Pour une Clinique du Réel

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Et si le bonheur n'était qu'une question de choix identificatoire ? Et si l'identification à l'Autre n'était qu'un des moyens mis en oeuvre pour réparer les dommages produits par la survenue d'une bévue, d'une épissure au niveau du noeud fondamental du sujet par exemple? Privation, Frustration, Castration sont ici les nominations de l'entre-deux qu'examine cet ouvrage et où un sujet est susceptible de basculer lorsqu'il désespère de trouver sa place dans l'échange social.
Publié le : jeudi 1 janvier 1998
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EAN13 : 9782296372238
Nombre de pages : 208
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Pour une clinique du réel
Lacan et ses didactic(h) iens

@ L'Harmattan, 1998

ISBN: 2-7384-7047-5

Stoïan STOÏANOFF-NENOFF

Pour une clinique du réel
Lacan et ses didactic(h) iens

L'Harmattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Collection Forum de l'IFRAS
Janine DEJONGHE, Paul-Elie LEVY Roger Bertaux "Pauvres et marginaux dans la société française. " Février 1996 (réédition) Alain Brossat "Un communisme insupportable. Discours, Figures, Traces." Février 1997 José Rose, Bernard Friot "La construction sociale de l'emploi des années 60 à aujourd'hui." Novembre 1996 Giuseppina Santagostino "Shoah, mémoire et écriture, Primo Levi et le dialogue des savoirs" Avril 1997 StoÏan StoÏanoff-NenotT "Qu'en dira-t-on? Une lecture du livre XII du Séminaire de Jacques Lacan" Février 1996. Eirick Prairat "La sanction - Petit manuel à l'usage des éducateurs." Mai 1997 Georges Navet "La cité dans le conflit. " Novembre 1997 Ariane Lantz "L'Administrationface aux étrangers. Les mailles du filets. " Avril 1998 Agnès Guillot "Les jeunes professeurs des écoles: devenir enseignant." Mai 1998

Le Forum de l'IFRAS organise chaque année, conférences, colloques et journées d'études. Cette collection publie des ouvrages liés aux problématiques plurielles développées dans ces diverses manifestations. Les thèmes abordés se situent dans le champ des sciences humaines et des questions sociales: psychanalyse, sociologie, travail social, histoire, philosophie.

A Laurence DESHAYES

en reconnaissance
patiente

pour sa

et active

collaboration

INTRODUCTION
Non corampueris garriat Trente ans de cohabitation quotidienne avec la psychanalyse me laissent perplexe quant à savoir ce que je puis en dire encore. Peut-être aimerais-je

pouvoir m'exclamer: « L'inconscient existe... je l'ai rencontré ». C'est bien la
rencontre en tant que telle qui fait problème. La rencontre en tant qu'elle mériterait d'être célébrée. Or, ce qui s'impose à moi au terme de ce long concubinage avec la psychanalyse, c'est qu'en guise de rencontre c'est toujours la mal-encontre qui nous guette. Car c'est avec l'intrusion de ce « nous» qu'éclate le malentendu général. Ce « nous », qui équivoque avec le « nous » d'ANAXAGORE, est l'esprit qui unit certes, mais qui du même pas exclut les autres, quels que soient les efforts qu'on puisse faire après-coup dans le sens d'un pluri-centrisme, d'un pluriéthnisme, d'une pluriracialité, d'une plurisexualité, du pluriculturel en somme. Et pourtant le mirage d'une intersubjectivité universelle ne cesse de renaître de ses cendres, alors que l'on sait que ce qui le fonde c'est l'espoir de communier dans la même jouissance ineffable. La « même » bonne conscience, au sens où toute autre jouissance serait une jouissance qu'il ne faut pas. Ici se révèle le principe du mal, la mauvaise conscience, qui aspire à la ruine des empires et au règne de Babel, et fait planer le spectre de l'incommunicabilité. Pour rompre le cycle infernal de ce dualisme manichéiste, on a inventé le social. Le social animiste puis monothéiste et enfin laïque, instaurant la primauté du socius réputé désormais intouchable puisque sacralisé. Or les choses étant ce qu'elles sont, il apparaît que, ce socius, on aimerait bien se le taper, le boulotter, cru ou cuit, à toutes les sauces. Ici intervient Sigmund FREUD pour suggérer que si ce socius, de nos jours, passe rarement à la casserole c'est simplement parce que dans l'espèce humaine les pulsions cannibaliques ont été dûment refoulées au fù de siècles de vie civilisée. Ce « hint » a eu entre autres effets le mérite de lancer la mode aux végétarianismes en Occident, puisqu'à goûter la viande, fut-elle animale, on ne sait jamais où ça peut nous conduire. Même chose d'ailleurs pour ce qu'il en est de verser le sang. Du moins savait-on jadis se prémunir contre les appétits qu'une telle éventualité pouvait réveiller chez les socii. Je dis « jadis» pour indiquer un saut, un échappement, qui se trouve marqué aujourd'hui par la récusation non moins universelle des anciennes recettes de la sociabilité. Jadis donc, on faisait bouffer du lion aux guerriers, avant le combat, pour les remettre au vert, dès leur retour à la vie civile, de manière à les déconditionner.

8

A contrario, les faits de cannibalisme sporadique dont se fait l'écho de nos jours la presse, suscitent l'étonnement mais aussi un intérêt morbide considérable. S'agirait-il d'un intérêt pulsionnel qui se révélerait en ces occasions? Ou alors faut-il penser qu'il est des individus qui sont génétiquement prédisposés à tuer, mutiler, dévorer leurs semblables? Il est clair que la collecte de preuves dans un sens ou un autre ne parvient à convaincre personne, pas plus d'ailleurs que les preuves de l'existence de Dieu qui, elles, ont tellement occupé les philosophes et les théologiens aux siècles précédents. En ce sens on peut dire avec Jacques LACAN que Dieu est inconscient, sauf qu'aujourd'hui

on a cessé d'en avoir le maniement. L'affirmation « L'inconscient existe... je
l'ai rencontré» est une thèse qui n'est pas susceptible de falsification et donc échappe de toute approche scientifique. Toutefois, une fois nommé, ainsi que nous le montre Guy LE GAUFEY.(l), l'inconscient devient objet d'étude. Il suffit pour cela de s'en donner les moyens. Il convient ici de reconnaître à Jacques LACAN le mérite d'avoir substitué à la mythologie freudienne de la pulsion quelque chose de plus réel, à savoir

l'objet « a». Il l'a d'ailleurs revendiqué comme « objet lacanien », à savoir
comme « objet de la jouissance ». L'épithète « lacaniens» désigne, désormais une communauté de sectateurs de cette jouissance. Ceci, par opposition aux « freudiens », qui, comme chacun sait, est un terme qui désigne les partisans
de la pulsion freudienne dûment refoulée, bien entendu. Partant, je m'autorise à désigner comme didactic(h)iens ceux qui organisent et accom-

plissent le culte de l'objet

«

a ». Il en est pourtant de l'objet

«

a

»

comme des

quanta, à ceci près qu'il n'existe pas, que je sache, de sectateurs de la relativité, restreinte ou généralisée. Il est donc loisible d'instaurer une pratique de la

psychanalyse qui mobiliserait les variétés d'objet

«

a », qu'on rencontre dans

la cure, sans pour autant se dire « lacanien ».
Cet essai se propose d'examiner de quelle manière un certain nombre de didactic(h )iens dévorent à belles dents tel ou tel abat, chu du corps supposé de l'enseignement de LACAN, pour s'en repaître comme autant d'hosties consacrées. Ma référence à ACTEON dévoré par ses chiens n'aura ici d'autre visée que roborative. C'est d'ailleurs LACAN lui-même qui, en une certaine occasion, note qu'un réveil vient limiter la rêverie narcissique, réveil

qu'ailleurs il mettra au compte de la castration:

«

Si nousavonsle courage de

poursuivre plus loin notre quête nous pourrions nous demander quelle est la part de notre structure psychique qui dans cette créativité projective de notre âme trouverait son reflet et son réPondant (Wiederkehr). Il résulte de ceci, qu'en tant que réPétition, le Fort/Da s'inscrit autrement qu'une révolution, du fait que quelque chose choit. Lâchant la proie pour l'ombre, c'est Actéon mis en position de se laisser dévorer par ses chiens, ou du moins se laisser amputer d'une part qui est l'enforme de ce qu'il en est de lui en tant que chasseur, en tant que structure d'appropriation.

9

Dans le rêve, le rêveur est dans l'entre-deux, dans un Zwischenzustand (G.W. XI, p. 84.) entre sommeilet veille, car unepartie de l'activité de l'âme conditionne le fait que la position narcissiquedu rêveurnepeut s'imposersans limites. » Au point où elle en est aujourd'hui, la théorie de l'objet «a» et de la chaîne signifiante qui s'y embobine, m'a fait effectuer ce pas qui consiste à prendre au sérieux, c'est-à-dire dans son sériel, la structure de la chaîne borroméenne.

plexité à quoi elle introduit. C'est en son sein que se trouve logé l'objet « a »,
telle « la taupe au logis de l'inconscient ", ainsi que j'ai pu m'exprimer à l'occasion. Mais, ce « pas» ne cesse de me laisser mesurer le poids de l'inertie à quoi je me heurte, comme tout un chacun s'impliquant dans la théorisation de sa pratique. Je suis ainsi conduit à retraduire en langage nodal les embrouilles que LACAN a connu en son temps et les tours de force qu'il a accompli à tel ou tel moment de son cursus. Loin de me gausser des impasses dans lesquelles ont erré ou errent encore certains de ses poursuivants, je m'efforcerai, pour y avoir séjourné à mon tour, d'en explorer les issues possibles. Dans Transmission de la Psychanalysej'ai interpellé un LACAN opérant sur la trace d'une vérité, celle du désir dans sa textualité, à savoir dans HEGEL, dans CLAUDEL, dans FREUD, aussi bien que dans le Zen, dans le Tao et dans les efforts de littéralisation de la Kabbale. Dans Qu'en dira-t-on? je l'ai campé interrogeant le savoir de la langue, tout autant que celui de la théologie, de la mathématique ou de la physique quantique, dans leurs modes respectifs d'ignorer leur vérité. Forclusion par conséquent, à quoi LACAN oppose le nouage borroméen. Puisqu'il noue vérité et savoir, le Nom-du-Père, ici réduit à la propriété borroméenne, apparaîtra dans ce troisième ouvrage comme conditionné, en sus des trois arguments déjà mentionnés (jeu de mourre, acéphalie, acosmicité), par trois nominations lacaniennes du désir: la privation, la frustration et la castration (P.F.C.).
Tripartition qui présidera au plan de ce Dévoré

J'y

ai consacré

quelques

écrits pour développer

l'ordre

de com-

... dans

sa prétention

d'en

apporter une illustration à la fois clinique et théorique. Il s'agit en la circonstance de la clinique des identifications induites respectivement par ces trois modalités du désir, et donc de leurs persistances, de leurs alternances, de leur dépassement chez un même sujet. Enfin, il est clair que mettre le ternaire lacanien R.S.I. (Réel, Symbolique, Imaginaire) en rapport avec la tripartition du désir (P.F.C.) suppose, non seulement une vue d'ensemble de leurs articulations, mais aussi une écoute attentive et précise des discours concrètement tenus et des modalités d'effacement de la différence qu'ils mettent en jeu.

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Ce qui suit a été élaboré lors de mes trois dernières années de séminaire, et en particulier lors du dernier, clôturant leur série, qui est resté Innominé, et où j'ai fait allusion à ma propre castration. Est-ce dire que ce travail soit nécessairement empreint de quelque pessimisme? Ou au contraire cèle-t-il quelque secret espoir? Chacun pourra en juger de sa place. Ce qui m'importe, c'est précisément la place qui revient à chacun dans l'échange social, et les moyens à mettre en oeuvre aux fins d'en réactiver la dynamique. Curieusement on assiste aujourd'hui, à côté de prévisions plus ou moins alarmistes quant à l'avenir, relevant de quelque numérologie millénariste, à une floraison d'ouvrages sur le bonheur. Et si le bonheur n'était qu'une question d'identification? Et si l'identification n'était autre que chose que les moyens mis en oeuvre pour réparer les dommages que produit la survenue d'une bévue, d'une épissure, par exemple? Quelle est le rapport du noeud de l'identification avec le mode préférentiel d'effacement de la différence, propre à un sujet donné? Reste que ces questions mettent à l'épreuve la faculté qu'a chacun de changer l'angle de sa perspective et donc de changer de discours, avec la flexibilité exigible pour faire face aux divers contextes, aux divers bouts de réel qu'il lui est donné d'aborder. Inhibition, Symptôme et Angoisse sont ici les noms de l'entre-deux dans quoi il est loisible de basculer lorsque, faute d'une latitude de changer de discours, on désespère de trouver sa place. Le recours à une certaine invention, à quelque métis, voire à quelque métissage, là où s'éprouve de manière aiguë le sentiment d'insuffisance, est une stratégie de détour qui n'est hélas pas toujours disponible et la psychanalyse est là pour en ouvrir la voie. Détour qui livre la clé de cette stratégie particulière qu'offre la borroméïté, et, partant, ouvre le champ d'exploration des ressources de la nodalité, tâche psychanalytique désormais incontournable.

Notes:
1. LE GAUFEY,1994, L'éviction de J'origine,EPEL.

CHAPITRE

I: PRIVATION

LA PSYCHANALYSE: UNE THÉORLOGERIE
De mes antécédents

. . Sous Ie tltre "La psyc hana Iyse: une t heor Iogene. ,,(1).,. pu blle Ja d lS un texte ' '" J al
qui confinait au pamphlet que certains didactic(h)iens et j'ai eu la surprise, quelque temps après, de voir avaient repris cette thématique sans l'ombre d'un

clin d'oeil, cette fois, comme s'il s'agissait d'une thèse recevable. Si je veux préciser la position de ceux qui ainsi ont carrément adopté un point de vue mécaniciste sur l'inconscient freudien, je ne puis faire moins que de reprendre

certaines formulations qui ont été les miennes à l'époque. Ainsi donc:

«

Un

raPide recensement des modes de présentation de la psychanalyse freudienne par les médias (et ce à !occasion de la mort de Jacques LACAN) nous oblige à prendre la mesure de la façon dont cette psychanalyse se comporte à !épreuve du temps. Il nous a semblé que !essentiel ne pouvait être dit qu'indirectement, et donc entre les lignes, et c'est ce que nous allons tenter de faire, non sans pointer un exemple qui nous paraît promotionnel: celui de Uontiev dans son Développement du psychisme humain qui ne pipe pas mot de la psychanalyse, mais nous y conduit tout aussi sûrement à travers le débat qu'ouvre Politzer, qu'il cite. De la psychanalyse freudienne on n'a donc retenu que le biologisme de Freud et nous serons bien aises den poursuivre la métaphore en disant, qu'en effet, sa théorie est une théorlogerie. C'est un mécanisme dhorlogerie qui détermine les actions des sujets au gré de /impulsion née dans le ressort de /inconscient dont! expansion est modulée par! entremise de ! ancre dun moi, pris entre! imPératif de se mouvoir que lui intime le ressort et la résistance à ! avancement que lui oppose le reste de ! appareil, dont il est chargé de réguler le mouvement. Voici, donc, pour ce qu'il en est de la théorie. Sur le plan de la pratique freudienne les dispositifs de la cure lesplus courants visent à laisser se dérouler le jeu de la demande et du désir, dont on observera le mécanisme de la superficie à la profondeur, en tâchant de rester neutre et de respecter le rituel temporel des séances,' séances rythmées au fil du temps de ! Autre, réduit le plus souvent à /insigne réalité dun parcmètre, qu'il convient dalimenter en espècessonnantes et trébuchantes au risque de voir s'enrayer le système. La régularité et ! autonomie de ! ancre seront dautant plus appréciées qu'elle sera plus prompte à couper le flux du temps (ici identifié à /énergie sexuelle) selon les normes édictées par le grand ordinateur, par le surmoi en somme, qui viendra tour à tour emprunter les traits et le halo de la Société, de la Nature, ou de Dieu en personne, qui sont les maîtres que !horloge en question devra servir, en les couvrant de ses louanges sonores.

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La place de tanalyste s'identifie ici à celle du parcmaître muni dun programme d interprétations dont la vanité, voire la dit-vanité, apparaît avec t adage qui veut que les mots sont du vent et que le mouvement se prouve en marchant. On n'hésitera pas, par conséquent, de compléter la cure avec quelques ondes d'électrochoc en guise de psychokinèse, car rien de tel pour remettre une pendule en marche qu'une solide bour-

rade et un bon contact. » Notre présentation est à peine moins simpliste que les critiques dont la psychanalyse freudienne a été, et continue dêtre tobjet, de la part dauteurs sans ambages et auxquels Freud ne saurait répondre étant momentanément emPêché. Que Freud ait été séduit à une certaine époque par le programme mécaniciste dun Helmholtz, qui a insPiré bien d autres que lui, est certes un fait incontestable. Qu'on veuille que Freud en soit resté là témoigne de ce qu'il aurait appelé un mouvement de régression de la pensée, vers des modes de raisonnement logiques caducs, issus de cadres conceptuels dont la péremption est historiquement attestée... »

Aucune ambiguïté n'est ici possible sur le ton manifestement parodique que j'emploie dans ce texte et la suite n'est qu'une série de critiques que j'adresse à qui de droit. Pas moins d'ailleurs que dans ma conclusion qui mérite d'être reproduite à son tour:
«

A son retour (sait-onjamais?) Freud, lepetit artisan de /inconscient, s'inquiéte-

ra de ce que ses élèves auront fait de son bricolage et de sa théorlogerie. Certains seront évidemment là, fidèles au poste, près de leurs parcmètres. D'autres se seront égayés dans la nature munis du filet de tontologie, propre à chasser têtre ailetant du souci à la pensée. D'autres enfin, qui se seront considérés comme ses effondrés-de-pouvoir, auront sombré dans la diaspora, sans passe ni cartel, ni même de nom d analyste, emportant au loin thorreur de leur acte. Navré par un destin si funeste Freud consentira-t-il enfin à sa seconde mort, non sans avoir confessé ses erreurs auparavant? Et sur sa tombe de sa semence, de cette graine de Moravie, germera enfin le grain de vrai riz, de vrai riz dZen, doù se lèvera la race des thérapeutes de tavenir; qui oseront enfin se prendre pour des Maîtres aux yeux des corniauds et des simplets, des insuffisants de la glande et des atrophiés des deux hémices. Rendue à son critère thérapeutique, la science médico-psychologique pourra désormais légiférer souverainement sur les goûts et les couleurs, sur le bonheur et le reste. Tout ceci se règlant au temps de t Autre, au temps du commandement chromosomique, chacun prenant le soin de veiller au passage du
chariot du vent et du concept, véhiculant torviétan de son imposture.
»

A lire ces dernières lignes je suis surpris par leur actualité, vu l'allure que prennent les événements en France, à la suite d'ailleurs de ce qui depuis quelque temps sévit dans le reste de l'Europe, à savoir le démantèlement de l'édifice freudien. Aucune pessimisme n'est d'ailleurs à épingler à ce constat puisque la psychanalyse (si elle veut bien s'amender) ne peut qu'y gagner. En effet, le public aura tôt fait de s'apercevoir que ce que l'actualité lui propose en matière de santé mentale est loin de répondre à ce qu'il souhaite.

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La mal-adresse

cognitive

Il reste que pour l'instant, et avec la généralisation du label cognitiviste,

l'objet « a » reste méconnu en tant qu'objet de science faute que l'on sache
par quel bout l'attraper. L'analyse conversationnelle s'enlise dans ses présupposés communicationnels et intersubjectifs et persiste à ignorer la dimension hédonique et aliénante de l'imposition de la parole à autrui.

Ce qu'un sujet « Z » énonce comme demande ne suppose en effet aucune harmonie préétablie avec que ce « t » énonce de son côté. Non seulement la
dite analyse conversationnelle ne se soucie pas de déterminer qui parle à qui mais se paie le luxe de supposer l'universalité d'une bisexualité avérée chez les interlocuteurs. C'est ainsi que l'on trouve dans le numéro inaugural de la revue Interaction et Cognitions une étude qui distingue deux modes d'interaction~ multi-agents, l'une monologique dite faible, et l'autre dialogique dite forte. S'agissant d'accomplir en commun une tâche donnée les agents peuvent travailler sur un mode monologique, où il se contenteraient de s'influencer sans que l'idée de réciprocité ne soit prise en compte. Au contraire dans le modèle dialogique, qui focalise la préférence des auteurs, il y aurait dépassement du premier modèle par le fait que la co-action serait mutuelle. Dans ce système chaque "agent" serait alternativement "agent" et "patient" pour autant qu'il influence et se laisse influencer. Ce qui n'est pas évoqué, et qui est donc omis dans ce dispositif, c'est la valeur que prend dans l'optique freudienne cette supposition d'une activité/passivité qui incomberait alternativement à chacun des interlocuteurs; elle implique en effet une division subjective dont il n'est pas tenu compte ici. L'exemple conversationnel qu'ils évoquent, où l'échange fonctionne entre les interlocuteurs LI et L2, s'inscrit
comme . (2) SUit:

LI,I:

Tu ne m'a pas dit avec qui tu as mangé à midi

L2, I: A vec Michel

Ll,2: Et il va bien? L2,2: Oui, ça va Les auteurs considèrent à juste titre qu'en 2,1 nous avons déjà une interprétation puisque L2 ne répond pas vraiment à la question posée mais plutôt à la demande implicite et indéterminée qui la sous-tendrait. Cette demande a la structure manifeste d'une frustration puisque LI fait le reproche à L2 de lui faire des cachotteries, et ce à partir du postulat que L2 devrait tout lui dire. Ici la frustration correspond à la Versagung freudienne, puisque, ce qui était promis lui étant dû, il peut se plaindre de ne pas l'avoir obtenu.

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Pour lui il y a eu manquement à la parole de la part de L2. Par conséquent, L2 pense s'en tirer en avouant d'emblée la moitié de la vérité sOllSla forme d'un nom propre. Il ne s'en tire d'ailleurs pas à si bon compte puisque, sur un mode identificatoire LI note son propre malaise en L1,2: "Et il va bien" ? En L2,2, L2 n'a d'autre ressource que de chercher à clore la conversation par un "ça va bien" signant son impuissance face au manque... à être satisfait, de l'autre. Les auteurs ont beau affirmer que "dans les faits l'interaction se limite à communiquer une information à l'autre, il est clair que dans l'exemple présent c'est bien autre chose qui "passe" entre les interlocuteurs; à savoir la demande de reconnaissance symbolique (en paroles) d'une dette imaginaire. Il s'agit bien de part (11) et d'autre (L2) d'une intention d'agir sur autrui, mais en aucun cas on ne saurait y voir l'ombre d'une collaboration. Il en va pas différemment dans des situations où les "agents" échangent des arguments logiquement élaborés, puisque, ainsi que cela saute aux yeux dans d'autres exemples, c'est le travail du signifiant qui finit par provoquer ce jaillissement de la lumière chez un des acteurs qui à son tour semble illuminer les autres. Ce dont on peut faire état n'est rien d'autre que la propagation au groupe de l'aura émanée de l'heureux illuminé. Ce qui choit de cette opération est un reste, à savoir la trouvaille que chacun se hâtera de reconnaître comme "la solution"m. Si je m'autorise à parler de maladresse c'est parce qu'il y a effectivement des messages qui semblent être émis par les "agents" sans que l'on sache chez qui,

chez quelle moitié de sujet, il va faire « tilt» au sens de la jouissance. L'indétermination de l'adresse du message est ici constitutive. A moins vail, du style de ce qui s'élabore dans la "Lettre volée" de POE, subvertir l'adage selon lequel le mode de communication habituel entendu. L'amorce de résolution de ce genre d'énigme passe par la entre le sujet de la frustration, de la privation ou de la castration. quoi je vais m'employer dans ce qui suit. LE CONTE DE L'OISEAU D'OR Temporalité & identification qu'un trane vienne est le maldistinction C'est ce à

Une fois n'étant pas coutume, je vais m'intéresser à un conte, que j'ai utilisé à mes débuts(4), afin d'introduire quelques notions de psychanalyse. Il s'agit d'un conte des Frères GRIMM, intitulé «L'oiseau d'or ». Voici, à quelques nuances près, la façon dont j'avais présenté les choses à l'époque.

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Premier temps: l'instant d'un regard et la perte initiale. Dans le jardin des délices (Lustgarckn) du roi il est un arbre aux fruits d'or. Chaque nuit un voleur vient et emporte une pomme. Le roi charge successivement chacun de ses fIls de surveiller l'arbre. Deux s'endorment. Le plus jeune s'endort à son tour mais il s'éveille au moment où l'oiseau s'envole. Il lui décoche une flèche et parvient à détacher une plume de l'oiseau. Cette plume vaut un royaume. Le roi désire que l'on capture l'oiseau. Deuxième temps: la chasse à l'oiseau et le temps pour comprendre. Partis à la recherche de l'oiseau les deux frères aînés échouent dès le premier obstacle. En cours de route ils auront, en effet, à faire un choix entre une auberge riante et une modeste chaumière, et sont avertis par un renard que cette dernière option est la seule valable. Ils passent outre ce conseil, optent pour le confort de l'auberge riante, sombrent dans l'ivresse des bons vins et en oublient leur mandat. Le plus jeune parmi les frères fait le bon choix. Il renonce à son plaisir et retrouve l'oiseau. Mais ici il doit faire un nouveau choix: deux cages s'offrent à lui pour transporter l'oiseau: l'une est en or, l'autre est en bois. Victime de son préjugé envers l'objet anharmonique, il choisit la cage d'or. Aussitôt l'oiseau d'or pousse un cri et le jeune prince se retrouve prisonnier d'un roi étranger. Ce dernier lui propose un marché: le jeune prince aura la vie sauve à condition qu'il retrouve un certain cheval d'or. C'est alors que le prince grimpe sur le dos du renard, surgi à point nommé. Fendant l'air de sa queue dressée (aussi fournie que celle qu'observe l'homme aux loups(5) [H&L] dans le récit de FREUD(6», le renard dépose le prince au pied d'un château en formulant la recommandation suivante: «tout le monde dort ici; vas dans l'écurie et mets la vieille selle sur le dos du cheval d'or; ne touche surtout pas à la selle d'or sinon malheur à toi ». Ce sera la seconde occasion pour le jeune prince de succomber à son penchant pour la perfection. Selle d'or choisira, cheval d'or hennira, les palefreniers réveillera. D'où: capture (du Prince), procès et nouveau pacte, qui s'énonce: « tu auras la vie sauve si tu retrouves la fille du roi ». Re-renard, re-queue redressée, re-châteu, re-recommandation; cette fois il conviendra de séduire la fille du roi d'un baiser, mais à aucun prix il ne faudra la laisser prendre congé de ses parents. Il s'agit donc d'un rapt. Ultime occasion, en réalité, pour notre jeune héros de succomber au sentiment de pitié, ce qui lui vaudra une nouvelle captivité dans ce troisième royaume. La condition de sa libération sera de déplacer une montagne qui bouche la vue au roi. Ce que le renard réussira en une nuit, remédiant ainsi au désespoir de son protégé.

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Dernières consignes, par conséquent, et ultime requête du renard. Il s'agira de libérer successivement la fille du roi, son cheval d'or et l'oiseau d'or, dont la série métonymique sert de support aux identifications du prince à son trait unaire: l'oP>: Partout où le sujet trouve sa vérité /.../ ce qu'il trouve, il le changeen objet 'a'; commele roi Midas [ou encore Ponce Pilate], tout ce qu'il touchait devenait de l'or /.../ c'estbien le traumatisme sans antériorité. Pour que ce charme soit levé, le renard exige de son ami qu'il le mette à mort. Que sa tête et ses quatre membres soient tranchés, par la blanche main du prince. Le prince se trouve ainsi contraint à la transgression la plus grave, et ce à l'égard de celui envers qui il a contracté, chemin faisant sur son parcours signifiant, une dette énorme. Il lui doit la vie sauve, et ce à plusieurs reprises. Sur ce, le renard formule deux autres tabous: «Tu ne t'assoiras pas au bord des puits, tu n'achèteras point de gibier de potence ». Étrange personnage, songera le plus jeune prince, tant il lui est impossible de concevoir ce en quoi peut consister le fait de sortir d'une répétition. Il ne se doute pas non plus qu'« acheter du gibier de potence» consistera pour lui à racheter ses deux frères condamnés à mort dès leur première tentative malheureuse. Il ne se doute pas que ces derniers s'empresseront de le jeter dans le puits, au bord duquel il se sera assis, afin de s'emparer de la princesse, du cheval et de l'oiseau. Troisième temps: le moment de vérité et le temps pour conclure. Tiré du puits par la queue du renard, le jeune prince parvient au château de son père, affublé de vêtements crottés afin de déjouer la vigilance et la frérocités> de ses frères. Aussitôt l'oiseau d'or se met à chanter, le cheval d'or retrouve l'appétit, et la fille du roi sèche ses larmes. « Que signifie tout ceci? », s'étonne le roi. Et tous reconnurent le plus jeune fils du roi. Quelque temps après, il retrouve le renard dans la forêt et ce dernier lui renouvelle sa demande d'être mis à mort. Cette fois le prince obtempère et aussitôt la dépouille du renard se mue en un jeune homme sémillant. Il s'agissait du frère de la princesse, qui venait ainsi d'être exorcisé du sort qui lui avait été jeté. Décompte des traits

Cette seconde partie de mon exposé est ici entièrement modifiée, encore qu'elle reprenne certains éléments de mon propos d'antan. Plus que d'un commentaire il s'agira d'un décompte. Le premier temps de ce décompte est celui du dol initial et de la priva-

tion d'un quelque chose, « a », ici l'oiseau d'or, noté manquant. Mais rien ne
manque dans le réel, et seul le discours peut l'abriter.

17

Le l'objet dans le réel (9)>>. plus jeune des trois frères se fait donc

C'est ainsi que

«

La notion même de privation /.../ implique la symbolisation de
«

plume d'or ».

Il se compte dans la classe de ceux pour qui il n'est « pas possible» d'être
campé autrement que dans l'or. C'est bien parce qu'initialement le monde est supposé parfaitement ordonné, qu'on est susceptible de se rendre compte subitement que quelque chose cloche. . L(10) . , Ut! , 1Jeta L . pourraItetreeXlgeeJ. I 0b . '1 la Ut!manUt! », et 1 fi a rustratlOn permanente
A

Le deuxième

temps met en évidence

«

la carencede l'harmonie idéale qui

qw .

s'empare de qui tente cie se conformer à la demande de l'Autre. Demande qu'il confond avec son désir. Le sujet est répétitivement confronté à l'échec de son entreprise. Dans la quête de son désir, il est fasciné par sa propre image: une sorte de paire ordonnée, construite sur le paradigme métonymique [(plume d'or), (oiseau d'or)]. Le troisième temps fait intervenir la castration de l'Autre, le dépeçage du renard, seule opération susceptible de faire sortir le sujet de sa fascination répétitive pour le Moi idéal et l'aliénation (l'emprisonnement) qui en résulte. L'amour du père n'est accessible qu'au prix du sacrifice du narcissisme qui s'en nourrit, ici amputé du phallus, morcelé, zesplittert, zersto'rt,dira FREUD. Ayant accompli en acte le message du renard, et parodiant LACAN(11), le jeune prince peut se dire: « Aussi, bien, retournant contrela nostalgiequ'elle sert, l'arme de la métonymie,je me refuseà chercheraucun sensau-delà de la tautologie,et si /.../ je me décideà n'être que ce que je suis, comment ici me détacher de cette évidenceque je suis dans cet acte même. » Ici « tautologie» est un terme qui renvoie chez LACAN à une conception cosmique de l'espace, à une signifiance, celle de l'esthétique de
KANT12):
«

où tout repose sur la possibilité de la réduction de quoi que ce soit qui

soit tracé à la surface,/.../ defafon à pouvoir se réduire à un point ». Or c'est bien cette conception cosmique qu'il s'agit de dépasser, ce qui nécessite la conversion à une topologie autre. Le renard de cette fable représente l'image(13) .. . , (14) noeu d 10nctlon d e me d lum entre 1a d e I'autre, !CI p h aIl!Clse, d ans sa e. ' ' . . . (15) , en tant que «' lIeu u sUjet ou, fa . d eman d e d u pnnce et son d esIr lficonsClent l' ci "
parle JJ. Bref, pouvons « le sujet demande
«

et le phallus

désire (16)>>.Mais

ce que

la fin du les

conte illustre c'est que:
dire que quelque

nous en venons maintenant à approchercepoint où nous
du sujet, est profondément
»

chose, à l'insu

remanié par

effets de rétroaction du signifiant impliqués dans la parole.

Quelque

chose dans

l'inconscient est modifié, mais à la suite de quoi, grands dieux? A la suite d'un retour du refoulé, par exemple. Retour du tendre sentiment qui lie frère et soeur, et qui parfois conduit à l'inceste.

18
(17)

deSlgne comme 1 noyau C ' est ICIque se trouve attemt ce que FREUD e LACAN(18) de l'inconscient (Kern des Unbewussten: das Verdrangte) et que nomme le « point a-cosmique du désit »:
" '
'

,

« Ce point a-cosmique du désir, en tant qu'il est désigné par la castration, c'est ce que nous devons préserver comme le point pivot /.,./ concernant la constitution du

mondecommeobjectai,Mais cet objet « a », que nous voyonssurgir /.../ c'estla perte de cet objet même, du membrejamais retrouvé d'Horus démembré/.../. » Il reste que (19) , , J. d ans sa nature, 1e d esIr se, montre ce qu "Il est, a sav01r w:Slderzum (20) , c est-a" " , . I: e d lfe, regrets. C ' est donc a une venta ble« converSlOn lfeu dlenne ,»que 1 , " , (21) . SUjet est appe le, dont LACAN nous dIt qu ' e 11 e n ' est pas « une pretentIOn Sl '
,
'

,

,

unique

dans l'histoire

qu'elle ait pu être tenue pour exorbitante

trouve reconnue 1 1:' a lOnctlOn a-cosmIque du d eSlf h umam ' "

.

(22)

», dès lors

que

se

.

De la pomme des Hespérides

au pomodoro

des Ottomans

L'histoire de la pomme d'or remonte à des temps préhelléniques, et montre sa fertilité jusqu'à l'époque où les Ottomans font leur ultime tentative de' reprendre la ville de Vienne en Autriche, Elle ne nous concerne ici que dans la mesure où j'ai fait allusion au cas de l'Homme aux ,(23) Loups. Dans un article pu bl le en 1979 J avalS d eJa ecnt d ans une note ceCl :« N ous nous sommes " " ' "'"
étonnés, au cours d'un exposéfait auprès du groupe travaillant sur la dénégation et la psychose et animé par Bernard This, de l'absence de la moindre référence, dans

l'observationde l'Homme aux Loups par Freud, au thème du

«

Tzarévitch au loup

gris », très commun à l'éPoque, ainsi qu'en témoigne Afanassiev, thème que nous avons comparé au mythe de l'oiseau d'or (ou de l'Oiseau d'Isaac) des frères Grimm, en vue d'étudier les relations du sujet au mythe. »

AFANASSIEF(24) est un auteur russe qui a laissé un recueil impressionnant de contes, recueil qui a fait l'objet d'une étude par deux autres auteurs qui ont recensé l'ensemble des variantes de ces contes, auteurs que j'avais consultés à l'époque et dont, malheureusement, un acte 'manqué m'a valu la perte du compte-rendu de ce complément essentiel. Il y était question de certaines variantes iraniennes où c'est l'oiseau El H' aq qui se trouvait mis en scène, El H'aq connotant ici la vérité renaissant de ses cendres, J'avais, entre autres, entrepris de comparer la version des Frères GRIMM à celle, russe, du « Conte d'Ivan Tzarévitch, l'oiseau de feu et le loup gris ». C'est ainsi que toute une iconographie, popularisée sous forme de tableaux ou de motifs décoratifs peints sur des boites laquées, abonde en Russie sur ce thème.

19

Sous le titre

«

Un fantasme pervers de l'H&L: 'Le Tzarévitch est battu'

»

(inédit), j'avais donc repris un passage de l'observation de FREUD, où il est dit qu'à un certain moment l'H&L abandonna l'onanisme, devint irritable, voire tourmenteur au dépens de sa chère Nania, sa gouvernante. TI commença à attraper des mouches afin de leur arracher les ailes et à écraser du pied des coléoptères. TI aimait aussi battre en imagination de grands animaux. FREUD poursuié25): «Fait important: dans le souvenir du patient, d'autres fantasmes d'une sorte bien différente émergèrent aussi en même temps. Fantasmes dont le contenu était que des garçons étaient châtiés et battus, particulièrement battus sur le pénis. Et grâce à d'autres fantasmes qui dépeignaient l'hériter du trône [Tzarévitch] enfermé dans un espace étroit et battu, on peut deviner aisément qui remplaçaient les figures anonymes quand elles servaient de souffre-douleur (Prügelknaben). L'héritier du trône (Tronfolger) était évidemment lui-même?

Son sadisme s'était ainsi retournéen imagination contresa proprepersonneet s'était converti en masochisme.Ce détail que le membreviril lui-même recevait le châtiment justifie la conclusionqu'un sentiment de culpabilité, relatif à l'onanisme, avait déjà

contribuéà cettetransformation. L'évolution habituelle de ce fantasme passe »
par une phase, nous dit FREUD, qui ne diffère du point de départ que par l'insistance avec laquelle l'H&L se situe dans la position de voyeur. C'est ainsi que toute la reconstruction de la scène primitive tourne autour du fait qu'il y a là quelqu'un qui tend les fesses, et c'est dans l'attente du Grand Fauteur que l'H&L se trouve assujetti au trou de la serrure, dans la posture qu'il prête à la bonne Grouscha, en train de laver du linge. Posture qui est celle du renard dans le conte des GRIMM, ou celle du loup dans la version d'AFANASSIEV, qui a rapport au désir et tend à le rendre caduc, dira LACAN(26). Cette posture, où l'H&L opère l'achèvement de son involu,(27) (28) , non, se f: ' 0 b Jet pour 1e p h a11us qw'" JOUlt , vaut comme representant aIt ' non-représentatif de la représentation refoulée (Vorstellungs-Representanz), , (29) comme numero per du du comportement n o tant, par 1 eque Il e sUjet VIent à se représenter auprès de X, un autre signifiant, celui du Grand Fauteur, s'il existe, Ce que protège le voile du refoulement, qui plonge la plupart du temps l'H&L dans des Ténèbres mystiques dont il n'émerge qu'à de rares moments d'angoisse (ou de jouissance), c'est la présence réelle de l'agent de l'hybris; l'hybris de l'icône ainsi cachée. L'icône en tant que «trait de , (30) l "1dennque representant le non-l dentlque » (amtmeton-mtmema, ) au encore , (31) (anomtous omototetas se1 la termmo) comme «Slm ilItUde d1ssembla ble» on ' logie du PSEUDO-DENYS. Toutes choses qui font partie de la signifiance slave, dont relève l'H&L et que l'on retrouve dans l'observation de FREUD à propos du rêve des icônes brisées.
, ' ' , , ' '
"

,

,

"

'

20

Que cet aspect de la subjectivité de l'H&L, pointée ainsi par FREUD, n'ait pas été correctement abordée dans la tranche d'analyse qu'ils ont fait ensemble, nous en trouvons la preuve dans les secondes mémoires de l'H&L(32), où ce sont ses démêlés avec sa seconde épouse qui tiennent le haut du pavé. Ce qui a manqué c'est une coupure du sujet de l'inconscient au bon endroit, ,. ,. ,.. . . (33) . entre CUlret ch an , d na LACAN . Ce tranc h ant d e l mterpretatlon mentaIt de passer entre l'âme (l'oiseau, en tant qu'objet « a ») et son enveloppe charnelle (la cage), de manière à rompre la koin/34) de la signifiance commune, du lien métonymique qui les retient dans une harmonie supposée. C'est au nom de cette harmonie qu'ils exigent dans les livres (qui ne sont pas faits pour être « lus » mais pour être mis en pratique) que deux auteurs en ont récemment commis un à leur tour, pour dire leur incompréhension. BÉNIS/ HONNIS SOIENT SOKAL & CIE Dans l'après-coup de la parution du livre de Alan SOKAL et de Jean BRICKMONT 1997, Impostures intellectuelles, et au titre des réponses qu'il requiert, il m'importe de saluer la place éminente accordée dans cet ouvrage à un psychanalyste français, à savoir Jacques LACAN (décédé en 1981). Toutefois, à lire (en « Annexe ») l'article parodique par quoi SOKAL et BRICKMONT se sont illustrés aux USA, il est palpable que leur humour noir vise tout d'abord un état de fait intellectuel et culturel, installé dans ce pays. Ceci nous est l'occasion de connaître quelques uns parmi les auteurs du cru, qui se sont illustrés par leurs excès. Sous prétexte de mettre le Oh là! sur l'extension fautive que de bonnes âmes prêtent à un certain nombre de concepts empruntés aux sciences, et notamment à la physique, SOKAL et Cie ratissent assez large de sorte à trahir leur désagrément à l'égard d'un au moins parmi les « éditeurs» de la revue Socia! Text, à savoir Stanley ARONOWITZ, mais aussi bien à l'encontre d'un grand nombre de représentants du féminisme et de l'ethnocentrisme ambiant. Indirectement,

SOKAL et Cie critiquent la « société sans contrainte », appelée par les voeux
d'un Richard RORIT, ainsi que les partisans de l'avortement coupables d'avoir intitulé leur mouvement «pro-choice» en raison de la dérive axiomatique qu'il semble constituer [p.162]. La publication de ce livre se conçoit dans le contexte spécifiquement nord-américain, de lutte pour le pouvoir entre divers groupes de pression, où se dessine aujourd'hui une stratégie , (35) . . pragmatique, qUl passe d a b or d par 1 defi " a ' mmon d u sens commun. L'intérêt porté au sens commun y procède de difficultés concrètes liées au fonctionnement des institutions de ce pays. Résoudre ces difficultés semble impliquer que l'ensemble notionnel en usage et le vocabulaire susceptible de le véhiculer soient réduits au plus petit dénominateur commun accessible au

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