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PSM 3-2016. Autonomie : concept incontournable ?

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Le terme d’autonomie fait partie de la novlangue de notre société néolibérale. Il est de plus en plus couramment utilisé et l’illustration la plus évidente en est la création de la CNSA (Caisse Nationale de Solidarité pour l’Autonomie). Plus récemment, l’article 92 de la loi de santé du 26 janvier 2016 propose, « un accompagnement sanitaire, social et administratif des personnes souffrant d'une maladie chronique ainsi que des personnes handicapées, qui a pour but de maintenir ou d'accroître leur autonomie... et de développer leur projet de vie ».

Ainsi, l’autonomie est utilisée aussi bien sous la forme euphémique de perte d’autonomie pour éviter de parler de dépendance, que lorsqu’il est question d’aider des personnes en situation de handicap à accroître celle-ci. Mais notre société va plus loin en faisant de l’autonomie une norme, une injonction dans une société individualiste marquée par la recherche de la performance et du profit. On peut d’ailleurs s’interroger sur le rapprochement fait par la CNSA entre autonomie et solidarité, car comme le fait remarquer J.Y. Barreyre, la solidarité qui présidait à la création de la Sécurité sociale s’est délitée et les personnes en voie de désaffiliation sociale sont de plus en plus nombreuses. En même temps qu’on leur propose un guichet unique, on leur demande d’être responsables et autonomes avec une injonction d’inclusion. Cette injonction à être autonome, à se réaliser soi-même, à devenir l’auto-entrepreneur de soi-même, imprègne les relations sociales et n’est pas sans induire de nouvelles formes de pathologies qui peuvent être considérées tout autant comme une forme de souffrance psychique qu’une pathologie de l’idéal social.


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Numéro 3 - 2016-09-06

 

Champ social éditions

Présentation du numéro :Le terme d’autonomie fait partie de la novlangue de notre société néolibérale. Il est de plus en plus couramment utilisé et l’illustration la plus évidente en est la création de la CNSA (Caisse Nationale de Solidarité pour l’Autonomie). Plus récemment, l’article 92 de la loi de santé du 26 janvier 2016 propose, « un accompagnement sanitaire, social et administratif des personnes souffrant d'une maladie chronique ainsi que des personnes handicapées, qui a pour but de maintenir ou d'accroître leur autonomie… et de développer leur projet de vie ».Ainsi, l’autonomie est utilisée aussi bien sous la forme euphémique de perte d’autonomie pour éviter de parler de dépendance, que lorsqu’il est question d’aider des personnes en situation de handicap à accroître celle-ci. Mais notre société va plus loin en faisant de l’autonomie une norme, une injonction dans une société individualiste marquée par la recherche de la performance et du profit. On peut d’ailleurs s’interroger sur le rapprochement fait par la CNSA entre autonomie et solidarité, car comme le fait remarquer J.Y. Barreyre, la solidarité qui présidait à la création de la Sécurité sociale s’est délitée et les personnes en voie de désaffiliation sociale sont de plus en plus nombreuses. En même temps qu’on leur propose un guichet unique, on leur demande d’être responsables et autonomes avec une injonction d’inclusion. Cette injonction à être autonome, à se réaliser soi-même, à devenir l’auto-entrepreneur de soi-même, imprègne les relations sociales et n’est pas sans induire de nouvelles formes de pathologies qui peuvent être considérées tout autant comme une forme de souffrance psychique qu’une pathologie de l’idéal social.

Sommaire

 

Éditorial

Avant Propos

Dossier

L’autonomie au cœur du malaise de la société française

La liberté, une dimension du soin

Une fiction française de simplicité : inclure la santé et le social dans le droit commun et la vie ordinaire

Facteurs clefs destinés à favoriser l’autonomie et l’autodétermination des usagers

Vers la généralisation du pouvoir d’agir et de l’empowerment ?

L’autonomie ? Ce que nous pouvons librement décider. Réflexions et témoignage

Témoignage d’un parent

La protection juridique des majeurs : entre protection et autonomie

Le logement et l’autonomie

Paroles d’AVS

De l’autonomie au pouvoir d’agir dans les thérapies cognitivo-comportementales

Réformer la tarification des ESMS pour une plus grande autonomie des personnes

Actualité Dossiers

Actualités Lectures

 

Éditorial

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JacquesMarescaux

Président SMF, Paris (75)

 

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Jean-LucBrière

Ancien Président FASM Croix- Marine et AGAPSY, Paris (75)

 

 

SANTE MENTALE FRANCE est née, des racines, un avenir

 

1952 est l’année de naissance de la fédération des sociétés de Croix-Marine, devenue par la suite la Fédération d’Aide à la Santé Mentale Croix-Marine qui, en s’appuyant sur les concepts de la psychothérapie institutionnelle et de la politique du secteur psychiatrique, n’a cessé, forte d’adhérents répartis sur une grande partie du territoire, de porter, promouvoir et mettre en actes les valeurs d’une psychiatrie humaine et sociale et de reconnaissance de la pleine citoyenneté des malades. Le temps passant, le mouvement pour la réhabilitation psychosociale s’est largement développé en dehors de Croix-Marine, bien qu’elle en ait été un des promoteurs sous le vocable de réadaptation. C’est dans ce contexte et à la suite de la loi de 2005 qui a reconnu le handicap psychique, qu’en 2008 a été créée AGAPSY, fédération d’associations du champ médicosocial et social gestionnaires de services et établissements pour personnes en situation de handicap psychique.

Depuis 2008, les deux fédérations ont développé des liens, la preuve la plus tangible étant l’adhésion d’une vingtaine d’associations à l’une et à l’autre. En fin 2012, les deux conseils d’administration approuvèrent le principe d’un rapprochement puis, courant 2013, d’une fusion, étant donné la similitude des valeurs et des objectifs des uns et des autres. Les inévitables difficultés ont été progressivement surmontées pour aboutir à l’élection d’un conseil d’administration unique et à la création de Santé Mentale France (SMF) lors des assemblées générales du 2 juin 2016. Nous sommes très heureux de pouvoir rédiger ensemble cet éditorial et de signifier que le passage de relais s’effectue dans de bonnes conditions.

Une étape a été franchie. Un important travail devra maintenant être mené pour que SMF, fédération sociale, médicosociale et sanitaire, soit convaincante et audible, forte et reconnue à tous les niveaux, national et local. SMF n’existera qu’en se nourrissant des compétences et expériences de ses adhérents. Ce numéro sur « l’autonomie » est à cet égard emblématique à la fois de ce qui réunit les adhérents de SMF et de leur diversité.

La création de SMF intervient à un moment charnière. Faute d’une vraie politique nationale, la situation du dispositif de santé mentale de soins et d’accompagnement est aujourd’hui confuse, illisible, dégradée. Les préoccupations sécuritaires de la société imprègnent les pratiques de soins. Ces éléments sont largement développés dans de nombreux rapports. En alliance avec les associations de familles et d’usagers et avec les autres partenaires du soin et de l’accompagnement, SMF aura un rôle important à jouer pour qu’une véritable politique de santé mentale voie le jour, garantissant une reconnaissance entière de la citoyenneté des personnes malades et en situation de handicap psychique et des parcours sans rupture.

 

Avant Propos

 

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BernardDurand

Coordinateur du numéro

Psychiatre, Paris (75)

 

Le terme d’autonomie fait partie de la novlangue de notre société néolibérale. Il est de plus en plus couramment utilisé et l’illustration la plus évidente en est la création de la CNSA (Caisse Nationale de Solidarité pour l’Autonomie). Plus récemment, l’article 92 de la loi de santé du 26 janvier 2016 propose, « un accompagnement sanitaire, social et administratif des personnes souffrant d’une maladie chronique ainsi que des personnes handicapées, qui a pour but de maintenir ou d’accroître leur autonomie… et de développer leur projet de vie ».

Ainsi, l’autonomie est utilisée aussi bien sous la forme euphémique de perte d’autonomie pour éviter de parler de dépendance, que lorsqu’il est question d’aider des personnes en situation de handicap à accroître celle-ci.

Mais notre société va plus loin en faisant de l’autonomie une norme, une injonction dans une société individualiste marquée par la recherche de la performance et du profit.

Dès l’école maternelle, les enfants sont invités à devenir autonomes, mais comme le fait remarquer Philippe Meirieu, la pédagogie de l’autonomie censée préparer à l’exercice de la citoyenneté n’est en fait qu’un alibi, car dans la réalité on enseigne surtout, la débrouillardise qui va préparer le futur adulte à affronter une société où la performance et la concurrence seront sans cesse requises.

On peut d’ailleurs s’interroger sur le rapprochement fait par la CNSA entre autonomie et solidarité, car comme le fait remarquer Jean-Yves Barreyre, la solidarité qui présidait à la création de la Sécurité sociale s’est délitée et les personnes en voie de désaffiliation sociale sont de plus en plus nombreuses. En même temps qu’on leur propose un guichet unique, on leur demande d’être responsables et autonomes avec une injonction d’inclusion.

Cette injonction à être autonome, à se réaliser soi-même, à devenir l’auto-entrepreneur de soi-même, imprègne les relations sociales et n’est pas sans induire de nouvelles formes de pathologies qui peuvent être considérées tout autant comme une forme de souffrance psychique qu’une pathologie de l’idéal social. C’est d’ailleurs avec un article d’Alain Ehrenberg, qui a analysé cette composante de l’autonomie dans ses nombreux travaux, que s’ouvrira ce dossier.

Mais existe-t-il un lien entre cette autonomie et l’idéal d’autonomie que Kant décrivait comme la capacité de l’homme à se servir de son propre entendement, sans direction d’un autre, pour se donner volontairement une loi ? Pour Kant, l’homme se soumet à cette loi en sachant qu’elle doit valoir pour tous les hommes. Cette autonomie de la volonté sous-tend la loi morale qui fonde la dignité humaine et la liberté.

Certes, Kant évoque l’incapacité à se servir de son propre entendement, comme une entrave à l’autonomie, ce qui peut faire écho chez nous avec les situations de handicap, mais il ne développe guère la question de la vulnérabilité humaine qui est centrale dans la manière de gérer la tension entre cette norme d’une autonomie théorique et la réalité d’une qualité de vie acceptable.

Un texte récent (arrêté du 17 mars en application de l’article 92 de la loi de santé, évoqué plus haut) parle « du renforcement des capacités de prise de décision et d’action » et cite explicitement « l’empowerment ». D’ailleurs, les formations des professionnels vont devoir se recentrer sur de telles références explique Michel Hochart, qui dirige le centre de formation du travail social de Buc.

Cela permettra peut-être aux professionnels de sortir du déclaratif et d’inventorier les conditions indispensables à la mise en œuvre de cette recherche de l’autonomie des usagers, comme l’expose Michel Pluss. Des familles apportent également leur témoignage dont Marie-Claude Barroche, présidente fondatrice d’AGAPSY.

Ce dossier aborde également d’autres aspects en rapport avec l’autonomie des usagers : la problématique de la protection juridique avec Charles Necol, celle du logement avec Anne Quintin, de l’inclusion scolaire des enfants en situation de handicap avec Guillaume Monod, mais aussi l’impact des thérapies cognitivo-comportementales abordé par Cyrille Bouvet. On peut également s’interroger sur la manière dont cette autonomie est respectée de manière basique dans les établissements de soins. Elle souligne les liens existant entre autonomie et liberté, ne serait-ce que dans le respect de la libre circulation des patients, comme le développe Thierry Najman.

Enfin, Annick Deveau exposera comment cette nouvelle manière d’aborder le handicap, non plus dans une logique institutionnelle, mais dans la recherche de l’autonomie des usagers et de la cohérence des parcours, implique de revoir lesmodes de tarification des services sociaux et médico-sociaux.

Dossier

L’autonomie au cœur du malaise de la société française

 

AlainEhrenberg

Sociologue directeur de recherche au CNRS, Paris (75)

 

 

L’autonomie joue un rôle majeur dans la centration de la société et des savoirs sur la subjectivité parce qu’elle implique une attitude générale : elle consiste en une affirmation de soi, en une assertion personnelle qui avait une place limitée dans la vie sociale française. Cet appel à la « personnalité » a engendré un discours sur le « malaise dans la société » qui se résume dans la double idée que le lien social s’affaiblit et qu’en contrepartie l’individu est surchargé de responsabilités et d’épreuves qu’il ne connaissait pas auparavant. Nous ne saurions donc plus où nous en sommes entre l’homme psychologique et l’homme social. Nous ne serions alors plus capables de dire en quoi nous faisons société. C’est ce lieu commun français que je cherche moins à contester qu’à clarifier en le mettant en perspective.

 

Mots-clés : Autonomie, Lien social, Santé mentale, Société, Sujet

 

On a assisté au cours des cinq ou six dernières décennies à la généralisation des valeurs de l’autonomie à l’ensemble de la vie sociale. L’autonomie, c’est-à-dire en gros, les valeurs de choix personnel et d’initiative individuelle. Un des changements majeurs est le déplacement de toutes nos valeurs vers l’activité et l’entrée dans un type de socialité où chacun doit être l’agent de son propre changement.

Parallèlement, tout ce qui concerne la subjectivité individuelle, les affects, les émotions, la vie psychique est passée au centre de la vie sociale via la santé mentale et la souffrance psychique. Nos relations sociales se donnent de plus en plus dans un langage des affects qui se distribue entre le bien de la santé mentale et le mal de la souffrance psychique. Autrement dit, l’autonomie telle qu’elle se donne concrètement aujourd’hui est intimement liée à la subjectivité.

On oublie souvent que l’autonomie est quelque chose que l’on subit. C’est pourquoi je développe l’idée simple que les changements dans la manière d’agir se sont accompagnés de changements dans la manière de subir. Si on veut authentiquement clarifier ces questions, il faut lier action et passion.

 

Le point de départ de ma réflexion est le suivant : les professionnels - psychologues, psychiatres, travailleurs sociaux, infirmiers, etc. – sont confrontés à des populations chez lesquelles problèmes sociaux de pauvreté, d’inégalités, d’injustice, d’une part, et problèmes psychologiques et psychopathologiques, d’autre part, sont intriqués. Ces professionnels soulignent qu’ils sont confrontés à de nouvelles manières de souffrir résultant des transformations, du travail, de l’emploi, de la famille, etc. Ils se demandent dans quelle mesure nous assistons à un déclin de la vie en commun qui serait la cause de nouveaux symptômes, d’une nouvelle économie psychique, voire de transformations des personnalités.

De sombres formules sont apparues depuis une bonne vingtaine d’années sous la plume de psychanalystes, de sociologues et de philosophes : « Nouvelle économie psychique », « crise du symbolique », « sujet en état limite », « mutation anthropologique » pour désigner un mal qui atteint la société et l’individu : le foyer en est l’autonomie, l’objet, le vivre-ensemble et le symptôme, la souffrance psychique des individus. Nous serions ainsi passés d’un individualisme de personnalisation à un individualisme de déliaison.

 

Individualisme, autonomie, malaise, ces trois notions semblent désormais liées et renvoient à une inquiétude forte portant sur les relations entre le chacun et le commun aujourd’hui.