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Pour une socio-anthropologie du texte littéraire

De
224 pages
Approche sociologique du Texte-acteur chez Julio Cortazar. L'auteur s'interroge sur la façon de saisir le texte comme objet d'une recherche scientifique et surtout sur la façon dont on peut partir du texte lui-même pour alimenter la réflexion en sociologie de l'art. Florent Gaudez tente de répondre à ces questions en considérant qu'une sociologie de l'art tenant compte du procès de création est un aspect régional d'une sociologie de la connaissance. L'auteur construit une lecture spécifique du texte comme sujet structurant et signifiant de la réalité sociale : le Texte comme acteur.
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Florent

GAUDEZ

POUR UNE SOCIO-ANTHROPOLOGIE DU TEXTE LITTERAIRE
Approche sociologique du Texte-acteur chez Julio Cortâzar
,

Préface

de Bruno PÉQUIGNOT

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

Collection Logiques Sociales fondée par Dominique Desjeux et dirigée par Bruno Péquignot
En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si la dominante reste universitaire, la collection Logiques Sociales entend favoriser les liens entre la recherche non finalisée et l'action sociale. En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou d'une expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels classiques. Dernières parutions
Michel BURNIER, Sylvie CÉLÉRIER, Jan SPURK, Des sociologues face à Pierre Naville ou l'archipel des savoirs, 1997. Guy BAJOIT et Emmanuel BELIN (dir.), Contribution à une sociologie du sujet, 1997. Françoise RICHOU, La Jeunesse Ouvrière Chrétienne (J.O.c.), genèse d'une jeunesse militante, 1997. Claude TEISSIER, La poste: logique commerciale/logique de service public. La greffe culturelle, 1997. Guido de RIDDER (coordonné par), Les nouvelles frontières de l'intervention sociale, 1997. Jacques LE BOHEC, Les rapports presse-politique. Mise au point d'une typologie "idéale", 1997. Marie-Caroline V ANBREMEERSCH, Sociologie d'une représentation romanesque. Les paysans dans cinq romans balzaciens, 1997. François CARDI, Métamorphose de la formation. Alternance, partenariat, développement local, 1997. Marco GIUGNI, Florence PASSY, Histoires de mobilisation politique en Suisse. De la contestation à l'intégration, 1997. Philippe TROUVÉ, Les agents de maîtrise à l'épreuve de la modernisation industrielle. Essai de sociologie d'un groupe professionnel, 1997. Gilbert VINCENT (rassemblés par), La place des oeuvres et des acteurs religieux dans les dispositifs de protection sociale. De la charité à la solidarité, 1997. Paul BOUFFARTIGUE, Henri HECKERT (sous la direction de), Le travail à l'épreuve du salariat, 1997. Jean-Yves MÉNARD, Jocelyne BARREAU, Stratégies de modernisation et réactions du personnel, 1997.

@ L'Harmattan, 1997 ISBN: 2-7384-5921-8

à saluer la compétence de Marie-Claude Charles pour le travail de relecture et la qualité de la mise en page.

L'auteur tient

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SOMMAIRE
Préface de Bruno Péquignot

9 15

Du texte et du Texte

LITTÉRATURE ET CONNAISSANCE: De la problématique de la représentation... HAJU5CULE : "~k 1 f'M<:4" Du Texte comme sujet épistémologique Littérature et sociologie Sociologie et interprétation Interprétation et expérimentation Expérimentation et représentation

23

25 33 39 47 61 73

...A la problématique

SENS ET CONNAISSANCE: de la transformation...

HAJU5CULE "A~" 2: Du Texte comme sujet sémio-anthropologique Fantastique et littérature De la démarche cortazarienne Du Texte littéraire comme objet d'art Dialectique de la transformation

75 89 97 107 115 129

...Vers

SOCIOLOGIE ET CONNAISSANCE: une socio-anthropologie du Texte HAJU5CULE : "lA ~ 3 {.Aa M< ~" Du Texte comme sujet socio-anthropologique La fantastique et la quotidienneté La fantastique comme représentation d'un projet Engagement politique et démarche expérimentale Esthétique et sociologie: Du sémio-anthropologique au socio-anthropologique

131 141 147 157 167 179 185 209

Objet littéraire / Sujet de connaissance BIBLIOGRAPHIE GÉNÉRALE TABLE DES MATIÈRES

Pour une préface

Littératures, arts et sociologie

Il est certain que le grand essor de l'art européen au XV" siècle est aussi lié à un progrès général de l'esprit scientifique que, par exemple, la rapide évolution de l'art moderne après J870 l'est au mouvement général de la pensée scientifique du temps. L'un aide à comprendre l'autre. JI semble que l'on se trouve en présence d'une sorte de loi. Tout progrès marqué dans une branche capitale de l'activité humaine, comme l'art ou la science, a sa répercussion sur l'attitude générale des hommes à l'égard du monde extérieur (...) La civilisation est un tout et, peu ou prou, chaque modification substantielle de l'attitude humaine se répercute dans toutes les activités contemporaines, principalement dans celles qui, comme les arts, aboutissent, au même titre que les autres langages, à une expression symbolique de la pensée collective des générations l,

Cette citation de P. Francastel décrit bien à mon sens un des aspects essentiels de l'horizon théorique du livre que F. Gaudez nous propose ici. Dire son originalité et son ambition, tel voudrait être le propos de cette préface. Il ne s'agit rien de moins que de proposer un renouvellement de l'appréhension sociologique du texte littéraire. Certes, F. Gaudez n'a pas la prétention de faire table rase du travail considérable réalisé par ses prédécesseurs en sociologie de la littérature, bien au contraire puisque c'est en étayant sa problématique sur leurs résultats qu'il tente de nouer ensemble des démarches différentes par leurs lieux disciplinaires et par leurs objets d'application. Ainsi, il refuse la distinction classique de l'art et de la littérature. La littérature pour lui est de l'art, et mettre le mot "et" entre les deux, c'est introduire une distance, une différence que rien ne fonde théoriquement. Cette nondistinction est un des éléments qui lui sont nécessaires pour définir autrement l'objet "texte" dans ses rapports avec l'ensemble des objets scientifiquement construits sur lesquels travaillent les sociologues. Ce point établi, F. Gaudez va mobiliser l'épistémologie, la philosophie, les recherches littéraires ou la sémiotique pour constituer ce qu'il désigne comme une socio-anthropologie du texte littéraire, non seulement comme

I. FRANCASTEL Pierre, Peinture et société, Denoel,

1977, p. 48.

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UNE SOClO-ANTHROPOLOGIE

DU TEXTE LITTÉRAIRE

objet d'investigation, mais aussi comme instrument, outil de production d'une connaissance sociologique. _ C'est, en effet, dans une démarche générale en sociologie de l'art démarche qui se développe aujourd'hui sous de multiples formes - le livre de Pascale Ancel 2, récemment publié dans cette même collection, en témoigne entre autres - que se situe cette recherche. Pour la définir rapidement, il s'agit de réaliser le programme, en partie établi par Roger Bastide, d'une sociologie qui va de la connaissance de l'art à la connaissance du social3 ou, comme le précise Jean-Claude Passeron : La sociologie de l'art n'existe que si elle sait s'obliger à mettre en relations les structures de l'œuvre et les fonctions internes de ses éléments avec les structures du monde social où sa création, sa circulation et sa réception signifient quelque chose ou exercent quelque fonction 4. En d'autres termes, cette démarche refuse l'opposition entre l'interne et l'externe de l'œuvre, pour articuler dans l'analyse, l'appréhension de l'œuvre elle-même avec la société qui la produit et la reçoit, ou ne la reçoit pas. Seulement, à cette articulation fondamentale, F. Gaudez ajoute une dimension épistémologique, en reprenant les propositions de T. Kuhn sur ce qu'il désigne comme expérience de pensée. La littérature ainsi conçue participe non seulement à la connaissance de la vie sociale, mais également - et ici la sociologie de l'art touche à la sociologie de la connaissance - à la connaissance des instruments de la connaissance sociologique. La sociologie de l'art, ne l'oublions pas, c'est "d'abord" de la sociologie et, comme toute sociologie, elle se doit d'intégrer dans sa recherche une sociologie du travail sociologique. Mais la fonction du préfacier n'est certainement pas de réécrire ou pire de résumer en quelques pages un ouvrage qui en compte plus de 200 ; elle est plutôt de tenter de dire l'intérêt de ce qui y a été établi. Or, il me semble utile d'insister sur plusieurs points importants. Tout d'abord, le refus en acte d'un cloisonnement interne à la discipline sociologique. Rien, en effet, ne serai~plus néfaste à son développement que d'ériger à l'intérieur de la sociologie des barrières, des octrois entre les sociologues qui travaillent sur l'art, la santé, le travail ou le crime. Le danger d'une autonomisation de ces sociologies spécialisées est double: pour elles, tout d'abord, car à privilégier l'objet au détriment des objectifs spécifiques de la discipline générale, on risque de glisser vers des ensembles hétéroclites où les systèmes conceptuels les plus structurés seront facilement dominants. La sociologie reste une discipline relativement jeune, ses origines intellectuelles
2. ANCEL Pascale, Une représentation sociale du temps. Étude pour une sociologie de l'art, L'Harmattan, Collection Logiques Sociales, 1996. 3. BASTIDE Roger, Art et société, Payot, 1977.(réédité in Collection Logiques Sociales L'Harmattan 1997) p. 49. 4. PASSERON Jean-Claude, Le chassé-croisé des oeuvres et de la sociologie, in R. MOULIN, Sociologie de l'art, Documentation Française, 1986, pp.449-459. (en cours de réédition in Collection Logique Sociale L'Harmattan 1997) p. 455.

POUR

UNE PRÉFACE.

LITTÉRATURES,

ARTS ET SOCIOLOGIE

Il

sont diverses et parfois contradictoires, ses systèmes conceptuels, même si ils se sont renforcés depuis 1945, restent encore discutés et menacés par de plus anciennes disciplines; il y a donc peu de champs où elle peut imposer ses problématiques. Ainsi l'on voit certaines recherches sur la consommation se confondre petit à petit pour des raisons pratiques (clairement économiques) avec des études de marketing, ou encore certains travaux sur l'art glisser vers la critique d'art, l'esthétique ou l'étude de marché. Le poids d'institutions comme le C.N.R.S., dont la dernière réforme a aboli les distinctions disciplinaires au profit de vagues champs d'objets, renforce encore ce rIsque. Il me semble que c'est ce que F. Gaudez évite en maintenant fermement la sociologie de l'art dans la sociologie; ce qui lui permet en revanche de reprendre et d'intégrer les apports, les concepts ou les questionnements d'autres disciplines, philosophie, sémiotique, analyse littéraire, sans pour autant être absorbé par leurs problématiques spécifiques. Cette tendance à l'ouverture à des concepts, des démarches, des résultats issus d'autres disciplines montre, sans doute, la maturité d'une discipline qui se sent assez forte pour intégrer ses apports sans craindre de s'y fondre; la thèse d'Yvonne Neyrat Le miroir dans la peinture. Une approche diagonale du social (Besançon, juillet 1997) en offre un bel exemple, complémentaire de celui proposé par Florent Gaudez. Le risque inverse est bien entendu une sorte de balkanisation de la discipline, sans autre unité qu'un vague lien institutionnel entre une myriade de petites principautés, chaque nouveau "chef de guerre" se taillant son petit domaine d'autant plus facilement qu'aucune définition de la discipline ne pourrait le contraindre à justifier avec un peu de rigueur sa tentative séparatiste. Bien évidemment, ces deux risques sont fortement liés. De même, comme le titre de ce livre l'indique, son auteur se situe résolument au-delà de la distinction entre la sociologie et l'anthropologie: socio-anthropologie, écrit-il, retrouvant ou participant là à un mouvement de pensée qui cherche à réunir ce que l'histoire institutionnelle, plus que scientifique, avait séparé. Ce que Louis-Vincent Thomas 5 désignait dès 1973 comme un "faux problème", devient de plus en plus un obstacle au développement de ces "disciplines". Il écrivait, en effet: En bref, les distinctions traditionnelles entre la sociologie et l'ethnologie sur le double plan de l'objet et de la méthode nous paraissent caduques autant qu'équivoques. La "sociologie" du Tiers-Monde, "l'ethnologie" des communautés occidentales ont remis en cause le produit de ces divisions intellectuelles du travail qui n'étaient guère innocentes dans leurs principes (idéologies sousjacentes, reproduction des rapports de forces). Sans doute, la nécessité de liens complémentaires et réciproques de ces deux disciplines constitue-t-elle un progrès (fécondation mutuelle), mais a le tort d'entériner une coupure

5. C'est d'ailleurs

sous sa direction

que cette recherche

a été commencée.

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UNE SOC/a-ANTHROPOLOGIE

DU TEXTE LITTÉRAIRE

que rien ne légitime sur le plan épistémologique6. Or, comme il le soulignait dans ce même texte, il y a une solidarité de fait qui lie cette distinction entre la sociologie et l'ethnologie et la tendance centrifuge des sociologies spécialisées. La définition du texte littéraire comme objet et comme outil d'analyse sociologique que propose F. Gaudez ouvre à la prise en compte de différentes démarches qui ont été historiquement élaborées dans des traditions discursives distinctes. Il retrouve ce faisant une des qualités majeures de ce qui est, à mon sens, un des meilleurs ouvrages de Louis-Vincent Thomas: Civilisation et divagations 7. C'est cette position épistémologique qui permet, me semble-t-il, à F. Gaudez de montrer concrètement, à partir de l'analyse des textes littéraires (et c'est une idée judicieuse d'avoir ouvert les différentes parties du livre par

de tels exemples concrets) - et le choix d'une littérature "fantastique",celle
de Julio Cortâzar, renforce encore ce point de vue en refusant la "facilité" relative d'une analyse portant sur des œuvres plus "spontanément" sociologiques : Balzac, Zola, etc. - la dimension essentiellement discursive des phénomènes sociaux et donc de fonder le recours à la sémiotique dans l'analyse socio-anthropologique. Ce qui me semble ici un des points importants à souligner, c'est que la mise en rapport entre ces deux disciplines ne se fait pas dans la confusion. L'apport de la sémiotique y est clairement établi, sans la réduire à n'être qu'une méthode ou à l'intégrer de force dans la démarche sociologique, mais également sans confondre la sociologie avec une sémiotique, dont elle ne serait qu'un chapitre qui risquerait rapidement d'y être secondaire. Enfin, une dimension essentielle de la démarche de l'auteur est d'intégrer dans la recherche scientifique la prise en compte du "plaisir du texte", pour reprendre le titre d'un ouvrage de Roland Barthes, dans ce que F. Gaudez désigne de la belle expression de "gai savoir". On le sait, cette question est en débat en sociologie de l'art. Mais, ici, F. Gaudez me semble éviter clairement un double écueil: celui tout d'abord qui courait dans un article critique 8, où P. Lepape reproche (de façon un peu étrange, puisqu'il s'agit d'un de ses principes théoriques) à Nathalie Heinich de ne pas tenir compte dans ses recherches sociologiques sur l'identité féminine dans la fiction occidentale 9 de ce qu'il nomme la qualité littéraire des textes étudiés et qui permettrait de distinguer (mais cette distinction n'est rien moins que scientifique, elle est construite socialement dans un affrontement idéologique, c'està-dire, en dernière instance, de classes) entre Madame Bovary de Flaubert et
6. THOMAS Louis-Vincent, «Sociologie et ethnologie ou réflexion sur un faux problème », in Bulletin de l'Institut Fondamental de l'Afrique Noire, Tome XXXV, série B, n° 4, oct. 1973, pp. 854-880 (879). 7. THOMAS Louis-Vincent, Civilisation et divagations, Payot, 1979. 8. in Le Monde du 17 mai 1996, page II du supplément Le Monde des Livres. 9. HEINICH Nathalie, États de femme. L'identité féminine dans la fiction occidentale, Gallimard, 1996.

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UNE PRÉFACE.

L/7TÉRATURES.

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tel ou tel roman Harlequin (que l'on ne désigne jamais sous son titre ou par son auteur, contrairement aux romans "légitimes", pratique sociale où l'on retrouve une différence de traitement classique dans les rapports de classes quand dans l'interpellation d'un autre on le désigne par un terme générique "mon brave" ou ''jeune homme" ou au contraire par une expression marquant une déférence ou une reconnaissance: "Monsieur le Président"). L'autre écueil évité, c'est le refus, un peu frileux, me semble-t-il, de la prise en compte du rapport particulier qui se constitue entre un chercheur et son objet. L'objectivité scientifique ne me paraît pas mieux garantie quand on boude son plaisir (ou son déplaisir) en le refoulant - ce qui permet de ne pas l'analyser et risque de provoquer un retour intempestif du refoulé (Le livre de Alain Besançon L'image interdite JO, en donne un bel exemple, puisque c'est dans le dernier chapitre qu'éclate de façon quasi caricaturale, quelque chose comme une "vérité" de son propos sur l'image: la condamnation, d'une part, de l'art contemporain - qui n'est qu'un jugement de valeur relevant de la critique d'art et non de la science historique - et d'autre part le rejet sans appel du marxisme et du tTeudisme (en tout cas de ce que l'auteur désigne par ces termes et qui a peu à voir avec l'œuvre de Marx ou de Freud) ; ce qui relève de l'idéologie politique, plus que d'une épistémologie critique). Il est sans doute temps de prendre en compte dans le travail scientifique cette dimension du plaisir et du déplaisir que peut ressentir le chercheur en contact, par définition, prolongé avec son objet. Une telle perspective ouvre sans doute à de nouvelles recherches en sociologie de l'art, mais aussi en sociologie de la lecture par exemple. On peut, comme le fait F. Gaudez aujourd'hui, ainsi articuler dans une recherche sur l'accession ou la non accession à la lecture, la question du rapport entre la compétence de lecteur et le plaisir ou le déplaisir qu'il cherche, trouve, etc., dans cette activité, en articulant dans l'étude concrète les problématiques classiques d'analyse de la lecture et de ses conditions sociales avec une analyse socio-sémiotique portant sur le contenu des lectures et sur ce qu'il produit chez un lecteur. Mais il s'agit de recherches en cours mises en place à partir de cette première étape théorique contenue dans cet ouvrage, et il est nécessaire d'attendre les résultats de cette recherche pour en évaluer la fécondité heuristique. Pour conclure, je reprendrai volontiers à mon compte le paragraphe de conclusion de ce livre: Ouvrir l'angle du questionnement sociologique sur l'art à la dimension esthétique, pathique, sensible et le mettre en regard, dans le cadre d'une sociologie de la connaissance, avec la dimension scientifique, épistémique, rationnelle me semble aujourd'hui revêtir une importance non seulement d'actualité mais de nécessité. Il s'agit là d'une entreprise à la fois considérable et passionnante, dont la mesure commence
] O. BESANÇON Fayard, ]994. A]ain, L'image interdite. Une histoire intellectuelle de l'iconoclasme,

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DU TEXTE LITTÉRAIRE

clairement à être prise et dont l'action est, de même, entreprise transversalement par de nombreux chercheurs de tous horizons en sciences humaines. Florent Gaudez nous propose dans cet ouvrage de franchir une étape importante dans ce mouvement théorique; il reste à son préfacier à s'effacer et à inviter à la lecture de ce livre, dont on voit bien qu'il met en acte ce qu'il propose comme démarche, puisque je n'ai pas hésité à en "révéler" le dernier paragraphe, ce qui me semble être une indication supplémentaire de la convergence entre science et littérature (qu'il ne s'agit pas de confondre bien évidemment) : la connaissance de la fin augmente le plaisir qu'on trouve à découvrir et à suivre le processus qui y mène. Et puisqu'il s'agit de "Gai Savoir", peut-être faut-il laisser le dernier mot à l'expression de l'attente, voire de l'espérance de Friedrich Nietzsche: Et qu'il y a loin encore jusqu'à ce que se joignent à leur tour à la pensée scientifique les forces artistiques et la sagesse pratique de la vie, et que se forme un système organique supérieur, par rapport auquel le savant, le médecin, l'artiste et le législateur tels que nous les connaissons maintenant devraient paraître de misérables vieilleries Il. Bruno PÉQUlGNOT (juillet 1997)

II. NIETZSCHE Friedrich,

Le Gai Savoir, 1882-1982,

Gallimard,.p.

143, Aph. 113.

Introduction générale

Du texte au Texte-Acteur

"Ce serait ne pas traiter la valeur artistique comme la valeur qu'elle est socialement dans les faits de création et de réception que de la traiter comme n'importe quelle autre valeur sociale ou de traiter n'importe quelle autre valeur sociale comme elle. (...J C'est faute de se risquer asse= audacieusement dans cette direction qu'on voit, à chacun de ses reculs devant l'obstacle, la sociologie de l'art dénoncée comme 'réductrice' et les dévots dénonciateurs s'empresser de reverser au compte de 'l'ineffable' le point d'interrogation imprudemment laissé à la disposition cks cksservants du culte des œuvres ou du 'miracle de l'art"'. J.-C. PASSERON I

Il faut "connaître avec la littérature, plutôt que de connaître la littérature" plaide Pierre Macherey 2 dans un entretien où il développe l'idée que la littérature est une fonne du connaître où la pensée travaille sur des figures spécifiques dotées d'une valeur en tant qu'expérience de pensée c'est-à-dire que "la préoccupation essentielle n'est plus de connaître les textes littéraires, les conditions spécifiques de leur production, etc., mais de savoir ce qu'on peut connaître avec eux, dans quelle mesure on peut les prendre comme des fonnes de connaissance" 3. L'originalité de cette proposition se double à mon avis d'une pertinence à la fois heuristique et opératoire d'importance, en particulier si on l'inscrit dans le cadre d'une sociologie de l'art qui, comme c'est bien trop souvent le cas en sociologie, a la fâcheuse tendance, dans ses courants dominants, à envisager tout objet selon les mêmes modalités d'investigation. Ce qui a pour effet de réduire l'objet à son plus petit dénominateur commun avec l'ensemble des objets de la sociologie. Trop souvent ainsi, la démarche scientifique évacue d'emblée ce qu'il peut y avoir de spécifique dans son objet. En ce qui concerne le cœur de mes préoccupations dans le cadre de ce travail, il me semble important de réunir dans une même approche de l'objet d'art, la dimension esthétique et la dimension scientifique, c'est-à-dire
1. "Le chassé-croisé des œuvres et de la sociologie", in Sociologie (dir. R. MOULIN), Paris, La documentation française, 1986, pp. 449-459. de l'art

2. P. MACHEREY, "Connaître la littérature connaître avec la littérature", in Le texte et son dehors. Autour de la littérature et de son esthétique, supplément à la revue Futur antérieur, Paris, L'Harmattan, 1992, pp. 159-167. 3. Ibid., p. 161.

-

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DU TEXTE LITTÉRAIRE

d'essayer de montrer comment ici le texte littéraire, de par sa dimension esthétique qui fait sa spécificité en tant qu'objet d'art créé par l'artiste puis réapproprié, réinvesti par un lecteur, peut s'exprimer en tant que tel, et induire des possibilités de discours dans une démarche de connaissance, en considérant que la lecture en tant qu'acte fictionnel est un acte productif. Je considère donc comme points de départ que: 1) Le texte littéraire comme objet d'art possède le caractère chosal du fait social. En conséquence il revient au sociologue de le construire épistémologiquement comme objet de sa science. 2) Le texte littéraire comme objet d'art est doté d'une spécificité en sa qualité de production esthétique. Il convient donc pour le sociologue de ne pas négliger dans sa démarche la question de la création, du geste créateur, et donc de la sensibilité. 3) La littérature, comme toute forme d'art, est une pratique 4. Si la sociologie est habituée à l'étude de toutes sortes de pratiques en tant qu'elles sont la transformation d'une matière première (y compris symbolique) en un produit, il s'agit pour la sociologie de l'art d'appréhender aussi le travail de transformation lui-même, et ce, particulièrement au niveau de la place du sensible dans le procès de connaissance. La question de l'appréhension de l'objet d'art en sociologie de l'art, et plus précisément ici d~ texte littéraire en sociologie de la littérature, est cruciale 5. L'on se trouve face à une certaine vacuité théorique et méthodologique entre des approches délaissant toute théorie esthétique et d'autres négligeant de considérer le texte en soi comme étant intrinsèquement un fait social, privilégiant ainsi l'étude de facteurs plus extrinsèques tels la production, l'auteur, la réception, la lecture, le public, le marché, la diffusion, la consommation, etc... Autant de facteurs certes fondamentaux, sinon incontournables pour la sociologie, mais qu'il conviendrait de compléter avec la considération du texte lui-même en tant qu'il est un lieu où se joue et se réalise une certaine socialité, où s'élabore la réaction de l'homme à ses conditions réelles d'existence, en tant qu'il est finalement un discours anthropophanique, c'est-à-dire une représentation de l'homme sur lui-même parmi les êtres, les choses et les événements.
4. "Par pratique en général, nous entendons tout processus de transformation d'une matière première donnée, déterminée, en un produit déterminé, transformation effectuée par un travail humain déterminé, utilisant des moyens (de "production") déterminés. Dans toute pratique ainsi conçue, le moment (ou l'élément) déterminant du processus n'est ni la matière première, ni le produit, mais la pratique au sens étroit: le moment du travail de transformation lui-même, qui met en œuvre dans une structure spécifique, les hommes, les moyens et une méthode technique d'utilisation des moyens." L. ALTHUSSER, Pour Marx, Paris, Maspéro, 1965, p. 167. 5. On considérera la littérature comme étant une dimension de l'art in extenso, et de même le texte littéraire comme étant une forme d'objet d'art. Je refuse donc d'emblée la segmentation "Art et Littérature" comme étant un pléonasme. Il ne s'agit pas de prétendre que toute forme littéraire relève de la dimension artistique, mais non plus d'ailleurs toute forme plastique, musicale, cinématographique ou autre ne relève systématiquement de cette même dimension.

INTRODUC110N GÉNÉRALE: DU TEXTE AU TEXTE-ACTEUR

17

C'est à partir de ce postulat que j'ai travaillé à construire une réflexion abductive sur le questionnement socio-anthropologique du texte littéraire, en partant pour cela d'une expérimentation sur la démarche de Julio Cortazar à travers trois nouvelles particulières. L'abduction (j'y reviendrai en détail dans le chapitre 5-A), est une forme de raisonnement apparentée à la logique hypothético-déductive. De même que ses cousines induction et déduction, l'abduction est un processus inférentiel mais dont la spécificité sera de partir du résultat de l'expérience pour en inférer directement une règle générale possible. Ce n'est qu'ensuite qu'elle redescend aux cas particuliers. Il est donc important de souligner que la finalité de ce travail n'est pas de mettre en place des applications, mais d'amorcer, à partir d'une expérience en trois volets, la construction d'un outil théorique et méthodologique pratiquant ainsi une ouverture vers des applications possibles à mettre en place dans une phase ultérieure. Ce type d'approche permet de mettre en scène le texte (objet littéraire) en tant que sujet, c'est-à-dire acteur à part entière, du questionnement scientifique des sciences humaines dans le domaine de la Littérature. J'envisage ici le sujet à trois niveaux: Épistémologique, Sémio-anthropologique et Socioanthropologique, renvoyant à trois grandes questions autour desquelles s'organise la démarche et s'articulent les trois parties de la démonstration: 1/ Comment attribuer une place au texte littéraire en tant qu'objet d'Art dans l'espace théorique en sociologie de la Littérature? 21 Quelle place laisser au pathique et à la sensibilité, en particulier dans le rapport à la raison? 31 Quel lien peut-on penser entre Connaissance en sociologie et Littérature (art) ? Si l'on pose l'objet culturel6 comme étant un objet concret (qu'il soit économique, scientifique, artistique, idéologique, etc.), résultant d'une production formelle, ayant comme conséquence un "effet symbolique" sur celui qui l'appréhende, l'on peut s'arrêter plus spécifiquement sur cette sorte de médiation symbolique présente à travers l'objet d'art comme vecteur pathique et épistémique. L'objet concret, médiateur symbolique, peut alors revêtir différentes formes selon le domaine artistique envisagé: théâtre, musique, peinture, littérature, sculpture, cinéma, etc. Ma démarche vise ici à revendiquer le texte comme objet littéraire par excellence, c'est-à-dire à s'attacher au texte littéraire en tant qu'il est l'un de ces objets concrets possibles, et donc appréhendable spécifiquement par une sociologie de l'art. Le texte comme objet littéraire est alors l'un de ces objets concrets donnés par la société, c'est-à-dire issu de l'observation de la réalité. En tant que tel, il n'est pas directement appréhendable par une science, mais nécessite une élaboration conceptuelle, issue de l'expérimentation de sa réalité. En d'autres
6. Jean DA VALLON, "Réflexions sur l'efficacité Langage et Soiété (24), juin 1983, pp. 37-52. symbolique des productions culturelles", in

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UNE SOCIO-ANTHROPOWGIE

DU TEXTE UTTÉRAIRE

termes, il exige la construction conceptuelle d'un nouvel objet, ['objet scientifique, lui-même sujet de connaissance, que je nommerai cette fois-ci le Texte avec une majuscule, c'est-à-dire le Texte-Acteur. Le problème posé ici par le Texte en tant qu'objet scientifique est celui de son statut sociologique. Je cherche à mettre en avant, non pas la question posée au texte ou sur le texte (problème des représentations mises en œuvre dans le texte), non plus à ses conditions de production ou de réception (problème de la fonction sociale ou politique de la littérature), mais plutôt la question posée par le Texte (problème d'une dialectique de connaissance entre sensibilité et réflexivité), et en particulier l'interrogation qu'il lance à la science qui le prend pour objet. J'envisage donc le Texte comme sujet (partenaire) épistémologique de la sociologie. Dans ce cadre-là, il ne s'agit pas d'écrire un ouvrage sur l'œuvre de Julio Cortazar, mais bien sur la place du texte dans l'approche sociologique de la littérature, cette question étant abordée par le biais, c'est-à-dire à partir de nouvelles de Julio Cortazar. L'on postulera donc que le texte, objet littéraire par excellence, peut être appréhendé comme partenaire épistémologique, c'est-à-dire comme Sujet ou "Texte-Acteur", et que l'on peut y mettre en évidence discours et questionnement théorique sur la science qui le prend comme objet. Pour ce faire j'interroge plus particulièrement trois nouvelles de Julio Cortazar ("Continuité des parcs", "Axolotl" et "La nuit face au ciel") qui constituent la base de notre corpus et dont les présentations (cf. /1~ 1, /1~ 2 et /1~ 3) introduisent chacune des trois parties de cet ouvrage et induisent les questionnements qui m'intéressent ici. Il s'agira, au niveau 7 ; au de la lecture, d'envisager la narrativité comme "expérience de pensée" 8 ; au niveau de l'interpréniveau du raisonnement, de procéder par abduction 9 tation, de désimpliquer la théorie du texte pour la refigurer dans le cadre de cette recherche. Ce travail permet de mieuxcemer les questions que je cherche à poser et de montrer l'intérêt d'envisager l'élaboration d'un regard sémio-anthropologique 10dans la perspective transversale de constituer une socio-anthropologie du texte littéraire 11dont la démarche se fonde sur ces mêmes questions. L'ouvrage s'articule en trois parties organisées de la manière suivante: La première partie, inaugurée par /1~ 1, constitue une expérimentation abductive à partir de la nouvelle de Julio Cortazar "Continuité des parcs". Elle s'ouvre comme expérience de pensée sur une mise en scène de la
7. Au sens de T.-S. Kuhn (cf. Chapitre 4-8). 8. Au sens de U. Eco (cf. Chapitre 5-A). 9. Au sens de P. Ricoeur (cf. Chapitre 5-8). 10. Cf. Chapitre 10. 11. Cf. Chapitre 15.

INTRODUCTION

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question du statut de l'objet d'une sociologie de la littérature. On y voit ainsi comment, à partir d'un questionnement sur le problème de l'énonciation énoncée, apparaît le Texte comme sujet épistémologique et l'opportunité de l'utiliser comme expérience de pensée. Le questionnement abductif de l'expérience de pensée H~ 1 exige une situation théorique du problème. Je me livre donc dans le chapitre 2 à une présentation rapide des principaux problèmes épistémologiques en sociologie de la littérature (structure sociale/structure textuelle, théorie esthétique/tnéorie du reflet, etc.). Le panorama général du chapitre 2 se focalise dans le chapitre 3 sur la présentation plus détaillée de deux cas particuliers: la question de l'esthétique de la réception et la question de la critique sociologique; leur intérêt et leurs limites pour la sociologie. Il s'agit là de deux manières (critique et herméneutique) d'interroger le texte: d'une part par des questions au texte ou sur le texte, et d'autre part par des questions par rapport aux conditions de production et de réception du texte. En tant qu'expérience de pensée, H~ 1 nécessite des précisions théoriques sur le concept même d'expérience de pensée selon T.-S. Kuhn et sur sa possibilité en littérature. Je me livre donc, dans le chapitre 4, à une présentation de la démarche littéraire cortazarienne comme heuristique à travers la mise en scène du fantastique dans le quotidien, ainsi qu'à une présentation de ce que Kuhn appelle une expérience de pensée et son intérêt pour l'heuristique scientifique. Le questionnement abductif de H~ 1 impose des précisions théoriques sur l'abduction et sur sa possible utilisation épistémologique et narrative. Je me livre ainsi, dans le chapitre 5, à une présentation de la démarche abductive à partir de U. Eco, s'inspirant de c.-s. Peirce, ainsi qu'à l'utilisation d'une partie des thèses développées par P. Ricoeur dans Temps et récit sur l'utilisation des catégories narratives (Préfiguration, configuration, refiguration), afin d'en inférer une méthode pour désimpliquer la théorie contenue dans la narration. La deuxième partie, inaugurée par H~ Z, constitue une expérimentation abductive à partir de la nouvelle de Julio Cortazar "Axolotl". L'expérience de pensée montre comment la mise en scène de la figure de l'animalité se construit comme prétexte à un discours sur la connaissance, et comment la mise en œuvre d'une quête narrative dialectique entre deux actants (sujet pathique/sujet épistémique) questionne le problème du statut de la sensibilité par rapport à la raison et pose le Texte comme sujet sémioanthropologique. Les expériences de pensée H~ 1 et H~ Z engagent dans le chapitre 7 à s'attarder sur quelques caractéristiques du fantastique en général comme mode particulier de narration. J'y souligne en particulier la spécificité du fantastique par rapport à la science fiction, ainsi que quelques critères permettant de le définir anthropologiquement.

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POUR

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A la suite de H~ 1 et H~ 2, le chapitre 8 infère ici, dans le prolongement du chapitre 7, la question de la dimension esthétique du fantastique cortazarien. L'on retrouvera ainsi l'idée d'économie du signe et celle d'expérimentation littéraire s'ouvrant potentiellement comme expérience de pensée. Les expériences de pensée H~ 1 et H~ 2 suggèrent la nécessité d'une mise en situation théorique et méthodologique de la question du statut du texte comme objet littéraire d'une approche scientifique. Je cherche donc dans le chapitre 9, à préciser quelle position et quelle approche sont possibles pour l'objet Texte. L'expérience de pensée H~ 2 infère par abduction la question du pathique et de l'intersubjectivité. Le chapitre 10 aborde ainsi deux façons d'approcher un texte, la critique interprétative (D. Eco) et la critique structurale (A.-J. Greimas), puis tente, en puisant dans ces critiques quelques concepts clefs utilisables par le sociologue et l'anthropologue dans leur approche de l'objet Texte, d'appréhender ce Texte comme Acteur, c'est-à-dire comme opérateur de transformations, en particulier dans la mise en perspective de sa dimension sensible et intersubjective. Je le nomme alors "TexteActeur" . La troisième partie, inaugurée par H~ 3, constitue une expérimentation abductive à partir de la nouvelle de Julio Comzar "La nuit face au ciel". L'expérience de pensée, axée ici plus sur la structure narrative de la nouvelle que sur sa thématique, reprend la figure de l'anneau de Moëbius comme modèle topologique et en infère une problématique sur le rapport Art/Connaissance, proposant finalement l'ouverture de la question du Texte comme sujet socio-anthropologique. L'expérience de pensée H~ 3 invite dans le chapitre 12 à un préalable aux chapitres 13 et 14, afin de préciser ce que peut être la dialectique entre fantastique et quotidien dans l'expérimentation cortazarienne, et son intérêt comme analyseur en tant que figure socio-anthropologique. Dans le prolongement de H~ 2, l'expérience de pensée H~ 3 engage par son discours sur la méthode le problème de savoir comment la question de l'art est posée par le fantastique cortâzarien, et quel lien temporel (politique) y est inscrit, en particulier dans le rapport art/révolution. Ce à quoi se consacre le chapitre 13. Le questionnement abductif de H~ 1 infère, à travers l'énonciation énoncée, le problème de l'oppression du texte et, à travers l'économie du signe dans la nouvelle cortâzarienne, à la digression heuristique comme expé. rience de pensée. Dans le chapitre 14, on voit que l'inférence aboutit finalement, par le biais de H~ 3, à une réflexion sur le rapport dialectique existant entre l'enjeu socio-politique de l'art et l'expérimentation littéraire cortâzarÏenne. Dans le chapitre 15, la question, déjà inférée par H~ 1 et H~2, du statut du texte comme objet littéraire d'une approche scientifique, est

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reprise et s'ouvre cette fois sur l'inférence de 11~ 2 et 11~ 3 concernant la constitution du Texte comme sujet de connaissance, c'est-à-dire comme partenaire épistémologique de la science qui le prend pour objet. L'expérience de pensée 11~ 3 suggère en particulier la possibilité d'envisager la narration cortazarienne comme mise en scène topologique d'une figure épistémologique non orientable (anneau de Moëbius) entre art et connaissance. Ce qui permet d'inférer par abduction quelques remarques fondamentales pour la construction d'une approche socio-anthropologique du Texte littéraire.