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Promenades à travers l'Italie d'autrefois

De
249 pages

Vers 7 heures du matin, nous sortons de Paris par la place d’Italie et l’avenue de Choisy. Nous traversons Ivry, Vitry, Villeneuve-St-Georges, village perdu dans les fleurs parfumées lorsque j’étais étudiant, aujourd’hui sorte de faubourg laid et sale.

Nous passons à Montgeron et parcourons la forêt de Sénart. Nous doublons la pyramide, célèbre depuis Bonnot et sa bande. Les bourgeons qui s’ouvrent donnent aux arbres un air de fraîcheur et de légèreté, prodromes du printemps ;

Lieusaint.


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À propos deCollection XIX
Collection XIXest éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.
Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF,Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes class iques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse… Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces e fonds publiés au XIX , les ebooks deCollection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.
Paul Hamonic
Promenades à travers l'Italie d'autrefois
De Paris à Pérouse en automobile
Celivre fut écrit pendant mes vacances dePâquesde l’année 1914,au moment où le printemps commençait à faire sentir ses euphoriques effets. Plus que beaucoup d’autres, je les éprouvais car, à la joie de sentir se réveiller la nature somnolente, se joignait celle de l’abandon m omentané des responsabilités professionnelles et d’une incursion dans le domaine de l’art, à travers les prestigieux pays où s’élaborèrent les plus suaves formules de la beauté. Cependant, une ombre maussade obscurcissait l’azur du ciel. C’était la hantise de la guerre, qui, depuis longtemps m’obsédait, et sous l ’influence de laquelle, j’ai écrit les lignes suivantes qu’on lira pages87et88 : « L’empire d’Occident n’existe plus et la domination barbare commence, conséquence forcée du relâchement moral, de la perte des traditions de race et d’esprit national et de la disparition des principes qui font la force des nations : patriotisme, désintéressement, probité, justice, convictions...» « Quand ces vertus puissantes font place à l’égoïsm e, à l’intérêt personnel, à la vénalité, au scepticisme et à l’esprit de coterie, c’est un signe certain de déchéance, et l’ennemi n’est pas loin, qui profitera de l’affaiblissement ainsi produit. » «Ne vous semble-t-il pas que nous sommes, en ce moment en France, sur les traces de l’empire d’Occident, un peu avant la venue d’Odoacre, le barbare germain? » Pas n’était besoin d’être la SibylleErythrée,la plus clairvoyante entre ses congénères, pour pronostiquer l’événement aujourd’hui réalisé. Il suffisait, alors que nos discordes politiques battaient leur plein et s’efforçaient, à la satisfaction de l’Allemagne, d’opérer notre désorganisation nationale, de voyager dans le s pays d’Outre-Rhin, en particulier dans les provinces d’Alsace-Lorraine (aujourd’hui en train de se désannexer), pour voir transparaître à chaque tournant des chemins les sym ptômes prémonitoires de la guerre voulue par tous les teutons, depuis le haut jusqu’au bas de l’échelle, dans la certitude de la victoire, la volonté de restaurer, au profit de l’aigle noir, l’antique hégémonie Romaine et surtout l’espérance de la rapine et du butin. Lutte entre Slaves et Germains, a-t-on assez répété. La chose est beaucoup plus simple. C’est la reprise de la ruée de la barbarie contre la civilisation gréco-latine et le renouvellement des classiques invasions. Mais la manière a changé. Autrefois Alaric, Odoacrees seet autres sauvages précédaient en personne les hord hâtant vers les champs de bataille, tandis qu’aujou rd’hui leurs successeurs, aussi dégénérés que prudents, le sénile scléreux et l’hér édo-monoplégique, doublé de son simiesque et ridicule rejeton, se terrent loin des zones dangereuses, dans leurs capitales ou leurs quartiers généraux, leurs guerriers, qui, en principe, devaient tout foudroyer, faisant de même dans de souterraines et marécageuses tranchées. Evidemment, le geste est amoindri. Par compensation se trouve grandement accrue à leur actif la répulsion inspirée par les antiques barbares. En effet, ceux-ci, peu soucieux des architectures e t des pierres sculptées, se contentaient du rapt des métaux précieux et des obj ets négociables, laissant subsister d’honorables ruines. Tandis que leurs actuels desce ndants, après les déménagements méthodiques qu’on connaît, font le désert sur leur passage et s’efforcent d’effacer les dernières formules de beauté subsistant d’époques à jamais éteintes. Les assassins de Reims, de Soissons, de Louvain, d’Ypres, d’Arras et autres centres radieux se sont imaginé que, grâce à leurs atroces destructions, ils arriveraient à
substituer à l’art pur du Moyen âge et de la Renaissance leurs chaotiques élucubrations et leurs malsaines monstruosités. Erreur profonde!leurs pitoyables efforts n’ayant abouti qu’à soulever contre eux le dégoût du monde civilisé. Pillages, massacres, attaques abritées derrière des remparts de femmes, d’enfants et de vieillards, incendies, viols dégoûtants et autre s infamies : ce sont bien là, les traits distinctifs,, quoique très amplifiés, des sinistres envahisseurs des temps barbares, dont la psychologie et la conception de la guerre sont demeurées les mêmes ;malandrins et coupe-jarrets déguisés en soldais qui, à la gloire des combats, préfèrent les lucratives opérations des voleurs. Il y a cependant quelque chose de changé. Une évolution de dégénérescence qu’ils nomment « Kultur »a transformé les farouches Goths, Austrogothset Visigothsdes époques passées, en de vulgaires saligauds(la pauvreté de notre langue à l’égard de monstruosités ignorées chez nous ne me fournissant pas d’autre appellation), dont le travail de destruction est beaucoup plus scientifique et perfectionné que celui de leurs lointains ancêtres, et dont l’ardeur guerrière se manifeste surtout de nos jours par les incontine nces sphinctériennes bien connues, qui, si elles constituent des actes médiocrement sp irituels et honorables, nous font comprendre, en tout cas, le culte qu’ils ont voué aux« chiffons de papier ».
INTRODUCTION
* * *
Comme l’acteur, qui, au pied levé, change son genre et réclame, au moment d’entrer en scène, l’indulgence, je fais une annonce auprès de mes lecteurs afin qu’ils me soient bienveillants. Je quitte en effet, un moment, la vo ie médico-chirurgicale, pour faire une incursion dans la littérature, l’histoire et même la critique d’art où je vais me trouver en territoire étranger. Mais je m’aventure modestement et sans prétentions d’érudition. Il me suffira de raconter au jour le jour et au courant de la plume un de ces délicieux voyages, comme on en fait tant en Italie, avec l’arrière-pensée que je pourrai être utile à ceux qui voudront le tenter, surtout s’ils partagent mes goû ts et sont, comme moi, atteints de la psychopathie de la collection et de l’art ancien. Peut-être leur servirai-je de guide en leur disant ce qui devra déterminer leurs arrêts et la direction de leurs étapes et en leur expliquant de mon mieux la genèse et les qualités des choses qu’ils verront. J’aurai ainsi mis à profit mes vacances de Pâques, pendant lesquelles, dans un but de repos, mon esprit libéré de ses préoccupations prof essionnelles, a rompu momentanément avec la science. J’ai pour l’Italie un amour profond à cause de son passé, du rôle glorieux qu’elle a joué dans l’élaboration de l’art, de ses superbes tradit ions, aujourd’hui évanouies, et des magnifiques morceaux qu’elle possède encore, et cha que fois que j’en ai l’occasion, j’éprouve un plaisir nouveau à y revenir. Depuis un certain nombre d’années, l’automobile aug mente ma jouissance, en me permettant, malgré les inconvénients matériels et le piteux état de la plupart des routes de la péninsule, d’aller dans des coins perdus, d’un abord difficile, où l’on rencontre des joyaux d’architecture et de sculpture à peu près ignorés. Et puis on voit le paysage d’un tout autre œil qu’en chemin de fer. On pénètre au cœur des villes et des villages, au lieu de les frôler tangentiellement : on se met au contact intime des populations et non plus à celui des chefs de gare, et on conserve de la trave rsée des agglomérations et des campagnes environnantes un souvenir précis, qui res te dans l’esprit au lieu de fuir d’autant plus rapidement que les rapports ont été plus éphémères et plus indirects. Mais, pour parcourir l’Italie, une machine puissante, en raison des hautes montagnes à franchir, et une voiture confortable sont nécessaires. Parfois les étapes sont longues et pénibles et on est exposé, si le moteur ne présente pas les conditions voulues, à stagner dans des bourgades, desquelles sont absents, je ne dirai pas le confort moderne, mais même les éléments les plus indispensables à la vie physiologique. J’ai adopté une berline, où les miens sont à couvert, y compris le chauffeur, et où les bagages nécessaires trouvent leur place désignée. U ne fois fermé, ce petit wagon peut être abandonné impunément dans les garages, même le s plus mal surveillés, car une effraction, qui ne passerait pas inaperçue, devrait précéder l’enlèvement du moindre objet. J’ai renoncé aux colis sur le toit, qui donnent trop d’instabilité. Du reste ma voiture est extrêmement basse, ce qui empêche les oscillations latérales, et les roues d’arrière sont pourvues de jumelés, constituant, à mon sens, un él ément considérable de sécurité et d’économie, car on ne finit pas d’user ses pneumatiques. Un porte-bagage soutient à la partie postérieure un e grosse malle, qui n’est pas de trop. J’emporte en effet jusqu’à mon oreiller, qui m’évite l’emploi des durs billots en plans
inclinés sur lesquels les Italiens vous forcent à r eposer la tête pour ne pas dormir, supplice insupportable, lorsqu’on n’est pas habitué au contact d’une laine tassée. Mon moteur de 45 H.P. (qui en vaut exactement 63) ne m’a pas donné de mécomptes et les nombreuses fois où des étrangers ont voulu s e mesurer avec nous, j’ai eu la patriotique satisfaction de leur faire constater que la qualité des machines aussi bien que l’habileté et l’audace des conducteurs de France no us permettaient de conserver largement l’avantage. Pour voyager en Italie, comme du reste dans tout pa ys étranger, trois pièces sont indispensables pour les formalités de Douane. Le mi eux est de se les procurer par l’intermédiaire du Touring-Club, dont pour cela, il faut être membre. Un cautionnement de 600 frs, représentant les droits pour l’importation en Italie d’une forte voiture, étant déposé, le Touring vous remet un triptyque et un livret descriptif de la voiture. Le premier papier, ainsi que son nom l’indique, est muni de trois feuillets. L’un est enlevé par la douane Italienne à la sortie de France et le second à la rentrée définitive. A la présentation du troisième, le Touring vous rembourse le cautionnement. Le triptyque permet du reste de franchir, autant de fois qu’on le désire, la frontière, dans un sens ou dans l’autre, pendant une durée de trois mois, qu’on peut faire prolonger. La douane Française n’a qu’à constater l’identité d e la voiture, dont la description figure sur le carnet et à détacher les feuilles disposéesad hoc. Une troisième pièce est nécessaire pour le chauffeur. C’est le permis international de conduire, qui est délivré à Paris, par la préfecture de police. Aujourd’hui les formalités douanières, si compliqué es il y a 8 à 10 ans, sont extrêmement simples et quelques minutes suffisent p our se mettre en règle aux frontières. Le papier italien n’ayant pas cours en France, pas plus du reste que les petites pièces d’argent et le billon, et nos billets de banque étant, dans certaines régions, frappés d’une retenue, j’ai l’habitude d’emporter des rouleaux de louis. De cette façon je suis certain de n’avoir jamais beaucoup de monnaie étrangère et de pouvoir facilement m’en débarrasser à la frontière. En Italie il n’y a pour ainsi dire pas d’or, les co upures de 10 et 20 frs étant représentées par de petits papiers très crasseux. Aussi chaque fois qu’on offre un louis, on voit deux sentiments se peindre sur le visage de celui qui le reçoit. D’abord de la curiosité, et puis de la méfiance, et c’est seulement après qu’il l’a soupesé et fait sonner à plusieurs reprises que le bénéficiaire l’accepte. Il va ensuite le montrer à sa femme et à ses amis comme un objet rare. Dès que vous avez passé la frontière, vous êtes sur pris de voir que votre montre retarde d’une heure. Vous êtes en effet soumis à l’horaire de l’Europe centrale, et il faut tenir compte de ce fait, si vous devez régler votre conduite d’après les indications de votre chronomètre. Le but de notre voyage actuel étant Pérouse, le plus rapide eût été d’aller vers Bâle, de traverser la petite bande d’Allemagne qui se trouve en ce point, la Suisse, un coin d’Autriche et d’arriver par le Tyrol à Vérone, puis à Venise. De là nous n’avions qu’à descendre vers notre destination. Cette série de frontières complique l’itinéraire, surtout en raison de l’antipathie que les Suisses marquent à l’endroit des automobilistes, et des amendes variées qui en résultent. De plus, à l’époque où nous sommes, c’est-à-dire au début d’avril, tous les passages des Alpes sont fermés par la neige. Nous sommes don c obligés de passer par la côte
méditerranéenne. Nous irons de Menton à Gênes, puis nous remonterons sur Plaisance, où nous trouverons la meilleure route d’Italie, grâce à laq uelle nous aboutirons à Rimini. De ce point terminus il nous sera facile d’aller à Ravenne en haut et à Pérouse en bas. Ne croyez pas qu’on puisse s’embarquer pour un voya ge en automobile à travers la péninsule, sans réflexion et sans préparation, comm e on irait dans une province française. Il faut être prévoyant et s’engager à bon escient, afin de ne pas éprouver, en cours de route, des déboires qui abimeraient le plaisir de la promenade. Sachez surtout que, si vous allez en Italie pour vo ir les manifestations du génie moderne, vous serez plus sage de rester en France. On y fait en effet encore plus mal que chez nous. Malgré que je sois exposé à être taxé de «temporis acti laudator», injure qui ne me froisse nullement, je vous conseille de r éserver votre entier coefficient d’admiration pour l’antiquité, le moyen-âge et la Renaissance. Mais, afin de ne pas éprouver les désillusions, que si souvent accusent ceux «qui ne savent pas», astreignez-vous préalablement, à étudier et à vous former le goût. Si les vibrations spéciales du passé de gloire et d e beauté sont capables d’influencer votre cerveau, faites sans crainte le pélérinage artistique, et malgré les incidents de route et leur banalité, vous serez dédommagé. La vue d’un e ruine, d’un monument, et l’évocation d’un fragment d’histoire vous feront tout oublier. Vous reviendrez ravi, l’esprit plein de souvenirs, d’images et d’impressions qui n e vous quitteront plus. Et, plus modeste que les ignorants concevant la civilisation comme née d’aujourd’hui, vous vous rendrez compte que, non seulement nous n’avons pas créé la beauté, mais qu’au contraire, nous perdons de plus en plus sa mystérie use formule, qui resplendit toujours dans l’Italie d’autrefois.  Avril 1914.
DE PARIS A GRENOBLEAvallon.Beaune et son hospice.L’église de Brou
Vers 7 heures du matin, nous sortons de Paris par l a place d’Italie et l’avenue de Choisy. Nous traversons Ivry, Vitry, Villeneuve-St-Georges, village perdu dans les fleurs parfumées lorsque j’étais étudiant, aujourd’hui sorte de faubourg laid et sale. Nous passons à Montgeron et parcourons la forêt de Sénart. Nous doublons la pyramide, célèbre depuis Bonnot et sa bande. Les bourgeons qui s’ouvrent donnent aux arbres un air de fraîcheur et de légèreté, prodromes du printemps ; Lieusaint. C’est ici que se déroulait la scène capitale duCourrier de Lyon,fameux le mélodrame de Moreau, Siraudin et Delacour dominé par l’inoubliable silhouette de Paulin Menier. Melun,ville banale ;Montereaudont nous franchissons le pont historique. Là, en 1419, Jean sans Peur, duc de Bourgogne, fut assassiné pour le compte du Dauphin de France, Charles septième, paf Tanneguy du Châtel, personnag e à destinée mystérieuse, entré un moment dans l’histoire pour commettre ce meurtre nécessaire à la suite des événements et évanoui ensuite sans laisser de trace. Aujourd’hui sur cet emplacement, un Napoléon de bronze, à cheval, scrute l’horizon et prépare sur les armées coalisées sa victoire de 1814. L’Yonne, grossie par les pluies, inonde les campagnes et par instants envahit la route où nous marchons. Villeneuve-la-Guyarde, Pont-sur-Yonne,Sens, avec sa superbe cathédrale romano-ogivale, sous la nef de laquelle Saint Bernard condamna Abeilard. P uisVilleneuve-sur-Yonne,e à sesun aspect de vieille cité féodale, grâc  présentant e deux portes fortifiées du XVI siècle, qu’on a eu le bon goût de conserver et dont on n’a pas trop dénaturé le caractère. Joigny,Auxerre, dont le singulière église St-Eusèbe est un mélange hétérogène de e tous les styles, depuis le XIIe jusqu’au XVI siècles. Cravant, Vermenton. De ci, de là, quelques maisons et tours anciennes avec fragments architectoniques d’un joli caractère. La route est bonne, droite, en plaine et on peut marcher très-vite. Nous voici à Arcy, petite ville possédant des grott es naturelles très visitées. Nous traversons un tunnel. Sermizelles : village insignifiant où s’était retiré un de mes vieux clients, le père Martel, de la Comédie-Française, qui doublait Maubant et jouait le drame avec une conscience et une conviction qu’on ne connaît plus. Nous sommes en plein Avallonnais. Le paysage devien t aimablement tourmenté, est parsemé de collines et couvert d’une riche végétation. Rien de majestueux et d’imposant, mais tout séduit et rit à l’œil. Dans le lointain une montagne sensiblement plus éle vée que ses voisines offre, comme couronnement, la magnifique église romane deVézelay qui a eu le malheur de trop solliciter les bons offices des architectes modernes. Elle domine un bijou, caché au pied de la colline. On ne le voit pas d’où nous sommes, mais si jamais vous passez par là, quitte à perdre quelques heures, détournez-vous de votre chemin pour aller visiter l’église deSt-Père,que nous devons aux puissants abbés e de Vezelay. C’est une vraie dentelle du XIII siècle, mais fortement remaniée aux XIV et e XV siècles, c’est-à-dire à des époques où l’architecture gothique avait conservé toute son élégance et la pureté de ses lignes. Bientôt on arrive àAvallon qui t quesurgit sur son monticule. C’est un enchantemen cette cité toute mignonne, qui a vu naître le grandVaubanet l’a assez fortement maltraité dans une laide statue en fonte. On y trouve de vieux quartiers qui ont conservé toute leur
originalité et leur saveur d’autrefois. e L’église, malheureusement remaniée maintes fois, possède encore son portail du XII qui, quoique mutilé, demeure un modèle classique d’ architecture médiévale, et c’est justice, car de cette lointaine époque il présente toute la série des motifs sculpturaux, en particulier sa statue encastrée, raide et hiératiqu e, faisant office de colonne de support pour le cintre de la porte et présentant, avec sa s tructure conventionnelle, un puissant caractère pseudo-byzantin. A côté, un clocher roman carré, soutenu par d’énorm es contreforts, a été refait vers le e XVI siècle, avec des anachronismes architecturaux qui choquent l’œil. Les pierres du portail ont, avec les siècles, pris une patine chaude dont on ne peut exprimer le charme, quand on voit le monument par un beau soleil. La place de l’église, fermée du côté de la ville pa r un fier donjon Renaissance, est e composée de maisons des XVII et XVIII siècles, parmi lesquelles deux, beaucoup plus âgées, transparaissent grâce à leurs architectures harmonieuses et originales. Faites quelques pas et vous sortez de la ville par une porte Louis XIV, sur laquelle s’amorcent les vieux remparts, très restaurés, mais encore munis de leurs tours du guet. On se trouve là sur un plateau qui domine la vallée de la Cure et qui constituait, dans l’ancien temps, un poste de défense de premier ordr e. La vue y est magnifique et embrasse un immense horizon ondulé et accidenté. On y respire évidemment à pleins poumons et on comprend pourquoi le GrandCondé aimait à venir à Avallon humer de temps à autre «le bon air» avec son fils, ainsi que nous l’indique une inscription placée sur sa maison, devenue école communale. Nous continuons à avancer. Voici Rouvray avec des plaines vastes, un peu moroses et quelques collines à l’horizon ; Saulieu, dont la ro ute rougeâtre, imprégnée de sels ferreux, indique que nous sommes dans la Côte-d’Or. Ici le paysage devient monotone, d’autant qu’un tramway à vapeur interminable rétréc it le chemin et le traverse souvent, communiquant à la nature sa note triviale ordinaire et à l’automobile des ressauts chaque fois qu’elle passe sur les rails. Peut-être par compensation, cet engin est-il utile aux gens de l’endroit ? Mais mon illusion est dissipée à la vue d’un train aussi vide de voyageurs que de marchandises, remorqué avec peine par une locomotive à chaudière hydropique, excrétant une vapeur bruyante. Arnay-le-duc, Bligny-sur-Ouche. La route s’accident e, monte, descend et tourne, pendant que, dans le lointain, des collines à terre rouge ou dorée se couvrent de vignes. Nous voici dans les grands vignobles que mon ignorance me défend de nommer. Mais je ne puis m’empêcher de sourire quand je songe à la petitesse relative de ce territoire et à la quantité de vins qu’il est censé fournir. Le centre du pays vinicole estBeaune,que nous aurions pu éviter, mais qu’une erreur de route nous oblige de traverser. Du reste nous connaissons très bien le lieu et nous ne nous arrêtons pas. Mais il vaut la peine d’une visite. Beaune possède des vignobles célèbres appartenant à son hospice, et produisant un vin, qui tous les ans est adjugé au plus offrant, e n vente publique, et atteint des prix considérables. C’est aux dépens de ce revenu, parta gé par moitié avec les vignerons, que vit l’hospice, où l’on peut admirer des curiosités de premier ordre. e A la fin du XV siècle, un certainNicolas Rollin, avec l’aide de sa femme, fonda de ses deniers cet asile, et depuis cette époque le monument est resté tel qu’il a été bâti, sauf les restaurations nécessitées par l’usure et qui n’ ont pas été toujours des plus heureuses. Mais que de détails charmants dans l’ensemble, depu is le grand judas et le marteau forgé sur lequel s’égaye une mouche, petits chefs-d ’œuvre de ferronnerie, jusqu’à la
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