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C 1 hapitre
L: d e K a n n e r a u t i s m e à a u j o u r d  h u i
DÉFINITIONS ACTUELLES ET DONNÉES GÉNÉRALES
Lautisme est présenté aujourdhui dans les principales classi fications internationales, le DSMIV nordaméricain et la CIM10 européenne, comme forme la plus typique et carac téristique dune famille de troubles affectant le développe ment précoce, dénommée depuis 1980 « troubles envahissants du développement » ou TED, traduction de « Pervasive Developmental Disorders ». Se retrouvent dans cette catégorie large et hétérogène lautisme typique, lautisme atypique, dautres syndromes dapparition précoce comme le syndrome de Rett (dorigine génétique connue), une vaste catégorie de troubles hétérogènes dits TED « non spécifiés », enfin le syndrome dAsperger et des formes dapparition plus tardives dans lenfance, mais dévolution proche, dites « troubles désintégratifs ». Un important travail reste à faire, notamment pour affiner la description des TEDNS ou « non spécifiés » qui recouvrent une large partie des pathologies décrites par la pédopsychiatrie française sous le nom de « psychoses infantiles » et de « dysharmonies psy chotiques » (R. Misès), oules Multiplex Developmental Disor ders récemment Cohen. Onproposés par lAméricain D. peut enfin sinterroger sur le destin des différentes formes de psychoses infantiles distinctes de lautisme décrites dans la e première moitié duXXsiècle, comme les psychoses symbio tiques par exemple, probablement situées aujourdhui parmi les « TEDNS ». Seule la classification française des troubles mentaux de lenfant et de ladolescent (CFTMEA) se réfèr e aujourdhui au concept clinique de psychose infantile, y incluant lautisme typique ou atypique, auprès des psychoses © Dunod  La photocopie non autorisée est un délit.
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QUESTCE QUE LAUTISME ?
précoces déficitaires, des dysharmonies psychotiques et de la schizophrénie de lenfant. Par convention, lautisme infantile précoce débute pour toutes ces classifications avant 3 ans. Lautisme touche préférentiellement les garçons, avec unsexratio4 pour de une fille, ce ratio variant, sembletil, selon limplication de facteurs génétiques connus et limpor tance du retard mental. La prévalence de lautisme serait aujourdhui de 1 pour 200, mais à la condition détendre le diagnostic à lensemble du spectre autistique et des TED. Elle est aujourdhui estimée de manière plus probable à environ un cas pour 1 000 en ce qui concerne lautisme proprement dit, dont un quart envi ron de sujets répondant au critère de syndrome dAsperger et 6 pour 1 000 pour les TED (Fombonne). Ces chif fres sont dans tous les cas nettement supérieurs à ceux avancés au cours des dernières décennies (plus proches de 1/2 000). Cette évolution est plus probablement due à une augmenta tion des diagnostics portés quà celle de lincidence de la pathologie ellemême. Lévolution des pratiques diagnos tiques et les efforts faits pour promouvoir le diagnostic pré coce, et aujourdhui le diagnostic chez ladulte, sont responsables à eux seuls dune nette augmentation de la pré valence connue. Lautre facteur est lextension de la catégo rie nosographique dont les limites ont été repoussées, autant vers les sujets dintelligence normale que vers les sujets défi citaires.
II.
LAUTISME AVANT LAUTISME
Avant la « découverte » cestàdire la description de lautisme, les enfants autistes étaient très probablement confondus avec dautres troubles du développement dans le champ de larriération et de lidiotie (qui, rappelonsle, désigne au sens premier du terme le caractère privé, isolé, et non public, de lexpérience ou de laction). Contrair ement à la schizophrénie, identifiée et décrite sous dautres noms  la démence précoce notamment  avant Bleuler, il est diffi cile de trouver trace de lautisme infantile comme tel avant Kanner. Nous renverrons ici notamment à J. Hochmann, qui a fait uvre dhistorien de lautisme (2008). Quelques
LAUTISME : DE KANNER À AUJOURDHUI
cas publiés témoignent de la description dune clinique proche de lautisme, dont les enfants abandonnés dits « sau vages », en particulier le cas de Victor de lAveyron décrit avec précision par le médecin J. Ittard (1801), qui outre la description du cas rend compte de ses tentatives de « traite ment ». Nous verrons quil sagit en fait de cas dus à des carences relationnelles précoces et massives. Cer tains e « idiots savants » décrits auXIXsiècle étaient probablement des autistes doués de ce que lon appelle des « talents para doxaux ». On peut rapprocher de lautisme moderne l« idiot », figure des uvres littéraires de cette même époque, et « lenfant idiot » bien décrit notamment par Édouard Séguin (1846), pionnier de léducation spécialisée. Plus tard, les signes de lautisme sont retrouvés, associés à dautres expressions de pathologies graves du développe ment, dans certaines descriptions de la « schizophrénie infantile », première catégorie nosographique regroupant les futures psychoses de lenfant (L. Bender), succédant à la démence précocissime de Sancte de Sanctis (1906) et au syndrome désintégratif de Heller (1908).
Lautonomisation et le développement de la pédo e psychiatrie au cours duXXsiècle saccompagneront de la diffusion du concept dautisme infantile selon Kanner, prototype des « psychoses infantiles », ellesmêmes large ment popularisées au détriment dune conception de la « schizophrénie infantile » trop directement dérivée de la pathologie de ladulte. Cette dernière catégorie recouvre aujourdhui une réalité clinique rare et très différente de lautisme, restreinte aux authentiques cas de pathologie schizophrénique dapparition très précoce. Quant aux psychoses infantiles, le terme a disparu des classifications internationales (victime avec celui de névrose de leffort de dégagement de la nosographie internationale à légard des systèmes théoriques) au profit de celui de « trouble envahis sant du développement », dont lautisme malgré cette mutation reste la forme exemplaire. Le concept de « psychoses infantiles » sest en ef fet développé sous linfluence du courant psychanalytique qui a joué un rôle majeur dans lédification de la clinique de la jeune pédo e psychiatrie au milieu duXXsiècle. Nous reviendrons plus loin sur la question des rapports entre autisme et psychana lyse et les controverses qui lui sont liées. © Dunod  La photocopie non autorisée est un délit.
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