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Psychanalyse et Société Postmoderne

De
136 pages
La barbarie a-t-elle changé de forme ? Ce livre tonique nous propose le point de vue d'un psychanalyste sur l'amour, la sexualité, le bonheur, les femmes dans la société, la publicité et la télévision, la technique et la communication, le travail et le management, le droit, la démocratie et le pouvoir, la guerre, l'histoire et " la décadence ". L'auteur jette un regard oblique et parfois féroce sur la société " postmoderne ". Il s'est inspiré de sa pratique clinique et un certain regard sur l'air du temps.
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PSYCHANALYSE ET , ,

SOCIETE POSTMODERNE

Collection Psychanalyse et Civüisations dirigée par Jean Nadal
L'histoire de la découverte de la psychanalyse témoigne que démarche clinique et théorie issues de champs voisins ont concouru, par étayage réciproque à élaborer le concept d'inconscient, à éclairer les rapports entre pathologie et société et à reconsidérer les liens entre le malaise du sujet singulier et celui de la civilisation. Dans cette perspective, la collection "Psychanalyse et Civilisations" tend à promouvoir cette ouverture nécessaire pour maintenir en éveilla créativité que Freud y a trouvée pour étayer, repenser et élargir la théorie. Ouverture indispensable aussi pour éviter l'enfermement dans une attitude solipsiste, qui en voulant protéger un territoire et préserver une identité, coupe en réalité la recherche psychanalytique de ses racines les plus profondes.

Dernières parutions

L'espace africain. Double regard d'un psychanalyste occidental et d'un dramaturge africain, CLAUDE BRODEUR. Bisexualité et littérature. Autour de D.H. Lawrence et de Virginia Woolf,
FRÉDÉRIC MONNEYRON.

De la culture à la pulsion, Joel BIRMAN. Les névroses toxiques et traumatiques, DAVIDMA!-DAVSKY. La symbolique de l'acte criminel. Une approche psychanalytique,
. BENCHEIKH.

F.Z.E.

@ L'Hannattan,

1998

ISBN: 2-7384-6912-4

Roland BRUNNER

PSYCHANAL YSE ET SOCIÉTÉ POSTMODERNE

L'Harmattan 5-7. rue de l'École Polytechnique 75005 Paris - FRANCE

L 'Harmattan

Inc.

55. rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - CANADA H2Y lK9

A mon père

A LA « NEVROSE SOCIALE»
1. Quel est le but de la vie? A cette question, que Freud juge étroitement subordonnée à l'adhésion à un système religieux, il préfère en substituer une autre: A quoi tendent les hommes, que demandent-ils à la vie? La réponse est alors facile: l'activité humaine tend à éviter la douleur et à rechercher la jouissance. On retrouve le principe du plaisir, fondamental pour Freud. Mais ce principe se heurte à la réalité dolorigène de la caducité de notre corps, de la puissance contraignante de la nature et du mal social. C'est ce dernier aspect qui forme le thème de « Malaise dans la civilisation ». 2. L'édifice de la civilisation repose sur le renoncement aux pulsions instinctives. Elle produit le « renoncement culturel », c'est-à-dire le refoulement, la répression des instincts les plus puissants de I'homme. Freud voit dans la contrainte au travail et dans la puissance de l'amour les fondements de la vie sociale. Mais ces deux éléments sont antinomiques. La civilisation sacrifie aux nécessités économiques une grande partie de la liberté sexuelle. La civilisation européenne occidentale commence par interdire toute manifestation de la sexualité infantile puis elle prohibe toute satisfaction de la libido qui n'entre pas dans les cadres de la monogamie légitime.

"

INTRODUCTION ,

4

PSYCHANALYSE ET « BARBARIES»

3. La psychanalyse montre que les privations sexuelles engendrent souvent des névrosés. Mais le développement de la civilisation exige encore d'autres sacrifices. Visant à renforcer le lien social, elle oblige à réprimer une agressivité originelle. Ainsi réfréné dans ses instincts primordiaux, l'homme civilisé a échangé, selon Freud, une part de son bonheur possible contre une part de sécurité. Il n'a cepe~dant pas à envier la situation de l'homme primitif, qui, plus libre dans ses instincts, n'avait qu'une chance très mince de jouir de cette liberté, d'ailleurs réservée à quelques chefs. 4. A quels moyens recourt la civilisation pour inhiber l'agression, qui est son ennemi le plus dangereux? La réponse se trouve, pour Freud, dans le développement de l'individu. L'agression est « introjectée », intériorisée et renvoyée contre le moi, d'où elle avait surgi, en qualité de «conscience morale ». Elle se manifeste alors sous la forme de « besoin de punition» que satisfait le père. L'adulte remplace l'autorité du père par celle du surmoi social: Dieu ou l'Etat. 5. La communauté ne parvient à son but, unir les hommes en une masse maintenue par des liens toujours plus serrés (Freud voit dans ce but l'expression d'une poussée érotique interne), qu'en renforçant toujours davantage le sentiment de culpabilité. L'auteur de « Malaise dans la civilisation ».prévoit qu'un jour cette tension du sentiment de culpabilité pourrait être si forte que l'individu ne pourrait plus la supporter. 6. L'analyse de Freud ne débouche ni sur un jugement de valeur ni sur des propositions de solution au «malaise », qu'il n'hésite pas à qualifier de «névrose sociale ». Il se borne à espérer que 1'« Eros éternel» tentera un effort pour s'affirmer dans la lutte qu'il mène contre son adversaire «Thanatos », l'instinct de mort, dont la puissance actuelle ajoute à l'angoisse des hommes.
Source: Malaise dans la civilisation, EDMA

CHAPITRE 1

MALAISE DANS LA PSYCHANALYSE
A quoi sert la psychanalyse? Demande-t-on à quoi sert la vie ou à quoi sert l'art? A question utilitaire, réponse utilitaire: à guérir; à guérir des troubles névrotiques, à produire des psychanalystes disent les mauvaises langues ... Guérir les névroses, c'était le but assigné par S. Freud à cette méthode psychothérapeutique qu'il avait inventée. La misère névrotique est immense ... Mais guérir d'une névrose c'est quoi? Ici, pas de repère aussi évident qu'en médecine organique où une belle cicatrisation signifie en principe la guérison. Freud, prudent, proposait que la guérison du névrosé se manifeste dans sa capacité retrouvée de pouvoir aimer et travailler. La banalité du projet thérapeutique occulte la difficulté du chemin pour y parvenir: la cure. Et puis à y regarder de plus près, la simplicité de l'objectif masque mal la complexité de la guérison ... Qu'est-ce que guérir pour un névrosé? Faire disparaître le symptôme? Remplacer le symptôme par un malheur ordinajre? L'affaire n'est pas si simple car le sujet, bien que souffrant de son symptôme, y tient comme à la prunelle de ses yeux. On le sait, comme toute formation de l'inconscient, le symptôme névrotique est la

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PSYCHANALYSE ET « BARBARIES»

réalisation sous une forme pathologique d'un désir; au même titre que le rêve, le fantasme et l'acte manqué. Après cent ans d'exercice de la psychanalyse, que reste-t-il de cette « utopie» thérapeutique? A-t-elle été l'une des plus grandes escroqueries du siècle? Il faut oser l' affmner: ni Freud, ni Lacan, ni aucun analyste n'a réussi à guérir grand monde ... J. Lacan avait eu le courage d'affirmer que la psychanalyse guérit « de surcroît ». Ce qui revenait à priver la psychanalyse de sa fonction thérapeutique immédiate. A quoi sert la psychanalyse si son efficacité thérapeutique est si médiocre? Pour qui est prêt à faire un travail sur soi, pour qui a le courage de subir une chirurgie de l'âme sans anesthésie parce que la vie est cruelle, la psychanalyse offre au sujet les sensations fortes d'un rendez-vous avec lui-même. Je pense, donc je suis, mais je ne sais pas qui je suis. Dans cette perspective, la psychanalyse ça sert à mieux être plus qu'à aller mieux. La psychanalyse permet ainsi de faciliter un changement personnel. Or, si le sujet revendique la guérison, il répugne ordinairement à ce changement personnel. Changer, c'est mourir un peu, c'est mourir un peu pour pouvoir renaître ... La psychanalyse aide le sujet à accoucher de lui-même. En ce sens, elle est une sorte de maïeutiqùe. En ce sens, elle s'inscrit dans la tradition socratique de connais-toi toi-même. Se connaître par le langage ... La psychanalyse déploie ses effets dans le langage et par le langage. Elle invite le sujet à dire avec ses mots, avec son style: son angoisse, sa souffrance, son être, son histoire, ses « signifiants », son désir, son rapport à l'autre. La psychanalyse aide le sujet à avoir accès à sa vérité, car l'important pour lui n'est pas tant d'être écout~ que de s'entendre dire cette vérité sur lui-même ... La psychanalyse ne peut guérir de la vie. Elle peut néanmoins aider le sujet à mieux la supporter, à faire que celleci soit vivable (même si l'analyste n'intervient pas sur la réalité sociale, économique ou politique), et même à y trouver

MALAISE DANS LA PSYCHANALYSE

7

quelques satisfactions ...Elle peut l'aider à retrouver le goût de vivre et à faire que pour lui la vie vaille la peine d'être vécue. La psychanalyse aide le sujet à remplir son seul devoir, celui d'avoir à supporter la vie. Dans cette perspective, elle l'aide à renoncer à la quête persécutive du bonheur. Enfm, la psychanalyse aide le sujet à faire le deuil nécessaire des « objets» perdus, de ce qui ne sera jamais plus comme avant, de ce qui ne sera jamais plus possible: ta jeunesse, la beauté, la santé, la présence d'un être cher, la présence d'un être disparu, un travail, les illusions ...La vie est un long deuil plus ou moins tranquille ... On l'avait compris,
'"

la psychanalyse

n'est

pas

une

promenade de santé

CHAPITRE 2

EGOTISME
L'Homme est la mesure de toutes choses et le moi est l'étalon grâce auquel le sujet mesure le monde. Mais il y a plus... La société contemporaine a pour monarque un moi magnifique, un «Moi soleil », avec pour religion le culte de l'ego.

C'est un fait, le moi est en émoi
'"

Mais quelle est donc la

date de naissance de ce moi, de cette production imaginaire, de cette instance identitaire et narcissique? Le moi n'est pas donné d'emblée au sujet. Il émerge petit à petit de l'univers chaotique du nourrisson. Il se construit dans les avatars des identifications successives aux parents et aux personnes qui font autorité pour le sujet. Pourtant, aussi indispensable soit-il dans la construction de l'identité, le moi n'est qu'un miroir intérieur, un fantôme, une chimère, un leurre et pour tout dire

une illusion
'"

En effet, le moi n'est pas le sujet. Il n'en est que

sa représentation. Il est le lieu du conflit, nécessairement générateur d'angoisse entre l'injonction pulsionnelle à la jouissance du ça et l'injonction moralisatrice du surmoi. Je pense donc je suis, mais je ne sais pas qui je suis ... Bref, « le moi n'est pas maitre dans sa propre maison» (S. Freud). Le moi a ainsi la fonction de répondre, de façon naïve certes, à cette question existentielle. C'est lui qui aide tant bien que mal