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Présidentielle 2012

De
252 pages
L'élection présidentielle de 2012 s'est distinguée des précédentes du point de vue de la communication politique. D'un point de vue institutionnel, un président sortant d'un mandat de cinq ans se représentait pour la première fois, donnant à l'élection un aspect de référendum. D'un point de vue conjoncturel, la personnalité de Nicolas Sarkozy a plus pesé que celle de ses prédécesseurs. Réseaux sociaux et méthodes "classiques" de communication revisitées ont exacerbé ces singularités.
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Dirigé parPhilippe J. Maarek
une communication politique
Présidentielle 2012: une communication politique bien singulière
Communication et Civilisation Collection dirigée par Nicolas Pélissier La collectionCommunication et Civilisation, créée enseptembre 1996, s’est donné un double objectif. D’une part, promouvoir des recherches originales menées sur l’information et la communication en France, en publiant notamment les travaux de jeunes chercheurs dont les découvertes gagnent à connaître une diffusion plus large. D’autre part, valoriser les études portant sur l’internationalisation de la communication et ses interactions avec les cultures locales. Information et communication sont ici envisagées dans leur acception la plus large, celle qui motive le statut d’interdiscipline des sciences qui les étudient. Que l’on se réfère à l’anthropologie, aux technosciences, à la philosophie ou à l’histoire, il s’agit de révéler la très grande diversité de l’approche communicationnelle des phénomènes humains. Cependant, ni l’information, ni la communication ne doivent être envisagées comme des objets autonomes et autosuffisants. Dernières parutions Sous la direction de Sylvie P. ALEMANNO et Bertrand PARENT,Les communications organisationnelles.Comprendre, construire, observer,2013. Béatrice VACHER, Christian LE MOËNNE et Alain KIYINDOU (dir.),Communication et transformationdu débat public, 2013. Mihaela-Alexandra TUDOR,Epistémologie de la communication. Science, sens et métaphore, 2013. Fathallah DAGHMI, Farid TOUMI, Abderrahmane AMSIDDER (dir.),?Les médias font-ils les révolutions Regards critiques sur les soulèvements arabes, 2013. Claude DE VOS, Derrick de KERCKHOVE,Ecrit-Ecran, Formes d’expression, 2013. Claude DE VOS, Derrick de KERCKHOVE,Ecrit-Ecran, Formes de pensée, 2013. Claude DE VOS, Derrick de KERCKHOVE,Ecrit-Ecran, Formes graphiques, 2013. Delphine LE NOZACH,Les produits et les marques au cinéma, 2013.
Présidentielle 2012: une communication politique bien singulière
Dirigé par Philippe J. Maarek
Ouvrage publié sous l’égide du Centre d’Études Comparées en Communication
Politique et Publique (Ceccopop).
Avec le soutien du Conseil général du Val-de-Marne.
Du même auteur:
Dans la même collection, chez L’Harmattan La communication politique européenne sans l’Europe : les élections au Parlement européen de 2009,(direction), 2012
La communication politique des Présidentielles de 2007 : de la démocratie participative à la démocratie représentative,(direction), 2009
Chronique d’un « non » annoncé : La communication politique et l’Europe (juin 2004-mai 2005),(direction), 2007
La communication politique française après le tournant de 2002, (direction), 2004
Chez d’autres éditeurs Communication et Marketing de l’homme politique, e 4 édition,Lexis-Nexis, 2014, publication en cours Média et malentendus, cinéma et communication politique, Edilig, collection Médiathèque, 1986 La Censure cinématographique, LITEC/Lexis-Nexis, 1982 De mai 68 aux films X, cinéma, politique et société, Dujarric, 1979
À l’étranger
Campaign Communication and Political Marketing, Wiley-Blackwell, Oxford/Boston, 2011
Marketing politico y communicacion, e 2 édition,Paidos/Planeta, Barcelone, 2009, réimpression en 2012
Political Communication in a new Era, (co-direction, avec Gadi Wolfsfeld), Routledge, Londres, 2003
Communication and Political Marketing, John Libbey, Londres, 1995
2012 :Élection singulière, communication politique singulière
Philippe J. Maarek Professeur en Sciences de l’information et de la communication Université Paris-Est (UPEC) Directeur du Centre d’études comparées en communication politique et publique (Ceccopop) Ancien Président des Sections de recherches en communication politique de l’Association internationale de Science politique (AISP) et de l’Association internationale de recherches en information et communication (AIERI)
L’élection présidentielle française de 2012 aura sans aucun doute présenté de nombreuses singularités qui la distinguent assez nettement des précédentes du point de vue de la communication politique. Le présent travail sur cette question, mené dans la foulée d’un colloque du Centre d’études comparées en communication politique et publique (Ceccopop), qui donne lieu à la présente publication, s’est donc révélé passionnant. Les chercheurs dont les études sont réunies dans ce volume ont noté de nombreuses évolutions par rapport aux précédents travaux précédemment publiés sous l’égide du Ceccopop chez le même éditeur à quatre reprises après toutes les élections d’envergure nationale e 1 qui se sont déroulées auXXIsiècle . La communication politique lors de la campagne présidentielle de 2012 nous a en effet semblé triplement singulière sous trois aspects: institutionnel, conjoncturel, et communicationnel. D’un point de vue institutionnel,il s’agit de la première fois où un président sortant dans le cadre du mandat réduit à cinq ans se représentait, Nicolas Sarkozy, en l’occurrence. Or tout au long de ces cinq années, personnalité de l’homme politique mis à part, il est clairement apparu que le raccourcissement du mandat du Président change de façon non négligeable les rapports entre le président de la République et le Premier ministre, faisant bien plus clairement pencher la balance du pouvoir exécutif du côté de l’Élysée,
1 – V. les quatre ouvrages dirigés par Philippe J. Maarek précédemment parus dans la même collection référencés en tête du présent volume. 7
plutôt que du côté de la Rue de Varennes. Réélu après un septennat dans le cadre du mandat raccourci à cinq ans, Jacques Chirac n’avait au fond guère changé sa pratique du pouvoir, et la « dualité » du pouvoir exécutif longtemps e posée comme la marque de la Constitution de la VRépublique avait continué à y produire ses effets. Certes, sur les « grandes » options politiques, le Président avait incontestablement une prééminence très claire, pouvant même forcer le Premier ministre à la démission en cas de désaccord, comme l’avaient notamment fait Georges Pompidou avec Jacques Chaban-Delmas ou Valéry Giscard d’Estaing avec le même Jacques Chirac, alors son Premier ministre. Mais la gestion courante du pouvoir exécutif restait pour l’essentiel dans les mains du gouvernement et du Premier ministre, mis à part ce que l’on appelait le « domaine réservé », en particulier les affaires étrangères. La présidence de Nicolas Sarkozy entre 2007 et 2015 fut donc en réalité la première mandature où s’exerça pleinement la primauté renforcée du président de la République. La forte personnalité du nouveau Président aida, certes, affirmée publiquement et vivement dès la fin août 2007 à un journaliste :«Le Premier ministre est un collaborateur. Le patron, c’est 2 moi». Cette prééminence renforcée se traduisit d’ailleurs par la prise en main directe par la Présidence de la communication politique du sommet de l’État en 2007-2008. En particulier, Nicolas Sarkozy tenta de prendre directement le contrôle de la communication du Gouvernement lui-même, en nommant l’un de ses conseillers de la campagne de 2007, Thierry Saussez, à la tête du Service d’information du Gouvernement. Il lui octroya concurremment la position spécifiquement créée pour l’occasion de « Délégué interministériel à la communication», qui l’autonomisait en quelque sorte par rapport au Premier ministre duquel il dépendait théoriquement. Seule une suite d’échecs conjoncturels malencontreux qui conduisit au départ de Thierry Saussez 3 empêcha la pérennisation de cette prise de contrôle. On notera au passage sur ce point que si François Hollande a mené sa campagne de communication de 2012 sous l’angle de la «normalité », dont Juan Alonso explique bien les avantages et les inconvénients de cet affichage, ce fut sans doute efficace le temps de la campagne électorale, mais apparemment bien difficile à assumer ensuite. L’expérience de la première année de mandat de François Hollande a également confirmé que tout président «normal »qu’il se soit voulu, devenu président, il a
2 – Interview paru dansSud-Ouest,le 22 août 2007. 3 – Sur ce point, V. P.J. Maarek,History and Prospects of Government Communication in Francein Maria-José Canel and Karen Sanders,Government Communication: Cases and Challenges,Bloomsbury, juin 2013.
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dû abandonner petit à petit nombre des attributs de la «normalité »qu’il prétendait revendiquer en se coulant de plus en plus dans le « moule » régalien des présidents qui l’ont précédé – qu’il s’agisse de micro-décisions comme celle de tenter de remplacer les déplacements en train par ceux en avion, ou de décisions plus importantes, comme celles de nommer qui il voulait à la tête du gouvernement, ou de porter directement la responsabilité des principales décisions prises par « son » gouvernement. La conséquence de cette affirmation de la primauté institutionnelle renforcée du président de la République a donc en bonne partie donné à l’élection de 2012 l’aspect d’un référendum sur un bilan de mandat que n’avaient jamais eues les élections présidentielles précédentes. C’est bien le président sortant qui apparaît maintenant complètement responsable de l’action politique de l’État, sans pouvoir se décharger sur le fusible constitué positionnellement par le Premier ministre comme c’était auparavant possible. Cela change bien évidemment bien évidemment la donne. Or le mandat de Nicolas Sarkozy avait été obéré par la crise économique mondiale, dont il parut de la sorte directement responsable des conséquences sur la France, puisqu’aucun garde-fou ne pouvait donc être mis en jeu pour sa protection. L’influence de ce phénomène sur la campagne de 2012 est incontestable, et le « bilan de mandat » devrait continuer à être une composante bien plus importante qu’auparavant des campagnes électorales présidentielles à venir dès lors qu’un président sortant cherchera à se représenter, avec les risques que cela comporte – le Premier ministre sortant ayant en revanche dans le futur sans doute plus de facilité à se démarquer à l’avenir s’il invoque avec habileté ce phénomène sans pour autant apparaître n’avoir été qu’une courroie de transmission de la volonté présidentielle – comme François Fillon tenta de le faire après 2012. D’un point de vue conjoncturel,il est clair que la personnalité même de Nicolas Sarkozy a considérablement plus pesé sur l’élection de 2012 que celle de ses prédécesseurs sur les précédentes campagnes. Certes, les électeurs qui se sont exprimés (ou abstenus, d’ailleurs) sous la Cinquième République lors des élections présidentielles ont toujours su qu’ils ne votaient pas seulement pour un programme ou une ligne politique, mais aussi pour un individu qui se présentait à leurs suffrages. Mais même si la personnalité du candidat jouait, si par exemple Valéry Giscard d’Estaing faisait intervenir dans sa campagne de 1974 sa femme et ses deux filles, ou sa capacité à jouer de l’accordéon, si Bernadette Chirac sembla parfois plus faire campagne que son mari en 2002, jamais la personnalisation de la communication d’un candidat, en outre un président sortant, n’a été aussi forte. L’exposition de l’intimité de Nicolas Sarkozy au fil des années a été telle que les chercheurs français l’ont même baptisée d’un barbarisme franco-9