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PRÉVENIR LA VIOLENCE

De
187 pages
Acteurs de prévention, éducateurs, enseignants ou simplement parents, soucieux de comprendre les manifestations, les mécanismes et les causes des violences, découvriront dans cet ouvrage des méthodes, des techniques, des cheminements pour aider l'adolescent à intégrer progressivement des pulsions qui, si elles sont naturelles, n'en doivent pas moins être domptées. Ce livre apporte en outre des réponses précises sur la prévention des conduites à risque, dans le cadre d'une relation éducative, avec des adolescents, en s'appuyant sur des études de cas détaillées.
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PRÉVENIR LA VIOLENCE

Couverture: huile de Pascal Le Rest. Représentation d'un vieil idéogramme chinois symbolisant que le maître et l'élève sont unis dans la voie.
Ce livre a été publié une première fois, en 1999, par le Comité Départemental de Karaté d' Eure-et-Loir, qui avait bénéficié pour sa publication de l'aide financière de la Direction Départementale de la Jeunesse et des Sports d'Eure-et-Loir et de la Mission Interministérielle de Lutte contre les Drogues et la Toxicomanie, ainsi que du soutien logistique de l'association lucéenne LESSCALE. Ce livre relate des faits qui se sont produits de 1994 à 1998.

Pascal LE REST

PRÉVENIR LA VIOLENCE

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris France

L 'Harmattan Inc. 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) CANADA H2Y lK9

L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan Italia Via Bava, 37 10214 Torino ITALIE

Du même auteur

La voie du karaté, une technique éducative, Chartres, Imprimerie Durand, 1997. Le karaté de maître Kamohara, Lille, Presses Universitaires du Septentrion, 1998. Sur une voie de l'intégration des limites, Chartres, Comité Départemental de Karaté d'Eure-et-Loir, 1999. Le Karaté, sport de combat ou art martial, Chartres, Comité Départemental de Karaté d'Eure-et-Loir, 2000. Les jeunes, les drogues et leurs représentations, Paris, L'Harmattan, 2000. Le karatéka et sa tribu, mythes et réalités, Paris, L'Harmattan, 2001. Drogues et société, Paris, L'Harmattan, 2001.

(Ç) L'Harmattan, 2001 ISBN: 2-7475-0774-2

« J'ai appris depuis, mais à force d'entendre parler ceux qui étaient autour de moi, et à qui je mourais d'envie de faire entendre tout ce qui me venait dans l'esprit,. ce qui fait bien voir que ces choses-là s'apprennent beaucoup mieux par la curiosité naturelle abandonnée à elle-même, que par les menaces et les châtiments qu'on emploie pour faire étudier les enfants ». Saint-Augustin Les confessions

SOMMAIRE

Préambule Glossaire I. Violences II. Histoire d'une pratique de la violence III. Adaptation d'une pratique violente IV. De la violence à l'insertion V. Un espace de transformations VI. Un univers de symboles VII. Des techniques et des moyens VIII. Une mise en scène et une distribution des rôles IX. Limites de la prévention et prévention des dérives x. Perspectives Bibliographie

Il 13 15 31 39 57 77 97 109 145

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PREAMBULE

Il Y a quelques années, j'enseignais dans un collège de l'agglomération chartraine qui se trouvait confronté à d'importants problèmes de violence et de dégradations de locaux. Je proposais au principal du collège d'encadrer les adolescents volontaires dans une activité de karaté pour tenter de canaliser un peu le débordement d'énergie. L'acceptation par l'établissement était liée au fait que j'étais ceinture noire et diplômé par la fédération ftançaise de karaté. L'expérience se révéla fructueuse et participa à l'amélioration du climat dans le collège. Cela m'incita à réfléchir plus en profondeur et à entreprendre une formation d'éducateur spécialisé. J'eus par la suite l'occasion d'adapter les techniques issues du karaté. Dans un institut d'éducation sensorielle, au travers d'un travail tactile, il s'agissait de renforcer le schéma corporel, le repérage dans l'espace pour des jeunes aveugles ou des déficients visuels gravement handicapés. Puis, j'ai adapté ces techniques dans un projet partenarial de prévention des conduites à risques. Dans une association de quartier, je me suis servi de cet outil pour travailler sur la secondarisation des pulsions violentes de jeunes en difficultés sociales.

Il

Il était donc logique que je formalise mes idées sur la valeur éducative du karaté, que je fasse part de cette adaptation des techniques dans ma pratique professionnelle. Ce travail de réflexion sur une prévention de la violence a été nourri par des études théoriques qui ont fait l'objet en 1994 d'une validation de Diplôme d'Etudes Supérieures Spécialisées en ethnométhodologie et en 1996, d'un Doctorat en ethnologie. Ce travail se situe postérieurement à d'autres publications dont Le karaté de maître Kamohara paru aux Presses Universitaires du Septentrion en 1998.

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GLOSSAIRE

Arts martiaux: techniques de combat mises au point en Asie, dont le karaté fait partie. Budo : ensemble des pratiques, des techniques et de l'esprit intégré en elles, propre au Japon féodal. Bushido: voie du chevalier japonais, c'est-à-dire du samourai. Daimyo : équivalent du seigneur ou du baron dans le Japon féodal. Dan: niveaux de pratique après l'obtention de la ceinture noire. Do : état d'esprit qui préside à la pratique d'un art martial, et lié au désir de la recherche de la maîtrise de cet art. Dojo: lieu de la pratique des arts martiaux. Gedan: au niveau du bas ventre. Geri: coup de pied. Gishinkan : style de karaté particulier dans l'école du shito-ryu shukokaï. Hara: lieu situé dans le bas ventre où se travaille le ki. Ippon: technique efficace qui terrasse l'adversaire. Ippon kumite : travail du combat ritualisé, à deux. Jodan : au niveau de la tête. Kami : êtres humains exceptionnels déifiés ou procédures naturelles divinisées. Karaté: méthode de combat à mains nues.

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Kata: répertoire codifié de toutes les techniques du karaté. Ki : énergie interne développée par la pratique du karaté. Kiaï : cri qui permet de conduire la force du bas ventre, dans le coup porté, jusqu'à la partie du corps visée de l'adversaire. Kihon: travail d'une technique spécifique, de main ou de pied. Kimé : la puissance qui accompagne le coup porté. Kimono: le vêtement que l'on porte dans le dojo. Kumite : combat. Kyu : grades entre la ceinture blanche et la ceinture noire. Maître: titre que l'on acquiert avec l'obtention du Sème dan. Mokuso : fermer les yeux en zazen. Ronin : samourai déchu ou en quête d'un daimyo. Ryu : école. Samourai : chevalier dans le Japon féodal, aux ordres d'un daimyo. Satori: l'éveil, l'illumination dans le bouddhisme. Seppuku: suicide à l'aide du sabre (hara kiri). Shinto: voie des dieux. Shintoïsme: religion japonaise qui réfère au shinto. Shito-ryu: l'école de karaté créée par Kenwa Mabuni. Shodan : au niveau du corps. Shotokan : l'école de karaté créée par Gishin Funakoshi. Shukokaï: l'école de karaté créée par Chojiro Tani. Suki : coup de poing. Tatami: tapis spécifiques pour la pratique des arts martiaux. Tori-masen : techniques jugées peu efficaces et sans intérêt, en compétition. Waza-ari : point accordé pour une technique gagnante, en compétition. Zazen: position de salut, en début et fin de séance. Zen: philosophie et religion proche du karaté.

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I. VIOLENCES

La question de la violence est aujourd'hui centrale dans un certain nombre de recherches. Les travaux de Jean Bergeretl proposent des pistes de réflexions psychanalytiques. Ceux de David Le Breton ou de Patrick Baudry s'inscrivent dans une perspective sociologique. L'intérêt croissant pour cette question est alimenté par l'information spectacle que l'univers médiatique s'emploie à mettre en scène. La théâtralisation est à l'œuvre dans la manière d'exposer les voitures qui brûlent dans les banlieues, de suivre le déroulement d'une émeute, de restituer les termes d'un massacre. Cela dit, les faits violents existent indépendamment de leur traduction par la presse ou la télévision. Or la violence est devenue insupportable et peut-être est-ce pour cette raison qu'elle est un vecteur si puissant à interpeller l'autre, à communiquer la haine, la misère, le dénuement. Les violences sur soi et les violences sur l'autre nous dérangent. Pourquoi parle-t-on si peu des suicides des jeunes? On évoque les 6000
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Notamment «la violence fondamentale» et «la violence et la vie» ,

référés en bibliographie. Par convention, les notes de bas de page qui ne mentionnent qu'un nom d'auteur et une ou plusieurs pages, renvoient à un ouvrage figurant en bibliographie. De plus, quand le titre d'un livre apparaît, c'est pour le distinguer entre d'autres livres du même auteur.

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décès annuels sans les commenter, sans les analyser. S'agissant des conduites addictives, il est encore en matière de prévention habituel de rester fixer sur les produits. On évite ainsi de prendre en compte la souffrance de l'adolescent et la violence qu'il s'inflige. Tout se passe également comme si l'on découvrait aujourd'hui la violence de la violence. En réalité, ce qui met mal à l'aise dans un certain nombre de cas, c'est moins la violence exprimée que le fait qu'elle s'exprime hors d'un cadre repéré. Ce qui devient violent, c'est l'absence de sens à la violence manifestée et l'incapacité du spectateur à se représenter cette violence dans l'ordre du monde. L'impuissance du spectateur à comprendre la violence, à l'intégrer symboliquement dans sa représentation du monde renvoie au chaos. Le karaté est un art martial. Par la culture qui le réfère, il se présente comme une technique de combat très fortement ritualisée. L'esthétique domine et préside à la formalisation des techniques. La violence martiale s'exprime dans l'ordre du dojo, selon des rites qui proscrivent l'anarchie. Le sens, ce que les Japonais appellent la voie, domine la pratique. J'ai choisi d'adapter ces techniques issues du karaté parce qu'elles me permettaient de travailler les expressions de violences manifestées par les adolescents. J'ai constaté que des jeunes avaient le désir de se battre, que d'autres étaient submergés par leur agressivité, qu'une autre catégorie ne parvenait pas à décharger les tensions vers le dehors et retournait contre eux une violence prodigieuse. Je suis parti d'un constat: la violence existe et se manifeste de diverses façons dans la jeunesse. J'ai poursuivi par une spéculation: les expressions de la violence dans la jeunesse génèrent pour un nombre non négligeable d'adolescents le basculement vers le suicide, les conduites addictives, les conduites ordaliques et des débordements de 16

brutalités. J'ai conclu provisoirement par cette nécessité qu'il fallait travailler à partir de la violence de l'adolescent pour l'intégrer, la secondariser, la sublimer. Les objectifs que je me fixais dans ce travail sur la violence étaient évolutifs et tenaient compte des pièges et des paradoxes des techniques éducatives que Michel Lemay a caractérisés au cours de ses recherches2. Le premier objectif est l'élaboration d'un schéma corporel complexe, qui puisse permettre au jeune de prendre conscience de ses limites physiques ce qui passe par la question du rapport au corps, et de la violence faite au corps (anorexie, boulimie, usage de toxiques, tatouages). Le deuxième objectif consiste à transformer le rapport à la violence, en confrontant l'adolescent aux autres, dans des situations ritualisées où la violence est exprimée mais dans des limites et des règles strictes, sous mon autorité. Le troisième objectif est d'utiliser les vertus d'une violence intégrée, maîtrisée, contrôlée pour se construire une place dans le monde, pour trouver les moyens d'une insertion sociale. Les moyens que j'ai trouvés pour réfléchir à ces objectifs et tenter de les atteindre se sont révélés au travers de l'adaptation du karaté. En tant qu'art martial, je bénéficiais dans le karaté d'un cadre structuré avec des règles repérables et qui de plus sont l'objet d'une idéalisation chez les adolescents. A l'intérieur de ce cadre, il me paraissait possible, dans une perspective éducative, de donner du sens à la violence, de la ritualiser et de travailler sur son élaboration. L'idée de cette adaptation du karaté et de ce travail sur la violence des jeunes pour les conduire à l'élaborer, à l'intégrer, est relative à mon propre chenlln dans le karaté. J'ai débuté la
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Lemay. Pages 169-200.

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pratique avec un professeur japonais 6èmedan c'est-à-dire un maître en karaté. C'est sous son égide que j'ai obtenu tous les grades avant de me présenter à la ceinture noire devant un jury de la ligue régionale. Après des années de pratique, j'avais entrepris des études d'ethnologie au cours desquelles je m'intéressais particulièrement à la culture japonaise. Dans un travail de thèse, j'étudiais le fonctionnement d'un dojo et les rites initiatiques qui s'y menaient si bien que l'univers du karaté avec ses passations spécifiques et ses procédures mentalisées ne m'était pas étranger. Par ailleurs, pendant treize années, j'ai enseigné les mathématiques dans l'Education Nationale. J'ai été confronté à des situations difficiles, à des réalités violentes dont les adolescents étaient toujours les victimes. L'adolescent, auteur d'un acte violent, est souvent dans l'incapacité d'exprimer autrement la souffiance qui le submerge. Son passage à l'acte est la résultante d'un conflit qui a grandi et mobilisé peu à peu toutes les énergies disponibles jusqu'à l'explosion. Il est lui-même victime de son impuissance à agir autrement. En tant qu'enseignant, je n'avais pas les moyens de m'intéresser à lui. Mon devoir était de secourir celui ou celle sur qui s'exerçait cette violence3 et de sanctionner l'auteur de la violence. C'est pour prendre en considération ces adolescents violents4 que je proposais la première fois dans un collège l'adaptation de techniques issues du karaté. C'est non pas pour exclure, comme on a souvent tendance à le faire, mais pour inclure ces sujets que la sanction conforte dans le repli, l'échec, la marge, pour inclure donc que je retravaillais, avec l'accord du collège, de la mairie de Lucé et de l'association LESSCALE de Lucé, cette question
3 Chaillou. Pages 19-20. 4 Vaucresson 1988. Pages 157-158-159.

Françoise Grimaldi et Marc Janin.

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