Problématiques Energétiques et Protection de l'Environnement en Afrique

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Cet ouvrage est une des réponses que la société civile apporte au débat relatif aux enjeux de l'énergie et de l'environnement en Afrique. Qu'il s'agisse de l'énergie solaire ou de l'hydroélectricité, l'environnement est à prendre en compte. Aucun pays aujourd'hui ne doit plus négliger la prévention de la pollution des eaux car la sécurité et le principe de précaution l'imposent. Cet ouvrage est une contribution pour promouvoir le développement durable en Afrique.
Publié le : mardi 1 juillet 2008
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EAN13 : 9782336259857
Nombre de pages : 251
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50909

par Corlet Numérique - Dépôt légal: juin

- 14110
2008

- Imprimé

Condé-sur-Noireau en France

Problématiques énergétiques et protection de l'environnement en Mrique Contraintes et opportunités pour un développement durable

Points de vue Collection dirigée par Denis Pryen

Déjà parus

Calixte BANIAFOUNA, La Bataille de Brazzaville. 5 juin-15 octobre 1997. Le coup d'Etat le plus long et le plus meurtrier du monde: 10000 morts, 2008. Ange Edouard POUNGUI, A cœur ouvert pour le Congo Brazzaville, mon beau pays. Entretien avec Calixte Baniafouna, 2008. André CHAMY, Saddam Hussein: le crime et la potence, 2008. Jean-Claude MAYIMA-MBEMBA, La Violence politique au Congo-Brazzaville. Devoir de mémoire contre l'impunité, 2008. Banianga MUNONGO, Congo-Kinshasa: le chemin de la démocratie, 2008. Jean BRUNA TI, De l'esclavage des Noirs à celui des camps nazis,2008. Jean-Roger ZIKA, Réflexions sur la question noire. Réponse à Gaston Kelman, 2008. Jean-Pierre AKUMBU M'OLuNA, Libres propos sur les réformes juridiques au Gabon, 2008. Gaspard MUSABYIMANA, Rwanda: le mythe des mots. Recherche sur le concept « akazu » et ses corollaires, 2008. Pierre MANTOT, Le projet de société des Matsouanistes, 2008. Juste Joris TINDY-POATY, À propos de l'œuvre de Pierre Claver Akendengué, 2008. Jean-Alexis MFOUTOU, La langue française et le fait divers au Congo-Brazzaville, 2008. Edna DIOM, Côte d'Ivoire. Un héritage empoisonné, 2008. Askandari ALLAOUI, Mise en place de politiques éducatives locales dans la postcolonie de Mayotte, 2007. Pierre MANTOT, Les Matsouanistes et le développement, 2007.

coordonné par René NGANOU KOUTOUZI avec Edgard BOSSOKEN, KléberWANDJI et Pierre N'GAHANE

Problématiques énergétiques et protection de l'environnement en Mrique Contraintes et opportunités pour un développement durable
COLLOQUE IDEAL UNIVERSITÉ CATHOLIQUE DE LILLE LILLE LE 5 NOVEMBRE 2005

Avec la participation

de Pierre RADANNE

www.idealasso.org

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Sciences Economiques et de Gestion

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@ L'HARMATTAN 2008 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattanlaJ,wanadoo.fr harmattan l@wanadoo.fr

ISBN: 978-2-296-05767-8 EAN : 9782296057678

Préface par Mme Thérèse LEBRUN Président-Recteur de l'Université Catholique de Lille

Chaque année, IDEAL, en collaboration avec l'Université Catholique de Lille, organise un colloque caractérisé par l'intérêt manifeste du thème abordé, la qualité des intervenants et leur diversité, un approfondissement de la question traitée pour faire progresser le développement économique en Afrique depuis Lille. Il s'agit pour moi d'une courageuse et fructueuse initiative qui mérite d'être connue et partagée. Aussi, je me réjouis de la parution de cet ouvrage consacré aux problématiques énergétiques et à la protection de l'environnement en Afrique. Cette question est mondiale et, avec nos partenaires africains, nous avons à la traiter ensemble, à égalité, dans le respect des peuples. Nous avons aussi à nous rappeler en permanence qu'il n'existe pas un seul modèle de développement et que le continent africain a beaucoup à nous apprendre quant à de nouveaux modèles de croissance, d'usage raisonné et raisonnable des ressources, de relations humaines entre les peuples. Souhaitons à l'Afrique, de vivre le développement et un développement durable. Souhaitons à l'Europe au cœur de laquelle Lille et notre Université se trouvent, de contribuer à une réflexion mondiale sur ces importantes questions de l'énergie et de l'environnement, dans le respect des peuples et des continents et un souci de transformer les relations internationales en vue d'un monde plus beau, plus juste, plus humain et plus solidaire. IDEAL contribue à ce projet. L'Université Catholique de Lille est fière d'y être associée.

Introduction Cet ouvrage intitulé PROBLÉMATIQUES ÉNERGÉTIQUES ET PROTECTION DE L'ENVIRONNEMENT EN AFRIQUE CONTRAINTES ET OPPORTUNITÉS POUR UN DÉVELOPPEMENT DURABLE est publié sous la coordination éditoriale de René NGANOU KOUTOUZI Avec Edgard BOSSOKEN, Kléber WAND]I et Pierre N'GAHANE Ce produit est un concentré du travail de l'association IDEAL (Initiatives pour le Développement Economique en Afrique depuis Lille) qui relate la mise en scène et la réalisation du colloque IDEAL sur l'énergie et l'environnement en Afrique. IDEAL est un think tank qui se veut force de propositions sur les questions de développement en Afrique, parce que la réflexion précède l'action. A travers des débats de qualité autour d'une table ronde, des communications scientifiques de haute volée intellectuelle sur l'énergie et l'environnement en Afrique, cet ouvrage est une des réponses les plus appropriées des actions que la société civile peut proposer pour discuter et débattre de problématiques aussi importantes que l'énergie et l'environnement en Afrique. Des solutions alternatives concernant l'énergie solaire à mieux domestiquer technologiquement et l'hydroélectricité à mieux exploiter, ressortent des débats; aucun pays ne peut se permettre, concernant l'environnement, de négliger la prévention de la pollution des eaux, sinon il devra un jour ou l'autre assumer des charges beaucoup plus lourdes encore, pour assurer à tous les genres d'usagers un approvisionnement suffisant en eau saine. Cet ouvrage est une contribution pour le développement durable de l'Afrique.

COMMUNICATIONS

D'OUVERTURE

Alain WAFFO, Animateur de la matinée Au nom de l'association IDEAL, je vouchais vous souhaiter la bienvenue. Merci d'assister à notre colloque consacré aux problématiques énergétiques et à la protection de l'environnement en Afrique. Nous sommes particulièrement ravis de vous accueillir dans cette ville de Lille et plus particulièrement dans cette enceinte prestigieuse de l'Université Catholique de Lille, vieille de plus de 130 ans. J'observe qu'en majorité vous étiez déjà présents parmi nous l'année dernière pour le colloque sur la dette. En tant que membres d'IDEAL, nous le recevons comme un signe de fidélité et d'encouragement aux réflexions que nous initions sur le devenir de l'Afrique. Nous espérons qu'à l'issue des travaux et discussions de ce jour, vous trouverez matière à réflexion sur les problèmes du développement de ce continent, problèmes qui sont évidemment beaucoup plus vastes que ce que l'économie nous donne à voir et à penser. Aujourd'hui, nous avons choisi d'aborder le thème de l'énergie qui est au cœur de la problématique du développement comme de la préoccupation planétaire du changement climatique. Sans plus attenche, je vais demander à quelques personnalités de bien vouloir me rejoinche pour exprimer un propos liminaire sur le thème qui nous intéresse ce jour. Comme il se doit, je vais commencer par M. Pierre N'GAHANE qui est le co-Directeur du Département «Ethique» de l'Université Catholique de Lille, et Vice-Président de cette même université.

Pierre N'GAHANE, Président de l'association

IDEAL

Madame la Vice-Présidente du Conseil Régional, Monsieur le Consul, Madame et Messieurs les élus, Monsieur le premier Vice-Président Recteur de l'Université Catholique de Lille, Monsieur le Doyen de la Faculté Libre des Sciences Economiques et de Gestion, Chers confrères de la vie associative, Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

Pour cette deuxième édition de notre colloque, c'est avec une réelle satisfaction que je vous souhaite la bienvenue à l'Université Catholique de Lille, au nom de notre association Initiatives pour le Développement Economique en Afrique depuis Lille. Comme vous l'avez certainement compris, notre association souhaite apporter sa contribution à la réflexion sur l'ensemble des maux qui font obstacle au développement harmonieux et durable de l'Afrique. Nous pensons que cela n'est ni une fatalité et encore moins une malédiction, si le continent africain donne l'impression de piétiner, alors que globalement la pauvreté semble bien reculer dans le reste du monde. Apporter notre participation à cette réflexion et participer au renouvellement des idées sur les politiques de développement constituent pour nous un axe essentiel de notre engagement associatif. C'est dans cette perspective que nous avons décidé de mettre sur pied en cette rentrée universitaire un centre de recherches et de ressources sur l'Afrique et sur lequel nous vous donnerons des informations précises dans les prochains mois. Par ailleurs, nous avons le souci d'être sur le terrain et de travailler avec les acteurs locaux du développement, principalement ceux pour lesquels nous estimons qu'ils gagneraient à s'organiser pour être des acteurs incontournables du développement de leur pays. La première expérience que nous avons lancée au Cameroun dans le cadre de la coopération décentralisée, entre les élus de notre région Nord-Pas-de-Calais et l'association des communes et villes unies du Cameroun, devrait donner prochainement des résultats significatifs qui feront l'objet d'une communication spécifique. Ce qui nous semble perceptible aujourd'hui, plus qu'hier encore, c'est qu'en Afrique, du fait du développement économique mondial caractérisé par la globalisation des échanges, les Etats ne parviendront pas tout seuls à relever le défi des enjeux auxquels le continent doit faire face. Il nous semble que les formes de régulation actuellement disponibles sur le marché sont peu ou mal adaptées pour permettre au continent africain de s'accrocher au train du développement du système économique mondial. L'analyse de la situation nous amène à penser que les alternatives, pour entrer pleinement dans ce système économique mondial, ne sont pas si nombreuses que cela. Ou nous agissons sur les modalités de régulation qui nous semblent aujourd'hui peu adaptées, et surtout peu efficaces pour soulager la douleur ou les douleurs de ce continent, ou il faudra que l'Afrique définisse les moyens qu'elle se donne pour entrer dans la dynamique actuelle du développement économique, ce qui signifie qu'il faudra qu'elle se construise son propre système économique, quitte à imaginer les passerelles nécessaires pour éviter son isolement. L'année dernière, nous avons organisé un colloque sur la remise de la dette en Afrique et nous avons partagé le fait qu'au-delà de cette remise des questions importantes demeuraient, notamment l'impact ladite remise sur la réduction de la pauvreté. Nous constations alors que, malgré les bonnes volontés et les 10

budgets importants consacrés par la communauté internationale, nous étions loin des fameux objectifs du millénaire formulés en septembre 2000 à New York, dont les principaux objectifs étaient - permettez-moi de vous le rappeler - de lutter contre la pauvreté, la faim, la maladie, l'analphabétisme, la discrimination à l'égard des femmes et la dégradation de l'environnement. La problématique du colloque de ce jour qui porte sur les questions énergétiques et environnementales pour un développement durable en Afrique n'en est pas éloignée. Selon le rapport publié par ONU Energies, The Energy Challenge achievingthe millenium development oals, dans l'ensemble des pays en for g développement, on peut lire que quelque 2,4 milliards de personnes seraient privées de combustibles modernes et que 1,6 milliard de personnes n'ont toujours pas accès à l'électricité. En Afrique, toujours selon ce rapport, seulement 8 % de la population africaine a accès à l'électricité. Dans cette perspective, peut-on légitimement penser au développement du continent africain sans inscrire la politique énergétique des pays au rang des priorités? Les priorités énergétiques en Afrique se posent-elles en termes de moyens financiers ou en termes technologiques? Dans un contexte mondial où nous redoutons un déséquilibre encore plus grand entre l'offre et la demande d'énergies, notamment avec le renchérissement des ressources thermiques, la montée en puissance de la demande asiatique et de l'Inde que nous oublions souvent, et les contraintes de plus en plus fortes de la préservation de notre environnement, de notre planète, comment se caractérisent, dans cet environnement que je viens de décrire, les enjeux majeurs des pays africains? Les ressources alternatives, le solaire, l'éolien, la biomasse, sont-elles opportunes pour l'Afrique? Sont-elles adaptées à l'organisation spatiale des sociétés africaines? Avec les privatisations des entreprises publiques, qut s'imposent aujourd'hui dans les cahiers des charges des pays soumis aux contraintes d'ajustement structurel, notamment les pays éligibles au PPTE, l'Afrique est-elle dans des dispositions optimales pour penser sa politique énergétique? Et enfm, question que je me pose, quel rôle doit jouer la société civile dans ce contexte divers et complexe? Les problèmes ne sont-ils pas ailleurs? C'est toute la réflexion que nous avons au niveau de notre association, et c'est ce que nous vous invitons à découvrir au travers de l'ensemble des échanges de notre journée. Mais avant ces débats, permettez-moi au nom de notre association de remercier particulièrement l'Université Catholique de Lille et notamment Madame le Président Recteur Thérèse LEBRUN représentée par son premier Vice-Président Recteur le Père Bernard PODVIN qui accueille nos débats avec grand intérêt. Il y a une réunion à Lourdes tout ce week-end qui réunit tous les évêques de France et Mme LEBRUN qui est actuellement Présidente de l'association des cinq Universités Catholiques de France, est bien entendu invitée à Lourdes.

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Je tiens à remercier le Conseil Régional N ord- Pas-de-Calais, la Ville de Lille et notamment la Vice-Présidente Ginette VERBRUGGHE qui manifeste, par sa présence, son attachement aux problématiques africaines. Je tiens à remercier l'Agence de l'environnement pour la maîtrise de l'Energie, l'ADElVIE, et notamment son Délégué régional Hervé PIGNON, qui n'a pas hésité à associer la réflexion de son institution à nos échanges de ce JOur. Merci également à Liane Coopération pour son appui technique. Merci aux différents intervenants de cette journée, les résidents français, tout comme ceux qui sont venus tout spécialement de l'étranger et notamment d'Afrique. Merci aux journalistes, notamment ceux de la presse africaine, venus nombreux. Merci à Toubab tout d'abord qui est notre journal local, 3A Télésud qui est présent, Radio France Internationale, Africa Numéro 1, Africa International, et l'Association des presses africaines qui travaille pour le Messager et pour Radio Vatican. Merci à vous, participants, venus nombreux ce jour. Merci enfIn à vous qui êtes venus pour débattre sur des questions aussi fondamentales que celles de l'énergie et du développement durable en Afrique. Votre présence, Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs, nous flatte et nous encourage à persévérer dans la nécessité d'offrir à Lille un lieu de débat sur les questions du développement de l'Afrique.

Père Bernard PODVIN, Premier Vice-Président Recteur de l'Université Catholique de Lille Mesdames et Messieurs, L'Université Catholique de Lille est heureuse de vous accueillir ce matin pour ce colloque sur les questions d'énergie, d'environnement et de développement durable en Afrique. Comme cela vient d'être précisé, notre Président Recteur, Mme LEBRUN, devait participer à vos débats, tout comme elle avait pris part au premier colloque IDEAL l'an dernier sur la dette africaine, mais elle a dû se rendre à une rencontre en dehors de la région. En premier lieu, je voudrais saluer et remercier aussi à mon tour la Région Nord-Pas-de-Calais, la Ville de Lille représentée par Mme VERBRUGGHE, l'association Liane Coopération et l'ADElVIE (l'Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Energie) animée dans le Nord-Pas-de-Calais par M. Hervé PIGNON Délégué régional. C'est peu dire que d'afftrmer que sans leur appui, leur aide et leur participation à nos débats, ce colloque n'aurait pu se tenir. Je voudrais ensuite saluer le remarquable travail réalisé par l'association IDEAL, Initiatives pour le Développement Economique en Afrique depuis Lille, créée en 1998 et présidée par notre ami Pierre N'GAHANE, VicePrésident de notre Université Catholique de Lille et Directeur depuis peu de notre département Ethique. Merci à Pierre et à toute son équipe. 12

L'association IDEAL, organisation non gouvernementale, s'est donné pour mission de promouvoir la réflexion sur les mutations socio-économiques en Afrique et de mener des actions concrètes d'information et de développement en faveur des pays africains. Les questions d'énergie, de la protection de l'environnement, du développement durable en Afrique sont donc aujourd'hui, chers amis, au cœur de tous vos débats. Une Université, et notamment une Université catholique comme la nôtre, peut, à ce sujet, exprimer quelques avis et quelques questionnements. L'humanité dans son ensemble a enregistré des progrès indéniables et parfois spectaculaires au cours des dernières décennies. Citons l'espérance de vie, l'éducation, le revenu moyen, l'accélération du rythme de décollage économique. Mais force est de constater que l'Afrique est restée sur le bord de la route, en termes de revenu par habitant, d'accès à la nourriture et à l'eau potable, de scolarisation et même d'espérance de vie qui a régressé dans certains pays africains ravagés par la malaria et le sida. Malgré la croissance, l'inégalité a gardé son caractère mondial et régional. Le développement de l'Afrique est terriblement handicapé par tout un ensemble de facteurs dont celui d'une énergie somme toute rare et coûteuse. Si ce continent dispose de 10 % des réserves mondiales prouvées de pétrole, il ne tire pas avantage de ses ressources exploitées par des tiers pour le marché mondial. C'était encore fortement exprimé tout à l'heure lors de la conférence de presse qui précédait ce colloque. La faible production électrique ne permet pas non plus l'accès aux besoins essentiels. Dans une économie mondialisée où la logique de marché prédomine, y compris dans le domaine de l'énergie, l'Afrique a certainement besoin, plus que toute autre partie du monde, de mécanisme, de régulation et de justice. Des politiques publiques bien construites et allant dans le sens de l'intérêt commun prennent dans ce contexte toute leur signification en Afrique. Enfin, ne faut-il pas mettre beaucoup plus de moyens dans l'accès des populations de ces pays à l'éducation, aux soins de santé, à la sécurité et à la participation aux prises de décision? On le voit bien, les questions ne manquent pas, les défis sont considérables, et vous allez les aborder durant ce colloque avec toutes vos compétences et vos expériences. Souhaitons que ce colloque puisse apporter des éclairages, des éléments de réponse à ces questions d'énergie, de préservation de l'environnement, de développement durable, et plus largement d'une pratique économique qui doit concerner l'être humain dans toutes ses dimensions y compris démographiques. Nous sommes attendus et vous avez raison de venir nous réveiller. Ne manquez pas de réveiller nos chercheurs en la matière. Je parlais récemment avec un économiste qui disait que nous manquions d'une macro intelligence de ces questions qui soit suffisamment actualisée. Alors merci à vous par ce colloque de nous réveiller.

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Ginette VERBRUGGHE, Vice-Présidente du Conseil Régional du Nord - Pas-de-Calais Mesdames et Messieurs, Chers amis, Merci de m'avoir invitée à participer à vos rencontres, et merci de m'avoir proposé d'intervenir en ouverture de vos travaux. C'est un plaisir d'être parmi vous aujourd'hui comme cela l'était l'an demier. Pour sa deuxième édition, le colloque de l'association IDEAL aborde un thème essentiel et passionnant, celui de l'énergie, de la protection de l'environnement et du développement durable en Afrique. Je suis écologiste et, par définition, passionnée par tout ce qui touche à l'environnement, à sa préservation, à la protection de la biodiversité, à l'exploration d'idées nouvelles pour que l'humanité cesse de détruire ce qui l'entoure sous prétexte de se « développer» Ge mets ce verbe entre guillemets). Je suis aussi femme politique avec des responsabilités locales et régionales et une volonté forte de convaincre et de surmonter les contraintes. C'est avec cette double casquette que je souhaite intervenir ce matin. L'énergie est indispensable à la satisfaction des besoins vitaux, pour accéder à une eau propre à la consommation, pour produire et transformer sa nourriture, pour se soigner, pour se déplacer. Nous sommes tous d'accord pour dire que les enjeux économiques, sociaux et environnementaux liés à l'énergie sont essentiels pour l'humanité, son présent et son avenir. Mais la question de l'énergie est aussi éminemment politique. Il est impossible d'en parler sans au moins évoquer le lien entre dépendance énergétique et démocratie. Prenons le cas des pays principaux producteurs de pétrole; ce sont des pays riches du point de vue des ressources pétrolières, mais cette richesse est accaparée par quelques dirigeants, souvent corrompus, très éloignés des idéaux démocratiques. La population est maintenue dans un état d'extrême pauvreté. Les droits de l'homme sont tous les jours bafoués; la situation des femmes y est particulièrement dramatique. Il est essentiel aussi d'avoir en tête les responsabilités françaises sur le continent africain dès lors qu'on parle énergie, pétrole, grandes entreprises. Le scandale de la France - Afrique est toujours d'actualité et personne ne peut plus nier que le pillage des richesses africaines a été organisé et couvert. Plusieurs multinationales, notamment pétrolières, sont au cœur de ce véritable réseau de détournements de fonds, de corruption, de trafics d'armes et de soutien aux dictatures, au mépris de millions de vies humaines. Ceci étant dit, et si je reviens sur la question globale de l'énergie et du développement, je crois que l'on pourrait résumer la problématique en points. Le premier point est constitué par des besoins en énergie qui ne cessent de croître d'une part et par la nécessité évidente de vivre dans un environnement sain d'autre part. 14

Or, l'un a forcément un impact sur l'autre. On sait aujourd'hui que l'utilisation des combustibles fossiles est responsable d'une part essentielle des émissions de gaz à effet de serre et donc du changement climatique. Je pense que Pierre RADANNE en parlera beaucoup mieux que moi. Cette menace est réelle. Quasiment tous les experts en conviennent. L'enjeu est planétaire et nous concerne tous. Mais les responsabilités ne sont pas du tout les mêmes au Nord ou au Sud de notre planète. En effet, sur les six milliards d'êtres humains, un tiers dispose de toute l'énergie dont il a besoin, un tiers a accès à des services énergétiques fonctionnant de façon irrégulière et le dernier tiers, M. N'GAHANE l'a dit, c'est-à-dire deux milliards d'hommes, de femmes et d'enfants, sont de véritables laissés-pour-compte de l'énergie. Et bien sûr, ce sont les plus déshérités de notre planète, ceux qui survivent avec moins de deux dollars par jour. L'Afrique est particulièrement concernée par ce constat. Et sur ce continent, l'aspiration des populations à avoir accès à des services énergétiques modernes est évidemment parfaitement légitime. La question est à la fois de déterminer comment cet accès peut se développer, quelles sont les marges de manœuvre qui peuvent se dégager en Afrique et quel est le rôle que nous pouvons jouer, nous, les pays dits « développés ». Je n'ai pas la prétention d'avoir des réponses à cela bien sûr mais quelques convictions que je veux vous expr11ller. D'abord je crois qu'il est essentiel d'aborder le problème de l'énergie en Afrique en tenant compte des réalités africaines. Excusez cette lapalissade mais il est important de rappeler que nous devons arrêter d'imposer nos raisonnements occidentaux et surtout nos technologies dites «avancées» sur ce continent. A quoi sert-il de construire une centrale à la française pour produire de l'électricité alors que la densité urbaine est bien différente en France en Afrique, que les besoins ne sont pas les mêmes, et les usages non plus d'ailleurs? Le deuxième point est que l'on doit veiller à ne pas créer de nouvelles dépendances. L'exemple du pétrole est aujourd'hui particulièrement parlant. Non seulement il va devenir de plus en plus rare mais les prix s'envolent tellement qu'il devient inaccessible pour nombre d'Etats africains, avec toutes les conséquences que l'on peut imaginer sur les entreprises, les industries et les populations. Ne vaudrait-il pas mieux, au contraire, encourager au maximum des solutions internes propres à l'Afrique et à ses ressources, qu'il s'agisse du soleil, du vent, de la biomasse, de l'hydraulique? Le troisième point que je soumets au débat suivant: laissons à l'Afrique et aux Africains toute leur place dans les réflexions en cours au niveau mondial sur l'environnement, sur le développement durable, sur l'émergence de nouveaux moyens pour produire de l'énergie. Ces questions nous concernent tous car, malheureusement, le problème de la pollution et du réchauffement climatique ne retombe pas seulement sur ceux qui polluent le plus. Les solutions ne pourront être identifiées, j'en suis convaincue, que sur la base d'une réelle collaboration et d'une coconstruction de projets partagés au niveau
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mondial. Dans ce domaine, les chercheurs, les experts, les associations d'Afrique ont des idées innovantes, des pratiques, des expériences. Sachons collectivement les entendre et en profiter. Le quatrième et dernier point est qu'il nous faut tous continuer à dénoncer les pratiques scandaleuses de certains pays qui se servent de l'Afrique comme d'une poubelle de déchets et de pesticides dangereux ou comme terrain d'expérimentation de cultures OGM aux effets inconnus mais aux profits déjà calculés. Nous devons aussi lutter aussi contre elles. Et je ne parle pas de ceux qui continuent à exporter l'amiante, comme le font encore le Canada et la Russie, malgré les conséquences sanitaires dramatiques que nous connaissons tous. Pour conclure cette modeste contribution au débat, quelques mots sur les actions que le Conseil Régional entreprend et soutient dans le cadre de sa politique de coopération décentralisée de solidarité internationale. V ous le savez, cette politique s'articule autour de quelques principes que je me permets de vous rappeler rapidement: une coopération d'échelle à échelle, donc de région à région, inscrite dans la durée, sur un territoire précis. Nos accords sont co-construits, les projets partagés au plus près des besoins des populations et ils concernent des domaines divers tels que l'éducation, la santé, la protection de l'environnement, le développement rural. Ce sont des actions inscrites dans des dynamiques nationales, et vigilantes surtout à ne jamais les concurrencer. Des partenariats réels et actifs avec les élus locaux sont mis en place avec les techniciens, les associations de ces régions, et nous avons des évaluations régulières pour vérifier la cohérence, la pertinence et l'adéquation aux besoins des actions et programmes que nous menons. Dans le domaine de l'énergie, je voudrais donner deux petits exemples que je trouve réussis et représentatifs de ce qu'une région peut promouvoir comme au Mali, la mise en place de petites unités fonctionnant à l'énergie solaire qui permettent de recharger des batteries utilisées pour l'éclairage et les petits appareillages. Bien sûr, il y a encore les batteries; la solution n'est pas idéale mais le progrès est réel et partagé: diminution de l'usage des piles, économie pour la population, émergence de nouveaux savoir-faire liés à une source d'énergie renouvelable. C'est un travail que nous avons mené avec la Fondation l'Abbé Pierre et l'Association Le Damier pour la mise en œuvre de cette action. Le second exemple se situe, le long du fleuve Sénégal où, grâce à l'énergie éolienne, fonctionnent des stations de pompage et d'épuration de l'eau du fleuve. La région a soutenu le projet et contribué à son démarrage. Maintenant, la communauté villageoise s'est approprié l'équipement, s'acquitte des frais, et cela fonctionne sans que la puissance publique ait à poursuivre son apport financier. Là aussi, les promoteurs de ce projet, et en particulier Espace Eolien Régional dont je salue Marie-Noëlle REBOULET qui, je pense, interviendra cet après-midi, méritent ce salut. A travers ces deux exemples de réussite, je ne cherche aucunement à masquer les difficultés réelles ou à brosser un portrait idyllique de la situation. Bien sûr ce n'est pas facile et de nombreuses contraintes doivent être 16

surmontées mais lorsque ces projets sont montés, cela fonctionne. En travaillant avec les populations, en s'adaptant aux réalités locales, en réfléchissant et en construisant ensemble, on peut trouver des solutions viables et efficaces, reproductibles ailleurs. J'espère que nos efforts actuels pour impliquer l'ensemble des politiques régionales dans cette dimension de solidarité internationale nous permettront de démultiplier ces initiatives. Enfin, et pour terminer mon propos, je tiens vraiment à remercier les organisateurs de cette journée qui nous fera tous progresser dans notre réflexion et pour leur engagement. Je vous souhaite de bonnes discussions toute cette journée.

Hervé Pignon, Délégué régional de l'ADEME A mon tour de vous délivrer quelques mots pour ce difficile exercice que représente la fermeture ou l'ouverture. Difficile parce qu'il y a eu trois brillants orateurs avant et qu'il y a l'ancien Président de l'ADEME, juste après moi, qui va contribuer à l'éclairage et au plantage du décor. Je vais donc essayer simplement en quelques mots de vous livrer mes réflexions. D'une part, je veux à mon tour remercier l'ensemble des organisateurs et notamment Edgard BOSSOKEN, le collègue du Conseil Régional, qui a permis à l'ADEME d'être à vos côtés. Edgard, bravo et merci! Ta force de persuasion et de conviction habituelle a porté ses fruits. D'autre part, pourquoi les « Problématiques énergétiques et la Protection de l'Environnement en Afrique» - titre du colloque - intéressent-elles l'ADEME ? Parce que quand on parle d'énergie, on parle de climat, on parle de rapports au territoire, de rapports à l'énergie, de rapports aux matières premières. Nous les Occidentaux, le continent nord-américain bien évidemment en faisant partie, nous avons consommé sans discernement les matières premières, allant jusqu'à détraquer, à modifier le climat. En conséquence, et donc quand nous parlons de société de consommation ou de société de prédation, quand nous entendons des discours un peu récurrents sur la relance de la consommation, nous ne pouvons qu'être inquiets. Car cela signifie, précisément, relancer la prédation, continuer à accentuer ce fameux réchauffement climatique. Cela nous pose véritablement un problème comme l'a dit très justement Ginette VERBRUGGHE, pas seulement à nous Européens, pas seulement aux Américains du Nord, mais à l'ensemble des habitants de cette planète. L'ADEME est effectivement une agence missionnée sur la maîtrise des flux, c'est-à-dire sur la manière d'être plus respectueux vis-à-vis des territoires, vis-à-vis de l'énergie, vis-à-vis des matières. Dans nos sociétés, nous n'appelons même plus les matières que sous le vocable de déchets. Dès lors que nous les avons utilisées une fois, nous les jetons. C'est dire le cheminement qui reste à 17

faire; c'est dire le conditionnement qui est le nôtre et c'est dire la réflexion et l'obligation de tout revisiter. C'est ce qu'a dit Mme Brundtland à Rio, et qui a conduit au fameux protocole de Kyoto. Eu égard au changement climatique, nous devons revisiter nos modes de développement, nos modes de consommation. En effet, savoir si la consommation a un sens ou non est à la fois une question philosophique et économique. C'est une question fondamentale à laquelle il nous faut trouver des débuts de réponse parce que « le ciel est en train de nous tomber sur la tête ». Le troisième élément de mon propos consiste à pointer la similitude qu'il y a entre le contexte de cette région Nord-Pas-de-Calais et le contexte de nos amis du continent africain. Finalement, nous sommes un petit peu dans la même situation. Si je force un petit peu le trait, vous souhaitez, vous devez, vous êtes en train de vous développer, d'accélérer votre développement. C'est l'histoire de notre région. Après avoir connu un énorme développement économique et industriel, mais aussi beaucoup de séquelles humaines, sociales, envÎ1:onnementales, nous sommes en train de tenter de rebondir pour redécouvrir Enalement un rapport à notre futur. Tout à la préoccupation d'apporter de la richesse à cette région et au pays, nous avions quelque peu oublié la préservation de notre avenir. Nous sommes aujourd'hui à la recherche d'un modèle de développement soucieux des hommes et de la nature. Nous sommes dans une région qui cherche à se redévelopper, qui est en train de se reconstruire un avenir, et vous êtes un continent qui est en train de construire son avenir. Il y a donc fondamentalement et probablement beaucoup d'échanges à faire, beaucoup de partages, beaucoup de discussions autour d'une même quête qui est celle du développement durable. EnEn, je veux vous dire, pour revenir quelques instants sur l'ADEME et ses missions, que ce n'est pas une agence qui va justement accélérer la consommation d'énergie, accélérer la consommation de matières premières. Elle va au contraire chercher à être respectueuse, à économiser cette énergie, à être prudente vis-à-vis des matières premières. Notre positionnement consiste à dire qu'il faut absolument, quand nous construisons une politique énergétique, quand nous construisons une infrastructure, quand nous nous posons la question du développement, avant d'en arriver à des réponses technologiques, avant d'en arriver à des habitudes du tout pétrole, du tout charbon, du tout nucléaire, du tout éolien ou du tout je ne sais trop quoi, nous poser d'abord la question du besoin. Je voudrais simplement vous faire part, en faisant un clin d'œil à Monsieur le Vice-Consul du Maroc, d'une petite visite que j'ai eue l'occasion de faire il y a quelques temps du côté du Sud du Maroc, près de Tiznit. Une famille berbère nous a hébergés dans sa maison. C'était une maison dans laquelle j'étais arrivé avec, vous l'imaginez, beaucoup d'idées préconçues, avec des idées de Haute Qualité Environnementale, avec des notions de sur-isolation, avec des lampes basse consommation, et un soupçon de climatisation. On commence en effet à faire joujou avec la climatisation en toutes circonstances, même ici en NordPas-de Calais où il ne fait pas si chaud. Le Berbère qui nous a accueillis m'a 18

expliqué le fonctionnement de sa maison. J'en suis resté ébahi. Il m'a dit : « Toi, tu cherches à jouer avec le soleil - il faisait allusion au changement d'heure, puisque nous cherchons dans ce pays, dans cette Europe, à rattraper le soleil moi je le fais entrer dans la maison. J'ai construit ma maison avec le soleil comme acteur. Et cela fait une grande différence. » La différence, c'est que l'on avait une maison qui n'était pas isolée, qui était faite en terre mais qui avait des murs énormes avec une inertie capable de retenir la chaleur ou de se protéger du froid. C'est qu'il y avait des ouvertures qui étaient pensées dans chacune des pièces. Ce n'était pas tout le temps la même ouverture, industrialisée, stéréotypée, standardisée, avec toujours les mêmes fenêtres, toujours les mêmes cotes. C'étaient de petites ouvertures à midi, des ouvertures moyennes le soir et puis de grandes ouvertures le matin lors du petit déjeuner, justement pour avoir une climatisation et un éclairage naturel. Cette maison, qui au demeurant a 400 ans, faite de terre et de bois était incroyablement confortable à vivre. J'y ai passé une semaine. Je suis reparti encore plus convaincu qu'il fallait vraiment se poser la question du besoin, que la technologie n'est vraiment une nécessité que là où les solutions naturelles semblent moins efficaces. La technologie n'est pas une fin en soi. Il nous faut sortir de cette course à la consommation et à la prédation, de cette espèce d'opium du peuple qui consisterait à dire : il y a une énergie, il y a une technologie ou il y a des énergies et des technologies, donc il faut des logiques d'offres, des logiques de marché, qui vont répondre à des besoins. La question est de savoir si j'ai besoin d'une maison à la pointe de la technologie ou d'une maison conjuguant le confort et la durabilité. Sa maison a 400 ans, la mienne a 30 ans et elle commence à se lézarder. Par conséquent, pour conclure, je vous informe simplement qu'avec le Conseil Régional, avec sa Vice-Présidente, nous avons décidé qu'en 2006, forts de notre expérience dans la région Nord Pas-de-Calais, forts du travail réalisé dans le domaine du développement durable, de la Haute Qualité Environnementale, nous allions organiser une véritable convergence entre la politique du Conseil Régional en matière de coopération décentralisée et les missions de l'ADEME, principalement les travaux de cette agence en matière de maîtrise des flux sur l'énergie et les déchets matières. A partir de 2006, et probablement avec d'autres associations, dans le cadre de la coopération décentralisée, nous allons essayer d'établir un dialogue entre africains et Ch'tis, parce que nous menons le même combat.

Pierre RADANNE, Senior Expert en Economie

et Politique de l'énergie

Le plaisir pour moi est plus que physique. En effet, j'ai vécu 17 ans à Lille. été le fondateur de la Maison de la Nature et de l'Environnement en 1977 ; J'ai j'ai donc eu à travailler avec Ginette VERBRUGGHE. J'ai été responsable à l'époque de l'Agence française pour la Maîtrise de l'Energie, avant que ce ne 19

soit l'ADEME, et j'ai eu le plaisir d'embaucher Hervé PIGNON. Et puis, quand je suis allé à Paris faire de la prospective, j'ai eu le plaisir d'embaucher Edgard BOSSOKEN. Donc, autant vous dire que je suis comblé avec plusieurs vies de ma part qui se réunissent de façon inattendue. Je vais essayer de discuter avec vous trois enjeux décisifs de ce siècle en faisant tout d'abord la remarque que celui-ci a très mal commencé. Nous avons tous commis une faute qui nous met en rupture avec les trois siècles précédents au cours desquels, les gens ont rêvé. Au XVIIIème siècle, les gens ont rêvé de ce que pouvait être un système plus démocratique. Au XIXème siècle les gens ont rêvé de ce que la technologie pouvait apporter au développement. Enfin au XXème siècle, les gens ont rêvé de la manière dont nos vies pouvaient être organisées, pouvaient être pacifiées, avec une plus grande sécurité de vie, une protection sociale, etc. Et nous abordons le XXFme siècle sans rêve exprimé. Je crois que ce travail est à prendre, et il est à prendre dans la dimension actuelle de la planète: il nous faut travailler à la convergence de l'humanité vers un avenir commun. Et si on ne fait pas cela, c'est la violence qui est au bord de la route. Le premier sujet que je voudrais aborder concernant l'énergie, c'est l'affaire du pétrole. Là aussi, ça s'enclenche plutôt mal. On a eu deux chocs pétroliers dans les années 70. En 1973, c'est la guerre du Kippour. En 1979, c'est la chute du Shah d'Iran et la guerre Iran - Irak. C'étaient donc des chocs pétroliers chauds à l'issue de guerres, comme toujours dans ces cas-là, difficiles à prévoir à l'avance. Nos sociétés, et notamment la France, ont vécu ces deux chocs pétroliers comme des moments difficiles et les Etats ont mis en place immédiatement des politiques fortes, avec différents aspects, mais des politiques fortes. Aujourd'hui, on est dans un choc froid, causé par aucun événement de politique internationale. Simplement, ce qui est quand même une bonne nouvelle, à côté du milliard d'habitants des pays dits industrialisés, d'Europe, d'Amérique du Nord et de l'ex-URSS entrent, dans le banquet du développement, trois milliards d'habitants en un seul paquet, essentiellement du Sud-Est asiatique malheureusement, et qui entrent dans une société industrielle. Résultat assez logique: le pétrole étant la première énergie du développement, on est reparti sur un taux de croissance de la consommation pétrolière mondiale de 3 % par an. On est dans une situation aujourd'hui où on n'a absolument pas préparé et accompagné cette hausse de la consommation mondiale de pétrole. On n'a pas relancé l'investissement pour pouvoir suivre cette demande mondiale. Et donc, on est dans un choc froid sans causes lourdes, et paradoxalement sans réponses. C'est dire qu'il n'y a pas une relance des politiques publiques il n'y a pas une relance des investissements. Alors, il faut être clair: ce troisième choc pétrolier sera long. Nous sommes revenus au niveau de prix qui était celui de la moyenne de la période 73-86. Avec 60 dollars le baril, en monnaie constante, c'est la même valeur. Et ce choc pétrolier découlant strictement d'une insuffisance d'investissements, il ne peut se terminer que quand les investissements seront faits. Tous ceux qui ont un minimum d'expérience industrielle savent que quand on veut faire des 20

investissements lourds, on s'en prend pour 5 ou 10 ans. Il faut donc avoir le courage de dire, et je suis très étonné qu'il n'y ait absolument aucun débat dans notre pays là-dessus, que nous en avons pour 10 ans, et que si l'on fait les efforts nécessaires, c'est-à-dire si les actionnaires ne se servent pas au passage et que l'on garde de l'argent pour l'investissement, on peut avoir une rémission, c'est-à-dire que l'on peut avoir de nouveau une détente des prix du pétrole, comme on en a eu après les chocs pétroliers. Quand je vous disais que l'on en a pour 10 ans quand on fait des investissements lourds, les chocs pétroliers des années 70 ont duré 12 ans et trois mois. Cela vous donne le pas de temps de ces affaires-là. La difficulté, c'est que derrière on a programmé dans ce siècle un autre choc qui, lui, sera plus difficile à résoudre, c'est celui de la raréfaction du pétrole. On a consommé la moitié du pétrole existant sur terre; il en reste donc la moitié. La deuxième moitié est plus difficile à aller chercher que la première moitié et déjà l'Algérie, pour parler du continent africain, va entrer en déplétion dans les années qui viennent, c'est-à-dire que sa production pétrolière va commencer à décliner avec le tarissement d'un certain nombre de gisements. Cette situation-là nous frappe, nous pays occidentaux, et notamment le secteur des transports, les deux tiers du pétrole consommé en France l'étant dans les transports. Donc, ce choc pétrolier va être un choc transports. Mais il frappe beaucoup plus lourdement les pays en développement et notamment les pays africains. Alors, il y a la zone du golfe de Guinée qui dans cette affaire-là va voir arriver un montant d'argent absolument considérable, mais les autres pays du continent africain se retrouvent, avec cette hausse des prix du pétrole, durement frappés. Il faut reprendre le débat entre vous et nous sur ces questions et notamment relancer fortement les politiques de maîtrise de l'énergie. En tout cas, on est là sur un phénomène, un événement extrêmement important et qui est traité aujourd'hui d'une façon trop banalisée. Nous sommes au début du choc et au fur et à mesure que les prix vont s'installer à la hausse, les effets sur nos économies vont être réellement difficiles. La deuxième question que je voudrais aborder avec vous, c'est la question des modes de vie. Et là, j'ai également des convictions fortes. Nos vies vont changer. Le XXIème siècle sera très différent du XXème, même si le débat politique chez nous consiste à refaire éternellement le match du siècle passé. Il faut assumer les difficultés qui sont celles de ce siècle, à savoir les difficultés d'approvisionnement croissantes en hydrocarbure et celles de la question de l'effet de serre. Concernant la question des modes de vie, le mode de vie américain n'est pas généralisable à la totalité de la planète. Or, nous sommes dans cette situation hallucinante que, dans chaque banlieue de grande ville d'Afrique où il y a une télévision, nos jeunes rêvent de héros au bord d'une piscine californienne vendue dans une série B américaine. Nous avons un énorme débat qu'il faut enclencher entre nous; c'est le débat sur les modes de vie, sur la conception générale de la vie et l'extraordinaire décalage entre les vies 21

présentées à la télévision et les vies réelles auxquelles les gens du continent africain ont accès. Je voudrais vous dire, avec une énorme gêne, que le détroit de Gibraltar a causé un nombre de morts double de celui de l'Intifada. On est à 11 000 morts depuis quatre ans. C'est là un problème d'une extrême gravité. Donc, la question de savoir comment nous pensons nos vies dans ce monde dans ce siècle est une question tout à fait fondamentale. Il faut que nous, pays industrialisés, fassions l'effort de comprendre que cet envahissement de la société de consommation dans laquelle nous sommes, avec son cortège de gaspillage, comme si le gaspillage était un indicateur du bonheur ou de la vie réussie, ce processus-là ne peut pas continuer. Alors, cela ne veut pas dire qu'on va entrer dans une espèce de décroissance ou que l'on doit aller vers une espèce de frustration permanente. Il faut bien assumer aussi les avancées de ce siècle. Vous savez qu'avec Internet, les téléphones portables, etc., les jeunes aujourd'hui connaîtront plus de gens, plus de cultures, auront accès à plus de connaissances que toutes les générations qui les ont précédés. Il faut donc que nous allions vers une société de qualité relationnelle; il faut que nous allions vers une société de culture, une société dans laquelle nous découvrirons un immense plaisir de vivre, avec une réorientation de l'humanité mais qui s'accompagne, en termes de consommation énergétique, en termes de consommation de matières premières, de choses plus sages, plus efficaces, plus performantes. Et ce débat, nous devons avoir le courage de l'avoir dans les pays industrialisés - et je dois dire de ce point de vue-là que, dans les négociations internationales, ce qui apparaît clairement, c'est que ce sont les Européens et les Japonais qui illuminent le monde. Ce sont eux qui font les progrès d'efficacité énergétique, qui font les progrès en termes de développement durable et qui, dans les pays industrialisés, ont le contact et la négociation avec les pays en développement - nous devrons l'avoir aussi explicitement avec nos partenaires des pays en développement. Qu'est-ce que réussir sa vie au XXIèmc siècle? Quels sont les modes de vie auxquels les gens ont droit et doivent pouvoir avoir accès? Vous voyez donc que, là, il Y a un sujet tout à fait considérable. Et dans un lieu comme celui-ci, je voudrais réaffirmer, d'une part, qu'il faut organiser dans ce siècle une convergence Nord-Sud, qu'il n'y aura pas de paix sans justice, et que ces questions-là sont au cœur des questions énergétiques, au cœur des questions environnementales et que, fmalement, ce sont des questions de civilisation tout à fait éternelles. Le troisième sujet que je voudrais aborder avec vous, c'est la question de l'effet de serre. Vous savez que, là aussi, ce siècle est celui d'un immense virage. Nous ne sommes plus dans une société avec un horizon ouvert à l'infini. Avec l'émission de gaz à effet de serre, nous touchons les limites de la planète. L'homme change le climat; l'homme doit gouverner le climat et il doit gouverner le climat dans le sens de la modération de l'émission de gaz à effet de serre. J'ai été négociateur du protocole de Kyoto. Cela a été l'une des scènes les plus violentes que j'aie jamais vue de ma vie. Pourquoi? Parce que vous êtes 22

dans une situation où une famille doit discuter de la répartition d'un gâteau. Depuis le début de la société industrielle, expansion démographique de l'humanité, il y a de plus en plus de parts de gâteaux à découper. Mais comme on était dans une période d'expansion de consommation de ressources, la taille du gâteau s'accroissait. Dans certaines régions du monde, les parts individuelles croissaient en taille. En Afrique malheureusement, les parts individuelles ne croissaient pas en taille dans beaucoup d'endroits. Mais maintenant avec la question de l'effet de serre, nous sommes dans une discussion d'une extrême difficulté. D'ici 2050, nous serons 9 milliards à table au lieu des 6 milliards que nous étions en 2000. Cela veut dire qu'il y a la moitié de parts de gâteau qu'il va falloir ajouter sur un gâteau qu'il va falloir diminuer en termes d'émission de gaz à effet de serre. C'est donc une extrême difficulté, avec l'obligation pour les pays du Nord d'entrer maintenant dans des trajectoires de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre. Et le protocole de Kyoto sera dans les livres d'histoire, j'en suis convaincu, la date d'entrée dans le XXIème siècle parce qu'il marque un changement tout à fait considérable dans notre rapport au monde. Le fait que nous ayons cette contrainte globale nous oblige à reprendre, au plan international, un débat, entre notamment l'Afrique et l'Europe - débat que nous avions lâchement abandonné, en tout cas nous Européens. On ne peut gérer la planète que dans un débat équilibré dans lequel chacun trouve un sens, un bénéfice à être dans la négociation. L'un des points caractéristiques de cette négociation climatique est que ce n'est pas une négociation Nord - Nord; ce n'est pas une négociation Europe - Etats-Unis; c'est une négociation NordSud également. Et quant à Kyoto, la Chine et l'Inde ont dit : « on ne signe pas le papier tel qu'il est là », le président de la conférence de l'ONU est descendu de l'estrade et est allé voir les Chinois et les Indiens, et on a repris la négociation sur la base de ce que voulaient ceux-ci. Pourquoi? Parce qu'on ne peut pas faire un traité international sur l'avenir du climat sans la moitié de la population de la planète. Et dans la négociation sur le climat actuellement, mon activité est d'y participer au titre de l'Agence de la francophonie et de préparer, de ce point de vue-là, les négociations des négociateurs africains dans cette négociation. Donc, il semble bien que nous soyons partis, en tout cas au niveau global, dans une logique qui est quelque part une logique de rationnement de nos émissions, que c'est une extrême difficulté et que la participation des pays en développement est souvent, en la matière, mal abordée. L'un des débats explicites, et on en comprend l'équité morale, est que les pays du Nord doivent faire des progrès de réduction et qu'ensuite viendra en débat la question des pays en de développement. Politiquement, cette remarque est justifiée. Ceci dit, elle pose un vrai problème technique. Quand vous êtes en phase de développement, et je pense notamment aux mégalopoles africaines avec l'exode rural, vous êtes en train de faire les infrastructures de votre développement: la construction des bâtiments, la construction des modes de transport. Et il faut bien se rendre compte que les deux tiers des émissions de gaz à effet de serre, c'est la gestion des bâtiments et ce sont les transports. 23

Donc les choix, la qualité de construction des infrastructures dont l'espérance de vie est la plupart du temps de l'ordre du siècle, sont une question tout à fait déterminante. Je plaide donc pour des programmes sectoriels, notamment sur la qualité de la construction, sur la qualité des équipements de la vie quotidienne et sur les politiques de transport, dans lesquels les pays du sud doivent être impliqués le plus vite possible pour faire une trajectoire de développement conforme à leurs intérêts et aux intérêts du climat, sachant que, si on ne le fait pas, ça coûtera très cher de revenir plus tard sur des investissements qui initialement auront été mal faits. Il faut donc de grands programmes sectoriels internationaux dans lesquels des mécanismes fInanciers comme ceux du protocole de Kyoto, mécanismes de développement propre, mais aussi de l'aide publique au développement, doivent pouvoir soutenir de grands programmes d'investissement. Alors, il y a aujourd'hui le débat sur le NEP AD qui avait déclenché beaucoup d'espoir mais on ne voit pas aujourd'hui beaucoup de choses venir. Il faut reprendre l'idée de grands programmes sectoriels dans lesquels notamment la communauté internationale mette des capacités fInancières y compris en termes d'aides au développemen t. Tels sont les trois points que je voulais aborder avec vous. Cela dit, je crois que j'aurai le plaisir de reprendre la parole en fIn de journée pour essayer de vous aider à tirer des éléments de conclusion. J'ai lu les textes de communication de ce colloque. Il y a une première phrase qui m'a beaucoup plu, qui a toute la richesse africaine. Il y a une communication qui commence comme un conte par ces mots « depuis la nuit des temps...» Je ne sais plus d'ailleurs ce qu'il y avait mais ça commençait comme un conte. Donc après « la nuit des temps », ce que je voudrais souhaiter pour l'Afrique, c'est de connaître la lumière du jour et de réussir son développement. Il faut que l'on rêve ce siècle ensemble.

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