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À propos de Collection XIX

Collection XIX est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…

Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces fonds publiés au XIXe, les ebooks de Collection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.

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LA PIERRE DES ANGLAIS MER DE GLACE

William Windham, Pierre Martel

Premiers voyages à Chamouni

Lettres (1741-1742)

Premiers Voyages à Chamouni

Relations de Windham et de Martel

On a dit et écrit pendant plusieurs années que Pococke et Windham avaient découvert la vallée de Chamouni1. Prise au pied de la lettre cette expression n’était qu’une erreur. mais elle peut très justement s’employer dans un sens figuré. Il est en effet de raison que dès les temps les plus reculés les habitants de cette vallée ont été en relations avec leurs voisins, et l’histoire ancienne du Prieuré (Prioratus in Campo Munito, le Prieuré de la Vallée Close), qui appartenait dès le XIe siècle à l’abbaye de Saint-Michel de la Cluse, a été magistralement écrite par MM. Perrin et Bonnefoy2. Sans même recourir aux nombreux documents spéciaux qu’a reproduits et analysés l’ancien notaire de Sallanches, nous voyons Chamonis et la vallée de l’Arve figurés sur la carte de Jean de Beins (Sabaudia Ducatus) qui, dessinée bien auparavant, fut publiée en 1630 par la dixième édition de l’Atlas de Mercator. D’autre part nous savons par les œuvres de M. Le Pays3 que ce galant directeur des gabelles y fut amené par une mission spéciale en 1669. Sa lettre du 16 mai de cette année, plusieurs fois citée et reproduite, nous montre que son esprit de petit maître n’en avait ressenti que de l’horreur. Mais si l’on se reporte à la situation de la vallée avant l’établissement des routes et l’usage des explosifs qui les a facilitées, alors que les gorges profondes de l’Arve étaient inaccessibles, si l’on pense que jadis la voie principale pour y arriver franchissait la Forclaz du Prarion, ainsi que l’atteste l’inscription romaine que l’on y a découverte en 18534, on se rend compte sans peine que la visite de la Vallée Close, du Campus Munitus, dans lequel on descendait, était assez laborieuse pour ne pas être tentée volontiers.

De simples voyageurs, des touristes, s’y rendirent-ils pour leur agrément avant 1741 ?

On serait tenté de répondre négativement, car dans sa Description des Glacières, Glaciers et Amas de glace du Duché de Savoye, publiée en 1773, Th Bourrit nous expose que ce sont les racontars des paysans de Chamouni, venant chaque année vendre leur miel et leurs cristaux, qui composaient alors tout le bagage des connaissances à ce sujet : « L’affreuse peinture qu’ils nous faisaient de leurs vallées de glace et de leurs hautes montagnes, ces récits tous extraordinaires qui nous avaient fait donner à ces monts blanchis l’épithète de Montagnes Maudites, excitèrent la curiosité de deux gentilshommes anglais qui depuis quelque temps fesaient (sic) leur séjour à Genève. » (ibid. p. 4).

Mais Windham lui-même nous parle dans son récit, ainsi qu’on le verra ci-dessous, d’étrangers qui seraient venus avant lui dans la vallée, et qui n’auraient d’ailleurs ni dépassé le Prieuré, ni tenté d’aborder les Glacières. D’autre part, le Voyage pitoresque (sic) aux Glacières de Savoye, public quelques mois avant l’ouvrage de Bourrit5, par l’anonyme B. (André-César Bordier) nous dit dans sa préface que « peu d’Anglais passent par Genève sans se rendre aux Glacières de Chamouny. » Il mentionne l’existence de guides qui conduisent sur les Glaciers, mais on doit comprendre que cette organisation est récente à l’époque où il est écrit (1773) et n’a pris naissance que depuis peu d’années. Il est d’ailleurs constant, par les écrits de De Saussure, que lors de sa première visite à Chamouni en 1760, il n’y avait pas encore de gite pour le public, et qu’il fut obligé de demander l’hospitalité au recteur.

Si donc il y eut auparavant dans la vallée de Chamouni quelques visiteurs, autres que les fonctionnaires ou ceux qu’y appelaient quelques rares affaires, nous pouvons tenir pour constant qu’ils furent en bien petit nombre et que nul n’en recueillit l’écho. Rien n’empêche par conséquent de dire que la première excursion dirigée vers cette vallée, pour le seul plaisir de la vue des montagnes et de la curiosité scientifique, fut celle qu’entreprirent au mois de juin 1741 un certain nombre de voyageurs anglais dont les noms de Windham et de Pococke sont les plus connus, et, comme le proclame si bien M. Durier dans son Mont-Blanc, ce qu’ils firent du moins les premiers, ce fut d’en parler.

Cette expédition eut à l’époque un grand retentissement, et si les héros n’en découvrirent pas Chamouni au sens littéral du mot, ils le révélèrent en réalité au public et au monde lettré. Leur voyage défraya pendant longtemps les conversations des salons genevois où l’on se disputait leur présence6, et ce fut cette vogue qui amena l’année suivante une caravane de Genevois, au nombre desquels se trouvait un ingénieur du nom de Pierre Martel, à tenter à nouveau l’aventure.

L’événement donc, même dépouillé de ce caractère fabuleux de découverte d’une contrée inconnue au cœur de l’Europe en plein XVIIIe siècle, demeure encore assez important, puisqu’il fut en réalité le point de départ de nos connaissances sur le Mont Blanc. Cependant les détails n’en furent point dès l’abord livrés à l’impression, et dans la savante introduction dont il fit précéder sa publication de 1879, M. Théophile Dufour nous apprend, d’après la tradition courante et d’après des renseignements particuliers, qu’on ne les connaissait que par des copies manuscrites des récits des auteurs qui circulaient dans la Société. En effet, M. Windham avait écrit à M. Arlaud, peintre alors renommé à Genève7, une lettre dans laquelle il donnait la relation de son voyage, et l’ingénieur Martel, sur la demande de son devancier, lui avait aussi communiqué ses impressions par correspondance. Les destinataires de ces lettres ne les avaient point gardées secrètes, et c’est ainsi qu’on s’en passait des copies de main en main. Au vu d’une de ces copies, un bel esprit du temps, Léonard Beaulacre, bibliothécaire à Genève, en fit un extrait ou compte rendu qu’il adressa en mai et juin 1743 au Journal Helvétique, de Neufchatel8, et l’année suivante, en 1744, Pierre Martel, émigré en Angleterre, en publia à Londres une version ou une adaptation anglaise9. C’est ainsi que se répandit la connaissance de ces exploits.

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