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Psychothérapie, sociothérapie et développement humain

De
256 pages
La méthodologie proposée par l’auteur et qui se concrétise à travers l’élaboration d’un modèle biopsychosocioculturel, englobe les voies nouvelles de la psychothérapie et de la sociothérapie, mais aussi les conceptions et les méthodes de ce développement humain plus harmonieux qui doit être situé aujourd’hui dans des perspectives à la fois éthiques et scientifiques, culturelles et spirituelles, médiatiques et démocratiques. L’auteur s’emploie à élaborer une sociothérapie qui, doublée d’une thérapie culturelle et transculturelle, s’engage sur les chantiers où se cherchent des formes inédites d’accomplissements personnels et communautaires.
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PSYCHOTIIERAPΠSOCIOTHERAPΠET DEVELOPPEMENT HUMAIN

@ L'HARMA1TAN,

1996 ISBN: 2-7384-4223-4

Dr

JEAN

GUILHOT

PSYCHOTHERAPIE SOCIOTHERAPIE ET DEVELOPPEMENT HUMAIN
Approches et Visées Nouvelles

Préface du Professeur Quentin DEBRAY

Éditions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-polytechnique 75005 Paris

L'Harmattan

ine

55, Saint-Jacques Montréal- (Quebec) CanadaH2Y lK9

Du même auteur
Aux Editions Mouton (Collection th l'Ecok des Hautes Etruks) : La dynamique de la communication et de l'expression, Paris, 1962. -Introduction de la psychiatrie de la connaissance, Paris, 1966. -La psychiatrie morak et k problème de Dieu, Paris, 1967. Aux Editions E.S.F. : Musique, psychologie et psychothérapie, Paris, 1964. -Présence th l'avenir, 1964. _ Méthode et vocation de la psychologie religieuse, Paris, 1967. _ L'équilibre du couple, Paris, 1970, en collaboration avec Marie-Aimée Guilhot. _ La musicothérapie et les méthodes d'association des techniques, écrit en collaboration avec Marie-Aimée Guilhot, Edith Lecourt et Jacques Jost, Paris, 1973,4. édit. 198??

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_ Analyse, activation et action thérapeutique, Paris, 1987. Préface du Pr Yves

Psychothérapies

de groupe pour les couples, Paris, 1980.

Pélicier .
L'expression scénique, Paris, 1989, avec la collaboration de Sylvie Le Huche, Josette Perceau et Chantal Radiguet.

Aux Editions l.e Cou"ier du Livre : -Au-delà des religions, Paris, 1968. Aux Editions Pierru : -Le trac, Paris, 1968. _ La science des modèles et les mutations psychanalyse, Paris, 1971

de la psychothérapie

et de la

Aux Editions La Pensée Universelk : Le sexe, le social, le sacré, Paris, 1974. Préface du Pr Jean Cazeneuve l'Institut. Aux Editions Denoel : -Désir et conduite, Paris, 1974. Préface du Pr Paul Sivadon.

_

de

Presses Universitaires th France: -Le concept de libido (Publication de l'Université de Rouen), Paris, 1980. Préface du Pr Paul Sivadon. Ouvrage Colkctif : -Psychanalyse et anthropologie prospective, PUF, Paris, 1974, p. 1 à 29, p. 65 à 78 et p. 147 à 160. Ouvrage de Marie-Aimée Gui/hot : -Sexe, corps et groupe, en collaboration avec Alain Letuve, Ed. E.S.F., Paris, 1980. Aux Editions Trédaniel : Dr Jean Guilhot : Le rêve éveillé de Robert Desoille, en collaboration avec MarcAlain Deschamps, Michel Deltombe, Monique Pellerin. Préface du Pr Yves Pélicier, Paris, 1996. Publication de l'Institut du Nouvel Humanisme Dr Jean Guilhot : Tu te nommais Révolution. Et demain? Pièce de théâtre en trois actes, 02600 Cœuvres et Valsery, 1995.

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Préface

Les problèmes de la psychologie sont toujours un peu les mêmes: comprendre et prévoir les comportements,las pensées et les émotions des êtres humains. Des régularités se dégagent qui, rassemblant divers domaines sensoriels ou moteurs, évoquent des attitudes, des vertus, des fonctions. Ainsi en est-il, par exemple, du dynamisme, du courage, de la prudence, de l'intelligence, vertus classiques. Pour rendre compte de ces ensembles, les hommes, religieux, philosophes, ou scientifiques, ont fait appel aux concepts qui leur étaient familiers, en fonction de leur époque et de l'état des connaissances. Les dieux grecs, les entités platoniciennes, les mouvements de l'âme, les catégoriennes kantiennes ont été tour à tour invoqués. Plus près de nous, la psychologie fut pneumatique, dynamique, énergétique, électrophysiologique, éthologique, et bientôt moléculaire. Alors que jusqu'à ce point chacune des théories antérieures était apparue trop simple par rapport à l'actuelle, le temps du réductionnisme était venue et l'on voulait expliquer les intennittences du cœur par un seul métabolite. Ce fut là sans doute le creux le plus profond de la vague et nous dames sortir d'un rêve scientiste qui était devenu un cauchemar. Entre différents concepts issus des laboratoires, entre les théories du conditionnement et de la neurophysiologie, la psychologie avait disparu. fi fallut redécouvrir l'intentionnalité. Le cerveau humain, ou plutÔtl'esprit qui en constitue l'activité principale, est capable d'être porteur de sens, de représenter son environnement. Or, cette qualité ne peut pas se tenir dans quelque membrane ou cellule centrale, elle 5

nécessite une programmation de nature computationnelle à travers un vaste réseau. Ce ne sont plus, on l'a compris, les neurones qui sont porteurs de sens, mais leurs interactions et les messages qu'ils supportent. Dès lors, nous pouvons à nouveau comprendre les fonctions, régularités motrices, sensorielles ou émotionnelles, et leurs contenus qui s'intègrent dans des apprentissages, des comparaisons, des représentations. L'école béhavioriste, première étape d'une psychologie expérimentale, voit ses pouvoirs multipliés. Après une période d'une effroyable stérilité, de nouvelles théories psychologiques peuvent être à nouveau élaborées. Reprenant une tradition qui s'était éteinte après Jackson, Freud et Henri Ey, les auteurs contemporains n'hésitent pas à proposer des théories générales. C'est le cas de J. Fodor avec sa théorie générale de l'esprit, de Aaron Beck qui met l'accent sur les schémas cognitifs, de J. Teasdale et P. Barnard qui élaborent le modèle des sous-systèmes cognitifs en interaction. L'intérêt majeur de ces différentes théories est qu'elles font aisément le lien entre des fonctions détaillées, presque automatiques - les modules de Fodor - et des représentations plus globales, tramées, qui nous ramènent peu à peu, mais cette fois-ci avec une base fort solide, aux notions classiques: la conscience de soi, les idéaux, les buts de l'existence. Autrement dit, les théorisations actuelles nous permettent de rendre compte d'aspirations supérieures sans néanmoins négliger les réflexes élémentaires.Et nous comprenonsbien que le souci de la psychologie d'aujourd'hui n'est plus seulement de passer de l'inconscient au conscient mais bien plutôt de l'expérience détaillée à une appréhensionplus généralisée. C'est dans ce vaste contexte d'une avancée audacieuse et synthétique qu'il faut comprendre le travail de Jean Guilhot. Neuropsychiatre, psychothérapeute, ayant abordé et su peser de nombreuses théories, il nous propose une conception de la psychologie qui, de façon pragmatique, intègre les dimensions essentielles de l'humain. Reprenant des thèmes qui proviennent de la psychologie humaniste, il accueille sans difficulté une conscience d'incarnation des valeurs qui dépasse largement dans son ampleur le surmoi des freudiens. TIredonne ainsi aux cognitions sociales - cet adjectif est trop souvent réducteur et restreint - une signification large et prestigieuse qui nous permet de beaucoup mieux comprendre l'orientation de l'individu. Ce n'est plus une abstraite lutte pour la 6

vie, instinctive et confuse, qui mobilise le sujet dans la société, mais son aspiration à des scénarios, à des modèles de bien-être et d'accomplissement de soi qui se sont installés en lui depuis l'enfance. Cenes, l'identification àun modèle, l'idéalisation d'une situation exemplaire ont pu jouer un rÔle déclenchant dans la motivation centrale d'un être, mais le recours à des lois générales et à des valeurs est fondamental. Nous rejoignons ici les perspectives du « types melancholicus », de H. Tellenbach et la théorie du moi divergent de E. Higgins. Les hypothèses plus spiritualistes d'un A. Maslow ne sont pas non plus éloignées de ces réflexions. Mais, au-delà de ce vaste modèle, qui conjugue sans retenue l'intelligence et le lyrisme, Jean Guilhot propose un mode d'épanouissement qui se veut thérapeutique et qui fait une large place à l'art et à la création, domaines volontiers méprisés dans l'époque contemporaine qui reste obsédée par la rentabilité à coun terme. Jean Guilhot, qui connaît bien l'an-thérapie, aborde ce sujet avec toute son expérience. Pratiquer l'art, ce n'est pas seulement user d'un moyen de communication ou reproduire un modèle, c'est trouver ses différences, expérimenter des façons d'être, découvrir des représentations inattendues. Peut-on à la vérité s'accomplir sans le recours à l'art, l'art de vivre, l'art qui distrait et enrichit, depuis la gastronomie jusqu'au poème en passant par le talent de la conversation, celui d'orner les jardins ou de voyager? Savoir-vivre, savoir-faire: aucune de ces qualité ne se fige dans l'imitation ou les recettes. Ce sont de perpétuelles différenciations, à découvrir et à léguer. Optimiste, Jean Guilhot, souhaiterait que cet épanouissement créatif, qui amène à une meilleure consciencede soi, profite à toute la société, à toute l'humanité, d'où le terme de démocratisation qu'il utilise largement dans ses dernières pages, fortes et lyriques. On peut en effet souhaiter que le monde médiatique, au-delà de ses éternelles urgences, sache mettre à la disposition de chacun les plus nobles moyens d'exaltation pure et de connaissance de soi. L'art, la morale, et la spiritualité, moyens supérieurs d'accomplissement, réapparaîtraient dans le discours des politiques à cÔtéde la lancinante obsession économique et imprégneraient à nouveau la conscience de nos semblables. Jean Guilhot, par ce texte courageux, nous aide à cultiver ce rêve.
Professeur Quentin DEBRAy

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Avant-propos

Nulle définition satisfaisante de l'homme ne peut être donnée. Cependant - et dans la mesure même où nos représentations et nos conceptions de l'homme guident nos théories et nos pratiques, il est nécessaire de tenter une évocation dans le contexte des progrès des sciences humaines. Nous croyons, dès lors, pouvoir dire ceci: - L'être humain est un être conscient engagé dans un univers sans frontières de créations et de relations et animé par des désirs et des aspirations qui visent une multitude d'objectifs. Pour atteindre ces objectifs, il élabore des moyens (instruments, tactiques et stratégies) eux-mêmesmultiples et variés. - Mais désirs et aspirations, objectifs et moyens se développent au milieu d'obstacles, de difficultés et de dangers très nombreux et très divers; ils ne réussissent que partiellement tout comme ils échouent dans une large mesure. De fait, désirs et aspirations, objectifs et moyens s'affrontent, s'opposent et se contredisent; ils se fissurent, se fracturent, éclatent et se morcellent; ils se neutralisent et se paralysent mutuellement; ils s'inhibent ou s'exaltent et s'exaspèrent; ils s'associent et se dissocient de façon souvent absurde; ils se renforcent ou dépérissent, s'affaiblissent après s'être isolés de façon erronée ou s'être englués les uns aux autres de façon également aberrante; ils se déforment parfois jusqu'à la monstruosité ou se détruisent en partie. Tout cela se déroule dans un champ complexe naturel et culturel, social et institutionnel,technologique et politique où s'accumulent les interdits et les défenses, les menaces et 9

les injonctions, les impossibilités et les règlements. Ainsi, les dispositions internes, les attitudes et les conduites, les modes de communication, de création et de participation tendent à devenir de moins en moins solidaires dans les mauvais cas ou de plus en plus solidaires au contraire dans le meilleur des cas; et tout cela s'organise à travers un entrelacement infiniment complexe des fonctions affectives et émotionnelles, des fonctions cognitives, symboliques et langagières et des fonctions imaginaires qui expriment la dramatisation certes des émotions et des sentiments mais aussi leur anticipationet leur productivité à venir.
Face à cette complexité que les progrès des neurosciences éclairent et illustrent chaque jour davantage, les modèles de l'appareil psychique, les modèles psychosomatiques et les modèles de personnalité sont certes en pleine évolution. Cependant, dans le cadre de notre approche, nous pensons pouvoir souligner certaines orientations qui peuvent devenir autant d'axes directeurs pour l'élaboration, d'une part, de modèles explicatifs biopsychosocioculturels et, d'autre part, de combinatoires opérationnelles pédagogiques et éducatives, psychocorporelles et psychothérapiques, sociothérapiques et psychosocioculturelles. Quels sont donc ces axes directeurs ?

L'être humain est un système vivant de relations et de créations sans frontières: - système qui associe la conscience sensible (plaisir, déplaisir certes, mais aussi joies et peines intérieures, angoisses et sérénité) à un entrelacementcomplexe de phénomènes inconscients ; - système qui comporte des structures, des dynamiques et des processus de coordination et d'harmonisation, d'exploration et d'anticipation; - système dont la plasticité, la malléabilité, la flexibilité, la fluidité et la labilité constituent les facteurs favorables pour un apprentissage et une adaptation diversifiés; et système dont les ressources et les potentialités.insoupçonnées constituent des réserves imprévues pour le changement et le perfectionnement, et notamment la promotion de scénarios relationnelslibérateurs et novateurs ; - système qui allie des ensembles interactifs et des combinatoires globales à des modes de fonctionnement particuliers hautement différenciés et spécialisés; et dès lors les démarches thérapeutiques et pédagogiques peuvent viser des interventions soit 10

au niveau des grands ensembles soit au niveau de processus particuliers « très pointus ». Ici doivent être soulignés à la fois la valeur explicative et le pouvoir curatif des approches globales. Les approches globales tirent leurs vertus thérapeutiques d'une remise en route de la totalité des réseaux relationnels conscients et inconscients (et donc aussi de la mobilisation de scénarios appropriés) et de la totalité des fonctions créatrices. La restauration ou l'instauration d'un ordre d'unification et d 'harmonisation constitue le facteur curatif d'interventions thérapeutiques qui remobilisent à la fois aspirations et désirs essentiels et objectifs appropriés en remobilisant des « états de conscience pilote» qui réorientent, repolarisent les dynamiques psychocorporelles autant que les dynamiques intrapsychiques. Néanmoins, le rétablissement d'un bon fonctionnement local particulier peut retentir sur l'ensemble, servant ainsi de déclic à un phénomène plus global d'hannonisation. C'est dire que les voies de l'amélioration sinon de la guérison sont multiples, complexes et souvent mystérieuses autant qu'imprévues.
L'axe de la relation créatrice et de la création relationnelle se

confond donc dans cette approche avec l'axe des « expériences pilotes» de la conscience vivante et opérante, car c'est bien la réaction sensible de la conscience qui intervient dans l'orientation de toutes les activités intrapsychiques et psychocorporelles. Mais les expériences vivantes ne s'inscrivent pas autant dans les engrammes de la mémoire consciente (cas de l'hypnose par exemple). La dynamique fondamentale de la vie humaine est la dynamique des adaptations et des créations expansionnelles, des aspirations et des désirs, des évitements et des accomplissements relationnels, des joies et des douleurs réactionnelles. Cette dynamique est dès lors : - d'une part, la dynamique personnelle de la communication et de la transmission, de l'assimilation et de l'intégration, de la production et de l'expression, de la prospection et de l'anticipation; - d'autre part, la dynamique individuelle de la croissance et de la maturation, de l'évolution et de la progression; - enfin, cette dynamique est celle de la conscience créatrice et des processus inconscients sous-jacentsqui renvoient à l'animalité de 11

l'homme (François Roustang) et à la neurobiologie la plus subtile et donc la plus spiritualisantede la conscience. . Mais, de plus, et comme telle, cette dynamique fondamentaleest aussi une dynamique collective qui prend successivement les fonnes d'une dynamique socioculturelle,socioéconomiqueet sociopolitique, mais également d'une dynamique écologique et d'une dynamique démocratiquedans un contexte progressiste. Cette dynamique est donc finalement celle de la cure thérapeutique et celle des entreprises pédagogiques et éducatives qui doivent prendre en compte à la fois les diverses composantes de la personnalité et les diverses dimensions de l'environnement naturel et culturel, scientifiqueet technologique.

.
.

Et, par conséquent,

cette dynamique est également la dynamique

d'une éthique qui donne sens à la vie et qui concilie les valeurs personnelles,les valeurs communautaireset les valeurs universelles.

Méthodes et méthodologies
Les interventions thérapeutiques et pédagogiques et les outils utilisés au cours de ces interventions peuvent s'inscrire dans deux groupes de méthodes: le premier groupe privilégie la prise de conscience et le second groupe privilégie les méthodes de changement.

I

-

Premier groupe de méthodes :

Il rassemble des méthodes qui nous paraissent étroitement complémentaires mais qui, en dehors de cette complémentarité, peuvent conduire à des visions incomplèteset erronées. 1) La première méthode renvoie à une analyse globale qui, comme telle, suppose l'analyse systématique des divers niveaux et fonctionnements de la conscience d'une part, et, d'autre part, des processus et structures inconscients sous-jacentsqui, comme il est dit plus haut, renvoient à l'animalité globale de l'homme qui comporte la
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neurobiologie et la psychophysiologiela plus subtile et donc la plus spiritualisantede la conscience. Cette analyse globale concerne donc aussi les divers niveaux et fonctionnements de la communication et de la création, de l'adaptation et de l'anticipation, de l'exploration et de l'innovation. 2) La seconde méthode exprime une approche phénoménologique et phénoménostructurale qui étudie et prend en compte les divers niveaux de conscience et les spécificités et singularités des expériences correspondantes; dans ce contexte, les états modifiés de conscience sont l'objet d'une attentionparticulière. 3) La troisième méthode traduit une approche indissociablement psychosomatique et somatopsychique (et donc biopsychologique englobant les phénomènes immunitaires et les phénomènes neuroendocrinovégétatifs, mais aussi les phénomènes perceptifs et sensorimoteurs) des divers niveaux de communication, de représentation et de recréation, d'exploration et d'anticipation, d'adaptation et d'innovation.
Dès lors, sont concernés les niveaux suivants : - niveau corporel et intercorporel (notre corps confronté aux corps des autres) ; sexués des autres) ;

-

niveau sexuel et intersexuel (notre corps sexué face aux corps

- niveau génital et intergénital (notre sexe face aux sexes des autres - contexte proprement sexologique) ; - niveau subjectif et intersubjectif (notre vie psychique face à la vie psychique des autres); - niveau personnel et interpersonnel (nos rÔles et fonctions sociales face aux fonctions et rÔlessociauxdes autres).
4) La quatrième méthode désigne une approche dialectique qui relie les systèmes relationnels externes (échanges, langages, expressions et productions individuels et collectifs) et les scénarios intérieurs -lesquels peuvent être classés en trois groupes: a) les scénarios qui évoquent le passé (répétition), b) les scénarios qui préparent actions et communications concrètes (anticipation), c) les scénarios qui expriment l'exaltati,on émotionnelle et imaginaire des désirs, des conflits et des peurs en dehors de toute 13

référence précise au réel, au possible, au réalisable (évasion, compensation). Dès lors, cette approche dialectique met en cause les processus de projections et d'introjections, d'identifications et d'interprétations. fi

- Second groupe de méthodes :

Sans minimiser en aucune manière l'importance des prises de conscience et de l'élaboration de nouveaux systèmes d'interprétation et de compréhension plus larges, plus riches et plus subtiles, le second groupe de méthodes concerne plus particulièrementla mise en œuvre de techniques de libération et d'innovation, de mobilisation, d'induction et d'activation mutative. 1) Les combinatoires fondamentales des motions vitales et des
messages vivants

La vie est mouvement d'expansion, d'exploration et d'appropriation; ce mouvement est senti, ressenti, vécu sous forme de besoins et de pulsions et, à un étage au-dessus, sous forme d'aspirations et de désirs, et au niveau de l'expression, sous forme d'instances créatrices et d'instances relationnelles, et donc d'instances langagières. Ainsi, les motions vitales s'expriment à travers des messages vivants et des langages directs, authentiques et véridiques. Ces motions vitales sont celles d'une animalité qui s'organise entre le pôle de poussées aveugles et de pulsions pressantes d'un cÔtéet, de l'autre, le pÔle d'une spiritualisation et d'une culturisation qui orientent et réaménagent, enrichissent et élargissent aspirations et désirs - ce terme de spiritualisation pouvant recouvrir tout en la débordant largement la terminologie de la sublimation et de la socialisationdes instincts. Ces motionsvitales sont fondamentalement« relationnelles », établissant des relations avec le monde et avec les êtres qui le peuplent: relations exploratrices, relations créatrices et novatrices, relations d'appropriations et d'éliminations, relations qui se manifestent dans l'action et la réaction (mobilisatrices du vaste clavier des émotions et des sentiments). 14

Ces motions vitales parlent des profondeurs mais aussi des divers ni veaux de l' animali té et élaborent la sémiologie du langage personnel, utilisant le langage familial et le langage. socioculturel, langages toujours inadéquats et toujours mal employés (et souvent mutilés et mutilants, mystifiés et mystificateurs). Ces motions vitales s'incarnent donc dans des relations actives, réactives et créatives, dans des relations qui parlent. Dans cette perspective, « l'inconscient» est un terme galvaudé et aux significations confuses et incertaines qui doit renvoyer à des niveaux d'organisation et de fonctionnementsde processus inconscients liés à l'animalité, à sa socialisation, sa cultUralisationet sa spiritUalisation. Ces processus inconscients sous-tendent les secteurs habituels que nous avons déjà évoqués plus haut: - le secteur de la mise en acte à travers les instruments effecteurs sensorimoteurs, de la communication, de l'action et de la création; - le secteur de la préparation intérieure de cette communication, action et création; - le secteur intrapsychique de la compensation et de la réalisation purement imaginaire des désirs et des aspirations, des peurs et des conflits ; - enfin le secteur intrapsychique de l'évocation du passé et des processus répétitifs conscients et inconscients. A travers ces quatre secteurs, les phénomènes de la conscience et les processus inconscients sous-jacents fonctionnentparfois de façon harmonieuse et synchrone (mais toujours limitée) et alors ces phénomènes et ces processus collaborent efficacement; mais souvent, ils fonctionnent peu ou prou de façon dysharmonieuse et dissociée.et alors des distorsions, des oppositions, des aberrations, des confusions se produisent, créant des états d'anarchie et d'inadaptation et donc des états d'angoisse et de conflits douloureux; mais la complexité de ces désordres renvoient à des résultantes dont les composantes sont si nombreuses et enchevêtrées que la recherche de leurs significations devient tâche impossible. Les états d'anarchie deviennent des états de cacophonie où les motions vitales s'épuisent, où les messages se brouillent et où les langages cafouillent. Significations vitales désorganisées,messages mal signifiés, langages aux signifiants mal choisis et inadéquats appellent une triple intervention thérapeutique: 15

- celle qui concerne les instances et les flux émotionnels et affectifs, pulsionnels et passionnels; - celle qui concerne les élaborations, interprétations et désignations des fonctions cognitives et des fonctions langagières; - celle enfin qui concerne les fonctionnementset les expressions de l'imagination créatrice. Langages et images, émotions et sentiments ne sont pas dissociables dans les entreprises de compréhension et dans les entreprises de réorganisations thérapeutiques et pédagogiques qui sont toutes des entreprises de désaliénation et d'innovation. 2) La mobilisation des fonctions créatrices et l'utilisation des méthodes de créativité Ces dernières méthodes visent des objectifs multiples:

- et d'abord, elles visent les enrichissements spécifiques des fonctions de représentation et des fonctions de création et de recréation des modes d'expression et d'exécution, mais aussi des fonctions d'élaboration des désirs et des aspirations et des fonctions de maîtrise et de résolution des conflits; ces enrichissementspeuvent se réaliser soit dans les échanges des groupes de créativité, soit dans les explorations, les recherches, les ouvertures des thérapies individuelles appropriées; - elles visent la quête de nouvelles émotions, de nouveaux sentiments et de nouveaux émois qui peuvent s'exprimer à travers de nouvelles images et de nouveaux langages.
Notre monde intérieur étant un territoire intérieur occupé par de nombreux envahisseurs -les parents d'abord, puis tout le groupe des éducateurs - et occupé par les collaborateurs que nous avons suscités, notre parole est à libérer du discours de ces occupants et de ces collaborateurs. Souvent, en effet, les membres de notre famille et les représentantsde l'ordre éducatif parlent à notre place. Aussi bien, la « recréation » du langage personnel constitue-t-elle une démarche
fondamentale.

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3) Le recours aux méthodes de l'art-thérapie L'an-thérapie est d'abord une précieuse méthode de réalisation de ces enrichissements que nous avons évoqués dans le paragraphe précédent Mais les avantages de l'an-thérapie ne s'arrêtent pas là. L'art-thérapie favorise les dépaysements qui permettent non seulement de contourner les résistances mais d'offrir un terrain propice à l'innovation. De fait, elle favorise également la rencontre avec la nouveauté. L'art-thérapie introduit ce puissant facteur de changement et de restructuration qui s'appelle le plaisir. Aux plaisirs sensoriels s'ajoutent les joies relationnelles (chœurs, danses collectives, etc.) et les joies spirituelles (musiques sacrées, etc.). Les méthodes d'an-thérapie ne se limitent donc pas à des facteurs de médiation (entre soi et les autres et entre soi et soi) mais elles comportent des facteurs de révélation et d'innovation. Ainsi, l'utilisation du Rêve Eveillé, créé par Robert Desoille, mérite d'être retenue comme un instrument particulièrement apte à favoriser la création esthétique personnelle. 4) L'apport de la sociothérapie, des thérapies socioculturelles, transculturelles et communautaires A la faveur du brassage et des mixages actuels des cultures, à la faveur du développement des méthodes de communication et d'expression, d'information et de formation, à la faveur des découvertes des sciences et des applications inédites des techniques, à la faveur des mouvements de pensée, des options éthiques et des exigences démocratiques qui peuvent constituer les sources de la « postmodemité », des possibilités inédites de désaliénations sociales et culturelles se manifestent partout dans le monde et défient les idéologies, les traditions désuettes et les intégrismesd'arrière-garde. 5) Enfin, les contributions de la psychosynthèse La psychosynthèse de Roberto Assagioli a connu récemment des développements dont la rigueur et le sérieux redonnent à ce courant un regain de jeunesse et d'actualité. 17

La psychosynthèse vise l'épanouissement et l'accomplissement personnels sans les dissocier des transformations nécessaires de l'entourage et des progrès des milieux de vie qui impliquent aussi bien l'environnement naturel que l'environnement culturel et technique. Dans cet esprit, la psychosynthèse est attentive à la réussite des niveaux de conscience où cette dernière peut se libérer de ses aliénations et connaître des états de sérénité, d'inspiration et de connaissance intuitive qui ouvrent la voie à des processus intrapsychiques d'harmonisation et de synthèse ouverte, mais aussi d'anticipation et de participation.
Les deux groupes de méthodes qui viennent d'être énumérées et brièvement évoquées ouvrent assurément des voies nouvelles tant pour la pratique de la psychothérapie et pour les théorisations correspondantes qui ont aujourd 'hui la tâche difficile d'intégrer la multitude croissante des apports scientifiques dans une perspective transdisciplinaire toujours plus large et plus complexe.

* * * Les modèles explicatifs de la théorie doivent bien être distingués des modèles opérationnels de la pratique. Les premiers n'apportent qu'un éclairage relatif toujours à parfaire et qu'une compréhension limitée au regard des mystères à dissiper dans le futur. Donc il convient d'élaborer des modèles évolutifs et intégratifs ouverts à caractère biopsychosocioculturels. Les seconds modèles sont à évaluer en fonction des résultats positifs obtenus, en fonction donc des effets thérapeutiques favorables. Eux aussi ont un caractère très relatif et très provisoire. Dans cet esprit, les thérapies intégratives, ici préconisées, tentent une synthèse prospective de la diversité des modèles actuels utilisés et utilisables: modèles médicaux (syndromes et symptômes, nosologie et nosographie, sémiologie et épistémologie), modèles éthologiques (comportements, conduites, stratégies), modèles systémiques (réseaux relationnels complexes), modèles psychanalytiques(dynamiques,économies et structures inconscientes de l'appareil psychique), modèles existentiels (sens de la vie et art de 18

vivre), modèles de la vie intérieure (tendances de la psychosynthèse et du mouvement du transpersonnel), modèles phénoménologiques (niveaux de conscience, qualité et répercussions des expériences), modèles humanistes (maturation et développement, accomplissement et épanouissement humains à la fois personnels et communautaires) et enfin modèles des sciences cognitives qui peuvent être aujourd'hui, non plus oposés mais conciliés avec les approches de la psychanalyse. * * * Les modèles psychanalytiques, les modèles cognitivocomportementalistes, les modèles socioculturels, les modèles des neurosciences présentent certes une certaine cohérence et ils tendent à se complexifier à la faveur des progrès des sciences humaines. Mais ces modèles rencontrent rapidement leurs limites et se heurtent à d'insurmontables difficultés. A l'usage, pour qui ne se livre pas à un travail idéologique d'exégète qui sollicite et violente les discours et les faits pour les forcer à correspondre à des interprétations invérifiables, ces divers modèles s'avèrent décevants et mystificateurs. La problématique de l'individu et la diversité et complexité de chaque cas constituent des défis permanents et qui ne peuvent être relevés de façon satisfaisante. Les « modèles des passerelles» lancés entre les diverses disciplines souffrent de trop d'incohérences et procèdent de syncrétismes trop peu structurés et trop mal fonnulés pour ne pas être, eux aussi, relativementdécevants. Dans un contexte aussi incertain, ne serait-il pas sage de partir de la dynamique de la vie et du génome qui, dans notre espèce, sont essentiellement la dynamique de la spécificité, de la qualité et de l'amplitude des expériences de la conscience telle qu'elle est engagée dans la totalité de l'environnement biopsychosocioculturel et donc dans l'extraordinaire diversité des milieux de vie? Spécificités, qualités, amplitudes des expériences concernent les trois dynamiques fondamentales que nous ne cessons de considérer dans cet essai: la dynamique de la communication,de la recréation et de l'innovation externes; la dynamique de la productivité et de la créativité intrapsychiques, et la dynamique des défenses et des adaptations biopsychologiques et aussi des processus de réparation, 19

de réharmonisation et de guérison, à travers des phénomènes libérateurs, novateurs et restnlcturants dont les fonctionnements sont certainement infmiment complexes surtout lorsque les effets sont spectaculaires(guérisons miraculeusespar exemple). Dans le domaine des nouvelles thérapies comme dans celui des thérapies plus classiques, règnent aujourd'hui une certaine déception et un certain scepticisme. En particulier, le retour du refoulé n'opère en aucune manière les miracles escomptés et sa véracité est remise en cause. Quant à l'inconscient, il garde plus que jamais ses secrets; et pour les analystes qui se situent dans la mouvance lacanienne, la jouissance a beau s'installer dans la chaine signifiante constitutive, il demeurepourune grandepart « irréductible» à la connaissance et à l'interprétation. Cet« irréductible» non seulement renvoie à des sens

-

erronésmaisil renvoieaussià unelargepartde « non sens» quipeut
s'exprimer du reste dans les symptômes qui échappent alors à tout décryptage... Mais existe-t-il vraiment des signifiants à prendre dans leur jeune matérialité sonore, hors de tout effet de sens? L'Inconnu demeure. Certes, l'irréductible peut être assimilé, par les spécialistes des neurosciences - et de la neurolinguistique en particulier - à la présence active du génome, ou assimilé par d'autres à des montages (ou combinatoires) cognitivocomportementalistes, la première interprétationn'excluant évidemmentpas la seconde. Notre option d'ordre méthodologiqueest claire: face aux lacunes et aux incertitudesdes modèles explicatifs, il convient de recourir aux
« modèlesopérationnels»pour éclairerle débat,dans la mesureoù

ces modèles se veulent les reflets de cette dynamique, plus haut citée, de la spécificité, de la qualité et de l'amplitude des expériences de la conscience qui sont aussi l'expression des instances en provenance des« stnlctures et des fonctionnementsinconscients ». D'autre part, dans la perspective de ces méthodologies opérationnelles qui nous intéressent ici, les interventions psychothérapiques et psychanalytiques ne sont pas séparables des progrès des thérapies communautaires et institutionnelles et des thérapies culturelles et transculturelles. Mais, de plus, elles ne sont séparables ni des entreprises pédagogiques et éducatives, ni des entreprises de formation et d'infonnation. Le projet ici en cause vise un accomplissement global (ou « intégral») qui associe étroitementtrois démarches:
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thérapie de l'individu malade et de l'homme en difficulté; - la formation de l'homme et de sa personnalité multidimensionnelle ; - l'éducation et l'apprentissage d'un citoyen responsable concerné par tous les problèmes de notre temps (problèmes culturels et politiques, économiques, écologiques et autres), et soucieux de développer son pouvoir de parole et sa capacité d'intervention et de participation. Ainsi la personnalité globale doit être prise en compte dans sa complexité et sa diversité, mais doit aussi être pris en compte l'ensemble de l'environnement. Plus encore sans doute, face aux obscurités et aux limites des schémas interprétatifs, il convient dès lors de privilégier les modèles opérationnels qui englobent dans leurs approches l'homme et la totalité de ses milieux de vie. Nous nous sommes efforcés de définir dans ces lignes une approche méthodologique globale qui ne sépare pas l'évolution et la maturation personnelles des progrès de la vie sociale et des promotions des milieux de vie. Cette approche globale, nous l'avons située dès lors dans une perspective transdisciplinaire et
transculturelle aussi large que possible

-la

-

cette perspective étant

aussi trans-systémique (prenant en compte les systèmes actuels de communication et d'expression) et dans une certaine mesure transnationale (prenant en compte les projets associatifs, fédéralistes et mondialistes de notre temps). L'actualité et la nécessité des approches globales ne sont plus à démontrer même si nous devons renoncer - et pour longtemps encore aux synthèses satisfaisantes.
L' intégralisme. transdisciplinaire et transculturel que nous avons

élaboré et qui utilise une méthodologie intégrative et prospective s'est avéré proche des tendances actuelles de la psychosynthèse. Après avoir été pendant quelques années (de 1960 à 1965) le représentant à Paris de la psychosynthèse de Robeno Assagioli et après avoir été le continuateur de l' œuvre de Roben Desoille, à la mort de ce dernier (en 1966) et avoir assumé certaines orientations nouvelles du Rêve Eveillé, après avoir participé dès les années soixante au développement de l'art-thérapie, nous avons pris nos distances par rapport aux appareils conceptuels de ces diverses tendances comme aussi par rapport à la révolution conceptuelle 21

psychanalytique, notamment à l'issue de notre première tranche d'analyse personnelle, après laquelle nous avons essayé de mieux confronter et associer l' œuvre de Freud, de Jung et de WIlhemReich. A la fois près et loin des écoles, nous avons noué des relations amicales avec Erich Fromm, dont l'œuvre nous parait trop méconnue en France, avec Paul Senft en Angleterre et avec Roger Muchielli. L'approche phénoménologique et phénoménostructurale devait profondément nous marquer. La lecture de Karl Jaspers, de Binswanger,de Rollo May, d'Abraham Maslow, de Karen Homey, de Oara Thompson, de Martin Buber, de RF. Ellenberger devait nous influencer profondément. Puis ce fut la rencontre de l'Ecole de Palo Alto et des approches systémiques, la rencontre aussi de Milton Erickson dont il ne faut pas oublier que Robert Desoille fut l'un des premiers à l'introduire en France, et enfin la rencontre avec la sexologie clinique qui devaient enrichir notre parcours. Plus récemment, ce sont les recherches et les ouvrages de Daniel Widl6cher, de Max Pages et de François Roustang qui ont particulièrement retenu notre attention dans la mesure notamment où ils sont venus étayer nos propres conceptions. C'est donc dans un contexte de fidélité et d'infidélité, de continuité et de rupture que nous devions poursuivre de longues études d'ordre méthodologique. Mention spéciale doit être faite ici à l'œuvre de Karl Popper qui, plus que d'autres, alimenta des exigencesnouvelles de rigueur dans l'ordre méthodologique.Ensuite, l'entrée dans l'arène des sciences cognitives et des neurosciences et de la biopsychologie, de la neurolinguistique et de la sémiologie devait bouleverser nos repères et nos systèmes de référence. En devait résulter un souci des approches complémentaires et la recherche des principes moteurs de la maturation personnelle et sociale; devait en résulter aussi notre méfiance pour tous les systèmes clos, toutes les interprétationshâtives et les hypothèses trop réductrices; et donc devait en résulter enfin notre goût pour une exploration globale de la personne et de son histoire, exploration qui n'est jamais dissociable du projet pédagogique et thérapeutique de l'explorateur. La dynamique de la cure doit rejoindre à travers bien des détours et des stratégies la dynamique de la maturation. Cette assertion se passe de démonstrations. Mais une dynamique globale doit intégrer une bonne utilisation du passé, une bonne gestion du présent et une bonne anticipation du/utur. 22

La thérapie ne devrait pas, à notre sens, être excessivement tournée vers le passé car tout n'est peut-être pas joué dès la petite enfance et tout n'est peut-être pas fixé, bloqué et stratifié au cours de l'adolescence; de plus, il est bien évident que tout ce qui peut être réparé sera réparé dans le présent, tout ce qui peut être éveillé ou réveillé, le sera dans le présent, et tous les vides à combler le seront également dans le présent. D'autre part, toute mise en route ou remise en route, toute innovation et toute invention supposent un projet, une intentionnalité, un effort d'anticipation délibérément tournés vers le futur à imaginer, à préparer et à libérer des projections nocives. Accepter son passé, l'intégrer, le démystifier, s'en libérer mais en recueillir les enseignements, en tirer les leçons utiles est une tâche essentielle. Mais cette démarche n'est pas séparable d'une autre entreprise: bien vivre le présent, assumer avec sérénité et sagesse la pratique de la vie quotidienne, inventer chaque matin et à chaque instant un art de vivre. Et tout cela sans oublier la préparation de l'avenir et sans négliger les investissements à court, moyen et long tenne. Passé, présent, futur? Quelle méthodologiepeut les réunir, les assumer sans méconnaître ou négliger telle de leur composante ou de leur dimension respective? Quelle méthodologie pour réunir, harmoniser en une même histoire la triple aventure de la vie intérieure, de la vie relationnelle et des activités créatrices? En une même histoire et un même destin? Comment dès lors associer l'approche psychanalytique, l'approche existentielle, l'approche phénoménologique ou phénoménostructurale et les approches cognitives? Trois axes directeurspeuvent ici être proposés: 1) Le premier prend en compte l'orientation psychanalytique, revisitée et rectifiée, ce qui suppose une réévaluation et un réaménagement des théories et des pratiques du transfert, du transfert de résistance et de la névrose du transfert; dans ce contexte, le premier axe directeur désigne une réécriture métamorphosante de l'histoire personnelle considérée au cœur de son implantation dans une histoire socioculturelle. 2) Le second axe désigne la réévaluation critique des états de conscience et de leur interprétation; il désigne aussi l'éveil ou le réveil et la culture des expériences correspondantes.Le vécu, la vie, le vivant sont à appréhenderdans l'ici et le maintenant 3) Le troisième axe désigne la libération du futur (de toutes les projections néfastes, compensations, évasions, idéologies, utopies, 23

mirages, etc.) et la symbolisation du sens de la maturation personnelle et du sens de l'évolution universelle (intégration du destin individuel dans la destinée collective). Trois axes mais qui se réunissent en un seul pour évoquer la dynamique d'un accomplissementpersonnel qui se veut - même de façon très limitée - solidaire du développement communautaire. D'où la nécessité de concevoir un mod~le biopsychosocioculturel opérationnel,ce qui est le thème de cet essai. Les préoccupations d'ordre méthodologique que nous venons de rappeler nous ont incité, mon épouse Marie-Aimée Guilhot et moimême, à suggérer, il y a une quinzaine d'années, au Pr Yves Pelicier, la création d'un Centre International de Méthodologie en Psychothérapie (C.I.R.M.E.P.).Grâce au patronage du Pr Pelicier, ce centre a pu trouver place dans le service de ce dernier à l'hÔpital Necker et, après des phases successives de développement, il peut être à même aujourd 'hui de franchir une nouvelle étape et de promouvoirdes recherchesnovatrices. Ces mises en perspectives historiques méritaient sans doute de figurer dans un avant propos qui retrace brièvement la problématique d'une recherche méthodologique, inséparable bien évidemment de la problématiqueet du parcours de ses promoteurs.

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Introduction
Méthodologie intégrative et prospective
Méthodes pédagogiques
développement

et thérapeutiques de l'accomplissement

du

humain et Conceptions

scientifiques,

éthiques et culturelles
personnel et social

Les contributions novatrices des sciences humaines, comme aussi les appons des technosciences, se multiplient et de même la variété des interventions pratiques dans le domaine pédagogique et thérapeutique, mais aussi dans le domaine des actions socioculturelles qui visent l'amélioration et le « traitement» des milieux de vie. Dès lors, une Méthodologie Intégrative(l) et Prospective répond aux exigences de l'actualité et, plus encore, peut-être à celles du futur. Cela tant dans l'ordre théorique que dans celui des applications pratiques.
(1) Le qualificatif d'intégratif est aujourd'hui de plus en plus largement utilisé. Signalons à ce propos la création relativement récente de « l'Association Française des Psychothérapies Intégratives et Eclectiques (A.F.P.I.E.) » dans le service du Pr Michel Marie-Cardine à l'hôpital de Bron. A signaler aussi le livre de Max Pages intitulé: Psychothérapie et Complexité (Ed. Epi, Paris, 1993). Et à noter également un livre récent paru aux U.S.A. et qui nous concerne au plus haut point: Handbook of Psychotherapy Integration, Norcross John, C. Goldfrledn Marvin R. et al, Basic Books 1992.

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