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Quand La Réunion s'appelait Bourbon (XVIIe-XVIIIe siècle)

site: www.Jibrairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr e.mail: harmattanl@wanadoo.fr @L'Harmattan,2005 ISBN: 2-7475-9800-4 E~:9782747598002

Michèle Dion

Quand La Réunion s'appelait Bourbon (XVIIe-XVIIIe siècle)

L'Harm.attan

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris

FRANCE
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Collection

"Populations"

Dirigée par Yves Charbit, Maria Eugenia Cosio-Zavala, Hervé Domenach

La démographie est au cœur des enjeux contemporains, qu'ils soient économiques, sociaux, environnementaux, culturels ou politiques. En témoigne le renouvellement récent des thématiques: développement durable, urbanisation et mobilités, statut de la femme et de l'enfant, dynamiques familiales, santé de la reproduction, poIitiques de population, etc. Cette démographie contextuelle implique un renouvellement méthodologique et doit donc prendre en compte des variables en interaction, dans des espaces de nature diverse (physiques, institutionnels, sociaux). La collection Populations privilégie les pays et les régions en développement sans pour autant oublier leurs liens avec les pays industrialisés et contribue à l'ouverture de la démographie aux autres disciplines. Elle est issue d'une collaboration entre les chercheurs de l'Institut de Recherche pour le Développement (IRD), de Populations et Interdisciplinarité (Université Paris V-René Descartes) et du Centre de Recherches Populations et Sociétés (Université Paris X-Nanterre).

DEJAPARUS
V éronique Petit: Migrations et société dogon Frédéric Sandron : Curiosités démographiques Patrice Vimard et Benjamin Zanou, ed. : Politiques démographiques et transition de la fécondité en Afrique Jesus A. Alejandre Etats-Unis et Jean Papail : L'émigration mexicaine vers les

Stéphanie Toutain : L'interminable en Italie

réforme des systèmes de retraite

Patrick Livenais : Peuplement et évolution agraire au Morelos (Mexique) Bénédicte Gastineau et Frédéric Sandron : Dynamiques familiales et innovations socio-démographiques Sarah Hillcoat-Nalletamby : La pratique de la contraception à l'lIe Maurice
Myriam de Loenzien : Le Sida en milieu rural africain Bénédicte Gastineau fécondité en Tunisie et Frédéric Sandron: La transition de la de

Yves Charbit, et Catherine population au Viêt-Nam Lelia Marmora: Les politiques

Scornet

: Société

et politiques

de migrations internationales (dir.): Environnement et

Hervé Domenach et Michel Picouet population: défis et perspectives

Véronique Petit et Marie-Laetitia des Robert: Entre résistance et changements: la planification familiale en milieu rural sénégalais Jean-François Léger: Les jeunes et l'armée

Ralph Schor: Français et immigrés en temps de crise (1930-1980)

REMERCIEMENTS

Au terme de cette étude, je mesure redevable à l'égard de :

la gratitude

dont je SUIS

Yves Charbit, professeur à l'université Paris V, qui a accepté d'encadrer ce travail malgré ses nombreuses activités et responsabilités. Son dynamisme a largement dopé mon calme. Jean-Pierre Sylvestre, professeur à l'université de Bourgogne, lequel soucieux de me libérer de certaines tâches administratives, inhérentes à la direction d'un département de sociologie, est allé contre sa nature! Sa sollicitude a toujours été empreinte du plus grand tact: pas trop pour que la « pression» soit supportable, assez pour me permettre de penser que ce travail aboutirait. Jane Dion, ma mère, qui a eu sans doute, plus d'une fois sans le dire, le sentiment que l'esclavage n'avait pas été aboli. Elle a été, dans tous les domaines, à mes côtés. En poste à Dijon depuis 1991, je remercie l'université de Bourgogne, pour laquelle j'aime travailler, qui m'a permis de développer la démographie sur son site et m'a procuré un état d'esprit favorable à la recherche. J'aimerais évoquer ici les professeurs Alain Girard et Alain Norvez, membres en 1989 de mon jury de thèse consacrée à La Réunion, et le professeur Michel Jaffrezo auxquels j'aurais tellement aimé faire découvrir Bourbon.

A mon père

PRÉSENTATION Bourbon est déserte quand y arrivent, en novembre 1663, Louis PAYEN et Pierre PAU. Ils ont obtenu du gouverneur français de Madagascar l'autorisation de s'installer dans l'île. Ils sont accompagnés de dix domestiques malgaches: sept hommes et trois femmes. Le 7 mars 1665 des navires chargés de colons quittent Brest. Ils font une escale quatre mois plus tard à Bourbon où débarquent vingt personnes. Le 14 mars 1666 une flotte de dix bateaux1 quitte La Rochelle. Elle arrivera dix mois plus tard dans l'océan Indien. Mille six cent quatre-vingt-huit volontaires ont ainsi fait route dont trente-deux femmes. Un tiers d'entre eux n'arrivera jamais à destination. Cinq jeunes filles resteront à Bourbon.

*** C'est le début du peuplement de ce territoire, département français depuis 1946, que nous nous proposons d'analyser, avant qu'il ne s'appelle La Réunion2.

1. La Marie, le Terron, le Saint-Charles, la Mazarine, la Duchesse, Saint-Luc, le Saint-Jean, le Saint-Robert et le navire amiral de Jean-Baptiste commandé par le marquis de Montdevergues. 2 La Convention donne ce nom à l'île Bourbon par décret du 23 mars 1793) en souvenir des Marseillais et des gardes nationaux Tuileries le 10 août 1792.

le Saint-Denis, le la flotte le SaintVentôse an I (13 pour l'assaut des

INTRODUCTION
Les sources

Les anciens recensements1 (1690, 1704-1705, 1708-1709, 1710, 1711,1713,1719,1733-1734,1744,1752 et 1779) de l'île Bourbon sont accessibles sous forme de microfilms, au Centre d'Accueil et de Recherche des Archives Nationales (C.A.R.A.N.) sous les codes 5Mi 1247, 5Mi 1248 et 319 Mi 1,2,3, et 8. Les «données» de 1678 ne constituent pas à proprement parler un dénombrement. Il s'agit en fait de la « marque », signature ou croix quand ils ne savent pas signer, de certains chefs de famille de l'île. Le tout premier recensement, réalisé en septembre 1690, donne le nom et le prénom du chef de famille, éventuellement sa profession, l'origine géographique de son épouse, sans la nommer, le nombre d'enfants répartis en garçons et filles et le nombre de domestiques divisé en nègres et négresses. La récapitulation en fin de recensement distribue la population en Blancs et Noirs et dans chaque groupe en hommes, femmes et enfants. Le recensement effectué entre 1704 et avril 1705, intitulé « Recensement général de tous les habitants chefs de famille, femmes, enfants et esclaves qui sont dans l 'fie de Bourbon, leur âge, le lieu de leur naissance, les terres qu'ils occupent et auxquelles cultures elles sont propres », fait une double récapitulation: d'une part, on dispose d'un état chiffré, par lieu de résidence, décomposé en chefs de famille, femmes, veufs, garçons, filles, noirs et négresses et, d'autre part, d'un état pour l'ensemble de l'île en hommes, femmes, veufs, garçons, filles, noirs et négresses. Le recensement de 1708 et mars 1709 présente, dès sa première page, les données globales réparties en hommes ayant femme, femmes

1. Il ne s'agit pas de recensement au sens actuel du terme, lequel a pour but de comptabiliser les habitants d'un territoire à une date exacte. Il convient plutôt de comprendre « population dénombrée ». Nous avons malgré tout gardé le mot qui figure en en-tête de chacune des différentes comptabilités de populations.

INTRODUCTION

ayant mari, veufs, veuves, garçons, filles, nègres et négresses. En face de l'addition qui donne la population totale on peut lire cette petite phrase: «il y a beaucoup d'apparence que cet état n'est point juste »... La récapitulation introduit une distinction entre les âges des garçons et des nègres au-dessus et au-dessous de 14 ans, des filles et des négresses au-dessus et au-dessous de 12 ans. Suit un état des bestiaux, les résultats de la récolte de 1708, un projet de dîmes et la liste alphabétique, par prénoms, des chefs de famille qui indique très précisément leur pays d'origine, leur quartier de résidence et leur profession. Le dénombrement de 1710 est limité à la présentation des chefs de famille (nom, prénom et âge) et de leurs enfants mâles. Il semble que ce dénombrement ait eu un but plutôt «militaire », car la récapitulation par quartier permet de conclure sur le nombre « d'hommes capables de porter les armes ». Le recensement de 1711 présente tout d'abord une liste par quartier des chefs de famille mentionnant leur origine, leur date d'arrivée dans l'île et leur profession. Puis chaque famille est décrite avec la femme, les enfants et les esclaves pour lesquels sont mentionnés les nom (femme), prénom et âge. Le recensement de 1713 se contente de lister le nom et le prénom du chef de famille et de sa femme, le prénom des enfants et des esclaves et, pour tous, l'âge. Le recensement de 1719 ne fait état que du quartier de Saint-Paul. Les recensements de 17331734 citent les noms des conjoints et leur âge, les prénoms et âges de leurs enfants. Les esclaves sont mentionnés: prénom, situation matrimoniale et âge. Les recensements de 1744 et de 1752 fournissent moins de renseignements: les femmes ne sont plus citées sauf si elles sont célibataires ou veuves. Le nombre d'enfants est indiqué en séparant les garçons et les filles. L'origine, né hors ou à Bourbon, du chef de famille est précisée ainsi que, quelquefois, la date d'arrivée dans l'île. Le recensement de 1779 est fait sensiblement de la même façon que les précédents, mais l'âge du chef de famille est indiqué. Ces trois derniers recensements ont été plus difficiles à exploiter du fait de l'absence de l'identité de la femme. En effet, les prénoms masculins dans une même famille étant très répétitifs, il est souvent impossible de décider quelle famille est concernée par le recensement. Dans l'ensemble, les documents sont en bon état et la lecture sur microfilm est de ce fait relativement aisée. 2

INTRODUCTION Un peu d'histoire

«L'ère pré-gamienne»1 avait vu la domination musulmane2 sur l'océan Indien. Au Xe siècle l'islam est implanté sur la côte orientale d'Afrique: il crée la civilisation swahilie, civilisation des côtes, de souche bantoue et de religion islamique. Les Bantous échangeaient l'or de l'actuel Mozambique contre des cotonnades et de la verroterie. « Les Swahilis islamisés explorèrent les îles situées à l'est de la côte africaine. Ils s'établirent aux Comores et sur divers points de la côte de Madagascar. Encore plus à l'est, ils découvrirent l'archipel des Seychelles et celui des Mascareignes. Ces petites îles, alors inhabitées et pauvres en ressources naturelles, ne les retinrent pas. »3 Pendant huit siècles, les Arabes rendront l'océan Indien inaccessible à la chrétienté occidentale et ce d'autant plus facilement que la papauté interdisait aux chrétiens de commercer avec les islamistes. Cependant, des échanges commerciaux avec la Méditerranée s'effectuèrent par l'intermédiaire de Byzance, puis de quelques cités marchandes italiennes, en particulier Venise. Deux Vénitiens, Mafféo et Nicolo Polo, parcourent l'Asie de 1254 à 1259. En 1271, ils repartent emmenant avec eux Marco4, le fils de Nicolo. Gênes, rivale de Venise, cherchait à atteindre l'Inde par deux voies différentes, celle du levant qui échoua et celle du ponant: les premières expéditions par l'Atlantique s'arrêtèrent aux Canaries... Les essais génois furent suivis par ceux des Catalans puis des Portugais. Ils explorèrent la côte occidentale de l'Afrique dès 1433 et il leur fallut encore une quarantaine d'années pour atteindre

1. L'expression est d'Arnold Toynbee (Londres, 1889 York, 1975). Elle désigne la période qui précède le voyage de Vasco de Gama. 2. Apparition de l'islam en Arabie en 622. 3. Auguste Toussaint, pp. 17, 18. 4. Marco Polo (Venise, vers 1254 - Id., 1324). Il restera au service de l'empereur Koubilaï pendant dix-sept ans. Il sera chargé de nombreuses missions et de plusieurs voyages. Il aura l'occasion de quitter le pays quand Koubilaï fiance sa fille au prince mongol Argoum qui règne en Perse: c'est Marco Polo qui est chargé d'accompagner la promise; il quitte Zayton vers 1291. Il passera par Sumatra, Ceylan d'où il remonte vers le nord en longeant l'Inde et le Béloutchistan. Il rencontre alors des Arabes. Il est le premier Européen à mentionner Madagascar qu'il a peut-être confondu avec Mogadischio car il la peuple de chameaux et d'éléphants. 3

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INTRODUCTION

l'extrémité de l'Afrique. Enfin, en 1488, Bartolomeu Diasl doubla le cap de Bonne-Espérance, ainsi baptisé parce qu'il donnait l'espoir d'atteindre bientôt l'Inde. Déjà les Croisades, dès le XIe siècle, avaient entraîné les Européens dans de longs déplacements. Le développement des techniques allait leur permettre de parcourir les mers. La fin du XVe siècle et le XVIe siècle verraient Hollandais, Anglais, Portugais et Français, dans une moindre mesure, sillonner les océans à la recherche d'échanges commerciaux. Dans ce but s'organisent, au XVIIe siècle, les «Compagnies» qui aident au financement de ces courses maritimes autour du monde: la Compagnie d'Angleterre, fondée en 1600, la Compagnie des Pays-Bas, établie en 1602, et la Compagnie de France, créée en 1664. Cette dernière avait été précédée en 1616 par deux tentatives qui avaient tourné court: l'une à partir de Dieppe et l'autre de Saint-Malo. Les Compagnies hollandaise et anglaise avaient surtout comme vocation de s'imposer face aux Portugais dont l'hégémonie était forte dans l'océan Indien: ils possédaient le monopole du commerce dans la région depuis l'arrivée, en 1498, de Vasco de Gama2 à Calicut en Inde. Il convient de noter «monopole du commerce»: en effet, il ne s'agissait pas, pour les Portugais, de prendre possession de terres, car aucun pays ne fut réellement conquis, contrairement à ce que pourrait laisser croire le terme Conquista. Ils avaient comme ambition de répandre le christianisme en Orient, pour faire échec à l'islam et, surtout, ils se consacraient aux échanges commerciaux axés principalement vers le poivre, les épices fines (cannelle, girofle, muscade), la soie, 1' or, l'ivoire et le «bois d'ébène » (esclaves). De 1500 à 1528, deux cent quatre-vingt-dix-neuf navires firent le voyage de l'Inde, soit une moyenne de dix par an. De 1529 à 1612 on en dénombrera cinq cent cinq, soit une moyenne de six par an. De Lisbonne, les navires faisaient voile vers Madère et l'île de La Palma3. Ils longeaient ensuite la côte africaine jusqu'à la Sierra Leone, l'équateur franchi, ils allaient prendre les vents favorables au
1. Bartolomeu Dias de Novaes, ou Barthélémy Diaz (en Algarve, vers 1450 - au large de Bonne-Espérance, 1500). Navigateur portugais. 2. Vasco de Gama (Sines, Alentejo, vers 1469 Cochin, Inde, 1524). Navigateur portugais, il découvrit la route des Indes par le cap de Bonne-Espérance (1497) et atteignit Calicut (aujourd'hui Kozhicode) en 1498. 3. Ile volcanique de l'archipel des Canaries.

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INTRODUCTION

large du Brésil. A la latitude de Rio de Janeiro, ils piquaient vers le sud-est en direction du cap de Bonne-Espérance. S'ils passaient le cap avant la fin de juillet, ils prenaient la « route intérieure» par le canal de Mozambique. Après juillet, ils prenaient la « route extérieure» au large des Mascareignes 1. Après 1612, le trafic diminuera: la colonisation du Brésil, commencée dès 1540, occupera de plus en plus les Portugais au détriment de leurs actions aux Indes. La première expédition néerlandaise vers l'océan Indien date de 1595. Elle visait l'archipel indonésien, centre de production des épices. Un essai d'établissement dans l'océan Indien, à l'île Maurice2, tourna court. Les Hollandais fréquentent Madagascar pour se procurer des esclaves mais ne s'y installent pas: l'occupation du cap de Bonne-Espérance, en 1652, les en détourne. Le Cap est en fait la première tentative de colonisation des Européens dans l'océan Indien, mais le gros du peuplement est composé de Boers (fermiers) qui n'ont aucun goût pour la mer et préfèrent s'enfoncer à l'intérieur des terres. Il faut noter l'insuffisance de l'immigration, malgré l'apport en 1688, des huguenots chassés de France par la révocation de l'édit de Nantes. Après avoir cherché à atteindre l'Inde par la voie du levant, les Anglais empruntent la voie circumafricaine, presque en même temps que les Hollandais. Concentrant ses efforts sur l'Inde, l'Angleterre parvient à mettre la main sur tout l'océan Indien. Si la France s'est lancée tardivement et faiblement dans l'aventure3, il faut sans doute y voir la conséquence des nombreuses guerres dans lesquelles elle était engagée: les hostilités contre Charles-Quint4, puis les guerres de Religion mettent à malle trésor et laissent peu de temps à l'organisation de structures commerciales. Par ailleurs, il semble que les Français n'étaient pas convaincus de l'intérêt de lier marine et colonie. Ainsi, « le comptoir fondé en 1525 à l'île Saint-Alexis, près de Pernambouc, par des Lyonnais, ne

1. L'annexe 1 reproduit la route suivie par ces navires. ln Auguste Toussaint p. 38. 2. Ainsi nommée en hommage à Maurice De Naussau, Prince d'Orange (Dillenburg, 1567 La Haye, 1625). 3. L'annexe 2 témoigne de la présence française dans l'océan Indien sous le règne de François 1er. 4. Charles V ou Charles Quint (Gand, 1500 - Yuste, Estrémadure, 1558). Empereur d'Allemagne (1519-1556), prince des Pays-Bas (1516-1555), roi d'Espagne sous le nom de Charles 1er, roi de Sicile sous le nom de Charles IV (1516-1556).

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INTRODUCTION

subsista pas plus d'un an. La France antarctique de Rio de Janeiro dura de 1555 à 1560. La Floride française, peuplée de protestants, vécut moins encore, de 1562 à 1565. La France équinoxiale de SaintLouis du Marambâo, au nord du Brésil, eut la même durée, de 1612 à 1616. Du Brésil, ce furent les Portugais qui nous chassèrent; en Floride, ce furent les Espagnols qui massacrèrent nos huguenots. La Nouvelle-France, découverte et explorée en 1534-1536 par Jacques Cartier!, fut aussi éphémère »2.Le seul point ferme acquis avait été un établissement à Madagascar, en 1638, conçu à la fois comme un centre de rayonnement dans l'océan Indien et un noyau de peuplement. A partir de 1601, Henri IV3 et Sully4 vont se consacrer à la pacification du royaume et à sa prospérité. Louis XII15 et Richelieu6 continueront l'œuvre de leurs prédécesseurs en développant principalement la marine et en favorisant la création de plusieurs colonies, mais l'entrée de la France (16357) dans la Guerre de Trente ans (1618-1648) pénalise les ambitions. Toutefois, l'époque voit naître la Compagnie de la Nouvelle-France (1628-1632) et la Compagnie des lIes d'Amérique (1635-1651). Quand Richelieu meurt le 4 décembre 1642, le protestant Jacques Pronis8 devient gouverneur

1. Jacques Cartier (Saint-Malo, 1494 - Id., vers 1554). Parti à la recherche d'une route vers l'Asie par le nord du Nouveau Monde, il atteignit Terre-Neuve (1534) et prit possession du Canada au nom de François 1er. 2. ln Charles de La Roncière, Quatre siècles de colonisation française. 3. Henri IV (Pau, 1553 - Paris, 1610). Roi de France (1589-1610) et de Navarre (1572-1610). 4. Maximilien de Béthune, baron de Rosny, duc de Sully (Rosny, 1560 - Villebon, 1641). Conseiller de Henri IV. 5. Louis XIII (Fontainebleau, 1601 - Saint-Germain-en-Laye, 1643). Roi de France (1610-1643). 6. Armand Jean du Plessis cardinal, duc de Richelieu (Paris, 1585 - Id., 1642). Ministre de Louis XIII. 7. 19 mai 1635, Bruxelles: par la voix du héraut d'armes Jehan Grassiollet de Daubis, la France déclare la guerre au roi Philippe IV d'Espagne et au cardinalinfant Ferdinand (frère d'Anne d'Autriche et de Philippe IV) son représentant aux Pays-Bas. 8. Jacques Pronis (La Rochelle, ? Madagascar, 1665). Gouverneur de Madagascar de 1642 à 1648 : il fonda Fort Dauphin (1643).

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INTRODUCTION

de Madagascarl. Ce dernier avait confirmé, en septembre de la même année, l'actuelle île de La Réunion comme possession française. Avec l'arrivée de Jean-Baptiste Colberf, que Louis XIV3 nomme contrôleur général des finances en 1662, un nouvel élan est donné aux échanges commerciaux. Il partage les océans entre des Compagnies qui y trouveront des points propices à la colonisation: Pondichéry et les îles de France et de Bourbon pour la Compagnie des Indes Orientales (créée en août 1664) ; le Sénégal, la Guyane, La NouvelleFrance, les Antilles pour la Compagnie des Indes Occidentales (créée en mai 1664). C'est en cette fin du XVIIe siècle que le peuplement de La Réunion commence4. Mais, là encore, le poids des nombreuses guerres entrave le développement des colonies, quand elles ne sont pas cédées à l'occasion de traités de paix: morceau par morceau, au traité d'Utrecht, en 17135, puis au traité de Paris, en 17636, la

1. L'île de Saint-Laurent avait été découverte par les Portugais vers 1500. Le premier débarquement français semble avoir été celui des frères Parmentier en 1529. Richelieu ne considérait pas Madagascar comme colonisable ; toutefois, il accorde à Rigault et à Régimont le monopole du commerce de Madagascar. Entre 1642 et 1674, quatre mille colons avaient été envoyés dans l'île: il n'en restait, en 1674, que soixante... 2. Jean-Baptiste Colbert (Reims, 1619 - Paris, 1683). Ministre de Louis XIV. 3. Louis XIV (Saint-Germain-en-Laye, 1638 - Versailles, 1715), roi de France (1643-1715). 4. Les colons qui avaient fui Fort-Dauphin (Madagascar) y débarquent en 1676. L'île compte, en 1678, cent cinquante habitants. 5. Il avril 1713, Utrecht: signature du traité entre la France et l'Angleterre, premier des cinq traités séparés de paix avec la Hollande, le Portugal, la Savoie et le Brandebourg qui mettent fin à la guerre de succession d'Espagne. L'ensemble des dispositions de ce traité est donné en annexe, nous ne mentionnons ici que la partie concernant l'île de Bourbon: la France cède à l'Angleterre sa part de Saint-Christophe, l'Acadie qui devient la Nouvelle-Ecosse, Terre-Neuve et la baie d'Hudson, mais conserve le Canada, l'île de Cap-Breton et l'île Saint-Jean, la Louisiane, les petites Antilles, la moitié de Saint-Domingue, la Guyane, des établissements au Sénégal, l'île de Bourbon et des comptoirs en Inde. 6. 10 février 1763, Paris: le traité de paix définitif entre l'Angleterre, l'Espagne et la France entérine les préliminaires de Fontainebleau et met fin à la guerre de Sept ans au bénéfice de l'Angleterre; la France perd toutes ses possessions en Amérique: le Canada, l'île du CapBreton, les îles du Saint-Laurent, la vallée de l'Ohio et les territoires de la rive gauche du Mississippi qui vont à l'Angleterre; le Mississippi devient frontière entre les possessions anglaises et françaises; 7

INTRODUCTION

Nouvelle-France de Louis XIV va échapper à la domination française. Il faut ajouter à cet argument « l'impression» que connaissait la France de l'époque: elle avait le sentiment de se dépeupler... Cette erreur d'appréciation allait contre une incitation à l'émigration. Plus tard, sous le Consulat, la Louisiane l, puis, après la première abdication de Napoléon 1er,la partie française de Saint-Domingue et l'île de France2, cessent de faire partie de notre domaine colonial3.

dans les Antilles la France perd la Désirade, Marie-Galante et Tobago, la Dominique, Grenade et les Grenadines; elle perd en Inde toutes ses acquisitions postérieures au 1er janvier 1749 et ne garde que les cinq comptoirs (Chandernagor, Karikal, Mahé, Pondichéry et Yanaon) non fortifiés, qu'elle possédait lors de la paix d'Aix-la-Chapelle (1748) ; pour récupérer La Havane et Cuba, perdues le 13 août 1762, l'Espagne cède la Floride à l'Angleterre; comme compensation de la perte de la Floride, Louis XV cède la Louisiane à l'Espagne, laquelle sera rendue à la France en 1800 (traité de San Ildefonso) ; la France conserve les îles de Bourbon et de France, le droit de pêche dans l'estuaire du Saint-Laurent et sur la côte de Terre-Neuve avec la possession de Saint-Pierre et Miquelon; elle conserve aussi la Martinique, la Guadeloupe, la Guyane, Saint-Lucie et la partie occupée de Saint-Domingue; tous les établissements français du Sénégal, sauf l'île de Gorée, sont cédés à l'Angleterre; le traité interdit à la France de fortifier Dunkerque et y exige un contrôleur anglais; la France rétrocède Minorque à l'Angleterre pour recouvrer Belle-He détenue depuis le 7 juin 1761. Ratifié par Louis XV le 23 février et par Charles III le 25. 1. 28 avril 1803, Paris: incapable de la défendre et ne voulant pas qu'elle tombe aux mains des Anglais, le premier consul Bonaparte, qui a en outre besoin de fonds pour reprendre la guerre contre l'Angleterre, vend la Louisiane aux Etats-Unis pour 16 millions de dollars. Le traité est négocié par le marquis François de Barbé-Marbois, ministre du Trésor depuis 1802 et signé par le Président Thomas Jefferson et son secrétaire d'Etat James Madison. 2. 30 mai 1814, premier traité de Paris: l'Angleterre nous prend l'île de France, Tobago et Sainte-Lucie, elle nous interdit de rentrer à Saint-Domingue dont la partie française va à l'Espagne. La France s'engage en outre à abolir la traite des Noirs dans un délai de cinq ans. 3 Les notes 27, 28, 29 et 30 sont extraites de Jean-Jacques Teycheney, Abrégé d 'histoire diplomatique. Manuscrit. 8

INTRODUCTION

Le commerce Tout ce mouvement sur les mers et les océans, toutes ces vies transplantées vers des lieux inconnus, pourquoi? Le commerce? Certes; l'enrichissement? Bien sûr. Mais quel commerce, quels produits méritaient de tels investissements à risque en hommes et en finances? L'or et les épices. Pour se les procurer, il fallait braver l'espace à la réputation périlleuse: passé une certaine ligne, l'eau des océans était censée bouillir sous l'effet d'une chaleur infernale et engloutir les embarcations. Les hommes, sous le même effet, brûlaient et devenaient noirs. Les limites des terres et des mers étaient incertaines: la géographie de Ptolémée1 servait de référence et renseignait faussement le voyageur. La terre était plate et parvenu à l'extrémité on était victime de la chute suprême et définitive! Malgré cela, il a fallu l'audace, l'utopie, le rêve de quelques-uns pour entreprendre l'impossible et l'effrayant. Une fois la « reconnaissance» du globe accomplie, les mers et les océans vont voir fleurir une noria d'embarcations à la recherche d'échanges commerciaux lucratifs. Le 28 mai 1664, Colbert avait créé la Compagnie des Indes Occidentales; il lui était accordé « le droit exclusif du commerce, de la traite des Noirs et de la navigation dans toute l'étendue des îles et terres fermes de l'Amérique ». En août 1664 est créée la Compagnie des Indes Orientales; elle est ouverte à « toutes personnes de quelque qualité ou condition qu'elles soient». Ce point mérite d'être souligné car les nobles, même si certains répugnent au début à ces investissements, ne se trouvent pas exclus. La Compagnie est formée grâce à des capitaux privés et à la participation de l'Etat. Elle reçoit pour cinquante ans le privilège du commerce à l'est du cap de Bonne-Espérance, c'est-à-dire dans l'océan Indien, en Extrême-Orient et dans les mers du Sud, ainsi que la propriété de Madagascar et de « toutes les terres conquises sur les ennemis du roi». C'est l'année suivante (1665) que Bourbon verra . .. arrIver ses pIonnIers.

1. Claude Ptolémée (probablement à Ptolémaïs Hermiu (Haute-Egypte) vers 90 Canope vers 168). Astronome, mathématicien et géographe grec. 9

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Dans les premiers temps, le commerce ne sera pas le souci majeur des Bourbonnais. L'île aura vocation de « jardin»: elle fournira en denrées alimentaires les navires qui y feront escale. Bourbon vivra à l'écart de la fièvre commerciale du fait de l'impossibilité de la doter d'un port réellement facile d'accès. Il faudra attendre l'élan insufflé, à partir de 1730, par deux gouverneurs pour parler de commerce avec la culture du caféier. L'île La Réunion est une île volcanique de l'océan Indien, située à huit cents kilomètres à l'est de Madagascar et à trois cents kilomètres au nord du tropique du Capricorne. La route qui fait le tour de l'île lui donne une circonférence de deux cent huit kilomètres, sa superficie est de deux mille cinq cent dix km2. C'est sur une carte de 1502, due aux Portugais, que La Réunion apparaît pour la première fois sous le nom de Diva Morgabin (l'île de l'Ouest). Le 9 février 1507, Diego Fernandez Pereira aperçoit une île, il ne s'y arrête pas mais la baptise Santa Apollonia (le 9 février est le jour de la Saint Apolline). En 1513, Pedro de Mascarenhas, à l'occasion d'un voyage aux Indes, « découvre» La Réunion, Maurice et Rodrigues: les Mascareignes. Ainsi se trouvent résumées les origines possibles de la découverte de La Réunion. « Repérée» à plusieurs reprises par les Portugais, La Réunion ne fut, toutefois, jamais possession portugaise. lIe déserte, elle servait d'étape aux navires hollandais, anglais et portugais en route pour les Indes et c'est un Français, Salomon Goubert, originaire de Dieppe, qui va en prendre possession au nom du roi de France en 1640. En agissant de la sorte, il appliquait à la lettre les ordres de la Société de l'Orient à laquelle Richelieu reconnaissait le droit d'ériger en colonie, au nom du roi, Madagascar « et autres îles adjacentes ». En septembre 1642, Jacques Pronis, gouverneur de Madagascar, confirme la prise de possession de l'île par les Français. En 1646, appareille de Madagascar le Saint-Louis sur lequel sont embarqués douze mutins: ils sont exilés à Bourbon par le gouverneur dont ils ont comploté le meurtre. A son arrivée à Madagascar, Etienne de

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Flacourt1, nouveau gouverneur, épouvanté par la mesure de son prédécesseur décide de rapatrier les mutins: il se rend sur l'île, qu'il baptise Bourbon, et dont il réaffirme le titre de possession française. Après le départ des mutins, l'île sera à nouveau déserte pendant cinq ans. Etienne de Flacourt n'aura pas qu'à se louer des Français de Madagascar. Il devra lui aussi sévir, cette fois contre des voleurs: le 10 septembre 1654, huit Français et six Malgaches embarquent, sur l'ordre de Flacourt comme « volontaires », à bord de l'Ours à destination de Bourbon. Ils y séjourneront quatre ans, jusqu'à ce que le 28 mai 1658 arrive le Thomas-Guillaume. Son propriétaire, le trafiquanf Gosselin, propose aux habitants de l'île de les monter à son bord pour les emmener aux Indes. L'île est une fois de plus désertée. En 1663, Louis Payen3 et Pierre Pau obtiennent du gouverneur de Madagascar, où ils résident, l'autorisation d'aller s'installer à Bourbon: Monsieur de Kergadiou, commandant du Saint-Charles, les y débarque en novembre. Les deux Français sont accompagnés de dix Malgaches: sept hommes et trois femmes. Ils s'installent à l'emplacement de l'actuelle Saint-Paul, où les mutins de 1642 et de 1654 s'étaient eux-mêmes installés. A partir de cette date l'île ne sera plus jamais déserte. Le 7 mars 1665, quatre navires4 armés par quatre cent quatre-vingtonze hommes, sous le commandement de Monsieur de Beausse, quittent Brest à destination de Madagascar5. Cette expédition, outre les équipages, emmenait « un certain nombre de colons, dont cent

1. Etienne de Flacourt (Orléans, 1607 - Dans l'Atlantique, 1660). Naturaliste, gouverneur de Madagascar de 1648 à 1655. 2. Trafiquant: nom donné à celui qui faisait le commerce avec les Indes. 3. Louis Payen est originaire de Vitry-le-François, il vient de passer sept ans à Madagascar. 4. La Vierge du Bon Port avait été équipé à Saint Malo, le Taureau et l'Aigle Blanc à La Rochelle et le Saint Paul (l'ancienne frégate de Fouquet, l'Aigle Noir) au Havre de Grâce. 5. On trouvera en annexe 3 le récit du naufrage que vivra la chaloupe d'un des bâtiments de cette expédition. Il permet de mesurer les risques que comportait un tel voyage. Il

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soixante-cinq ouvriers spécialisésl, huit chirurgiens,trois apothicaires,
un grand nombre de prêtres et missionnaires, quelques femmes de bonne volonté ». Quatre mois plus tard, le 9 juillet 1665, treize colons, sous le commandement d'Etienne Regnault, débarquent à Bourbon. C'est à proprement parler le début du peuplement de l'île. La perspective de s'installer à Bourbon ne crée pas d'engouement en France. Les départs volontaires à destination de l'île sont peu nombreux: la population des colons est majoritairement constituée d'éléments ayant eu des démêlés avec la maréchaussée et d'orphelins abandonnés à des couvents. Ainsi, l'accroissement de la population n'est pas considérable: cent cinquante habitants en 1678, trois cent seize en 1690 et mille cent soixante et onze en 1713. C'est sans doute cette lenteur dans le peuplement qui permet aux «défricheurs » de conserver longtemps un style de vie proche d'une société primitive, dominée par la chasse et la cueillette, plutôt que de se lancer dans une économie agricole. S'investir plus avant est peut-être difficile pour des hommes et des femmes démunis. La première pièce des archives est une lettre de 1678 adressée à Colbert: elle rend bien compte de l'état de dénuement de la population. En voici la copie:
« 16 br 1678 Tous les habitants de l'isle Bourbon supplions très humblement Monseigneur de Colbert protecteur spécial de la dite isle de Bourbon d'avoir esgard à la nécessité où elle se trouve présentement étant dégarnie de toute commodités nécessaires tant pour l'entretien des familles que pour le cultivement de la terre et sur tout ce qui descourage entièrement du service et le mauvais traitement des commandants qui se saisissent de la plus grande part du meilleur et du plus beau des petits secours qu'on y envoit soit pour eux soit pour leurs valets comme aussi de considérer qu'ils nous empeschent entièrement le commerce que nous pouvons faire avec les navires qui passent dans ces quartiers qui n'arrive que rarement: néanmoins nous aurons quelques consolation si l'on nous permettait d' eschanger les fruits que nous cultivons en petite

1. Ces 165 ouvriers se répartissent en : 28 maçons, 12 charpentiers, 16 menuisiers, 17 maréchaux, 18 laboureurs-jardiniers-vignerons, 12 soyeux, 8 charrons, 9 tonneliers, 15 boulangers, 8 bouchers, 3 taillandiers, 4 tailleurs d'habits, 8 cordonniers, 3 tanneurs, 4 chandeliers. ln Georges Martin. 12

INTRODUCTION commodité qui nous sont de la dernière nécessité. Monseigneur espérant que vous aurez quelque charité pour le pauvre peuple de Mascareignes nous vous pouvons assurer que de notre costé nous contribuerons aussy de nostre meilleur a donner toute la satisfaction que peut souhaiter nostre bon Roy que Dieu conserve en nostre excellence; les matériaux qui nous seroient plus de besoins ce sont fer acier meulle avec un bon taillandier quelques toilles bien fortes pour le travail avec des marmites et poisles la terre de ce pais n'estant pas propre a cette effect ce qui met dans la dernière misère pour vivre honnestement plustost qu'en sauvage. Monseigneur en passant nous prendrons la liberté de vous dire qu'il y a icy grand ( ) que les navires ont laissé comme malades et qui sont plustost tous soldats que dans le dessin de s'arrester dans ces quartiers qui maudissent tous les iours le moment qu'ils ont mis pieds à terre se serait une grande charité que de les en retirer comme aussy de nous donner la liberté de nous deffaire des Madascarins qui sont icy qui sont gens traitres et turbulant car pendant qu'il y en aura au lieu de cultiver nos terres il faut que nous leurs allions faire la guerre pour les esloigner de nos habitations
Monseigneur

C'est de rechef la supplique que vous font vos très humbles et obéissants serviteurs. De Saint-Paul en l'isle de Bourbon ce 16° iour de novembre 1678. Pierre HIBON; F.MUSSARD; Jacques FONTAINE; Sanso du CHAUSSOUR; Pierre COLLIN; F.RICQUEBOURCQ; marque du dit Regnault HOUARAULT ; Marque du dit Gilles LAUNAY; Nicolas PROU; Hervé DANEMONT ; marque du dit Jean BELLON; marque du dit Guillaume GlRAR ; Jacques GOURGEON (?); marque du dit Pierre NA TIVELLE ; George PIOLAN ; marque du dit François PENAOÜET ; Jean FUS 1ER ; marque du dit François VALLEE; marque du dit Robert VIGOUREUX ».

Nous retrouverons, en partie, ces dix-neuf signataires au fil des différents recensements et dénombrements. 13