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Pourquoi la France est en déficit depuis 1975 ?

De
156 pages

Le présent volume réunit les récents travaux de recherche menés par Daniel Moinier. Il y livre une analyse richement documentée de l'histoire économique et politique de la France depuis 1975. Il retrace les grandes étapes allant des « Trente Glorieuses » aux « Trente Peureuses » en passant par les « Trente Piteuses ». Selon lui, la corrélation entre augmentation de la durée de vie et diminution du temps de travail a conduit à la catastrophe. Face à ces effets dévastateurs pour l'avenir du pays, il en appelle à la mise en œuvre de réformes radicales. Les mesures entreprises jusqu'ici par les gouvernements successifs ne sont pas parvenues à résoudre la situation de crise. L'auteur propose des solutions concrètes telles que la suppression des aides superflues ou encore l'allongement du temps de travail pour relancer la croissance et revenir à une France au minimum sans déficit.


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175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-414-06961-3

 

© Edilivre, 2017

Introduction

La France est en déficit depuis 1975. Le premier choc pétrolier de 1971-73 en a été le premier révélateur. Beaucoup d’experts ont annoncé que c’était à cette date qu’avaient commencé nos « déboires ». Il est vrai que ce choc a eu un retentissement historique puisque beaucoup d’anciens l’ont encore en tête. Ce fût aussi la raison du démarrage de la construction des premières centrales nucléaires en France.

Mais les véritables causes ont été le croisement et les divergences de direction de quatre « lignes directrices » :

– L’augmentation constante de la population,

– Le niveau du PIB,

– Le niveau des dépenses d’état

– La diminution constante des temps de travail.

Ces quatre éléments, depuis cette date n’ont pas arrêté de se distordre, à tel point que nous arrivons en 2016, à un point de rupture tel que nous sommes certainement tout près d’un « ras le bol » national, de manifestations d’exaspérations en chaîne. Presque toutes les décisions du nouveau Gouvernement de Mai 2012, surtout les premières, n’ont fait qu’accentuer encore plus cet équilibre plus que fragile de notre économie ainsi que notre assise sociale.

Alors que faire pour inverser la tendance ? De nombreux experts de tout bord ont planché sur le sujet. Le nombre de rapports qui en a suivi est exponentiel. Il faudrait un autre livre pour tous les citer. Toutes sortes de mesures, de lois, de décrets ont été mis en place. Aucuns n’ont réussi à relancer la machine. Au contraire le bateau s’est mis à couler de plus en plus. Les lois des années 1982/83 ont été catastrophiques pour la France. Trois dévaluations du franc s’en sont suivies mettant encore plus à mal notre pays. A part les quelques éclaircies de fin des années 1980 et 90, la galère s’est sans cesse accentuée. Deuxième révélateur la crise du Golfe de 1990 qui a certainement accentué le dérèglement d’équilibres déjà très fragiles. La troisième « bombe » a été la mise en place des 35 heures qui ont encore noirci plus le « tableau ».

La dernière crise mondiale n’a fait que nous enfoncer encore plus dans nos déficits.

Aucun Gouvernement n’ont su ou voulu par pure idéologie mettre en place les seules mesures capables de rétablir les équilibres. Les seules mesures l’ont été par l’emprunt. Et vous savez certainement que lorsque l’on est déjà en forte dette, les emprunts ne sont qu’un pis-aller. Une relance factice, puisqu’ils ne sont pas productifs, n’étant là que pour boucher les trous des déficits annuels, avec augmentation constante de la dette. Celle-ci va réellement d’ailleurs bientôt nous exploser à la tête, puisqu’elle devrait atteindre prochainement le niveau du PIB et même le dépasser.

Alors que faire, les solutions connues sont dans ce livre.

Qui osera sortir de l’idéologie traditionnelle pour les mettre en place ?

1ère Partie
Histoire économique de la France,
de la dernière Guerre à 2016

Pour bien comprendre pourquoi nous sommes en déficit depuis 1975 avec une dette qui va atteindre le niveau du PIB, il m’a paru intéressant et utile d’aborder toutes les périodes qui se sont échelonnées depuis la dernière guerre mondiale.

Ces périodes ont toutes été exceptionnelles, mais très disparates dans leur situation économique et politique. Elles ont pourtant un point commun, elles se sont déroulées sur une période de trente ans, la dernière n’étant toutefois non terminée. A chacune il a été attribué un nom, en espérant que la dernière verra rapidement apparaître les seules mesures qui remettront notre pays sur les rails. L’espérance de l’échéance des élections de 2017 est grande. Tout le monde attend « le sauveur », mais rien n’est moins sûr. L’idéologie, les freins au changement sont tellement forts qu’on peut encore craindre que peu de choses positives soient mises en place. Et pourtant depuis la crise de 2009, il semble que nos concitoyens sont plus ouverts et encore plus depuis l’élection de François Hollande. Celui-ci, pour l’instant, n’a pas réussi à tenir ses promesses et même loin de là. Puisque jusqu’à ce jour, c’est l’inverse qui s’est produit : Un chômage qui a très fortement augmenté, un niveau de pauvreté qui n’a pas été diminué, un fort désenchantement de la part des électeurs de gauche. Et pourtant le contexte européen est plus favorable : Reprise en Europe, chômage qui diminue dans presque tous les pays, très bas taux d’intérêts d’état, bas taux d’intérêts bancaires, pétrole à son plus bas. Les trente milliards de prélèvements supplémentaires de début de mandat freinent toujours la reprise malgré des mesures de relance, le CICE, la loi Macron, …

Revenons à 1945 pour bien comprendre le processus lent de dégradation de l’économie française.

Chapitre I
Pourquoi les 30 Glorieuses ont été exceptionnelles

Le 08 mai 1945, avec la fin de la guerre, c’est une nouvelle ère qui s’est ouverte devant nous. Nouveau gouvernement, nouveaux types de besoins, nouvel élan, même si certaines cicatrices devaient être résorbées.

Dans les mois qui suivent la Libération de l’été 1944, le pays risque de sombrer dans l’anarchie, voire la guerre civile. La troisième République a disparu, comme le régime de Vichy ; le Gouvernement provisoire de la République française- (GPRF) est une autorité de fait exercée par Charles de Gaulle et ses ministres. Pour la première fois, les femmes françaises y sont électrices.

Par contre, la situation démographique de la France, déjà précaire en 1939, est catastrophique : plus de 600.000 Français, civils et militaires, sont morts (c’est plus que la somme des pertes militaires et civiles britanniques et américaines) ; et la guerre a privé la France de quelque 2 millions de naissances.

Ce qui n’arrange rien, la France a été vidée de sa substance par les prélèvements allemands dont le montant est évalué à 1.500 milliards de francs de 1939.

La reconstruction complète, même si elle n’a rien de l’ampleur de celle de l’Allemagne, va tout de même demander près de 10 années.

Même si la majorité des français, après la pression de l’envahissement, aspire à beaucoup de liberté, ils ressentent un besoin de sécurité et estiment que l’économie libérale est dépassée. Les souvenirs de la grande crise de 1929 aidant, ils ne sont pas loin de lui imputer l’origine de la Guerre mondiale et ses recettes semblent inefficaces pour mener à bien l’œuvre de restauration d’une économie ruinée. Pour opérer la reconstruction et gagner la « bataille de la relance, l’intervention de l’Etat paraît indispensable.

C’est ainsi qu’une grande vague de nationalisations est déclenchée des principales entités de l’énergie, des transports, de la Finance.

Aux nationalisations s’ajoute la création du Commissariat général au plan, que dirige Jean Monnet, en décembre 1945. En janvier 1947, est promulgué le plan qu’il a préparé pour relancer les activités et les productions indispensables au relèvement économique : les charbonnages, l’électricité, les chemins de fer, l’acier, le ciment et le matériel agricole. Il ne s’agit pas d’une planification.

Pour commencer, les Français participent à une double consultation ; ils élisent une Assemblée et décident par un oui massif (96 % des suffrages) que cette Assemblée sera constituante. C’est le passage à la IVe République. En même temps, Charles De Gaulle est légitimé par le vote de l’Assemblée constituante qui l’élit

Président du Gouvernement provisoire.

Et pourtant, le 20 janvier 1946, Charles De Gaulle démissionne parce qu’il refuse le « régime des partis ».

Malgré tout, le 13 octobre suivant, la nouvelle Constitution est approuvée par 53 % de « oui » ; mais 31 % des électeurs se sont abstenus.

Au niveau économique, l’acceptation du Plan Marshall par la France est suivie de son adhésion au GATT, un organisme qui doit libérer et accélérer les échanges internationaux, en octobre 1947, puis à l’Organisation européenne de coopération (OECE) chargée de gérer l’aide américaine, va permettre de relancer la croissance.

Même si la situation de nos colonies va perturber les bons résultats de cette relance : C’est d’abord en 1947, l’insurrection de Madagascar, puis la guerre d’Indochine qui va durer 7 ans et affaiblir les positions françaises dans le Monde. Puis pour couronner le tout, celle d’Algérie qui se terminera en 1962 par son indépendance.

La période d’après guerre n’a pas toujours été si simple que le titre « glorieuses » veut bien le faire croire. Cette époque est marquée par une dureté des conditions économiques, des restrictions alimentaires qui s’éternisent, des prix qui augmentent alors qu’il y a des blocages de salaires et des manifestations qui s’amplifient. La France est même au bord d’une situation insurrectionnelle avec l’action des houillères et de la métallurgie.

Enfin dans le début des années cinquante voit l’aboutissement des efforts économiques menés depuis 1945 : le niveau de la production française de 1949 rejoint celui de l’année 1938 ; et l’expansion économique semble s’amorcer après la fin de l’époque de la « Reconstruction ».

Pendant cette période d’après guerre, les crises de régime et guerres successives, ont irrité très fortement les français.

Les contemporains ont mal réalisé que, sous ce régime peu apprécié, la France entrait dans une période de prospérité inouïe ; c’était le début des « Trente Glorieuses ». En dépit de l’inflation, des salaires parfois difficilement réajustés, le niveau de vie de tous les Français s’est élevé. D’un pays vieilli et fatigué, qui, en 1939, n’accroissait sa population que de 630.000 naissances par an, qui n’accordait à l’investissement industriel que 13 % du Produit National Brut (PNB), est passé à l’époque du baby boom (de 1946 à la fin des années cinquante on compte une moyenne annuelle de 800.000 naissances) à la fondation d’une économie moderne par un investissement industriel égal à 20 % du PNB.

Pendant tout ce temps, les conditions de vie du monde paysan se sont améliorées, grâce à la garantie des prix obtenue dans le cadre de la Politique agricole commune (PAC) adoptée en 1962 au sein de la CEE.

Dans l’industrie, les entreprises françaises se sont concentrées, internationalisées et modernisées afin de faire face à une concurrence accrue du fait de la libération des échanges en Europe (suppression des droits de douane dans la CEE) et dans le monde (accords du GATT).

Dans la distribution enfin, les magasins à grande surface se sont multipliés.

Dans le domaine économique, les handicaps restaient nombreux : déficit et dépendance énergétique vis-à-vis du pétrole importé ; maintien de structures archaïques (Petites unités de production de type artisanal encore dominantes) ; déséquilibre du commerce extérieur. Les disparités se sont aggravées entre les secteurs, les branches d’activité (Déclin du charbon, de la sidérurgie, du textile), les régions et les catégories sociales.

Dans le domaine financier, l’inflation persistante provoqua à plusieurs reprises la dévaluation du franc.

La conjoncture a été marquée par l’alternance de phases d’expansion durant lesquelles furent adoptées des mesures pour combattre l’inflation, et de phases de ralentissement qui ont vu se mettre en place des politiques de soutien à l’économie. Ainsi, pendant la Quatrième République, les mesures déflationnistes du gouvernement Pinay (1952-1953) ont été suivies d’une politique de relance (1953-1957).

Sous la Cinquième République, des politiques de stabilisation ont été appliquées en 1958-1959 par Antoine Pinay, puis en 1963 par Valéry Giscard d’Estaing, mais sans remettre en cause la forte croissance des années 60, pourtant marquées par la crise sociale de 1968.

Face à la crise économique mondiale de 1974 qui a révélé les faiblesses de l’économie française, les gouvernements successifs se sont efforcés de lutter simultanément contre le chômage et l’inflation, et de mettre en œuvre des politiques d’adaptation aux contraintes de la construction européenne et de la mondialisation.

Il n’ont toutefois pas vu arriver suite aux revendications perpétuelles, la baisse progressive du temps de travail et l’augmentation constante de la durée de vie. Celle-ci a énormément profité des fulgurants progrès réalisés par la médecine, mais aussi par la diminution des décès à la naissance, des plans de vaccination et de l’amélioration des conditions de vie et de propreté.

Pourquoi ces trente glorieuses ont été si exceptionnelles du point de vue économique, de la progression du PIB, de la croissance, de l’élévation de niveau de vie, …

Le temps de travail après la guerre (de 1948 à 1963) se situait vers les 50 heures par semaine hors fonctionnaires, soit en moyenne à 46 h1/2. Le nombre d’heures annuelles est en moyenne de 1960, variant suivant les branches de 1750 à 2060 heures. Sur la durée de vie, c’est encore plus flagrant puisque le début d’activité se situait vers 16 ans et se terminait au minimum à 65 ans.

Personnellement, j’ai commencé mon activité professionnelle à la fin des années 50 dans un grand groupe international. L’horaire minimum pour tous était de 52 heures. Tout le monde pointait cadre ou non. Il était très souvent possible de faire des heures supplémentaires au-delà, une ou deux par jour, voire plus.

A simplement 52 heures, sur une base de 40 heures, cela faisait 8 heures à 25 % = 2 heures de plus, et quatre heures à 50 %, soit encore 2 heures en plus.

Au total, on était donc payé 56 heures par semaine, soit 242,65 heures par mois. Si on voulait aller au-delà, toutes les heures étaient à 50 %. Hardi le magot en fin de mois !!!

Un niveau d’horaire est bien psychologique. Il y a eu très longtemps des horaires semaine très importants, puis les 40 heures, en France de 1936 à 1982, comme dans la plupart des pays. Ensuite ce fût l’arrivée des 35 heures. Actuellement on a l’impression que c’est devenu une institution, personne n’ose plus y « toucher » droite comme gauche et pourtant on en parle très souvent. Même à gauche, Manuel Valls lors des primaires de 2007, a fait la proposition de sortir des 35 heures en les augmentant de 3 à 4 heures. Emmanuel Macron, Ministre de l’économie sous le Gouvernement Valls, s’est prononcé à deux reprises pour les augmenter puisque disait-il, la réduction du temps de travail n’a pas fait ses preuves pour le retour de la croissance et la disparition des déficits. La dernière prise de parole s’est faite devant un parterre de patrons aux journées d’été du Medef en août 2015. Même Nicolas Sarkozy Président n’a pas eu le courage de les supprimer, prétextant qu’il ne les avait pas mises au programme (de peur de ne pas être élu, il a fait passer toutefois les heures supplémentaires défiscalisées). Beaucoup s’y accroche désespérément en pensant que c’est le meilleur horaire que l’on ait jamais eu, notamment les plus jeunes, y compris bien sûr les syndicats pour qui cela a été une grande victoire « sociale » alors que ce n’est que du temps de travail. Même s’ils n’y ont pas été pour grand-chose, puisque cela a été un argument purement électoral et idéologique.

Pourquoi psychologique l’horaire ? Le fait d’effectuer beaucoup d’heures toutes les semaines, personne ne se rendaient compte que l’horaire légal était base 40 heures.

Dernièrement, à la sortie d’une conférence, alors que je discutais avec des jeunes étudiants et que j’évoquais cette période, ils m’ont répondu : « A quoi ça servait de faire autant d’heures et d’avoir beaucoup d’argent, si on a pas le temps de le dépenser ». J’ai répondu qu’on peut toujours le dépenser rapidement et que cela booste la consommation et l’économie nationale.

Voila le pourquoi des 30 glorieuses : Un pouvoir d’achat bien supérieur, une forte consommation de produits français, des marges des entreprises très nettement supérieures à celles d’aujourd’hui, des investissements très importants. Pour l’état, d’importantes rentrées de charges sociales, de taxes et d’impôts, donc pas de déficit.

Comme je l’indiquais ci-dessus, un salarié de ma première entreprise qui était au SMIC, avait donc 56 heures de payées, soit 40 % de plus de salaire par mois. Du coté entreprises, les marges étaient bien plus élevées qu’aujourd’hui. A tel point que notre employeur versait tous les mois à tous les employés, une prime 30 à 60 heures de plus par mois, ce qui représentait la valeur financière de 45 heures supplémentaires.

Aujourd’hui avec le même horaire qu’à cette époque, un salarié aurait 60 % de plus de salaire.

Si l’on prend la moyenne de l’ensemble des horaires effectués en France (36,2h) actuellement, la rémunération moyenne est inférieure de 32,11 % de celle des années soixante-quinze.

Si on se situe au niveau du salaire net, cela augmente encore la différence : En 1975, les charges sur salaire étaient de 7 %, aujourd’hui 21,5 % (Sans compter la mutuelle qui n’existait pas ou très peu répandue)

C’est donc 14,5 % de salaire net en plus (32,11 + 14,5) soit un pouvoir d’achat supérieur de 46,61 % qu’actuellement. C’est aussi le pourquoi des retraites plus élevées.

La démonstration ci-dessus est très explicite du pourquoi du niveau actuel de pauvreté, des SDF, des problèmes de banlieues, de logement, de l’achat de low-cost… Même en travaillant, aujourd’hui certains n’arrivent pas à se loger correctement.

Après six années de guerre, la France était à reconstruire, à remettre en route. Ce qui a réellement booster toute l’économie c’est bien l’importance des temps de travail et d’activité. Cela a été de très loin le moteur de cette extraordinaire expansion, qui a vu une migration très importante de la campagne vers les villes avec des rémunérations supérieures, la construction de logements neufs, le début des HLM, puis des maisons individuelles.

Les syndicats devenant de plus en plus exigeants ont poussé les employeurs à produire plus avec moins d’heures. La productivité est apparue de plus en plus performante. Les heures ont diminuées progressivement.

L’analyse démontre bien qu’il y a une corrélation très étroite du nombre d’heures effectuées avec le niveau du PIB, des déficits et même des marges des entreprises. Cette proportionnalité existe presque dans tous les pays d’Europe avec de rares exceptions. (La Grèce et l’Espagne)

Si l’on continue mon exemple personnel. Après les 52 heures, ce fût les 50, puis 48, puis 45 pour terminer à 42 h1/2 payées même pendant les repas. Mai 68 était passé par là avec trois syndicats nouveaux, plusieurs grèves tous les ans, des avantages acquis certes : nous avions même la possibilité d’effectuer une activité de loisir pendant quelques heures du temps de travail, foot, musique, et… Fini le travail des samedis matin jusqu’à treize heure. Fini la possibilité d’effectuer des heures supplémentaires. Onze années après, c’était la fermeture de l’usine, tous licenciés ou presque, 450 emplois de moins. Les résultats n’étaient plus là. La lassitude, l’incompréhension des dirigeants d’être confrontés sans cesse à des revendications, grèves à répétitions ont eu raison de leur implication et motivation. De plus, dans un groupe très important, il est plus facile de supprimer un « canard boiteux » que pour un entrepreneur individuel. Il n’y a eu aucun repreneur. De très nombreux salariés, y compris les meneurs se sont trouvés très dépités, sidérés ne pensant pas que la direction puisse devenir aussi radicale : mauvaise évaluation des forces en présence. Par contre le lendemain, je travaillais déjà dans un tout autre emploi et activité. Nous étions pourtant encore très loin des années 2000 et du XXIe siècle !

Pourquoi les 40 heures se sont imposées dans la plupart des pays :

C’était un horaire idéal en fonction de la journée, 3 X 8 = 24 heures, une semaine qui est passée de 6 et même 7, à 5 jours, soit 5 X 8 = 40 heures. Pour les horaires en « feux continus », les 3 X 8 étaient idéales pour des usines qui n’arrêtent jamais.

C’était un horaire de base qui semblait être la meilleure formule tant pour les prélèvements sociaux, les finances de l’état, le niveau du PIB, un équilibre entre temps de travail et temps de loisirs. C’est certainement pour tous ces avantages que les syndicats réclamaient ces 40 heures depuis longtemps, mais aussi les entreprises qui y trouvaient la possibilité d’établir des marges correctes, compte tenus aussi de prélèvements ajustés, d’un système d’organisation facile à mettre en place.

Un simple exemple : Quand les 39 heures ont été annoncées, les dirigeants d’entreprises travaillant en feux continus se sont arrachés les cheveux pour trouver une adéquation entre les 24 heures, des postes en 3 X 8, et ce nouvel horaire. Ce qui semblait extrêmement complexe à trouver.

Avec les 35 heures, ce fût bien pire. Après maintes cogitations, essais, un deal a été très difficilement trouvé avec les syndicats, mais aussi l’inspection du travail.

Il a fallu modifier complètement l’organisation des horaires puisque avec 35 heures, il manquait des heures pour couvrir une semaine complète. Après différents essais, les 2 (jours) x 12 (heures) se sont imposées pour le week-end. Ces salariés gagnent autant en 12 heures que s’ils effectuaient une semaine complète.

Cet arrangement a eu un coût puisqu’il a fallu payer un salaire de 35 voire 39 heures pour seulement 24 heures effectuées. Il sera difficile de faire machine arrière !

J’ai connu aussi une autre organisation qui avait été rejetée au départ puis adoptée et même ensuite plébiscitée. Le 3 X 8 décalés. Les salariés en 3 X 8 recommencent leur poste 24 heures après l’avoir quitté. Exemple : 5h/13h, poste suivant : 13h/21h. C’est-à-dire qu’il y a bien une journée complète de repos entre chaque poste. Ce qui semblait être des horaires plus supportables. Ce type de poste était surtout prisé à la campagne, les salariés pouvaient plus facilement s’adonner aux travaux de jardinage et autres.

Chapitre II
Après les trente glorieuses,
les trente piteuses

Le ralentissement de l’emploi après 1973 est en parallèle avec la baisse de la croissance, qui signe la fin des Trente Glorieuses. La productivité par tête connaît cependant une inflexion plus prononcée. Elle s’est encore plus infléchie après la mise en place en 1982/83 des fortes diminutions des temps de travail et d’activité sous le Gouvernement Mauroy. Cette forte baisse de production et de rentrées fiscales a été suivie de 3 dévaluations qui ont permis un rattrapage économique, mais ont d’autre part réduit le niveau de vie de nos concitoyens, surtout par rapport aux pays européens, notamment l’Allemagne. Alors que nous étions un des pays les plus enviables de l’Europe, avec un franc qui a même été longtemps « fort », nous avons décroché ensuite surtout par rapport à des pays comme l’Allemagne, la Suisse…

Voir plus loin le chapitre sur l’histoire du franc et sa dégringolade.

Pendant cette période la décélération fut graduelle mais continue : 4 % dans les années 1970, puis 3 % dans les années 1980, 2 % dans les années 1990, (1 % dans les années 2000, 0 % dans les années 2010 ? pour la période suivante)

On s’est imaginé à la fin des années 90, période de renouveau que la mauvaise parenthèse des « Trente Piteuses » qui correspond à cette période de décélération, était terminée, que ce mauvais rêve allait s’évanouir et que tout allait recommencer comme avant.

Il faut rappeler ce qui a amené Lionel Jospin, Premier Ministre au Gouvernement.

Alain Juppé qui occupait le poste précédemment était devenu de plus en plus impopulaire. Il a du affronter des grèves massives durant l’hiver 1995-1996, dues à la réforme des retraites du public et au gel du salaire des fonctionnaires. Devant l’essoufflement de sa majorité, il a risqué une dissolution, attendue par beaucoup et probablement conseillée par Dominique de Villepin, de l’Assemblée nationale le 21 avril 1997, soit onze mois avant la date prévue. Pris de court, ni son parti ni son électorat n’ont compris son geste tandis que l’opposition crie à la manœuvre. Les élections qui suivent, voient la victoire de la « gauche plurielle », menée par Lionel Jospin. Jacques Chirac n’avait plus le choix que de nommer ce dernier Premier ministre.

Après un début de décennie des années 1990 très difficile, le Gouvernement de cohabitation de Lionel Jospin est arrivé dans un contexte beaucoup plus favorable. Depuis 1995, une relance de l’activité, de la consommation s’étaient installés progressivement suivi d’un ralentissement du chômage et cela jusqu’au début des années 2000. A tel point que Lionel Jospin pensant que cela allait tellement bien, a annoncé la distribution de la cagnotte. Rappelons ce qu’était cette fameuse cagnotte qui a fait la une de presque tous les journaux.

En août 1999 la situation ne fait que de se dégrader, car Chirac avait déstabilisé Jospin, son premier ministre d’alors, qui enregistrait pourtant une « cagnotte » de 30 milliards. Au lieu de terminer l’année 1999 avec un solde négatif de 80 milliards de francs prévu au budget, la croissance avait permis de limiter le déficit à cinquante milliards. Ce n’était qu’un moindre mal, mais l’état ne dégageait aucun solde positif de ses opérations. Chirac força Jospin à distribuer un argent qui n’existait pas. Et Jospin perdit l’occasion de se poser en homme d’Etat : il dépensa.

Après cette embellie « partielle », l’arrivée des 35 heures et de la bulle internet ont malheureusement annulé complètement ce sursaut et même provoqué une sorte de récession et de blocage salarial.

Pendant cette période un profond bouleversement identitaire s’est produit. Un « mal » s’est introduit dans les esprits, les pensées des français. Un mal qui ronge la société elle-même. Le repli sur soi, la crainte de l’autre, l’aspiration au repli pour se préserver de chacun, de l’état. Tout l’inverse de l’après guerre, avec ces envies de conquêtes, d’innovation, de création qui permettaient de grands dessins. C’est une France devenue piteuse, tournée sur elle-même, pas spécialement dans l’absolu, c’était plus un ressenti, qu’une réalité. C’est peut-être le fait de savoir que les premiers déficits se cumulaient sans ressentir la fin du processus. C’est aussi de constater que la dette de l’état s’aggravait au fur à mesure des déficits annuels. C’est aussi la sensation réelle que le pouvoir d’achat ne suivait plus comme pendant les trente glorieuses.

Et pourtant Jacques Marseille, un économiste très analyste nous a montré une réalité bien différente du ressenti. Entre 1975 et 2005, le pouvoir d’achat a doublé. L’espérance de vie a gagné sept années. La fortune personnelle des français a pratiquement doublé.

Par contre, c’est certainement l’apparition d’un fort chômage, et pourtant encore loin des niveaux des années 2000, qui a amené cette désespérance. Les solidarités surtout en milieu urbain, mais aussi familiales et professionnelles se sont effritées. Jean-Paul Delevoye, ex-médiateur de la République, se désespérait devant cette autoflagellation permanente justifiée ou non, en exprimant son ressenti d’une France fatiguée psychiquement.

Ce basculement du collectif à l’individuel inquiétait fortement les gouvernements mais surtout le Parti Socialiste qui essayait de trouver des remèdes à cette crise identitaire. Cette crise du lien social qui perdure d’ailleurs toujours, a changé complètement la vision des électeurs qui se sont tournés de plus en plus vers les extrêmes. En premier, le Front National, puis l’extrême gauche. Cette dernière pendant cette période a beaucoup évolué, s’est transformée. Un des principaux mouvements, la LCR (Ligue Communiste Révolutionnaire) issue de la LR (Ligue Communiste dissoute par Raymond Marcellin, ministre de l’Intérieur) est crée en 1974 avec Alain Krivine, suivi d’Olivier Besancenot, puis dissoute en 2009, incorporée au NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste). C’est un mouvement de lutte des classes qui a profité de cette désespérance, de cette crise identitaire pour s’allier avec différentes associations du mouvement ouvrier : Des sans papier, des comités Palestine, des mouvements féministes, de lutte comme le LGBT et également suite à des bouleversements mondiaux ; la création du mouvement altermondialiste. Un autre mouvement d’extrême gauche représentatif en parallèle s’est aussi créé : Lutte Ouvrière, celui d’Arlette Laguillier, femme emblématique qui a détenu le record du nombre de candidatures à l’élection présidentielle de 1974 à 2007. Parti qui défend les intérêts du monde du travail en se démarquant de tous. Sa devise : Les travailleurs ne peuvent « compter ni sur la droite, ouvertement au service du grand patronat, ni sur la gauche, hypocritement servile envers lui ».

Cette époque a été aussi le moment de grands changements. Les mœurs changent, les peaux se dénudent. Les non-dit sont moins forts, l’arrivée des divorces, les enfants séparés, les premiers remariages. La télévision est rentrée dans de nombreux foyers en remplaçant le poste de TSF, les...

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