PRAGMATIQUE DES COMMUNICATIONS INSTRUMENTÉES - NTIC

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Gérer les interactions pour produire de l’intelligence collective, dans le cadre d’activités communes et avec un environnement partagé, et développer le produit de l’entreprise passe par l’observation des relations nouvelles tissées et des techniques de médiation utilisées. Nous nous intéressons aux NTIC car elles ont des incidences sur les pratiques communicationnelles . Aussi, l’analyse concrète de situations de communications instrumentées permet-elle de mieux comprendre les conditions dans lesquelles les pratiques communicationnelles réagissent aux possibilités offertes par les NTIC et comment elles peuvent à leur tour les modifier.
Publié le : mardi 1 janvier 2002
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EAN13 : 9782296301207
Nombre de pages : 276
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Pragmatique des communications instrumentées

Série

Communication

et Technologie

dirigée par Claude Le Bœuf Des recherches et des rencontres pour penser l'information et la communication en fonction des nouvelles technologies

Dans le cadre de cette collection, et à l'initiative du Centre de Recherche en Information et Communication, Communication et Technologie est une série ouverte à tous les chercheurs en information et en communication. Lieu de rencontre et d'échange, le C.R.I.C. a pour vocation le rapprochement des chercheurs de diverses disciplines concernées par l'Information et la Communication. Les travaux du C.R.I.C. sont principalement centrés sur les conditions et les effets de l'intégration des nouvelles technologies dans les techniques et pratiques professionnelles des médias et/ou des organisations. Des recherches Le pragmatisme de l'intermédiation sert de cadre général aux recherches visant la compréhension des processus de mise en œuvre des nouvelles technologies dans les organisations. L'analyse des interactions qui en découlent devrait nous permettre de former et conseiller les futurs managers et responsables de l'information et de la communication. Des rencontres Le C.R.I.C. organise des «rencontres» avec des personnalités qui ont marqué le développement des Sciences Humaines. Les conférences débats traitent principalement de problèmes d'information, de communication et de nouvelles technologies rencontrés dans la société contemporaine - santé, éducation, emploi, culture, médias.
http://www.cric-france.com

Sous la direction de Claude LE BŒUF

Pragmatique des communications instrumentées

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRŒ

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALŒ

Collection Communication et Civilisation dirigée par Nicolas Pelissier
Comité de lectllre : Benoît d'Aiguillon, Olivier Arifon, Christine Barats, Philippe Bouquillion, Agnès Chauveau, Pascal Lardellier, Philippe Le Guern, Tristan Mattelart, Cécile Meadel, Arnaud Mercier, Alain Milon, Dominique Pagès, Paul Rasse. Design des couvertures: Philippe Quinton

La collection Communication et Civilisation, créée en septembre 1996, s'est donné un double objectif. D'une part, promouvoir des recherches originales menées sur l'information et la communication en France, en publiant notamment les travaux de jeunes chercheurs dont les découvertes gagnent à connaître une diffusion plus large. D'autre part, valoriser les études portant sur l'internationalisation de la communication et ses interactions avec les cultures locales. Information et communication sont ici envisagées dans leur acception la plus large, celle qui motive le statut d'interdiscipline des sciences qui les étudient. Que l'on se réfère à l'anthropologie, aux technosciences, à la philosophie ou à I'histoire, il s'agit de révéler la très grande diversité de l'approche communicationnelle des phénomènes humains. Cependant, ni l'information, ni la communication ne doivent être envisagées comme des objets autonomes et autosuffisants. Leur étude montre que toute société a besoin d'instances de médiation et qu'ils constituent des composantes à part entière du processus de civilisation. Or, à l'Ouest, à l'Est, au Nord et au Sud, ce processus admet des formes souvent spécifiques, parfois communes, mais toujours à découvrir. La collection "Communication et Civilisation" comporte deux séries spécialisées: "Communication et Technologie" et "Communication en pratiques" . Dernières parutions au fantôme de régional à l'ère une philosophie espaces publics

Martial ROBERT, Pierre Schaeffer: de Mac Luhan Gutenberg, 2002. Collectif, Inform@tion. Local, le paysage médiatique élzctronique, 2002. Boris LIBOIS, La Communication publique. Pour politique des médias, 2002. Jacky SIMONIN, Communautés périphériques et émergents,2002.
(Ç) L' Harmattan, 2002 ISBN: 2-7475-3160-0

Contribution à une pragmatique de la communication instrumentée
Claude Le Bœuf

La médiatisationde la « nouvelle économie» renforce les
propensions au déterminisme technologique et conforte l'idée que les nouveaux médias seraient en passe de bouleverser directement tout notre rapport à la connaissance et à la communication. Cette trivialité renforce notre projet de comprendre en quoi et comment les nouvelles technologies d'information et de communication (N.T.I.C.) modifient les systèmes dans lesquels elles sont intégrées, comment les acteurs co-construisent leur réalité collective en présence de ces nouvelles technologies; comment les paramètres pragmatiques de la communication changent à l'épreuve d'une N.T.I.C. et peuvent conduire à une modélisation systémique (au sens de Le Moigne). Tel fut l'objectif du colloque, organisé par le CRIC les 30 novembre et 1er décembre 2000 à Montpellier, « Pratiques des situations de communication et N.T.I.C. ». Une centaine de participants ont analysé des situations de communication concernant les différents champs des Sciences de l'Information et de la Communication -SIC- (information documentaire, journalisme, communication organisationnelle) concrétisés par différents terrains (le sport, les pays du sud) et débouchant sur deux propositions de modélisation (systémique, sémiotique). Le présent ouvrage prolonge le colloque. Il s'inscrit en continuité de travaux théoriques issus de la Systémique et du Constructivisme dans la Complexité (Morin 1990). Il appelle les chercheurs de toutes disciplines, et pas uniquement ceux des SIC, à partir de situations concrètes de communication dans lesquelles se trouvent de nouvelles technologies d'information et de communication pour, tout d'abord, décrire les phénomènes, puis, dégager de nouvelles problématiques, élaborer de nouveaux concepts et, finalement, contribuer à une réflexion épistémologique sur la communication, objet commun aux Sciences Humaines et Sociales. Il est ainsi en

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rupture avec le déterminisme et la croyance aux effets directs des N.T.I.C. (causalité linéaire). Il traite, ici et maintenant, de l'action instrumentée en train de se faire en référence aux théories récentes de l'action située, de la cognition distribuée, des artefacts cognitifs. De quelle pragmatique s'agit-il? Le développement des travaux de l'école de Palo Alto est un vaste chantier auquel nous avons contribué en demandant à Paul Watzlawick d'actualiser sa Pragmatique de la communication humaine (Le Bœuf 2000 a). Nous PQursuivons, en rebondissant sur sa réticence à traiter des N.T.I.C. dans les situations de communication, et proposons dans cet ouvrage des éléments d'une pragmatique de la communication instrumentée.

1 - De la pratique à la pragmatique
Nous n'opposons pas la pratique (ce qui se fait, espérant que c'est utile) à la théorie, car la modélisation visée s'effectue dans l'optique pragmatiste chère à Peirce (1878). Rappelons que le pragmatisme est une théorie de la signification. Elle permet de distinguer une idée claire d'une idée qui paraît claire par la signification des mots. C'est «une théorie de la science, au sens où science est synonyme de méthode expérimentale et non de résultats pratiques» (Deledalle 1971, p.6). Ainsi, l'action est liée à la croyance, qui est subordonnée à l'épreuve de la méthode expérimentale (Peirce 1878). Dans cette perspective, nous nous intéressons aux incidences des N.T.I.C. sur les pratiques communicationnelles dans la mesure où elles sont pensées «comme un usage de signes qui contribuent au maintien ou au changement des habitudes des interactants, et ainsi établissent le statut social de leurs relations» (Toschnig 2000). Avec le regard de l'anthropologue (Winkin 1996), nous P'!rtons de pratiques de N.T.I.C. dans des situations données. A travers les usages (Perriault 1989), nous cherchons à appréhender les significations qui leur sont attachées et les relations qui s'instaurent entre les acteurs in situ.

6

Ainsi, inscrivons-nous à la fois nos travaux dans le cadre de la pragmatique linguistique, qui étudie la relation des signes à leurs interprétants et l'usage que l'on fait des signes, et dans celui de la pragmatique interactionniste, qui, pour Watzlawick, traite des relations entre communication et comportement: «la communication affecte le comportement et c'est là son aspect pragmatique... Selon cette conception de la pragmatique, tout comportement est communication» (1972, p.16).

2 - De l'outil à l'artefact
Précisons notre concept de communication instrumentée. Par instrument nous entendons quelque chose qui sert pour faire une action quelconque (dont les actions de communication). C'est un outil, un artefact ou encore un média, qui prolonge les organes humains. Une communication instrumentée est donc une communication supportée par un moyen non inhérent à l'homme comme la parole, l'écrit ou le geste. Il s'agit plus précisément de situations de communication dans lesquelles entrent en jeu des N .T .I. C. , qu'elles supportent directement des transmissions d'information (comme le CD-Rom, Internet, la télévision câblée, ...), ou qu'elles participent simplement au contexte de l'échange (comme la présence d'un micro-ordinateur sur la table du
médecin qui s'entretient verbalement avec son patient

-

Le

Bœuf 2000 b). Rappelons qu'une situation de communication est un cadre de référence dans lequel les échanges s'effectuent, les signes construits par des individus prennent sens. Elle comprend les acteurs, l'échange de signes et leur contexte. Elle est co-construite par eux. « Les capacités cognitives humaines ne sont pas celles d'un esprit individuel, isolé de son environnement, mais celles d'un esprit incarné, impliqué dans un système d'activité délimitant son propre domaine cognitif et normatif et comportant d'autres êtres, dont les artefacts et des objetsavec lesquelsune coordinationest nécessaire. » (Quéré, 1997).

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3

- De

la nouveauté

des technologies

P. Musso préfère qualifier les N.T.I.C. de « T.I.C.»

Le degré de nouveauté ne fait plus illusion. En 1994, car elles ne sont pas aussi récentes que cela. Il considère qu'elles s'appuient sur la coexistence de trois domaines techniques relativement anciens: 1- les télécommunications, 2l'audiovisuel, 3- l'informatique et leurs croisements (télématique), voire leurs hybridations (multimédias). Pour lui, le «nouveau» est, logé à l'intersection de quatre phénomènes: 1- une accélération des innovations technologiques, 2une industrialisation et une commercialisation rapides de ces innovations, 3- une diffusion massive de savoirs et savoir-faire sur le marché sous forme de produits et de services, 4- des usages nouveaux des techniques car il y a une appropriation plus rapide et une familiarité croissante avec l'environnement technique quotidien. J. Perriault qualifie à présent les N.T.I.C. de « T.N.T. » (toujours nouvelles technologies). Alors président de la S.P.S.I.C., il souligne dans sa conférence introductive au colloque l'importance d'une approche historique en posant la question concrète suivante: où nous trouvons-nous exactement aujourd'hui par rapport à l'effet diligence dans le domaine de l'apprentissage en ligne. F. Vadrot, D. G. du groupe de presse électronique F. T .P . invité ensuite à donner le contrepoint pratique à l'exposé théorique de J. Perriault nous assure être en parfaite harmonie avec lui et vouloir toujours chercher à remonter en amont des processus pour conduire ses affaires avec le même état d'esprit empirique et inducteur P.-L. Harvey, lors de la troisième conférence intra ductive, conforte notre projet en signalant que pour les Américains la Communication Médiatisée par Ordinateur (C.M.O.) est une nouvelle figure des Sciences Humaines appliquées et non pas du tout une nouvelle branche de l'informatique.

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4 Des effets des N.T.1.C. sur les situations de communication Des caractéristiques et spécificités des N.T.I.C. découlent des propriétés relativement novatrices qui ont des effets importants sur les situations de communication. Retenons seulement ici l'intégration des fonctions dans le traitement d'une information et l'interactivité. L'intégration des fonctions de saisie de l'information, de son stockage, de son traitement et de son acheminement entraîne une baisse des coûts et une ~élioration de la productivité et génère de nouvelles prestations de services. L'interactivité permet à la machine des actions réciproques en mode dialogué avec l'utilisateur ou avec d'autres appareils (Agostinelli 2001), qui déclenchent généralement des interactions entre les acteurs, faisant passer la problématique organisationnelle d'une question de technique de transmission d'information à celle de management des relations. Nous gardant de tout déterminisme, nous savons avec v. Scardigli (1992, p. ?3) que le meilleur et le pire sont à attendre des N.T.I.C. A nous d'analyser les situations dans lesquelles elles sont mises en œuvre. La portée de cette pragmatique devrait être féconde, car comme le remarque H. Alexis, s'inteaoger sur les conditions dans lesquelles les pratiques réagissent aux possibilités offertes par les N.T.I.C. et comment elles modifient à leur tour les technologies conduira presque obligatoirement à nous placer sur le teITainéthique, épistémologique ou politico-économique. Processus d'écriture collective

-

La présentation d'une pragmatique de communications instrumentées résulte de l'organisation d'un travail collectif d'écriture. Il ne s'apit donc pas ici des Actes du colloque des 30 novembre et le décembre 2000, mais d'une production collective de connaissances originale. Celle-ci a suivi un processus en quatre étapes. Le processus a duré six mois. Les contributions varient selon les catégories de participants. Aussi qualifions-nous dans cet ouvrage de «contributeurs» ceux qui ont présenté une communication dans les ateliers, 9

d' «animateurs» ceux qui ont organisé le travail collectif et pris en charge la rédaction, de «participants» les autres. Parmi ces derniers certains ont pris une part active lors des discussions et sont mentionnés comme « co-auteurs» en tête des chapitres. Il n'est donc pas surprenant de compter parfois dix signatures par chapitre. Au total, cet ouvrage a rassemblé quatre vingt dix co-auteurs. 1 - Découpage du thème du colloque en ateliers Le lancement du thème général du colloque «Pratiques de situations de communication et N.T.I.C. » a été complété par un' appel au volontariat pour créer, gérer et animer des ateliers déclinant la problématique collective. Des spécialistes se sont proposés comme animateurs. Ils ont rédigé un appel à communication stimulant et en cohérence avec la problématique générale du colloque accepté par le comité d'organisation et le conseil scientifique: Animateurs R. Adjiman, Univ. de Provence P. Hassanaly, Univ. d'Aix-Marseille 3 - Documentation: N. Pelissier, IUT de Nice et - Journalisme: D. Ruellan, IUT de Lannion H. Alexis et E.Vemocke, IUT de Nice - Management: A. Mucchielli, Univ. de Montpellier 3 - Modélisation: - Orientation scolaire: B. Hénocque, IUT du Havre J. Lagane, Univ. de Bordeaux 3 et - Pays du sud: J. Tidji, Univ. de Montpellier 1 R. Marty, Univ. de Perpignan - Sémiotique: J.-P. Chaze, Univ. de Montpellier 1 - Sport:

- Audiovisuel:

Ateliers

2 - Lancement des appels à communication Les animateurs ont contacté deux ou trois spécialistes du thème ayant une thèse à défendre et les ont sollicités afin qu'ils participent à l'atelier. Ils ont ensuite lancé l'appel à communication auprès d'une cible détenninée afin de compléter l'effectif de l'atelier. L'objectif, atteint, visait à recueillir au moins quinze propositions de communication

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(cinq pages maximum) pour ne retenir que huit communications par atelier. Ils ont trouvé des évaluateurs à qui ils ont soumis en double aveugle les communications sous le contrôle d'un conseil scientifique composé de professeurs de sciences de l'information et de la communication: - Jacques Perriault, Université de Paris X, Président de la SFSIC, Président - Hubert Fondin, Université de Bordeaux 3 - PietTe Harvey, Université du Québec à Montréal - Alain Laramée, Télé Université du Québec - Pascal Lardellier, IUT de Dijon - Claude Le Bœuf, Université de Montpellier 1 - Christian Le Moenne, Université de Rennes, Secrétaire général de la SFSIC 3 - Gestion des ateliers En complément des huit contributeurs, les animateurs ont sollicité une douzaine de participants pour constituer un atelier d'une vingtaine de personnes. Ils ont géré leur groupe dans le temps (relances, envois des propositions aux évaluateurs et documents préparatoires à tous les participants, ...). Lors du colloque, ils ont animé leur atelier pour travailler les idées « nouvelles ». Ils ont reçu le soutien d'un ou deux assistants pour observer et aider à la synthèse des travaux. Les animateurs ont eu pour consigne de ne pas participer à la discussion en défendant leur propre thèse (elle peut cependant percer sous l'appel à communication et dans la synthèse des documents préparatoires). Le thème de l'atelier ayant été formulé sur le mode interrogatif a laissé le champ libre à la multiplicité des prises de position, Les différentes communications ont interpellé les participants (qui ont eu à lire 8 x 5, soit 40 pages avant la discussion) et stimulé la construction progressive d'une réflexion sur les processus communicationnels mis en œuvre dans des situations particulières pour dégager des principes enseignables. Les animateurs ont rédigé une synthèse le soir même du colloque pour la présenter à l'ensemble des participants le lendemain matin.

Il

4 - Écriture finale Après avoir entendu et discuté les résultats des travaux des autres ateliers en séance plénière, les animateurs ont, compte tenu de leur connaissance du thème, apprécié la production de leur atelier en resituant les apports de chacun et rédigé dans le mois un texte original. Ils l'ont ensuite envoyé aux participants de leur atelier. Après retour des annotations et commentaires des participants, ils ont rédigé un papier définitif d'environ 20 pages. L'ensemble des textes a été harmonisé par C. Le Bœuf avant soumission à l'éditeur.
.

important travail. Ils ont remis leur production collective, constitutive d'un des chapitres de cet ouvrage. Les contributions aux ateliers

Huit des neuf ateliersont réussi à menerjusqu'au bout cet

Toutes les contributions sont accessibles sur le site Internet du CRIC à l'adresse suivante: www.cric-france.com. 1 - L'information en-ligne: un nouveau paradigme pour le journalisme? Animateurs: Nicolas Pélissier et Denis Ruellan Contributeurs : Pascal Fortin, Le journalisme en ligne au risque de l' argent. François Demers et Florence Le Cam, Au seuil du véritable journalisme-en-ligne: le cas des journalistes du quotidien régional Le Soleil de Québec. Béatrice Damian-Gaillard, Le Républicain Lorrain en ligne ou l'histoire d'une reconfiguration des espaces. Dominique Augey, INK and MORTAR ou Ie cyberjoumalisme et la qualité de l'information. Anne-Lise Touboul, Pour une analyse du discours des formes de la presse en ligne. Cécile Dolbeau, L'information en ligne: le cas de l'édition électronique du quotidien Le Monde. Eric Maigret et Laurence Monnoyer~Smith, Ce que peut la technologie et ce qu'elle ne peut pas. Emergence d'une ville numérique à Issy-les-moulineaux. 12

Franck Rebillard, Le Web local: une nouvelle situation de concurrence pour la presse quotidienne régionale. Roselyne Ringoot, Les constructions temporelles dans l'Internet local. Valérie Jeanne Perrier, Sur l'internet, le journaliste devient un « courtier» en information. Valérie Cavelier Croissant, La segmentation des publics de la presse en ligne française selon deux axes: grand public et public professionnel. Daniel Thierry, L'interactivité, un nouveau régime pour l'information? Ghislaine Chabert, Les usages de la télévision numérique. Des chaînes traditionnelles aux web TV. Bénédicte Toullec, Rsp20 Internet ou la télématique 2, le retour. Jean-Michel Utard, Le journal en ligne, entre site et portail. Sur l'Internet, rien de nouveau? 2 - Les N. T.I. C.: une reconsidération des pratiques managériales Animateurs: Henri Alexis et Edwige Vercnocke Contributeurs : Yanita Andonova, Enjeux organisationnels du travail collaboratif à distance, retour d'expérience. Claudine Batazzi, L'impact des N.T.I.C. dans l'entreprise: vers une redéfinition du pouvoir managérial. Denis Benoit, Les N.T.I.C. dans l'entreprise: entre efficacité validée et effet placebo; de l'usage raisonné à la dérive pathologique. Martine Broche, Internet, un espace producteur d'intermédiations partenarial. Isabelle Comtet, Construit socio-cognitif collectif et médiation technique: la nécessaire maîtrise de deux contextes d'action. Christophe Daniel, Raffi Duymedjian, Marc Humbert, La messagerie électronique dans les entreprises: vers une approche normative? Elise Daragon, L'influence des outils portables d'information et de communication (OPIC) sur le système social.

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Nadège Gunia, L'impact des Nouvelles Technologies d'Information et de Communication (N.T.I.C.) sur les configurations organisationnelles. Le cas de la fonction Ressources Humaines. Eloïse Jacquis, Olivier Hueber, N.T.I.C. et entreprises virtuelles. Tony Tschaegle, Les nouvelles technologies d'information et de communication génèrent la net e-economie. Alfredo Coelho, Frank Rautenberg, Les investissements spécifiques entre coopération et opportunisme. Le cas de l'Efficient Consumer Response. 3 - L'intégration des techniques numériques dans les systèmes de la production image et son Animateur: Rémy Adjiman Contributeurs : Benoît d'Aiguillon, D'une parole confisquée à une autre. Michèle Borghi, L'évolution du montage dans les nouveaux types de post-production. Denis Gasté, Informatique et montage vidéo: des enjeux de métiers mais aussi de modes d'écriture. ThielTY Millet, Esthétique cinématographique et technologie numérique. Philippe Quinton, Les T.I.C. ne font pas l'image. 4 - Le document numérique, entre réseaux, systèmes et dispositifs Animateurs: Parina Hassanaly et Laurence MonnoyerSmith Contributeurs : Eric Maigret, Laurence Monnoyer-~mith, Ce que peut la technologie et ce qu'elle ne peut pas. Emergence d'une ville numérique à Issy-les-moulineaux. Ertzscheid Olivier, Lacombe Elisabeth, Link-Pezet Jo, Les cycles de l'interaction pour l'accès aux connaissances en sciences de l'information et de la communication: l'exemple du dispositif FORSIC. Emmanuel Kessous, Les mutuelles 45 de fonctionnaires et les technologies de l'information: Modes de communication et implications organisationnelles.

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Henri Vigne, Les 3 étapes de la réorganisation de l'entreprise autour du document numérique: une progression personnelle et collective. Frédéric Berenguier, Documents numériques: de la technique à l'usage, Application avec le Retour d'Expérience. Jérôme Mauriac, L'accès aux documents numériques pour les pays en développement: l'expérience du réseau Agridoc. Pascal Robert, La théorie des macro-systèmes techniques, un outil de problématisation des technologies de

l'information?

'

5 - TIC et orientation scolaire ergonomie cognitive et analyse situationniste Animateur: Bruno Hénocque Contributeurs : Jean Claude Baudrais, Intégration des TIC au dispositif d'orientation et d'insertion de l'université de Bretagne Sud. Claudine Colomina, conception du cédérom «dessine moi un lycée» pour l'académie de Montpellier. André Faudé, Le profil d'apprentissage et Lamic, UPS 2000. Jacques Manoury : sites d'offres d'emplois sur Internet et nouvelle économie. Jean Marie Quiesse, Quelle filiation entre l'histoire de l'orientation scolaire et le système d'information et de communication de l'ONISEP ? Alain Rufino, la modélisation du processus d'auto information, du support papier classique au CDROM. 6 - TIC et usages sportifs Animateur: Jean-Pierre Chaze Contributeurs : Jean-Pierre Chaze, Nouveaux usages des N.T.I.C. dans les établissements sportifs, l'exemple d'Antigone à Montpellier. Denis Gil, Anatomie d'un simulateur de gestion d'un centre de profit à objet sportif et de loisir. Jean-François Diana, De l'appropriation à la pratique de l'information sportive. Dieter Hillairet, Impact des N.T.I.C. dans la gestion et le contrôle des usages et comportement sportifs.

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Jean Pierre Guez, Les N.T.I.C. et WellnessTM. Dominique Jorand, Impact d'Internet dans le management des structures de loisirs sportifs. Charles Pigeassou, Ana Athayde, Jean-Pierre Gauyau, La veille stratégique dans le domaine de l'information: l'apport des nouvelles technologies. L'exemple du sport. 7- Pratiques de situation de communication et N. T.I. C. dans les pays du Sud Animateurs: Jean Lagane et Jacques Tidji Contributeurs :
,

Hassan

Atifi,

Michel

Marcoccia,

L'appropriation

des

règles de la Nétiquette par des internautes français et marocains: un exemple des limites de l'universalisme du « cyberspace ». André Alain Kyindou, Contribution à une approche stratégique d'Internet pour le développement local. Jean Lagane, Daniel Surprenant, Entre tradition et modernité. Enquête sur le degré d'appropriation des N.T.I.C. dans les petites et moyennes structures malaisiennes. Jean Lagane, Les N.T.I.C., un bras de levier pour les PME argentines dans un contexte de communication de crise. Emmanuel Tonyé, Marc Joseph Omgba, Didier Kaba, Jacques Mbede, Nsapngun Mbeto, Système multimédia multilangue de type visuel. Jacques Tidji, Emergence d'internet au Cameroun: le cas de Camnet, premier fournisseur d'accès en Afrique Centrale. 8 - La sémiotique dans les pratiques de communication Animateur: Robert Marty Contributeurs : Gilles Arnaud, Processus sémiotiques artificiels Martine Arino, Analyse sémiotique de l'incidence des N.T.I.C. sur les échanges interindividuels dans une situation de travail collaboratif. Pascale Baisset-Chatelier, Réflexion sur «l'outil» sémiotique dans la démarche du chercheur en communication appliquée à la conception de sites web. Georges Bretones, Approche sémio-pragmatique de l'apport du mouvement interactif des icônes animées pour l'acquisition des savoirs.
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Claude Le Bœuf, Les produits, interprétants virtuels des situations de communication. Christiane Legris-Desportes, Sémiologie, N.T.I.C. et entreprise. Claude Marty, La révolution des interprétants au siècle des lumières. Robert Marty, Fondements pour une pragmatique de la communication. 9 - Modélisation de situations de communication Animateur: Alex Mucchielli Contributeurs : Véronique Blanquer, Approche communicationnelle d'un dispositif d'enseignement à distance: Etude d'un cas concret d'utilisation des N.T.I.C. dans une situation d'apprentissage. Jean-Antoine Corbalan, Internet au Conseil Général. Vers une cyber@dministration ? Monique Commandré, La modélisation de situations de formation médiatisée et à distance. Le cas d'une expérience d'Enseignement à Distance par visiophonie. Patricia Jullia, La modélisation: un outil pour appréhender la complexité des situations de communication médiatisées. Marie-Christine Esgonnière du Thibeuf, Comment modéliser les situations de communication avec des multimédias? Claire Noy, Cadrage du champ de recherche relatif aux situations de communication avec un multimédia.

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Bibliographie Agostinelli (S.), Le rôle des artefacts et des organisations sociales dans la communication des connaissances, Mémoire d'HDR en SIC, Université de Rennes 2, 28 novembre 2001. Austin (J.-L.), How to do things with words, University Press, 1962. Oxford

Breton (P.) et Proulx (S.), L'explosion de la communication: la naissance d'une nouvelle idéologie, La découverte, 1993. Carontini (E.), L'action du signe, Cabay, 1984. Deledalle (G.), Le pragmatisme, Bordas, 1971. Du Castel (F.), Chambat (P.), Musso (P.), L'ordre communicationnel: les nouvelles technologies de la communication: enjeux et stratégies. Paris: La Documentation Française, 1989. Harvey (P.-L.), Cyberespace Appropriation, réseaux, groupes l'Université Laval Québec, 1996. et Communautique. virtuels, Presses de

Le Bœuf (C.) , s/dir, Rencontre de Paul Watzlawick (280p.) Paris, L'Harmattan, 2000 a. Le Bœuf (C.), Droualière (L.), Rivière (L.), Introduction à la Communication, Foucher, 2000 b. Le Moigne (J.-L.) et Morin (E.), Intelligence de la complexité, L'Harmattan, 2000. Morin (E.), Introduction à la pensée complexe, ESF, 1990. Morin (E.), La méthode, tome 1, Seuil, 1977.

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Morton (S.) s/dir, L'entreprise compétitive au futur. Technologies de l'information et transformation de l'organisation, Ed d'Organisation, 1995. Mucchielli (A.), Les situations de communication, Eyrolles, 1991. Musso (P.) s/dir, Communiquer demain. Nouvelles technologies de l'information et de la communication, Datar/éditions de l'aube, 1994.
Peirce (C.-S.), « Comment philosophique, 1879. rendre nos idées claires », Revue

Perriault (J.), La logique de l'usage. Essai sur les machines à communiquer, Flammarion, 1989. Quéré (L.), « La situation toujours négligée? », Réseaux, n° 85, 1997. Quéré (L.), « D'un modèle épistémologique de la communication à un modèle praxéologique », Réseaux 46-47, 1991. Scardigli (V.), Les sens de la technique, PUP, 1992. Totschnig (M.), Éléments pour une théorie pragmatique de la communication présenté dans le cadre de l'examen de synthèse du Doctorat conjoint en communication, Université du Québec à Montréal, Université de Montréal, Concordia University, 9 août 2000. Watzlawick (P.), Beavin (J.) et Jackson (D.), Une logique de la communication, Norton 1967 trade Seuil 1972. Winkin (Y.), Anthropologie de la communication: théorie au terrain, De Boeck, 1996, réed. Seuil, 2001. de la

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1 - L'information en-ligne: un nouveau paradigme pour le journalisme?
Nicolas Pélissier et Denis Ruellan, Dominique Augey, Valérie Cavelier, Ghislaine Chabert, Béatrice DamianGaillard, François Demers, Cécile Dolbeau, Pascal Fortin, Valérie leanne, Florence Le Cam, Franck Rebillard, Roselyne Ringoot" Daniel Thierry, Anne-Lise Touboul, Bénédicte Toullec, lean-Michel Utard. Les incidences des N.T.I.C. sur la profession journalistique sont repérables à un double niveau: celui des procédures de travail (nouveaux outils de recherche et de partage des informations dans les organisations) et celui des supports de diffusion (productions en ligne sous la forme de cédéroms et surtout de sites web). En ce qui concerne ce dernier aspect, la contribution du journalisme à la production de médias en ligne apparaît déjà très diverse, voire hétéroclite: transposition en ligne de supports existants, création d'espaces d'information spécifiques ou encore combinaisons plus ou moins réussies de formes traditionnelles avec des innovations que seuls les nouveaux réseaux numériques rendent possibles. En arrière plan de ce développement de médias en-ligne se profilent d'ailleurs d'importants enjeux de société: les effets structurants et déstructurants que peuvent avoir les nouveaux « portails» de communication électronique sur les territoires; l'accès socialement partagé aux ressources numérisées; la place des médias et des médiateurs dans un paysage élargi des acteurs de l'information. C'est désormais un fait indiscutable: le journalisme n'est plus, à lui seul, l'information. Les organisations médiatiques sont aujourd'hui concurrencées sur ce terrain par les acteurs les plus di vers: administrations centrales, collectivités locales, grands groupes des industries culturelles et énergétiques, opérateurs de télécommunications... sans oublier les créateurs de «startup » à vocation informationnelle (guides de ville, par exemple) mais non «journalistiques» au sens classique du terme.

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Ces mutations amènent ainsi le journaliste à devoir se positionner par rapport à des professions aussi diverses que celles de publicitaire, technologue, manager, et surtout de spécialiste en systèmes d'information (bases de données, veille, intelligence économique, sécurisation, marketing, « datamining ». . .). Cette nécessité n'a pas échappé à certaines formations en journalisme, qui tentent dorénavant de faire évoluer le journalisme vers le management de systèmes d'information, dans une perspective épistémologique soustendue par la prévision ,d'une convergence de l'économie de l'information autour du triptyque «télécommunicationsaudiovisuel-informatique ». A l'heure où les sciences de l'information et de la communication se donnent de plus en plus à penser au travers de modèles inspirés par les épistémologies constructivistes, il est d'ailleurs étonnant de constater le fossé existant entre la prolifération des discours pédagogiques euphorisants sur les réseaux et la réalité des contenus pédagogiques dispensés par les acteurs, largement marqués par un néo-positivisme et un néo-utilitarisme à peine réaménagés afin de satisfaire à la fois les besoins du marché et un souci de légitimation intellectuelle et académique. Le journaliste, pris dans une « toile» qu'il aura contribué lui-même à tisser, ne deviendra-t-il plus qu'un rouage panni d'autres d'une « société de l'information» dont il devrait être pourtant l'un des acteurs essentiels? Au contraire, sa résistance et sa recomposition permettront-elles d'éviter que l'information ne devienne la première victime de cette « société» qui en porte ironiquement le nom? Le
« cyberjoumalisme » correspond-ilvraiment à un changement

de paradigme dans la profession, comme nous l'annoncent nos collègues anglo-saxons? Remarques d'écriture préliminaires sur le processus

Tout au long de leur réflexion collective, les participants à l'atelier «Journalisme, journalistes et N.T.I.C.» ont pu constater la grande diversité des approches mises en œuvre par les auteurs des communications. Cette diversité concerne aussi bien les disciplines mobilisées (économie de l'information et 22

des médias, esthétique, sémiotique, marketing, sociologie du journalisme, sociologie de l'innovation, sociologie des organisations. . .), que les modèles théoriques de référence (de la socio-politique des usages à la philosophie du langage, en p3;,ssantpar les théories critiques des industries culturelles ou l'Ecole des choix publics...), les territoires considérés (local, régional, national voire international), les méthodologies utilisées (de la monographie à la spéculation théorique, en passant par les enquêtes quantitatives par questionnaires et surtout les méthodes qualitatives de type entretien compréhensif et analyses des représentations) et enfin les niveaux d'études des processus de communication: certains chercheurs se sont davantage intéressés aux producteurs dans leur environnement socio-économique (Pascal Fortin, Florence Le Cam/François Demers, Béatrice Damian, Franck Rebillard, Dominique Augey) ; d'autres aux différents produits proposés sur le marché de l'information en-ligne (Roselyne Ringoot, Anne-Lise Touboul, Cécile Dolbeau, Jean-Michel Utard, Bénédicte Toullec); d'autres au public des sites Internet d'information (Valérie Jeanne, Valérie Cavelier, Ghislaine Chabert, Daniel Thierry). Mais cette diversité des approches n'a pas empêché les membres de l'atelier de mettre en évidence trois niveaux de convergence entre leurs propositions. Tout d'abord une «toile de fond épistémologique» globalement partagée, à quelques variations près. Ce choix commun s'est traduit par une mise à distance des discours idéologiques sur l'Internet et des effets d'annonce publicitaire à vocation auto-réalisatrice (voir le thème de l'interactivité), mais aussi par le refus des contributeurs de découper et d'isoler les différents niveaux du processus de communication généré par les N.T.I.C. dans les organisations médiatiques. Les auteurs ont ainsi privilégié, dans la lignée de l'appel à communication du colloque, des approches en termes d'interactions (journalistes/produit, produit/public, journaliste/ public, journalistes/autres métiers...) et de co-construction des réalités sociales et organisationnelles par ces divers acteurs. Cela les a conduit à une vision nuancée et prudente de la prétendue «révolution Internet », qui pour le moment n'a pas eu vraiment lieu. Même si certains ont penché davantage pour une approche critique et d'autres vers une approche diffusionniste, 23

cela s'est toujours fait avec beaucoup de précautions, rhétoriques et méthodologiques. De ce fait, certains courants mobilisés nous ont semblé émerger, en rupture avec des modèles longtemps dominants: la socio-politique des usages (en rupture avec les théories déterministes de l'innovation) ; la sociologie structuraliste et constructiviste (en rupture avec la sociologie fonctionnaliste des professions); la socioanthropologie du public (en rupture avec les modèles euphorisants ou victimisants de la réception des communications de masse); enfin, une grille d'analyse des récits médiatiques en termes d'« énonciation éditoriale» et de «contrat de lecture» (en rupture avec des grilles plus positivistes d'observation). Les participants à l'atelier se sont bel et bien situés dans des courants privilégiés par les «sciences de l'information et de la communication », courants qui contrastent avec ceux, d'inspiration néopositiviste et néo-utilitariste, encore dominants dans des disciplines voisines telles que le marketing et le management. Ensuite, la convergence constatée existe aussi au niveau des «objets d'étude»: une très large majorité des communications ont ainsi porté sur un ou plusieurs sites Internet produits par la presse écrite quotidienne, notamment celle d'informations politiques et générales (PIPG). C'est donc

sur un « modèle canonique» que presque tous les chercheurs
présents se sont penchés. Cela a plutôt étonné le groupe; même si celui-ci était composé en majorité d'universitaires appartenant au même réseau de recherches portant sur la Presse Quotidienne Régionale en-ligne (réseau initié par l'IUT de Lannion, sous la coordination de Denis Ruellan), même si de multiples centres de recherche en sciences de l'information et de la communication continuent encore aujourd'hui à étudier de très près les évolutions des médias-papier, il est vrai que l'audiovisuel, en particulier la télévision, avait tendu ces dernières années à focaliser de plus en plus l'attention des chercheurs de cette interdiscipline. Comment donc interpréter ce nouvel engouement pour les médias écrits les plus classiques? Retour rassurant à des «valeurs sûres» ou manque d'imagination et d'audace des chercheurs? En fait, la nature même du média «Internet» est à prendre aussi en considération: pour le moment, les prestations qu'il offre au niveau du texte et de l'image fixe demeurent bien supérieures à

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celles proposées au niveau du son et de l'image animée. Tant que des améliorations techniques ne viendront pas bouleverser cet état de fait (recherches de Microsoft sur la « web-tv» par exemple), la question posée plus haut risque de rester en suspens, même si le progrès technique est loin d'être le seul facteur de diffusion d'un nouveau média. Mais elle a tout de même incité le groupe à aller «voir ailleurs », à poursuivre et étendre ses investigations à d'autres supports, tels que les « portails» d'information non-journalistiques, les « webzines », les « web-tv», etc. En outre, les participants se sont mis d'accord sur la nécessité, lorsqu'il s'agit d'étudier des phénomènes aussi complexes que ceux générés par l'information en-ligne, d'avoir recours à des «précautions méthodologiques»: problèmes posés par les outils de mesure (qui se cherchent encore), le découpage des objets (comment s'inscrire dans une perspective systémique, se sont demandés certains, sans pour autant «clore» le système ?), les niveaux d'études considérés (ce qui vaut pour l'information locale et régionale ne vaut pas nécessairement pour l'information nationale et internationale: mais que signifie encore la notion de « territoire» pour l'information en-ligne ?), la périodicité de supports (qui devient aléatoire sur le Web) et surtout par le choix des termes utilisés (<<navigation», «portail»,

« personnalisation », «interactivité », « information en continu », «communauté virtuelle », etc.) sur lesquels il convient de s'accorder de façon urgente pour éviter des malentendus. D'où l'impératif catégorique de forger un nouveau lexique de l'information en-ligne. Et la difficulté rencontrée par les contributeurs lorsqu'il s'est agi de modéliser les processus observés. Cet effort de modélisation est bien sûr indispensable lorsqu'il s'agit de faire science, mais encore faut-il s'être mis d'accord sur la nature exacte des paramètres mis en œuvre par ces processus. Ce constat n'a pas constitué un frein aux recherches entreprises par les membres du groupe. Il les a au contraire stimulés et incités à poursuivre leurs travaux ensemble, agrandissant ce faisant le réseau des chercheurs qui ont aujourd'hui pour objet l'information enligne. Enfin, les participants ont pu aussi mettre en évidence une certaine convergence quant aux résultats obtenus, ce à quatre 25

niveaux: les producteurs, les produits, les publics, mais aussi le canal, c'est -à-dire Internet, avec ses ruptures et continuités par rapport à des médias plus anciens. Ces différents niveaux constituent les quatre parties du texte qui suit. Ce découpage, qui ne va pas sans rappeler le bien positiviste modèle de Lasswell, ne signifie pas que nous ayons voulu tronçonner la communication de l'information en-ligne en séquences indépendantes les unes des autres, renonçant alors à notre approche initialement annoncée en termes d'interactions et de co-construction de la réalité. Il obéit tout simplement à un souci de clarification et de présentation didactique de nos résultats. Ce souci ne nous a d'ailleurs pas empêchés de faire en sorte que les quatre parties évoquées renvoient mutuellement les unes aux autres. 1 Les producteurs d'information en-ligne dans leur nouvel environnement socio-économique et organisationnel: du journalisme à l'expertise informationnelle Sur ce premier niveau d'analyse, situé en amont de la chaîne, l'ensemble des études tend à converger vers l'affirmation d'une «continuité» entre les phénomènes observés dans les années 1970-1980 (automatisation accrue de la production et mise en place d'un « continuum informatique» dans les rédactions, diversification des activités des entreprises de presse vers des prestations en relations publiques, croisement des territoires professionnels des métiers du journalisme et de la communication, montée en puissance des services de marketing-publicité dans les organisations médiatiques, assouplissement des statuts professionnels, émergence du télé-travail en réseau et déterritorialisation de la production, etc.) avec les mutations enregistrées depuis la «mise en ligne» des informations et l'apparition d'Internet dans les rédactions, en Amérique du Nord puis en Europe. Ce résultat conduit à relativiser les mots d'ordre concernant la «révolution numérique» des rédactions et à l'émergence d'un nouveau paradigme autour de la notion de « cyberjournalisme ». A priori, Internet semble générer de nombreux changements dans le travail du journaliste, tant au

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niveau du collectif organisationnel que de l'activité individuelle. En fait, on peut aisément montrer qu'il intervient plutôt en tant qu'accélérateur, catalyseur, voire « révélateur» de bouleversements professionnels observables depuis au moins une quinzaine d'années (parfois même davantage) dans l'univers de l'économie des médias. D'où l'intérêt qu'ont éprouvé certains chercheurs de l'atelier à se référer aux travaux d'inspiration historique et sociologique effectués sur les journalistes français au cours des deux dernières décennies. Parmi les éléments de continuité, on se penchera de plus près sur la diversification des activités des entreprises, l'effacement des frontières entre espace rédactionnel et espace commercial au sein des organisations, mais aussi sur la flexibilisation croissante de ces dernières, avec tous les effets induits sur le travail et le statut des salariés. Parmi les éléments signifiant une certaine rupture engendrée par Internet, on évoquera la remise en cause du journalisme traditionnel au profit une activité d'expertise informationnelle de plus en plus externalisée, ainsi que le changement d'échelle territoriale dans les stratégies de développement des organisations de production, de traitement et de diffusion. 1 - Une diversification croissante des activités des entreprises de presse Sur ce point, le constat de continuité est sans équivoque. En effet, les phénomènes de dérégulation puis de concentration industrielle repérables dans les médias français (presse écrite puis audiovisuelle) à partir de la première moitié des années 1980 ont favorisé, dans un secteur longtemps protégé et quasioligopolistique, une activation soudaine de la concurrence entre les acteurs présents sur le marché. Or, la nécessité de trouver des avantages comparatifs pour affronter cette concurrence a amené nombre de ces acteurs (au premier rang desquels figurent la Presse Quotidienne Nationale et la Presse Quotidienne Régionale) à diversifier leurs activités et produits: informations plus spécialisées destinées à des publics plus ciblés (édition de « Cahiers» et « Suppléments»), offre de services de proximité (horaires des transports, guide des sorties, gestion des inscriptions dans les universités, etc.), participations croisées à des opérations

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