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Pour une citoyenneté planétaire

De
200 pages
Cet ouvrage analyse l'émergence d'un mouvement mondialiste populaire composé de citoyens qui prennent en main la construction d'un avenir plus pacifique et plus harmonieux. Il explore un large éventail de questions qui retiennent aujourd'hui l'attention de la société à tous les niveaux : le développement durable, la justice économique, le respect des peuples indigènes, de leurs terres et ressources ancestrales, la démocratisation de la politique et des institutions internationales, la responsabilisation des entreprises, et la préservation de la biodiversité, de la qualité de l'air et de l'eau et le climat de notre planète terre.
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site : www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr e-mail : harmattan1@wanadoo.fr © L’Harmattan, 2005 ISBN : 2-296-00074-6 EAN : 9782296000742

hazel henderson

et

daisaku ikeda

Pour une citoyenneté planétaire
Vos valeurs, vos convictions et vos actions ont le pouvoir de construire un monde durable.

Traduit de l’anglais par Françoise Nagel

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Introduction à l’édition en langue anglaise

aimerais saluer les nouveaux lecteurs de la traduction en anglais de mon dialogue avec Daisaku Ikeda, dont l’original a été publié en japonais. Nous avons ajouté à cette édition quelques considérations relatives aux événements planétaires qui se sont déroulés depuis notre entretien. La notion de citoyenneté planétaire et celle, croissante, de responsabilité individuelle envers l’avenir de l’humanité sont aujourd’hui claires. De fait, nombreux sont ceux qui qualifient cette émergence de mouvements populaires à travers le monde de nouvelle superpuissance globale. Et pourtant, elle n’est composée que de personnes ordinaires, comme vous et moi. Je me souviens d’un petit matin de 1961, alors que je regardais le soleil se lever au-dessus des tours de Manhattan. J’allaitais mon bébé âgé alors de trois mois. Comme beaucoup de New-yorkais ce jour-là, j’assistais sur mon écran de télévision au décollage du premier vol dans l’espace de l’astronaute Alan Shepard. Ébahie, je murmurai à ma petite fille occupée à téter : « Toi, tu es un bébé de l’ère spatiale ! » Aujourd’hui, nous sommes tous des humains de l’ère spatiale. Les merveilleuses photographies de notre Terre vue de la lune nous invitent à réfléchir à cette nouvelle étape de notre évolution. L’extraordinaire image de notre lumineuse planète bleue et blanche flottant dans l’obscurité de l’espace fait maintenant partie du paysage mental de la plupart des six milliards de membres de notre famille humaine. À l’école du petit village anglais où j’ai grandi, notre institutrice enseignait la géographie en nous montrant avec fierté un planisphère dominé par les taches roses représentant l’Empire britannique. Depuis lors, de nombreux empires se sont effon7

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drés en même temps que celui de la Grande-Bretagne. On apprend aux enfants d’aujourd’hui qu’il existe, dans un monde où règne une technologie omniprésente, quelque deux cents Étatsnations, chacun jouant des coudes pour s’assurer un avantage économique ou militaire sur ses voisins en même temps que la mainmise sur des ressources naturelles en voie d’épuisement. Quels sont, parmi toutes ces traditions de la sagesse humaine, les enseignements les plus à même de nous conduire vers un avenir de paix, de justice et d’harmonie avec toutes les autres formes de vie ? Quelles sont les croyances qui se sont révélées défaillantes et dont nous devons nous défaire, cependant que nous poursuivons notre route en tant qu’espèce désormais planétaire et interplanétaire ? Virginia Straus, l’une de mes très chères et très fidèles amies, organise de tels débats fondamentaux au Centre de recherche de Boston pour le XXIe siècle, fondé par Daisaku Ikeda. Récemment, Virginia m’a présentée à Ira Rifkin, dont le livre, Spiritual Perspectives on Globalization (Perspectives spirituelles sur la mondialisation), décrit la façon dont les principales traditions religieuses de l’humanité abordent l’une des questions essentielles de notre époque : la mondialisation et les formes qu’elle revêt aujourd’hui en termes économiques et technologiques. La paix et la non-violence sont maintenant reconnues comme primordiales pour la survie du genre humain. Coopération et partage doivent faire contrepoids à la compétition. Les économistes eux-mêmes s’accordent pour dire que la paix, la non-violence et la sécurité humaine sont des biens publics mondiaux au même titre que la pureté de l’air et de l’eau, la santé et l’éducation – toutes conditions indispensables au bien-être et au développement humains. Comme j’en ai discuté avec Daisaku Ikeda, toutefois, nous devons nous rappeler que l’économie n’est pas une science et que la prépondérance dont elle jouit actuellement sur les politiques des différentes nations doit céder la place à des approches plus multidisciplinaires. Nous avons examiné les inconvénients qu’il y a à mesurer le progrès humain à l’aune de la croissance de nos « économies » plutôt qu’à celle d’un contexte social plus large d’amélioration de la qualité de vie pour tous.
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introduction

Avec l’évolution des technologies – communications planétaires, satellites, armes de destruction massive, divertissements de masse –, de nouvelles questions surgissent quant à ce qui constitue la nature humaine. Sommes-nous simplement des « singes nus », une espèce de mammifères qui colonisent chaque parcelle de la planète Terre et dévorent quarante pour cent de toute la production de photosynthèse de sa biosphère, acculant ainsi les autres espèces à une nouvelle grande extinction ? Daisaku Ikeda et moi croyons que nous évoluons vers une prise de conscience plus large de nos responsabilités en tant que citoyens planétaires. Notre toute-puissance technologique collective nous poussera-t-elle à nous détruire ou à concevoir différemment nos sociétés, nos cultures et nos valeurs afin de refléter notre nouvelle place au sein de la nature ? Ces questions se trouvent au cœur du dialogue rapporté dans ce livre, lequel traite essentiellement de la manière dont nos valeurs, nos buts et nos croyances individuels peuvent contribuer, dans nos familles et nos sociétés, à un avenir plus durable pour tous. Ce genre de débats récents se révèle déjà caractéristique du XXIe siècle. Il apparaît évident que le « lièvre » de l’innovation technologique a dépassé la « tortue » de l’innovation sociale. Un tel décalage est à l’origine de tous les problèmes planétaires actuels : depuis le contrôle qu’il convient d’exercer sur les armes de destruction massive, le clonage humain, les aliments génétiquement modifiés, l’agriculture et les matières de base (par le biais de la nanotechnologie) jusqu’aux questions relatives à la santé, aux épidémies nouvelles, à l’éducation, au rôle, bon ou mauvais, des mass médias globaux, à la destruction de l’environnement, à la pollution et aux changements climatiques. Le problème sous-jacent à toutes ces questions consiste à diriger les ressources technologiques vers un véritable développement humain, une prospérité et un progrès social durables. Depuis la fondation des Nations unies en 1945 pour « libérer l’humanité du fléau de la guerre » et la Déclaration universelle des droits de l’Homme, des êtres humains s’efforcent posément de démêler ces questions primordiales pour l’avenir de notre planète.
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Daisaku Ikeda a, avant moi, mené de nombreuses actions pour renforcer et revitaliser les Nations unies, et ses initiatives m’ont aidée à mieux comprendre ces problèmes. Les Nations unies ont donné naissance à nombre de conventions globales qui ont conduit à des traités exécutoires et des lois internationales régissant le contrôle des armements, le domaine de la santé, la protection de l’environnement et l’échange des connaissances scientifiques. Quantité de ces accords ont été suscités par des mouvements populaires et par l’éclosion de la société civile comme force nouvelle dans le monde. L’ampleur sans précédent des manifestations de masse (on estime entre dix et quinze millions le nombre de personnes qui ont défilé) qui ont eu lieu dans les différentes villes à travers le monde contre la guerre en Irak a révélé au grand jour cette nouvelle « troisième force » – celle des citoyens planétaires. L’influence de ces derniers s’étend au-delà des frontières nationales et exige de nouvelles formes de représentation à l’échelle mondiale, telles que l’assemblée du peuple préconisée au sein des Nations unies. Cette montée de la citoyenneté planétaire comprend la Charte de la Terre (www.chartedelaterre. org), le Parlement des religions du monde, le Forum 2000 et la Déclaration de Prague lancée par l’ancien président de la République tchèque, Vaclav Havel, l’Appel de La Haye pour la paix, les campagnes pour le contrôle des armes et les droits de l’enfant menées par les prix Nobel de la paix, Oscar Arias Sánchez, Betty Williams, Jody Williams et Nelson Mandela, ainsi que l’oeuvre de Mère Térésa en faveur des pauvres et des malades. Nous pouvons également y ajouter les éphémères actions humanitaires de la princesse Diana. Sa mort a provoqué des manifestations de désespoir de dimension mondiale, lorsque deux milliards de personnes – soit un tiers de la population planétaire – ont suivi ses funérailles à la télévision. Partout, les citoyens ordinaires commencent à comprendre « l’effet CNN » et concentrent maintenant leur attention sur les technologies de communication, lesquelles ont jusqu’à présent failli à leur promesse de mettre leur pouvoir au service du bien. Que nos structures gouvernementales soient démocratiques,
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féodales, totalitaires ou fascistes, nous vivons tous aujourd’hui dans des médiacraties. Quel que soit l’endroit où nous habitons, les mass médias constituent le système nerveux de notre corps politique. Nous, le peuple, avons découvert que les médias actuels avaient leurs partis pris et leur manière propre d’interpréter les événements. Nous avons aussi appris que celui qui contrôlait les moyens de communication de masse gagnait les élections, le pouvoir, l’argent, la notoriété et l’influence. Aujourd’hui, des tribunes sur Internet relient à l’échelle mondiale les partisans d’une réforme des médias et les citoyens planétaires. Leurs mouvements pour la paix, la santé, l’éducation, l’environnement et leurs projets visionnaires reflètent le courage, le sens des responsabilités et le potentiel humains capables d’imprimer une orientation positive à l’avenir de notre planète. Les mass médias sont en mesure de constituer une force positive pour les entreprises de ce genre ou peuvent au contraire continuer à enfermer l’humanité dans des schémas négatifs de comportements primitifs et violents et de cycles de vengeance. Nombre de journalistes assument déjà ces nouvelles responsabilités des médias. Le nouveau journalisme cherche désormais à approfondir les causes de la violence des événements actuels. Et il n’hésite pas à consacrer autant de temps à couvrir les faits divers positifs généralement passés sous silence : développement des collectivités, initiatives locales, entreprises individuelles ou innovations sociales, tous sujets susceptibles d’ouvrir à des milliards d’êtres humains des perspectives nouvelles pour un avenir plus radieux. L’intérêt que je portais à toutes ces questions m’a incitée à me rendre plusieurs fois au Brésil, nouveau phare de la démocratie. Le Brésil a donné naissance au Forum social mondial, la plus importante organisation virtuelle de citoyens planétaires et d’Organisations de la société civile, concevant des alternatives viables au modèle désormais discrédité du « Consensus de Washington » relatif à la croissance du PNB (marchés et commerces « libres » du laissez-faire, privatisations, économies axées sur l’export et dominées par la mondialisation des activités financières non réglementées conduisant à la spéculation sur les devises).
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Le Brésil a posé les jalons de quantité d’orientations nouvelles et d’innovations sociales, que j’ai décrites dans mes éditoriaux, tels que : « Brazil : Key Player in a New World Game » (Le Brésil, un acteur clé du nouveau jeu mondial), « Visioning Brazil 2020 » (Le Brésil en 2020) et « Statisticians of the World Unite ! » (Statisticiens de tous les pays, unissez-vous !) (www. hazelhenderson.com). En octobre 2003, j’ai eu l’honneur de contribuer au rassemblement de sept cents statisticiens spécialisés dans le domaine de la qualité de la vie et du développement durable, venus d’Amérique latine, d’Europe, d’Asie et d’Amérique du Nord pour comparer leurs observations sur les approches pluridisciplinaires visant à redéfinir les critères de richesse et de progrès. Ainsi, les nouveaux indices de Bonheur national brut du Bhoutan, reflétant les objectifs poursuivis par cette nation bouddhiste, illustrent l’importance de clairement définir les buts et les valeurs d’une société et de créer des indicateurs pour mesurer ce qui nous est le plus cher : santé, bonheur, éducation, droits de l’Homme, famille, pays, harmonie, paix, qualité et restauration de notre environnement. Ce sont toutes ces questions que Daisaku Ikeda et moi abordons dans notre dialogue. Nous y exprimons également notre soutien passionné aux actions populaires visant à faire prévaloir les buts et les aspirations des personnes ordinaires à travers le monde. Au Nord, comme au Sud, à l’Est aussi bien qu’à l’Ouest, des sondages menés (par Globescan au Royaume-Uni) dans plus de soixante pays montrent que là résident les priorités des peuples. Et pourtant, trop de gouvernements dépensent le précieux argent des impôts pour financer armements, conflits, et programmes technologiques des fournisseurs de l’armée et autres multinationales. En dépit des nombreux déboires occasionnés par les élites au pouvoir solidement implantées, l’ère de l’Information se mue lentement en une ère de la Vérité. Les fraudes des grandes entreprises, les scandales financiers, la corruption des gouvernements ne peuvent plus être dissimulés. En exposant au grand jour les comportements irresponsables des entreprises, les militants
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civiques sont en mesure de causer du tort à l’image de marque de celles-ci. Ainsi, les entreprises qui, en 1999, ont signé le Pacte mondial des Nations unies et ses principes de pratiques d’entreprise citoyenne, sont maintenant tenues de répondre de leurs actes devant des cabinets d’audit éthique et des comités citoyens de surveillance. Le Forum social mondial de Porto Alegre, au Brésil, a lancé un défi au Forum économique mondial de Davos, en Suisse : « Un autre monde est possible ». Nombre de visions nouvelles et de projets viables pour un avenir équitable et écologiquement durable naissent de la profonde compréhension spirituelle dont fait preuve le peuple. Chaque tradition religieuse est à même d’apporter sa contribution à l’effort commun grâce aux actes individuels de compassion accomplis par des millions de personnes dotées d’un solide sens des responsabilités. Nous sommes persuadés que les êtres humains continueront à évoluer dans le sens de l’éthique, si bien formulée dans la Charte de la Terre, et dont nous discutons longuement dans ce livre. J’espère que vous éprouverez autant de plaisir à lire ce dialogue que Daisaku Ikeda et moi-même en avons eu à le poursuivre et qu’il vous incitera à engager le même genre d’échange avec vos proches. J’espère également que vous n’hésiterez pas à me faire part de vos idées et réflexions, en visitant le site Web basé à Londres, VIA3 (« la troisième voie » en latin), que j’ai aidé à lancer : www.via3.net.

Hazel Henderson St. Augustine, Floride Mai 2004

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C H A PI T R E P R E M I E R

Une vie au service de l’action civique

Les désirs constituent la force motrice à l’origine du développement de la civilisation moderne. Nous avons fait de la nature et de la vie même les moyens d’arriver à nos fins. Comme vous le faites souvent remarquer, en votre qualité de militante civique et d’auteur œuvrant pour la cause des mouvements mondiaux de citoyens, l’économie traditionnelle a encouragé ce processus. Mais aujourd’hui, à l’aube du XXIe siècle, nous avons atteint nos limites. La poursuite égoïste du bonheur a eu un effet boomerang, conduisant aux souffrances causées par les problèmes biotechnologiques et environnementaux et à la prolifération des armes de destruction massive. Toute solution globale durable à ces questions doit commencer par ce que nous pourrions appeler la révolution humaine individuelle. Cela signifie que, au lieu de se laisser absorber par son petit ego, il appartient à chaque personne de reconnaître ses liens avec toute vie présente dans le cosmos. C’est ainsi que l’on peut échapper à l’obsession de l’avidité, avancer sur la voie d’une plus grande compassion, et réaliser le bonheur pour soi et pour les autres. Je suis persuadé que là se trouve la clé pour créer une nouvelle civilisation fondée sur la dignité de la vie. Je suis extrêmement heureux de pouvoir mener ce dialogue avec vous. Les thèmes de la citoyenneté planétaire et de l’avenir de l’humanité offrent de vastes sujets de discussion.
DA I S A K U I K E DA •

Je suis ravie d’avoir l’occasion d’engager cette discussion avec vous, car, non seulement vous possédez une splendide vision des choses, mais vous avez œuvré sans relâche, avec espoir et optimisme, à rendre le monde meilleur. Le monde connaît de multiples problèmes. Mais si nous
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conjuguons nos forces pour les affronter, nous trouverons certainement les moyens de les résoudre. Les difficultés et les situations de crise nous offrent l’occasion de construire un avenir meilleur. Tout commence chez soi Ce sont nous, les êtres humains, qui créons nos problèmes, et je suis persuadé que nous avons la possibilité de les résoudre. Comme vous l’avez souligné, nous sommes confrontés à une montagne d’épreuves – la guerre et la violence, l’oppression et la pauvreté, la destruction de l’environnement, etc. Nous devons faire du XXIe siècle une ère dans laquelle les êtres humains résoudront leurs problèmes en se réformant d’abord eux-mêmes. Cette nécessité de transformation intérieure n’est nulle part plus évidente que dans les attaques terroristes qui ont frappé les États-Unis le 11 septembre 2001. Les actes terroristes, qui suscitent inévitablement la plus profonde colère, représentent le summum de l’inhumanité par l’indifférence avec laquelle ils détruisent quantité de vies précieuses. Ils représentent un mal absolu qu’aucune cause, si noble soit-elle, ne saurait justifier.
I K E DA •

J’ai été profondément choquée par les attaques contre New York et Washington. Nous devons nous opposer aux terroristes et contrecarrer leurs actions. Il faut que de pareils criminels, qui agissent contre l’humanité, soient traînés en justice. En même temps, il convient d’éviter de réagir de manière instinctive en ayant recours à des frappes militaires. Les principes du genre « œil pour œil » appartiennent à l’histoire, pas au XXIe siècle. Immédiatement après les attentats, j’ai écrit, dans l’une de mes chroniques publiées par divers journaux, que nous devions rechercher une solution qui n’incite pas à une augmentation de la violence terroriste ni au sacrifice d’autres innocents, déjà suffisamment frappés par la pauvreté. J’ai plaidé pour la réunion d’un sommet sur le terrorisme, dans lequel
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les Nations unies devraient jouer le rôle principal puisqu’elles constituent la seule organisation de dimension mondiale apte à accueillir tous les pays.1 Bien qu’il s’agisse d’un sujet épineux, je crois que la manière dont nous traiterons le mal absolu que représentent le terrorisme et l’engrenage de la haine et de la violence servira de pierre de touche à l’évolution future du XXIe siècle. Le 1er octobre 2001, les Nations unies se sont engagées dans d’intenses discussions sur le terrorisme, qui se sont prolongées pendant plus de cinq jours. Pour la première fois, les débats de l’ONU se limitaient à un sujet unique. Des représentants de cent soixante-sept nations ont pris la parole au cours des réunions, ce qui a remis en lumière l’importance des Nations unies comme lieu de dialogue. Je pense que l’on devrait organiser, pour discuter du terrorisme ainsi que de quantité d’autres problèmes, des dialogues intercivilisationnels qui, tout en demeurant pragmatiques, traiteraient de la dimension spirituelle de ces questions – des rassemblements de tous ceux qui ont foi dans la bonté de la nature humaine et veulent changer les choses. Nous vivons tous sur la même planète. Nous devons donc recourir au dialogue pour approfondir notre compréhension mutuelle et réorienter le sens de l’Histoire, de la confrontation à la coexistence pacifique et de l’isolement à la solidarité.
I K E DA •

C’est tout à fait vrai. Tout comme cela s’est passé dans les années 1930, la mondialisation économique et technologique actuelle pourrait s’effondrer et mener à une récession de dimension mondiale et à une guerre de longue durée. Pour éviter cela, il nous incombe de contribuer à construire une économie mondiale plus équitable et plus écologiquement durable – ce qui favoriserait la paix et la sécurité par la même occasion. La compétition économique est régie par la loi de la jungle. Si nous ne pratiquons pas la coopération pour faire contrepoids, nous risquons de nous retrouver dans une situation « perdant-perdant ». De nombreux chercheurs, de même que
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des millions de personnes concernées, ont maintenant pris les devants et nous montrent comment changer nos modes de vie. Sur notre petite planète menacée, nous devons faire de la société humaine un lieu de coexistence pacifique et harmonieuse, où prédomine la relation de « gagnant-gagnant ». Il est donc vital de transcender nos différences d’intérêts et de frontières nationales et de voir jusqu’où nous pouvons étendre la solidarité mondiale entre les peuples. Depuis de nombreuses années, vous êtes chef de file de mouvements écologiques et civiques. En même temps que nous échangeons nos expériences, j’aimerais essayer de découvrir la voie la plus favorable pour l’humanité. Mais tout d’abord, je propose que nous consacrions un peu de temps à parler de votre vie et de la mienne. Je pense que notre dialogue sera plus fructueux si nous commençons par approfondir notre compréhension réciproque, en apprenant l’un de l’autre nos parcours respectifs.
I K E DA • H E N D E R SO N •

J’en conviens.

Deux villes côtières Je dirais, pour commencer, que je suis né à Tokyo, dans le quartier d’Omori, en janvier 1928. Omori est aujourd’hui une zone fortement urbanisée, couverte de maisons et d’usines. Mais lorsque j’étais enfant, c’était un village tranquille du bord de mer, où des familles vivaient de la transformation des algues comestibles.
I K E DA • H E N D E R SO N • J’ai entendu dire que les produits à base d’algue provenant d’Omori étaient considérés parmi les meilleurs.

Vous êtes très bien informée. Parlez-moi à présent de votre ville natale.
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Je suis née à Bristol, dans le sud-ouest de l’Angleterre, en 1933. Lorsque j’avais cinq ans, nous avons déménagé dans une banlieue appelée Clevedon, qui, comme la ville de votre enfance, se trouve au bord de la mer. Il y avait des algues en grande quantité à Clevedon, mais les Anglais ne savaient qu’en faire. Nous ignorions que c’était comestible. Ce n’est qu’en me rendant au Japon que je l’ai appris. Clevedon est un bourg d’environ trois mille habitants, mais, de tout temps, il a été très prisé par les poètes et les hommes de lettres pour la beauté de ses paysages. On sait que Tennyson, Thackeray et Coleridge y ont vécu quelque temps.
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Quelques-uns des poèmes de Tennyson chantent la mer. C’est peut-être sa beauté qui l’a attiré à Clevedon. La mer à Omori aussi était très belle lorsque j’étais enfant. Pour un garçon comme moi, les champs couverts de fleurs en toutes saisons et les plages caressées par les vagues fournissaient un terrain de jeux idéal. Malheureusement, aujourd’hui, la mer est polluée et une grande partie du rivage a été bâtie. La culture traditionnelle des algues comestibles, qui remontait aux XVIIe et XVIIIe siècles, a été abandonnée voici une quarantaine d’années. J’aimerais que les enfants qui vivent dans les zones urbaines aujourd’hui aient plus souvent l’occasion d’apprécier la beauté de la nature qui nous entoure.
I K E DA • HENDERSON • Il est pénible d’assister à la destruction de l’environnement naturel dans lequel nous sommes nés. Je vis à présent en Floride, mais je me souviens être retournée à Clevedon, il y a quelques années, et avoir descendu à pied la rue principale. Elle n’avait pas du tout changé depuis l’époque où j’étais enfant – du moins en apparence. Car, pour ce qui était moins visible, comme l’eau et le sol, la pollution avait commencé à s’étendre.

I K E DA •

De quelle manière exactement ?

HENDERSON • Pour vous donner un exemple, il est devenu impossible de consommer le poisson pêché à Clevedon. Autrefois, ma

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mère nous emmenait tous les matins acheter du poisson pêché sur place. C’était du poisson frais, et elle nous le préparait de diverses façons. Aujourd’hui, on ne peut plus manger ce poisson, c’est trop dangereux. Il est plein de cadmium provenant des rejets d’une usine située à proximité. À travers le monde entier, dans leur poursuite acharnée du profit, les hommes sacrifient leur environnement sans tenir compte des dégâts causés par la pollution. Depuis de nombreuses années, je milite contre cette politique économique qui détruit l’environnement. Ce voyage à Clevedon m’a renforcée dans ma conviction. Printemps silencieux
I K E DA • Considéré individuellement, le cas des algues ou du poisson peut paraître dérisoire. Mais si elles s’accumulent, les pollutions de ce genre aboutiront à une situation irréversible. La biologiste Rachel Carson, dans son livre bien connu, Printemps silencieux (Silent Spring), a été l’une des premières à nous mettre en garde contre ce danger. L’écrivaine Sawako Ariyoshi a fait connaître les idées de Rachel Carson dans son propre livre également très lu, Fukugo Osen (Pollution multiple).

Lors de sa parution en 1962, Printemps silencieux a provoqué des déchaînements de fureur en Amérique. Carson dévoilait les effets causés par les engrais et produits chimiques agricoles sur la nature et l’être humain. Les scientifiques réductionnistes l’ont calomniée et tournée en ridicule, les entreprises de l’industrie chimique, ulcérées, se sont acharnées contre elle. Mais elle n’a pas baissé les bras. Par la suite, le gouvernement a reconnu qu’elle avait raison et a interdit les produits chimiques agricoles dangereux. Sa voix a fait tomber un véritable mur. J’ai lu ce livre pour la première fois en 1964, alors que je vivais à New York et que j’étais sur le point de lancer un grand mouvement contre la pollution atmosphérique. Carson vivait à Pittsburgh, l’une des villes les plus polluées des États-Unis,
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