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Profession juriste

De
68 pages
Un vieil adage, souvent repris, veut que « le droit mène à tout ». Si l’on peut déceler dans cette affirmation une certaine part d’exagération — après tout, le droit et la biologie moléculaire demeurent des disciplines bien distinctes —, une formation en droit ouvre en effet de nombreux horizons de carrière, en plus de contribuer à l’épanouissement intellectuel des personnes qui y ont accès. En outre, cette formation a parfois des effets secondaires, en façonnant la personnalité de celles et de ceux qui la suivent. Beaucoup de familles ou d’amis ont ainsi été surpris de constater les transformations, souvent pour le meilleur mais parfois pour le pire, que subissent les personnes qui étudient en droit : le scepticisme s’accroît, les exigences quant à la qualité des raisons données pour justifier telle ou telle action deviennent plus strictes, l’art de l’argumentation s’affine ; dans le pire scénario, l’égo enfle. Mais le propos de ce petit ouvrage n’est pas, tant s’en faut, de faire la psychanalyse de l’apprenti juriste ; il s’agit plutôt de se pencher sur ce que signifie, aujourd’hui, être juriste. Cela oblige à aborder la question de la formation de celles et de ceux qui aspirent à le devenir.
Quel est le rôle, dans la Cité, des chercheurs, des intellectuels, des professeurs, des universitaires en général ? Qui sont-ils et que font-ils exactement ? Quel a été leur parcours intellectuel ? La collection « Profession » répond à ces questions.
Jean-François Gaudreault-DesBiens et Marie-Claude Rigaud sont professeurs à la Faculté de droit de l’Université de Montréal.
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JeanFrançois GaudreaultDesBienset MarieClaude Rigaud
Profession P
g au d r e au l t - d e s b i e n s • r i g au d
Les Presses de l’Université de Montréal
Juriste
Profession juriste
Profession P
Collection dirigée par Benoît Melançon
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada
Vedette principale au titre :  Profession, juriste  (Profession)  Comprend des références bibliograpiques.   ----  . Droit - Pratique. . Droit - Orientation professionnelle.. Gaudreault-DesBiens, Jean-François, - . . Rigaud, Marie-Claude, - . . Collection : Profession (Montréal, Québec). .  . --
e Dépôt légal :  trimestre  Bibliotèque et Arcives nationales du Québec © Les Presses de l’Université de Montréal, 
 () 978-2-7606-3589-0  () 978-2-7606-3590-6  (eub) 978-2-7606-3591-3
Les Presses de l’Université de Montréal remercient de leur soutien financier le Conseil des arts du Canada et la Société de développement des entreprises culturelles du Québec (SODEC).
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Profession juriste
Les Presses de l’Université de Montréal
Introduction
maginons un instant que le Petit Prince de Saint-I Exupéry ait fait à son ami aviateur cette demande : « S’il te plaît, dessine-moi le droit. » Il est loisible de penser que le récit aurait immédiatement avorté ou, au mieux, qu’il se serait englué dans des développe-ments peu digestes. Pourquoi donc, alors que la demande est si simple ? Tout simplement parce que la réponse, en supposant qu’il n’y en ait qu’une, est loin d’être évidente et qu’elle renvoie à un pénomène à la fois abstrait et polysémique. Imaginons maintenant que le Petit Prince lui ait demandé : « S’il te plaît, dessine-moi l’arcitecture. » Sans prétendre que la réponse eut pu être dénuée d’ambiguïté, on peut penser que l’aviateur aurait pu raisonnablement éclairer le Petit Prince en esquissant une maison, un pont ou un câteau. Et si, d’aventure, il avait été sollicité pour lui expliquer ce qu’est la musique, il aurait très bien pu dessiner un violon ou un piano, voire fredonner une canson. Mais le droit ne pourrait-il pas être représenté par, disons, le glaive ou la balance de la justice ? Peut-être, mais aucune de ces images ne saurait être considérée comme vraiment satisfaisante. Irréductible à une quelconque représentation pysique, le droit est en
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J. F. Gaudreault DesBiens et M. C. Rigaud
effet difficilement saisissable, d’abord parce qu’il est en flux constant, dans le temps et dans l’espace, et parce que, malgré son rôle fondamental en tant que pierre d’assise de toute société ordonnée, il est en quelque sorte invisible : on sent parfois son effet, mais on ne le voit guère. C’est face à une injustice que l’on décèle sa présence ou que l’on regrette son absence. On prend alors toute la mesure de son importance. D’ailleurs, l’aviateur aurait pu rétorquer au Petit Prince : « Pourquoi le droit, et pas la justice ? » Pareille question met en lumière la difficulté de fixer une image du droit, car celui-ci renvoie à des normes — c’est-à-dire à des principes ou à des règles reconnus comme contraignants — qui sont suffisam-ment précises pour guider la vie des sociétés et des individus. Mais comment dessiner une norme ou un ensemble de normes ? C’est parce qu’il cerce à prendre acte des défis inérents à une telle entreprise que cet ouvrage se pré-sente avant tout comme un carnet d’esquisses plutôt que comme un plan qui, au millimètre près, cerce-rait à décrire une réalité fugace à bien des égards. Et si le droit est irréductible à une représentation mono-litique, il en va de même des professions juridiques. En ce sens, le titreProfession juriste, en tant qu’il évoque une profession unique dont les contours seraient parfaitement déterminés ou déterminables, est un tantinet trompeur. C’est donc dans l’optique de mieux saisir la complexité inérente autant du droit que des professions juridiques que nous posons dans cet ouvrage autant de questions que nous donnons de réponses. Cela est toutefois dans l’ordre des coses, puisque l’une des tâces les plus importantes de tout juriste est précisément de formuler de bonnes ques-tions. Quant aux réponses, elles ne peuvent découler que d’un processus de décantation et de réflexion, que
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nous déclinerons en trois actes. Le premier acte s’inté-resse à la formation du juriste, le deuxième porte sur la diversité des professions juridiques malgré leur fonds commun, alors que le troisième scrute la rela-tion entre le droit et la justice. Nous nous en tiendrons à tracer les contours d’une image, la plus fidèle pos-sible, du juriste à la lumière de ce qu’il fait concrète-ment et des défis qu’il affronte. Nos propos seront ponctués de témoignages de juristes œuvrant en droit et dans d’autres camps.
Kim Thuy, écrivaine et juriste Sans mes années en droit, je crois que je n’aurais pas su apprécier l’intelligence des textes des journalistes ano nymes de la revuehe Economist, ni entendre la musi calité des mots du poète Roland Giguère. De même, je me demande si j’aurais su saisir l’essence d’un texte de l’honorable juge Louise Otis sur l’humiliation et voir la structure de base du complexe plan architectural des cerveaux et des cœurs de mes enfants. Une chose est certaine, sans ce passage à la Faculté de droit, sans cet entraînement, je n’aurais pas appris la nécessité et la discipline de réfléchir, car la paresse et la facilité m’au raient gagnée et abattue.