//img.uscri.be/pth/c95f9f873d3284ad1194ed1aa9c378685449ff40
Cet ouvrage fait partie de la bibliothèque YouScribe
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le lire en ligne
En savoir plus

Psychologie clinique et santé au Congo

De
131 pages
Ce livre analyse les problématiques cliniques qui surgissent du fait du conflit vécu et observé et qui demandent à être exploitées et traitées dans le cadre de l'entretien, tant du point de vue de la relation d'aide que de la recherche. Le champ d'observations et d'illustrations de ce manuel est celui de la sensibilisation à la recherche et à la pratique clinique au Congo-Brazzaville.
Voir plus Voir moins

Psychologie clinique et santé au Congo

2008 5-7, rue de l'Ecole polytechnique; 75005 Paris http://www.librairieharrnattan.com diffusion.harrnattan@wanadoo.fr harmattan I@wanadoo.fr

@ L'Harmattan,

ISBN: 978-2-296-06404-1 EAN:9782296064041

Dieudonné

Tsokini

Psychologie

clinique

et santé au Congo

Préface Jean-William

Wallet

L'Harmattan

Je remercie le Professeur André-Patient Bokiba pour l'assistance qu'il m'a apportée dans la mise en forme et en page de cet ouvrage.

À la mémoire de mon père Séraphin Tsokini, À mes enfants Karim, Christ, Marcel, Vérone, Prince et Moïse

PRÉFACE

Sur le fond, l'approche réalisée par Dieudonné Tsokini dans son ouvrage Psychologie clinique et Santé au Congo. Sensibilisation à la pratique et la recherche cliniques, nous évoque en filigrane la démarche initiée par le professeur Boucebci en Algérie en matière de « Psychiatrie et sousdéveloppement ». En ce sens, il soulève le problème de la complexité de l'appréhension des problèmes de santé et en premier lieu ceux qui ont trait à la santé mentale, lesquels ne peuvent être déconnectés des contextes humains, sociaux, économiques, environnementaux et politiques qui interviennent dans la « production de conflit ». L'ouvrage proposé s'appuie justement sur l'approche anthropologique des relations de la personne congolaise avec la culture. Nous nous plaisons à attirer la réflexion des lecteurs sur la distinction qui doit être faite entre les fondements essentiellement implicites du bain culturel de chacun (mythes, rites, symboles, valeurs, coutumes, principes) et les moyens explicites dont dispose la civilisation de notre société pour nous socialiser (pratiques, techniques, technologies, systèmes d'organisation, de hiérarchies). Monsieur Tsokini en rappelle justement l'importance dans l'émergence du mal-être des hommes mais aussi de la maladie mentale proprement dite, c'est pourquoi il s'appuie justement sur Zamenga Batukezanga pour affirmer que guérir le malade, « c'est pénétrer le mode socioculturel, connaître à fond la nature intime et ambiante du malade ». La perspective ouverte par la clinique interculturelle, faite de dialogues Nord-Sud et Occident-Orient, doit contribuer à reconsidérer les problèmes mentaux qui résultent des interrogations et des crises identitaires en s'attachant à résorber les hiatus qui existent entre les données des cultures et celles des

civilisations. Fondamentalement, et en particulier en matière de dépression et de suicide, il s'agit bien d'aider les patients à redonner du sens, de la cohérence, de la cohésion et de l'emprise temporelle sur les faits de l'existence de chacun, ce que suggère aussi l'ouvrage de Baudelot et Establet (Suicide. L'envers de notre monde, Paris, Le Seuil, 2006). Dans les deuxième et troisième parties de son ouvrage, « Regards contextuels et situation de la santé au Congo» et « L'entretien: perspectives pratiques », Dieudonné Tsokini trace la voie à suivre et donne toute la mesure de la maîtrise et de la qualité de son questionnement clinique et pratique et c'est en ce sens que nous le rapprochons des considérations de notre regretté ami M. Boucebci, mais aussi des présupposés de celui qui fut un temps notre Maître, avant de devenir notre collègue: 1. Sow. De manière cruciale, il pose le problème du sens de la démarche du patient en état de mal-être ou de maladie au travers de son « circuit ou trajet
thérapeutique» entre « patient (soutenu par la famille)

-

guérisseurs(s)etlou secte religieuse-Hôpital psychiatrique... sans oublier, comme le soulignait Lagache, que le véritable retour à la santé, la guérison, lorsque cela est possible, ne s'effectue que lorsque le patient a saisi, en conscience et de manière intellectuellement autonome, qu'il a fait « l'expérience de la maladie ». L'analyse du chapitre 3 de la deuxième partie de l'ouvrage nous montre que ce n'est pas entreprise aisée en l'occurrence. En se centrant sur l'entretien clinique et les perspectives pratiques, l'entreprise de Dieudonné Tsokini dans sa troisième partie nous semble pouvoir ouvrir des perspectives de collaboration en matière de prise en charge thérapeutique, d'échanges de pratiques, mais aussi de configurations de recherche fondamentale et appliquée à développer de concert. Il s'agit bien de considérer, d'assumer et de prendre en charge l'être en souffrance et, pour ce faire, de pouvoir dispo-ser de méthodes, de techniques et d'outils d'investigations dont la spécificité, comme le soulignait déjà S. Mukuna en 1986, soit en adéquation avec les considérations relatives à la personne et les contextes socioculturels africains; et ce dans le respect les différentes 10

approches thérapeutiques tradi-tionnelles et modernes à l'œuvre en Afrique. (in Nouvelles rationalités africaines, Revue interdisciplinaire, vol. 3, n° 9, octobre 1987, Louvainla-Neuve, Belgique). L'approche interculturelle des problèmes nous a appris qu'en retour, les considérations altruistes enrichissent toujours celui qui en est l'auteur; mais aussi, comme l'a analysé G. Hofstede, que la complexité du monde présent rend plus que jamais nécessaire d'articuler nos visions de celui-ci pour faciliter les échanges et les appartenances réciproques. Jean-William Wallet Professeur émérite de psychologie clinique interculturelle Expert judiciaire auprès des tribunaux

11

INTRODUCTION

Tout homme, même bien portant, est un malade qui s'ignore, car chacun l'est réellement ou virtuellement. La santé publique constitue un domaine précieux et tout le monde s'en préoccupe, et au premier rang les professionnels de la santé. Selon l'Organisation mondiale de la santé, la santé ne consiste pas seulement en l'absence de maladie ou d'infirmité; elle est aussi un état de complet bien-être physique, mental et social. C'est donc dire toute la complexité du phénomène en termes de lutte contre la maladie ou de restauration de la santé: entreprise délicate du fait que, dans la pratique, la science médicale a aussi ses limites et est sujette à de légitimes interrogations. Cette dimension complexe de la santé, intègre nécessairement d'autres facteurs que ceux d'ordre strictement ou traditionnellement physiologique et médical. La santé n'est plus alors un domaine réservé exclusivement aux professionnels. Par exemple, les professionnels des sciences humaines, de la psychologie et de l'anthropologie cliniques sont appelés à jouer un rôle déterminant dans ce champ complexe. Justement, nous nous situons sur ce terrain social et psychologique de la médecine. Celle-ci doit sortir du carcan des considérations biochimiques et anatomo-physiologiques, pour intégrer des aspects relationnels et psychiques de la maladie, afin d'être davantage une médecine de proximité sociale et culturelle. Dans son ouvrage De la maladie médicale, Jean Pierre Lebrun souligne ce qu'il appelle les limites de la science médicale avec sa logique rationalisante au détriment de la logique du sujet. Cela procède de la difficulté pour le médecin de prendre en compte le malade. L'auteur écrit à ce propos: