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Pour la famille avec les familles

De
264 pages
Issu d'une table ronde cet ouvrage s'est donné pour objectif de préciser les formes de l'engagement associatif envers les familles. L'objectif est de comprendre l'hétérogénéité des formes d'engagement et d'action collective auprès des familles dans la première moitié du XXe siècle.
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Pour la Famille. Avec les familles. Des associations se mobilisent (France 1880-1950)

Logiques Sociales Collection dirigée par Bruno Péquignot
En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si la dominante reste universitaire, la collection Logiques Sociales entend favoriser les liens entre la recherche non finalisée et l'action sociale. En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou d'une expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels classiques.
Dernières parutions

Bruno PÉQUIGNOT (dir.), Maurice Halbwachs : le temps, la mémoire et l’émotion, 2007. Eguzki URTEAGA, Études sur la société française, 2007. Bernard CONVERT et Lise DEMAILLY, Les groupes professionnels et l’internet, 2007. Magdalena JARVIN, Vies nocturnes, 2007. Jean-Yves CAUSER, Roland PFEFFERKORN et Bernard WOEHL (sous la dir.), Métiers, identités professionnelles et genre, 2007. Fabrice RAFFIN, Friches industrielles, 2007. Jean-Pierre BASTIAN (Sous la dir.), Religions, valeurs et développement dans les Amériques, 2007. Alexis FERRAND, Confidents. Une analyse structurale de réseaux sociaux, 2007. Jean-Philippe MELCHIOR, 35 heures chrono ! Les paradoxes de la RTT, 2007.
© L'HARMATTAN, 2008 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-04702-0 EAN : 9782296047020

Dirigé par Virginie De Luca

Pour la Famille. Avec les familles. Des associations se mobilisent (France 1880-1950)

Postface de Claude Dubar

L'Harmattan

LES AUTEURS Battagliola Françoise, Directrice de recherches au CNRS, Laboratoire Cultures et Sociétés Urbaines, CNRS. Becquemin Michèle, Maîtresse de conférences associée en sociologie à l’Université Paris XII, Groupe de Recherche sur l’Éducation le Travail et les Institutions (GETI) Paris VIII. Capuano Christophe, Doctorant, Institut d’histoire contemporaine, Centre Georges Chevrier, Université de Bourgogne. Chauvière Michel, Directeur de recherche au CNRS, CERSA, université Paris 2, co-animateur du GRMF. Cova Anne, Enseignante chercheure à l'Université de Lisbonne. Della Sudda Magali, Doctorante, ENS-EHESS, Université la Sapienza. De Luca Virginie, Maîtresse de conférences en Démographie, Université de Versailles Saint-Quentin, Laboratoire Printemps (CNRS) Pierre Eric, Maître de conférences en Histoire à l'Université d'Angers, laboratoire CERHIO. Rollet Catherine, Professeure de Démographie, Université de Versailles Saint-Quentin, Laboratoire Printemps (CNRS)

S’engager dans des associations et agir auprès des familles (France 1880-1950)
Introduction Virginie De Luca
Dans la première moitié du XXe siècle, un ensemble considérable d’associations oeuvrent auprès des familles, à ce point que l’on peut parler de "nébuleuse" pour reprendre la terminologie de Christian Topalov à propos des milieux de la réforme. Schématiquement, on peut y voir deux groupes. D’un côté, des associations prennent la famille comme un relais pour parvenir à diffuser en son sein de nouvelles normes. Elles visent l’incorporation par chacun des membres de la famille de nouveaux schèmes cognitifs. On pense à l’hygiène, aux nouvelles pratiques de santé par exemple. D’un autre côté, d’autres associations sont, elles-mêmes, des relais, se situant à l’interface entre des familles et l’État auprès duquel elles tentent de faire valoir les intérêts particuliers des familles. Les associations de pères et mères de familles nombreuses en sont un exemple. Familles relais ou associations relais : on a là deux façons de penser l’articulation entre des individus qui se mobilisent et une action collective auprès des familles. Une table ronde dont les travaux sont présentés ici a été organisée le 21 septembre 2005 au laboratoire Printemps (CNRS, Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines) dans le cadre de travaux de réflexion sur les collectifs d’engagements. Elle s’est donnée pour objectif de préciser les formes de l’engagement associatif envers les familles, de comprendre quelles logiques sous-tendent l’action de ces associations et mettre à jour des constantes dans l’argumentaire mis en œuvre pour légitimer un mode d’action auprès des familles ou pour les représenter. Quels sont les répertoires d’intervention et les projets qui mobilisent ces associations ? Il s’est agi également de dégager les ressorts des projets formulés 7

par telle association et d’en saisir la portée sociale et politique. D’autre part, ces projets, ces actions sont portés par des hommes et des femmes qui se mobilisent autour de la famille. On s’est arrêté sur ces carrières militantes pour tenter de cerner les déterminants de l’action et considérer, lorsque les sources le permettent, les conséquences biographiques de l’engagement auprès des familles. Il s’est donc agit, à partir de cas divers de comprendre l’hétérogénéité des formes d’engagement et d’action collectives auprès des familles dans la première moitié du XXe siècle. Pour saisir les formes de l’engagement associatif, Françoise Battagliola s’est appuyée sur trois associations oeuvrant dans le champ de la protection de la petite enfance et contre la mortalité infantile : la Société de propagation de l’allaitement maternel (1876), la Société protectrice de l’enfance (1865) et la Ligue contre la mortalité infantile (1902). Elle révèle la circulation des acteurs d’une association à l’autre, mais aussi les multi appartenances de leurs membres. La reconstitution des "carrières" des personnalités qui s’investissent dans ces associations montre les relations entre les engagements et les parcours biographiques. De sorte que certaines personnalités, des notabilités en réalité, deviennent de véritables “spécialistes” de l’action dans un secteur tandis que d’autres se profilent comme des “généralistes”, moins tenus à un champ d’action particulier mais engagés pour autant auprès des familles. Les femmes de la Ligue patriotique des Françaises, étudiées par Magali Della Sudda, sont à leur manière spécialisées dans l’action auprès des mères de famille. Leurs oeuvres de distinction des familles méritantes s’inscrivent dans un projet politique lié à la contre-offensive catholique dans un contexte de sécularisation de la société. L’association se situe à l’interface entre l’Église et les familles. Plus généralement, les réalisations dans le domaine familial se nourrissent d’un projet politique et d’une conception particulière des rôles sexués dans la famille. Les concurrences sont fortes entre associations qui défendent des projets et des images de la famille spécifiques. Il s’agit donc pour chaque acteur de soutenir son projet sans pour autant négliger d’autres mouvements qui, sans nécessairement être en opposition, n’en apparaissent pas moins concurrents dans 8

la démarche, mais aussi dans la mobilisation des adhérents, dans la monopolisation de l’attention des décideurs, notamment les personnalités politiques. Ces constats sont aussi valables pour les femmes qui composent le Conseil national des femmes françaises étudié par Anne Cova. D’obédiences confessionnelles diverses, les femmes du CNFF engagées dans la mise en place d’un programme de réforme des droits des femmes, s’intéressent particulièrement au sort des mères. Elles doivent cependant composer avec d’autres mouvements tels celui des familiaux ou des natalistes qui gagnent du terrain. Des stratégies d’action militante sont donc mises en avant qui expliquent les priorités données ou la mise en veilleuse d’un programme. Les projets qui mobilisent les associations oeuvrant auprès des familles sont multiples : entraide, éducation, mais aussi préservation et gestion des conduites. Michèle Becquemin présente deux associations de protection de l’enfance, fondées à vingt ans d’écart et examine leur positionnement et leurs stratégies par rapport à la question de la puissance paternelle. Il s’agit de l’Oeuvre de préservation de l’enfance contre la tuberculose fondée en 1903 par le docteur Grancher et le Service social de l’enfance en danger moral créé en 1923 à l’instigation du juge Rollet. Michèle Becquemin montre comment, entre les deux guerres, le retour du “familial” comme norme sociale dominante a influencé les actions de ces associations. Eric Pierre présente quant à lui la société de sauvegarde de l‘enfance de Seine-et-Oise qui prend en charge des enfants passés devant la justice, soit en qualité de délinquants, soit d’enfants à protéger mais aussi des enfants placés par leurs parents. L’association privilégie le placement familial rural. Sont examinées ici, entre autre, les relations qui existent entre l’association, le jeune dangereux ou en danger et sa famille et les présupposés sur lesquelles elles reposent. C’est sur la base de ces représentations de la famille rurale/urbaine que les projets et les actions se fondent. L’ensemble des communications soulignent la force du modèle familial sous la Troisième République. Virginie De Luca examine une de ces facettes à travers l’étude de la question du contrôle de la fécondité des couples, question accaparée par plusieurs associations dont les objectifs sont différents, tantôt politiques 9

ou hygiénistes voire les deux. Les projets d’éducation à la sexualité se multiplient portés par des groupes divers, mais qui visent à rationaliser la sexualité du couple dans une perspective de contrôle de la taille de la “famille voulue”. Dans le prolongement de l’éducation à la sexualité, Catherine Rollet s’intéresse à sa dimension hygiénique à travers l’action menée par la doctoresse Germaine Montreuil Strauss et les femmes qui gravitent autour d’elle au sein du Comité d’Éducation Féminine. L’éducation dont il s’agit vise à préserver les femmes et leur famille des tares vénériennes. Ce faisant, c’est la société dans son ensemble qui voit s’éloigner le spectre de la dégénérescence de la race. Ainsi, agir auprès des familles c’est étendre son action à la société dans son ensemble, c’est œuvrer pour le “bien commun” et, dans le contexte de la Troisième République et des années vichyssoises, pour sa patrie. La dimension confessionnelle de l’engagement lorsqu’elle est affichée ne contredit pas ces caractéristiques de l’action auprès des familles. Préserver ne suffit pas. Il faut aussi représenter les familles. C’est au cours de la Troisième République que se mettent en place un certain nombre d’associations dont l’objectif affiché est de défendre les intérêts des familles et d’obtenir pour elles des avantages divers, mais aussi une reconnaissance de leurs droits particuliers. Nombre d’entre elles trouvent continuité dans le contexte spécifique de la mise en œuvre de la politique familiale du régime de Vichy. Christophe Capuano examine les modes d’actions des associations familiales de Bourgogne et France-Comté tant pour représenter et défendre les intérêts des familles que pour soutenir la propagande du régime pétainiste. Il montre la variété des opérations de “séduction” entreprises, mais aussi que l’investissement dans le champ familial conduit à l’élaboration de la figure de l’expert local des questions familiales. C’est à la JOC (Jeunesse ouvrière chrétienne) que Michel Chauvière s’intéresse. Il s’agit d’un mouvement d’action catholique spécialisé, fondé à la fin des années 1920, qui défend la famille, particulièrement ouvrière. Il montre sur la longue durée, à travers le parcours de ces militants, comment la JOC contribue à la construction de la famille ouvrière comme catégorie d’action

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publique en dépit d’un répertoire d’action des membres résolument catholique. Finalement, ces contributions montrent à travers des expériences associatives diverses des convergences, mais aussi des divergences dans les formes de l’engagement et de l’action auprès des familles. Derrière les bonnes volontés des notabilités qui s’investissent bénévolement dans l’action auprès des familles, se cachent le plus souvent des ambitions. L’examen des carrières militantes montre que les conséquences biographiques de l’engagement ne sont pas négligeables. Pour les femmes surtout, l’activité militante apparaît comme un espace d’opportunité. Les divergences entraperçues sont liées aux projets même des associations : soutenir la famille en difficulté, valoriser les méritantes, éduquer les défaillantes… Mais par-delà ces différences premières, il s’agit la plupart du temps de contrôler ou de gérer les conduites. L’action entreprise se donne pour objectif plus ou moins voilé d’imposer une norme familiale où la place et la fonction de chacun de ses membres est définie. Cette famille voulue, conceptualisée, conforme à la morale républicaine ou aux préceptes religieux se doit d’être représentée et entendue. Tentent alors de s’imposer des associations de représentation des familles qui contribuent à les segmenter selon des caractéristiques supposées traduire leurs intérêts : sont-elles nombreuses ou ouvrières qu’elles nécessitent un traitement particulier. Au cours des années 1880-1950, la force du modèle familial a conduit à la création d’associations nombreuses dans lesquelles les investissements personnels, chargés d’enjeux pour leurs auteurs, ont abouti à la reconnaissance de la variabilité des situations familiales. La multiplicité des associations familiales réunies au sein de l’UNAF aujourd’hui trouve ses échos dans cette histoire.

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Quels acteurs ? Quelles actrices ?

Associations de lutte contre la mortalité infantile. Milieu social et carrières réformatrices. 1 Fin XIXe-début XXe siècles
Françoise Battagliola

Avant le milieu du XIXe siècle, les associations de soutien aux mères et aux nourrissons, s’inspirant de valeurs religieuses, s’intéressent à la réhabilitation morale des pauvres plus qu’à la préservation des populations [Fuchs, 1992]. Le tournant de la conception de la bienfaisance, qui s’amorce dans la seconde moitié du XIXe, s’inscrit dans le mouvement de sécularisation de la société de la Troisième République. Désormais, toutes les femmes et leurs enfants sont secourus quels que soient leur religion et leur état civil. La bienfaisance s’appuie d’autre part sur les découvertes scientifiques et les savoirs pratiques et s’intéresse à l’efficacité de ses actions. Initiatives privées et politiques publiques tendent à se rapprocher et les acteurs à circuler d’un univers à l’autre. Les transformations de l’aide aux femmes et aux petits enfants se situent à la convergence de plusieurs courants. Tout d’abord, l’émergence du péril démographique : le déséquilibre des naissances et des décès, constaté depuis les années 1860, est érigé en problème social majeur dans un contexte d’expansion coloniale et d’hostilité au voisin allemand, surtout après la défaite de 1870 [Charbit, 1981]. Les découvertes pastoriennes et la montée en puissance des médecins ensuite. À la fin des années 1860, des enquêtes menées par des médecins sur la mortalité des petits enfants, relayées par l’Académie de médecine, alertent les pouvoirs publics. La médecine, la statistique et la démographie naissantes contribuent à éclairer les causes du faible accroissement de la population française
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Je remercie Marie-Emmanuelle Chessel et Claire Lemercier pour leur amicale relecture de ce texte.

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comparée aux autres populations européennes. Pour la première fois, la prime enfance est érigée en objet d’investigations scientifiques, ce qui ouvre un nouveau champ scientifique, la puériculture et suscite la création d’institutions à la fois œuvres de bienfaisance et champs d’expérimentation [Rollet, 1990 : 2125 ; De Luca, Rollet, 1999]. La Troisième République marque ainsi un tournant dans les façons de concevoir les aides aux femmes enceintes et aux nourrissons en portant au pouvoir des hommes et des femmes nouveaux, favorables à la sécularisation de la société et aux traitements des questions sociales appuyés sur les acquis scientifiques et des pratiques coordonnées et rationalisées. Cet article s’appuie sur l’étude de trois associations visant à combattre la mortalité infantile en secourant les femmes enceintes, en protégeant les nourrissons, en vulgarisant des règles de puériculture et en menant des études sur la mortalité. Il s’agit de la Société protectrice de l’enfance, la Société de propagation de l’allaitement maternel et des refuges-ouvroirs pour les femmes enceintes et enfin la Ligue contre la mortalité infantile. La première a été créée en 1865 ; la seconde, fondée en 1876, s’est développée jusqu’au début du XXe siècle ; la troisième, dernière venue, a vu le jour en 1902 dans le but explicite de faire avancer les savoirs afin de mieux rationaliser les actions à mettre en œuvre. Je m’intéresserai au fonctionnement de ces associations et à ceux et celles qui les animent, en faisant le choix de privilégier les membres actifs réunis dans les conseils d’administration et les comités des dames patronnesses, rien ne permettant de postuler la participation effective des cotisants2. Je tenterai ainsi de cerner quelques traits de ce secteur de l’univers de la réforme sociale et de ces acteurs et actrices au tournant des XIXe et XXe siècles. La notion d’univers réformateur, introduite dans l’historiographie française par Christian Topalov, a l’intérêt de désigner un domaine d’action très large qui rassemble les lieux
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Pour autant, je suis loin de considérer que l’examen des cotisants est un exercice inutile ne serait-ce que parce que l’acte de cotiser manifeste une adhésion, même minimum, à la cause défendue ou que les listes complètes des membres permet de saisir le réseau élargi des institutions. Mais ce n’est pas l’objet choisi dans le cadre de cet article.

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où sont proposées des réformes de la société et les personnes qui les fréquentent [Topalov, 1999]. Ils incluent aussi bien des institutions publiques ou semi-publiques comme les conseils supérieurs ou des comités consultatifs divers que des groupes, cercles, associations privées, ainsi que des congrès organisés sur différentes questions sociales. Cette approche permet ainsi de rapprocher ce qui est souvent séparé comme l’action publique et les activités des associations privées et de suivre la circulation des acteurs dans les différents lieux. Jusqu’alors la nébuleuse réformatrice "a surtout été étudiée au masculin. La maternité et les soins aux petits enfants, plutôt du ressort des femmes, suscitent à la fin du siècle l’investissement des médecins et des scientifiques, à l’époque essentiellement des hommes. Aussi, ce domaine d’action apparaît comme un terrain particulièrement pertinent pour étudier les engagements des hommes et des femmes et leurs enjeux concrets et symboliques. Ce fil conducteur conduira à étudier la division du travail militant entre hommes et femmes, à cerner le milieu social auquel ils et elles appartiennent et les formes de carrières qu’ils et elles mènent dans le champ de la réforme. Cet article abordera, après une présentation des associations étudiées, leur organisation et la division du travail militant entre les sexes, le milieu social auquel appartiennent ces acteurs et actrices de la défense de l’enfance, enfin les formes de leurs engagements, à travers leurs affiliations multiples et leurs carrières dans l’univers réformateur. Cette démarche s’appuie sur les listes des membres des conseils d’administration autour de 1900, saisies dans une base de données conçue au sein du laboratoire de recherche CSU3. Les données concernant une quarantaine de congrès, groupes, associations, dont les listes des membres et leur fonction (de la présidence à la simple adhésion) ont été saisies, permettent de connaître les appartenances des personnes à plusieurs institutions. Sont aussi entrés dans la base des renseignements biographiques.

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Base sur le logiciel 4D conçue par J.L. Monnier, C. Topalov et S. Magri.

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La Société protectrice de l’enfance, la société pour la propagation de l’allaitement maternel et des refuges-ouvroirs pour femmes enceintes, la Ligue contre la mortalité infantile.
La Société protectrice de l’enfance (SPE) a été fondée à Paris en 1865 et reconnue d’utilité publique en 1869 par le Dr Alexandre Mayeur, l’un des initiateurs du mouvement en faveur de l’enfance. Ce médecin parisien persuadé des méfaits de l’allaitement mercenaire a cherché à mobiliser ses collègues des villes et des campagnes pour qu’ils prennent en charge la mise en œuvre de mesures de protection des nourrissons et de vulgarisation de pratiques aptes à préserver leur santé comme l’allaitement maternel. Selon lui, seule une organisation indépendante et bénévole pouvait remplir ce rôle [Rollet, 1990 : 23]. Tel est le but de la SPE qui se propose de propager l’allaitement maternel en ville, de protéger les enfants de l’abandon ou des mauvais traitements des nourrices. Enfin, la société se donne pour objectif de vulgariser dans les familles et auprès des nourrices les préceptes les plus utiles à l’hygiène physique et morale des enfants4. La création de la société à Paris est rapidement suivie d’autres en province, à Lyon, Le Havre, Tours5 notamment. À Paris, la SPE est dirigée et animée par un conseil d’administration de 45 membres et un comité de dames patronnesses comprenant 43 femmes. Elle accorde son aide matérielle et morale aux mères nécessiteuses qui désirent élever elles-mêmes leur nouveau-né, particulièrement à celles qui ont déjà plusieurs enfants. Dès qu’un cas lui est signalé, la société délègue une de ses dames patronnesses qui fait une enquête sur place. Des secours en nature sont délivrés (nourriture, lait, berceaux, layettes, parfois secours de loyer), les médecins s’assurent de la santé des nourrissons et qu’ils soient vaccinés. En province, des médecins bénévoles sont sollicités pour diriger et surveiller l’allaitement des nouveau-nés, en particulier de
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Statuts, Annuaire-bulletin de la Société protectrice de l’enfance, 1908-1909, Paris au siège de la société. 5 Le cadre de cet article ne me permettra pas d’étudier les sociétés provinciales.

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ceux placés en nourrice. La SPE décerne des prix en espèces aux mères et aux nourrices les plus méritantes et défère en justice celles qui se seront rendues coupables de mauvais traitements envers les enfants. Enfin, elle mène et favorise des études sur des questions relatives à l’enfance et publie un bulletin traitant de ces questions et de ses actions. En 18991900, la SPE de Paris a secouru 1533 familles et fait vacciner 1153 enfants6. Onze ans plus tard, en 1876, Marie Béquet de Vienne (1854-1914), épouse fortunée d’un conseiller d’état, crée une œuvre dont le but est également de favoriser l’allaitement maternel en s’intéressant plus directement aux mères. Cette association, qui portait d’abord le nom de Société nationale des amis de l’enfant et a été reconnue d’utilité publique en 1880, devient la Société pour la propagation de l’allaitement maternel, puis en 1892, après la fondation d’un premier refuge-ouvroir pour les femmes enceintes, la Société pour la propagation de l’allaitement maternel et des refuges-ouvroirs pour femmes enceintes (OAM). La société est dirigée par un conseil d’administration de 40 membres. Le refuge-ouvroir a son propre comité de 15 personnes et deux sections de banlieue ont aussi leur conseil de 17 personnes pour St-Maur-Les-Fossés, de 9 personnes pour Joinville-Le-Pont. Avant la naissance, les femmes enceintes sont accueillies au refuge-ouvroir où elles peuvent travailler, leur salaire étant économisé en vue de leur sortie. Après leur accouchement, elles peuvent rester à l’asile maternel. Elles sont instruites des règles de l’hygiène et des soins à donner aux enfants par des médecins. Les directeurs ou directrices les aident à trouver un travail qui leur permette de continuer de s’occuper de leur enfant, le plus souvent il s’agit de de couture à domicile. Dans tout Paris et dans les sections de l’œuvre en banlieue, un service de secours à domicile est organisé, assuré par les dames patronnesses, qui alloue des secours en layettes, vêtements, berceaux et alimentation. Enfin, un dispensaire modèle offre des consultations gratuites aux femmes et aux enfants et des conseils de puériculture. En 1900, l’OAM assiste 1745 enfants et accueille 712 mères, dont 364
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Annuaire-bulletin de la Société protectrice de l’enfance 1899-1900.

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mariées, 22 devenues veuves pendant leur grossesse et 326 abandonnées7. La Ligue contre la mortalité infantile (LMI) a été créée à l’initiative du Dr Théophile Roussel, du sénateur Paul Strauss et du professeur de médecine Pierre Budin, des docteurs Josias et Henri de Rothschild, tous spécialistes des problèmes de l’enfance, lors de son assemblée constitutive réunie à la Sorbonne le 15 février 1902 en présence du président du conseil, Waldeck-Rousseau8. Elle se présente comme une société d’études et de propagande destinées à combattre par tous les moyens possibles la mortalité des enfants du premier âge. Elle cherche à identifier les causes de la mortalité excessive des nourrissons en menant des études dans un grand nombre de localités en collaboration avec des médecins et l’administration. À partir des résultats de ces enquêtes locales, elle se propose de concevoir et mettre à la disposition des municipalités et des initiatives privées les moyens propres à améliorer la condition des femmes et des enfants par la création de refuges-ouvroirs, d’hôpitaux, d’assistance maternelle à domicile, de consultations de nourrissons, de gouttes de lait et en assurant l’éducation des mères. Tard venue dans ce domaine d’intervention, la ligue se donne aussi pour tâche de faire connaître les institutions existantes. Le conseil d’administration de 60 membres a été divisé en cinq commissions : Enquêtes statistiques (Études et enquêtes sur la mortalité infantile et ses causes), Assistance maternelle (secours de grossesse, refuges-ouvroirs, mutualités maternelles etc.), Protection et assistance des enfants élevés et nourris dans leur famille (crèches, gouttes de lait, dispensaires etc.), Protection et assistance des enfants élevés et nourris hors de leur famille (enfants en nourrice, enfants assistés, sociétés protectrices de l’enfance etc.), Vulgarisation de l’hygiène de la première enfance9. Médecins, hommes politiques, membres de l’administration, fondateurs et présidents - hommes ou femmes , de sociétés se côtoient dans ces différentes commissions.
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Allocution de Dr Brueyre, président de l’assemblée générale du 18 mars 1901. Bulletin de la Société, nº 169, avril 1901. 8 Bulletin de l’Alliance nationale pour l’accroissement de la population française, nº 14, avril 1902. 9 Ibid.

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Les statuts de ces différentes associations précisent que les membres y agissent à titre gratuit et que les secours sont accordés sans distinction d’état civil ou d’appartenance religieuse. Toutes, outre les cotisations et dons des membres, reçoivent des subventions des pouvoirs publics. Elles s’inscrivent dans le mouvement de sécularisation des œuvres de bienfaisance de la seconde moitié du XIXe siècle, qui ne fait plus de l’appartenance religieuse ou de la moralisation des pauvres des critères d’attribution de secours, permettant ainsi un rapprochement des actions de la bienfaisance et de l’assistance dans le sens de la prévention des "maux sociaux".

Division entre les sexes du travail militant
À la SPE, hommes et femmes sont nettement séparés : les membres du bureau et les membres du CA sont uniquement des hommes, les femmes étant regroupées dans le comité des dames patronnesses. En revanche, à l’OAM, les responsabilités sont mieux partagées, trois femmes sont membres du Bureau et les membres du CA se partagent à égalité entre hommes et femmes. Mais il est précisé : "Les dames qui font partie du conseil d’administration forment le comité des dames patronnesses chargées de la visite des mères nécessiteuses, de la distribution des secours, de la confection et l’allocation des layettes. Pour cette partie de leurs attributions, les dames agiront sans avoir besoin du concours de leurs collègues de l’autre sexe, si ce n’est en matière d’attribution de crédits, cas auquel une délibération en commun est nécessaire. Un ouvroir organisé par les soins des dames patronnesses sera administré par une directrice. Tout ce qui concerne le fonctionnement du comité des dames patronnesses de l’ouvroir sera

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l’objet d’un règlement intérieur délibéré par les dames seules"10. Enfin, la LMI est très majoritairement masculine puisqu’on ne compte que sept femmes, réparties dans les commissions concernant l’assistance aux enfants (dans et hors cadre familial) et la vulgarisation de l’hygiène de la première enfance, certaines étant membres de plusieurs commissions. Les membres du bureau ainsi que les représentants des différentes commissions auprès de ce bureau ont été exclusivement choisis parmi les hommes qui constituaient le comité d’initiative. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, comme l’écrit Catherine Rollet, "le temps est révolu où l’élevage des nourrissons était une affaire de femmes. Ce champ est investi par la science et les hommes" [Rollet, 1990 : 24]. Les associations font alors largement appel à des médecins et réservent aux femmes les fonctions de visiteuses et d’assistantes du médecin. C’est le cas de la SPE et de l’OAM, associations où les médecins occupent une position importante : 21 parmi les membres du conseil d’administration à la SPE, 21 également à l’OAM au conseil d’administration, parmi les responsables des comités du refugeouvroir et des deux sections de banlieue. Les femmes sont essentiellement "dames patronnesses", elles s’occupent des visites aux familles pauvres, organisent des ventes de charité, confectionnent des layettes, s’occupent de la bonne marche quotidienne des centres, secondent éventuellement les médecins et transmettent aux femmes dont elles s’occupent les règles d’hygiène et de puériculture. L’OAM fait cependant appel aux premières femmes médecins11 pour donner des conférences au refuge-ouvroir sous les auspices de la Société de propagande pour l’enseignement de l’hygiène aux femmes dont la secrétaire générale est la doctoresse Gaboriau12. La doctoresse Blanche Edwards-Pilliet, première femme à avoir accédé à l’internat des hôpitaux, collabore aussi à l’OAM en donnant des consultations
Statuts de 1902. En 1908-1912, 10 % des étudiants en médecine sont des étudiantes. La médecine est la deuxième discipline choisie par les filles après les lettres, mais moins de 10 % obtiennent leur doctorat (Annuaire statistique de la France, INSEE, 1955). 12 Bulletin, avril 1901.
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avant de créer plus tard sa propre association13. À la LMI, la moitié des membres sont des médecins. Société consacrée surtout aux études, formée "d’experts" de ces questions, les quelques femmes occupent une position particulière : il s’agit de fondatrices d’associations bien connues dans ce milieu, contrairement aux dames patronnesses, qui sont restées dans leur majorité inconnues14. Ces "femmes de cœur", selon l’expression de Paul Strauss, indispensables à la bonne marche de leur association étaient fréquemment des épouses des hommes du CA, et il n’était pas rare que les filles poursuivent l’œuvre de leur mère : "Nous avons la douleur de perdre Mme Carlier, l’une des plus actives et des plus dévouées parmi nos dames patronnesses. Elle était l’organisatrice habituelle de nos ventes de charité, et elle nous a rendu à ce titre de grands services. La mort de cette femme de bien nous a été doublement pénible, car en même temps qu’elle nous privait d’une de nos meilleures collaboratrices, elle frappait cruellement notre excellent trésorier et sa chère fille, qui continue au Comité des dames patronnesses les traditions bienfaisantes d’une famille à laquelle nous devons tant de gratitude"15. Il est probable qu’outre les réseaux familiaux, des réseaux de voisinage -comme dans les sections de banlieue de l’OAM- ou d’interconnaissance aient joué un rôle important dans le recrutement de ces femmes. En revanche, les quelques femmes actives dans les commissions de la LMI sont d’actives "réformatrices" : Marie Béquet de Vienne, fondatrice et présidente de l’OAM, Jeanne Schmahl et Mme Leroy-Allais responsables d’une société féministe16, la baronne James de
Dossier biographique de la bibliothèque Marguerite Durand Il faut souligner avec Catherine Duprat que les femmes qui ont animé ces différentes associations restent en grande partie inconnues [Duprat, 1997, 695]. 15 Bulletin, avril 1901. 16 L’Avant-Courrière qui a mené surtout des campagnes sur les droits civils des femmes et seront membres du Conseil national des femmes françaises.
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Rothschild, fondatrice d’hôpitaux et de crèches, Marguerite Cremnitz, la générale Sée, Mme G. Charpentier, toutes trois fondatrices de crèches ou de pouponnières, Amélie Landrin, inspectrice générale des crèches et dispensaires, la comtesse de Maupéou, vice-présidente de la Société de charité maternelle. La façon dont les femmes s’insèrent dans ce milieu semble ainsi davantage liée à leur position sociale qu’à d’éventuelles divergences sur les objectifs des associations concernées ou même à des différences d’appartenances confessionnelles. Catholiques, juives ou protestantes cohabitent en effet dans ces associations. Mais faut-il encore que soit acceptée la condition de laïcité imposée par les statuts.

Le monde social des défenseurs de l’enfance
Les responsables masculins de la SPE, de l’OAM et de la LMI appartiennent à la haute bourgeoisie à laquelle s’ajoutent les membres des "couches nouvelles", cette bourgeoisie moyenne, dont Gambetta avait annoncé l’avènement à Grenoble en 1872. L’aristocratie est inexistante dans ce milieu, très peu de particules apparaissent, de même que les membres des grandes dynasties bourgeoises anciennes. On trouve en revanche nombre d’élus de la république, des membres des carrières administratives supérieures, des membres des professions libérales ayant un niveau de notabilité, et probablement aussi, des revenus élevés. Peu d’oisifs peuplent ce milieu. Il s’agit des "vraies classes dirigeantes, c'est-à-dire ceux qui pensent, ceux qui travaillent, ceux qui amassent de la richesse, ceux qui savent en faire un emploi judicieux, libéral et profitable au pays", dont Gambetta attendait l’entrée dans la République17 [Mayeur, 1973, 50]. La notabilité d’une partie de ces responsables est attestée par l’inscription d’au moins un tiers d’entre eux dans le bottin mondain18 [Grange, 1996]. Leur aisance se manifeste par
Abbeville, 10 juin 1877. Bottin mondain de 1903. Faute de renseignements suffisants dans les sources et notamment le prénom et l’adresse, il a été impossible de retenir les
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le lieu de résidence des parisiens, la plupart habitent dans le 8ème, le 7ème et le 16ème arrondissements. Mais on compte peu de châteaux, les autres "résidences secondaires" étant de plus modestes villas. L’appartenance aux cercles19 est également peu fréquente : quelques personnes appartiennent au cercle artistique et littéraire ou au cercle de l’Union artistique, une au Yacht-club de France et yachts français réunis, une au cercle militaire. Les renseignements recueillis suggèrent que les femmes appartiennent plus souvent que les hommes à la grande bourgeoisie, comme Mme André, membre d’une grande famille protestante de la banque, Mme Deutsch de la Meurthe, née Halphen, dont la belle famille a édifié sa fortune sur des raffineries de pétrole, ou Mme Georges Picot, née de Montalivet. Fondatrices et responsables d’associations, les femmes de la LMI appartiennent souvent à la grande bourgeoisie ou à l’aristocratie, et ont contribué au financement de leur oeuvre comme Marie Béquet de Vienne, la baronne James de Rothschild, née Rothschild, ou encore la comtesse de Maupéou, issue de grandes familles protestantes industrielles de Mulhouse, née Koechlin et Dollfus par sa mère. Cependant, des femmes de milieu plus modeste ont aussi rejoint la LMI. Jeanne Schmahl, qui avait commencé des études de médecine, a été assistante d’accouchement avant de jouir d’une certaine aisance. Amélie Landrin, une des premières inspectrices des services de l’enfance au ministère de l’Intérieur, a épousé le conservateur du musée d’ethnographie et du palais du Trocadéro. En termes d’appartenance professionnelle20, ce qui ne concerne quasiment que les hommes, les médecins dominent ce milieu surtout à la SPE et à l’OAM : 27 sur 45 à la SPE, 30 sur 60 à la LMI, mais seulement 6 à l’OAM. La plupart sont
noms pour lesquels coexistent des homonymes. En outre, les 35 provinciaux sont, par définition, absents du bottin mondain parisien. 19 Du moins à ceux retenus par le bottin mondain fréquentés par la haute société parisienne. 20 Les positions professionnelles ne figurent pas toujours dans les sources ou y sont notées avec plus ou moins de précision. Aussi, j’ai complété les renseignements contenus dans les listes des membres des trois associations par ceux issus d’autres sources ou figurants dans des notices de dictionnaires biographiques.

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médecins des hôpitaux, spécialistes de l’enfance ou accoucheurs, plusieurs sont professeurs des facultés de médecine, près d’un tiers sont membres de l’Académie de médecine et une proportion importante a publié articles ou ouvrages scientifiques. La LMI particulièrement rassemble la plupart des éminents spécialistes de l’enfance, tels les Dr Ausset, professeur agrégé de pédiatrie, Porak, chirurgien, accoucheur des hôpitaux, Budin, professeur accoucheur, Henri de Rothschild, pédiatre. Plusieurs sont membres de plusieurs associations. Les professions juridiques (avocat, notaire, avoué, conseiller à la cour d’appel) sont peu présentes, moins de dix personnes seulement dans les trois associations réunies, les autres professions libérales sont encore moins représentées. En revanche, participent de ce milieu nombre de membres de la haute ou moyenne administration, conseiller d’État, inspecteur des Ponts et chaussées, inspecteur général de l’assainissement et de la salubrité, préfet, inspectrice générale de l’enfance. La banque et le commerce sont quasiment absents, de même que les rentiers. Une vingtaine d’hommes ont exercé une fonction élective, dont plus d’un tiers sont des médecins21. Tous les sénateurs et députés ont appartenu à des périodes différentes aux groupes républicains, de diverses tendances, ces élus étant plutôt modérés [Ellis, 1990, 93]. L’adhésion de certains à la francmaçonnerie, difficile à vérifier, semble cependant très probable22. Les renseignements dont on dispose sur l’origine sociale de certains membres permettent de préciser leurs itinéraires sociaux. Certains sont d’origine modeste (comme le Dr Pinard, Strauss ou Marbeau) et ont connu une mobilité sociale ascendante. D’autres, plus nombreux semble-t-il, sont issus de
Entre 1898 et 1902, 11 % de médecins siègent à la chambre, 38 % des députés et 50 % des sénateurs sont "opportunistes" (1876-1914) selon [Ellis, 1990, 5]. 22 Comme Gambetta, dont certains sont proches ou Marie Béquet de Vienne, initiée au Droit Humain par Maria Deraismes, d’après le dossier biographique de la bibliothèque Marguerite Durand. [Ellis, 1990, 100] retient également cette hypothèse, citant le chiffre d’un quart des médecins. Cette adhésion peut être interprétée comme le signe de réseaux de relation ayant éventuellement joué un rôle dans l’adhésion de leurs membres aux mêmes associations.
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