Qu'est-ce que transmettre ?

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Si nos sociétés sont en crise d'autorité, elles le sont a fortiori à propos de la transmission qui a lieu de façon constante. Est-ce que ce sont les objets transmis qui font problème ? Est-ce que ce sont les processus de transmission, ou encore ceux qui s'approprient et qui transforment qui font problème ?
Cet ouvrage prétend ainsi apporter des pistes de réponses et fait suite aux travaux de l'auteur sur les liens négatifs, les dynamiques organisationnelles et sur ce qui fait société.
Publié le : dimanche 15 novembre 2015
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EAN13 : 9782336396422
Nombre de pages : 134
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Claude Giraud
Qu’est-ce que transmettre ?
Sociologie d’une pratique
L O G I Q U E S S O C I A L E S
Qu’est-ce que transmettre ?
Logiques sociales Collection dirigée par Bruno Péquignot
En réunissant des chercheurs, des praticiens et des essayistes, même si la dominante reste universitaire, la collection « Logiques Sociales » entend favoriser les liens entre la recherche non finalisée et l'action sociale. En laissant toute liberté théorique aux auteurs, elle cherche à promouvoir les recherches qui partent d'un terrain, d'une enquête ou d'une expérience qui augmentent la connaissance empirique des phénomènes sociaux ou qui proposent une innovation méthodologique ou théorique, voire une réévaluation de méthodes ou de systèmes conceptuels classiques.
Dernières parutions
Emmanuel GARRIGUES,L’adolescence, sa culture et ses valeurs après Mai 68,2015. Gérard LAMBERT,Le mitard. Une approche sociologique de la discipline pénitentiaire, 2015. Sandrine GAYMARD et Teodor TIPLICA (dir.),Sécurité, éducation et mobilités, Maîtrise des risques et prévention 2, 2015. Sandrine GAYMARD et Teodor TIPLICA (dir.),Sécurité des déplacements, protection des usagers et de l’environnement, Maîtrise des risques et prévention 1 – Travel safety, user and environment protection. Risk control and prevention, 2015. Isabelle PAPIEAU,Les années 80, Miroirs de l’époque « Art déco », 2015. Yannick BRUN-PICARD,Agent territorial spécialisé des écoles maternelles (ATSEM). Personnification d’une interface éducative, 2015. Kaveh DASTOOREH,Vers une sociologie foucaldienne, Réunir l’objectivation et la subjectivation, 2015. Alexandre BRARD,Recompositions territoriale en Outre-mer ou le Collectif dans l’action publique, 2015. Denis LAFORGUE,Essai de sociologie institutionnaliste, 2015. Anthony GALLUZZO,Mythologie comparée des stars, 2015. Yannick BRUN-PICARD,Territoires de mémoires. Interfaces référentielles d’expressions et d’affirmations sociétales, 2015. Fred DERVIN,La Chine autrement. Perspectives interculturelles critiques, 2015. Lei WANG,Pratiques et sens des soins du corps en Chine. Le cas des cosmétiques, 2015.
Claude Giraud Qu’est-ce que transmettre ? Sociologie d’une pratique
Du même auteur-Bureaucratie et changement, le cas de l’administration des télécommunications, Préface de R. Boudon, l’Harmattan, collection logiques sociales, Paris, 1987. -L’action commune, essai sur les dynamiquesorganisationnelles, l’Harmattan, Paris, 1993.-Concepts d’une sociologie de l’action, introduction raisonnée, l’Harmattan, Paris, 1994.-Histoire de la sociologie, (1997) PUF, coll. « Que sais-je ? », Paris, 2004 . -De la institucion a la organizacion de la Gendarmeria nacional in Cuadernos de Seguridad, n°2-12/2006 et n°3-04/2007, INCAP, Buenos Aires. -De l’espoir, sociologie d’une catégorie de l’action, l’Harmattan, collection logiques sociales, Paris, 2007. -Acerca del Secreto, Biblos, Buenos Aires, 2007. -Laslógicas sociales de la indiferencia y de la envidia., contribución a una sociologia de las dinamicas organizacionales y de las formas del compromiso,Biblos, Buenos Aires, 2008.-Del Ahorro y del Gasto, Sociologia de la organizacion y la institucion, Biblos, Buenos Aires, 2010. -De la dette comme principe de société, l’Harmattan, collection logiques sociales, Paris, 2009.-De la trahison,l’Harmattan, collection logiques sociales, Paris, 2010.-Qué est el compromiso ?,UNSAM Edita, Buenos Aires, 2013. -?,Que faisons-nous lorsque nous organisons l’Harmattan, Paris, 2012. -De la suspicion, l’Harmattan, Paris, 2013.-Qu’est-ce qui fait société ?,l’Harmattan, Paris, 2014.© L'HARMATTAN, 2015 5-7, rue de l'École-Polytechnique ; 75005 Parishttp://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-343-07379-8 EAN : 9782343073798
Préalable On n’échappe guère aux objetset aux thèmes qui ont servi de supports à une initiation disciplinaire, en l’occurrence la sociologie. J’ai commencé à m’intéresser à la sociologie par les objets qui m’étaient le plus «accessibles », les organisations, la bureaucratie, le travail commun. Cette accessibilité de l’organisation procédait de ma position, celle d’un membre de l’administration. Comme pour d’autres objets et d’autres thèmes, le regard analytique que nous pouvons leur porter change à mesure de notre propre expérience et del’avancée de nos travaux. On peut ainsi redécouvrir sous ces mêmes objets, des interrogations que nous avions enfouies, car elles ne répondaient pas encore aux problèmes à traiter, aux situations auxquelles on pouvait se confronter, aux intérêts immédiats et à la problématique des recherches menées jusqu’alors. J’ai ainsi, mis du temps à me réapproprier une partie de mon parcours de philosophie en interrogeant la bureaucratie et, par-delà sa fonctionnalité incertaine, le politique et le lien sociétal que celle-là devait asseoir. L’interrogation sur les organisations a ainsi progressivement glissé d’une «endogénéité» vers une «exogénéité», d’une analyse des frontières à une analyse de ce qui les produisait et les maintenait tout en les transformant, de l’organisation à l’action d’organiser, de ce qui sépare à ce qui fait tenir ensemble, des logiques d’action segmentées au commun, à la dette, à ce qui fait société. Les liens négatifs m’ont longtemps occupé au point de renforcer une lecture des relations aux autres basée sur l’évitement, l’indifférence, la trahison, le secret. Le modèle de rationalité s’est imposé à moi comme une évidence cognitive autant que sociale et politique. C’est ce modèle que Raymond Boudon m’avait enseigné et c’est sur celui-ci quebon nombre de mesj’ai construit analyses, en rupture avec l’ironie salutaire que Clément Rosset m’avait apprise. Nul n’est dupe de ce qui est supposé dans cet impératif méthodologique de la rationalité. Considérer que les individusn’agissent pas toujours en raison ne retire rien à la pertinence de ceta prioriméthodologique à moins de supposer qu’une démarche analytique peut embrasser la totalité de son objet. Plus pertinente nous semble être l’interrogation sur le ou
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les modes de rationalité qui s’impose(nt) dans tel ou tel contexte, dans tel ou tel milieu et ainsi d’interroger ce qui est supposé être le modèle de rationalité pratique dans la modernité, la rationalité instrumentale. Et comment le faire sans revenir sur le concept de stratégie, celui de la sociologie de l’action, de l’acteur et des organisations? Dans le fond, plutôt que de s’épuiser à revisiter le concept d’acteur, c’est en partant de la stratégie, de ce qui est supposé être une conduite stratégique, que peut être prolongée la réflexion sur la pertinence du concept de rationalité et que peut ainsi être tissé le fil de ces conduites paradoxales comme la transmission, qui est l’objet de notre démarche actuelle. Le thème de la transmission s’impose ici, comme celui de la dette de sens. Il s’agit de comprendre les modes de représentation de soi, les qualités de social en œuvre dans la société et ce qui fait lien temporel entre les individus inscrits dans des chronologies différentes. Le passage par la stratégie se comprend ici comme un moment de prise de conscience de cette pertinence à transmettre. On peut néanmoins considérer la stratégie comme une mobilisation de ressources qui instrumentalise les autres autant qu’elle peut être une démarche de reconnaissance d’un compétiteur, voire d’un adversaire. Si la transmission a quelque chose à voir avec la stratégie, c’est bien parce qu’elle est dans cet entre-deux de l’instrumentalisation et de la reconnaissance. La transmission ne se limite pas à une éducation et encore moins à une pédagogie, bien qu’elle les contienneles toutes deux. Alors qu’elle pourrait être considérée comme étant une démarche ou une pratique de continuité, de tradition même, elle peut permettre le renouvellement des pratiques et questionne la nouveauté. Les contextes et les objets de la transmission sont de ce point de vue, centraux, même si le concept de transmission permet d’unifier les différences.C’est à cette analyse à laquelle nous allons essayer de nous livrer.
Introduction
La transmission pourrait bien être un anachronisme dans nos sociétés contemporaines. Elle est, en effet, une pratique qui prend appui sur un passé, quel qu’il soit, pour engager le présent dans un futur, alors même que nos sociétés semblent à la fois ignorer le passé et renvoyer le futur à cequi n’est pas advenu et n’adviendra peut-être pas. Pourtant la transmission ne cesse d’être considérée comme étant un enjeu majeur de nos sociétés, soitparce qu’elle est supposée permettre de transmettre des savoirs construits sur des expériences, soit parce qu’elle transfère des avoirs pouvant autoriser des investissements nouveaux, soit encore parce qu’elle est supposée conserver des cultures et des identités. Mais là encore, l’expérience est remise en question et le transfert d’avoirs n’est pas en soi contributif. De même en ce qui concerne les identités auxquelles il est préféré un « métissage ».Si l’expérience est l’objet de distance critique,c’est parce qu’elle serait devenue sans objet du fait des changements de techniques extrêmement rapides. Si le transfert d’avoirs est l’objet de suspicion, c’est parce qu’il ne servirait pas à de nouveaux investissements, mais qu’il serait facteur d’accroissement des inégalités. Si les identités sociales sont suspectes, c’est parce qu’elles autorisent des replis communautaires. Dans ces trois cas, la transmission semble être une pratique décalée et dont les effets ne seraient pas ceux qui pourraient être attendus. Néanmoins, la transmission demeure une pratique fondamentale de nos sociétés. Pourquoi en est-il ainsi ? On peut avancer une série d’hypothèses élémentaires. On peut ainsi considérer que la transmission demeure une pratique sociale,parce qu’elle est à la foisla conséquence de l’acquisition d’un capital et de son utilisation par une famille ou par une institution par exemple. On peut, de même, imaginerqu’elle s’inscrit dans une dette symbolique de continuité et de compensation et qu’elle participe d’une démarche qui pourrait être apparentée à du don. Quel que soit le régime politique qui lui sert de cadre, quel que soit son objet,la transmission fait l’objet d’une considération singulière de la part de la puissance publique et des institutions. Elle est et a été un enjeu majeur de puissance et de 9
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