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Pour une approche intégrative de l'intelligence

De
302 pages
Binet est l'auteur avec Simon du premier test d'intelligence paru en 1905. Depuis Binet, l'évaluation de l'intelligence a pris plusieurs formes : globale avec les échelles de Wechsler, quantitative avec l'approche factorielle, ou processuelle avec l'approche cognitive de l'intelligence, approches décrites dans cet ouvrage. Après cet historique, la proposition théorique et empirique qui est présentée, qualifiée d'approche intégrative, a pour objectif de situer le sujet au coeur d'une mesure qui se veut quantitative et qualitative à travers l'identification des stratégies de résolutions de problèmes.
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Pour une approche intégrative

de l' intelligence
Un siècle après Binet

Mouvement des savoirs Collection dirigée par Bernard Andrieu
L'enjeu de la collection est de décrire la mobilité des Savoirs entre des sciences exactes et des sciences humaines. Cette sorte de mobilogie épistémologique privilégie plus particulièrement les déplacements de disciplines originelles vers de nouvelles disciplines. L'effet de ce déplacement produit de nouvelles synthèses. Au déplacement des savoirs correspond une nouvelle description. Mais le thème de cette révolution épistémologique présente aussi l'avantage de décrire à la fois la continuité et la discontinuité des saV01rs: un modèle scientifique n'est ni fixé à l'intérieur de la science qui l'a constitué, ni définitivement fixé dans l'histoire des modèles, ni sans modifications par rapport aux effets des modèles par rapport aux autres disciplines ( comme la réception critique, ou encore la concurrence des modèles). La révolution épistémologique a instauré une dynamique des savoirs. La collection accueille des travaus d'histoire des idées et des sciences présentant les modes de communication et de constitution des savoirs innovants.

Déjà parus
Fabien DWORCZAK, Neurosciences de l'éducation. Cerveau et apprentissages, 2004. Antoine ZAPATA, L'épistémologie des pratiques. Pour l'unité du savoir, 2004. Stéphane HÉAS, Anthropologie des relaxations, 2004. Georges CHAPODTHIER, L'animal humain, Traits et spécificités, 2004. Annette CHOMARD-LEXA, Lucien Cuénot. L'intuition naturaliste, 2004. Philippe RODSSEAUX, Le théâtre de la classe. L'enseignant, un acteur pédagogique, 2003. Hervé ETCHAR T, Le démon et le nombre, 2003. Muriel FRISCH, Evolutions de la documentation, Naissance d'une discipline scolaire, 2003. Herbert FEIGL, Le « Mental» et le « Physique », 2002. Bernard ANDRIEU, L'interprétation des gènes, 2002. Bernard BARSOTTI, Bachelard critique de Husserl, 2002.

Paulette ROZENCW AlG

Pour une approche intégrative

de l' intelligence
Un siècle après Binet

L'Harmattan 5-7,rue de l'ÉcolePolytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Kossuth L. u. 14-16 1053 Budapest

L'Harmattan Italia Via Degli Artisti, 15 10124 Torino ITALlE

HONGRIE

(Ç) L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-7667-1 EAN : 9782747576673

SOMMAIRE
Préface... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ..... '" '" Introduction.. . .. . ... .. . .. . .. . ... . .. .. . . .. .. . .. . . ..
9 17

Première Partie Historique des différentes approches de l' intelligence
Chapitre 1- L'approche globale... ...
27 27 35 43 47 47 48 51 51 51 52 55 63 64 64 68 70 70

I. Binet et Simon. .. .. . . . . ... ... .. . ... .. . . .. . .. ... . . . ..... II. Wechsler... III. Kaufman .. . . .. .. . .. . . .. .. . .. . . .. .. . .. . .. . .. . .. . .. ... & Kaufman... ... ... ... ... ... '" ... ... ...

Chapitre II - L'approche

factorielle.

. . . . . . . . . . . ..

I. Spearman . . . ... . . . . . . . . . .. . . .. ... ... . . . ... . .... II. Thurstone . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . ... ... .. . . . . ... . .. III. Modèles hiérarchisés............................... A. Burt et Vernon....................................
B. Horn et Cattell.. . .. . .. . .. . .. . .. .. .. .. . .. . .. . .. . . .. C. Gustafsson... IV. Evolution .. . .. . .. . .. . .. . .. . .. . .. . .. . .. . . .. ...... avec l'âge............... des aptitudes

Chapitre III - L'approche processuelle. .. . .. ... . I. Approchecorrélationnelle...........................
A. Hunt et al.. .. . .. . .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. .. . . .. .. .. B. Conclusion sur l'approche corrélationnelle...
II. Approche A. Mumaw composantielle. .. ... ... .. . ... ... ... .. . ... et al. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..

B. Kyllonen et al..

. . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . .. . .

C. Conclusion sur l'approche composantielle.... III. Théorie triarchique de l'intelligence. .. ... ... ...... IV. Modélisation de la dynamique du traitement....
A. Carpenter et al. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . et Zamani. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..

B. Richard

76 82 82 86 86 89 93 95 99

C. Conclusion sur la modélisation de la dynamique du traitement... ... ... ... ... ... ... ... ....

Chapitre IV - L'approche

structurale.

. . . . . . . . ...

Chapitre V-Conclusion de la première partie.
Deuxième Partie Pour une approche intégrative de l'intelligence

Chapitre I-Bases théoriques de l'approche intégrative 101 Chapitre II- Bases méthodologiques de
l'approche intégrative... .. . .. . . .. .. . .. . . .. .. . I- Définitions de la stratégie... ... ... ... ... ... ... ... ... II- Formalisation de la stratégie dans le cadre de
l'approche intégrative. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..

105

105
108

Troisième Partie Illustrations de l'approche intégrative

Chapitre 1- Résolution des cubes de Kohs
I- La tâche des cubes de Kohs II- La résolution des cubes de Kohs à travers
l' approche intégrative. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ..

123
123

132
133

A. Analyse vidéo des stratégies B. Version informatisée des cubes de Kohs
1. Caractéristiques des modèles. .. ... ... .. . . .. ...

141
141

2. Caractéristiques du dispositif d'observation.
3. Indices de comportement et stratégies. . . . . . .. 4. Variabilité intra individuelle

148

149
153 154
165 168 178

5. Evolution des stratégies avec l'âge

...

6. Effet de l'expertise professionnelle sur la fréquence des stratégies........................... 7. Qualités psychométriques de Samuel.. . . . . ... 8. Conclusion sur les cubes de Kohs............

Chapitre II - Résolution de complètement de séries numériques.. . . .. .. . .. . .. . . .. .. . . . . .. . .. . .. .. I- La tâche du complètement des séries
numériques... ... ... .., .. . ... ... . . . ... . . . .. . ... .. . . .. . . . ...

181

182
184
193 193 193

II- Les séries numériques à travers l'approche intégrative Chapitre III- Résolution de problèmes scolaires de physique.. . .. . .. . .. . ... .. . . .. ... .. .... I- Les circuits électriques...............................
A. Principaux concepts d'électricité. . . . .. .. . . . ....

B. Le concept de courant chez les élèves. . . ... .. . II- Les circuits électriques étudiés à travers
l' approche intégrative. .. . . . . . . . . . . . . de problème. A. Les situations B. Stratégies ... .. . . . . . .. ..... '" . . . .. ... ... . . . .. . . ...

196
198 199 202

observées.

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ...

C. Regroupement des stratégies: les styles de
résolution... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... D. Opérationnalisation de la métacognition. . . .. . 1. Evaluation des métaconnaissances... ... . . . ... 2. Indice de régulation métacognitive... .. . . . . ... 3. Validation des variables métacognitives E. Mise en relation des styles de résolution et des processus généraux. . . . . . . .. .. . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. F. Effet socio-économique

205 210 211 213
214

217
225
231 239 267

Conclusion... Bibliographie
Annexes.

... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ... ..

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . ...

Préface
L'étude de l'intelligence, définie comme la capacité à résoudre des problèmes nouveaux et complexes, peut être conduite dans deux directions. On peut s'intéresser à la manière dont les individus s'y prennent pour résoudre les problèmes. On peut aussi s'intéresser aux différences de leurs performances. Dans le premier cas on analyse le fonctionnement psychologique des individus; dans le second on mesure leur efficience. Ces deux modes d'étude de l'intelligence sont complémentaires dans la mesure où, le plus souvent, la performance est associée à une manière de procéder particulière. Certes, on peut choisir de travailler dans une direction plutôt que dans une autre, mais quelle que soit la direction choisie il y aura toujours intérêt à ne pas négliger l'autre direction. Mesurer l'efficience sans se préoccuper du fonctionnement conduit à s'interdire de comprendre la signification des performances. Refuser de voir les différences d'efficience permet bien sûr d'esquiver une question délicate, celle des inégalités, mais conduit à ignorer tout un pan de la réalité psychologique. Alfred Binet, auquel Paulette Rozencwajg rend justement hommage, avait parfaitement compris cela il y a plus d'un siècle, de même d'ailleurs que son contemporain britannique Charles Spearman, l'inventeur de l'analyse factorielle. Si Binet est surtout connu pour avoir proposé, avec Théodore Simon, le premier test d'intelligence crédible, toute son œuvre témoigne de sa volonté de comprendre le fonctionnement intellectuel. Dans le choix des items de son test il se montre pragmatique pour des raisons de mesure

9

Pour une approche intégrative de l'intelligence:

Un siècle après Binet

mais il veille aussi à ce que les items retenus permettent d'objectiver les grandes fonctions qui, selon lui, constituent l'intelligence: la compréhension, l'invention, la direction et la censure. Dans la problématique de Paulette Rozencwajg, Binet est aussi important car il est le premier à considérer que l'intelligence doit être étudiée dans des situations complexes et non à partir de processus élémentaires (l'acuité sensorielle et les temps de réaction) comme le suggérait fortement la tradition associationniste. Les enseignements de Binet constituaient manifestement une bonne base de départ pour l'étude de l'intelligence. Mais ils n'ont pas été suivis. En France, la psychologie, peu développée, est restée longtemps dominée par la psychopathologie et l'œuvre de Binet n'a pas eu de prolongements. Si elle en a eu aux Etats-Unis, où la psychologie a connu des développements beaucoup plus importants qu'en Europe, c'est uniquement pour son versant relatif à la mesure. Après Binet, l'étude du fonctionnement intellectuel a été soit abandonnée, soit conduite indépendamment de la mesure de son efficience alors que les travaux sur la mesure de l'intelligence connaissaient une extension considérable. Cette situation étrange s'explique par des facteurs scientifiques et par des facteurs sociaux. Au plan scientifique, le behaviorisme est devenu le paradigme dominant. Les psychologues behavioristes, réductionnistes tout comme les associationnistes de la fin du
19ème siècle, s'intéressent à ces phénomènes élémentaires que

sont les associations stimulus-réponse. Ils négligent totalement l'étude du fonctionnement intellectuel. Par ailleurs, le behaviorisme étant une théorie de l'apprentissage, 10

Préface

ils considèrent que les différences individuelles peuvent être faites et défaites à volonté et qu'il n'y a pas lieu de les mesurer. Certes, la psychologie piagétienne constitue en Europe une poche de résistance au behaviorisme. Dans la tradition de Binet, elle s'intéresse aux processus intellectuels supérieurs et se propose de décrire, à travers un système de stades, et d'expliquer la genèse des opérations logiques. Mais, les préoccupations de Piaget étant d'abord épistémologiques, il envisage un sujet idéal (le «sujet épistémique ») et ne se préoccupe pas de mesurer des différences d'efficience entre des sujets concrets. Il faudra attendre la fin des années 1960 pour que des tests soient construits à partir de la théorie et des situations expérimentales de Piaget. Au plan social, on voit apparaître à la fin de la seconde guerre mondiale une demande d'outils de diagnostic des caractéristiques individuelles à des fins d'orientation scolaire, d'orientation et de sélection professionnelles. Les psychologues ne se contentent pas de répondre à cette demande lorsqu'elle se manifeste, ils la suscitent, avec un succès modeste en France mais considérable dans les pays anglo-saxons. La préoccupation principale devient alors la construction de tests permettant de différencier les sujets de manière stable. La pertinence de cette différenciation est jugée à partir de la validité empirique des épreuves. Si les performances à un test permettent un assez bon pronostic de la réussite scolaire on considérera que c'est un test d'intelligence sans aller chercher plus loin. Qu'il s'agisse de mesures globales, comme le quotient intellectuel ou le facteur g, ou de mesures plus analytiques comme les aptitudes mises en évidence à partir de l'analyse des corrélations entre tests, 11

Pour une approche intégrative de l'intelligence:

Un siècle après Binet

on ne se préoccupe guère des processus psychologiques qui conduisent à la performance. On a donc assisté à un véritable divorce entre une psychologie différentielle qui mesurait des différences d'intelligence en ignorant son mode de fonctionnement et une psychologie expérimentale qui s'occupait de tout autre chose. Pendant des années on a construit des tests de raisonnement inductif alors que personne n'étudiait les mécanismes de cette forme de raisonnement. Cette situation a permis, d'un côté, le développement des méthodes expérimentales et de l'autre, le développement des méthodes psychométriques. Elle a donc permis à la psychologie d'asseoir son statut scientifique. Mais elle n'en demeure pas moins aberrante. L'apparition et le développement de la psychologie cognitive ont permis de sortir de cet état schizophrénique, mais il a cependant fallu attendre les années 1970 pour que s'établisse à nouveau une jonction entre l'analyse du fonctionnement et la mesure de l'efficience. Cette jonction, a d'abord été opérée en cherchant à expliquer les différences d'efficience dans ces tâches complexes que sont les tests par des différences d'efficience dans des processus élémentaires de traitement de l'information mis en évidence par ailleurs dans des travaux de psychologie cognitive. On met par exemple en relation l'efficience dans un test verbal et la rapidité d'accès aux codes sémantiques. Un peu plus tard, on a décomposé la tâche complexe (l'item d'un test) en une série ordonnée d'opérations élémentaires et, après avoir testé la plausibilité du modèle ainsi construit, on a cherché à prévoir la performance dans cette tâche complexe à partir de la 12

Préface

perfonnance dans les opérations élémentaires. On suppose par exemple que la résolution d'un item d'un test de raisonnement inductif nécessite un certain temps pour l'encodage des données, un certain temps pour l'établissement d'une inférence, etc., et, comme précédemment, on met en relation l'efficience dans le test et l'efficience dans les diverses opérations prises en compte. Paulette Rozencwajg présente ces diverses tentatives, qui rappellent celles de Galton et Cattell à la fin du 19èmesiècle, en en fournissant des illustrations précises. Elle nous explique aussi les raisons pour lesquelles elles ne sont pas toujours très convaincantes et n'expliquent qu'une part relativement faible des perfonnances. Il semble donc que la compréhension des processus intellectuels ne passe pas par leur décomposition en processus plus élémentaires. Une nouvelle approche s'est alors développée dans laquelle on ne définit plus des processus de traitement élémentaires a priori mais où, en observant en temps réel la conduite du sujet dans des tâches complexes, on cherche à mettre en évidence les processus qu'il utilise effectivement et qui sont de niveau supérieur à ceux qui étaient pris en compte dans les approches précédentes. L'approche intégrative que propose Paulette Rozencwajg est en fait une théorisation de cette dernière approche qui consiste à modéliser l'activité de résolution du sujet. Cette approche intégrative vise à saisir l'individu dans sa «globalité» à travers un «ensemble de fonctions qui interagissent ». C'est en ce sens qu'elle est intégrative. Elle implique une observation intra-individuelle, seule susceptible 13

Pour une approche intégrative de l'intelligence:

Un siècle après Binet

de permettre de saisir le sujet dans sa dynamique. L'aspect « global» de la conduite - peut-être serait-il préférable de dire « intégré» - est appréhendé en identifiant des stratégies. Les stratégies, concept central dans ce contexte, mettent en oeuvre des fonctions diverses. Elles supposent des opérations mentales, font appel à la capacité de la mémoire de travail, nécessitent des connaissances, sollicitent des représentations et des traitements particuliers, exigent des ressources attentionnelles... L'approche intégrative, et Paulette Rozencwajg a raison de le souligner, s'inscrit dans le cadre des positions épistémologiques exposées par Maurice Reuchlin. Après avoir récusé les points de vue « holiste », selon lequel les entités psychologiques sont des totalités indécomposables, et « élémentariste », selon lequel elles sont décomposables en éléments indépendants, il assigne à la psychologie la tâche de mettre en évidence des « structures », c'est-à-dire des totalités décomposables constituées d'éléments interdépendants constituant un système. Avec l'approche intégrative, les préoccupations relatives au fonctionnement et celles relatives à la mesure sont à nouveau associées et l'étude de l'intelligence se fait au moyen de l'observation directe des processus supérieurs dans des situations complexes. Est-ce à dire qu'après près d'un siècle d'errements on est revenu à Binet? Au plan des intentions générales, de la définition de l'objet de la psychologie de l'intelligence, du niveau d'observation qui doit être privilégié, il y a manifestement retour à Binet. Mais un retour de ce type, dont on trouve de nombreux exemples dans l'histoire des sciences, ne signifie nullement qu'il n'y aurait pas eu de progrès depuis Binet. Pour s'en convaincre, il suffit de prendre connaissance des recherches conduites par 14

Préface

Paulette Rozencwajg et exposées dans la dernière partie de l'ouvrage. Celles-ci sont nourries des concepts de la psychologie cognitive, utilisent des méthodes d'analyse des données sophistiquées et elles ont bénéficié des possibilités offertes par la technologie informatique. Elles fournissent des descriptions précises des stratégies qu'il était impossible d'imaginer il y a un siècle. De toute évidence, et le contraire serait un peu inquiétant, notre connaissance de l'intelligence a beaucoup progressé depuis Binet. Une part importante des travaux de Paulette Rozencwajg a porté sur la mise en évidence des stratégies mises en œuvre pour répondre aux items des tests. Elle a notamment beaucoup étudié les cubes de Kohs dont elle a fourni une version informatisée permettant de caractériser les sujets par leurs préférences stratégiques. Cette épreuve est une innovation importante dans le domaine de l'évaluation psychologique. L'intérêt pour les tests n'est pas justifié seulement par des raisons de commodité (les tests sont des situations bien formalisées sur lesquelles on dispose de nombreuses informations) mais aussi par des raisons théoriques: leur assez bonne validité empirique permet de penser que les processus qu'ils sollicitent sont aussi à l' œuvre dans les situations de la vie réelle. Par ailleurs, les tests étant des outils de diagnostic utilisés par les psychologues, il est évidemment souhaitable d'approfondir la signification des observations qu'ils permettent. Mais l'approche intégrative n'a pas vocation à être limitée à l'étude des situations de tests. Sa portée est beaucoup plus générale. Paulette Rozencwajg présente aussi les recherches qu'elle a conduites sur la résolution de problèmes de physique (relatifs aux circuits électriques) par des collégiens. Là encore elle met 15

Pour

une approche intégrative de l'intelligence:

Un siècle après Binet

bien en évidence les stratégies utilisées par les élèves, stratégies qui pennettent de comprendre les difficultés qu'ils rencontrent. L'ouvrage de Paulette Rozencwajg, on le voit, est d'une grande richesse, Il pennet de prendre connaissance d'une des voies les plus prometteuses de la psychologie de l' intelligence. Michel Huteau Professeur émérite de psychologie au Conservatoire National des Arts et Métiers (Paris)

16

Introduction
Les premiers travaux sur l'intelligence, dont l'origine est attribuée à Binet en France, sont nés d'un souci pratique, celui de repérer les enfants en difficulté scolaire. A la suite de Binet, d'autres chercheurs (par exemple, Toulouse) ont cherché à répondre à des problèmes posés par le monde social: au collège et lycée, contribuer au processus d'orientation; ou au travail, dépister les candidats les plus aptes à occuper certaines fonctions. La psychologie différentielle, sous-discipline de la psychologie, est née dans cette tradition appliquée. Les tests d'intelligence continuent aujourd'hui à faire partie de situations diverses comme un examen psychologique, un bilan de compétences, un recrutement, etc. Les résultats aux tests permettent de prédire ou d'expliquer des difficultés scolaires, d'aider dans un processus d'orientation ou de recrutement. Les tests d'intelligence peuvent aussi servir à un diagnostic différentiel dans le cadre psychopathologique ou neuropsychologique. Leur domaine d'application est en résumé ce qu'on appelle le diagnostic cognitif. Les théories de l'intelligence et leurs applications ont donc toujours été étroitement liées. La recherche de mesures fiables (ce qu'on appelle la psychométrie) a été d'emblée cruciale du fait des conséquences pratiques immédiates qu'elle entraînait, d'où la tradition quantitative, centrée sur la mesure, qu'il y a en psychologie différentielle. On a ainsi souvent reproché aux tests de ne pas être basés sur un système théorique et conceptuel mais précisément trop centré sur la seule recherche d'une juste mesure.

17

Pour

une approche intégrative de l'intelligence:

Un siècle après Binet

Mais, plutôt que de voir dans ces traditions (application et mesure) un obstacle épistémologique à la recherche fondamentale, cette préoccupation pour des conduites relativement complexes peut conduire à concevoir autrement l'étude du fonctionnement cognitif, de façon intégrative, en essayant de limiter au mieux, pour que les conduites restent intelligibles (frontière qui reste bien difficile à définir), le découpage de ces conduites complexes. Ce découpage entraîne en effet de mon point de vue nécessairement la perte de l'objet d'étude: le sujet. Cette question peut parfois être posée à la recherche fondamentale en psychologie, du moins en France: quel est vraiment son obj et d'étude? Le souci de la liaison des recherches fondamentales avec les applications a, en outre, l'avantage de chercher à vérifier les observations réalisées, ce qu'on appelle en psychométrie la validité empirique. Pour Binet, auteur du premier test d'intelligence, le sujet, l'enfant, était bien son souci principal. Quand on lit Binet, on voit ainsi en filigrane un enfant qui résout des problèmes. Cette phrase de Binet en est d'ailleurs bien démonstrative: « l'examen psychologique est le spectacle si attachant d'une intelligence en activité». C'est peut-être même cet intérêt fondamental pour l'enfant qui a entraîné les idées simples et géniales de Binet qui ont fait sortir l'évaluation de l'intelligence de l'impasse où elle se trouvait à la fin du 19èmesiècle: construire des situations complexes (et non élémentaires), et hiérarchisées selon l'âge. La mesure de l'intelligence était née. On verra également que Binet était bien en avance sur son temps par l'analyse qualitative du comportement de l'enfant qui guidait ses interprétations. Il est d'ailleurs fort dommage que ces aspects qualitatifs de 18

Introduction

l'évaluation de l'intelligence, très présents et essentiels chez Binet, aient été si peu repris aujourd'hui. C'est bien dans cette appréhension qualitative que se situe l'approche intégrative de l'intelligence proposée dans cet ouvrage. Binet a eu une influence considérable sur Wechsler (1939) qui pensait, comme lui, que l'intelligence devait porter sur des contenus divers et des processus complexes. Mais, Wechsler a eu lui aussi des idées géniales: l'invention d'un QI alternatif de celui de Stem et la construction de situations non verbales inspirées de l'Army test. Parallèlement à cette approche empirique, s'est développée aux Etats Unis et en Angleterre une approche factorielle de l'intelligence basée sur l'analyse statistique des relations entre les performances dans les tests. Plusieurs modèles ont été en concurrence: du facteur g de Spearman (1904), précurseur de l'approche factorielle, au modèle multidimensionnel de Thurstone (1938) puis aux modèles hiérarchisés actuellement reconnus: Burt et Vernon (1952) puis Hom et Cattell (1966). L'analyse de l'évolution des aptitudes avec l'âge dans une perspective life span montre en fait que, y compris dans les modèles hiérarchisés, la part du facteur général pèse d'un poids différent selon l'âge. Puis influencées par le courant du Traitement de l'Information, les conceptions de l'intelligence se sont fondamentalement modifiées pour être davantage orientées vers l'analyse des processus. Par exemple, un sujet obtenant telle performance dans un test spatial a-t-il vraiment utilisé des processus de nature spatiale? Il existe également plusieurs voies d'étude des processus: soit les chercheurs 19

Pour une approche

intégrative

de l'intelligence:

Un siècle

après Binet

identifient chaque processus dans une tâche élémentaire, c'est ce que Reuchlin (1995) appelle les conceptions élémentaristes (Reuchlin est le fondateur de la psychologie différentielle en France), soit les processus sont analysés dans des tâches complexes qui permettent de préserver la dynamique du fonctionnement du sujet, ceci avec l'aide indispensable de programmes informatiques sophistiqués (Carpenter, Just & Shell, 1990; Richard, 1996; Rozencwajg et Corroyer, 2002). Enfin, il existe de nouvelles conceptions plus larges de l'intelligence (Huteau, 2002) qui concernent les relations avec autrui (intelligence sociale), la vie émotionnelle (intelligence émotionnelle) et la résolution de problèmes pratiques (intelligence pratique). Par exemple, les sujets ayant une bonne intelligence sociale seront capables de recueillir des informations renseignant sur les états mentaux d'autrui et d'en tenir compte pour aider à résoudre un conflit ou pour. .. manipuler. On le voit, la recherche dans le domaine de l' éval uation de l'intelligence est loin d'être achevée. Néanmoins, ces nouvelles approches théoriques ont encore peu d'effet sur les pratiques des psychologues qui sont restés attachés aux approches traditionnelles, empiriques de l'intelligence, qualifiées d'holistes par Reuchlin, notamment les échelles de Wechsler qui ont du fait de leur célébrité les moyens financiers d'être réactualisées périodiquement (nées en 1939, les échelles de Wechsler pour Enfants et Adultes en sont déjà à leur troisième édition et une quatrième édition est en train d' être élaborée).

20

Introduction

Pourtant, du point de vue scientifique et du point de vue appliqué, les seuls scores de performances dans les tests d'intelligence ne sont pas très satisfaisants. En effet, on ne sait pas quels processus ont conduit à la performance observée. Or, d'une part des performances identiques peuvent être produites par des stratégies qualitativement très différentes et d'autre part, connaître ces stratégies ou ces processus peut permettre de contribuer, en connaissant mieux le fonctionnement cognitif de la personne, à remédier à des fonctionnements qui seraient mal adaptés à l'école ou au travail, à affiner un diagnostic. Le souci de la pratique conduit à s'intéresser au fonctionnement cognitif de façon assez large, peu spécialisé sur un point précis du fonctionnement. En effet, dans le domaine de la cognition, du moins dans le domaine de la recherche fondamentale, et particulièrement en France, on s'intéresse plus souvent à une fonction cognitive, un domaine particulier de la cognition, par exemple, la mémoire de travail, la flexibilité, l'inhibition, la métacognition, l'apprentissage implicite, etc. De plus ces fonctions sont le plus souvent définies de façon générale sans prendre en compte des fonctionnements qualitativement différents selon les individus. L'idée principale qui sera développée dans cet ouvrage n'est pas un aspect particulier de la cognition mais une approche plus globale du fonctionnement cognitif, que l'on peut définir comme un ensemble de fonctions cognitives en interaction. Le terme de fonctionnement cognitif renvoie au concept d'intelligence, mais renouvelé par les progrès réalisés en psychologie cognitive.

21

Pour une approche intégrative de l'intelligence:

Un siècle après Binet

Plus précisément, l'objectif de cet ouvrage est de proposer une évaluation qualitative et intégrative de l'intelligence que l'on situera plus largement dans l'approche structuraliste proposée par Reuchlin (1995) et qui s'écarte des approches élémentariste et holiste. Cet ouvrage comporte trois parties. Après une brève définition de l'intelligence, la première partie retrace les principales étapes de l'étude de l'intelligence de Binet à nos jours. Dans la deuxième partie sera présentée l'approche intégrative de l'intelligence. La troisième partie illustre cette approche par quelques travaux.

22

Première partie: Historique approches de l'intelligence

des

différentes

Nous commencerons cet ouvrage par de brèves définitions de l'intelligence. Selon Reuchlin (1994), «l'intelligence a fait l'objet de nombreuses défmitions différentes dans l'histoire de la psychologie. La plupart évoquent une capacité générale d'adaptation à des situations nouvelles par des procédures cognitives» (page 391) ». Selon Huteau et Lautrey (1999a), l'accord se fait sur une définition générale de l'intelligence conçue «comme une capacité d'adaptation à des situations nouvelles, capacité qui permet de connaître, de comprendre, d'apprendre» (page 2). Ou encore, «l'intelligence est l' ensemble des capacités permettant de résoudre des problèmes» (Huteau et Lautrey, 1997, page 3). Ou encore plus récemment, Sternberg (2003) définit l'intelligence comme l'adaptation à son environnement. Suivant Huteau et Lautrey (1999a), les différentes approches de l'intelligence peuvent être catégorisées de la façon suivante:

.

L'approche globale dans laquelle on vise une évaluation globale du niveau de développement intellectuel, généralement sous la forme d'un quotient intellectuel (QI) ; les échelles de Binet et Simon, de Wechsler et de Kaufman représentent cette approche. Elles sont surtout utilisées dans le domaine de l'éducation et de la santé.

23

Pour une approche intégrative de l'intelligence:

Un siècle après Binet

.

L'approche factorielle correspondant à une conception plus différenciée de l'intelligence et qui vise à évaluer des aptitudes relativement spécifiques comme l'aptitude verbale, numérique ou spatiale. Celle-ci a donné lieu aux tests factoriels ou tests d'aptitude, surtout utilisés dans le domaine de la psychologie de l'orientation et du travail, mais aussi dans le domaine de l'éducation. L'approche processuelle inspirée du modèle général du traitement de l'information où l'on cherche à mettre en évidence les processus qui permettent de comprendre les performances observées. Cette approche est pour l'instant en grande partie restée dans le domaine de la recherche fondamentale.

.

Cette catégorisation est néanmoins relative. Comme nous allons le voir, Binet réalisait des observations si fines des enfants qu'elles ressemblent fort à l'identification de processus «modernes »; le QI que l'on obtient dans une échelle de Wechsler peut être à tel point analysé que des aspects différenciés du développement intellectuel peuvent être identifiés; le QI calculé à partir des échelles de Kaufman est en réalité basé sur une analyse des processus en jeu dans les subtests; les structures factorielles hiérarchisées de l'intelligence reconnaissent l'existence d'un facteur général commun ressemblant fort à une évaluation globale de l'intelligence; enfin, même l'approche processuelle peut être simplement vue comme la performance de certaines opérations intellectuelles élémentaires.

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Historique des différentes approches de l'intelligence

Je présenterai également l'approche stmcturale de ReucWin (1995). Celle-ci ne se situe pas au même niveau que les précédentes au sens où elle n'est pas liée directement à certains types de tests d'intelligence mais présente une conception plus générale de l'étude de la psychologie. Enfin, je conclurai sur les aspects méthodologiques qui sont communs à ces différentes approches et qui sont communs à ma propre approche intégrative.

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Historique des différentes approches de l'intelligence

Chapitre I

- L'approche globale

J. Binet et Simon
Les premières tentatives d'évaluation de l'intelligence ont été développées par Galton. En 1884, Galton a pour objectif de mesurer l'intelligence, et notamment les différences individuelles dans l'intelligence mais à partir de mesures anthropométriques, caractéristiques qui sont pour lui innées et héréditaires. Par exemple, la taille du cerveau est pour lui un indicateur de l'intelligence, ou les mesures de temps de réaction sont indicatrices de l'efficacité globale du système nerveux. Cattell (1860-1944) succèdera à Galton et en 1889, il continue son programme sur des mesures de discrimination sensorielle et de temps de réaction; on trouve notamment la liste suivante (Nicolas, 2001): pression dynamométrique, vitesse du mouvement, zones sensitives, pression douloureuse, seuil différentiel de poids, temps de réaction auditif, temps de dénomination des couleurs, bissection d'une ligne de 50 cm, jugement d'une durée de 10 secondes, nombre de lettres mémorisées après une seule écoute. Les résultats montrent qu'il n'y a aucune corrélation entre les résultats aux divers tests, ni aucune corrélation entre les performances et le niveau universitaire. Quelques années plus tard, Binet réussit là où tous les autres avaient échoué avec la construction de l'échelle métrique de l'intelligence. Les tests utilisés mesurent les

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Pour une approche intégrative de l'intelligence:

Un siècle après Binet

fonctions mentales supérieures et non pas seulement les activités sensorielles 1. Galton est le créateur d'une psychologie différentielle des individus mais Binet a bien vu que dans la plupart des cas, sauf les anomalies maladives, les différences individuelles concernant les sensations sont très faibles et insignifiantes par rapport aux différences des activités supérieures (Nicolas, 2001). L'origine des premiers travaux sur l'intelligence est donc attribuée à Binet en France. Ses travaux sont nés d'un souci pratique, celui de repérer les enfants en difficulté scolaire. Binet a eu à son époque deux idées simples (et géniales) qui ont fait sortir l'évaluation de l'intelligence de l'impasse où elle se trouvait à la fin du 19ème siècle. Sa première idée est d'avoir mis en place des situations de tests permettant d'évaluer des processus complexes alors qu'on ne
I On peut tenter une analogie entre une évaluation de l'intelligence à partir des sensations et une évaluation à partir des facultés supérieures comme chez Binet en évoquant Platon et son élève Aristote. Pour Platon, l'intelligence de l'âme humaine est complètement autonome par rapport au corps et par rapport au monde réel; il n'y a pour lui dans la nature rien qui n'ait d'abord existé dans le monde des idées. Aristote fait évoluer cette conception car il y a pour lui une continuité entre la connaissance qu'on acquiert par le sensible, la perception (selon Aristote, rien ne peut exister dans la conscience qui n'ait d'abord été perçu par les sens), et la connaissance abstraite pour lui immatérielle. Selon une lecture du traité « de l'âme» d'Aristote, Claude Gagnon (dans une conférence au département de philosophie du Collège Edouard Montpetit, semestre d'hiver 1997), énonce cette phrase bien démonstrative de cette problématique: « Les neuropsychologues cherchent encore frénétiquement l'intellect dans les lobes pariétaux, d'autres cherchent à mesurer la grandeur de l'intelligence en calculant la surface du cortex déplié par leur imagination »,

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Historique des différentes approches de l'intelligence

savait évaluer que des processus élémentaires. Sa deuxième idée est d'avoir imaginé que ce qu'un enfant de 3 ans sait faire est moins « intelligent» que ce que sait faire un enfant plus âgé (les tâches sont hiérarchisées selon l'âge). Pour être caractéristique de l'intelligence d'un enfant de Il ans, un item doit être encore échoué par une majorité d'enfants de 10 ans, réussi par presque tous les enfants de 12 ans et par environ 50% des enfants de Il ans. La liste des items est ainsi clairement structurée en fonction de l'âge moyen auquel ils sont réussis, de 3 ans à 13 ans. Ces normes d'âge permettent le calcul d'un âge mental. Par exemple, un enfant de Il ans devrait être capable de critiquer des phrases contenant des absurdités, de loger trois mots dans une phrase, de trouver plus de 60 mots en 3 minutes, de donner des définitions abstraites, de mettre des mots en ordre. Quelque soit son âge chronologique, un enfant qui réussit les items caractéristiques de Il ans a un âge mental de Il ans. C'est par cette méthode que Binet et Simon construisent leur Echelle métrique de l'intelligence. En 1912, Stem appelle le rapport entre âge mental et âge chronologique le « quotient intellectuel », ou QI. C'est en ce sens que l'approche de l'intelligence de Binet est considérée comme globale du fait qu'un QI global est calculé. Néanmoins, quand on lit Binet (Binet et Simon, 1908), la qualité de ses observations témoigne un siècle plus tôt de connaissances très actuelles en psychologie cognitive qui dépassent largement une simple évaluation globale. Par exemple, il analyse les erreurs des enfants lors de la répétition de chiffres et l'on peut reconnaître des phénomènes bien connus aujourd'hui d'effet de récence (les derniers chiffres sont mieux retenus car encore présents en mémoire à court 29

Pour une approche intégrative de l'intelligence:

Un siècle après Binet

terme) mis en évidence dans les courbes sérielles ou de fonctionnement exécutif (certains enfants ne peuvent s'empêcher de donner des suites de chiffres correspondant à l'ordre naturel). Dans une tâche de fluidité verbale, il analyse l'ordre des mots donnés par l'enfant. On peut alors reconnaître des concepts liés à l'organisation de la mémoire à long terme. Pour Binet, le test de compréhension est l'épreuve qui répond le mieux à la notion «vulgaire» de l'intelligence. «On peut faire des erreurs d'inattention ou manquer de culture mais les questions de compréhension dissipent tous les doutes ». A ce propos, Binet raconte une anecdote d'un enfant de 10 ans ~, «indiqué par les maîtres, qui était très lent à répondre, comme engourdi, qui prévenait mal en sa faveur car il avait une figure sans expression; il ne savait pas quel jour on était, quel était le jour après dimanche, en lecture il en était encore à syllaber. Quand on lui posa la question «Pourquoi doit-on juger une personne d'après ses actes plutôt que d'après ses paroles? », il répondit « parce que les paroles ne sont pas bien sûres, et que les actes sont plus sûrs ». Pour Binet, « cet enfant était moins bête qu'il en avait l'air» (Binet et Simon, 1908, page 47). Binet reprend en conclusion des réflexions sur la définition de l'intelligence qu'il distingue de l'aptitude scolaire: «Il nous semble que l'aptitude scolaire comporte autre chose que l'intelligence; pour réussir dans ses études, il faut des qualités qui dépendent surtout de l'attention, de la volonté, du caractère, par exemple, une certaine docilité, une régularité d'habitudes, et surtout de la continuité dans l'effort» .
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