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Psychologie de l'argent et économie

De
96 pages
Quelles sont les valeurs affectives et sociales de l'argent ? Pourquoi accumule-t-on au-delà du raisonnable ? Pourquoi certains donnent et d'autres volent ? Pourquoi est-il si désagréable de payer ses impôts et comment l'Etat pourrait faire diminuer ce désagrément sans baisser leur niveau ? Qui possède le pouvoir de créer la monnaie et comment mieux l'utiliser pour réduire la pauvreté ? Pourquoi une économie centrée sur le bonheur est-elle un espoir dans la réduction de la pauvreté ?
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PSYCHOLOGIE DE L’ARGENT ETCONOMIE
© L’Harmattan, 2011 5-7, rue de l’École-polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-296-54442-0 EAN : 9782296544420
Renaud Gaucher
PSYCHOLOGIE DE L’ARGENT ET ÉCONOMIE
Abolirons-nous la pauvreté dans les pays riches ? L’Harmattan
Collection « L’esprit économique »
fondée par Sophie Boutillier et Dimitri Uzunidis en 1996 dirigée par Sophie Boutillier, Blandine Laperche, Dimitri Uzunidis Si l’apparence des choses se confondait avec leur réalité, toute réflexion, toute Science, toute recherche serait superflue. La collection « L’esprit économique » soulève le débat, textes et images à l’appui, sur la face cachée économique des faits sociaux : rapports de pouvoir, de production et d’échange, innovations organisationnelles, technologiques et financières, espaces globaux et microéconomiques de valorisation et de profit, pensées critiques et novatrices sur le monde en mouvement...Ces ouvrages s’adressent aux étudiants, aux enseignants, aux chercheurs en sciences économiques, politiques, sociales, juridiques et de gestion, ainsi qu’aux experts d’entreprise et d’administration des institutions. La collection est divisée en six séries : Dans la sérieEconomie et Innovationsont publiés des ouvrages d’économie industrielle, financière et du travail et de sociologie économique qui mettent l’accent sur les transformations économiques et sociales suite à l’introduction de nouvelles techniques et méthodes de production. L’innovation se confond avec la nouveauté marchande et touche le cœur même des rapports sociaux et de leurs représentations institutionnelles. La sérieEconomie formelle apour objectif de promouvoir l’analyse des faits économiques contemporains en s’appuyant sur les approches critiques de l’économie telle qu’elle est enseignée et normalisée mondialement. Elle comprend des livres qui s’interrogent sur les choix des acteurs économiques dans une perspective macroéconomique, historique et prospective. Dans la sérieLe Monde en Questionssont publiés des ouvrages d’économie politique traitant des problèmes internationaux. Les économies nationales, le développement, les espaces élargis, ainsi que l’étude des ressorts fondamentaux de l’économie mondiale sont les sujets de prédilection dans le choix des publications. La sérieKrisisa été créée pour faciliter la lecture historique des problèmes économiques et sociaux d’aujourd’hui liés aux métamorphoses del’organisation industrielle et du travail. Elle comprend la réédition d’ouvrages anciens, de compilations de textes autour des mêmes questions et des ouvrages d’histoire de la pensée et des faits économiques. La sérieClichés aété créée pour fixer les impressions du monde économique. Les ouvrages contiennent photos et texte pour faire ressortir les caractéristiques d’une situation donnée. Le premier thème directeur est : mémoire et actualité du travail et de l’industrie ; le second : histoire et impacts économiques et sociaux des innovations. La sérieCours Principauxdes ouvrages simples, fondamentaux et/ou spécialisés qui comprend s’adressent aux étudiants en licence et en master en économie, sociologie, droit, et gestion. Son principe de base est l’application du vieil adage chinois : « le plus long voyage commence par le premier pas ».
A ma grand-mère.
« Qui veut de l’or ? Qui veut de l’or ? » Blaise Cendrars,L’Or, 1925.
AVANT-PROPOS
Pourquoi la pauvreté ne disparaît-elle pas des pays riches ? Habituellement, les recherches sur la question portent sur les causes socio-économiques de la pauvreté et les mesures à prendre afin de la réduire. La manière d’aborder ce problème est ici tout autre. Je pars d’un point de vue historique. L’histoire d’un objet, en effet, fait partie de l’objet lui-même et permet de mieux l’appréhender. Ce point de vue historique, développé à travers l’étude de deux moments – le monde d’il y a trois cents ans et la Révolution industrielle en Angleterre – nous permet de comprendre que nous sommes passés d’une pauvreté subie, résultant de notre ignorance à penser que nous pouvions faire disparaître la pauvreté en créant des conditions d’abondance, à une pauvreté voulue, où la pauvreté est essentiellement la conséquence d’un partage très inégalitaire des richesses. Cette pauvreté est voulue car elle n’est pas le résultat seul des fonctionnements économiques. Comme le montrent par exemple des études sur la comparaison sociale ou l’envie, elle est à la fois le résultat de fonctionnements économiques et de fonctionnements psychologiques et sociaux. Se pose donc la question de la nature de ces mécanismes qui entremêlent psychologie et économie. J’ai choisi une perspective afin de limiter le champ d’étude de la relation entre psychologie et économie à sa part vraisemblablement la plus pertinente. Cette perspective est la psychologie de l’argent. L’argent est une technologie sociale essentielle dans le fonctionnement économique, centrale. Son importance est renforcée par la place de plus en plus prépondérante prise par l’économie financière sur l’économie réelle. La sphère financière s’est autonomisée et partiellement déconnectée de la sphère réelle. En même temps, l’argent est un sujet particulier en psychologie. C’est un sujet négligé. Deux raisons peuvent être données pour expliquer cela. La première est que les psychologues ont laissé l’argent aux économistes, considérant ce sujet comme secondaire. La seconde est la valeur émotionnellement forte de l’argent pouvant faire de celui-ci un véritable tabou. L’importance économique de l’argent ainsi que le manque d’intérêt des psychologues et des économistes pour la psychologie de l’argent posent donc question. Tout ce qui n’est pas pris en considération n’est pas forcément important, mais un domaine psychologiquement sensible qui n’est pas pris en considération est vraisemblablement essentiel. Et c’est ici le cas. L’étude de la psychologie de l’argent est éclairante pour comprendre pourquoi la pauvreté n’a pas été abolie des pays riches. D’abord, l’argent a des valeurs émotionnelles fortes. Certains objets et certaines situations ont une dimension sacrée que l’évocation de l’argent peut venir corrompre, ce qui peut provoquer de la colère. L’argent peut aussi nous mettre en relation avec des pensées archaïques, issues de notre plus jeune âge, et servir de masque à d’autres problèmes. Nous pouvons également nous illusionner avec l’idée qu’un petit peu plus d’argent résoudrait bien des problèmes. L’argent a aussi des valeurs sociales fortes. La hiérarchie des revenus tend à refléter la hiérarchie des statuts sociaux et des organisations. L’argent peut être le lieu de la comparaison sociale, de l’envie et de l’hostilité sociale. Il est enfin impossible de dire ce qui est juste et ce qui ne l’est pas en matière d’argent. La psychologie de l’accumulation, tout comme notre relation au don, à la fiscalité et au vol, nous ouvrent également sur nous-mêmes et nous interrogent. Quels espoirs pouvons-nous avoir que la pauvreté puisse un jour être abolie dans les pays riches ? La prise en considération et le découvrement de la psychologie de l’argent est un premier espoir. Un deuxième espoir naît du développement d’un fonctionnement économique centré sur le bonheur des personnes. Une branche émergente de l’économie s’en préoccupe : l’économie du bonheur. Si l’économie du bonheur représente un réel espoir, notamment dans la lutte pour l’abolition de la pauvreté, le bonheur n’est vraisemblablement pas une réponse absolue. Un autre espoir tient au développement d’une psychologie positive de l’argent. La psychologie positive est l’étude scientifique du meilleur de l’être humain. Dans cette perspective, il s’agit de favoriser les usages positifs de l’argent. Nous ne nous posons guère la question de savoir comment est créé l’argent. Pourtant, c’est une question essentielle car la création de l’argent, la création monétaire, est un grand pouvoir qui implique de grandes responsabilités, un pouvoir qui est aujourd’hui mal utilisé si l’on se donne comme objectif d’abolir, ou au moins de réduire, la pauvreté dans les pays riches. Par exemple, il pourrait être utilisé pour favoriser une croissance économique pro-pauvres. Malgré tout, la redistribution restera sans doute le moyen essentiel de l’abolition de la pauvreté.