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Premiers contacts

De
212 pages
Au tournant du XXeme siècle, l'ethnologue quitte le confort de son cabinet de travail pour vivre "en sauvage parmi les sauvages" au sein des peuple qualifiés de "primitifs", dont certains n'ont jamis vu d'homme blanc. Ce livre qui n'a pas été écrit pas un ethnologue, tente de repondre à certaines questions : qu'est-ce qu'un "primitif" ? Un "civilisé" ? Quelles ont été les méthodes de travail des premiers ethnologues ? Leurs rapports avec le pouvoir colonial ? Elargissant le sujet traité, l'auteur évoque l'étonnant voyage de Gide au Congo, la réaction des habitants de la Nouvelle Guinée à la vue des blancs...
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Couverture: courtoisie Defap-Service Protestant de Mission

Premiers contacts. Des ethnologues sur le terrain

(Ç)L'Harmattan,

2003

ISBN: 2-7475-4810-4

Marina Gorboff

Premiers contacts. Des ethnologues sur le terrain

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Jtalia Via Bava, 37 10214 Torioo ITALlE

Du même auteur:

. «Guide de l'Italie », M.A.,1985 . «La Russie fantôme, l'émigration russe de 1920à 1950» L'Age d'Homme,1995

Le monde est très grand et plein de contrées magnifiques que l'existence de mille hommes ne suffirait pas à visiter.

Arthur Rimbaud Aden, 15janvier 1885

Bien que de signification différente, les termes « ethnologie» (de ethnos, peuple, et logos, science) et « anthropologie» (de anthropos, homme) sont aujourd'hui indifféremment utilisés par les scientifiques francophones. Nous ferons de même dans cet ouvrage. Pour des raisons historiques, les Français ont longtemps privilégié le mot « ethnologie », les termes de social anthropology étant employés par les Anglais et de cultural anthropology par les Américains. Afin de ne pas distraire le lecteur par de multiples notes, les biographies des ethnologues cités ont été regroupées à la fin du livre.

L'idée d'écrire un livre sur la naissance de l'anthropologie moderne est née de discussions, bruyantes et passionnées, de certains membres de ma famille devenus ethnologues, de passage à Paris. J'ai découvert alors que des mots tels que «primitif», « sauvage» ou même «civilisé» pouvaient être revêtus d'une signification inconnue, que je n'avais jamais entendu parler de personnages aussi extraordinaires que Franz Boas, Bronislaw Malinowski ou Marcel Mauss et que traiter quelqu'un « d'évolutionniste» était assimilé à une injure.. Un monde m'échappait, dont je voulais percer les codes. Aussi le calme revenu, ai-je commencé à lire. Quelques mois et beaucoup de découvertes presque des voyages plus tard, il est apparu que la fonnidable aventure des premiers anthropologues qui, au tournant du XXe siècle, ont quitté le confort de leurs bibliothèques pour de longs séjours sur le terrain n'avait jamais été racontée. L'ethnologie moderne commence avec cette aventure. Du Britannique George Frazer (1854-1941) auteur du célèbre «Rameau d'or» (douze volumes, dont une version abrégée de 900 pages) qui s'exclame «A Dieu ne plaise! » lorsqu'on lui demande s'il est allé dans les lointains pays dont il décrit les mythes avec tant de précision, à Bronislaw Malinowski (1884-1942) qui part en 1914 vivre seul « ..en sauvage parmi les sauvages» dans une île perdue de la lointaine Océanie, l'anthropologie a connu en quelques décennies une véritable révolution. Car jusqu'à l'expérience de Bronislaw Malinowski, cet étudiant polonais qui deviendra une des gloires de l'anthropologie britannique, l'ethnologie telle qu'elle est enseignée dans les universités est tout, sauf une aventure. L' armchair anthropology, pratiquée dans un fauteuil ou plutôt « en cabinet» par les premiers chercheurs et universitaires européens dont George Frazer en Grande-Bretagne et Marcel Mauss (1872-1950) en France sont les éminents représentants.. domine le monde scientifique. Entouré

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Il

d'innombrables livres, notes et rapports de voyage patiemment attendus et classés avec soin, l'anthropologue étudie le «primitif» des continents lointains sans avoir aperçu l'ombre d'un sauvage. Rarement une évolution aura été aussi spectaculaire. A l'immobile armchair anthropology succède le recueil de données à la source. L'ethnologue vit au sein de peuples inconnus, apprend leur langue, élabore de nouvelles méthodes de travail, plus scientifiques. Ainsi, au travail de synthèse effectué par un seul homme sans contact direct avec le sujet de son étude, succède le contact direct du chercheur - ou de chercheurs de formations
différentes

- avec

le peuple étudié.

Au tournant du XIXe siècle, Américains et Anglais seront les premiers à étudier les peuples dans leur environnement culturel, suivis des Français qui, dans les années trente, entreprennent de grandes expéditions ethnologiques sous l'égide d'un Musée de l'Homme rénové. A la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'armchair anthropoly fait depuis longtemps partie de I'histoire, alors que l'objet même de son étude, les sociétés dites « primitives », disparaissent peu à peu au contact de l'Occident. Riche en hommes exceptionnels, jalonnée d'ouvrages aussi célèbres que «Les Argonautes du Pacifique occidental» (1922) de Bronislaw Malinowski, «L'Afrique fantôme» (1934) de Michel Leiris ou «Tristes Tropiques» (1955) de Claude Lévi-Strauss, rédigés par des hommes ayant eux-mêmes participé aux premières expéditions sur le terrain, l'aventure ethnologique a été un moment privilégié de I'histoire des sciences humaines. Devant un tel sujet, nul ne peut demeurer indifférent: cela devient impossible lorsque livres de voyage et départs en pays lointains font depuis toujours partie de votre vie. Impressionnée par les multiples facettes d'un domaine jusqu'alors inconnu, l'envie d'écrire un livre a ainsi vu le jour. L'histoire de l'anthropologie sur le terrain telle que nous allons tenter de la décrire est destinée à un large public, trop souvent rebuté par des ouvrages savants qu'il n'a ni le temps ni le courage d'aborder. Elle ne prétend pas être exhaustive, d'excellents manuels remplissant cette tâche; le cadre du récit a été volontairement restreint à l'Océanie et à l'Afrique, de grands ethnologues ne sont pas mentionnés et différentes théories ont été réduites à leur trame 12

la plus simple. La période abordée commence au milieu du XIXe siècle et se termine à la fin de la Seconde Guerre mondiale avec l'avènement du structuralisme de Claude Lévi-Strauss, qui domine encore la pensée scientifique. Afin de ne pas isoler le sujet traité d'une l'époque particulièrement riche en évènements, nous l'avons délibérément élargi à des domaines tels que le colonialisme, qui a permis et facilité la naissance de l'ethnologie moderne: à la différence des premiers missionnaires débarquant sur des continents vierges de tout contact avec l'Occident, les anthropologues ont suivi les colonisateurs. Colonisation et ethnologie vont de pair, et le fait même que les premiers ethnologues de terrain aient tous été issus de pays possédant des empires coloniaux ne relève pas du hasard. Il nous a également semblé important de souligner l'influence des œuvres de Stevenson ou de Conrad sur les esprits, d'évoquer l'étonnant voyage de Gide au Congo et le rôle joué par les surréalistes et les marchands d'art dans l'engouement de l'Occident pour les objets dits « primitifs », ainsi que le choc subi en 1930 par les habitants de Nouvelle-Guinée lors de leur rencontre avec le premier Blanc et l'esclavage en Abyssinie où, après avoir traversé l'Afrique, la célèbre mission française Dakar-Djibouti (1931-1933) séjourne plusieurs mois. Ce livre est donc une description libre et subjective des premiers contacts entre des hommes de cultures différentes à travers les circonstances, les ethnologues et les livres qui l'ont marquée. Le regard du conteur ne demeure jamais neutre. «On n'écrit jamais que sur soi-même» disait Georges Duby à ses étudiants.

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Chapitre 1. Les débuts, ce qu'il faut savoir

L'homme des continents inconnus, ce sauvage ou ce primitif, qui est-il et pourquoi est-il ainsi? A-t-il une âme? Est-ce un monstre? Est-il un survivant de la préhistoire? Notre ancêtre? Pourquoi, dans certaines régions, n'a-t-il pas inventé l'écriture, le fer, la roue? Est-ce une question de race, de climat, de développement intellectuel? Telles sont les questions que les voyageurs occidentaux partis à la découverte de nouveaux mondes se sont posées au long des siècles; les anthropologues vont tenter de répondre à ces interrogations en pratiquant d'abord l'armchair anthropology, puis en allant eux-mêmes à la rencontre des « sauvages» sur le terrain. Alors que nous pouvons suivre la perception des premiers « sauvages» par les Européens, celle du premier Blanc vu par les Océaniens ou les Africains n'est connue que par des témoignages récents faute d'archives écrites, la tradition orale étant quasiment muette sur ce point. Des deux côtés, cependant, cette découverte est placée sous le choc de la couleur celle de la peau - le blanc étant associé aux défunts et aux revenants dans de nombreuses cultures non-occidentales, le noir évoquant l'impureté et le mal, que ce soit en Occident ou dans d'autres civilisations* Mais quelle que soit la couleur de la peau, tous les hommes voient dans celui qui vient de l'autre côté des mers, aux mœurs et à la culture incompréhensibles, un double, une sorte de miroir. «Miroir d'artifice, écrit Goulard dès 1610.. .celui qui regarde dedans, au lieu de se voir, voit autre chose ». Bien avant la conquête de l'Amérique par Colomb, cette autre chose reflétée est le mal, omniprésent dans toutes les consciences chrétiennes. C'est

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* Dans « Arabia deserta » (1888), par exemple, Charles Doughty rapporte que pour les Arabes « le noir, privation de lumière, est la teinte de la mort (mawt el -aswad) et, par analogie, celle de la calamité et des maux: le cœur de l'insensé et du méchant est réputé noir (kalb el-aswad).

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le diable et ses avatars, et Dieu sait s'ils sont nombreux. Pour tout bon chrétien - car Européen est synonyme de chrétien et ce sont eux, les conquérants du monde et les premiers ethnologues - les signes extérieurs de la différence: peau, tatouages, peintures corporelles, déformations physiques, masques, scarifications, nez percés.. ne peuvent être que Pexpression de forces obscures, anormales. Ce que le miroir reflète, c'est un monde inconnu, un monde inversé le blanc et le noir, la nudité et l'habit, le fusil et la flèche; peuples sans écriture, sans lois apparentes, sans histoire perçu comme un immense vide, un creux, une intaille opposés au monde civilisé, le sien. Privé de ses repères familiers, l'homme devient incapable de comprendre et d'interpréter ce qu'il voit, d'assembler les faits selon une construction logique. Devant cet inconnu qui dépasse les limites habituelles de sa propre perception de l'univers, il se croit tout permis et ose transgresser les interdits. Cela explique en partie l'attitude des Espagnols lors de la conquête de l'Amérique, ainsi que celle des colonisateurs aux siècles suivants. En 1550, le plus sérieusement du monde, d'éminents religieux et juristes chrétiens, faut-il le préciser? débattent d'une question d'importance: le sauvage a-t-il une âme? Le massacre des Indiens « Dans une boucherie comme sur des bêtes sauvages », selon l'expression de Montaigne, « Poursuivis comme des daims dans le fond des forêts, dévorés par les dogues et tués à coups de fusils, ou surpris et brûlés dans leurs habitations », selon le dominicain Las Casas, a donné naissance à la célèbre «Controverse de Valladolid» opposant Las Casas, défenseur des Indiens, au juriste Sepulveda. La controverse s'achèvera sur une ethnocentrique pirouette: au lieu de détruire les Indiens, a-t-on conclu, mieux vaut les civiliser, c'est-à-dire les rendre semblables à nous-même. Un destin malin se jouera du bon dominicain: indigné par le sort des Indiens, Las Casas conseille à Ferdinand le Catholique d'alléger leur misère en implantant des Noirs d'Afrique dans les pays sous domination espagnole. Telle est la lointaine origine de la traite des Noirs. La conduite des Espagnols n'est pas exceptionnelle et l'on pourrait multiplier les exemples d'extermination de peuples au nom de la soi - disant supériorité du sien. Conflits tribaux, guerres et

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conquêtes, en premier lieu. Le colonialisme ensuite, sur lequel nous reviendrons dans les chapitres consacrés à l'Afrique, avec ses innombrables abus de pouvoir individuels: au XIXe siècle encore, on organise en Afrique du Sud des parties de chasse visant à tuer le plus grand nombre possible de Koi et de buschmen; plus près de nous, en 1930, le cinéaste américain Robert Flaherty trouve un mot épinglé sur une hutte du Grand Nord: PARTI CHASSER L'ESQUIMAU.. Pour tous, l'existence d'êtres humains assimilés à des « sauvages» ne fait aucun doute. Etymologiquement, le sauvage est l'homo sylvestris, l'homme des forêts. L'ambiguïté de ce mot est telle que notre esprit l'associe inconsciemment aux bêtes sauvages, non domestiquées, celles qui sont dangereuses et se sauvent à l'approche de l'homme. Appliqué à l'homme, «sauvage » est utilisé à partir du Moyen Age, par opposition au «civilisé» (de civilis et eivis, citoyen, celui qui habite la ville, est soumis à des lois; on pense alors que le sauvage ne connaît ni lois, ni règles sociales). Civiliser signifie donc faire sortir de l'état sauvage. Inséparable, le couple «sauvage-civilisé» survit jusqu'au XIXe siècle. Incarnation a contrario de la puissante civilisation

entre aperçu ou décrit par les premiers voyageurs et conquérants est associée à deux notions aggravantes et complémentaires: la couleur de la peau (ce qu'on appelle alors la race, qui ne peut être qu'inférieure) et la religion. L'ethnocentrisme, ce commun dénominateur de tous les peuples, qu'ils soient petits ou grands, africains ou océaniens, «civilisés» ou «sauvages », n'a pas épargné l'Européen, fier de ses réalisations techniques: il juge la civilisation des autres par rapport à la sienne, qui est « le » centre de l'univers, la seule, la meilleure, la vraie... Le terme de « primitif» (de primitivus, qui naît le premier, qui précède) signifiant: qui a le caractère des premiers âges, apparaît vers 1850. Il est issu de la théorie de l'évolutionnisme social de l'anthropologue américain Lewis Morgan (1818-1881) qui domine le monde scientifique jusqu'au début du XXe siècle. De toutes les théories qui ont vu le jour en anthropologie, l'évolutionnisme est celle qui a le plus fortement influencé non seulement le monde 19

occidentale et chrétienne, la perception du sauvage - tel qu'il a été

scientifique, mais des domaines tels que la pensée politique (Marx), la psychanalyse (Freud) ou l'étude des mythes (Frazer). Partout dans le monde, pensent les évolutionnistes, l'espèce humaine est identique: comme un enfant qui s'assied, marche, parle et grandit, l'homme de tous les continents .est soumis à des lois universelles; de rythme inégal, son évolution diffère d'une société à l'autre. Alors que notre évolution à nous, civilisés, nous a permis d'atteindre un stade plus avancé, le primitif demeure un survivant de l'humanité au stade de l'enfance: tel un enfant attardé, il ne peut grandir. Le primitif est donc notre ancêtre, celui que nous avons été à l'aube de l'humanité. Cette théorie implique un extraordinaire renversement de
valeurs puisque le « sauvage»

-jusqu'alors

le contraire du civilisé

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change soudain de statut pour devenir le« primitif », celui qui a précédé le civilisé, contraint de se reconnaître en lui. Davantage encore: l'homme étant potentiellement le même sur tous les continents, l'égalité des races est ainsi théoriquement posée. Le XIXe siècle n'en continue pas moins de poursuivre une politique esclavagiste que les Quakers anglais dénoncent dès 1783. La Grande-Bretagne votera l'abolition de la traite en 1807, celle de l'esclavage en 1833 ; la France fera de même en 1815 et 1848. La place importante accordée par les premiers ethnologues à l'étude du «primitif» s'explique donc par l'évolutionnisme: l'ethnologie a commencé par être« La science des sociétés primitives» selon la définition du père de l'ethnologie française, Marcel Mauss. Les sociétés les plus archaïques, tels les aborigènes (de ab origine, celui qui était présent sur une terre depuis l'origine) d'Australie deviennent ainsi le terrain de prédilection de différentes écoles, dont celle de Cambridge, la première à se rendre au tournant du XXe siècle en Océanie pour étudier la religion de ceux qu'on appelle alors les « peuples primitifs». L'évolutionnisme est depuis longtemps dépassé. D'autres théories se sont succédé, se démarquant de lui: - le diffusionnisme : à l'image d'un caillou lancé dans l'eau, des centres de civilisation diffusent des inventions vers les cultures périphériques, ce qui implique contacts et échanges d'expérience,

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- le fonctionnalisme: comme les organes d'un corps assurent la satisfaction de divers besoins de l'organisme, les différentes fonctions d'une société - religion, types de famille, coutumes, vie sociale - répondent à ses besoins culturels et sociaux. Dans les années cinquante, ces théories seront à leur tour remplacées par: - le structuralisme: la vie d'une société est un ensemble structuré; en accomplissant la même fonction au sein de différentes sociétés, ces structures en nombre limité sont comparables entre elles. L'anthropologue français Claude Lévi-Strauss (né en 1908) en est le créateur. Toutes les théories, cependant, ne poursuivent qu'un seul but, celui de répondre aux interrogations suivantes: pourquoi certains peuples n'ont-ils pas dépassé l'âge de pierre? Comment expliquer les différences culturelles existant entre eux? Le développement de la science permet aujourd'hui d'apporter quelques réponses à ces questions. Mais le chemin a été long: il a fallu attendre le XXe siècle pour que les ethnologues puissent établir qu'un peuple « primitif» n'était ni arriéré, ni attardé, qu'aucune société, même la plus archaïque, ne pouvait exister sans culture et que celle des peuples dits «primitifs» était aussi complexe que celle des peuples dits « civilisés ». En un mot, que le « primitif» ne précédait pas mais était l'égal du « civilisé ». Traiter aujourd'hui quelqu'un d'« évolutionniste » revient donc à l'accuser de ne pas croire en l'égalité de 1'homme. Cette égalité est longtemps demeurée théorique dans les faits comme dans les esprits, si l'on songe qu'au XIXe siècle encore, un philosophe tel que Hegel évoque le «nègre» en ces termes « Il tombe au niveau d'une chose, d'un objet sans valeur». Car pour le philosophe allemand comme pour une grande partie des hommes du début du XXe siècle, le développement culturel est lié à la race, chacune d'entre elle possédant une structure intellectuelle qui lui est propre. L'erreur est double: d'une part, la génétique a établi que la notion de « race» en tant que telle n'existait pas; d'autre part «On confond les apparences raciales et les productions sociologiques et psychologiques des cultures hu21