Pour l'emploi des seniors - Assurance chômage et licenciements

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Concernant les seniors, le système français continue d’entretenir l’inactivité plutôt que l’emploi. Si les préretraites publiques ont peu à peu disparu depuis dix ans, la majorité des entreprises choisissent aujourd’hui encore d’ajuster leurs effectifs à la baisse par le départ des seniors. Et cette volonté ne rencontre guère de résistance chez les intéressés, dans la mesure où un système d’assurance chômage spécifique leur permet d’attendre la retraite dans des conditions acceptables.
Nous proposons une réforme qui, en rendant plus difficile l’accès à la retraite via le chômage indemnisé, permettrait de limiter les sorties consensuelles de l’emploi par une combinaison optimale entre assurance et incitations en fin de carrière. Il faudrait compléter ce dispositif par une taxe spécifique pénalisant les entreprises qui continueront de licencier des seniors.

Publié le : dimanche 1 janvier 2012
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EAN13 : 9782728837823
Nombre de pages : 78
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Introduction Contraîrement à une îdée répandue, la préretraîte a encore cours en France aujourd’huî : non sous la forme des préretraîtes publîques peu à peu dîsparues depuîs le début des années 2000, maîs par le bîaîs du système d’assurance chômage spécîique des senîors. Nous ne sommes pas encore sor tîs d’un système quî entretîent l’înactîvîté plutôt que l’emploî. Pour s’en convaîncre, îl sufit de constater la chute ver tîgî-neuse du taux d’emploî des Françaîs à par tîr de 55 ans sur la igure 1.
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Taux d’emploi moyen (2005-2008) par âge
55 en % de la population totale
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Figure 1 – L’effondrement du taux d’emploi. Source: enquête « Emploi » (calcul de l’auteur).
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De 50 ans à 54 ans, le taux d’emploî baîsse d’un poînt ou deux par année supplémentaîre, à un nîveau et à un ry thme comparable à la plupar t des autres pays européens. Ce n’est qu’à par tîr de 55 ans, avec une accélératîon à par tîr de 57 ans que, brusquement, les senîors sor tent massîvement de l’emploî : le taux d’emploî baîsse de plus de 25 poînts entre 54 ans et 57 ans ! Le taux d’emploî contînue à s’effondrer après 57 ans pour inîr à 59 ans à la moîtîé de ce qu’îl étaît pour les moîns de 55 ans. Globalement, un tel séîsme sur le marché du travaîl ne peut s’explîquer que par une dîscontînuîté très for te dans l’envîronnement économîque des senîors. En par tîculîer, ceux-cî ne devîennent pas subîtement înemployables à par tîr de ces âges, parce que trop chers ou dépassés par le progrès technîque. En revanche, s’ouvrent alors des dîsposîtîfs socîaux quî assurent une retraîte ou une préretraîte. Il s’agît par exemple du dîsposîtîf de retraîte antîcîpée dévolu aux carrîères longues entrées en vîgueur à la suîte de la réforme Fîllon de 2003. Maîs îl s’agît également des condîtîons de l’assurance chômage quî changent radîcalement à ces âges, pour se transformer en une préretraîte de faît, c’est-à-dîre la possîbîlîté de rester en sîtuatîon îndemnîsée jusqu’au dépar t à la retraîte au taux pleîn. Les senîors quî bénéicîent déjà d’une durée d’îndemnîsatîon du chômage de troîs années au lîeu de deux années pour les autres salarîés, peuvent prolonger cette durée jusqu’à l’âge de la retraîte (l’âge de leur taux pleîn) 1 s’îls n’ont pas épuîsé leurs troîs années d’îndemnîsatîon à 60 ans et demî . Entrer au chômage à 57 ans et demî est donc de faît une préretraîte quî
1. Depuîs 2010, le seuîl est passé de 60 ans et demî à 61 ans, ce quî înstîtue împlîcî-tement 58 ans comme âge de a préretraîte. Les données présentées dans a igure 1 sont évîdemment cohérentes avec ’ancîenne égîsatîon.
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1 peut se proonger jusqu’à ’âge du taux peîn , que qu’î soît, entre 60 et 2 65 ans . Cette ecture de ’effondrement du taux d’empoî des senîors, en par tîcuîer cee împîquant ’assurance chômage, ne doît pas conduîre à une concusîon par trop hâtîve : parce que ’aocatîon de chômage fournît aux travaîeurs un revenu de substîtutîon à ’empoî, e compor tement de recherche des chômeurs seraît-î e seu à bâmer, es entreprîses n’ayant aucune responsabîîté dans cette sîtuatîon ? Bîen au contraîre, es entreprîses jouent un rôe moteur dans ce processus : ees choîsîssent en effet majorîtaîrement d’ajuster à a baîsse eurs effectîfs par e dépar t des senîors. Aînsî, ce ne sont pas tant es retours en empoî quî s’effondrent que es sor tîes de ’empoî quî s’envoent après 55 ans. Maîs, et c’est à que e système d’aocatîon de chômage des senîors joue tout son rôe, cette voonté se réaîse sans résîstance, dans a mesure où es senîors peuvent attendre a retraîte dans des condîtîons acceptabes. De ce poînt de vue, e système d’aocatîon de chômage des senîors constîtue actueement a cef de voûte de a préretraîte. La France, pays où a cuture du conlît entre patrons et saarîés est for te, gère dans une reatîve paîx socîae a questîon toujours déîcate des baîsses d’effectîfs, grâce au dépar t antîcîpé des senîors. I s’agît donc d’un choîx coectîf dans eque nous nous sommes enfermés depuîs pus de trente ans. Notre déficît de taux d’empoî à ’âge de 55-59 ans par rappor t aux autres pays européens ne tîent pas pour
1. Cette possîbîîté est égaement offerte dès 55 ans pour certaînes carrîères ongues. On peut aussî cîter ’aocatîon équîvaent retraîte (AER) quî permet de proonger ’aocatîon de chômage jusqu’à ’âge de a retraîte. L’AER est destînée à assurer un revenu de rempacement aux personnes sans empoî quî justîient du nombre de trîmestres permettant de bénéicîer d’une retraîte à taux peîn, maîs quî n’ont pas atteînt ’âge mînîmum de dépar t à a retraîte. 2. Là encore, a réforme de a retraîte en 2010 changera a donne dans e futur en augmentant ’âge maxîma du taux peîn à 67 ans.
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l’essentîe à une înempoyabîîté întrînsèque de nos senîors, maîs au faît que ces dernîers constîtuent désormaîs a varîabe d’ajustement de ’empoî. Ce constat n’est pas nouveau. Le Conseî d’orîentatîon des retraîtes, dans son premîer rappor t en 2001, écrîvaît aînsî : Les causes prîncîpaes de ’excusîon des saarîés âgés résîdent dans ce consensus împîcîte autour des préretraîtes et des dîsposîtîfs de chômage avec dîspense de recherche d’empoî, utîîsés comme amortîsseur socîa 1 pour accompagner a gestîon de eurs effectîfs par es entreprîses . (p. 46) I est pus que temps de sor tîr de a cuture de a préretraîte aors que ’augmentatîon de ’espérance de vîe rend nécessaîre ’aongement des carrîères. I faut travaîer pus ongtemps et donc retarder a cessatîon d’actîvîté. La réforme des retraîtes ne peut se passer d’une réforme des préretraîtes. Ces réformes ont aînsî été menées de front chez nos par tenaîres européens au mîîeu des années 1990. Pus que ’âge de a retraîte, c’est ’âge de a cessatîon d’actîvîté quî est sîgnîicatîf de a capacîté d’un pays à faîre travaîer ongtemps ses senîors. I reste înférîeur à 60 ans en France. Sî ’âge de a retraîte augmente seu, on assîstera à un sîmpe transfer t de a charge de inancement de ’înactîvîté des caîsses de retraîte vers es caîsses d’assurance chômage. Bîen que e sentîment d’urgence concernant e recu de ’âge de cessatîon d’actîvîté soît argement par tagé, a France tarde à sor tîr de a préretraîte, et ce d’autant pus qu’ee est maîntenant cachée dans un système quî ne dît pus son nom. Pour comprendre es résîstances au changement, î est nécessaîre de remonter aux racînes du probème. Au commencement, ’apparîtîon du chômage de masse au mîîeu des années 1970 a poussé es pouvoîrs pubîcs de ’époque à mettre en pace des dîsposîtîfs de cessatîon antîcîpée d’actîvîté pour es senîors. Face à a pénurîe d’empoîs, es senîors ont été învîtés à par tîr pus tôt à a retraîte.
1. Voîr aussî J.-P. Betbèzeet alii,L’Emploi des seniors.
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On oubîe souvent que a retraîte à 60 ans au début des années 1980, au-deà de ’améîoratîon promîse des condîtîons de vîe qu’ee împîquaît, répondaît égaement à ce besoîn ressentî de facîîter ’entrée des jeunes génératîons sur e marché du travaî. Cette croyance a traversé es époques et ee est encore profondément ancrée dans a socîété françaîse. Le débat ors de a dernîère réforme des retraîtes en 2010 ’a de nouveau îustré, cer taîns jeunes refusant a réforme parce qu’ee sacrîieraît eur empoî. La cuture de a préretraîte est avant tout empreînte de a croyance erronée que a taîe de ’empoî est ixe, a questîon de son par tage devenant ’enjeu essentîe. La cuture de a préretraîte résute aors de ce choîx d’un par tage de ’empoî entre es génératîons. Manîfestement, cette poîtîque est un échec : en France ’înactîvîté précoce des senîors et e chômage des jeunes coexîstent, a sîtuatîon ver tueuse înverse prévaant dans beaucoup d’autres pays. Pour tant, notre croyance coectîve est tenace ; î est dîficîe de utter contre un bon sens îmmédîat : en faîsant par tîr ses saarîés senîors, une entreprîse îbéreraît de a pace pour des saarîés pus jeunes. Cette fausse évîdence doît être contestée. Cer taînes des entreprîses quî se séparent de eurs saarîés senîors sont dans une ogîque de réductîon nette de eurs effectîfs. Ees ne sont pas créatrîces d’empoî, ees ne recruteront pas de jeunes actîfs en rempacement. Maîs, pus généraement, e choîx d’îndemnîser ’înactîvîté déinîtîve des senîors înduît des préèvements obîgatoîres pus éevés quî pèsent sur ’empoî de toutes es entreprîses, y comprîs sur es entreprîses en expansîon quî sont susceptîbes de recruter de jeunes saarîés. En effet, comme nous ’avons déjà souîgné précédemment, e retraît des senîors s’appuîe sur des dîsposîtîfs reatîvement généreux quî eur permettent d’attendre dans de bonnes condîtîons eur retraîte. La cuture de a préretraîte se paîe au prîx for t pour acheter ’accord tacîte des senîors. La cé de voûte de cette stratégîe est bîen ’îndemnîté reçue par e senîor înactîf en contrepar tîe de son dépar t antîcîpé. Ces préèvements suppémentaîres pour f înancer pusîeurs années de
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préretraîte augmentent e coût du travaî en France et pénaîsent ’empoî de façon îndîrecte. Parce que pus dîffus, cet effet a cependant du ma à prévaoîr face au bon sens îmmédîat du par tage du travaî. Sî cette croyance perdure, c’est qu’ee sert aussî de paravent à une face cachée de notre consensus socîa : a socîété françaîse préfère ’înactîvîté déinîtîve des senîors au chômage temporaîre des travaîeurs d’âge médîan. Les entreprîses proitent de ’exîstence des dîsposîtîfs socîaux en fin de carrîère pour faîre sor tîr es senîors de ’empoî et ces dernîers sont candîdats au dépar t avec a bonne conscîence de aîsser a pace aux jeunes et ’assurance de maîntenîr eur nîveau de vîe à ’avenîr. La crîse actuee montre bîen que es senîors restent es premîers à sor tîr de ’empoî. Cette sîtuatîon quî repose sur ’accord tacîte de tous es acteurs socîaux a même finî par engendrer en retour une stîgmatîsatîon des senîors, un doute généraîsé, en par tîcuîer d’eux-mêmes, sur eurs capacîtés à résîster à ’usure du temps, comme sî es conséquences étaîent devenues es causes. Au-deà de a réforme du système de retraîte, ’autre questîon centrae de ’empoî des senîors est donc îée à a réforme de eur système d’assurance chômage. Comment réformer ce système ? I faut reconnaïtre que e probème est ardu, ce quî expîque égaement sa pérennîté. Faîre dîsparaïtre a préretraîte, c’est forcément remettre en cause a cer tîtude qu’ont a pupar t des travaîeurs âgés d’attendre a retraîte en sîtuatîon reatîvement favorabe en dehors de ’empoî. Cette remîse en cause seraît aors un probème pour cer taîns travaîeurs âgés, extrêmement fragîîsés en fin de carrîère, pour quî a possîbîîté du retour en empoî est très faîbe, non pas en raîson de eur compor tement de recherche d’empoî, maîs compte tenu de a demande de travaî émanant des entreprîses. Sî a réforme de ’assurance chômage menée aux Pays-Bas en 2004 a conduît à augmenter consîdérabement es retours en empoî des senîors, cer taîns sont toutefoîs restés en dehors de ’empoî. Faut-î es aîsser sans ressources, en tout cas sans es ressources eur permettant de inîr dîgnement eur vîe actîve ? Refuser cette possîbîîté, c’est évîdemment
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restaurer înstantanément es condîtîons de a préretraîte. On est au cœur de ’arbîtrage centra entre assurance et încîtatîon à travaîer quî rend a réforme sî dîficîe à mener. C’est pourquoî nous proposerons dans cet ouvrage une réforme quî tente de traîter au mîeux cet arbîtrage. En outre, comme î est crucîa de îmîter au maxîmum es sor tîes de ’empoî pour es senîors, nous préconîserons égaement de revenîr à une poîtîque de taxatîon des îcencîements pour es senîors, poîtîque quî tîrera es 1 enseîgnements de ’échec de a contrîbutîon Deaande . La premîère par tîe de notre étude revîent sur ’hîstoîre des dîfférents dîsposîtîfs de préretraîte quî ont jaonné ces trente dernîères années. D’une poîtîque sectorîee, marquée par des préretraîtes pubîques destînées à accueîîr des popuatîons de saarîés spécîiques, nous sommes passés à a fin des années 1980 à une poîtîque unîversee înscrîte dans e régîme généra d’îndemnîsatîon de chômage. Encore aujourd’huî, e régîme des senîors est une préretraîte déguîsée dont es par tenaîres socîaux négocîent sans succès a réforme depuîs 2010. La deuxîème par tîe de cette étude a pour objectîf de comprendre es effets déétères du système actue d’assurance chômage sur ’empoî des senîors en reatîon avec eur caractérîstîque întrînsèque, eur dépar t prochaîn à a retraîte. Cet horîzon cour t sur e marché du travaî provoque une înteractîon très for te et négatîve avec a générosîté de ’aocatîon de chômage quî renforce es effets désîncîtatîfs tradîtîonnes. Enfin, dans une dernîère par tîe, nous présentons deux proposîtîons de réforme du marché du travaî des senîors, ’une concernant eur système d’assurance chômage, ’autre eur îcencîement. I s’agît de proposer une réforme quî tourne e dos à un système quî produît de ’înactîvîté putôt que de ’empoî, en cohérence avec ’horîzon cour t des senîors.
1. Taxe françaîse, votée en 1987 que devaîent payer es entreprîses quî îcencîaîent des saarîés de pus de 50 ans. Son montant étaît comprîs entre un et douze moîs de saaîre brut.
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