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Promouvoir l'emploi, convivialité et partenariat

192 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 0001
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EAN13 : 9782296143593
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PROMOUVOIR

L'EMPLOI

Convivialité et partenariat

Alain de ROMEFORT

PROMOUVOIR

L'EMPLOI

Convivialité et partenariat
Préface de Monsieur Philippe SEGUIN ministre des Affaires sociales et de l'Emploi

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris

@ L'Harmattan, 1988 ISBN 2-7384'-0025-6

« Agir en primitif et prévoir en stratège. »

René Char Feuillets d' Hypnos (1943-1944)

SOMMAIRE
Préface de Philippe Séguin, sociales et de l'Emploi .. ministre ... des Affaires ....

11 13

Introduction: L'emploi, un choix d'histoire................
1. LE FOISONNEMENT DES INNOVATIONS SOCIALES Les métamorphoses des services de proximité:
" ..

de l'État-providence à la solidarité informelle

17 20 22

Le recours au circuit court et au voisinage dans le placement des chômeurs.. .. .. . ... ... .. .. .. ... .. . " " Une société civile qui a, d'instinct, le sens de la sortie de
la crise. ..........................................................

2. LA RENAISSANCE DE L'ESPRIT D'ENTREPRISE 3. L'ÉMERGENCE
Le partenariat
Le partenariat Le partenariat

DU PARTENARIAT
processus de recomposi-

inter-entreprise,

tion du tissu économique

.......................... '" financier et son effet de levier. ... .. ., .. " " territorial, et son effet « boule de neige»

31 36 39

4. RÉSISTER A L'EMPRISE DE LA SOCIÉTÉ DUALE Le renforcement des solidarités de voisinage par un 48 cadre juridique et fiscal approprié........................ L'invention de nouveaux modes de rémunération et d'insertion . 50

9

5. ORGANISER UNE RELANCE DÉCENTRALISÉE Dégager des ressources nouvelles grâce à l'épargne de
proximité. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

58 62

Améliorer les performances formation et au conseil

des créateurs grâce à la ...........................

6. RÉORIENTER LA POLITIQUE DE L'EMPLOI VERS LE LONG TERME L'accompagnement de la création est fortement défavorisé par rapport aux actions massives de gestion du chômage. . .... . . .. ... .. .. ..., . Déplacer vers l'épargne de proximité et les solidarités de voisinage une partie importante des interventions publiques.. ... .. . .. .. .. .. . .. .. .. ... ., .. .. .. .

68

71

7. FAIRE DU MINISTÈRE DES AFFAIRES SOCIALES UNE ADMINISTRATION ENTREPRENANTE Privilégier, dans la politique de promotion de l'emploi, les fonctions de prospective, d'évaluation, d'animation et d'expérimentation ......... 76 Mobiliser tout le ministère en faveur de l'initiative. . . 79 Conclusion:
Annexes.

L'enthousiasme
. . ., .. .. . .. . . . .. .. . . . .

de la création................
.., . . .. . ., . . . . . . . .. . . . . . . . . . .. . .

83
85

Bibliographie

180

10

PRÉFACE

La recherche du plein-emploi demeure au premier plan des préoccupations des responsables économiques, politiques et sociaux. Cette quête sera vaine si elle emprunte les chemins rebattus des analyses macro-économiques de la croissance. Le plein-emploi classique? C'est fini! si tant est que cela ait jamais existé, puisque la France, comme d'autres pays industrialisés, est passée du sous-emploi caractéristique des sociétés à dominante agricole au plein-emploi masculin des Trente Glorieuses. Une nouvelle définition du travail, de l'emploi, de l'activité devient nécessaire, car le travail demeure un moyen de création et de répartition de la richesse, une voie de l'insertion sociale et de l'épanouissement personnel. Pourquoi ne pas élargir notre conception traditionnelle qui assimile étroitement le travail à un emploi marchand et chercher à développer des activités nouvelles permettant de promouvoir une société plus conviviale valorisant par exemple les solidarités de voisinage? Nous connaîtrions ainsi des modes d'insertion socioprofessionnels transformés et diversifiés. Le rapport que m'a remis Monsieur de ROMEFORT contient un grand nombre de suggestions et d'hypothèses qui s'inscrivent dans cette perspective. Elles méritent d'être débattues et d'alimenter l'indispensable réflexion sur l'emploi et le chômage.

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Le rapport comporte également d'intéressantes propositions concernant le soutien à la création d'entreprises nouvelles, l'encouragement de l'épargne de proximité et, surtout, le développement des diverses formes de partenariat: le partenariat inter-entreprise, bien sûr, mais aussi le partenariat entre l'ensemble des acteurs socio-économiques locaux. Ces réflexions sont susceptibles de nourrir l'action du ministère des Affaires sociales et de l'Emploi qui joue un rôle important dans le soutien à la création d'activités économiques nouvelles, le réveil de l'esprit d'entreprise et la réhabilitation des approches micro-économiques. Valoriser la ressource humaine fait partie intégrante de la vocation du ministère et cela nécessite, selon la formule de Monsieur de ROMEFORT, qu'il s'attache à construire « une économie plus riche en créateurs d'emplois », c'est-à-dire en entrepreneurs. Philippe SEGUIN Ministre des Affaires sociales et de l'Emploi

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INTRODUCTION

L'EMPLOI UN CHOIX D'HISTOIRE

L'année qui vient de s'écouler aura été celle de la fin des chimères en matière d'emploi. Les prévisions des experts passent mieux maintenant dans l'opinion. Celle-ci voit bien, et sans doute le pressentait-elle depuis longtemps, que le chômage constitue une tendance longue. Il faudra de nombreuses années pour s'en dégager, et cela se produira dans un contexte socio-économique très différent de celui d'aujourd'hui. Le chômage annonce un nouveau monde. Plus rien ne sera comme avant. L'éclatement de l'emploi, le dualisme entre un secteur protégé et un autre plus ou moins précarisé, ou atypique, tendent à être admis comme des faits d'évidence. Ce qui ne signifie pas, pour autant, qu'il s'agit de réalités acceptables, et encore moins souhaitables. Mais les faits sont là. A l'attente du miracle des points de croissance retrouvés, succède le réalisme. Cette lucidité louable ne doit pas cependant dégénérer en fatalisme, et exclure jusqu'à l'idée de rechercher des marges de manœuvre. Jamais la formule de Gramsci: «Pessimisme de l'intelligence, optimisme de la volonté », n'a eu autant de sens qu'appliquée à l'avenir de l'emploi. 13

Si le jeu paraît fermé pour le court terme rien ne prouve, en effet, qu'il le soit pour le long terme. Il suffit d'écouter les prospectivistes : entre ceux qui évoquent la poursuite de la diminution de l'emploi du fait de la productivité croissante et ceux, au contraire, comme Léontieff, qui affirment que l'on connaîtra demain une surabondance d'offres d'emploi, quel abîme! Certes, pendant de longues années les investissements substituant le capital au travail paraissent inévitables. Mais ce serait avoir une bien piètre idée des ressources de l'offre créatrice, et du dynamisme des sociétés modernes, que de croire que ce mouvement s'accompagnera d'une réduction de l'éventail des activités sociales, culturelles ou économiques. L'histoire nous montre au contraire que les transformations technologiques ne cessent de renouveler les biens et les services. La réalité sociale la plus immédiate nous prouve, de son côté, qu'il existe un grand nombre de besoins insatisfaits. Enfin si l'on observe ce qui se passe dans le monde, on est frappé de voir combien le chômage est loin de constituer partout une fatalité incontournable: des sociétés aussi différentes que la Suède, la Suisse, le Japon, les États-Unis, ou la Finlande ont su le contenir, voire le faire reculer. Il se recrée même des emplois industriels en Suisse! Mais dans tous les cas que nous venons d'évoquer nous trouvons la durée. Les résultats positifs n'ont pas été obtenus en un instant, ils sont le produit d'une histoire. Or, les préoccupations conjoncturelles prédominent trop fortement dans notre politique de l'emploi. Depuis plus de dix ans celle-ci a pour principal objectif d'éponger les « flux» successifs des demandes d'emploi liés aux reconversions ou à l'arrivée des nouvelles générations sur le marché du travail à grands coups de mesures superficielles et massives. Du premier «pacte pour l'emploi» aux TUC et aux diverses mesures qui ont suivi, en passant par les congés-formationconversion, on ne cesse d'agir ainsi. Loin de nous la pensée de nier la nécessité de ces mesures: l'ampleur du problème est telle! Mais force est de reconnaître que peu a été fait pour relier ces actions à une démarche plus constructive. Dans le cas des TUC, par exemple, qui mobilisent des sommes 14

considérables, rien n'a été et n'est toujours fait pour repérer et soutenir la « pérennisation » des activités durables qu'ils permettent - on le sait - de révéler. L'inspiration centrale de ce rapport consiste à proposer une réorientation sensible de la. politique de l'emploi dans le sens d'une meilleure prise en compte du long terme. Il s'agit bien là d'une vraie nouvelle frontière à atteindre et donc d'un choix d'histoire, et non d'une escarmouche conjoncturelle supplémentaire. Ce choix dans notre esprit est plus l'affaire de la société civile que celle de l'État mais pour autant celui-ci ne doit pas être maintenu hors du jeu. Déréguler, voire aider les premiers pas, exige beaucoup d'énergie; se comporter, par la suite, en partenaire actif et créatif, également. L'État modeste de Michel Crozier dont la philosophie est voisine de celle de ce rapport n'est pas un État inactif. Comment libérer une offre supplémentaire d'emplois à partir de la création d'activités nouvelles? Telle est la . questiotl. Pour nous, il y a un lien étroit entre l'idée d'entreprise et celle de long terme: lorsqu'on est entrepreneur, ce n'est généralement pas pour quelques mois mais pour plusieurs années et, dans nombre de cas, pour croître. Pour bien cerner cet enjeu, il faut aller plus profond dans les mécanismes locaux de la création que ne le permettent les analyses agrégées et l'interprétation des seuls grands flux. Là où le macro-économiste parle d'économie plus riche en emplois, nous parlerons, nous, d'économie plus riche en créateurs d'emplois. Nous allons dans ce rapport tenter de mettre en évidence les mécanismes de création à partir de deux notions: celle de voisinage et celle de partenariat. Elles nous paraissent éclairer d'un jour nouveau l'idée de développement local qui s'est imposée ces dernières années. Le voisinage est souvent le lieu d'élection des toutes petites créations d'activités nouvelles. Après avoir été « gommé» par la révolution industrielle et par les «Trente Glorieuses », il semble qu'aujourd'hui il 15

renaisse. Ce retour des relations de voisinage ne vaut pas seulement pour les services à dominante sociale ou pour certains petits métiers. Il vaut aussi pour les «hautes technologies» : on sait la place tenue par « l'effet cafétéria» dans l'animation et dans la communication au sein des

modernes « technopoles ».
Le voisinage s'ouvre ainsi, tout naturellement, sur un tissu de relations dont le partenariat est l'expression. Des « synergies » et des « hybridations» se produisent qui génèrent des ramifications diverses permettant au voisinage d'avoir accès à des réseaux et à des visions bien plus vastes que ce qu'autorisent ses seules limites intrinsèques. Grâce au partenariat, le voisinage, loin de se cantonner dans l'autarcie, s'ouvre à un monde «sans rivages ». L'idée de Marshall Mac~Luhan du « village-planétaire» trouve ici une nouvelle concrétisation. Ces opportunités et ces dynamiques ont jusqu'ici été peu explorées. Elles sont, par nature, difficilement compréhensibles pour nos administrations dont les modes de représentation et d'intervention sont centralisés et normalisés. Un véritable fossé s'est ainsi creusé entre les potentialités de la société et les idées toutes faites de l'État qu'il serait temps maintenant de combler. Au-delà d'une interprétation des mutations du dével9Ppement local, à travers le voisinage et le partenariat, ce rapport comportera des propositions visant à améliorer les interventions publiques. Pour l'essentiel, il s'agira de faire plus en faveur de l'environnement de la création et moins, voire même beaucoup moins, en matière d'aides directes. Nous parions sur les capacité d'auto-organisation de la société comme sur la fécondité résultant des liens pouvant s'établir entre elle et un État entreprenant, c'est-à-dire vraiment complice des dynamismes socio-économiques.

16

I
LE FOISONNEMENT DES INNOVATIONS SOCIALES

Il avait beaucoup été question d'innovation sociale dans la fin des années soixante-dix alors que la croissance était encore forte. Le thème par la suite a de moins en moins été évoqué. Est-ce parce que la génération qui s'en réclamait est, entre temps, parvenue à la maturité et parfois même au pouvoir? Est-ce l'effet de la crise? Mais si une certaine forme de l'innovation sociale, marquée par 1968, disparaît, une autre naît. L'une des originalités de la période présente consiste dans le fait que l'innovation sociale est toujours très présente, qu'elle l'est bien plus qu'il y a dix ou quinze ans. Loin de se limiter à quelques groupes plutôt «utopiques », comme autrefois, elle touche maintenant des couches plus larges,

et cela explique sans doute la cécité, très . parisienne, de ses partisans d'hier. Les métamorphoses des services de proximité de l'État-providence à la solidarité informelle.
On sait l'importance des services de voisinage, d'aides à domicile pour les familles, les personnes âgées, et les handicapés. Créés dans la fin des années cinquante, ils se sont 17

« plus populaires»

beaucoup développés mais ils connaissent maintenant un ralentissement en raison de la crise de leurs sources de financement. : aide sociale et Sécurité sociale notamment. Les règles du jeu en outre sont devenues paralysantes. Au-delà d'un certain niveau, guère élevé, de revenu, le coût de l'aide à domicile (une partie de celui-ci est à la charge du bénéficiaire) devieQt prohibitif: deux heures d'aide à domicile par jour, à handicap égal, représentent 31 % du revenu si celui-ci est de 5 000 F par mois et 50 % s'il est de 7 000 F! A cela s'ajoutent les difficultés de coordination entre l'aide de caractère sanitaire et l'aide de caractère social. Enfin, il s'est constitué toute une stratification de métiers (travailleuse familiale, aide ménagère, auxiliaire de vie, aide soignante) de moins en moins bien rémunérés et qualifiés afin de faire face à la diminution progressive des ressources. D'où des conflits, chacun ressentant l'autre comme une menace professionnelle. On a là un bel exemple de l'impasse de l'État-providence. Face à ces blocages, la société civile, d'elle-même, paraît trouver des solutions. Des formules originales d'hébergement voient le jour en ce qui concerne les personnes âgées. Des familles les accueillent. Ailleurs ce sont des chômeurs qui organisent divers services: portage de repas à domicile, garde de nuit... Il en va de même pour les familles et la garde des enfants. On sait qu'il est difficile d'ouvrir des crèches traditionnelles en grand nombre car celles-ci coûtent beaucoup trop cher. En réponse est né il y a quelques années le mouvement des crèches parentales ainsi que la formule des mini-crèches. Certes, dans certains cas, les réponses de la société civile échappent à l'économie officielle. Nombre d'assistantes maternelles, comme on le sait, sont des travailleuses au noir. L'une des pistes les plus originales en matière de services

de voisinage est celle du « troc ». On sait que l'économie
informelle comprend de nombreuses situations de ce type, mais, par définition, elles restent cachées. Ce qui est beaucoup plus surprenant, c'est l'institutionnalisation de ces formules dans un cadre associatif. La presse a évoqué ces dernières années des expériences comme« Trocabi », comme 18

la foire au troc de Paris... sans compter les petites annonces, du genre: «Propose à chômeur ou retraité, bricoleur, location gratuite vacances contre petits travaux. » Un mouvement social important semble même prendre forme grâce à deux réseaux particulièrement dynamiques: « Troc-Temps» et la « Mutualité de Services ». « Troc-Temps» est fondé sur l'échange de temps de service. Par exemple, Madame A fait le ménage chez Madame B pendant deux heures; Monsieur B, en contrepartie, enseigne l'anglais aux enfants de Madame A ou de Madame C pour une durée équivalente. Chacun choisit le service qu'il apporte en fonction de sa compétence par l'intermédiaire d'une sorte de bourse d'échanges gérée par l'association. D'où une grande variété: travaux ménagers, cuisine, couture, jardinage, enseignement, musique, bricolage... On substitue ainsi la relation de voisinage à la monnaie. La formule, née dans une ville nouvelle de la région parisienne afin d'y instituer la sociabilité qui par définition y manquait au départ, semble correspondre à une attente. Aujourd'hui, on compte quatorze associations «TrocTemps» réparties un peu partout dans toute la France. Les animateurs de l'association sont littéralement assaillis de demandes. En outre le public, loin de se limiter à la minorité des militants alternatifs, paraît plutôt correspondre à « monsieur tout-Ie-monde ». La « Mutualité de Services », concept mis au point par l'association «Vivre-Mieux », relève en partie de cette logique. Il s'agit d'un système d'assurance (son créateur, M. Delbare, est un ancien assureur) consistant à capitaliser des points ouvrant droit à des prestations, à la fois par de

l'échange de services relevant, comme dans « Troc-Temps »,
du bénévolat organisé, et par des cotisations. L'objectif est de se prémunir contre les pertes possibles d'autonomie. Comme

le dit un document de l'association: « Personne n'est à l'abri
d'un coup dur... personne n'est à l'abri des problèmes de la vieillesse et de l'isolement.» Là aussi la formule paraît répondre à une attente. L'association compte plus d'un millier d'adhérents; elle est parvenue à intéresser GMF- ie avec V

laquelle elle a passé une convention de gestion. 19