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Pour ne pas vivre seul(e)

De
179 pages
Dans un monde de communication envahissante, la solitude demeure la plainte la plus constante. Notre société génère sans cesse de nouvelles solitudes. Et pourtant, comment avons-nous pu oublier que la solitude, loin d'être une maladie, se présente comme la condition même de notre liberté et de notre créativité, voire de notre "bonne distance" avec les autres ? "Alone, but not lonely" comme l'exprimait Ellen Mac Arthur, la navigatrice solitaire.
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Pour ne pas vivre seulee)

Michèle Declerck

Pour ne pas vivre seul(e)
Figures et déguisements de la solitude

L'Harmattan

Du même auteur

La nourriture-névrose, avec Jeanne Lagier Le schéma corporel en sophrologie

- Denoël,

1981

- L'Harmattan,

2001

Les temps du vieillir - L'Harmattan, 2004 Le malade malgré lui

- Eyrolles, 2004

Peut-on changer? - Eyrolles, 2006

@ L'HARMATTAN,

2008

5-7, rue de l'École-Polytechnique;
http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan 1@wanadoo.fr

75005 Paris

ISBN: 978-2-296-04897-3 EAN : 9782296048973

1ère partie
Solitudes modernes
I) Malheur à l'homme seul!
1) La solitude comme« mal du siècle» 2) Une condamnation quasi-unanime 3) Les circonstances aggravantes La solitude du surdoué

p. 13 à 31

II) La solitude dans le couple
1) Seul(e) ou mal accompagné(e) ? 2) La nouvelle femme de 30 ans Homo domesticus 3) Pour savoir qui sera mangé... Ça se soigne, un couple?

p. 33 à 56

III) Les compagnons
1) L'ennui

de solitude

p. 57 à 73

2) L'alcool, la boulimie, les médicaments 3) Les addictions affectives 4) TV, Internet et jeux video Le monde de « Meetic »

2ème partie

Solitudes profondes
I) Solitudes enfantines
1) Ne me laissez pas seul(e) 2) La 1ère histoire d'amour 3) Entre la terreur de l'abandon et la crainte du rejet Mais après quoi courent-elles?

p. 75 à 89

II) Pathologies

de la solitude

p. 91 à 115

1) Les phobies sociales 2) L'enfermement narcissique

3) Le blindage paranoïaque La triste histoire de Mylène

4) Une inquiétante étrangeté

III) Une solitude essentielle
1) « Jetés au monde» 2 ) De plus en plus seuls

p. 117 à 128

3) Le deuil et ses objets Au-delà du transfert, la solitude du thérapeute

3ème partie

Eloge de la solitude
I) La solitude comme choix
1) L'île déserte 2) Une chambre à soi 3) La vie intérieure La sophrologie ou la recherche de l'intériorité

p. 129 à 143

II) La solitude comme vocation
1) La condition de la création 2) Le navigateur solitaire Paroles de navigatrices 3) Les philosophies de la solitude

p. 145 à 156

III) Une liberté à inventer
1) Un nouveau mode de couple 2) La « bonne distance» parents-enfants 3) Vivre ensemble

p. 157 à 171

Conclusion

- Solitude

ou désertitude ?

Bibliographie

p. 173 à 175 p. 177

Pourquoi la solitude?
Parce que dans un monde de communication envahissante, elle demeure la plainte la plus constante, de la femme délaissée au couple fatigué, de l'ado égaré dans son univers virtuel à la vieille dame qui s'endort devant la télé, de la boulimique enfermée dans un combat qu'elle sait perdu d'avance, au paranoïaque en guerre contre le monde entier. Il y a toujours un moment où, derrière la diversité apparente des situations et parfois l'étrangeté des symptômes, vient émerger l'évidence d'être seul, avec l'angoisse qui l'accompagne.

Pourquoi les solitudes?
Parce qu'il m'est apparu que notre société en générait sans cesse de nouvelles, dans la mesure même où, là comme ailleurs, la profusion de l'offre crée de nouveaux besoins. D'où ces solitudes modernes, qu'on pourrait dire urbaines si elles n'avaient essaimé dans nos campagnes, et qui atteignent ceux ou celles qu'on croirait les moins vulnérables.

Pourquoi enfin une réflexion sur la solitude?
Parce qu'on paraît avoir oublié que cette solitude, outre qu'elle est inhérente à notre condition humaine, outre qu'elle a le mérite de nous rendre la présence des autres supportable, voire désirable, représente l'exigence même de la pensée, et de la création. Il reste que cet ouvrage se veut essentiellement le propos de la psychologue que je m'efforce d'être, et l'écho des paroles de patients qui essaient, chacun à sa manière, de se débattre avec l'angoisse d'être seul, et dont l'expérience peut permettre à

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d'autres, sinon de supprimer le sentiment de solitude, du moins de « vivre avec». C'est en ce sens que nous aborderons les figures diverses de la solitude, avant d'en approfondir les fondements, qui ne sont pas tous pathologiques, pour enfin évoquer la solitude comme choix et imaginer le rôle que, bien comprise, elle peut jouer dans nos vies.

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1ère partie
Solitudes modernes

I) Malheur à l'homme seul
1) La solitude comme « mal du siècle »
Les Anciens nous avaient prévenus: «Vae soli»: malheur à l'homme seul, désarmé, ressources, sans le secours de ses semblables. sans

Traditionnellement, la solitude s'est trouvée confondue avec l'isolement, soit l'état d'une personne qui, par choix ou par accident, se trouve séparée des autres. D'où vient donc qu'aujourd'hui, cette solitude soit vécue comme une maladie, un nouveau «mal du siècle» qui empoisonnerait la société, en même temps qu'il serait généré par elle? La plupart de nos patients nous parlent de solitude, même quand elle ne dit pas son nom. Derrière la tristesse de la dépression, les ruminations de l'obsessionnel, les paniques du phobique, se profile systématiquement cette détresse d'être seul, conjuguée presque systématiquement à la peur des autres. Dans une première approche, on pourrait déduire que ce malêtre semble bien résulter de deux poUtsuites incompatibles: la revendication individualiste, telle qu'elle est née des progrès, notamment techniques, qui ont amené l'individu à la conviction de son autosuffisance

-

l'exigence du bonheur, une idée acquise en Occident, associée aux plaisirs de l'amour et de la convivialité, donc de la relation à l'autre. 13

Nous pourrions en rester l~ somme toute à un conflit intrapsychique, si la société ne s'était emparée du problème sous deux formes qui se sont avérées très complémentaires:

- l'inflation médiatique, qui a trouvé dans l'impérieuse boulimie de la communication de quoi nourrir son gargantuesque appétit; - l'omnipotence de la consommation, qui devait continuer à prouver qu'elle était capable de fournir une solution à tous les problèmes existentiels.
Dès lors, il n'y avait plus qu'à démontrer que le sentiment de solitude, né du conflit entre l'individualisme et la prétention au bonheur, tel que ce siècle l'avait généré, pouvait être guéri par les remèdes que ce même siècle savait, par ailleurs, proposer. Désormais, la cause semble entendue: La solitude est une maladie, qu'on va traiter comme telle, et dont on détient les remèdes, plus ou moins efficaces. Certains vont essayer de la dissimuler. Les copains et les copines de passage, c'est mieux que rien, et ça fait passer le temps. A la limite, on va même s'inventer des histoires. J'ai connu une patiente qui se cloîtrait chez elle avec sa bouteille de whisky pendant tout le week-end, mais qui, le lundi, abreuvait ses collègues des films qu'elle était allée voir et des soirées auxquelles elle avait été invitée. En vacances, face à des gens qui la connaissaient encore moins bien, elle se fabriquait un mari très occupé par ses affaires et deux grands enfants dont elle racontait complaisamment les frasques et les soucis qu'ils pouvaient lui causer.

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Au fond, elle ne faisait qu'inventer, avec quelques années d'avance cette «second life» qui fait les beaux jours d'Internet.. D'autres vont l'accepter. Ce seront les soirées passées à la maison, à grignoter devant la télé, parce qu'il n'y a rien d'autre à faire, ou le dimanche à dormir le plus tard possible, parce qu'au moins, demain ce sera lundi, et que la vie reprendra son cours. D'autres encore vont l'aménager. Philippe se fait un devoir de promener son chien sur les quais, prenant le chemin le plus long pour rentrer chez lui, parce que le temps aura passé, et que la journée sera plus tôt terminée. Et puis, il y a ceux qui vont crier très fort, qui vont porter leurs plaintes sur les plateaux de télévision dans l'espoir que quelqu'un les entendra,
les courageux qui vont passer la porte des clubs de célibataires

les un peu moins courageux qui vont pianoter sur les sites de rencontres à la recherche d'aussi seuls qu'eux. Je les connais, et j'ai mal pour eux. Car ce sont des filles et des types bien qui s'épuisent dans une quête stérile à la recherche d'un autre sans lequel ils ne seraient rten. Parfois, leur étonnement n'a d'égal que le mien: «Qu'est-ce que vous voulez qu'on fasse dans la vie» m'interpelle Georges, « sinon chercher à rencontrer quelqu'un? »

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2) Une condamnation

quasi-unanime

Pour autant, nos malades de la solitude sont loin d'attirer la compassion générale, pas plus qu'au 19ème siècle, le désespoir romantique n'attristait les foules. L'idée répandue est en effet que si l'on est seul(e), c'est qu'on l'a bien cherché, soit qu'on l'ait choisi, soit qu'on se soit montré trop exigeant, ou qu'on ait été rejeté. Mais si l'on a été rejeté, c'est qu'il y avait des raisons... Le sens commun n'a pas tout à fait tort, même si ces raisons-là ne sont pas celles qu'il croit. La solitude attire la solitude, comme une maladie qui pourrait être contagieuse. L'histoire s'inscrit très tôt dans la vie. Dès la maternelle, il y a la jolie petite fille qui sourit à tout le monde, et à qui tout sourit... et celle qui se renfrogne dans son coin. Il y a fort à parier que la première soit l'enfant chérie d'un papa amoureux de sa fille, et que l'autre ait l'impression, justifiée ou pas, de ne pas être regardée par celui-là même qui, le premier, aurait pu lui donner confiance en ses capacités de séduction. La psychanalyse connaît ces choses, mais« les autres », eux, ne sont pas censés les savoir.
La situation ne fera que se préciser par la suite.

Dès l'entrée au collège, les garçons devront trouver la fille avec qui « sortir », et réciproquement. Malheur aux laissés pour compte.

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Ils sont réputés moches, nuls, sans intérêt, tant il est vrai qu'à cet âge - et pas seulement à cet âge - l'attrait sexuel détermine la désirabilité globale. Ce sont eux que nous retrouverons plus tard, grands garçons ou filles dans la trentaine qui avouent plus ou moins honteux n'avoir jamais eu de «petite amie» ou de «copain », et qui effectivement ont peu de chances d'en avoir parce qu'ils ne savent pas s'y prendre, et que cela aussi, ça s'apprend. Ceux qui, entre 15 et 20 ans, n'ont pas vécu l'expérience du flirt et des amours passagères, n'auront jamais cette aisance dans les jeux de la séduction, qu'ont acquis sans trop de dommage ceux qui ont vécu cette période d'apprentissage par essais et erreurs. Souvent trop sentimentaux, tentés de prendre la moindre aventure au sérieux, ils risquent de se sentir battus d'avance, et mis de côté par une société qui mesure l'attrait des « people» au nombre et à la brillance de leurs conquêtes. Il ne s'agit pas tant d'être beau - et on sait à cet égard des «petits boudins» capables de cumuler les conquêtes à l'instar des top models, que de faire « comme si ». Pour parodier le langage des sportifs, l'essentiel est de participer. Le problème, pour ceux qui ne jouent pas le jeu, est qu'on passe insidieusement de la sphère intime à la sphère sociale. Le joueur de foot le plus apprécié sur le terrain risque de se retrouver bien seul, après le match, s'il n'a pas une copine à présenter. La fille la plus brillante de la promotion a toutes les chances de passer ses samedi soir en solitaire dans sa chambre d'étudiante, si elle n'a personne pour l'entraîner à la discothèque. 17