaque de l’ennemi elles étaient infailliblement prises. On vit dom Francisco de Vimioso périr dans une bataille à quatre lieues de Lisbonne. Les Anglais assaillirent partout le Portugal. Ils prirent le récif de Fernambuco, et Bahia fut également perdue ; les provinces à mines du Brésil, d’où il arrivait régulièrement une si grande quantité d’or, furent trois ans sans voir aucun vaisseau de guerre portugais, et tout l’avantage de ce commerce demeura aux Danois. Ormuz, le plus fameux entrepôt de l’Orient, acquis au prix de tant de sang par les Portugais, conservé par de si brillantes victoires, subit le même sort. Goa et Ceylan tombèrent dans la détresse.