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Principes de psychologie (volume 2)

De
684 pages
Ce second volume contient toute la psychologie subjective de l'auteur. Il se divise en trois parties. La partie la plus considérable, intitulée : Analyse spéciale, nous fait passer de l'étude synthétique à l'étude analytique des phénomènes de conscience. L'Analyse générale recherche quel rapport il y a entre la pensée et les choses, et discute l'idéalisme, pour conclure au réalisme. Enfin, sous le titre de Corollaires, l'auteur étudie spécialement les émotions et les sentiments, et prépare la transition de la psychologie à la sociologie.
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PRINCIPES DE PSYCHOLOGIE
VOLUME II

Collection Encyclopédie Psychologique dirigée par Serge Nicolas La psychologie est aujourd'hui la science fondamentale de l'homme moral. Son histoire a réellement commencé à être écrite au cours du XIXe siècle par des pionniers dont les œuvres sont encore souvent citées mais bien trop rarement lues et étudiées. L'objectif de cette encyclopédie est de rendre accessible au plus grand nombre ces écrits d'un autre siècle qui ont contribué à l'autonomie de la psychologie en tant que discipline scientifique. Cette collection, rassemblant les textes majeurs des plus grands psychologues, est orientée vers la réédition des ouvrages classiques de psychologie qu'il est difficile de se procurer aujourd'hui. Dernières parutions John Stuart MILL, La psychologie et les sciences morales (1843), 2006. A. BINET, Introduction à la psychologie expérimentale (1894), 2006. Dugald STEWART, Esquisses de philosophie morale (1793), 2006. Joseph DELBOEUF, Etude critique de la psychophysique (1883), 2006. Th. FLOURNOY, Etude sur un cas de somnambulisme (1900),2006. A. GARNIER, Précis d'un cours de psychologie (1831), 2006. A. GARNIER, La psychologie et la phrénologie comparées (1839), 2006. A. JACQUES, Psychologie (1846),2006. G. J. ROMANES, L'évolution mentale chez l'homme (1888), 2006. F. J. GALL, & G. SPURZHEIM, Des dispositions innées (1811), 2006. Th. RIBOT, L'évolution des idées générales (1897), 2006. Ch. BONNET, Essai analytique sur les facultés de l'âme (1760), 2006. Bernard PEREZ, L'enfant de trois à sept ans (1886), 2007. Hippolyte BERNHEIM, L'hypnotisme et la suggestion (1897),2007. Pierre JANET, La pensée intérieure et ses troubles (1826), 2007. Pierre LEROUX, Réfutation de l'éclectisme (1839), 2007. Adolphe GARNIER, Critique de la philosophie de Th. Reid (1840), 2007. Adolphe GARNIER, Traité des facultés de l'âme (1852) (3 vol.), 2007. Pierre JANET, les médications psychologiques (1919) (3 voL), 2007. J.-Ph. DAMIRON, Essai sur l'histoire de la philosophie (1828), 2007. Henry BEA UNIS, Le somnambulisme provoqué (1886),2007. Joseph TISSOT, Théodore Jouffroy, fondateur de la psychologie, 2007. Pierre JANET, Névroses et idées fixes (vol. I, 1898), 2007. RAYMOND, & P. JANET, Névroses et idées fixes (vol. II, 1898),2007. D. STEWART, Philosophie des facultés actives et morales (2 vol.) ,2007. Th. RIBOT, Essai sur les passions (1907),2007. Th. RIBOT, Problèmes de psychologie affective (1910), 2007. Th. RIBOT, Psychologie de l'attention (1889),2007. P. JANET, L'état mental des hystériques (3 vol., 1893, 1894,1911),2007

Herbert SPENCER

PRINCIPES DE PSYCHOLOGIE
(1855-1872)

VOLUME II

Introduction de Serge NICOLAS

L'HARMATTAN

@ L'HARMATTAN,2007 5-7, rue de l'École-Polytechnique;

75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.ft harmattan 1@wanadoo.ft

ISBN: 978-2-296-04121-9 EAN: 9782296041219

PRÉFACE DE L'ÉDITEUR

Comme le note Théodule Ribot (1839-1917), on pourrait donner le titre suivant au premier volume contenant la partie synthétique tout entière: Genèse de la vie psychologique. Par sa rigueur d'enchaînement et la nouveauté de sa méthode, elle est une des parties les plus originales du livre. C'est le premier essai vraiment scientifique d'une histoire des phases diverses que parcourt l'évolution de la vie mentale. Si on la rapproche par la pensée des tentatives de Locke et de Condillac sur ce sujet, la genèse sensualiste paraîtra d'une simplicité enfantine. L'auteur, prenant la vie psychologique à son plus bas degré, l'amène par additions successives à sa plénitude; son caractère fondamental, c'est d'être une correspondance, qui, à mesure qu'elle se complète, reproduit subjectivement la réalité objective du monde. Elle est successivement directe et homogène, directe et hétérogène; elle s'étend à l'espace, au temps; elle croît en spécialité, en généralité, en complexité; elle coordonne enfin ses. divers éléments et produit ainsi une intégration, c'est-à-dire une fusion d'éléments originairement séparés. Telles sont les périodes que traverse la vie psychologique pour se constituer. Considérée, non plus dans son mode de formation, mais dans ses manifestations, elle est d'abord action réflexe, puis instinct, qui n'est qu'une action réflexe composée. Là commence, à proprement parler, la vie consciente, qui est, d'une part, mémoire et raison, d'autre part sentiment et volonté. Si maintenant, prenant une intelligence humaine adulte dans le plein exercice de ses facultés, c'est-à-dire le type le plus élevé que nous

puissions connaître de la vie psychologique, nous la résolvons par l'analyse dans ses éléments, comme cela est fait dans le second volume, allant du très-composé au moins composé, du composé au simp le, du simple au très-simple et à l'irréductible, nous parcourons cette progression descendante: raisonnement quantitatif composé, raisonnement quantitatif simple, raisonnement quantitatif simple et imparfait, raisonnement qualitatif parfait, raisonnement qualitatif imparfait, raisonnement en général. Le raisonnement est une classification de rapports, la perception une classification d'attributs. L'objet concret de la perception soumis à l'analyse est dépouillé d'abord de ses attributs dynamiques (qualités secondes), ensuite de ses attributs statico-dynamiques (qualités secundopremières), enfin de ses attributs statiques (qualités premières). La perception fondamentale, est celle de la résistance. Considérée en général, la perception est une classification organique de rapports; les deux rapports les plus simples sont celui de ressemblance et de dissemblance, et celui de succession; de sorte que l'acte le plus simple de la conscience, c'est d'abord la perception d'une différence, ensuite la perception d'une ressemblance.

Serge NICOLAS Professeur en histoire de la psychologie et en psychologie expérimentale Université Paris Descartes. Directeur de L'Année psychologique. Institut de psychologie Laboratoire Cognition et Comportement, FRE 2987 71, avenue Edouard Vaillant 92774 Boulogne-Billancourt Cedex, France

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RÉSUMÉ DU SECOND VOLUME DE SPENCER]

SIXIÈME PARTIE. Analyse spéciale.
1. Le raisonnement quantitatif composé.

Entre les états de conscience que nous distinguons comme intellectuels et émotionnels, il y a cette différence qu'une pensée, quelque simple ou complexe qu'elle soit, contient des éléments qu'on peut plus ou moins définir et nommer et dont les rapports peuvent être plus ou moins indiqués. Un sentiment, au contraire, est tout à fait vague dans ses contours; sa nature reste toujours indistincte; c'est le caractère distinctif de la genèse des émotions d'être produites par la consolidation de groupes d'états de conscience de plus en plus larges et hétérogènes; elles ne peuvent donc s'expliquer que synthétiquement, comme nous l'avons fait précédemment; il s'agit donc ici de l'analyse des phénomènes intellectuels en commençant par les plus complexes de la série à analyser et en cherchant à résoudre ces derniers dans les plus voisins dans l'ordre de complexité décroissante et ainsi successivement jusqu'à ce que nous ayons atteint le plus simple et le plus général. Le raisonnement quantitatif composé est l'espèce la plus complexe et il a lui-même des degrés. Un exemple de raisonnement quantitatif le plus composé est celui de l'ingénieur qui, ayant construit un pont tubulaire en fer d'une portée donnée et le sachant juste assez fort pour supporter l'effort résultant en grande partie du poids de sa propre masse, est chargé de construire un autre pont de même nature mais d'une portée double. Un ignorant pourrait croire qu'il suffit de doubler toutes les parties du nouveau pont, mais l'ingénieur sait:
1

D'après De Greef, G. (1882). Abrégé de psychologie d'après Herbert Spencer (pp. 86Imprimerie A. Lefèvre.

19 I). Bruxelles:

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a) b)

que la force de sustension dans le petit tube: la force de sustension dans le grand tube: 12: 22. que la force de destruction dans le petit tube: la force de destruction dans le grand tube: 13: 23, que par conséquent pour le pont double la force de destruction croît dans un rapport beaucoup plus grand que celle de sustension.

Il n'y a ici aucune comparaison directe entre les deux rapports de sustension et de destruction; notre connaissance est acquise seulement par le moyen de deux autres rapports auxquels ils sont respectivement égaux; le rapport entre les deux forces de sustension égale le rapport : 22, et comme on voit que ce dernier est inégal au rapport 13: 23, on en

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conclut que le rapport entre les forces de sustension est inégal au rapport entre les forces de destruction. L'acte mental par lequel on perçoit cela, bien que renfermant plusieurs éléments, n'est point décomposable en périodes, c'est une intuition simple et exprimée abstraitement, il équivaut à cet axiome: des rapports mathématiques qui sont chacun égaux à certains autres rapports mathématiques inégaux entre eux sont eux-mêmes inégaux; ou d'une façon encore plus abstraite: des rapports qui sont chacun égaux à certains autres rapports inégaux entre eux sont euxmêmes inégaux. De même, nous savons que les rapports égaux à un même rapport sont égaux entre eux. Cette vérité n'est pas démontrab le, on ne peut y arriver que par une intuition directe; elle se retrouve cependant dans la plus grande partie de la géométrie et elle est le fondement de toute analyse mathématique; dans la résolution du problème algébrique le plus simple et dans ces processus analytiques les plus élevés dont l'algèbre est le point de départ, c'est la seule vérité prise pour accordée à chaque pas. Quel est le caractère de cette intuition? Si l'égalité du premier et du troisième rapports n'est pas prouvée mais perçue d'une manière interne, la perception interne doit être une perception dans laquelle ce premier et ce troisième rapports sont amenés d'une certaine façon ensemble devant la conscience. Nous en concluons que dans une équation les rapports ne sont pas comparés isolément et sériellement, mais par couples. Par les prémisses, on connaît que le premier et le deuxième rapports sont égaux et que le deuxième et le troisième le sont également; par conséquent, ce qu'il y a de présenté à la conscience, ce sont deux VIn

rapports d'égalité entre des rapports; l'intuition directe, c'est que ces deux rapports d'égalité sont eux-mêmes égaux, et comme ces deux rapports d'égalité ont un terme commun, l'intuition qu'ils sont égaux implique l'égalité des termes restants. Mais on n'arrive pas dans tous les cas à exprimer l'égalité de deux rapports; l'axiome ci-dessus n'est donc pas une connaissance générale; il n'implique pas, par exemple, la proposition: si deux cercles sont tangents extérieurement, la ligne droite qui joint leurs centres doit passer par leur point de contact. Nous avons donc à trouver quelque connaissance plus générale. Avant qu'on puisse voir que les rapports A : B et E : F dont chacun égale le rapport C : D sont égaux entre eux, on doit avoir vu que le rapport A : B est égal au rapport C : D et que le rapport C : D est égal au rapport E : F. Une intuition de l'égalité de deux rapports est donc impliquée dans chaque pas du raisonnement quantitatif, aussi bien de celui qui a rapport aux grandeurs homogènes que de celui qui a rapport aux grandeurs non homogènes. L'intuition de l'égalité de deux rapports, tel est l'acte intellectuel plus général cherché, et comme à cette assertion que dans tous les cas deux rapports de cette nature sont égaux, nous ne pouvons donner d'autre raison, si ce n'est qu'on les perçoit comme tels; il est manifeste que tout le processus de la pensée est exprimé par l'établissement dans la conscience de l'égalité de deux rapports. 2. Raisonnement quantitatif simple et Ùnparfait. L'aptitude à percevoir l'égalité implique une aptitude corrélative à percevoir l'inégalité, mais elles diffèrent en ce que l'une est précise, l'autre indéterminée. Il n'y a qu'une égalité, mais il y a de nombreux degrés dans l'inégalité. La connaissance de l'inégalité ne peut donc jamais servir de prémisse à une conclusion déterminée; par suite, le raisonnement qui est parfaitement quantitatif dans son résultat procède entièrement de l'établissement de l'égalité des rapports, aussi bien si les membres de cette égalité sont égaux que si l'un d'eux est un multiple de l'autre. Au contraire, si quelques-unes des grandeurs qui sont en rapport immédiat ne sont ni directement égales ni multiples l'une de l'autre, ou si quelques-uns des rapports successifs que le raisonnement établit sont inégaux, les résultats seront Ùnparfaitement quantitatifs, par exemple: deux côtés d'un triangle sont plus grands que le troisième. Il faut observer ici que, bien que les grandeurs comparées soient inégales, cependant la IX

démonstration procède en montrant que certains des rapports existants entre ces grandeurs sont égaux à certains autres et que, bien que les rapports primaires (entre les quantités) soient des rapports d'inégalité, les rapports secondaires (entre les rapports) sont cependant des rapports d'égalité. Tel est le cas pour la majorité des raisonnements imparfaitement quantitatifs. Une autre espèce de raisonnement imparfaitement quantitatif qui dans l'analyse mathématique tient la même place que l'espèce précédente dans la synthèse mathématique, est celle dont l'inégalité algébrique ordinaire nous fournit un échantillon. Le type le moins élevé du raisonnement quantitatif imparfait est celui dans lequel les rapports successifs ne sont connus que comme rapports d'inégalité sans détermination aucune de supériorité ni d'infériorité. Exemple: x2jy est inégal à y X2est inégal à y2 X est inégal à y. Les cas dans lesquels on peut résoudre chaque raisonnement quantitatif composé sont des raisonnements quantitatifs simples et chacun de ces derniers implique la constatation de l'égalité ou de l'inégalité de deux rapports. Les axiomes ou les presqu'axiomes appartiennent à cette classe. Dans la proposition: « les choses égales à une même chose sont égales entre elles », il est impossible de reconnaître l'égalité de deux rapports d'égalité qui ont un terme commun sans que l'égalité des autres termes soit impliquée dans l'intuition. Remarquons que non seulement dans ce cas, mais dans une infinité d'autres, l'esprit peut conserver un souvenir exact d'un rapport tout en étant incapable de conserver celui des choses entre lesquelles le rapport existe; ainsi tout en nous souvenant que A et B sont égaux nous pouvons ne plus avoir conscience de leurs grandeurs mêmes. Après les intuitions quantitatives simples contenues dans les axiomes ou susceptibles d'y être contenues, il faut considérer la classe d'intuitions dans laquelle quatre grandeurs et non trois sont en présence. Parmi les exemples les plus fréquents, il faut citer ceux-ci: Les sommes de quantités égales sont égales; si de sommes égales on retranche des x

quantités égales, les différences sont égales, etc., ainsi que les axiomes correspondants exprimant des intuitions contraires. Cette classe diffère de la précédente en ce que les rapports, au lieu d'être unis, sont désunis, c'est-à-dire qu'il n'y a aucun terme commun entre eux; aussi les processus mentaux dans lesquels ces rapports se rencontrent sont plus facilement décomposables. Néanmoins, les deux classes peuvent être exprimées de la même manière: A : B : : C : D. Leur différence fondamentale consiste en ce que les intuitions par lesquelles les proportions sont établies n'ont pas le même degré de détermination ni le même caractère entièrement quantitatif. En effet, les deux rapports sont toujours exactement égaux, quelles que soient les grandeurs et ils ne sont pas réunis par des signes indéterminés tels que « plus grand» ou « plus petit que» et, quand la proportion est exprimée numériquement, elle n'implique pas seulement l'intuition que deux rapports sont égaux, mais les chiffres indiquent de combien chaque grandeur est le multiple ou le sous-multiple des autres. 4. Du raisonnement quantitatif en général. Le raisonnement quantitatif implique les trois idées de coextension, c'est-à-dire d'identité dans la quantité d'espace occupée, de coexistence ou d'identité dans la durée de la présentation à la conscience et de connature ou d'identité d'espèce et cela d'une façon positive ou négative. Le germe d'où sort le raisonnement quantitatif, savoir la simple intuition de l'égalité de deux rapports, suppose nécessairement ces trois conditions; cela n'est pas douteux pour la géométrie, mais semble moins évident en algèbre et dans le calcul en général; mais en remontant à leurs origines, nous trouvons que les unités de temps, de force, de valeur, de vitesse qui peuvent être indistinctement remplacées par des signes, étaient d'abord mesurées par des unités égales d'espace; les unités de calcul appliquées à n'importe quelle espèce de grandeur remplacent donc en réalité des unités d'étendue linéaire. Il en est de même pour la coexistence. Les intuitions de coexistence, de coextension, de connature, sont du reste les seules intuitions parfaitement définies que nous puissions former; celles qui ont pour objet l'intensité et la qualité sont seulement approximatives; or, comme nous savons que le raisonnement quantitatif de l'ordre le plus élevé mène à des résultats parfaitement définis, il XI

s'ensuit que les intuitions dont ce raisonnement est formé doivent être exclusivement celles de coexistence de connature et de coextension. Voici donc le tableau de la genèse ou hiérarchie du raisonnement quantitatif: 10 Intuition 20 Intuition 30 Intuition 40 Intuition simple de deux grandeurs égales; composée impliquant trois grandeurs ou plus; de l'égalité ou de l'inégalité de deux rapports; de l'égalité ou de l'inégalité de plus de deux rapports.

Le but d'un raisonnement quantitatif, c'est de déterminer avec exactitude les grandeurs relatives des choses; dans l'intuition simple, le raisonnement n'est pas impliqué; il n'y a raisonnement que quand les choses ne sont pas directement comparables mais seulement par l'intermédiaire de grandeurs auxquelles elles sont comparables. Ainsi le rapport entre A et E n'étant pas directement connaissable, le but de chaque processus mathématique est de trouver sa relation avec les rapports intermédiaires B, C, D, connus. 5. Du raisonnement qualitatif parfait. Nous avons maintenant à étudier une espèce de raisonnement dans lequel n'entre pas l'idée de co-étendue, ou dont tout au moins cette idée ne forme pas un élément nécessaire, c'est-à-dire l'espèce de raisonnement par lequel nous déterminons la coexistence ou la non coexistence de choses, attributs ou rapports connaturels avec d'autres choses, attributs ou rapports. Quand deux rapports comparés consistent en grandeurs hétérogènes qui n'admettent pas de comparaison quantitative, les deux rapports ne peuvent être considérés comme égaux que sous le rapport de la coexistence des éléments de chacun. Nous affirmons l'égalité de deux rapports d'existence quand l'un ne diffère pas de l'autre sous le rapport du temps, bien que sous le rapport de la coextension, ils puissent être dissemblables. Or, tout phénomène a avec les autres un rapport d'antériorité, de simultanéité ou de postériorité; il peut donc, ainsi que les rapports eux-mêmes, faire l'objet d'une comparaison.

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Cette nouvelle classe est divisible en deux sous-classes: l'une renfermant des rapports disjoints, l'autre des rapports conjoints, l'une renfermant toujours quatre phénomènes, l'autre trois seulement. Exelnple de la première sous-classe. La substance tangible en général ou A coexiste universellement ou nécessairement avec des surfaces limitantes B ; une corde a coexiste donc avec deux extrémités b qu'on découvre en la déroulant donc A : B : : a : b. Exemple de la deuxième sous-classe. L'explosion A est simultanée avec la chute B, laquelle est simultanée avec la lumière C, donc A est simultanée avec C. Il faut remarquer que dans ces cas le raisonnement n'est plus quantitatif que dans un sens très vague; une mesure mentale, bien que de périodes indéterminées, entre en jeu quand on n'affirme plus seulement la coexistence ou la simultanéité, mais quand on fait intervenir les idées d'avant et d'après, et le raisonnement ne devient tout à fait quantitatif que lorsque nous employons l'espace comme mesure du temps, par exemple lorsque nous calculons ce dernier au moyen de l'espace parcouru par les aiguilles de l'horloge. Or, quelque puisse être l'analyse détaillée de cet acte mental, celui-ci doit nécessairement consister en une intuition de l'égalité ou de l'inégalité de deux rapports. Par conséquent les termes ou éléments du syllogisme, contrairement à l'opinion de S. Mill, ne peuvent être réduits à trois, ils sont nécessairement quatre. Ainsi, dans le syllogisme si souvent invoqué: Tous les hommes sont mortels, Socrate est un homme, Donc Socrate est mortel. Les éléments que nous reconnaissons sont les suivants: 10 La série des attributs constituant l'espèce humaine (tous les hommes) ; 20 Un attribut particulier détaché de la série contenue dans le 10 (mortels) ; 30 La série d'attributs composant un individu particulier

(Socrate) selnb/able à tous les individus compris dans la grande série du 10 . , 40 L'attribut particulier qu'on conclut appartenir à Socrate, parce que Socrate appartient à l'espèce humaine.

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On ne peut réduire ces éléments à trois, qu'en confondant, comme le fait S. Mill, la ressemblance avec l'identité; c'est-à-dire en supposant faussement que la série d'attributs constituant Socrate est identiquement la même que celle composant l'espèce humaine. Une autre espèce de raisonnement qualitatif parfait est celui dans lequel la chose affirmée est quelque rapport nécessaire entre des phénomènes successifs. Par exemple, du déplacement d'une chaise on tire la conclusion nécessaire qu'elle a traversé l'espace en passant par certaines positions intermédiaires et qu'un agent quelconque a produit ce déplacement. Ces conclusions sont, comme les précédentes, obtenues par des intuitions de l'égalité des rapports. Le rapport entre l'effet comme conséquent et quelque force comme antécédent est conçu comme ne faisant qu'un avec une infinité de rapports semblables présentant des conformités de succession, et il en est de même pour le rapport entre le changement de position et le passage à travers l'espace. 6. Du raisonnement qualitatif Ùnparfait. Nous avons vu qu'il existe à peine une démarcation sensible entre le raisonnement quantitatif et le raisonnement qualitatif, quand la chose affirmée est une antériorité ou une postériorité dans le temps; de même, c'est par des cas où les conclusions sont presque, sinon absolument nécessaires, que s'opère le passage du raisonnement qualitatif parfait au raisonnement qualitatif imparfait. Ainsi, le rapport entre des attributs visibles et des attributs tangibles est tel que, pour des esprits novices, la conclusion des uns aux autres semble nécessaire; mais notre expérience des miroirs et illusions d'optique nous apprend que là où l'apparence existe, il peut n'y avoir pas de substance solide; les conclusions de cette espèce ne sont donc pas aussi parfaites que celles où de la coexistence invariable de la tangibilité avec des surfaces limitantes nous affirmons que tout objet particulier doit avoir des extrémités; de même, dans le syllogisme précédemment cité, où la mortalité d'un individu particulier est inférée de la mortalité de l'espèce, bien que cette conclusion soit certaine, non seulement le contraire est concevable, mais l'histoire même nous montre que le contraire a été conçu. Les divers degrés du raisonnement qualitatif imparfait commencent là où la négation de la conclusion ne peut être conçue qu'avec un très XIV

grand effort pour continuer, par ces modes de conclusion, dont la négation peut être conçue avec moins d'effort et finir par les cas très inférieurs de raisonnement contingent, où deux conclusions opposées se présentent à l'esprit avec une facilité presque égale. Ces divers degrés se distinguent du raisonnement qualitatif parfait et du raisonnement quantitatif par ce caractère que les rapports comparés ne sont plus considérés comme égaux ou inégaux, mais comme semblables ou dissemblables. Les rapports simples contenus dans le raisonnement sont seuls égaux ou inégaux; les rapports complexes sont semblables ou dissemblables ; les premiers sont exacts, les seconds pas. La conclusion tirée d'un son à la chute d'un corps n'est pas certaine. Les cas de raisonnement qualitatif imparfait que les traités de logique donnent communément comme exemple du procédé de la pensée qu'exprime, dit-on, le syllogisme, contiennent pour la plupart des intuitions d'une ressemblance ou d'une dissemblance de rapports. Par exemple, quand on dit: Tous les animaux à cornes sont ruminants, la chèvre a des cornes, donc cet animal est ruminant, - l'acte mental indiqué est une connaissance de ce fait que le rapport entre des attributs particuliers de la chèvre est semblable au rapport entre des attributs homologues de certains autres animaux. Tout acte de raisonnement spécifiquement quantitatif est précédé d'un acte préalable de raisonnement qualitatif qui n'est quantitatif qu'en puissance; dans le cours de la civilisation, le raisonnement qualitatif a précédé le raisonnement quantitatif. L'espèce de raisonnement syllogistique par lequel on arrive à des conclusions négatives ne diffère de la précédente qu'en ce que le fait reconnu est, non la ressemblance, mais la différence de deux rapports comparés. Il existe aussi des cas de raisonnement qualitatif composé toutes les fois qu'on atteint une conclusion, non par une seule intuition de ressemblance ou de différence, mais par une série d'intuitions de cette sorte. Du raisonnement ordinairement appelé syllogistique, on passe au raisonnement par analogie, dans lequel les termes du rapport inféré ont un moindre degré de ressemblance avec les termes des rapports connus auxquels on suppose qu'il est parallèle. Dans ce raisonnement, tant que le fait général n'a pas été établi par l'observation d'un grand nombre de cas, le raisonnement reste purement analogique, c'est-à-dire douteux. Par exemple, l'éléphant diffère de la plupart des mammifères en ce qu'il a les xv

mamelles placées entre les membres antérieurs et aussi par la structure de ses membres postérieurs dont les os sont disposés de telle sorte que, là où il y a d'ordinaire une articulation qui s'incline en arrière, il y a chez lui une articulation qui s'incline en avant; par ces deux caractères, il est semblable aux quadrumanes et à l'homme, dont il se rapproche aussi par la sagacité. - Supposons qu'on découvre un animal organisé de la même façon que l'éléphant, on ne pourrait conclure à la sagacité de cet animal que par analogie, parce que la base d'observation générale n'a pas été assez vaste. Quand le raisonnement se fonde sur une analogie encore plus lointaine, nous trouvons beaucoup de différence, non seulement entre les sujets, mais entre les prédicats. Par exemple quand nous disons: le progrès d'un organisme individuel est simultané avec la subdivision des fonctions entre ses parties, donc le progrès de la société est simultané avec la division du
travail entre ses membres;

- l'équation

que nous cherchons

à établir entre

la classe organisme individuel et la société n'étant qu'une analogie lointaine, la conclusion reste problématique si elle n'est vérifiée par l'histo ire. Du raisonnement qualitatif imparfait procédant du général au particulier, passons au raisonnement contraire, qui passe du particulier au général, c'est-à-dire à l'induction. Tous deux consistent en une comparaison de rapports et diffèrent seulement en ce que la prépondérance numérique appartient dans un cas à des rapports posés d'avance, dans l'autre cas, à des rapports inférés. Si les rapports connus, groupés ensemble comme étant de la même espèce dépassent le nombre des rapports inconnus qui leur ressemblent, le raisonnement est déductif, sinon il est inductif. Le procédé inductif s'applique également à l'établissement des rapports les plus simples entre de simples propriétés et aux rapports les plus complexes entre des groupes de propriétés ou des groupes d'objets. Chez l'enfant qui atteint cette généralisation que toutes les surfaces à réflexion brillante sont douces au toucher et chez le physiologiste qui généralise encore plus en disant que, toutes autres choses égales, la température de chaque espèce animale est proportionnée à l'activité de la respiration, le procédé mental est le même. Il faut noter que, à l'exclusion des inductions mathématiques, quand les rapports observés sont très peu nombreux, ou quand les termes XVI

entre lesquels ils subsistent diffèrent considérablement des termes classés avec eux, alors notre connaissance n'est plus qu'une hypothèse. Par exemple, quand nous disons: Ce monde coexiste avec des habitants, donc d'autres mondes coexistent avec des habitants; l'équation que nous essayons de formuler est purement hypothétique. Il y a encore le raisonnement qualitatif imparfait qui va du particulier au particulier; c'est l'espèce primitive de raisonnement, le point de départ commun à la déduction et à l'induction; il se rencontre chez les animaux supérieurs et les enfants. Cet acte mental est une intuition de la ressemblance ou de la différence d'un seul rapport avec un seul autre rapport. L'enfant qui ayant vu et touché le feu s'est brûlé, présume en revoyant le feu que, s'il le touche, il se brûlera, c'est-à-dire qu'il pense que le rapport futur sera la répétition du rapport passé. Nous voyons ici clairement que la chose rappelée qui tient lieu de prémisses est un rapport de même que la chose conçue qui tient lieu d'inférence, et que la présentation d'un terme de ce rapport (le feu) est suivie de la représentation de son autre terme (brûlure) et que le nouveau terme est conçu comme semblable à l'ancien connu.
7. Du raisonnement en général.

« Certains logiciens, dit S. Mill, représentent le syllogisme comme l'analyse correcte des actes actuellement accomplis par l'esprit dans la découverte et la preuve d'une grande moitié des vérités soit scientifiques, soit usuelles par nous admises; d'autres, au contraire, adressent à la théorie du syllogisme les reproches d'inutilité et de frivolité en se fondant sur la pétition de principe qui, d'après eux, est inhérente à tout syllogisme. » Le syllogisme n'est d'abord pas toute la logique; puis il ne consiste pas, comme l'admettent les deux systèmes opposés, en certains rapports entre nos pensées, mais en un rapport entre les choses. Pour ceux qui, comme nous, admettent le sujet et l'objet comme des réalités distinctes, il n'y a pas de confusion possible entre la science de la logique et l'explication du procédé mental du raisonnement. La logique formule les lois les plus générales d'une corrélation entre des existences considérées comme objectives; l'explication du procédé du raisonnement formule les lois les plus générales de corrélation entre les idées qui correspondent à ces existences objectives. L'une étudie, dans

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leurs propositions, certaines liaisons affirmées, lesquelles sont contenues nécessairement dans d'autres liaisons données, ces liaisons étant considérées comme existant dans le non-moi sous une forme quelconque et indépendamment de la forme sous laquelle nous les connaissons; l'autre, étudie le procédé dans le moi qui connaît ces liaisons nécessaires. La logique est, autant que les mathématiques, une division de l'existence objective. La preuve la plus claire du caractère objectif des rapports dont s'occupe la logique, c'est la production mécanique de la conclusion logique; le professeur Jevons a notamment inventé une machine telle, qu'en pressant sur des clefs dans un ordre conforme aux prémisses de la proposition logique donnée, la conclusion est donnée par les combinaisons mêmes que produit la machine. En dehors des sciences concrètes, il y a des sciences abstraitesconcrètes et des sciences purement abstraites traitant de rapports quantitatifs comme distincts des choses; il en est une plus abstraite encore qui traite des corrélations nécessaires communes à tous les cas, objectivement et en dehors de toute distinction d'être, d'attribut, de quantité. Cette science des corrélations universelles objectives est la logique. En outre, la plus grande partie des corrélations nécessaires objectives sont statiques, tandis que toutes les corrélations nécessaires subjectives sont dynamiques, et ce n'est qu'en tant que des corrélations dynamiques peuvent être les symboles des corrélations statiques que les dépendances nécessaires de la raison peuvent correspondre aux dépendances nécessaires de la logique. Pour conclure en ce qui concerne le syllogisme, il y a des affirmations simples et des affirmations complexes de la raison, certaines les unes et les autres au plus haut degré, qui ne peuvent être mises en syllogisme, donc l'acte du raisonnement n'a pas son expression véritable dans ce dernier. C'est ainsi qu'il est impossible de formuler en syllogisme que deux choses égales à une troisième sont égales entre elles, ou le raisonnement que fait l'ingénieur qui a à construire un pont double d'un autre précédemment établi. Le syllogisme est aussi une impossibilité psychologique; en effet, l'idée particulière précède l'idée de la classe. En disant: Tous les cristaux ont un plan de clivage, Ceci est un cristal, Donc il a un plan de clivage, XVIII

J'ai connu tout d'abord qu'un cristal a un plan de clivage. Le syllogisme n'est donc pas le procédé par lequel on atteint la conclusion, mais un mode de justification du raisonnement auquel même la pensée n'a pas toujours recours. Par exemple: À qui a 90 ans bâtit, vous en concluez qu'il fait une sottise sans pour cela faire dans votre pensée un raisonnement syllogistique. Le syllogisme n'est qu'une espèce de tableau de vérification pour certaines corrélations objectives nécessaires. L'objection faite au syllogisme que le particulier est connu avant le général, est partiellement applicable à plusieurs des formules des chapitres précédents. Ces formules représentent, en effet, non le raisonnement primitif et direct, mais le raisonnement secondaire et indirect, c'est-à-dire conscient. Dans l'évolution du raisonnement, l'induction précède la déduction; nous ne pouvons descendre du général au particulier qu'après avoir monté du particulier au général, et cela est aussi vrai du raisonnement considéré dans son ensemble que de chaque raisonnement particulier. Le contenu de toute proposition rationnelle est l'affirmation d'un rapport, mais un rapport n'est pensable que comme étant d'un certain ordre, comme appartenant ou n'appartenant pas à quelque classe de rapports antérieurement connus. Il en est pour les rapports comme pour les termes entre lesquels ils subsistent; ceux-ci également ne peuvent être pensés comme tels ou tels qu'à condition d'être pensés comme membres de telle ou telle classe. Le raisonnelnent est donc une classification de rapports; la classification est l'acte par lequel on groupe ensemble les rapports semblables et on sépare les semblables des dissemblables. Le raisonnement diffère de la perception en ce que ce dernier mode de connaissance est direct, c'est-à-dire immédiatement connaissable par les sens. Le raisonnement peut donc encore mieux se définir: l'établisselnent indirect d'un rapport défini entre deux choses. Mais par quel procédé un rapport qui n'est pas directement connaissable peut être connu? Il ne peut l'être que par l'intermédiaire d'autres rapports directement connaissables ou déjà connus; mais il ne peut aboutir tant que chaque rapport est pensé séparément par exemple, si nous voulons connaître le rapport de deux montagnes relativement au niveau de la mer. Le raisonnement consiste donc en définitive à établir un rapport entre deux rapports définis. Le progrès scientifique se conforme à ces lois de la pensée; les découvertes des sciences exactes, depuis les plus anciennes jusqu'à la plus XIX

récente, consistent à établir l'égalité de certains rapports dont l'égalité n'avait pas été aperçue auparavant et le progrès de la raison humaine considérée dans ses résultats concrets serait la vérification des généralisations ci-dessus.
8. Classification, dénomination et récognition.

Il Y a une alliance étroite entre le raisonnement et la classification; ils sont des aspects différents du même procédé mental; le raisonnement étant une classification de rapports, se rapproche nécessairement d'une classification des êtres; ces deux classifications sont impliquées l'une dans l'autre. L'idée qui fait le fond de toute classification est celle de similitude; similitude signifie égalité ou ressemblance de rapports. Si nous nous rappelons d'une manière consciente les choses auxquelles ressemble un objet, nous classons; si nous nous fondons d'une manière consciente sur la ressemblance des rapports et si nous pensons à certains attributs qu'ils impliquent, nous raisonnons. La ressemblance des rapports est l'intuition commune à la classification et au raisonnement; elle aboutit à celui-ci quand les rapports pensés sont partiels, à celle-là quand ils sont totaux. Les affections subjectives et en partie accidentelles qui nous impressionnent sont appelées les attributs des choses; ces attributs, nous les rattachons aux choses inductivement ; de même l'affection purement subjective et entièrement accidentelle qu'un objet produit en nous par l'idée de son nOln est également, dans un sens forcé, un attribut connu par un procédé mental semblable. Exemple: le nOln « orange» implique une certaine ressemblance de rapports entre le son articulé émis et d'autres attributs rappelés et, bien que ce nom ne soit pas un attribut réel, le procès mental est le même. C'est l'intuition de rapports semblables. L'analogie de la dénomination et du raisonnement devient encore plus évidente quand nous nous rappelons qu'un nom est une copie de quelque attribut réel de la chose nommée. En effet, tout langage est à l'origine, soit chez les enfants, soit chez les sauvages, imitatif; donc, à l'origine, l'acte de dénommer est une induction prenant la forme d'un son. Quand les rapports qui existent dans un groupe d'attributs ne sont pas simplement semblables aux rapports qui existent dans un autre xx

groupe, mais leur sont égaux pour la plupart, sinon dans leur totalité, et quand leurs attributs eux-mêmes (poids, largeur, couleur, etc.) sont égaux aussi, nous concluons que l'objet qui les présente est le même objet que nous avons déjà vu : nous le reconnaissons. La récognition diffère ainsi de la classification, d'abord par un bien plus haut degré dans la ressemblance, mais surtout par ce fait que ce sont non seulement les rapports qui sont semblables, mais encore les attributs constituants; dans la récognition, les faits induits sont aussi plus particuliers et plus déterminés. Quand nous disons: « Ceci est un livre, » nous classons; quand nous disons: « C'est un livre de voyages, » nous reconnaissons. En résumé, dénomination et récognition supposent classification. 9. Perception d'objets spéciaux ou des corps corn/ne présentant des attributs dynamiques, statico-dynamiques et statiques. Les choses environnantes ne peuvent être connues de la conscience que par des actes de classification et de récognition et, de même que ces dernières ne peuvent exister sans perception, de même il ne peut y avoir perception sans elles c'est-à-dire sans l'intuition d'une ressemblance ou d'une dissemblance entre certains attributs et rapports présents et certains attributs et rapports passés. Observons que la perception par laquelle un objet est connu comme étant tel ou tel implique toujours une inférence, c'est-à-dire que la connaissance ne nous est pas acquise directement et immédiatement par les sens mais immédiatement par un raisonnement. En réalité le raisonnement n'est pas distinct de la perception, ils sont l'un et l'autre indirects, mais à des degrés différents; la perception l'est, en effet, beaucoup moins. Le rapport qui s'établit dans l'acte de la perception entre le sujet et l'objet est d'une triple espèce; il prend trois aspects distincts, selon que l'objet seul agit, ou le sujet seul, ou tous les deux. Quand l'objet seul agit et que le sujet est passif, il y a perception d'une propriété dynamique, secondaire et accidentelle, telle que le son, l'odeur, la chaleur. Quand le sujet seul agit, il y a perception des propriétés primaires, nécessaires et constitutives, comme la forme, la couleur, l'étendue. XXI

Quand le sujet agit et que l'objet réagit il y a perception de propriétés statico-dynamiques, par exemple un objet que les mains tiennent et que les yeux regardent présente les trois ordres d'attributs à la fois. Ainsi, dans le premier cas, les attributs peuvent être perçus indépendamment des corps et sont accidentels suivant les conditions environnantes; ils agissent à travers l'espace et ne sont nullement en réalité des attributs des corps, mais provoqués par certaines influences exercées sur ceux-ci, par exemple le bruit du tambour. Ces attributs dits secondaires ne sont donc rigoureusement ni subjectifs ni objectifs; ils sont les triples produits du sujet, de l'objet et des forces ambiantes; ce sont des propriétés occultes en vertu desquelles l'objet modifie les forces qui viennent à son contact. Pour être complète la perception d'un objet est nécessairement précédée d'une classification, moins consciente, il est vrai, de ses attributs nécessaires et de leurs rapports mutuels. Tel est le procédé de classification organique: classification d'abord consciente des attributs nécessaires, comme cela a lieu chez l'enfant, puis classification inconsciente de ces attributs nécessaires et classification des attributs secondaires ou contingents. En outre, tous doivent toujours, consciemment ou non, être pensés comme semb lables à des attributs déjà connus, à des rapports déjà connus et à des conditions déjà connues. Un homme pourvu seulement des sens tactile et musculaire, c'est-à-dire du toucher et du mouvement, ne connaîtrait jamais que les attributs statico-dynamiques et statiques. D'ordinaire, ces deux classes de perceptions s'accompagnent à divers degrés; tout au moins chez l'homme adulte, toutes les résistances tactiles sont invariab lement connues comme coexistant avec une certaine étendue et toutes les étendues tactiles sont invariablement connues comme coexistant avec quelque résistance. Le dur et le mou, le solide et le fluide, le visqueux et le friable, le résistant et le fragile, le fendable et l'infendable, le ductile et l'inductile, le rétractile et l'irrétractile, le rude et le doux, etc" sont des attributs staticodynamiques. Pour déterminer comment nous percevons ces attributs, il faut noter qu'il y a deux sortes de sensations distinctes qui résultent de l'action directe d'un corps sur nous: le toucher et la pression, et deux sensations correspondantes qui résultent de notre action sur le corps: la tension musculaire et le mouvement musculaire. Ce sont plus particulièrement ces XXII

trois dernières sensations qui en se combinant à divers degrés divers rapports constituent nos perceptions des attributs dynamiques. Par exemple, la perception d'élasticité peut se l'établissement dans la conscience d'un rapport de séquence groupe de sensations coordonnées qui constituent la sensation de

et selon staticodéfinir: entre le mollesse

d'un corps et un certain autre groupe de sensations coordonnées semblables en espèce, mais opposées en ordre; de telle sorte qu'il y a d'un côté pression, tension, mouvement suivant une série croissante, de l'autre, mouvement, tension, pression suivant une série décroissante. La définition totale de la perception d'un corps considéré comme présentant des attributs statiques et statico-dynamiques est donc: un état de conscience complexe ayant pour éléments primaires les impressions de résistance et d'étendue unies d'une manière inconditionnelle entre elles et avec le sujet dans des rapports de coïncidence dans le temps et de contiguïté dans l'espace, et pour éléments secondaires les impressions de toucher, pression, tension et mouvement diversement unies dans des rapports de simultanéité et de séquence dépendant la plupart conditionnellement de la nature de l'objet et des actes du sujet et toutes conditionnellement unies avec les éléments primaires par des rapports de séquence; un état de conscience enfin ayant pour autres éléments secondaires certains rapports non encore définis constituant les connaissances de grandeur et de forme, lesquelles sont aussi unies conditionnellement avec les éléments primaires et les autres éléments secondaires.
Par rapport aux attributs d'espace

- volume,

figure, position,

- le

corps est complètement passif et la perception de ces attributs est entièrement due à certains actes de pensée bien que ce soit l'objet qui nous fournisse les données grâce auxquelles il peut être connu sous cet aspect. L'élément primitif d'où sortent nos idées d'étendue visible consiste dans la connaissance des positions relatives de deux états de conscience faisant partie d'une série d'états semblables qui résultent d'un mouvement subjectif de la rétine, et toute connaissance de dimension ou grandeur est une connaissance d'un ou plusieurs rapports de position présentés à la conscience comme étant semblables ou dissemblables à un ou plusieurs autres rapports de position. Comme la grandeur, la position ne peut être connue que relativement; deux points dans l'espace infini n'auraient aucun rapport de position; il en faut un troisième pour servir de mesure; il est donc XXIII

évident que la position n'est pas un attribut du corps en lui-même, mais seulement par ses rapports avec le contenu de l'univers. Tous les rapports de position peuvent se décomposer en rapports de position du sujet et de l'objet; la vue ne peut nous donner connaissance des positions relatives que par la perception de la distance de chaque objet à l'autre. En résumé: toute figure est résoluble en rapports de grandeurs, la grandeur en rapports de position, les rapports de position en rapports de position du sujet et de l'objet. Nos perceptions de tous les attributs d'espace des corps étant ainsi décomposables en perceptions de position comme celles acquises par un simple acte de toucher, il en résulte clairement que, percevoir la position d'une chose touchée c'est en réalité percevoir la position de cette partie du corps dans laquelle la sensation de contact est localisée. Notre connaissance de la position des objets repose donc sur la connaissance de la position de nos membres l'un par rapport à l'autre, c'est-à-dire sur la connaissance à la fois de leurs rapports fixes et des rapports temporaires où ils sont placés par chaque changement d'ajustement musculaire; en effet, position relative et mouvement sont deux faces de la même expérience. Il ne faut pas perdre de vue qu'il est nécessaire que les positions résistantes qui, coordonnées dans la pensée, constituent nos idées de figure ou de grandeur, doivent être agrégées et former continuité avec un assemblage indéfini de positions intermédiaires résistantes, sinon, c'est-àdire si les parties résistantes sont séparées par des non-résistantes, nous avons la perception non d'un seul, mais de deux ou plusieurs corps. La perception d'un corps présentant des attributs uniquement statiques est donc en résumé un état de conscience composé, ayant pour éléments primaires les impressions indéfinies de résistance et d'étendue, inconditionnelllement unies ensemble et avec le sujet dans des rapports de coïncidence dans le temps ou de contiguïté dans l'espace, et pour éléments secondaires une série de rapports entre des positions résistantes diversement unies entre elles dans des rapports de simultanéité et de séquence; ces derniers rapports dépendent pour la plupart conditionnellement de la nature de l'objet et des actions du sujet et les uns et les autres sont unis conditionnellement avec les éléments primaires par des rapports de séquence.

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Tels étant les matériaux de la perception, le procédé de la perception consiste dans le classement inconscient des impressions, rapports et conditions présents avec ceux précédemment connus qui leur ressemblent. 10. Perception de l'espace. Le corps et l'espace se distinguant l'un de l'autre comme l'étendue résistante de l'étendue non résistante, il est impossible de traiter de l'étendue sous l'un quelconque de ses modes sans traiter virtuellement des deux. D'après W. Hamilton, l'espace est une forme de pensée non susceptible d'analyse par ce motif qu'en fait nous ne pouvons imaginer les degrés successifs par lesquels nous aurions acquis la notion d'étendue ni la possibilité de n'avoir pas toujours possédé cette notion. À ce système, nous objectons que notre inaptitude à bannir de notre esprit l'idée d'espace s'explique expérimentalement par ce que l'espace est une forme universelle du non-moi et doit nécessairement produire dans le moi une forme qui, étant l'élément constant de toutes les impressions présentées par l'expérience et par conséquent de toutes les impressions représentées par la pensée est indépendante de toute impression particulière et persiste par suite quand toute impression particulière est évanouie. Nous savons aussi que l'enfant ou l'idiot peuvent connaître le son par exemple, sans accompagner cette connaissance de celle de l'espace ni de celle de la partie du corps spécialement affectée. Visuelle ou tactile, toute perception des attributs d'espace du corps est décomposable en perceptions de positions relatives; celles-ci à leur tour, sont décomposables en perceptions de la position relative du sujet et de l'objet et ces rapports de position ne sont connaissables que par le mouvement. La question est maintenant celle-ci: comment de la perception d'un rapport entre des positions résistantes, en venons-nous à la perception d'un rapport entre des positions non résistantes; en un mot, comment avons-nous pu acquérir le germe d'une notion de l'étendue vide? L'expérience nous prouve qu'un certain mouvement de la main qui amène une fois le doigt au contact de quelque chose de chaud, le met une autre fois en contact avec quelque chose d'aigu, une autre fois avec rien du tout; de même, un certain mouvement de l'œil qui a été suivi une XXV

fois de la vue d'un objet noir, une autre fois de la vue d'un objet blanc, peut être suivi d'aucune vue. Il en résulte que l'idée de position particulière qui accompagne chacun de ces mouvements est par l'accumulation des expériences séparée des objets et des impressions et en vient à être conçue par elle-même, et comme de tels mouvements sont infinis, les positions que l'on conçoit indépendamment des corps doivent également être infinies; en outre, comme dans le premier acte de la perception et dans tous ceux qui suivent chaque position est connue comme coexistant avec le sujet, il se produit une conscience de ces positions coexistantes infinies en nombre, c'est-à-dire une conscience de l'espace. C'est une particularité de la vue, en opposition avec tous les autres sens, qu'elle nous rend en partie conscients de beaucoup de choses à la fois bien que d'une façon inégale et à divers degrés; les objets sur lesquels nos yeux ne sont pas directement fixés sont à l'état de perception naissante; ils tendent chacun à remplir la conscience; chacun excite partiellement les divers états mentaux qui se produiraient s'ils étaient perçus distinctement. Cette particularité de la vue est due à la structure de la rétine, composée d'un nombre immense d'éléments sensitifs distincts, susceptib les chacun d'une excitation indépendante, et comme chacun d'un autre côté est en relation avec ses voisins, il en résulte une excitation synchronique adéquate à leur excitation sérielle. Chacun des éléments de la rétine mis simultanément en état d'excitation partielle, produisant ainsi une conscience partielle, non seulement de son excitation propre, mais aussi des nombreux rapports de position coexistants établis entre lui et les autres éléments rétiniens qui sont également excités et produisent également une suggestion, il y a tendance à la production d'une conscience de la surface entière des positions coexistantes. L'état de conscience produit par l'ajustement local des yeux évoque donc la ligne des positions coexistantes situées entre le sujet et l'objet spécialement contemplé; chaque chose ou partie de chose qui n'est pas dans le centre de la vision produit par son image plus ou moins précise un commencement de conscience de sa distance, c'est-à-dire des positions coexistantes situées entre l'œil et lui; il résulte de tout cela une conscience indistincte d'un volume entier de positions coexistantes ou d'espace à trois dimensions. Mais ce n'est pas tout. Comme les rapports innombrables qui subsistent entre les positions coexistantes ci-dessus ont XXVI

été établis originellement par un mouvement, comme chacun de ces rapports de positions coexistantes en vient par l'habitude à tenir lieu de la série d'états mentaux accompagnant le mouvement qui lui sert de mesure, comme chacun de ces rapports doit, quand il est présenté à la conscience, tendre à éveiller encore dans n'importe quel ordre cette suite de sentiments de mouvement qu'il représente, comme la présentation simultanée d'une infinité de pareils rapports tendra à suggérer une infinité de pareilles expériences de mouvement, et comme enfin celles-ci, ayant toutes les directions possibles, devront se neutraliser de manière à empêcher la pensée d'un mouvement particulier isolé, de tout cela naîtra, comme résultat général, ce sentiment d'aptitude à se mouvoir, ce sentiment de liberté des mouvements qui forme le dernier élément nécessaire pour compléter et constituer notre idée d'espace. Ce processus mental, en réalité si complexe, est simplifié pour nous dans la pratique parce qu'il commence dès notre enfance, parce qu'il se répète sans discontinuité dès lors, et, enfin, parce que les expériences qui en découlent sont invariablement d'accord. C'est ainsi que nous pensons sans difficulté les choses environnantes sans réfléchir aucunement aux expériences de mouvements que ces pensées expriment. Il faut noter également, à ce point de vue, que la conception des rapports d'espace révélée ainsi dans l'expérience par des mouvements musculaires soit de l'œil, soit du tact, est aussi fixée en grande partie d'avance dans les structures héritées. Certains rapports d'espace primitifs sont présentés à la conscience sous la forme de rapports nécessaires: si on regarde un segment de cercle, l'image projetée sur la rétine est telle que nécessairement l'arc recouvre un plus grand nombre d'éléments de la rétine que la corde, or, puisque chacun de ces éléments de la rétine envoie à la conscience son impression séparée, la série des impressions produites par l'arc est sentie comme plus grande que la série des impressions produites par la corde; cela continue d'être vrai, quelque aplati que soit l'arc; tant que la courbe est perçue, elle est sentie comme plus grande que la corde qui unit ses extrémités. Les muscles oculaires fournissent des expériences analogues; conduire l'œil le long d'une longue courbe, c'est fournir à la conscience une plus grande quantité de sensations que si on le promène le long de la corde. L'axiome que la ligne droite est la plus courte entre deux points est à l'état latent dans la structure des yeux et des centres nerveux qui reçoivent et coordonnent les impressions visuelles, et XXVII

nous ne pouvons penser autrement, c'est-à-dire nier l'axiome, parce que, durant cet ajustement que l'évolution a établi entre l'organisme et son milieu, les rapports internes ont été si bien moulés sur les rapports externes, qu'aucun effet ne peut empêcher l'exacte correspondance des uns et des autres. Les deux doctrines de l'harmonie préétablie (Leibniz) et des formes de l'intuition (Kant) sont ainsi absorbées et expliquées par une doctrine supérieure, qui, si on la complète en ajoutant que ces données de l'intelligence sont en partie a priori, en ce sens, qu'elles sont héritées par l'individu, bien qu'a posteriori pour la série entière des individus, réconcilie les deux hypothèses communément admises. Notre connaissance de l'espace est donc explicable en totalité par l'expérience et, cela est vrai, ainsi qu'il sera démontré, même pour le dernier élément dans lequel cette connaissance est décomposable : le rapport de coexistence. La conscience de l'espace est en définitive acquise par un processus d'évolution qui commence par un état si rudimentaire qu'on ne peut, à proprement parler, l'appeler une conscience de l'espace; dans le cours de cette évolution, de nouveaux éléments s'ajoutent, des combinaisons se forment entre ceux-ci et les éléments primitifs, et la conscience devient plus complexe en même temps qu'elle s'intègre et s'étend. Il. Perception du temps. La notion de temps est, avec celle d'espace, en une relation étroite ; le langage usuel même l'indique; on dit en effet: un espace de temps. Dans les premiers âges historiques, et aujourd'hui encore dans les pays non civilisés, l'espace est exprimé au moyen du temps; plus tard et par suite du progrès, on exprime le temps au moyen de l'espace. Cela montre cette supplantation graduelle des séquences mentales par leurs coexistences équivalentes, supplantation qui est, comme on l'a vu, le procédé par lequel notre connaissance de l'espace est acquise. Il convient néanmoins d'étudier le temps en particulier. De même que les idées d'espace et de coexistence, celles de temps et de séquence sont inséparables; impossible de penser au temps XXVIII

sans penser à quelque succession et réciproquement. Le temps comme l'espace ne peut être conçu que par l'établissement d'un rapport entre deux éléments de conscience, au moins; toute la différence consiste en ce que, dans le cas de l'espace, ces deux éléments sont ou semblent être présents à la fois, et que, dans le cas du temps, ils ne sont pas présents à la fois. Le temps ne nous est connaissable que par la succession de nos états mentaux. Notre notion d'une période quelconque de temps est entièrement déterminée par la longueur de la série des états de conscience qu'on se rappelle s'être produits dans ce temps: un intervalle considéré rétrospectivement par un enfant lui paraît plus long que le même intervalle considéré par un adulte; une nuit agitée par des rêves peut sembler un siècle si ces rêves se succèdent avec rapidité. Le temps entre deux événements est reconnu par la série des états de conscience; après le deuxième il y en a eu aussi, et entre eux également. Nous les connaissons donc comme ayant certaines places dans la série entière des états de conscience que nous éprouvons durant notre vie. Le temps auquel chaque fait s'est produit nous est connu par sa position dans la série. Un temps particulier est un rapport de position entre deux états dans la série des états de conscience, c'est la position relative qui les sépare; le temps in abstracto est un rapport de position entre des états de conscience. D'après Kant, la connaissance du temps et de l'espace est l'élément constitutif nécessaire de toutes les autres connaissances; ils sont révélés à la conscience en même temps que les éléments concrets de chaque idée et les notions de temps et d'espace, telles que l'adulte les possède, sont simultanées avec les premières perceptions dont elles sont le fondement essentiel, les [orlnes. - Cela est inexact; l'idée de temps n'est ni un rapport de position dans la série, ni un rapport entre deux rapports de cette sorte, mais elle est l'idée de rapport de position dans la série et il n'est possible de la concevoir qu'après avoir connu et comparé un grand nombre de rapports particuliers. La conscience du temps doit donc varier avec la taille, la structure et l'activité fonctionnelle. L'échelle du temps propre à chaque animal est primitivement composée de marques faites dans sa conscience par les rythmes de ses fonctions locomotrices; par conséquent aussi, la constitution dérivée des ancêtres fixe également le caractère général de la conscience, au point de vue du temps, dans des limites approximatives. XXIX

En résumé, le processus de la perception d'une portion particulière du temps consiste à classer le rapport des positions sérielles qui le composent avec certains rapports précédemment connus, c'est-àdire à le concevoir comme semblables à ces rapports précédemment connus. 12. Perception du mouvement. Le temps et l'espace ne sont connaissables que par le mouvement; Kant en a conclu que le temps et l'espace sont des formes de sensibilité révélées à la conscience dans l'acte par lequel le mouvement est perçu. L'erreur des métaphysiciens psychologues est d'appliquer aux phénomènes une analyse subjective et non objective. Dans l'espèce, on a perdu de vue que si le mouvement ne peut être connu par une intelligence développée sans les conceptions concomitantes du temps et de l'espace, il ne s'ensuit pas qu'il en soit de même pour une intelligence non développée. Comment acquérons-nous la connaissance de deux points sur la surface du corps? Ces deux points, considérés comme coexistants, impliquent en germe l'idée de l'espace, et, en tant que révélés à la conscience par deux sensations tactiles successives, ils impliquent l'idéegerme du temps; d'un autre côté, la série des sensations musculaires par lesquelles sont séparées ces deux sensations tactiles enveloppe, quand celles-ci se produisent, l'idée-germe du mouvement. De là naissent les questions suivantes: Dans quel ordre ces idées-germes naissent-elles? Comment se développent-elles? Les structures qui donnent à la conscience des impressions séparées venant de parties voisines sur la peau doivent se développer à un certain degré avant qu'il puisse y avoir un nouveau degré de développement dans les structures qui nous donnent conscience de ces positions sous forme successive, et ces deux progrès doivent être accomplis avant qu'un nouveau développement dans les structures rende possible la conscience de ces positions comme coexistantes, comme ayant une distance connue et réductible à ces sensations successives qui accompagnent la transition de l'une à l'autre. Le mouvement originellement présent à la conscience sous une forme beaucoup plus simp le que celle que nous connaissons, et en même temps très vague, sert par son union avec les expériences tactiles à nous révéler le temps et

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l'espace et, en nous les révélant, il se revêt lui-même de ces idées au point de finir par devenir inconcevable sans elles. Cette classification n'est pas purement artificielle, car bien que le processus de genèse se produise dans l'espèce de la même manière que tous les processus de genèse organique en général, c'est-à-dire par actions et réactions réciproques, il n'en est pas moins vrai que les fonctions et leurs organes ne sont possibles, chacun en particulier, que dans un ordre donné; ainsi l'absorption et l'estomac précèdent la circulation et le cœur et ces derniers la respiration et les poumons. La perception du mouvement, telle que nous la connaissons, consiste à établir dans la conscience un rapport de simultanéité entre deux rapports, un rapport de positions successives dans le temps; en d'autres termes, la conscience du mouvement est produite par la présentation simultanée de ces rapports, par leur connaissance réunie dans l'acte de la perception; ces rapports présentés ensemble sont assimilés chacun à des rapports semblables précédemment connus; par exemple, la perception d'une grande vitesse n'est possible qu'en pensant deux positions coexistantes comme éloignées et deux positions successives comme proches, et ces mots éloigné et proche impliquent le classement des deux rapports avec d'autres précédemment éprouvés. La même explication s'applique à la perception de l'espèce de mouvement et à la direction du mouvement. 13. Perception de la résistance. L'impression de la résistance est l'élément de conscience primordial, universel et toujours présent. Il est primordial, car les êtres de l'ordre le plus inférieur, même le zoophyte dépourvu de nerfs, sont capables de l'éprouver et c'est la première impression même de l'enfant qui n'est pas né. Il est universel, car tout animal capable de sentir le connaît et cela par toutes les parties du corps. Il est toujours présent, car tout animal le subit durant toute son existence. La résistance est la trame de la pensée que nous tissons toujours. La perception de la résistance est aussi fondamentale en ce sens, qu'elle est la perception qui sert à traduire toutes les autres tandis qu'ellemême ne se traduit en aucune. Tout état de conscience se réduit donc à une action et réaction mécaniques et la force subjective ne peut se penser comme différente de l'expérience subjective que nous en avons. Il y a XXXI

même une espèce de corps, l'air, que nous ne connaissons que par sa résistance. Analysons donc cette perception de la résistance en ses diverses espèces. Les sensations qu'impliquent nos multiples impressions de résistances sont celles de toucher propre, de pression, de tension musculaire, soit uniforme, soit variable. Le toucher propre par lui-même ne nous indique que la présence du corps, comme si on avait reçu une sensation de son ou de couleur; la connaissance de la résistance nous est donc acquise par les sensations de pression et de tension musculaires. Ces dernières peuvent se produire séparément, soit que notre corps agisse, soit qu'il reste inactif; mais toutes les fois qu'elles coexistent, elles varient toujours ensemble, toutes autres choses égales. De là résulte que pour la conscience ces sensations sont équivalentes. Toutefois dans l'ordre que suit la construction de la pensée, la sensation musculaire est primaire et celle de pression secondaire. À l'origine, les sensations de pression que l'enfant reçoit d'une façon passive n'ayant aucune liaison dans l'expérience avec des antécédents et des conséquents déterminés sont aussi isolées et dépourvues de signification que des sensations de son et d'odeur. Il est certain, en outre, que les sensations de pression produites volontairement sont postérieures chronologiquement à celles de tension musculaire; avant que l'enfant puisse éprouver les sensations que les objets voisins donnent à ses membres et à ses doigts en mouvement, il doit éprouver d'abord les sensations qui accompagnent le mouvement de ses membres et de ses doigts. En outre, les tensions musculaires sont plus générales que les sensations de pression produites volontairement. En effet, ces dernières ne se produisent que quand notre activité est appliquée aux objets externes tandis que les premières se produisent en plus dans le cas où elle est appliquée à mouvoir les membres eux-mêmes. Il faut tenir compte aussi de ce qu'il n'y a que quelques sensations de pression qui soient volontairement produites, tandis que toutes les sensations de tension musculaire le sont; et quand tension et pression s'exercent à la fois volontairement, par exemple, quand nous soulevons un objet, alors la sensation musculaire est toujours présente comme antécédent et toute variation dans la pression est connue comme résultant d'une variation dans la tension. En résumé, cette dernière se traduit et s'exprime en tension musculaire et celle-ci est la commune mesure des activités externes et de leur quantité; elle est l'élément primitif de notre intelligence. XXXII

La perception de résistance consiste donc dans l'établissement d'un rapport de coexistence entre la sensation musculaire elle-même et cet état particulier de la conscience que nous appelons volonté. Dans l'acte de la perception, ce rapport est classé avec les rapports précédemment connus, et c'est dans ce classement que consiste la connaissance spéciale de la combinaison musculaire, de l'ajustement et du degré de force exercés. 14. De la perception en général. À l'une de ses extrémités, la perception devient raisonnement, par l'autre elle confine à la sensation. Quand les sensations, considérées simplement comme des changements physiques dans l'organisme, sont faibles, le phénomène objectif qu'elles représentent nous occupe seul, les sensations sont complètement exclues de la conscience et ne peuvent y être ramenées sans un effort marqué; mais, quand par leur intensité croissante, les sensations tendent à entrer de force dans la conscience, il faut moins d'efforts qu'auparavant pour qu'elles deviennent les matériaux de la pensée. Cette loi est un corollaire de ce fait général que la conscience ne peut être à la fois dans deux états distincts. Tandis que la sensation ne peut être connue que comme un état de conscience indécomposable, l'objet extérieur ne peut l'être que comme un état de conscience décomposab le. Dans la sensation, l'esprit est occupé par une seule affection subjective, tandis que dans l'appréhension d'un objet externe produisant cette sensation, l'esprit est occupé par un ou des rapports entre cette affection et d'autres, soit présentes, soit passées. Les sensations et les rapports qui les unissent ne peuvent donc être pensés avec des degrés égaux ni même avec tout autre degré relatif de distinction simultanément. Toutes les perceptions sont des perceptions acquises; de sa forme la plus simple, jusqu'à la plus complexe, la perception est essentiellement un discernement (diagnosis). Elle consiste à apercevoir une relation ou des relations entre des états de conscience en partie présentés en partie représentés, lesquels états de conscience ne nous sont connus que dans la mesure où leurs relations le sont.

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À mesure que les degrés de perception s'élèvent, il y a accroissement non seulement dans le nombre et le degré d'abstraction des rapports qu'on saisit ensemble, mais aussi dans la variété de leurs espèces; l'acte de la perception consiste, dès lors, dans l'établissement d'un rapport de ressemblance entre le rapport ou les groupes de rapports qu'on examine et le rapport ou les groupes de rapports antérieurs. Ces rapports ne sont pas autre chose que certains états de conscience secondaires produits par l'union des états primaires. Il nous reste donc à résoudre les espèces spéciales de rapports en espèces plus générales et à déterminer quels sont ces derniers phénomènes qu'expriment les rapports primordiaux. 15. Examen et classification des diverses espèces de rapports. De tous les rapports, le plus complexe est celui de similitude. Objectivement, la similitude imparfaite implique l'identité de nature entre les rapports dont les antécédents sont de même nature et les conséquents de même nature; la similitude parfaite implique que ces rapports de même nature ont même intensité. Subjectivement, le rapport de similitude est la conscience que deux états de conscience successifs sont composés chacun d'états de conscience semblables arrangés d'une manière semblable ou, en d'autres termes, c'est la conscience de la co-intensité de deux rapports de même nature entre des états de conscience qui sont euxmêmes semblables en espèce, mais communément dissemblables en degré. Quant aux rapports de co-intensité, ils sont de deux sortes, selon que les états de conscience entre lesquels ils subsistent sont primaires ou secondaires, c'est-à-dire des états simples, ou des rapports entre des états simples. Or, tout rapport entre des états de conscience implique un changement dans la conscience, car, pour qu'il y ait rapport il faut deux états de conscience par conséquent un changement d'état. Ces changements dans la conscience diffèrent grandement en espèce, par exemple la transition d'un jet de lumière à une explosion et d'un contact à une brûlure. Il y a les changements éprouvés en passant de la sensation d'une classe à une autre classe tout à fait différente: différence d'espèce; - et les changements éprouvés en passant d'une sensation d'une classe à une sensation de la même classe, mais d'une autre espèce: différence de genre. XXXIV

En outre les changements de la conscience diffèrent aussi en degré et se subdivisent suivant qu'ils sont ou non semblables en nature. Ces changements dans la conscience différents en espèce et en degré sont connaissables eux-mêmes comme états de conscience, non à vrai dire à titre d'états simples, mais à titre d'états où la chose examinée est la transition entre deux états. Il en résulte que les changements peuvent être classés comme le sont leurs sensations originelles en semblables ou dissemblables en espèce et en intensité; mais ces changements dans la conscience ne sont rien autre chose que des rapports, tout rapport n'étant, si on le considère subjectivement, qu'un changement dans l'état de conscience. La cointensité ou la non co-intensité des rapports n'est donc que la co-intensité ou la non co-intensité même de ces changements, en d'autres termes, la similitude ou la dissimilitude en degré entre des changements semblables ou dissemblables. Les rapports de coétendue et non-coétendue sont une autre variété des rapports de similitude. L'espace nous étant connu comme consistant en une infinité de positions coexistantes qui ne résistent pas, et le corps comme un amas de positions coexistantes qui résistent, la plus simple étendue, par exemple celle d'une ligne, doit donc être considérée comme une série de positions coexistantes ; des lignes égales doivent l'être comme des séries égales de positions coexistantes, et la coétendue comme l'égalité de séries distinctes de positions coexistantes, c'est-à-dire comme une identité dans le nombre de positions coexistantes que ces séries renferment. Subjectivement, la conscience de la coétendue, réduite à ses derniers termes, représente la conscience d'une égalité de longueur de séries égales de sensations tactiles et motrices, c'est-à-dire d'une égalité dans le nombre des états que chacune contient. Ces états de conscience successifs à l'origine, deviennent quasi-simultanés et se consolident en un état de conscience unique qui nous permet d'affirmer, de la série entière, la coétendue constatée successivement dans chacune de ses parties. L'étendue implique la coexistence des parties de l'objet étendu; de même la coexistence implique une dualité qui est impossible sans espace. L'étendue donc, telle qu'elle est connue par un esprit adulte, étant composée de plusieurs consciences élémentaires de coexistence, le rapport de coétendue ne peut être analysé si l'on n'analyse le rapport de coexistence.

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Ce dernier rapport, bien que dans un esprit adulte il paraisse indécomposable est en réalité composé; il implique, en effet, deux choses qui n'ont pu occuper la conscience ni au même instant ni successivement; il ne peut donc être révélé que par quelque acte double de la pensée. La coexistence n'étant point pensable sans un espace dans lequel les choses puissent coexister, les deux points coexistants ne peuvent être connus que comme étant l'un hors de l'autre; or, comme la coexistence ne peut être connue qu'à cette condition, il en résulte qu'on ne les connaît pas d'abord comme coexistants. Le rapport de coexistence ne peut donc être révélé que dans les mêmes expériences que celles qui donnent l'étendue, c'est-à-dire par la consolidation d'une série d'états de conscience en un état presque simple. Mais là n'est pas le seul procédé qui donne naissance à nos idées de coexistence et de coétendue ; en effet, tout différents de ces états de conscience qui constituent notre perception de séquence et dont l'ordre n'admet aucun changement, ceux qui constituent notre perception de coexistence admettent que leur ordre soit renversé, et c'est là l'expérience spéciale qui nous révèle le rapport de coexistence. Ce qui précède est une nouvelle preuve de la fausseté de l'hypothèse qui fait de l'espace une forme de la pensée, puisque la connaissance de la coexistence est l'élément primitif à l'aide duquel cette connaissance est construite. Nous arrivons enfin à un rapport qui n'est plus décomposable en d'autres rapports: le rapport d'identité de nature ou de ressemb lance de genre entre deux états de conscience. Ce rapport est le plus général, car tout changement d'état de conscience est identique ou non, bien que l'intuition que nous en avons puisse se traduire d'une autre manière. La conclusion de notre analyse est, donc si des inférences les plus complexes et les plus abstraites de l'adulte, nous descendons aux intuitions les plus rudimentaires du petit enfant, nous voyons que toute intelligence procède par l'établissement de rapports de ressemblance et de différence. Ce rapport est le plus général; il est indécomposable; par lui, nous entendons la production ou la non production d'un changement dans la conscience. Les deux termes d'un rapport de différence sont donc deux états de conscience formant l'antécédent et le conséquent d'un changement ou, quand il s'agit de ressemblance, d'un non changement dans la conscience. Le rapport de différence est donc véritablement fondamental. Observons que le rapport de séquence n'est qu'un autre aspect du rapport de différence; le rapport ultime étant un changement XXXVI

d'état de conscience, implique aussi bien différence que séquence, car deux états de conscience ne peuvent subsister à la fois. Le rapport de séquence, considéré subjectivement comme simple changement de conscience, peut aussi être de trois sortes: il peut être un rapport accidentel ou probable, ou nécessaire.
16. De la conscience en général.

Comme nous venons de le constater par l'analyse ci-dessus, la conscience se compose donc de changements combinés de diverses manières; la perception d'un vaste paysage et la conception la plus abstraite du philosophe se composent au même titre de changements coordonnés; sans changement, pas de conscience; nous ne pouvons devenir conscients que par le moyen des changements produits en nous par les choses environnantes. La conscience est en outre une succession régulière de changements combinés et arrangés; les changements forment la matière brute de la conscience dont le développement consiste dans l'organisation de ces matériaux. La forme de conscience la plus rudimentaire est celle qui résulte de l'alternance de deux états; cette alternance par sa fréquence donne les idées de changement, de séquence, de dissemblance; des alternances de groupes de changements produisent des groupes d'états de plus en plus complexes, de plus en plus consolidés; le résultat est le même quand il s'agit de séries de groupes. Les conclusions de nos recherche antérieures pourraient ainsi se formuler comme suit: 1° Il existe à travers tous les phénomènes de l'intelligence une unité de composition évidente; les diverses divisions entre nos opérations mentales, imaginées sous le nom de facultés distinctes, n'en indiquent que des modifications de détail ; 2° Non seulement laforme de la pensée, mais aussi son procédé restent les mêmes dans toute son évolution; le procédé universel de l'intelligence, c'est l'assimilation des impressions; 3° Pour qu'il puisse y avoir des matériaux pour la pensée, il faut qu'à chaque moment la conscience soit différenciée dans son état, et, d'un autre côté, pour que le nouvel état qui en résulte devienne une pensée, il faut qu'il soit intégré avec des états précédemment expérimentés. Toute action mentale quelconque, sous son aspect le plus général, peut se définir: la différenciation et l'intégration continues d'états de conscience; XXXVII

4° La vérité la plus large que les recherches des physiologistes aient mise au jour, est parallèle au résultat final de la psychologie: de même que c'est par deux processus contraires que la conscience se maintient, de même c'est par deux processus contraires que se maintient la vie du corps et les deux mêmes processus contraires sont communs à l'une et à l'autre. Par l'action de l'oxygène, chaque tissu est différencié, mais chaque tissu intègre aussi les matériaux qui lui sont fournis par le sang; aucune fonction ne peut se produire sans les différenciations du tissu qui la produit; c'est dans l'équilibre de ces deux actions que consiste la vie organique; l'arrêt de l'un des deux processus est l'arrêt de l'autre; 5° Ce même processus s'applique aussi au progrès organique en général; tout organisme commence par être une masse uniforme de matière, et chaque pas de son évolution consiste dans une différenciation et une intégration de ses parties.

SEPTIÈME PARTIE. Analyse générale. 1. La question finale et l'hypothèse et les raisonnements des
métaphys ie iens.

La donnée admise par nous comme étant l'objet de la psychologie, c'est-à-dire, le rapport existant entre le sujet et l'objet, ces deux divisions antithétiques de l'inconnaissable, cette donnée reste à démontrer. L'erreur des métaphysiciens, spécialement de ceux dont les doctrines se basent sur ce qu'on appelle la raison pure, provient de ce qu'ils estiment trop un mode particulier d'action mentale; ils présupposent implicitement l'autorité suprême de facultés très élevées, c'est-à-dire de celles qui se sont développées en dernier lieu, et ils en argumentent comme si cette supériorité était inconditionnelle. Le raisonnement a excité une foi bien plus grande que celle qui lui revient légitimement; on a fait de la raison un culte, en perdant de vue que le raisonnement n'est cependant que la re-coordination d'états de conscience déjà coordonnés d'une façon plus simple. Un raisonnement complexe a en réalité moins d'autorité qu'un raisonnement simple et direct, et à l'inverse du mode XXXVIII

d'argumentation des métaphysiciens, c'est ce dernier qui doit servir de preuve à l'autre. Si maintenant nous examinons les diverses hypothèses des métaphysiciens, nous constatons tout d'abord que le langage même, cette forme organique de la pensée, se refuse absolument à exprimer aussi bien l'hypothèse de l'idéalisme que celle du scepticisme. En fait, le langage, pendant tout son développement, a été façonné de manière à exprimer toute chose sous le rapport fondamental de sujet et d'objet, tout comme la main pour manier les objets selon ce même rapport fondamental; si on soustrait le langage à ce rapport fondamental, il devient aussi impuissant qu'un melnbre coupé dans l'espace vide. Berkeley, Hume, Kant, Hamilton, tout en différant sur d'autres points de vue, sont d'accord pour rejeter ouvertement quelques-unes ou plusieurs des affirmations fondamentales de la conscience; mais leurs propres raisonnements démontrent la fausseté de leurs systèmes. En ce qui concerne l'hypothèse de Berkeley, - que nous ne connaissons certainement que les choses sensibles, si relativement à la sensibilité de la matière on répond qu'il est impossible d'en rien affirmer, réponse qui seule est d'accord avec son hypothèse; si par exemple, on dit que la douleur produite par une brûlure n'existe que dans l'esprit qui la perçoit et non dans la réalité vu que la matière est insensible, qui ne voit que son argumentation est arrêtée tout court? Que l'on réponde que la matière est sensible ou qu'elle ne l'est pas, les deux réponses mènent au même résultat, puisqu'on ne peut savoir, ni que la première réponse est vraie, ni que la seconde est fausse sans reconnaître le sujet (substance matérielle) aussi bien que l'attribut (sens et perception). D'après Hume, toutes les perceptions de l'esprit se divisent en deux espèces: les impressions et les idées; les premières sont primitives, les deuxièmes dérivées et nous n'avons d'idées réelles que celles qui dérivent ainsi des impressions (Hume, Recherches sur l'entendement). Dans le même ouvrage, il ajoute: « Tout ce qui entre dans la raison humaine et est l'objet d'une recherche peut naturellement se diviser en deux espèces: Rapports d'idées et questions de fait. Les premiers peuvent être découverts par la seule opération de la pensée, indépendamment de tout ce qui peut exister dans l'univers, telles sont les vérités géométriques, algébriques et arithmétiques, tandis que le contraire d'une question de fait, par exemple: le soleil se lèvera demain, également possible. - Ainsi, par une contradiction aussi bizarre

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qu'insoutenable, Hume suppose l'entendement capable de concevoir ce qui peut être dans des conditions qui n'existent pas et, d'autre part, il élève des doutes sceptiques sur ce qui est dans des conditions qui existent, et c'est sur la foi exagérée du pouvoir transcendant de l'entendement qu'il appuie la preuve de sa totale impuissance! S'il n'y a de certaines idées dérivées d'impressions, où donc trouvons-nous une impression correspondante à l'idée que les thématiques subsistent indépendamment de tout ce qui peut exister dans l'univers? Et, si cette impression n'existe pas, que devient la valeur de l'idée? D'après Kant, la conscience de l'espace et celle du temps sont des formes de l'intuition, des conditions subjectives de la pensée, des propriétés du moi. C'est donc affirmer implicitement qu'ils n'appartiennent pas au non moi. Le malheur est qu'il n'y a pas moyen de penser le monde extérieur en dehors de l'espace et du temps. L'hypothèse Kantienne nous met en présence de cette alternative, ou que le non moi n'a pas de forme ou que sa forme ne produit aucun effet sur le moi; or, ces deux suppositions impliquent des impossibilités de pensée. Hamilton aussi incline vers la théorie de Kant, bien que dans certains passages de ses écrits (v. p. 882 des Discussions) il paraisse considérer l'espace à la fois comme une loi de la pensée et une loi des objets.
2. Justification négative du réalisme.

La justification négative du réalisme repose sur la preuve que le réalisme est fondé sur une évidence ayant une validité plus grande que l'évidence sur laquelle repose toute hypothèse contraire. Le postulat qui sert de point de départ aux métaphysiciens, c'est que primitivement nous n'avons connaissance que de nos sensations. Or, cela est faux chez le sauvage, l'enfant, l'ignorant et chez le métaphysicien lui-même, qui tous affirment l'existence des choses extérieures avant d'affirmer la sensation et la conscience qui en résulte; le réalisme est donc antérieur à l'idéalisme. Le processus mental qui aboutit au réalisme est de plus simple et direct à l'inverse de celui qui aboutit à l'idéalisme et au scepticisme, lequel est complexe et long. Les métaphysiciens, il est vrai, objectent que le substratum du phénomène n'est atteint que par une intuition, c'est-à-dire par un raisonnement et non directement; il n'en resterait pas moins vrai

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que l'induction serait, dans cette hypothèse, un procédé plus direct, par conséquent plus certain que le leur. Il faut ajouter que les éléments de l'acte de pensée qui a pour résultat de conclure au réalisme sont extrêmement vifs et absolument définis; au contraire, les éléments de chacun des actes de pensée des doctrines contraires sont entièrement faibles et tout à fait indéfinis. Les doctrines idéalistes impliquent donc leur propre réfutation. Cependant l'hypothèse de la validité de la conscience en général ne suffit pas; il doit y avoir dans la conscience même un moyen de déterminer qu'elle est digne de foi. Une perception interne, réduite à elle-même, ne peut pas plus nous suffire à construire la science subjective, qu'une perception externe, réduite à elle-même, la science objective. Dans les deux cas, il faut trouver une méthode pour vérifier ces connaissances empiriques et arriver à un résultat certain. Soit qu'on admette que certaines vérités nécessaires existent à priori, soit qu'on admette que, même celles-là, sont des produits de l'expérience, dans les deux cas on suppose une plus grande certitude au commencement de tous les raisonnements que dans la suite de leurs développements, et toute philosophie qui ne repose pas sur quelque datum qui sert de point d'appui à la raison, doit avouer qu'elle est sans base. Un critérium est nécessaire. 3. Le postulat universel et justification positive du réalisme. En tout, on ne peut obtenir de résultat exact qu'en comparant des choses de même espèce, et quand les choses que l'on a à comparer sont d'espèces différentes, l'une d'elles doit être ramenée à la même espèce que l'autre, ou bien l'on doit chercher dans des espèces différentes des deux l'équivalent de chacune d'elles. Ici les unités dont il s'agit sont ces éléments derniers de la connaissance qui s'appellent des propositions. L'intuition la plus simple, de même que le jugement rationnel le plus complexe, ont la même structure fondamentale: c'est l'hypothèse tacite ou explicite que quelque chose n'est pas d'une certaine nature, appartient ou n'appartient pas à une certaine classe, a ou n'a pas certain attribut. La différence n'est pas dans la nature intime de l'acte mental, mais dans la quantité de complication; les distinctions entre l'intuition, l'entendement, la raison ne sont qu'artificielles.

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Les propositions sont plus ou moins complexes; il en résulte que pour pouvoir comparer des conclusions avec une rigueur scientifique, nous devons non seulement résoudre les raisonnements dans les propositions qui les constituent, mais en outre chaque proposition complexe dans les propositions simples qui la composent: ce n'est que quand chacune de ces dernières a été vérifiée, que la proposition complexe peut obtenir une certitude égale à chacune de ses composantes. Quant aux termes mêmes des propositions, ils sont ou réels ou idéaux ou à la fois réels et idéaux; les premiers sont connus dans la perception, les deuxièmes dans la pensée, les troisièmes à la fois dans l'une et dans l'autre. Dans le premier cas, la connaissance est simplement présentative, dans le dernier représentative, dans le troisième elle est les deux à la fois. Ces connaissances deviennent aussi successivement composées par accumulation. Parmi les propositions, il en est dont les attributs sont toujours unis à leurs sujets et d'autres où ils ne le sont pas; les unes sont des connaissances que nous acceptons nécessairement; chez les autres cette nécessité n'existe pas. Ainsi, deux côtés d'un triangle sont plus grands que le troisième, voilà une proposition où les attributs du sujet sont nécessaires. Ces propositions nécessaires se subdivisent à leur tour en connaissances dans lesquelles la coexistence des deux termes n'est absolue que temporairement, par exemple quand on dit: je vois la lumière. Le plus simple mode de raisonnement étant par sa nature même relativement complexe puisqu'il renferme plusieurs propositions, ne peut jamais donner la conscience d'une existence invariable qui prête aussi peu à la possibilité d'une méprise que les propositions elles-mêmes. Maintenant, quand une proposition est-elle absolument certaine? Elle l'est quand son contraire est impensable. - Un côté d'un triangle est plus petit que la somme des deux autres, voilà une proposition certaine. À l'hypothèse des métaphysiciens que les axiomes sont des nécessités de la pensée antérieures à l'expérience et indépendantes d'elles, Mill oppose qu'ils sont des inductions tirées de l'expérience de chaque individu pendant sa vie; cela n'est pas entièrement exact; la vérité est que ces data sont a priori pour l'individu et a posteriori pour la série entière des individus dont l'individu actuel forme provisoirement le dernier terme. L'inconcevabilité de la négation d'un axiome mathématique résultant de l'impossibilité de changer les actions de la structure nerveuse XLII

héréditaire corrélative, tient en réalité lieu de l'infinité d'expériences qui ont causé le développement de cette structure. Pour arriver à la conviction la plus forte possible touchant un fait complexe, il n'y a pas d'autre garantie: ou bien, par l'analyse, nous descendons de ce fait par des pas successifs dont nous avons vérifié chacun par l'inconcevabilité de son contraire, jusqu'à ce que nous soyons arrivés à quelques vérités qui ont été vérifiées d'une manière analogue; ou bien, en procédant synthétiquement, nous partons de ces vérités en faisant les mêmes pas. Il est donc évident, comme nous l'affirmions plus haut, que les raisonnements complexes sont plus susceptibles d'erreurs par suite d'une faute directe dans les observations ou de l'absence d'observations ou de l'absence de contre-observations que les propositions simples. Les corollaires de ce qui précède peuvent se résumer comme suit d'une façon pour ainsi dire pratique et en écartant toute hypothèse: quand j'examine un objet, un livre, par exemple, je trouve que j'ai conscience que le livre existe en dehors de moi, c'est-à-dire que j'ai conscience non d'une sensation ou d'une impression, éléments subjectifs, mais d'une chose objective; je ne puis concevoir le contraire; telle est la garantie directe du postulat universel et je ne suppose le postulat universel qu'une seule fois. La conscience du moi et celle du non-moi, loin d'être simultanées et indivisibles comme le prétendent W. Hamilton et Ferrier, tendent au contraire toujours à s'exclure réciproquement; ce sont les éléments d'un rythme incessant dans la conscience, éléments qui sont dans une alternance perpétuelle, habituellement si rapide, qu'elle échappe à l'observation, bien que, accidentellement, elle puisse être assez ralentie pour être observée; par exemple, dans l'étonnement causé par un objet extérieur, le moi s'oublie et ne revient que plus tard à lui-même; la fascination est un exemple de cet oubli du moi; la préoccupation intellectuelle est en sens inverse un exemple d'oubli des objets extérieurs. La raison est absolument incapable de montrer la déraison de ces verdicts primitifs de la conscience qui donnent le sujet et l'objet comme des existences indépendantes. S'il est impossib le à la raison de prouver sa véracité supérieure, il lui est tout à fait impossible de prouver sa véracité inférieure; celle-là dérive de celle-ci. Donc, si la raison et la perception, appelées comme témoins, déposent en sens contraire, comme le témoignage de la raison n'est rien qu'un ouï-dire de la perception, c'est XLIII

cette dernière qui doit servir de moyen de preuve. Telle est la justification négative du réalisme. Sa justification positive ne sera pas moins décisive. De deux choses l'une: ou bien l'existence objective ne peut être connue que dans les états de conscience, ce qui est tout accorder, ou bien la preuve ou la réfutation de l'existence objective ne peut être donnée que dans les états de conscience et, dans ce cas, si les états de conscience sont tenus pour aptes à faire la réfutation, on doit les tenir pour aptes à faire la preuve. Le réalisme sera donc justifié positivement si l'on montre qu'il est une affirmation de la conscience agissant d'après ses lois propres. Nous avons donc à suivre le processus par lequel la conception réaliste se produit.
4. Dynamique de la conscience.

Penser une proposition consiste à réunir dans la conscience un sujet et un prédicat. Les pensées exprimées par les propositions varient au point de vue de la cohésion de leurs sujets et de leurs attributs; dans les unes, la cohésion est parfaitement nécessaire, par exemple: « avec le mouvement, il y a quelque chose qui se meut », dans d'autres moins nécessaires, par exemple: « la glace est froide », dans d'autres, le contraire est possible, par exemple: « l'oiseau est brun ». Les premières règlent nos pensées, que nous le voulions ou non, et dans ce cas certains de nos états de conscience sont réunis de telle sorte que tous les anneaux de la série des états de conscience leur cèdent le pas quand ils leur sont comparés. Or, un raisonnement étant la formation d'une série d'états de conscience, une discussion dans la conscience est simplement un essai de la force qui lie les différentes connexions des états de conscience; le résultat de la lutte est que les états de conscience les moins cohérents se séparent, tandis que les plus cohérents restent unis pour former une proposition dont l'attribut persiste dans l'esprit tant que persiste le sujet; aucun raisonnement ne peut donner à ces derniers une meilleure garantie que cette cohérence du sujet et de l'attribut, et notre pensée est entièrement subordonnée à cette loi, à tel point, qu'on ne peut même se représenter la possibilité d'une autre loi. Voilà le résultat auquel nous arrivons, sans supposer une autre existence que celle des états de conscience. Par suite, il y a dans la conscience une garantie tout à fait suffisante de l'affirmation de l'existence objective; on ne peut, en effet, penser la proposition contraire. XLIV

Il y a une cohésion indissoluble entre chacun de ces états de conscience vifs et définis connus comme sensation, et une cohésion indéterminée qui représente un mode d'existence en dehors de la sensation, et distinct de nous. Voyons maintenant comment s'opère la différenciation du sujet et de l'objet, et comment la conception de ce dernier se développe. Supposons que je reste physiquement passif. Deux classes d'états de conscience se produisent: les vifs et les faibles; les premiers primitifs, les deuxièmes dérivés. Sans les états vifs, aucune combinaison faible ne serait possible. Les états vifs sont par leur nature et leur arrangement temporairement absolus, ils appartiennent à un plexus stable et je suis sans pouvoir sur eux. Au contraire, les états faib les et leurs rapports peuvent être aisément modifiés; tel est, par exemple, le souvenir que j'ai de la forme et de la couleur d'un bateau. Les membres de chaque groupe d'états de conscience ont à la fois une cohésion simultanée et une cohésion sériaire. Chaque groupe d'états est un groupe persistant; celui des états vifs se présente à moi comme formé d'états étroitement unis dans un ordre simultané et également en dehors de mon contrôle dans son ordre successif; celui des états faibles est formé d'états qui sont réunis dans un ordre flexible plutôt qu'étroit; cependant cette flexibilité est telle, que si un petit dérangement est facile, tout dérangement complet amenant une rupture est impossible. Les états vifs sont indépendants des états faibles; le processus de ces derniers, de quelque manière qu'il agisse, ne produit aucun effet sur les autres. Le processus des états faibles, au contraire, n'est pas entièrement indépendant des états vifs; ils marchent côte à côte dans une indépendance complète en ce qui concerne ceux-ci et parfois presque complète en ce qui regarde ceux-là. Lorsque nous pouvons percevoir l'antécédent d'un conséquent dans les séries vives, cet antécédent existe dans les séries vives et inversement dans la partie indépendante des séries faibles, il y a un antécédent faible. De là cette nouvelle différence que les deux agrégats ont chacun leurs lois propres de coexistence et de succession. Le même contraste existe entre ces lois. Dans les états vifs, il y a non seulement des uniformités générales de rapports qui sont absolus, mais chaque rapport particulier qui se présente est absolu. Au contraire, dans la série faible, tandis que certaines des lois sont dérivées (comme les états eux-mêmes) de la série vive, et tandis que quelques-unes de ces XLV

uniformités, dans la série faible, sont absolues comme dans les uniformités correspondantes de la série vive, les rapports particuliers ne sont pas abso lus, mais peuvent être modifiés facilement. Dans l'état vif, l'antécédent de tout conséquent peut être ou ne pas être dans les limites de la conscience, dans l'état faible il est toujours dans les limites de la conscience. L'agrégat faible est donc beaucoup mieux circonscrit que le vif; il en résulte que les antécédents de l'état faible peuvent être recherchés jusque dans ses dernières limites, qui sont ou un état vif ou une succession indéfinie d'états faibles; on ne peut, en effet, concevoir le vide de la mémoire. L'agrégat vif, au contraire, appartient à un tout d'étendue inconnue et ses antécédents peuvent être ou ne pas être indiqués, tandis que ceux de l'état faible peuvent toujours être indiqués et appartiennent à un tout restreint à ce que nous appelons mémo ire. La différenciation évidente des états vifs et faibles dans leur cohérence et leur série, serait encore plus évidente si, au lieu d'être un moment passif, je l'avais été toujours. Il est donc certain que leur différenciation primaire et que leur intégration précèdent toutes ces expériences données par le mouvement, et toutes ces comparaisons réfléchies qui deviennent possibles quand je cesse d'être passif et que je remue mes membres. La différenciation entre le sujet et l'objet, qui se produit ainsi passivement, et qui, précédant la pensée, est vérifiée et augmentée par cette dernière, est absolue dans ce sens qu'il n'y a aucune possibilité d'arrêter le processus sur lequel elle se produit d'instant en instant; chaque nouvel état de conscience gravite immédiatement vers l'agrégat vif ou vers le faible. De l'incertitude si un état est vif ou idéal, résulte pour nous une douleur, une situation pénible, produits par l'ébranlement de ce fondement de notre intelligence. Partielle d'abord, la différenciation du sujet et de l'objet devient de plus en plus complète. D'une manière ou d'une autre, à l'agrégat faible est liée une partie spéciale de l'agrégat vif, et cette partie diffère du reste, en ce qu'elle est toujours présente, en ce qu'elle a des cohésions spéciales entre ses éléments, des limites connues, des combinaisons comparativement restreintes et également connues, soumises à des lois familières et surtout en ce qu'elle a dans l'agrégat faib le les antécédents de ses changements les plus remarquables. XLVI

Les changements ou états dans l'agrégat faible représentés dans cette partie de l'agrégat vif, sont un moyen de produire des classes spéciales de changements dans le reste de l'agrégat vif; ainsi, je ferme les yeux et la partie visuelle de l'agrégat vif disparaît, je les ouvre et elle réapparaît. Outre ce pouvoir de rejeter et de recevoir ainsi des parties de l'agrégat vif et de modifier ainsi ce dernier d'une manière relative, j'ai celui, dans certaines limites, de le modifier absolument. Les idées et les émotions, en produisant des tensions musculaires, donnent à mes membres le pouvoir de transposer certains groupes d'états vifs. Ainsi, la totalité de ma conscience est divisible en un agrégat faible que j'appelle mon esprit, en une partie spéciale de l'agrégat vif cohérente avec l'agrégat précédent de diverses manières et que j'appelle mon corps, et enfin dans le restant de l'agrégat vif, lequel reste est sans cohérence avec l'agrégat faible, je vois par la dynamique de ces diverses parties que cette portion spéciale de l'agrégat vif, que j'appelle mon corps, sert au reste de l'agrégat vif à produire certains changements dans le faib le et à ce dernier à produire certains changements dans l'agrégat vif; conséquemment, par suite de sa position intermédiaire, je considère le corps comme appartenant tantôt à l'agrégat vif, tantôt comme constituant un même tout que l'agrégat faible avec lequel il a des rapports si intenses. Quelle que soit sa position intermédiaire, le corps est cependant aussi une combinaison d'états vifs dont quelques parties peuvent produire des changements dans d'autres parties et subir elles-mêmes des changements de la part de ces dernières. En résumé, l'agrégat vif, quand il manifeste une résistance passive, tout aussi bien que quand il manifeste une énergie active, est inévitablement associé dans la conscience avec l'idée d'une puissance séparée de lui, mais analogue à lui d'une certaine manière, puissance que développe constamment en lui-même l'agrégat faible. L'impression que nous appelons résistance étant l'élément de conscience primordial, universel et toujours présent, la conscience de quelque chose qui résiste est avec la ségrégation de nos états de conscience en vifs et en faibles, le signe général de cette existence indépendante impliquée par l'agrégat vif. L'exploration mutuelle de nos membres, excités par les idées et les émotions, établit dans la pensée une cohésion indissoluble entre l'énergie active telle qu'elle jaillit des profondeurs de notre conscience et la résistance équivalente qui lui est XLVII

opposée, aussi bien qu'entre cette résistance et une pression équivalente dans la partie du corps qui résiste. Par la conception fondamentale d'une existence en dehors de la conscience, est démontrée celle d'une résistance plus une force que cette résistance mesure. Le principe de continuité qui constitue un tout des états de conscience faibles, qui les façonne et les modifie par quelque énergie inconnue, est distingué comme étant le Inoi, tandis que le non-moi est le principe de continuité qui fait l'unité de l'agrégat indépendant composé d'états énergiques. Ainsi, tandis que nos états de conscience se groupent de manière à former ces deux agrégats antithétiques, les expériences obtenues par nos membres, quand ils s'étudient les uns les autres, établissent des cohésions telles que, au principe de continuité manifesté dans le non-moi, s'attache d'une manière inévitable la conscience naissante d'une force en proportion avec la force développée par le principe de continuité manifesté dans le moi. L'évolution normale de la pensée fait donc naître, d'une façon tout à fait naturelle et inévitab le, la conscience aussi difficile à exprimer qu'à détruire, d'une existence hors des limites de la conscience, existence perpétuellement symbolisée par quelque chose enfermé dans ces limites. 5. Le réalisme transfiguré. La conception réaliste2, ainsi que nous venons de l'établir, ne résulte donc pas, comme l'avance Hume, d'une « propension naturelle» en désaccord avec les lois de la pensée; elle n'est pas non plus, comme le suppose Hamilton, une croyance miraculeusement inspirée, mais elle est le fruit parfaitement sain et naturel du processus mental qui accompagne toute argumentation légitime. Il convient cependant, pour éviter tout malentendu, d'insister ici sur ce point que le réalisme ne fait qu'affirmer l'existence de l'objet en tant que séparée et indépendante du sujet; il n'affirme pas qu'aucun mode de l'existence objective soit tel, en réalité, qu'il apparaît, ni que les connexions qui unissent ces modes soient objectivement et en ellesmêmes telles qu'elles apparaissent. Un exemple éclaircira cette question de plus près.
2

Ce que Spencer appelle réalisme n'est autre chose que le positivisme: les deux doctrines sont identiques. Spencer n'est cependant pas un disciple de Comte; ils sont les produits originaux et spontanés de l'évolution de deux civilisations en grande partie distinctes.

XLVIII

Supposons une surface cylindrique et polie ABC représentant le sujet ou le champ de réception de la conscience, supposons à une certaine distance de ce cylindre un cube représentant l'objet de la perception. Si d'un point quelconque, F par exemple, situé au-delà du cube, nous tirons des lignes passant chacune par les angles du cube et d'autres lignes en nombre indéterminé passant par tous les points qui forment les bords du cube, l'image G qui en résultera sur la surface cylindrique et qui, dans l'hypothèse, sera donc l'image perçue, ne sera nullement semblable à l'objet-cube perçu. Ainsi, ni les éléments du symbole, ni leurs relations, ni les lois suivant lesquelles ces relations varient, ne ressemblent aux lois de la chose symbolisée et, cependant, la réalité et le symbole sont liés de façon que pour tout réarrangement possible du plexus qui constitue l'un, il y a un réarrangement exactement équivalent dans le plexus qui constitue l'autre. Derrière tous les faits relatifs et transitoires, il y a une puissance qui ne peut être connue; chaque sentiment et chaque pensée n'étant que transitoires, une vie entière faite de tels sentiments et de telles pensées n'étant elle-même que transitoire, les objets parmi lesquels s'écoule la vie étant aussi, quoique à un degré moindre, en train de perdre plus ou moins leur individualité, la seule chose permanente est la réalité inconnaissable cachée sous toutes ces apparences changeantes.

HUITIÈME PARTIE.
Corollaires.

1. Psychologie

spéciale.

- Classification.

Par psychologie spéciale, nous entendons l'étude spéciale des facultés humaines qui prennent part comme facteurs aux phénomènes sociaux; ces facteurs ne sont toutefois pleinement intelligibles que si l'on tient compte des phénomènes inférieurs de l'animalité. La division la plus générale de ces facultés est celle en sentiments (feelings) et en rapports entre les sensations, ou connaissances.

XLIX

Les connaissances se subdivisent en quatre grandes classes inférieures3. 10 Les connaissances présentatives, c'est-à-dire celles où la conscience est occupée par le rapport entre l'état mental présent et les autres états mentaux qui forment la conscience de la partie affectée, par exemple, quand on s'est coupé au doigt; 20 Les connaissances présentatives-représentatives, communément appelées perceptions. C'est l'acte dans lequel simultanément à certaines impressions présentées à la conscience se produisent les idées de certaines autres impressions ordinairement liées à celles-là. Exemple: la forme visible et la couleur orange nous conduisent à douer le fruit qui porte ce nom de tous ses autres attributs; 30 Les connaissances représentatives, c'est-à-dire celles dans lesquelles la conscience est occupée par les rapports entre les idées ou sensations représentées. Exemple: tous les actes de souvenir; 40 Les connaissances re-représentatives ou doublement représentatives, celles dans lesquelles la conscience n'est pas occupée par la représentation de rapports particuliers qui se sont déjà représentés à elle, mais par la pensée de rapports généraux où est comprise la représentation de ces rapports particuliers. Les sentiments peuvent se subdiviser de même en : 10 Sentiments présentatifs, vulgairement sensations. Ce sont les états mentaux dans lesquels, au lieu de regarder une impression corporelle comme une impression de cette nature ou comme localisée ici ou là, nous la considérons comme un plaisir ou une peine: par exemple quand nous respirons un parfum; 20 Sentiments présentatifs-représentatifs, embrassant une grande partie de ceux que nous appelons communément émotions. Ce sont ceux dans lesquels une sensation ou un groupe de sensations et d'idées excite une vaste agrégation de sensations représentées dues en partie à notre expérience individuelle, mais dépassant pour une plus grande part encore notre expérience individuelle en profondeur et par conséquent indéfinies. C'est ainsi que la terreur se complique de représentations organiques héritées de famille et de race;

3

Rappelons ici que ces divisions ne sont pas absolues, mais caractérisées uniquement par la
de l'un ou l'autre de leurs éléments.

prédominance

L

30 Sentiments représentatifs; ils comprennent les idées des sentiments classés ci-dessus quand ces idées sont évoquées indépendamment des excitations externes appropriées. Les poésies descriptives appartiennent à cette catégorie; 40 Sentiments doublement représentatifs. Ce groupe comprend ces états de sensibilité plus complexes qui sont moins le résultat direct des excitations extérieures que le résultat indirect ou réfléchi de ces mêmes excitations: tel est l'amour de la propriété et, à un degré encore plus élevé, l'amour de la justice. Bien que la conscience soit un plexus enchevêtré et que les divisions ci-dessus ne soient pas tranchées, la classification selon le degré d'aptitude représentative appliquée aux connaissances et aux sentiments n'en est pas moins juste en la dépouillant de tout caractère absolu. Elle fournit une mesure de l'évolution, considérée sous son aspect le plus étendu, dans le triple sens de l'intégration, de la détermination et de l'hétérogénéité croissantes, chaque degré supérieur n'étant possible que par un degré inférieur antécédent.
2. Développement des conceptions.

Le développement des conceptions se caractérise à l'origine par le peu d'aptitude à la représentation et comme conséquence par le manque de prévoyance; à l'origine, l'histoire n'existe pas et les croyances sont rigides. L'évolution mentale à la fois intellectuelle et émotionnelle peut être mesurée d'après son éloignement de l'action réflexe. L'idée de propriété, celle de cause et en général les conceptions abstraites, ne sont primitivement pas possibles; de même, comme il existe alors peu de données pour la conception d'uniformité et surtout pour celle d'uniformité dans les séquences, il n'y a pas de croyance à un ordre immuable, à la loi ni même à une loi spéciale. Peu de détermination, pas d'exactitude dans les connaissances; pas de conscience de ce que nous appelons vérité soit physique, soit morale; de là, nécessairement ni droiture ni rectitude dans la conduite, mais une immense crédulité et une égale aptitude à tromper et à être trompé. Le scepticisme et le criticisme ne sont pas primitifs; en effet, sans conscience de causalité et d'uniformité, on ne peut avoir l'idée de choses improbables ou inconséquentes.

LI

Contrairement à un préjugé commun, l'imagination primitive est faible; elle dépasse rarement le caractère reproductif et ne s'applique qu'aux faits passés; ce n'est que chez les civilisés que l'imagination devient constructive. L'évolution intellectuelle, parallèle dans l'humanité à l'évolution sociale dont elle est à la fois la cause et l'effet, est ainsi sous tous ses aspects un progrès de la puissance de représentation de la pensée, et ce consensus dans le développement des conceptions est un consensus organique, car il existe entre les conceptions une dépendance réciproque analogue à celle qui existe entre les fonctions des viscères.
3. Langage des émotions.

En vertu de la loi générale de l'action nervoso-motrice, chaque sentiment a pour concomitant premier une décharge nerveuse diffuse qui excite les muscles en général, y compris ceux qui meuvent les organes vocaux, à un degré proportionnel à la force du sentiment; par conséquent, l'activité musculaire, augmentant d'intensité, devient le langage naturel du sentiment. Comme concomitant secondaire du sentiment en général, quand ce dernier augmente d'intensité, nous rangeons également l'excitation produite par la décharge diffuse, d'abord dans les petits muscles attachés à des parties aisément mobiles, ensuite dans les muscles plus nombreux et plus gros qui meuvent des parties plus lourdes, et finalement dans le corps tout entier. Passant des décharges diffuses aux décharges spéciales et restreintes, nous constatons que, dans le cours de l'évolution, il s'établit une connexion entre les plexus nerveux dans lesquels un sentiment quelconque a été localisé et les séries de muscles mis habituellement en jeu pour la satisfaction de ce sentiment. Il en résulte que la naissance de ce sentiment se manifeste par une contraction partielle de ces muscles causant ces apparences extérieures appelées le langage naturel de ce sentiment. Parmi ces décharges nerveuses, quelques-unes qui sont dirigées d'une manière consciente, compliquent souvent ces apparences en superposant aux effets primaires certains effets secondaires qui, toutefois, constituent eux-mêmes un langage naturel des sentiments supprimés que

LII

les esprits doués d'une certaine pénétration comprennent cependant assez aisément. Quand le sentiment est excessif et que la décharge nerveuse affecte en conséquence le système vasculaire, alors une cause indirecte entre en jeu pour déprimer l'action musculaire et tend à neutraliser la cause directe qui excite ce dernier; dans ce cas, l'opération simultanée de ces causes antagoniques produit un mélange d'effets où tantôt les uns, tantôt les autres prédominent. Dans les émotions violentes, le nerf vague surexcité arrête l'action du cœur et produit la syncope la prostration, l'énervement, à la suite d'un grand chagrin, en sont aussi des exemples. 4. Sociabilité et sympathie. Il est deux fonctions de la plus haute généralité, la conservation de l'individu et la conservation de la race, auxquelles toutes les autres fonctions particulières sont subordonnées; chacune de ces fonctions détermine pour sa part si les habitudes seront solitaires ou sociales ou en partie solitaires, en partie sociales. La sociabilité ne peut commencer que quand, par une légère variation, il y a chez les individus une propension moindre qu'il n'yen a d'ordinaire à se disperser au loin; alors, la survivance des mieux doués tend à maintenir cette propension et à la développer. De l'habitude naîtra le désir; du désir satisfait ou non, le plaisir ou la souffrance. Des états mentaux sont produits dans les animaux sociables par le fait seul de la présence d'autres animaux semblables, nous en faisons l'expérience journalière; mais des états mentaux sont également produits chez les animaux par les actions d'animaux semblables, les exemples en sont tout aussi ordinaires; du reste, la conscience de la présence existe rarement sans la conscience des actions. D'un côté, nous voyons la crainte sympathique, les paniques, l'imitation du suicide, etc., etc. ; de l'autre, les plaisirs sympathiques; quand un chien aboie à la chasse, tous les autres donnent de la voix. Nous trouvons un degré de sympathie supérieure, entre animaux dissemblables, le chien et l'homme, le premier partageant la tristesse et le plaisir du second comme chacun a pu le constater. Le degré et l'étendue de la sympathie dépendent de la clarté et de l'étendue de la faculté de représentation; ils présupposent la capacité de percevoir les signes habituellement associés aux sentiments; de là LIlI

découle l'incapacité des animaux de sympathiser avec des sentiments qui ne se manifestent que par des signes faibles. La vie en troupe n'est pas la seule genèse de la sympathie, il y a encore la relation des sexes et celle de paternité. La relation des sexes ne peut développer la sympathie à un degré considérable que si elle a une certaine permanence: de ces relations naissent des sentiments sympathiques fréquents, de peine ou de plaisir. Les considérations générales ci-dessus s'appliquent à la race humaine. Dans cette dernière, en outre, l'absence de la sympathie, quand elle se rencontre, ne découle pas seulement de l'incapacité représentative, comme cela a lieu dans le cas par exemple des châtiments parfois gratuits infligés à autrui; mais il ne faut pas perdre de vue que la race humaine n'est pas seulement sociable, elle est également prédatrice; sa conservation a dépendu, en effet, aussi de sa force destructive vis-à-vis des forces externes similaires, au moins autant, si pas plus, que de ses facuItés sympathiques. De là est issu un certain mépris de la douleur pour soi et pour les autres, et cette nécessité du mépris de la souffrance est même devenue une volupté. Dans les sociétés humaines, l'excès de sympathie et l'excès de force destructive ont été également nuisibles à leur conservation et à leur développement. Entre ces deux forces antagoniques, un compromis s'est fait et les sentiments affectueux ont été continuellement réprimés dans toutes les directions où le salut social en rendait le mépris nécessaire. En résumé, l'évolution des sentiments sociaux les plus élevés dont la sympathie est la racine a été tenue en échec dans tout son cours par les activités qu'a nécessitées la lutte pour l'existence entre les tribus et entre les nations; ce n'est que quand la lutte pour l'existence a cessé en partie de sévir sous ses formes les plus rudes qu'ils ont pu atteindre un certain développement.
5. Sentiments égoi'stes, égo-altruistes et altruistes.

Nous entendons par sentiments les ordres d'émotions les plus élevés, c'est-à-dire ceux qui sont entièrement re-représentatifs, les distinguant ainsi des sensations et des appétits et des idées de ces derniers; ainsi compris, les sentiments constituent un degré plus complexe et bien distinct des degrés inférieurs.

LIV

Le sentiment qui se développe d'un sexe l'autre et le simple instinct de la sexualité auquel ce sentiment se rattache sont un exemple de cette différence; tous deux peuvent exister séparément, et, tandis que les éléments de l'instinct sont simplement présentatifs ou représentatifs ou les deux à la fois, ceux du sentiment sont presque entièrement rereprésen tatifs. Les sentiments ne sont ni des états présentatifs, ni des représentations de tels états, mais ils consistent en des représentations nombreuses de telles représentations confusément agglomérées les unes sur les autres et unies avec des émotions encore plus vagues qui ont été associées dans l'organisme par l'expérience des générations antérieures. C'est ainsi que l'émotion de la préhension de l'aliment s'élève dans le cours de l'évolution au sentiment de la propriété matérielle et même intellectuelle, que l'émotion de la contrainte physique enfante l'amour de la liberté tel qu'il se constate aujourd'hui dans ses formes les plus hautes et que l'émotion de l'insuccès et du succès nous entraînent vers l'orgueil ou l'humilité. En examinant notre conscience, nous nous trouvons en possession d'une grande quantité de connaissances positives rassemblées sans observations directes et d'une quantité bien plus considérable encore de connaissances mal définies et les croyances qui en résultent nous dominent quoique nous ne puissions pas dire pourquoi. C'est dans cette région volumineuse, hétérogène et mal définie de la conscience que se forment ces associations d'états complexes qui, sans cesse répétées, produisent les sentiments. La genèse des émotions se distingue de celle des idées en ce que, tandis que les idées toujours contenues dans la partie étroite et centrale de la conscience sont composées d'éléments simples en relation définie et (dans le cas des idées générales) constante, les émotions sont composées d'assemblages très complexes d'éléments extérieurs de la conscience qui ne sont jamais deux fois tout à fait les mêmes et sont les uns avec les autres en relations qui, elles aussi, ne sont jamais deux fois tout à fait les mêmes. Dans la construction d'une idée, les expériences successives, que ce soient des sons, des couleurs, des impressions tactiles, des saveurs ou que ce soient des objets particuliers qui combinent en groupes plusieurs de ces impressions, ont tant de points communs que chacune, en apparaissant, peut être pensée d'une manière définie comme semblable à celles qui l'ont précédée. Dans la formation d'une émotion, au contraire, les expériences successives diffèrent LV

tellement, que chacune d'elles, à son apparition, réveille des expériences passées qui ne sont pas spécifiquement semblables, mais n'ont qu'une ressemblance générale; chacune d'elles réveille en même temps les avantages ou les inconvénients de l'expérience passée, avantages ou inconvénients également variés dans leurs conditions particulières, bien qu'offrant une certaine communauté de nature. De tout cela, il résulte que la conscience produite est une conscience multiple, confuse, dans laquelle, en même temps qu'une certaine sorte de combinaison entre les impressions reçues se forme comme un nuage vague de combinaisons idéales voisines de ces impressions et comme résultat pratique une masse confuse d'émotions idéales de plaisir ou de peine associées antérieurement avec de telles combinaisons. À la différence des sentiments purement égoïstes, les sentiments égo-altruistes impliquent, outre un plaisir personnel, un certain plaisir en autrui, la représentation par nous de ce plaisir en autrui étant une source de plaisir non en elle-même, mais en raison des avantages personnels que l'expérience y a associés. Tels sont les sentiments religieux basés sur l'approbation et la crainte des nôtres ou des morts ou des Dieux, et qui sont l'origine de la conscience du juste et de l'injuste. Observons que dans les sentiments de ce genre il n'entre pas encore de conscience agréable ou pénible causée par la considération des actes qu'ils déterminent envisagés dans leur nature intrinsèque, abstraction faite des conséquences immédiates ou éloignées qu'ils peuvent avoir pour l'individu. Les sentiments régulateurs de nature égo-altruiste sont dans leurs rapports avec les actions concrètes aussi variables que les différentes sortes de conduites servant au bien social sous différentes conditions sociales; quand les sentiments acquièrent un caractère plus élevé et qu'ils sont mieux imprégnés du sentiment de justice au point de vue des actes considérés en eux-mêmes, ils ne peuvent plus s'ajuster aussi aisément aux diverses variations et convenances sociales. Le processus ci-dessus engendre ces sentiments constants et fixes du juste et de l'injuste, de même que les variations des conditions sociales engendrent l'idée de conditions fixes du bien-être social. Ce résultat est atteint, grâce surtout à la prédominance de plus en plus décisive du régime industriel et pacifique sur le régime prédateur; sous l'influence de ce nouveau régime, la dépendance et la division des

LVI

positions sociales augmentant, la croissance des sentiments qui trouvent leur satisfaction dans le bien de tous augmente également. Dans les cas les plus simples de ces sentiments supérieurs, il y a uniquement sympathie individuelle et collective dans la sensation, très généralement il se forme sympathie dans la sensation et dans l'émotion proprement dite qui l'accompagne, et, graduellement, la sympathie se produit pour des émotions qui ne contiennent aucun élément présentatif. Dans cette classe de sentiments se rangent les différents degrés de la générosité et de la pitié, et surtout le sentiment de la justice qui est la forme la plus complexe et la plus exacte de la sympathie sociale réciproque. Le pardon et cette espèce de volupté que produit en nous la compassion, ce tendre sentiment né de l'amour de la faiblesse, sont des modalités du sentiment de justice avec mélange d'abnégation du moi en faveur du prochain.
6. Sentiments esthétiques.

Les centres nerveux qui, par l'effet de l'action exercée sur eux, ont subi une désintégration, se réintègrent perpétuellement et redeviennent propres à l'action. Plus une partie quelconque d'un centre nerveux a été longtemps inactive, plus cette partie est portée à un état d'irritabilité extraordinaire, c'est-à-dire plus elle est susceptible de se décomposer et de se décharger des forces qu'elle a en excès. De là, des sentiments idéaux ou désirs, de là, si cette activité latente ne trouve pas une occupation pratiquement utile, une tendance vers une activité simulée tenant lieu de l'activité réelle. Telle est l'origine des jeux de toutes sortes. Ceci explique également pourquoi ces mouvements sans objet sont le plus souvent manifestés par les facultés qui ont un rôle dominant dans la vie de l'animal. Cette observation, qui est vraie des énergies corporelles, des instincts destructeurs et des émotions correspondantes qui dominent dans la vie, est vraie de toutes les autres facultés. Toutes tendent à une action idéale en l'absence de l'action réelle. C'est à ces puissances sans objet des facultés supérieures que les productions esthétiques fournissent la matière de ces activités supplémentaires comme les jeux, les chasses, les tournois, la course, etc., etc., les fournissent à l'activité des puissances inférieures. Le caractère esthétique d'un sentiment est habituellement associé avec la distance qui le sépare des fonctions servant à la vie. Ainsi le goût est moins esthétique que les odeurs, celles-ci les ont moins que les LVII

couleurs, et les sons offrent des propriétés esthétiques supérieures à celles des autres fonctions. Chaque faculté supérieure étant un moyen de coordonner les actions des diverses facultés inférieures, la hiérarchie des sentiments esth étiques peut se constituer comme suit:

10 Au plus bas degré: les plaisirs dérivant de la simple sensation
du goût, des odeurs, des couleurs ou des sons, un peu plus haut ceux produits par les harmonies des couleurs et celles des sons; 20 À un degré plus élevé: les impressions agréables qui accompagnent les perceptions plus ou moins complexes de formes, de lumière et d'ombres combinées, de cadences et d'accords successifs s'élevant dans l'échelle à une plus grande hauteur là où elles sont unies en combinaisons de formes et de couleurs, en arrangements savants de mélodies et d'harmonies; 30 au plus haut degré: les sentiments esthétiques proprement dits, ne contenant aucun élément présentatif. Les impressions de forme et de couleur fournies par la peinture, les cadences et les accords d'un air ou d'un chœur, et aussi les symboles du langage oral ou écrit ne sont ici que des moyens par lesquels certaines émotions sont excitées d'une manière idéale. Parmi les sentiments esthétiques les plus élevés, ceux qui trouvent leur source dans une excitation des sentiments altruistes sont supérieurs aux sentiments esthétiques égoïstes et égo-altruistes, supérieurs du moins dans leur degré de représentation et de complexité, sinon quant à leur importance actuelle et quantitative. La forme la plus parfaite du sentiment esthétique est atteinte lorsque ces trois ordres de jouissances, savoir: celles qui accompagnent la sensation, celles qui accompagnent la perception et celles qui accompagnent l'émotion sont fournies à la fois par la pleine action des facultés respectives et avec la moindre réduction causée par ce qu'il y a de douloureux dans une activité excessive. Serge NICOLAS Professeur en histoire de la psychologie et en psychologie expérimentale Université Paris Descartes. Directeur de L'Année psychologique. Institut de psychologie Laboratoire Cognition et Comportement, FRE 2987 71, avenue Edouard Vaillant. 92774 Boulogne-Billancourt Cedex, France LVIII

PRINCIPES
DE

PSYCHOLOGIE
PAI\

HERBERT SPENCER
TradnHs stlr lA nouvello édition Anglaise

P,Ut

TH.

RIBOT
Anciens élèves de l'Ècole

ET
normale,

A.
agrégés

ESPINAS
de philosophie.

TOME SECOND

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GERMER BAILLIÈRE
BOULEVARD SAINT-GERMAIN, 108 Au coin de la roe lIautefeuillo.

ET Ci~

'1875

PRÉFACE
DE LA SECONDR ÉDITION.

-On peut dire de ce second volume, comme du premier, quec'est plutôt un nouvel ouvrage qu'une nouvelle édition. La seule de ses différentes divisions qui garde sa forme générale originelleest la partie VI, «Analyse spéciale. »Dans cette partie, les changements importants qu'on rencontrera

viennentde.l'additiondesëe 302-305,montrantque la matière sur laquelle s'exerce la logique est objective, et des nouveaux développem~~ts donnés aux chapitres sur la « perception du corps en tant que présentant les attributs statiques, » la perceptionde l'espace » et la « perception du mouven1ent,» développements ar lesquelsla doctrine p enoncée en ces chapitres a été plus complétement mise en harmonie avec la doctrine"" l'évolution. La partie VIII, de « Analyse générale, »bien que contenant des fragments de ]apartiequi portaitce titre dansla f reédition, est presque entièrement nouvelle en substance et entièrement nouvene

-

commedisposition: et quant à la partie IX, 1 flUX corollaires, » rien ne correspondait à cette partie dans la 1re édi..

- VItion. En nombre rond, 350 pages de matières nouvelles sont ajoutées aux 300 pages de matières parues auparavant. Les différents fascicules qui composent ce volume ont paru pour les souscripteurs aux dates suivantes: n° 27 (pages i-80), en mars 187i ; n° 28 (pages 81-1.60), en 3vrH 187t ; n° 29 (pages 161-240), en juin 1871; n° 30 (pages 241-320), en juillet 1871; n° 31 (pages 321..400), en octobre 1871 ; n° 32 (pages401-480), en février 1872; n° 33 (pages 481-560), en juin 18i2; et n034 (pages 561.648), en octobre 1872.

Londres, octobre 1872.

SIXIÈME
ANALYSE

PARTIE.
SPÉCIALE.

CHAPlrrRE PREMIER.
DÉLIMIT ATION DU SUJET.

s'il n'est prévenu, s'attendra à trouver dans les chapitres qui suivent des analyses d'états de conscience de tout ordre. Il supposera que notre recherche doit comprendre aussi bien les émotions que les phénomènes intellectuels. Et il s'attendra à voir résoudre en leurs éléments, non-seulement les pensées, mais aussi les sentiments. Cependant, en comparant ces deux ordres d'états de cons. cience, on verra que, si le premier promet quelques résultats satisfaisants à l'analyse, il n'en est pas ainsi du second. Pour qu'une chose soit expliquée par la séparatio'n de ses parties et l'examen des rapports qui les'unissent, il faut qu'elle présente des parties qu'on puisse distinguer d'une manière déterminée. Et si ce qui est devant nous, quoique évidemment composé, est tel que ses éléments hétérogènes sont si bien mêlés et fondus ensemble, qu'on ne peut nettement reconnattre chacun séparément, on peuten conclure que toute analyse, si elle n'est absolument infructueuse, conduiraà desconclusions douteuses, ou incomplètes, ou les deux à la fois. Or, telle est la différence qui existe entre les états de conscience que nous distinguons comme intellectuels et comme émotionnels. Une pensée, quelque simple ou complexe qu'elle soit, contient des élé.. Il. i

~ 274. Le lecteur,

2

ANALYSE

SPÉCIALE.

ments qu'Ion petIt plus ou moins définir 'et nommer, et dont les rapports peuvent être plus ou moins clairement indiqués.lVlais, un sentÎlllent est tout à fait vague dans ses contours; sa nature reste toujours ihdistin.ëte, m,@ntte àprès }" é:xamen ]e plus. attentif. On peut distinguer quelques traces obscures des divers éléments; mais Jes délimitations, du to-ut et de ses parties sont si faiblement marquées, et en même temps si embrouillées, qu'on ne peut atteindre que des résultats très-généraux. Et c'est le caractère qu'implique nécessairement la genèse des émotions, telle que nous l'avons tracée. Si on se rappelle les paragraphes 2,14 et 247, parties IV et V, on verra. que, les émotions étant produites par la consolidation de' groupes d'états de conscience de plus en plus larges et hété-. rogènes, l'analyse ne pourra réussir à les résoudre en leursél'éménts. Sans nou's occup'er donc des émotions, puisqu'on ne peut les expliquer que synthétiquement, comme nous l'avons fait, dans le premier volume, nous nous bornerons ici à l'analyse. des phénomènes intelleétuels. ~ 271').. ne analyse conduite d~une manière vraiment systéU m:atrqu'e',doit commencer pàr les phéncmènes les plus com-. pl1&xes la-'série à analyser: elle doit chercher à les résoudre. de da1J'S phért'omène's,les plus 1f(}isinsdans l'ordre de la c()m-~ les plexité ; e1Iedoit proeéder de la ttlêm\emanière à l'égard d€s;. phénomènes' moins èomp~e~es,ainsi découverts: et ainsi, par des 'décompositions 5tlccéssives, elle;doit descendre pas. à pas,
j,u~q'a':at1,:x; phéno-m-ènes les plus simples et les plus généraux,. ptaû:p.att'eindtre' final~ment te plus s,j.mplg et ]e plus général., Gette. m-anière de procéder' appliquée it la psychologie', quoiqttr'/elle s'Oitpeut-être', si on a la :patien1c'ede la suivre, la pl usfécnnde en résultats, est hérissée de difficultés. Les opérations. .lés plus ordinaires de la conscience sont suffisamment embar:... rassantes. pour ceux dont les facultés pensantes n'ont pas étébien disciplinées; et l'on peut attendre naturellement que ses opérations les plus compliquées, si on veut les prendre dès le
I

DÉLIMITATION

DU SUJET.

3

commencement., soumettront à une rude épreuve même ce... lui qui a l'habitude de ces études. A cet égard donc, une pareille disposition du sujet peut être désavantageuse, et pour le lecteur, et pour l'auteur; ccpendant, comme elle est beaucoup mieux appropriée qu'aucune autre à l'exposition complète de cette loi générale que recherche notre ant\lyse spéciale, je n'hésite pas à l'adopter. Il \~suffirad'un peu de patience pendant les quelques chapitres qui vont suivre. Sj le lecteur y trouve des choses qu'il ne comprend pas bien, qu'il attende jusqu'aux chapitres suivants qui lui en donneront Ia clef. Si quelques-unes des questions discutées lui semblent sans importance, peut-être fera-t-il bien de suspendre son jugement, jusqu'à ce que leur rapport avec la doctrine générale devienne visible. Et si, comme cela est' très-possible, il n'aperçoit pas de raison' pour interpréter certains phénom'ènes mentaux d'une manière'particulière, pour insister' sur une manière spéciale de les considérer' et de les définir, on le prie d'accepter ces analyses de'confiance, et de croire qu'elles seront justifiées plus tard.

CHAPITRE TI.
RAISONNEMENT QUANTITATIF COl\1:POSÉ.

~ 276. Parmi les actes intellectuels les plus élevés sont ceux qui constituent le raisonnement conscient, que nous appelons ainsi pour le distinguer du raisonnement inconscien t ou automatique, qui entre pour une si grande part dans la perception ordinaire. Dans le raisonnement conscient, le raisonnement quantitatif est celui qui contient le plus grand nombre d'éléments définis combinés ensemble. Enfin, dans ce mode de raisonnement, il y a une espèce plus compliquée que le reste et que nous pouvons classer à part, sous le titre de Raisonnement quantitatif composé. Commençons donc par ]ui. Même dans le raisonnement quantitatif composé, il y a des degrés de composition; et notre analyse doit naturellement commencer par l'espèce la plus composée. Prenons-en un exemple. . S 277. Supposons qu'un ingénieur ait construit un pont tubulaire en fer d'une portée donnée, et qu'il le sachejuste assez <furtpour supporter l'effort qu'il est sujet à éprouver (effort qui résulte en grande partie de son propre poids) ; supposons que ce même ingénieur soit prié d6' construire un autre pont de même nature, mais d'une portée double. On supposera peut-être que, pour ce nouveau pont, il lui suffira d'agrandir dans toutes ses parties le plan précédent, et de donner au tube une profondeur double, une largeur double, une épaisseur

-

RAISONNEl\lENT

QUANTITATIF

COl\IPOSÉ.

5

double, aussi bien qu"une longueur double. ~Iais lui qui connaît blèn les principes de la mécanique, sait qu"un pont ainsi proportionné ne se soutiendrait même pas; il en conclut que la profondeur, ou l'épaisseur du métal, ou les deux, doiyent être supérieures au double. Mais par quels actes de pensée atteint-il cette conclusion? Il sait d'abord que les volumes de masses semblables de matière sont entre eux comme les cubes des dimensions linéaires; et qu'en conséquence, quand Jes masses sont semblables non-seulement sous le rapport dè la forme, mais de la matière qui les compose, les poids sont aussi comme les cubes des dimensions linéaires. Il sait aussi que, dans des masses semblables de matière qui sont soumises,,à une compression, ou à une tension, ou, comme "'~ dans le cas actuel, à un effort oblique, la force de résistance varie comme les carrés des dimensions linéaires 1. Par suite, il voit que, si ran bâtit un autre pont sur les proportions exactes du pre'rnier, mais de grandeur double, son poids (c'està-dire la force de la gravitation qui tend à le faire fléchir et se rompre) aura crû comme les cubesdes dimensions, tandis que sa force de cohésion (c'est-à-dire la force de susten sion , celle qui résiste à la rupture) n'aura crû que comme les carrés des dimensions, et que par conséquen t le pont s'affaissera. Ou, pour présenter le raisonnement d'une manière plus formelle, il verra que:
la force de sustension
{

dansIepetittube.'

. i la force
\

dansle grand tube \. .

de sustension

l .. 12 . 22

.

Tandis qu'il voit en même temps que: l {la force de destruction 1 3 . 23 dans le petit tube j. t dansle grandtube. \ . . D'où il conclut que, la force de destruction ayant crû dans un rapport beaucoup plus grand que la force de sustension,
f la force de destruction

1

.

..

f Pour plus de simplicité, je mets ici la loi sous sa forme indéterminée, laqueJle impliquerait que les côtés du tube gardent leur situation originale quand ils sont exposés à un effort, tandis qu'en fait ils tendent à se déjeter.

6

ANAfJ YSE SPÉCIALE.

le grand tube ne pourra se soutenir" \Vuque dans le petit il n'y avait déjà aucun eXQès., Et maintenantf sans no.us p,réocet1lper {lesdivers 'actes par { Jesquels:on atteint les prémisses et par lesquels en tire la conclusion finale, eonsidérons la Dature du pvocé1démental particulier 'impliql1é dans cette connaissance :' que le rapport entre les forces de sustension dans les deux tubes doit différer ,du,rapport,e,ntre les foroes ,dedestruction, ear,e'est ce procédé qui nous intéresse ici.à tit.ued'e:temple de raisonnement trèsco~plexe. Il n'y a, qu'on le remarque bien, aucune compalaison directe entre ces deux rapports. CommeBt donc savonsDOUSu'ils sont dissembla:bles? Nous le savons par le moyen q de deux autres rapports auxquels ils sont respectivement égaux. Le rapport entre les deux forces de sl1stension égale le rap.. port 12: 2'2. Le rapport entre les deux forces de destruction égale le rapport 13 : 23. Et comme on voit que le rapport 12 : 22 est inégal au rapport 13 : 23, on voit par là n1ême que le rapport entre les forces de sustension est inégal au rapport entre les forces de destruction. Mais maintenant comment cela y est-il impliqué? ou plutôt' quel est l'acte mental par lequel on perçoit que cela y est impliqué? ÉVIdemment, cet acte n'est point décomposable en périodes. Quoiqu'il renferme plusieurs éléments, c'est une intuition simple: et si on l'exprime sous une forme abstraite, il équivaut à cet axiome: Des rapports mathématiques qui ,sont chacun égaux à certains autres rapports mathématiques inégaux entre eux sont eux-mêmes illégaux; - ou, sous une forme encore plus abstraite: Des rapports qui sont chacun égaux à certains autres rapports inégaux entre eux sont eux-mêmes inégaux. Je ne me propose pas d'entrer ici dans une analyse de cette intuition très-complexe, mais simplement de l'offrir comme un exemple des actes de pensée les plus compliqués qui serencontrent dans le raisonnement quantitatif composé, exemple auquel le lecteur peut toujours revenir quand il lui plaît. Une

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