//img.uscri.be/pth/a6d7610b0f154233b63d00446cfd6428dfe4a4bb
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 30,99 € Lire un extrait

Lecture en ligne (cet ouvrage ne se télécharge pas)

Processus d'innovation et résilience des exploitations agricoles à Madagascar

De
422 pages
Ce livre présente une série d'études effectuées entre 2007 et 2013 sur diverses régions de Madagascar pour en appréhender la très grande diversité de situations de l'agriculture familiale. La relative stabilité des campagnes où vit plus de 80 % de la population vient de la très grande résilience des systèmes de production locaux et d'une grande capacité des producteurs à s'adapter et à innover, malgré des conditions extrêmement difficiles. Ce livre tente de montrer les différente formes de cette résilience en présentant des exemples variés de l'agriculture de conservation, de l'agroforesterie, la diversification des productions, ...
Voir plus Voir moins

(dir.)Éric Penot
Processus d’innovation et résilience
des exploitations agricoles à Madagascar
Ce livre présente une série d’études ef ectuées entre 2007 et 2013 sur
diverses régions de Madagascar pour en appréhender la très grande
diversité de situations de l’agriculture familiale (Lac Alaotra, hautes Processus d’innovation terres autour d’Antsirabé et Moyen Ouest/Mandoto de la région
du Vakinankaratra, côte est dans les zones de Manakara et Sainte
Marie). Madagascar est un des pays les plus pauvres du monde, et résilience des exploitations
avec une très forte incertitude politique et économique aboutissant
à des situations sociales extrêmement dif ciles. La relative stabilité agricoles à Madagascardes campagnes où vit plus de 80 % de la population vient de la très
grande résilience des systèmes de production locaux et d’une grande
capacité des producteurs locaux à s’adapter et à innover, malgré
ces conditions extrêmement dif ciles. Ce livre tente de montrer
les dif érentes formes de cette résilience de l’agriculture familiale
malgache en présentant des exemples variés de l’agriculture de
conservation, de l’agroforesterie, la diversif cation des productions,
l’adaptation des systèmes rizicoles aux contraintes multiples sur la
côte est, la sécurisation foncière, l’intégration agriculture-élevage,
la pluriactivité.
L’auteur a débuté sa carrière de chercheur au CIRAD en
Polynésie en 1984 et passé 22 années sur divers terrains
de recherche (Guinée-Bissau, Cote d’Ivoire, Indonésie et
Madagascar principalement) et réalisé de nombreuses
missions de recherche, de consultance ou de formation en
Asie du Sud-est, Afrique de l’Ouest et Amérique latine.
Il travaille depuis 2015 à Montpellier.
Illustration de couverture : Madagascar,
paysages des hautes terres vers Antsirabé.
ISBN : 978-2-343-10199-6
39 €
Processus d’innovation et résilience
Éric Penot
des exploitations agricoles à Madagascar
COLLOQUES&RENCONTRES





COLLOQUES & RENCONTRES


Le secteur « Colloques et Rencontres » des éditions L’Harmattan s’est
fixé pour but de publier des ouvrages universitaires à caractère collectif dans
le cadre de trois rubriques thématiques :

– Lettres et sciences humaines
– Droit, économie et AES
– Sciences et santé

Ce secteur a la double vocation de donner un cadre éditorial cohérent
aux chercheurs tout en permettant l’élargissement de leur audience.

Déjà parus

ERIC PENOT (DIR.), Processus d’innovation et résilience des exploitations
agricoles à Madagascar, 2016.
SOLBIAC Rodolphe et ALARIC Alexandre, Littérature et arts postcoloniaux
dans l’émergence civilisationnelle caribéenne, 2016.
DELGA Jacques (Dir.) Criminalité en col blanc, Délinquance d’affaires, délinquance
financière, délinquance fiscale, 2016.
SRIR Mohamed (dir.), Dynamiques urbaines à Alger. La (re)fabrication de la ville en
questions, 2016.
SCARWELL Helga-Jane, LEDUCQ Divya et GROUX Annette (coordonné
par), Transitions énergétiques : quelles dynamiques de changement ?, 2015.
CORROY-LABARDENS Laurence, BARBEY Francis et KIYINDOU Alain
(coordonné par), Education aux médias à l’heure des réseaux, 2015.





© L’Harmattan, 2016
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.harmattan.fr

ISBN : 978-2-343-10199-6
EAN : 9782343101996

2





Processus d’innovation
et résilience des exploitations
agricoles à Madagascar



Eric Penot (dir.)





Processus d’innovation
et résilience des exploitations
agricoles à Madagascar





























Editeur : E Penot. CIRAD UMR Innovation




Co participants auteurs et responsables de parties


Claire Durand*1, Stéfanie Nave*2, Sarra Poletti*3, Colomban
McDowan*4, Joana Fabre *5, Valentin Fèvre*1, Patricia Flodrops*1,
Ranja Lucia Rakotoarimanana*6, Julien Clément*2, Cécile Martignac*7,
Flore Saint-André*1, Patrick Dugué*8, Pierre-Yves Le Gal*8, Yan
Tokarski *1, Aurélie Rakotofiringa *1, Axelle Bodoy *3, Aurélie Ahmim
Richard*3, Marie Hélène Dabat*9, Tahina Rahahison*10, Andry Rakoto
Harivony*11, Simon Razafimandimby*12, Louis Marie Raboin*13, Julie
Sorèze *5, Mamy Razafimahatratra*12, Rarivo Andriamahery Ravoatra*6,
Jean Chrysostôme Rakotondravelo*6, Annabelle Richard*3, Pascal
Danthu*14, Antonin Pépin *1, Jeanne Guégan*1, Nicole Harimiadana*6,
Bruno Marquant*5, Jean Francois Bellières*15.


 *1 Agroparistech, *2 ENESAD, *3 ENSAT/Toulouse, *4 ISARA/Lyon,
*5 Supagro/Montpellier, *6 ESSA/Université d’Antananarivo, *7 CIRAD, UMR Tetis, *8 CIRAD
UMR innovation, *9 CIRAD/UMR Moisa, *10 GSDM, *11 Projet BVPI-SE/HP, *12 FOFIFA,
*13 CIRAD/UR AIDA, *14 CIRAD, DR Madagascar, *15 UMR ARTDEV.
SOMMAIRE
SIGLES ET ACRONYMES ..................................................................................... 11

INTRODUCTION .................................................................................................... 15

PARTIE I
UN FRONT PIONNIER LENT EN ZONE DE MOYENNE ALTITUDE :
LE LAC ALAOTRA

CHAPITRE 1.1.
Les paysans de l’Alaotra, entre rizières et tanety.
Étude des dynamiques agraires et des stratégies paysannes
dans un contexte de forte pression foncière au Lac Alaotra, Madagascar ................ 35

CHAPITRE 1.2.
Les exploitations rizicoles du périmètre irrigué PC15 au lac Alaotra ...................... 67

CHAPITRE 1.3.
La sécurisation foncière favorise-t-elle l’aménagement rural et le reboisement ?
Un exemple d’innovation avec la ZGC d’Analalavaloha
(Zone de Gestion Concertée), au lac Alaotra, Madagascar ...................................... 87

CHAPITRE 1.4.
Les relations agriculture-élevage dans les exploitations agricoles adoptant
ou expérimentant les techniques d’agriculture de conservation :
le cas de la région du Lac Alaotra (Madagascar) .................................................... 101

CHAPITRE 1.5.
Les grandes exploitations agricoles du Lac Alaotra :
systèmes de production, innovations techniques et performances .......................... 129

CHAPITRE 1.6.
Des savoirs aux savoirs faire : l’innovation alimente un front pionnier « lent » :
le lac Alaotra de 1897 à nos jours ........................................................................... 161

9 PARTIE II
LES HAUTES TERRES :
FONCIER SATURÉ ET PRESSION DÉMOGRAPHIQUE

CHAPITRE 2.1.
Rôle et place du riz pluvial dans les exploitations du Vakinankaratra
(Hauts Plateaux et Moyen Ouest) ........................................................................... 203

CHAPITRE 2.2.
La pluriactivité rurale au service du maintien de l’agriculture familiale :
cas d’une commune du Vakinankaratra, sur les hautes terres de Madagascar ........ 235

CHAPITRE 2.3.
Les relations agriculture-élevage au sein des exploitations des Hautes Terres....... 251

PARTIE III
LE MOYEN OUEST DU VAKINANKARATRA :
UN FRONT PIONNIER RAPIDE

CHAPITRE 3.1.
Le Moyen Ouest du Vakinankaratra : évolution des systèmes de production
et enjeux actuels de durabilité ................................................................................ 277

CHAPITRE 3.2.
Impact des systèmes de semis direct sous couvert végétal (SCV)
sur les exploitations agricoles dans le Moyen-Ouest du Vakinankaratra :
la nécessaire diversification des systèmes .............................................................. 307

PARTIE IV
LA CÔTE EST : CONSTANCE DES ALÉAS CLIMATIQUES

CHAPITRE 4.1.
Caractérisation de la diversité des systèmes d’exploitation agricole
du Sud-Est de Madagascar et opportunités de diversification ................................ 335

CHAPITRE 4.2.
Caractérisation des itinéraires techniques en riziculture aquatique
et analyse des déterminants de leur variabilité. Cas des 2 régions Vatovavy
Fitovinany et Atsimo Atsinanana sur la côte est de Madagascar ............................ 357

CHAPITRE 4.3.
Analyse des systèmes de production à base de girofliers à l’ile Sainte Marie,
Madagascar ............................................................................................................. 385

CONCLUSION GÉNÉRALE ................................................................................ 405

10 SIGLES ET ACRONYMES
CIRAD : Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le
développement
FOFIFA : Foibe-pirenena momba ny fikarohana ampiharina amin’ny fampandrosoana
ny ambanivohitra ou Centre national de la recherche appliquée au développement rural
GSDM : Groupement semis direct de Madagascar
IAM : Institut agronomique méditerranéen
INRA/Esr : Institut national de la recherche agronomique/Economie et sociologie rurales
INSTAT : Institut national de la statistique malgache
ONG TAFA : ONG Tany sy fampandrosoana (ONG terre et développement)
PIB : Produit intérieur brut
RN : Route nationale
SAU : Surface agricole utile
SCV : Semis direct sous couverture végétale
SMIG : salaire minimum interprofessionnel garanti
SRI : Système de riziculture intensive
SRA : Système de riziculture Amélioré
11

La publication de ce livre a bénéficié d’une aide de l’État, générée par
l’agence nationale de la recherche au titre du programme «
Investissements d’avenir » portant la référence ANR-10-LABX-001-01 Labex
Agro et coordonnée par Agropolis Fondation, dans le cadre de la
convention de soutien apportée à l’Institut de Recherche pour le Développement
pour le projet CARIM (L’agriculture de conservation dans les systèmes
de culture du riz à Madagascar : durabilité et adoption).

Ce livre est le résultat d’un travail d’équipe, avec l’équipe de socio-économie
de SCRID du CIRAD/FOFIFA, puis du DP SPAD (Dispositif Prioritaire
« Systèmes de Production d’Altitude et Durabilité »), intégrant les travaux des
stagiaires et des collègues de recherche et du développement allant de la période
2007 à 2015. Les travaux de recherche ont été multiples : AFD Projet de
développement BV-Lac et BVPI-SE/HP, EU/Corus, ANR pépites, CARIM…
Que soient remerciés ici les principaux contributeurs : Claire Durand*1,
Stéfanie Nave*2, Sarra Poletti*3, Colomban McDowan*4, Joana Fabre *5,
Valentin Fèvre*1, Patricia Flodrops*1, Ranja Lucia Rakotoarimanana*6,
Julien Clément*2, Cécile Martignac*7, Flore Saint-André*1, Patrick
Dugué*8, Pierre-Yves Le Gal*8, Yan Tokarski *1, Aurélie Rakotofiringa*1,
Axelle Bodoy *3, Aurélie Ahmim Richard*3, Marie Hélène Dabat*9,
Tahina Rahahison*10, Andry Rakoto Harivony*11, Simon
Razafimandimby*12, Louis Marie Raboin*13, Julie Sorèze *5, Mamy mahatratra*12, Rarivo Andriamahery Ravoatra*6, Jean Chrysostôme
Rakotondravelo*6, Annabelle Richard*3, Pascal Danthu*14, Antonin
Pépin*1, Jeanne Guégan*1, Nicole Harimiadana*6, Bruno Marquant*5, Jean
Francois Bellières*15.
Et les relecteurs qui ont bien voulu effectuer ce fastidieux travail de
relecture : Patrice Levang (IRD), Thierry Becquer (IRD), Pierre Rebuffel
(CIRAD/UMR Innovation), Sara Audouin (UMR Innovation), Dominique
Rollin (IRSTEA), Patrick Dugué (UMR Innovation), Pascal Danthu (DR
Madagascar CIRAD), Jean-François Bélières (UMR ARTDEV)…
Ce livre a reçu un financement de AGROPOLIS/Carim/Openscience.
Les études diverses ont été financées par le CIRAD, le projet de
recherche ANR pépites, les projets de développement BV-lac et
BVPISE/HP, le projet de recherche EU/UA/AFS4FOOD, le GSDM et
OAM/WAW (Observatoire des Agricultures du Monde).

 *1 Agroparistech, *2 ENESAD, *3 ENSAT/Toulouse, *4 ISARA/Lyon,
*5 Supagro/Montpellier, *6 ESSA/Université d’Antananarivo, *7 CIRAD, UMR Tetis, *8
CIRAD UMR innovation, *9 UPR CIRAD/UMR Moisa, *10 GSDM, *11 Projet
BVPISE/HP, *12 FOFIFA, *13 CIRAD/UR AIDA, *14 CIRAD, DR Madagascar, *15 CIRAD
UMR ARTDEV.
13 INTRODUCTION
*1 *2 *3 Eric Penot , Tahina Raharison , Mamy Razafimahatratra
Madagascar : un contexte et une histoire politique post-coloniale
mouvementée impactant la situation actuelle
Située dans l’Océan Indien, séparée du continent africain par le canal du
Mozambique, Madagascar est la cinquième île du monde par sa taille
(1580 km du Nord au Sud, 580 km d’Est en Ouest). L’île est située presque
entièrement dans la zone intertropicale ; de par son extension en latitude, sa
double façade maritime et ses reliefs, Madagascar offre une grande variété
de paysages et de climats. En 2010, l’agriculture représentait 34 % du PIB et
constituait la principale source de moyens de subsistance pour 68% des
ménages avec 81% touché par des activités agricoles (INSTAT, 2011).
Dans la période post indépendance, on retrouve à Madagascar les
caractéristiques des trois grandes périodes de profond changement politico
économique globalement similaires pour les pays du Sud : i) une période de
1960 à 1980 caractérisée par des politiques étatiques interventionnistes, ii)
une période de 1980 à 1990 dominée par des politiques d’ajustement
structurel et iii) depuis les années 90 une période post ajustement, avec
l’ouverture vers des politiques libérales et caractérisées par des objectifs de
réduction de la pauvreté ; c’est également au début de ces années 1990 que le
concept de développement durable a émergé sur la scène internationale.
Après plus de soixante ans sous le statut de colonie française, Madagascar
retrouve officiellement son indépendance le 26 juin 1960. La première
république de Madagascar, dirigée par Philibert Tsiranana, conserve des liens
étroits avec la France par le biais d’Accords de Coopération.
Le 15 juin 1975, l’amiral Didier Ratsiraka est officiellement nommé chef
d’État et une nouvelle ère commence : celle de l’affirmation de
l’indépendance nationale et d’une révolution socialiste (rapprochement avec
le bloc communiste et état fortement centralisé). Madagascar plonge dans un
régime de plus en plus autoritaire et les inégalités se creusent. L’économie


*1 CIRAD UMR Innovation, *2 GSDM, *3 FOFIFA.
15 malgache se détériore progressivement et en 1983, le gouvernement est
contraint à l’ajustement structurel, puis à l’abandon d’une économie
centralisée au profit d’une économie libérale.
Au début des années 90, plusieurs soulèvements populaires appellent un
changement. En 1993, Albert Zafy remporte les élections présidentielles et
proclame la troisième république mais poursuit une politique économique
conforme aux exigences de la Banque mondiale : réformes libérales et
privatisations. Finalement, entre 1970 et 1990, les conditions économiques et
sociales de Madagascar se sont globalement détériorées. L’ajustement
structurel a notamment eu pour conséquence de multiplier par 4 le montant
des prêts contractés par le gouvernement malgache (Sarrasin, 2003). D’après
l’évaluation faite en 2001 par les économistes de la Banque Mondiale, près
de 70 % de la population malgache vit sous le seuil de pauvreté, contre 43 %
au moment de l’indépendance.
En 2002, une polémique autour des résultats des élections présidentielles
plonge l’île dans la plus grave crise politique qu’elle ait connue depuis son
indépendance (Cordellier, Didiot, 2002). Au terme de plusieurs semaines de
troubles, le candidat libéral Marc Ravalomanana est officiellement nommé
président. Cette crise politique et économique débouche sur l’Ariary qui perd
50 % de sa valeur et une inflation de 25 %. Les conséquences de la hausse des
prix sont durement ressenties par la population. En 2005, les Nations Unies
classent Madagascar en 146ème position sur 177 pays pour l’Indice de
Développement Humain (IDH = 0,469 en 2002, Cordellier, Didiot, 2005). Bien
que l’espérance de vie ait augmenté de 5 ans depuis 1995, elle atteint
péniblement les 55 ans en 2006. Le PIB par habitant continue de chuter, les prix
augmentent et les salaires stagnent (le SMIC malgache ne dépasse pas les 20
euros en 2016).
En 2006, Madagascar a signé une nouvelle FRPC (facilité pour la réduction
de la pauvreté et la croissance) avec le FMI. Malgré une chute de popularité,
Marc Ravalomanana est réélu en 2006 et poursuit son programme de politique
ultra libérale. En 2009, s’ouvre 5 années de crise multiple après la chute de
Ravalomanana sous un régime de transition dont les orientations politiques ont
été très floues avec une volonté affirmée de changement mais sans réelle
proposition d’orientation. Les principaux indicateurs de l’économie nationale
continuent à plonger. La sortie de crise politique fait suite à l’élection du
nouveau président Hery Rajaonarimampianina en 2014. L’entrée officielle dans
la quatrième république en 2014 n’a pas encore d’impact vu les orientations
politiques encore très floues de cette nouvelle gouvernance.
Les stratégies politiques gouvernementales
Les stratégies politiques développées par les gouvernements depuis 1990
ont globalement eu la même vision à savoir la participation de tous dans le
processus de développement et de réduction de la pauvreté, par le passage
16 d’une économie de subsistance vers l’économie de marché en s’ouvrant au
marché internationaux, tout en respectant et en protégeant l’environnement
et les préserver pour la génération future. Cette vision se traduit dans le
domaine du développement rural au développement d’une agriculture
compétitive et durable, intégrant des exploitations familiales et des unités de
transformations modernisées pour assurer la sécurité alimentaire et conquérir
les marchés d’exportation d’ici les années 2020 (PNDR, 2008 ; Pacte
Nationale PSAEP/CAADP, 2014).
Les objectifs des politiques consistent au désengagement de l’Etat du
secteur productif et l’instauration d’un environnement socio-économique
favorable au développement du secteur privé, à la mise en place d’un
environnement favorable au développement rapide et durable, à la lutte plus
efficace contre la pauvreté et à l’ouverture vers les marchés internationaux et
régionaux en s’ouvrant également aux investissements étrangers (DSRP,
2003 ; DSRP, 2005 ; MAP, 2007).
De 1960 à 1972, les politiques publiques ont mis l’accent sur l’augmentation
de la production agricole à l’échelle nationale et sur la modernisation des
exploitations agricoles. Les politiques ont essayé de mettre en place un
environnement favorable à la durabilité des exploitations agricoles par
l’aménagement de l’espace et la sécurisation des zones rizicoles par l’irrigation,
ainsi que l’amélioration des pratiques agricoles (utilisation d’engrais et conseil
sur les pratiques agricoles), par la mise en place des grandes entreprises comme
un pôle de développement à l’échelle territoriale et en jouant également des
rôles de fournitures de services en matière de financement, de conseil et
d’approvisionnement pour les petites exploitations agricoles. Toutefois, ces
actions se sont surtout limitées à des zones géographiques et des filières
agricoles spécifiques. L’impact à l’échelle nationale est resté trop limité.
De 1972 à 1980, l’Etat s’est fortement intervenu dans des activités de
production, de collecte et de commercialisation au travers de la
nationalisation des grandes Sociétés de l’époque, de l’intervention forte sur
les prix des produits agricoles et sur le marché en général. Ces actions ont
conduit à de distorsion économique notamment à une déconnexion totale des
prix au producteur des prix internationaux ainsi que des coûts de production
défavorisant et démotivant ainsi les producteurs. Cela a conduit à une
diminution générale de la production, et à une dégradation de
l’environnement de production pour les exploitations agricoles.
De 1980 à 1991, les politiques d’ajustement structurel ont modifié la
structure des prix agricoles, vers un prix plus incitatifs pour les producteurs.
Pourtant, cette augmentation des prix n’a pas boosté l’offre à l’échelle
nationale. Les exploitations agricoles ont été fragilisées par la disparition des
sociétés d’Etat qui se sont occupés des services d’appuis aux petites
exploitations, alors que le secteur privé n’a pas pris le relais.
De 1991 à 2001, avec la libéralisation de tous les secteurs, les risques
économiques ont augmenté pour la plupart des spéculations. Les petites
17 exploitations agricoles ne sont pas compétitives dans toutes les spéculations
développées entrainant ainsi au maintien de l’économie de subsistance. Le
milieu rural n’a cessé de s’appauvrir (Cornell University/ INSTAT/Banque
Mondiale, 2003). L’état actuel désastreux de l’économie malgache résulte en
grande partie d’une instabilité politique devenue structurelle depuis le début
des années 1990. La figure 1 montre cette évolution.
Figure 1 : croissance économique (indicateur PIB) suivant les différentes périodes.

Source : Razafindrakoto et al., 2013 ; adaptation Tahina Raharison, 2014.
18 Agriculture et sécurité alimentaire
L’agriculture reste le principal moyen d’existence pour 68% des ménages, et
81% des ménages déclaraient en 2010 avoir eu des activités agricoles au cours
de l’année (INSTAT, 2011). La pauvreté y est encore très importante où 80% de
la population vit avec moins de 1,25 US $/j et 92% avec moins de 2US $/j en
2010 le classant ainsi parmi les pays les plus pauvres du monde (Banque
mondiale, 2014). Les petits exploitants agricoles (superficie de moins de 1,5 ha)
constituent 70% des ménages agricoles (INSTAT, 2011). Selon l’EPM 2010
sortis par l’INSTAT en 2011, 86% des pauvres vivent dans les zones rurales. Le
développement d’une agriculture durable y constitue un élément prioritaire pour
obtenir un développement durable.
La sécurité alimentaire constitue l’un des principaux défis pour
l’agriculture malgache dans un double contexte : i) de forte augmentation
démographique, qui reste encore à un niveau élevé de 3% entre 2000-2005 et
de 2,8% de 2010-2015 selon la projection du PNUD (UNDP, 2014) ; avec
une population qui double tous les 18 ans et ii) de dégradation des ressources
naturelles, et notamment la fertilité du sol, qui se généralise avec la
déforestation, l’érosion et des pratiques minières à long terme en agriculture
pluviale.
Les pratiques minières participent à la dégradation des ressources
« fertilité du sol » avec un très faible niveau de restitution de la fertilité
(Otsuka, Place, 2013) que cela soit par le recours à la jachère (généralement
non améliorée), l’apport en matière organique (issu des fumiers ou le plus
souvent de la poudrette de parc a zébus de faible qualité) ou avec une
fertilisation chimique (presque abandonnée depuis le doublement des prix en
2008). Cette dégradation des ressources naturelles est relativement plus
accentuée chez les ménages les plus pauvres (Minten et Ralison, 2003) ;
selon les chiffres de la FAO en 2004, 53% de la population malgache
vivaient dans les zones avec une forte proportion de la dégradation des terres
(World Bank, 2013).
Dans un tel contexte d’incertitude politique, économique et social, les
producteurs n’ont d’autre choix que l’innovation pour intégrer une forte
démographie, une dégradation de l’environnement, une diversification des
revenus pour minimiser le risque et pallier aux carences de l’Etat (absence
d’état de droit), de l’économie (volatilité des prix), et de la société civile
(lente dégradation des structures sociales).
Il est donc primordial de voir la place qu’occupe les exploitations
agricoles dans un pays ou 80 % de la population vit en zone rurale et ou la
sécurité alimentaire est la priorité absolue de 95 % de la population. Le rôle
de ces exploitations est essentiellement de produite de la nourriture pour
Madagascar étant donné la faiblesse des exportations agricoles
essentiellement centrée sur vanille, girofle, litchi, sucre et pois. Le pays est
presque autosuffisant car il n’importe que 10 % de sa consommation en riz.
19 Dans un tel contexte d’incertitudes multiples, on pose la question de la
résilience des exploitations agricoles dans un pays ou la déstructuration
sociale et politique devient inquiétante, ou l’économie est moribonde, ou la
confiance entre acteurs est réduite à plus simple expression et ou la
démographie est galopante (doublement de la population tous les 18 ans).
Notre centre d’intérêt est l’exploitation agricole liée à un ménage que
nous appelons un « système d’activités » au sens de Chia et Dugué (2005) :
« l’exploitation agricole ne peut alors être considérée comme une entreprise,
au sens de la théorie économique classique, car deux institutions encadrent
le fonctionnement des exploitations agricoles : le marché et la famille. De ce
fait elle correspond plus à un système d’activités dont le fonctionnement
tient compte des logiques marchandes et familiales (individuelles et
collectives) ».
On entend par processus d’innovation un concept différent du terme usuel
idéologique d’“Innovation” au sens « d’innovation produit ». Innover ce
n’est pas inventer, ni imiter, c’est introduire quelque chose de nouveau dans
une chose établie. Au sens le plus large, c’est “l’adoption d’une nouveauté”
(Chauveau 1999). Cela revient à utiliser une invention ou à modifier une
invention pour la rendre opérationnelle dans un contexte donné. Le
processus d’appropriation implique l’intégration du processus d’adoption et
la réappropriation implique une probable transformation du système
technique initial (Penot, 2001). Nous sommes donc bien là en présence d’un
« processus » qui peut se caractériser sous la forme de création d’un nouveau
mode de production (une nouvelle technique) ou d’une nouvelle façon
d’organiser la production (innovation organisationnelle comme l’usage du
crédit ou l’appartenance à une forme de structuration des producteurs etc…).
La définition générale usuelle de la résilience est la : « Capacité d’un
système à revenir à son état initial après une perturbation, un choc ou une
adversité ». Il existe deux définitions de la résilience selon Holing &
Gunderson (2002) et (Gunderson 2002).
La première est « traditionnelle » : la résilience détermine le niveau de
vulnérabilité d’un système soumis à des perturbations aléatoires (donc
nonattendues) qui peut excéder la capacité de contrôle du système jusqu’à la
rupture. Elle est basée sur les options de stabilité, de résistance aux
perturbations et de vitesse de retour à l’équilibre, à la situation normale de
base. Ces auteurs la définissent comme « engineering resilience ». La
résilience concerne donc bien aussi des chocs ou perturbations non attendues
qui peuvent, ou non, avoir été prévues. C’est une vision déterministe et
somme toute assez figée.
La seconde définition considère la résilience comme la capacité d’un
système à expérimenter des perturbations tout en maintenant ses fonctions
vitales et ses capacités de contrôle. Dans cette dernière c’est donc bien la
capacité d’un système à résister en maintenant l’essentiel de sa structure et
de son fonctionnement tout en incluant la possibilité d’un changement, tant
20 dans la structure que dans les modalités du fonctionnement du moment que
cela fonctionne. Elle est basée sur les conditions qui maintiennent un
équilibre initial mais potentiellement instable qui peut déboucher sur un
autre équilibre. C’est cette définition que nous utiliserons principalement
dans cet ouvrage. On peut la mesurer par la magnitude ou le niveau de
perturbations que peut absorber un système jusqu’à la rupture ou le
changement de structure du système. Ces auteurs la définissent comme une
« ecosystem resilience ». Cette vision parait plus pragmatique pour les
systèmes vivants ou humains ou la part du déterminisme est nettement moins
prévisible.
Toutes les études montrent une très forte capacité d’innovation des
producteurs dans un tel contexte d’incertitude extrêmement contraint et la
problématique générale de ce livre est de voir quels impacts ont ces
processus d’innovation sur le monde agricole et sur la résilience des
exploitations agricoles en particulier. Si nombre d’étude insiste sur la
vulnérabilité des ménages et la viabilité chancelante des systèmes de
production, force est de constater que l’agriculture malgache, essentiellement
paysanne, est finalement particulièrement résiliente dans un tel contexte.
On s’intéresse tout particulièrement aux processus d’innovation observés
dans l’agriculture malgache sur 3 grandes zones : la cuvette du lac Alaotra,
les hautes terres et le Moyen Ouest de la région du Vakinankaratra et la cote
Est (Nord et Sud). Ces innovations concernent les pratiques agricoles
(conventionnelle et en agriculture de conservation), la gestion des périmètres
irrigués, les activités extra-agricoles (off-farm) et les cultures pérennes de
diversification des revenus (café et girofle). Les exemples illustrant ces
situations proviennent d’études réalisées dans le cadre des activités de 4
projets : le projet de développement BV-lac au lac Alaotra, le projet de
développement BVPI-SE/HP au Vakinankaratra et dans le Sud-Est, le projet
CARIM au Vakinankaratra et le projet AFS4FOOD pour la zone de la côte
Nord-Est (Sainte Marie).
1. La zone du lac Alaotra
Le lac Alaotra, un des principaux greniers à riz de Madagascar, est un
lieu d’intervention privilégié des projets de développement depuis les années
1960. La Somalac, de 1960 à 1990 a porté son attention sur les périmètres
irrigués, le projet Imamba-Ivakaka (1990-1994) sur le foncier et le projet-BV
lac/AFD, depuis 2003, sur le développement intégré au niveau bassin versant
intégrant la cultures pluviales sur tanety (collines), avec les systèmes SCV
1(semis direct a couverture végétale), les zones RIA (Riziculture à Irrigation
Aléatoire) et les périmètres irrigués (PC 15-VM). Cette région est clairement

1
ou RMME = rizières a mauvaise maitrise de l’eau
21 2un front pionnier depuis le XIX siècle. La population du bassin du lac , avec
un taux de croissance de 4 % par an incluant une migration Besiléo et
Merinas importante, est de près de 800 000 âmes en 2009.
La production de riz par habitant est passée de 209 kg/an en 1950 à 225
en 1981 après un pic à 290 kg/an en 1970, puis est retombe en 2008 a 113
kilo kg/an, du fait du doublement de la population tous les 20 ans. Le pays
n’est pas autosuffisant malgré une production de 3,392 millions de tonne de
paddy en 2005 (soit un équivalent de 2,035 millions de tonne de riz blanc) et
importe du riz (317 967 tonnes en 2005 soit 13,5 % de la consommation total
3de riz blanc), mais aussi du blé et du maïs . Depuis 1999, les importations de
riz évoluent entre 95 000 et 317 000 t selon le niveau de production
nationale (alors qu’elles n’étaient que de 50 000 t en moyenne dans les
années 1990, source FAO).
Le lac Alaotra, terre d’émigration, a vu sa population exploser depuis
1897, avec une mise en valeur des terres inondées, puis exondée devant la
pression démographique et la nécessité d’assurer la sécurité alimentaire de
ses habitants. Le lac Alaotra par contre est exportateur net de riz et d’autres
produits, tout aussi importants pour la sécurité alimentaire de la population :
mais, tomate, pomme de terre, haricot, oies et canards etc. Le lac Alaotra a
été le théâtre de nombreuses politiques très différenciées, de l’expulsion des
Merina ou des Sihanaka dans cette contrée isolée (au XIX siècle), à la
« tentation coloniale » du colonat et du développement d’une agriculture
capitaliste et latifundiaire du début XX siècle. L’échec de cette dernière
politique a amené un recentrage vers l’agriculture familiale d’une part par les
autorités coloniales dès la fin de la seconde guerre mondiale et ensuite par
les autorités malgaches, avec la création de la Somalac en 1961. Le mirage
d’une révolution verte rizicole irriguée a duré 30 années jusqu’au
désengagement de l’Etat en 1990 et le retour à une dure réalité devant le cout
global des infrastructures hydro-agricoles. Puis la colonisation des tanety et
une mini-révolution sur l’intégration agriculture élevage, amenant une
priorité au zébu de trait par rapport au zébu « capital » et le développement
de petite mécanisation avec les motoculteurs japonais « kubota » a fini de
parfaire une évolution vers une agriculture familiale sans cesse renouvelée
qui a montré une aptitude assez remarquable à l’innovation. Les
changements techniques qui en découlent, l’augmentation de productivité et
la conquête de nouveaux espaces, a permis de maintenir un niveau de vie
décent à une population qui double tous les 18 ans et est devenue
exportatrice.

2 Celle de Madagascar est passée de 4,2 million d’habitants en 1950 à 6,7 en 1970, puis 8,7 en
1980 et 19 en 2009
3 Les autres productions pour 2005 sont la manioc avec 2,964 millions de tonne, la patate
douce avec 879 000 t., la pomme de terre avec 215 000 t ? et le mais avec 391 000 t.
22 2. La cote Est
2.1. Le Sud-Est
La région du Sud-Est est soumise à un climat de type tropical humide à
hiver et été australs chauds. L’influence de l’anticyclone Sud-Ouest de
l’Océan Indien apporte, via un alizé, de fortes précipitations dépassant
annuellement 1500 mm, pour un nombre de jours de pluie annuels variant
entre 140 et 175 (MAEP, 2003). Les précipitations suivent de fortes
variations intra-annuelles (carte 1) et distinguent deux saisons : la saison des
pluies correspond à l’été austral. Ce phénomène de forte précipitations est
particulièrement propice à l’érosion des sols nus ou peu végétalisés. La
saison des pluies est la principale saison de culture du riz, dit riz
Vatomandry. L’hiver austral correspond à une saison plus sèche et plus
fraiche. Elle dure de mai à novembre et peut enregistrer des mois
particulièrement secs. Cette période est considérée comme la contre-saison,
lors de laquelle est cultivé le riz appelé Vary Hosy.
La région est marquée par les passages de cyclones, chaque année entre
janvier et mars. Ces tempêtes entraînent des inondations par débordement des
rivières, autour desquelles se situent les rizières. Elles peuvent aussi dégrader les
cultures de rente telles que le café. Elles posent donc une forte contrainte sur
l’activité agricole en général. Le relief s’inscrit globalement dans un plan incliné
allant de plus de 1000 m d’altitude à l’Est dans la zone des falaises, pour finir
sur la côte au niveau de l’Océan Indien. On y trouve de vastes étendues de forêt
secondaire, et les conditions difficiles font que l’homme y est peu présent. En
second lieu vient une zone de collines, appelées tanety, aux sommets arrondis et
aux versants moins pentus, quoique localement assez abrupts. L’altitude varie de
50 m à 500 m. Les forêts secondaires formées principalement par l’arbre du
voyageur (Ravinala madagascariensis) reculent à cause de la pratique de culture
après défriche-brûlis, ou tavy. Ces versants sont alors mis en culture par du
manioc ou du riz pluvial lors des 2 ou 3 années suivant le « tavy » (agriculture
sur brûlis), puis sont laissés en jachères incultes à Aristida. Les pentes moyennes
à fortes sont lessivés par le ruissellement des pluies et perdent rapidement leur
fertilité. Les collines sont entourées par des bas-fonds étroits, souvent
hydromorphes. Ces terres valorisées par des rizières souvent irriguées
(micropérimètres irrigués) sont fertiles car elles reçoivent les eaux de ruissellement et
subissent une forte pression foncière.
Enfin vient la zone littorale où se trouvent des plaines alluviales, des
basfonds parfois difficiles à drainer et des marais. Ces vastes zones de basse
altitude (certains bas-fonds sont sous le niveau de la mer) sont entourées de
tanety où se concentrent la population, qui y cultive le manioc et les
agroforêts (café, litchis…). En bas des tanety on peut noter la présence de
bourrelets de berge qui grâce à leurs sols frais et riches en apports alluviaux
permettent la culture de la patate douce et des cultures maraîchères. Le
SudEst repose sur un socle précambrien à formations de gneiss, migmatites,
23 micaschistes, et leptinites. Le décapage systématique des parcelles pour la
culture du manioc expose ces sols à de forts risques d’érosion. La région du
Sud-Est malgache est arrosée par de nombreux fleuves constituant un réseau
hydrographique dense.
Une estimation de l’institut de la statistique malgache (INSTAT, 2015) en
2014 annonce 1 454 863 habitants pour la région Vatovinany-Fitovinany et
923 068 habitants pour l’Atsimo Atsinanana. Le rapport de Politique
Environnementale de l’Astimo Atsinanana estime à 60% la part des jeunes
âgés de moins de 20 ans, et à 10% la part de population urbaine en 2006. Le
niveau d’éducation est assez préoccupant. Plus de la moitié des chefs de
ménages ne sont jamais allés à l’école (53% selon la monographie). La
situation alimentaire est également sujette à préoccupation. La double récolte
de riz crée 2 périodes de soudure alimentaire, que l’on peut définir comme la
période entre l’épuisement des stocks de riz et la nouvelle récolte. L’une a
lieu avant la récolte du riz de contre saison, le Vary Hosy, d’octobre à
décembre. En octobre, le manioc sert de substitut alimentaire et en novembre
et décembre, la vente des litchis constitue une entrée de liquidités permettant
d’acheter du riz. L’autre période de soudure se passe avant la récolte du riz
de saison, dit Vary Vatomandry, aux mois de mars à mai. Cette période est
véritablement la plus difficile pour tous les paysans du Sud Est, car il n’y a
presque pas de récolte à ce moment de l’année pour compenser, hormis le
fruit à pain et le jaque qui font office de féculents dans le régime alimentaire.
Ces périodes, si elles sont particulièrement prolongées, sont les plus sujettes
à la décapitalisation, allant de la volaille jusqu’aux zébus et aux terres dans
les cas les plus extrêmes. Enfin, le Sud-Est est une région particulièrement
pauvre de l’île, puisque le l’Atsimo Atsinanana et le Vatovavy Fitovinany
affichent des taux de pauvreté de respectivement 84% et 81%, contre 69% de
moyenne nationale, d’après des données de l’INSTAT.
Le Sud-Est se caractérise par la multiplicité des ethnies sur une zone
restreinte. Les ethnies du Sud-Est ne comptent que quelques dizaines de
milliers de personnes (Fauroux et al, 2005) à quelques centaines de milliers
pour les plus importantes, réparties sur des territoires de surface restreinte.
Tous ces groupes ethniques maintiennent une très forte organisation
traditionnelle, centrée autour des Ampanjaka (rois des familles lignagères).
Ces rois font figure d’autorité locale, et ont un pouvoir d’ordre social et
moral. Ils président les rites, s’assurent du respect des valeurs traditionnelles,
et sont le lien entre les ancêtres et les vivants. Leur importance peut nuire à
la mise en place d’un projet de développement, en cas de désaccord de
l’Ampanjaka pour le projet (Fauroux et al., 2005). Chaque ethnie possède ses
propres traditions, comprenant des lois et des fady (tabous, interdits)
4spécifiques. La grande densité de population de la région a conduit à travers

4 75 hab/km² sur les 6 districts d’intervention de BVPI en 1998, contre 30 de moyenne
nationale. (MAEP, 2003)
24 l’histoire à "des luttes pour la conquête d’un espace vital naturellement
limité entre falaise et littoral" (Fauroux et al., 2005). La situation s’est
depuis calmée, cependant des tensions basées sur ces conflits fonciers
existent toujours, notamment entre les Antefasy et les Zafisoro qui se sont
livrés en 1990 à une lutte violente et sanguinaire (Beaujard, 1995). Cette
grande densité entraîne également parfois l’émigration des jeunes hommes
vers d’autres régions de l’île. La multiplicité des ethnies, avec les différentes
traditions que cela implique peut être un frein à la diffusion des techniques
agricoles proposées par les projets de développement originaires du Sud-Est,
et doivent s’adapter aux différences inter-ethniques.
Les enjeux du Sud-Est sont multiples : développer une riziculture irriguée
ou de bas-fonds compétitive et résistante aux aléas climatiques (cyclones et
excès d’eau), développer une agriculture pluviale durable sur les collines
dénudées à faible fertilité, assurer la sécurité alimentaire dans un contexte
d’isolement et de faibles infrastructures, maintenir et mieux exploiter les
agro-forêts à café vieillissantes.
2.2. Le Nord-Est
La zone d’étude est l’île de Sainte Marie (Nosy Bohara) qui se situe au
Nord-Est, à 180 km de Tamatave, dans la région d’Analanjirofo. L’île Ste
Marie mesure 60 km de long, sur 5 km de large. Il existe relativement peu de
routes goudronnées entre les deux côtes de l’île. Dû à l’enclavement du nord,
la population est répartie géographiquement à 70 % de la population dans
l’arrondissement sud et 30% dans le Nord (J.Ballet, 2011). La partie centrale
de l’île est dominée par un prolongement montagneux. C’est à partir de cette
morphologie diversifiée qu’apparaissent les diversités de sols allant du type
ferralitique au centre (le secteur le plus propice aux cultures) aux couches
sablonneuses au Nord, au Sud et à l’Est, de faible fertilité et favorisant
l’installation des cultures de cocotiers et d’anacardiers. Les possibilités
d’adaptation des plantes à épices aux divers types de sols sont relativement
larges et variables suivant les espèces mais avec une exigence impérative
commune à toutes : un bon drainage et donc l’absence d’inondation
prolongée. Le climat est sub-équatorial, c’est-à-dire un climat chaud, humide
et très pluvieux. Les conditions de pluviométrie et d’hygrométrie doivent
répondre aux contraintes de développement du giroflier : précipitations
abondantes en saison des pluies (3 300 mm/an), température de 25°C en
moyenne et donc une hygrométrie de 60% (jour) jusqu’à 95% (nuit),
(M.Borget, 1991). La principale culture de l’ile est le giroflier qui a été
introduite dans l’ile préalablement à la grande ile en 1823.
A l’époque coloniale, les colons européens avaient l’intention de faire de
Sainte-Marie une colonie de peuplement productrice de cultures vivrières et
commerciales pour l’approvisionnement de La Réunion. Un jardin botanique
a été créé près d’Ambodifotatra (légumes, manioc, café, coton et canne à
25 sucre comme cultures commerciales). En 1823, des arbres fruitiers (litchis,
manguiers, pamplemousse et autres) et des épices (poivrier et giroflier)
furent importés (Rahonintsoa, 1978). En 1827, des plants de girofliers furent
introduits à Sainte-Marie par les soins de la société Albrand-Carayon-Hugot.
Les premières concessions ont été installées par cette société avec des
résultats assez inégaux. Quelques colons français et un petit nombre de
notables malgaches continuèrent cependant à s’intéresser à la culture du
giroflier (Rahonintsoa, 1978). En 1920, quatre propriétés européennes
représentant un total de 354 ha exploités sont signalées à Sainte-Marie. Vers
1931, on retrouve 18 concessions supérieures à 5 ha et 9 d’entre elles
dépassent 50 ha pour une superficie totale de 1340 ha dont 820 ha mis en
valeur (Rahonintsoa, 1978). Avec l’accroissement de la surface occupée par
les girofliers, la demande en main d’œuvre à Sainte-Marie devint forte.
Ainsi, de nombreuses personnes des districts de Fénérive-Est et de
Soanierana Ivongo, sont venues travailler à Sainte-Marie pour la récolte des
clous en tant que journaliers ou métayers. Les travailleurs repartaient
frauduleusement avec des antofles qu’ils plantaient ensuite dans leurs
villages sur la grande ile. L’analyse du cadastre de Sainte-Marie en 1970
révèle qu’il y a 45 propriétés immatriculées dans toute l’île. Les petites
propriétés prédominent et cela pourrait s’expliquer par la division entre
héritiers Seule 13 concessions sur les 45 immatriculées en 1970 sont
officiellement déclarées à la sous-préfecture comme étant en activité. Ces
concessions totalisent 525 ha (soit 37 ha en moyenne) sur les 1675 ha de
superficie cultivée en giroflier, soit un tiers du total.
La production d’huile essentielle de girofle avec la distillation des feuilles
débute en 1906 (Maistre, 1955). L’essence se vendit très bien vers la France.
De nombreux alambics ont ensuite été installés par les Chinois venus à
Madagascar, pour distiller les feuilles (Jahiel, 2011). Dans toute l’île de
Sainte-Marie on comptait 55 distilleries vers les années 1930. Le giroflier
représente la principale culture de rente, aussi bien en termes de revenus que
d’importance sociale pour le producteur. Cependant, si l’ile Sainte Marie est
le berceau originel de la giroflière malgache, la situation des girofliers est
très dégradée sur l’ile et représente la forme ultime d’évolution du système
par rapport à la situation de Fénérive-est, le berceau actuel de production
mais en début de vieillissement, rattrapé actuellement par la zone de
Mananara, le font pionnier récent de la giroflière. L’enjeu actuel sur Sainte
Marie est celui de la replantation et du renouvellement de la ressource.
3. Le Vakinankaratra : des hautes terres au moyen ouest7
La Région du Vakinankaratra s’étend sur une superficie de 17496 km².
Elle intègre une partie sur les hautes terres (1200/1800 mètres) et une autre
d’altitude intermédiaire : le Moyen Ouest (pénéplaine de
MandotoRamaritina entre 900 et 1200 m).
26 3.1. Les hautes terres
Le relief dans les hautes terres se distingue par une altitude élevée et elle
est dominée par des sols d’origine volcaniques. On identifie trois ensembles
naturels : i) le Centre caractérisé par le massif volcanique de l’Ankaratra où
se trouve la plus haute altitude de la Province d’Antananarivo qui culmine à
2 642 mètres, le Tsiafajavona ; ii) le sud ou la constitution de l’Ankaratra a
provoqué dans la partie occidentale une série d’effondrements favorisant la
formation de dépressions à fond alluvial et présentant de nombreux cratères
et lacs et iii) la zone méridionale, dominée par la chaîne de l’Ibity est
constituée d’une succession de petites cuvettes au sol sableux, jonché de
blocs de quartzite de toute taille. Trois types de formations jalonnent la
région : i) les massifs quartziques qui sont les roches sédimentaires (sables)
ayant subi une métamorphisation, ii) les massifs granitiques, généralement
dispersés sur la bordure occidentale du massif volcanique de l’Ankaratra
dans l’Ouest et dans le Sud et iii) les cuvettes lacustres, dues à des activités
volcaniques : des coulées de lave ayant obturé des vallées et engendrant ainsi
les lacs. Certaines cuvettes étaient autrefois reliées entre elles. Ces zones
d’alluvions lacustres, généralement fertiles, jouent un rôle important dans
l’explication de l’occupation humaine.
La Région est soumise à un climat tropical d’altitude. La moyenne
annuelle de température se situe aux environs de 17°C avec des maxima de
25°C (octobre à novembre) et de minima de 5°C (Juin). L’amplitude est plus
forte en saison fraîche. La pluviométrie décroît d’est en ouest, la moyenne
annuelle est supérieure à 1300 mm. L’année comporte deux saisons bien
distinctes : i) la saison sèche et froide de mai à septembre : les températures
minimales moyennes se situent entre 5°C et 9°C, et ii) la saison humide et
chaude d’octobre à avril : la température moyenne est de 19°C en dessous de
1750 m. Les chutes de grêle sont fréquentes tout au long de l’année dans la
région, notamment d’octobre à décembre. Ces chutes peuvent durer de 10 à
20 minutes avec des grêlons de 2 à 10 mm de diamètre occasionnant de
sérieux dégâts sur les cultures.
Les grands enjeux de cette région sont la très forte pression
démographique, la très petite taille des exploitations agricoles, des
conditions pédo-climatiques difficiles, une très forte compétition pour la
biomasse pour assurer l’alimentation des animaux et une nécessaire
intégration agriculture élevage, en particulier pour assurer la fertilité des sols
avec la gestion des fumiers, des activités extra-agricoles très importantes
pour complémenter les revenus et une diversification par la production
laitière.
3.2. Le moyen ouest
Le territoire malgache se distingue par des inégalités spatiales très fortes
qui opposent des espaces surpeuplés à des espaces vides (Rakotonarivo et
27 al., 2010). Cette dissymétrie du peuplement, se caractérise par une
concentration massive dans l’Est et les Hautes Terres Centrales et une faible
densité sur la frange Ouest (Raison, 1984). Le Moyen-Ouest de Madagascar,
est ainsi considéré comme une zone de front pionnier (Marchal, 1970) ; une
terre neuve par J.P. Raison dans les années 1980 (1984) qui est
progressivement colonisée.
Selon Marchal (1970), durant la royauté merina au 18è siècle, le
MoyenOuest constituait une zone non habitée entre les provinces qui dépendaient
du Gouvernement d’Antananarivo (la capitale au Centre) et les royaumes
sakalava (à la côte ouest de l’île). C’était une des zones pastorales les plus
proches d’Antananarivo, où venaient pâturer des grands troupeaux royaux.
Les premiers habitants de la zone sont ainsi constitués des familles des
bergers et quelques éleveurs indépendants (Guignand et Weiszrock, 2006).
Les raids incessants des Sakalava provoquèrent un mouvement de repli des
populations vers les régions orientales, où la sécurité était mieux assurée.
Seuls les confins occidentaux du Vakinankaratra, dans la partie médiane du
Moyen-Ouest, connurent une importante colonisation, à la fois militaire et
paysanne, dans la première moitié du 19è siècle. Après la phase de repli de
la colonisation merina, les déplacements spontanés de population vers
l’ouest ont recommencé vers la fin du 19èmevers 1897, une fois que les
Sakalava furent soumis (Marchal, 1970). Depuis, le Moyen Ouest, est une
zone d’immigration pour les gens des Hautes terres centrales, et plus tard
pour des gens venant des autres régions de Madagascar (Raison, 1984). Les
premiers migrants ont occupé les zones proches des Hautes terres centrales.
Des vagues de migrations suivirent entre les années 1920 et 1950 (Marchal,
1970), et plus tard encore dans les années 1970 avec une colonisation de plus
en plus vers l’Ouest à la suite de construction de la RN34 qui relie Antsirabe
au Moyen-Ouest du Vakinankaratra en 1972 (Joyeux, 2013). Actuellement,
les zones proches des Hautes terres, touchées dans le cadre de cette étude,
sont stabilisées (Ankazomiriotra, Vinany, Inanantonana, Fidirana) tandis que
d’autres zones plus à l’Ouest restent encore plus ou moins vides (à l’Ouest
de Mandoto et en éloignant aussi de la RN34).
L’histoire agraire est plus ou moins similaire dans toutes les zones du
Moyen Ouest. Le bref aperçu présenté ici, repose sur l’étude de Marchal en
1970 qui a été menée dans une zone très proche de notre zone d’étude, mais
aussi sur le livre de JP Raison (1984), du rapport de Guignand et Weiszrock
en 2006 et renforcé avec quelques résultats des enquêtes menées auprès des
personnes ressources ou en focus groupe pour la réalisation de ce travail en
2014. Les étapes de la colonisation de la zone sont passées par le pâturage
généralisé, puis par l’exploitation des rizières de bas-fonds et enfin par la
mise en valeur progressive des tanety avec le développement de l’agriculture
pluviale.
Si certaines zones sont actuellement « surpeuplées » au point où les
jeunes doivent migrer, il subsiste à Madagascar de nombreuses zones rurales
28 « sous-peuplées » qui pourraient être mises en valeur (Dabat et al., 2010). En
raison de la pression démographique l’extension des superficies cultivées se
poursuit notamment avec la mise en exploitation des collines (tanety) en
culture pluviale. Et aujourd’hui, la mise en valeur des tanety, terres jadis
réservées aux cultures secondaires ou à l’élevage extensif, est vitale pour la
sécurité alimentaire des exploitations agricoles familiales dans de
nombreuses zones (Dabat et al., 2010).
La mise en valeur du Moyen Ouest s’inscrit dans cette dynamique.
L’immigration dans cette zone s’est toujours faite de façon spontanée depuis
le 19è siècle. Même si récemment, des programmes d’appui à l’installation
de jeunes entrepreneurs ruraux existent. Avant la colonisation de l’espace,
les sols du Moyen Ouest étaient encore relativement riches (Raison, 1984 ;
Raunet, 2008) avec des surfaces d’aplanissement bien conservées (cf encadré
ci-dessous). Ces terres et la richesse du sol constituaient les ressources
naturelles qui ont attiré les migrants. Avec une faible densité de population,
les exploitations disposent de bonnes capacités productives. Toutefois, la
forte croissance démographique (croissance naturelle renforcée par l’arrivée
de nouveaux migrants) et les pratiques agricoles de type minier engendrent
une spirale de dégradation. Contrairement aux sols de bas-fonds, plus ou
moins stabilisés et sécurisés, les sols de tanety ou collines, le plus souvent en
pente, sont plus fragiles à l’érosion. Le transfert de fertilité des sols de
collines vers les rizières et terrasses, est de plus en plus important et non
compensé, entraînant la dégradation continue des collines (BVPI, 2012). A
ces contraintes s’ajoute la déficience dans la gestion commune des
ressources naturelles avec notamment le surpâturage sur sol en friche avec le
système de vaine pâture et par la pratique courante de feux brousse souvent
allumés par les éleveurs.
Les enjeux du Moyen Ouest sont multiples : stabilisation du front
pionnier et sécurisation foncière développement d’une agriculture durable à
travers une intensification agro-écologique, une meilleure intégration
agriculture-élevage et une structuration des producteurs et de la société civile
locale.
Conclusion
Ce livre a pour objectif de montrer l’évolution des exploitations agricoles,
et des processus d’innovations, illustrés par quelques cas d’études, qui ne se
veulent ni exhaustifs ni forcément représentatifs de la région considérée mais
plutôt comme des exemples de processus d’adaptation et d’innovation de
cette paysannerie qui doit survivre dans un monde d’incertitudes multiples.
L’incertitude politique est constante depuis 1972 et aboutit aujourd’hui à une
désagrégation de l’Etat, à une situation d’état de non-droit et à un manque de
confiance généralisé de tous les acteurs dans toutes les institutions.
L’incertitude économique qui en découle est due à la destruction de toutes
29 les filières d’exportation qui existaient dans les années 1960 suite à la
période socialiste puis à la lente reconstruction de certaines filières
(maraichage avec la société « Ecofruit », le litchi d’exportation, vanille et
girofle pour les plus importantes) et enfin à la volatilité des prix locaux et
d’exportation. L’incertitude sociale est de en plus important seules deux
institutions résistent à l’érosion des règles sociales : la famille et la religion.
Le contexte malgache est particulièrement difficile pour la paysannerie
locale, souvent isolée, peu reliée au marché, avec un accès difficile au crédit
et aux services avec une main d’œuvre locale la moins chère du monde (0.8
euros/jour). Malgré un tel contexte déprimant et apparemment peu propice à
l’innovation, la petite paysannerie familiale qui regroupe la très vaste
majorité des systèmes productifs agricoles, apparait particulièrement
résiliente et surtout innovante. Les exemples sélectionnés illustrent cette
capacité à l’innovation, à l’adaptation et à l’appropriation des changements
techniques et organisationnels. Dans un pays ou les formes d’appropriation
des terres par des acteurs extérieurs est prohibée et très fortement
socialement marquée dans une opposition farouche à toute tentative de
récupération des terres, l’agriculture familiale montre encore une fois une
très nette capacité de résilience et d’adaptation aux contraintes multiples.
Bibliographie
Beaujard, P. (1995). La violence dans les sociétés du sud-est de Madagascar
(Violence in Societies in Southeastern Madagascar). Cahiers d’études africaines,
563-598.
Borget, M. (1991). Les plantes tropicales à épices. Maisoneuve et Larose. Paris.
Ballet J et Randrianalijaona, M. (2011). Vulnérabilité, insécurité alimentaire et
environnement à Madagascar. l’Harmattan.
BVPI SE/HP, 2012. Rapport de capitalisation, zone des Hauts Plateaux. BVPI
SE/HP, MinAgri, AFD, 180 p.
Cornell University, INSTAT, Banque Mondiale (2003). Dynamique de la pauvreté à
Madagascar : 1999-2001. Conférence Développement économique, services
sociaux et pauvreté/Madagascar, 4p.
Cordellier, Didiot, 2002. L’État du monde en 2003 : annuaire économique et
géographique mondial
Chauveau Jean-Pierre (ed.), Cormier Salem Marie-Christine (ed.), Mollard Eric
(ed.). 1993. L’innovation en milieu rural : synthèse des groupes de travail de la
Table-Ronde du LEA et textes des contributions au séminaire du LEA, session
1991-1992 Montpellier : ORSTOM, 1993, p. 167-174. (Documents Scientifiques
du LEA Table-Ronde du LEA ; Séminaire du LEA, 2., Montpellier (FRA),
1992/10/14-20. http://www.documentation.ird.fr/hor/fdi:38189
Dabat M.H., Gastineau B., Jenn-Treyer O., Martgnac C., Bernard A.P., Rolland
J.P., 2010. Quelles issues à l’impasse de transition démo-économique malgache ?
Article pour Révue Autrepart, 14 p.
DSRP (2003). Document de Stratégie pour la réduction de la pauvreté. République
de Madagascar, 201p.
30 DSRP (2005). Document de Stratégie pour la réduction de la pauvreté, mise à jour.
République de Madagascar, 92 p.
Fauroux, E., Ranaivoson, S., & Samisoa, R. E. (2005). Les structures micro-locales
du pouvoir et leur impact sur les projets de développement. Farafangana, Août.
Gallopin, G. (2002). Resilience : scenarios, surprises and branch ponts. In Panarchy :
understanding transformations in human and natural systems. Island press.
Press : 21 p.
Guignand J., Weiszrock N. (2006). Perspectives de développement du riz pluvial au
sein des exploitations agricoles au regard de la politique agricole de Madagascar.
Etude dans deux zones du Bongolava et du Vakinankaratra. Mémoire
d’Ingénieur en Agronomie tropicale. Spécialisation Ecodev, 391 p.
Gunderson, L. H. H., CS (2002). Panarchy : understanding transformations in human
and natural systems, Island Press.
INSTAT (2011). Enquête périodique auprès des ménages 2010, Rapport principal.
Ministère d’Etat chargé de l’Economie et de l’Industrie de Madagascar / Institut
National de la statistique / Direction des statistiques des ménages, 372 p.
Jahiel M, Andreas C., Penot E., 2014. Experience from fifteen years of Malagasy
lychee export campaigns. Expérience de quinze années de campagnes
d’exportation du litchi malgache. Experiencia de quince años de campañas de
exportación del lichi malgache. Fruits, 69 (1) : p. 1-18.
Joyeux C. (2013). Proposition d’un cahier des charges pour la conception de
systèmes de culture en Agriculture de Conservation dans le Moyen Ouest de
Vakinankaratra à Madagascar. Rapport de stage GSDM & CIRAD URSIA, 83p.
Maistres, J. (1955). Le giroflier de Madagascar et Zanzibar. Agronomie tropicale,
10, 415-448.
MAP (2007). Madagascar Action Plan 2007-2012. Document de Stratégie pour la
Réduction de la Pauvreté. République de Madagascar, 112 p.
Marschal J. Y. (1970). Un exemple de colonisation agricole à Madagascar :
Antanety-Ambohidava (sous-préfecture de Betafo). In : Études rurales, N°37-39,
pp 397-409.
Minten B., Ralison E. (2003). Durabilité de l’environnement, agriculture et pauvreté
à Madagascar. Programme ILO, FOFIFA/Cornell University, Conférence
Agriculture et pauvreté, Antananarivo, 8 p.
Otsuka K., Place F. (2013). Evolutionnary changes in Land tenure and Agricultural
intensification in Sub-saharian Africa. GRIPS, National Graduate Institute for
Policy Studies, 7-22-1 Roppongi, Minato-ku, Tokyo Japan, 46 p.
Pacte National PSAEP/CAADP (2014). Pacte national de Madagascar pour soutenir
la mise en œuvre du programme sectoriel Agriculture, Elevage et Pêche.
République de Madagascar / COMESA, 10 p.
PNDR (2008). Programme National du développement rural. Equipe Permanent de
Pilotage du Plan d’Action pour le Développement Rural
(EPP/PADR)/Primature/République de Madagascar, 101 p.
Raison J.P. (1984). Les hautes terres de Madagascar, Tome 2. Ouvrage
ORSTOMEditions Karthala, ISBN 3-86537-107-7, ISSN 0290-6600, 605 p.
Rakotonarivo A., Martignac C., Gastineau B., Ramialison Z. L. (2010).
Densification rurale et structures spatiales du peuplement à Madagascar : quelle
place pour les migrations ? In : Madagascar face au défi des objectifs du
millénaire pour le développement, pp 275-297.
31 Raunet M. (2008). Initiation à la lecture des paysages morpho-pédologiques de
Madagascar. Formation des Ingénieurs et Techniciens des opérateurs du projet
BVPI/SEHP. Document de travail BVPI SE/HP, 58 p.
Rahonintsoa, E. T. (1978). Sainte-Marie de Madagascar : insularité et économie du
girofle. Université de Madagascar, Établissement d’enseignement supérieur des
lettres.
UNDP (2014). Human development report 2014. Sustaining Human Progress :
Reducing Vulnerabilities and Building Resilience. United Nations Development
Programme, New York, NY 10017, USA, 227 p.
World Bank (2013). Madagascar : Country environment analysis (CEA). Taking
stock and moving forward. Washington, DC, World Bank, 139 p.



32

PARTIE I

UN FRONT PIONNIER LENT
EN ZONE DE MOYENNE ALTITUDE :
LE LAC ALAOTRA



33 CHAPITRE 1.1.

Les paysans de l’Alaotra, entre rizières et tanety.
Étude des dynamiques agraires et des stratégies
paysannes dans un contexte de forte pression foncière
au Lac Alaotra, Madagascar
Eric Penot*1, Claire Durand*2, Stéfanie Nave*3,
Sarra Poletti*4, Colomban McDowan*5, Joana Fabre *6,
1Valentin Févre*7 et Patricia Flodrops*7
Introduction : l’Alaotra, une région « riche » dans un pays pauvre
La région du lac Alaotra, située à 230 km au nord-est de la capitale et
surnommée "grenier à riz de Madagascar", est souvent présentée comme une
région riche et dynamique. Pour comprendre cette réputation, il convient de
revenir sur quelques évènements importants qui ont profondément influencé
les dynamiques agraires locales. La région est caractérisée par une vaste
2plaine aux sols fertiles entourée de collines (tanety ) aux sols pauvres,
instables et soumis à une érosion importante. Le système agraire traditionnel
était basé sur la riziculture aquatique en plaine et une utilisation des tanety
comme zones de parcours des troupeaux de zébus (notamment à l’ouest du
lac où des troupeaux de plus de 100 têtes étaient recensés). En saison sèche
(avril à octobre), les animaux fertilisaient les rizières (vaine pâture) et étaient
mobilisés pour les travaux des champs (piétinage des rizières, labour,
transports...). En saison des pluies, après le repiquage (décembre et janvier),
les troupeaux quittaient la plaine et étaient conduits en transhumance dans
les tanety.

 *1 CIRAD UMR Innovation, *2 Supagro/Montpellier, *3 ENESAD, *4 ENSAT/Toulouse,
*5 ISARA/Lyon, *6 Supagro/IRC/Montpellier, *7 Agroparistech.
1 Ce chapitre fait la synthèse des études effectuées dans la région du lac Alaotra entre 2007 et
2013, financées par le projet BV-lac (AFD) et le CIRAD. Nous tenons à remercier Patrice
Levang IRD pour sa relecture précieuse
2
Tous les noms malgaches sont au singulier et n’ont pas de pluriel.
35 eDès le début du XX siècle, le potentiel agricole de la cuvette attire de
nombreuses familles paysannes originaires de xx dans l’espoir d’y trouver
des terres fertiles disponibles. Entre les années 1960 et 1980, l’Etat
malgache, décide d’en faire le grenier à riz du pays avec pour objectif
d’approvisionner la capitale et si possible d’atteindre l’autosuffisance
alimentaire nationale. Pendant plus de 20 ans, la SOMALAC (Société
Malgache d’Aménagement du lac Alaotra) va réaliser des aménagements
hydro-agricoles, notamment au sud et à l’ouest du lac. Au total,
30 000 hectares de périmètres irrigués sont aménagés. La maîtrise de l’eau
garantit aux agriculteurs des rendements élevés et réguliers. L’extension des
surfaces cultivables et l’augmentation de la production rendent la région
encore plus attractive et l’immigration s’amplifie. Du fait de l’augmentation
rapide de la population, la disponibilité en terres diminue.
Dans les années 1980, la pression foncière est telle que les agriculteurs
commencent à « monter dans les tanety ». L’extension des surfaces
cultivées, l’abandon de la jachère, la défriche de zones encore boisées
accentuent les phénomènes naturels d’érosion ce qui accélère la dégradation
du milieu : perte de fertilité, ensablement des canaux d’irrigation en aval,
saturation des rendements des rizières en plaine, chute de la production
halieutique et même envasement du lac. Au début des années 1990, le projet
Imamba-Ivakaka s’attache à mettre en oeuvre des actions concertées de
protection des bassins versants (reboisement). Malgré cela, le processus de
dégradation du milieu se poursuit (voir histoire de la mise en valeur en
encadré n° 1).
Encadré n° 1
Histoire de la mise en valeur du lac Alaotra
e La mise en valeur de la région du lac Alaotra remonte au XV siècle. Des
Sihanaka repoussés par l’expansion des merina s’installent alors dans un paysage
de marais et de collines sur les abords est du lac. Ce sont des pêcheurs pratiquant
une riziculture extensive sur le marais après défriche-brûlis ainsi que quelques
e cultures vivrières sur les bas de pente accessibles. Il faut attendre le XIX siècle
pour les premières mises en valeur de l’ouest. Au cours de ce siècle, la royauté
merina attirée par les vastes espaces de pâturages disponibles à l’ouest pour leurs
cheptels de zébus, conquiert la région. À partir de 1896 la colonisation française
se fait surtout sentir à l’est. Les colons français s’installent dans de grandes
concessions (100 ha) et développent les cultures de rente comme l’arachide et le
manioc et ouvrent des féculeries pour la production de tapioca et des huileries,
puis désenclavent la région pour développer le commerce (routes carrossables,
chemin de fer). Ceci entraîne une première vague de migration des Merina des
Hautes Terres. Aux côtés des grandes concessions coloniales, se forment ainsi des
moyennes exploitations familiales qui exploitent une petite partie de rizières
RMME et les tanety et baiboho avec un objectif de cultures marchandes. Ce
système change avec l’insurrection de 1947 : les colons commencent à quitter la
région et les concessions coloniales sont redistribuées aux agriculteurs (aussi bien
36 Sihanaka que Merina). La saturation foncière commence à se faire sentir aussi
bien à l’est qu’à l’ouest d’où les grands aménagements hydro-rizicoles de la
plaine. L’objectif de l’État est de faire du lac Alaotra une région exportatrice en
riz pour approvisionner Antananarivo et Tamatave. La richesse effective de la
région attire de nouveaux migrants qui remontent dans les tanety suite à la
saturation foncière. Ce changement accentue les phénomènes d’érosion et
l’ensablement des systèmes d’irrigation en aval débute. Après l’indépendance en
1960, la SOMALAC continue les aménagements hydro-agricoles, avec un
remembrement et une redistribution foncière qui aboutissent à un modèle
d’exploitation familiale type de 5 ha. Quand la SOMALAC se retire en 1991,
aucun organisme n’a les moyens de reprendre la gestion de ces lourdes
infrastructures, qui se dégradent rapidement avec cependant toujours une priorité
à la riziculture intensive. La croissance démographique s’accentue. De nouveaux
systèmes de production apparaissent au fil des vagues de colonisation et de
migration. Dans les villages merina par exemple, les agriculteurs ont intégré à
leur système d’exploitation, un système d’élevage porcin pour valoriser les
cultures de maïs et manioc.
La région du lac Alaotra présente une grande diversité de systèmes de
cultures et d’élevage. Au-delà du système dominant (riziculture aquatique et
élevage bovin extensif), les agriculteurs de la zone pratiquent de nombreuses
cultures pluviales (vivrières ou de rente), des cultures pérennes (fruitiers par
exemple) et du petit élevage (volailles, porcs...).. Il existe toute une série de
systèmes adaptés aux différentes situations et objectifs des agriculteurs sur
tanety et baiboho. Les systèmes de culture sur paillage (riz pluvial, pois de
terre, arachide, maraîchage) sont développés sur les sols les plus fertiles. Les
systèmes en agriculture de conservation (ou SCV) sont développés à partir
de 1998 et en particulier pendant la période 2003/2013 (projet de
développement BV-lac) Le tableau 1 présente les différents systèmes de
culture présents au lac Alaotra.
Tableau 1 : Synthèse des types de système de culture
Type de système
Toposéquence concernée Pratiques
de culture
Traditionnel Concerne la riziculture inondée Défriche-brûlis du zetra, semis à volée
Riziculture irriguée dans les périmètres SRI SRA
irrigués Labour mécanique et attelé
Conventionnel Culture de rente (arachide, manioc) Semis en ligne
Introduction cultures pluviales sur Monocultures ou pseudo-rotation
baiboho et sur tanety (riz, maïs) Engrais, phytosanitaire
SCI (systèmes de Introduction d’une partie des pratiques
Systèmes hybrides sur sols exondés
culture innovant) culturales SCV
SCV (systèmes de Semis sur couvert végétal, concerne Zéro labour
culture à couverture cultures pluviales sur sol exondés Plante de service
végétale) principalement Rotations agronomiques

Dans ce contexte, il a été nécessaire de repenser l’appui aux agriculteurs et
d’adopter une approche en termes de bassin versant afin d’englober les systèmes
37 de production dans leur totalité. Depuis 2003, le projet BV/Lac (projet de mise
en valeur et de protection de²s bassins versants du lac Alaotra) intervient dans la
région avec pour objectif d’accroître et de sécuriser les revenus des paysans tout
en préservant l’environnement, tout en s’assurant que les agriculteurs deviennent
les acteurs de leur propre développement. L’agriculture de conservation (AC) a
été le fer de lance du changement technique pour une agriculture plus durable.
Qui sont aujourd’hui les agriculteurs du lac Alaotra ? Quelles sont leurs
stratégies de mise en valeur ? Quelle place occupent les systèmes de type AC
promus par le projet ?
1. Le contexte du lac Alaotra
La région du lac Alaotra est marquée par un climat tropical humide
d’altitude avec une température moyenne annuelle de l’ordre de 20°C. La
région étant située dans la zone de convergence intertropicale, le climat est
caractérisé par deux saisons nettement contrastées : une saison des pluies
entre novembre et mars correspondant à l’été austral, et une saison sèche
d’avril à octobre (hiver austral). On note une grande variabilité dans la
répartition des précipitations au cours de la saison des pluies. Deux types de
précipitations sont fréquents : des orages violents et courts au début et à la
fin de la saison humide et des précipitations plus modérées et régulières
(d’origine dépressionnaire cyclonique) pouvant durer plusieurs journées. La
forte variabilité inter annuelle entraîne une alternance de campagnes très
sèches et très arrosées. L’aléa concerne surtout le début de la saison (octobre
et novembre) : des précipitations tardives entraînant parfois un décalage dans
le lancement de la saison de culture. Enfin, l’agressivité des précipitations
peut être spectaculaire dans la région. Ces pluies violentes sont
particulièrement érosives, d’autant qu’elles se concentrent au moment de
l’implantation des cultures lorsque le sol est encore nu. Ce climat irrégulier
constitue une contrainte majeure pour tous les agriculteurs du lac Alaotra.
C’est un des premiers facteurs de risque évoqué par les paysans.
La région de l’Alaotra, repose sur un plateau granito gneissique
intermédiaire situé à 750 mètres d’altitude. La cuvette, d’origine
partiellement tectonique, correspond à une dépression à fond plat qui s’étend
sur une superficie approximative de 180 000 hectares (80 km de long sur
environ 30 km de large). En son cœur s’étend le plus grand lac de
Madagascar, le lac Alaotra (200 km² en période d’étiage), entouré d’une
ceinture de marais et marécages. En périphérie, une auréole de collines
(tanety) constituée de massifs latéritiques délimite la région. Les tanety
couvrent une surface d’environ 7 000 km². A l’est, les points culminants
dépassent les 1 500 m (sommet de l’Ankaraoka) tandis que du côté ouest, les
crêtes alignées le long de la faille de l’Angavo n’atteignent pas les 1 400 m.
Au nord et au sud, le découpage est moins net même si l’on peut distinguer
quelques collines considérées comme les limites de la région.
38 Encadré 1 :
Les techniques d’agriculture de conservation (TAC)
et leur application au lac Alaotra
Selon la FAO (2001), l’agriculture de conservation (AC) repose sur les trois
critères suivants :
- L’absence de retournement profond du sol et donc une implantation des
cultures en semis direct ;
- Le maintien d’un couvert végétal permanent (mort ou vivant) ;
- L’adoption de cultures dans une rotation suffisamment longue.
L’agriculture de conservation (AC) vise à une meilleure utilisation des
ressources agricoles par la gestion intégrée des disponibilités en sol, en eau et en
ressources biologiques, avec une limitation des intrants externes. Elle contribue à
la conservation de l’environnement et à une production agricole durable.
(Economie de l’agriculture de conservation FAO 2003). Une culture est dite en
SCV (semis direct sous couverture végétale) si :
- 1- La parcelle n’est pas labourée, le semis est donc direct ;
- 2- Le sol est couvert par une plante de service dont le rôle est la formation
d’un mulch ;
- 3- Elle est introduite dans des rotations.
Cette technique respecte les trois principes de l’AC, et fait donc partie des
techniques d’agriculture de conservation. A partir des enquêtes réalisées dans la
région d’étude du lac Alaotra, une culture fourragère a été définie ainsi :
- C’est une parcelle de Brachiaria sp. ou de Stylosanthes guianensis (plus
rarement, certains exploitants ont mis en place des parcelles de Bana grass,
Chloris ou Eleusine) en pur ou en mélange, sur laquelle l’exploitant prélève
l’herbe pour la distribuer en vert à son bétail (les bovins ne sont pas amenés sur
ces parcelles pour pâturer) ;
- Une fois une parcelle fourragère mise en place, les exploitants rencontrés
n’ont pas pu déterminer combien de temps ils allaient laisser cette culture,
particulièrement dans le cas du Brachiaria car cette culture demande le recours à
un herbicide pour être détruite.
Ce type de parcelle répond aux conditions de perturbation minimale de sol, de
protection du sol par la présence d’une couverture végétale permanente. Son
introduction dans les rotations est plus problématique car les cycles de rotations
ne sont pas clairement définis pour les producteurs (3 ans ou plus pour du
Brachiaria spp, 2 à 3 ans pour du Stylosanthes G. en moyenne). Les cultures
fourragères peuvent être cependant intégrées dans les techniques d’agriculture de
conservation. Dans le cadre de notre étude au lac Alaotra, les TAC regroupent les
quatre systèmes suivants (Le Gal & Dugué, 2009) :
- cultures fourragères cultivées en pur ou en mélange, par exemple le
Brachiaria spp ou Stylosanthes ou l’association des deux ;
- association entre une céréale (maïs, riz) et une culture de couverture annuelle
(dolique, niébé, vesce velue (Vicia villosa)) pendant une partie ou tout le cycle de
la céréale ;
- association entre une céréale et une culture de couverture semi-pérenne
(Brachiaria spp ou Stylosanthes) ;
- paillis sur maraîchage de saison sèche (paille de riz).
39 L’illustration 1 présente le transect général de la zone et les différentes unités
morpho-pédologiques. Si l’on considère ce transect de l’amont vers l’aval :
– L’unité A englobe les tanety. La partie plate A1, appelée plateau
sommital est une zone de pâturage. Elle est constituée de graminées
diverses, majoritairement Aristida multicaulis (appelée bozaka) et des
fougères. C’est une zone de pastoralisme où les ressources ligneuses sont
rares. La partie A2 est une zone peu fréquentée et non mise en valeur du
fait de ses fortes pentes. Sur les tanety, les sols sont ferralitiques,
moyennement à très différenciés. Ces sols lessivés ont une fertilité faible
et sont très érodés. À l’ouest du lac, le substrat acide (gneiss, granites...)
donne naissance aux sols les plus pauvres de la région.
– L’unité B correspond au piémont des collines. Ces bas de pente
présentent des sols minéraux (majoritairement argilo-sableux)
composés de matériaux issus du fluage des altérites des collines
alentours. Leur fertilité est moyenne à faible du fait de leur pH acide
(4,5 à 5), d’une capacité d’échange faible et d’une capacité de
rétention d’eau voisine de 3 %. Les agriculteurs y pratiquent des
cultures peu exigeantes principalement du manioc et éventuellement
du maïs extensif.
– L’unité C coïncide avec la zone d’habitation du village. À proximité
des maisons, des arbres fruitiers (manguiers, bananiers, litchis....) et
quelques rares jardins de case sont exploités.
– L’unité D se situe parfois à proximité directe du village ou l’on trouve
les sols alluvionnaires nommés baiboho, sols alluviaux fertiles avec
remontée capillaire d’eau en saison sèche permettant la double culture,
et où les agriculteurs pratiquent des cultures « exigeantes » en terme
de fertilité des sols (principalement du maraîchage).
– L’unité E représente les zones cultivées en riz irrigué où l’eau est plus ou
moins maitrisée. Ces rizières peuvent avoir fait l’objet d’aménagements
lourds réalisés par la SOMALAC, ou être le fruit du travail des
agriculteurs. À partir de l’unité E et pour les suivantes, les sols sont
hydromorphes. Minéraux en périphérie de l’unité E, ces sols de plaine
sont de plus en plus organiques lorsque l’on s’avance vers le lac.
– L’unité F, bien que visuellement très proche de la précédente, s’en
distingue sur un point fondamental : il est difficile voire impossible de
contrôler l’eau à certains moments de l’année. Ces rizières dites RMME
(rizières à mauvaise maîtrise de l’eau) sont fréquemment inondées, ce qui
induit des rendements plus faibles que ceux des rizières irriguées.
– L’unité G est une zone de marécage qui laisse place à des surfaces
rizicultivables. Ces surfaces sont alors mises en valeur grâce à des
systèmes de riz de décrue pratiqués en contre saison. Les rendements
sont très aléatoires car soumis à des crues imprévisibles.
– L’unité H est constituée par les marais qui ceinturent le lac (unité I).
Ces zones sont utilisées par les pêcheurs.
40 La mise en valeur est strictement calée sur la topographie. Ces unités de
paysage se retrouvent dans toute la région bien qu’il existe des variantes
locales. Il faut préciser une différence entre les rives est et ouest du lac : à
l’est la plaine est plus réduite et la montée dans les tanety est plus rapide, à
l’ouest, une grande plaine rizicole s’étend entre le lac et les collines.
Figure 1 : Mise en valeur des unités de paysage

2. Méthodologie et démarche
Un diagnostic agraire a été réalisé dans 5 zones choisies avec les opérateurs
du projet comme étant représentatives de la diversité des situations dans la
région (carte n° 1). L’objectif était de dégager et d’expliquer les dynamiques
locales et les stratégies paysannes au lac Alaotra avec 106 enquêtes de
caractérisation d’exploitation en 2007 qui ont débouché sur une typologie
opérationnelle. Des suivis entre 2008 et 2012 ont permis d’effectuer des
exercices de simulation et d’analyse prospective sur les scénarios observés et
potentiels imaginés par les techniciens et ingénieurs du projet sur la base des
processus d’innovation observés. Les enquêtes 2010/2012 ont été concentrées
sur les modalités d’évolution des systèmes : du conventionnel aux SCV et SCI.
L’enquête 2013 a été focalisée sur la diffusion hors projet des techniques AC ou
pratiques agro-écologiques associées. Les trois dernières enquêtes 2013/2014 se
41