Quand les immigrés du Sahel construisent leur pays

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Ils viennent du Sahel, et plus précisément du bassin du fleuve Sénégal. Maliens, Mauritaniens ou Sénégalais, ils sont immigrés en France et contribuent efficacement au développement de leurs villages et régions d'origine. Vitales pour ceux qui sont restés au pays, leurs actions de solidarité sont pourtant méconnues. Les 400 associations qu'ils ont créées sont souvent oubliées dans la liste des acteurs du développement et les colonnes des journaux. Ces associations ont voulu mieux se faire connaître, et sortir de leur isolement. Avec l'appui de l'Institut Panos, elles ont procédé à une enquête et organisé un rassemblement national (Evry, 1992), 175 villages du bassin du fleuve Sénégal étaient représentés. Plus de 250 personnes (immigrés, villes jumelées, pouvoirs publics, organisations non gouvernementales) ont échangé leurs expériences et élaboré des propositions. Des possibilités de synergie ont été identifiées et un Réseau des associations pour le développement de la vallée du fleuve Sénégal s'est constitué.
Publié le : vendredi 1 janvier 1993
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EAN13 : 9782296285453
Nombre de pages : 208
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QUAND LES IMMIGRÉS DU SAHEL CONSTRUISENT LEUR PAYS

Photograplùe : Christophe Daum. Après le barrage construit par l'association,

les poissons

reviennent. ..

Institut PANOS

QUAND LES IMMIGRES DU SAHEL CONSTRUISENT LEUR PA YS

Préface de Charles Condamines
Synthèse de l'étude "Migrants et développement" par Christophe Daum

Actes du colloque ''Immigration et développement du Sahel"

Réseau des associations pour le développement de la vallée du fleuve Sénégal Editions L'Harmattan 5-7, rue de L'Ecole Polytechnique 75005 Paris

OUVRAGES PUBLIÉS PAR PANOS PARIS:

Sida l'épidémie raciste, Renée Sabatier, Panos-L'Harmattan, 1989, 223p. Ça presse au Sahel, Panos-UJAD, 1990, 37p. L'état de la presse en Afrique de l'Ouest francophone, Panos-UJAD, 1990, 125p. Presse francophone d'Afrique: vers le pluralisme, PanosUJAD/SEP, L'Harmattan, 1991, 28Op. Libérer la parole paysane au Sahel, Françoise Havelange, Panos-L'Harmattan, 1991, 126p. L'Agroforesterie en Afrique, Paul Kerkof, Panos-L'Harmattan, 1991, 254p. Sida, une triple menace pour lesfemmes, Panos-L'Harmattan, 175p. Quand les pauvres du Sud s'autofinancent, Panos-L'Harmattan, 1991, 157p. Le Tchad réel, Panos/UJT/Cefod, N'djamena, 1992, 125p. Les enfants du Sahel, Sophie Bessis, Panos-Unicef-L'Harmattan, 1992, 175p. Le vrai coût du Sida, un nouveau défi au développement, Panos-L'Harmattan, 1993. Quand les immigrés du Sahel construisent leur pays, PanosL'Harmattan, 1993.

@ L'Harmattan/Panos, 1993 ISBN: 2-7384-2318-3

Les associations organisatrices du colloque
IMMIGRATION ET DEVELOPPEMENT DU SAHEL

MALI Association Diama Djigui. Président: Anzoumana SIB!. Siège Social: 34 Square Montholon, 75009 Paris. Association Guidimakha Djikké. Président: Moussa CAMARA. Siège social: cio M. Camara, Cité Allende. Bât. 5 Esc. 6, 93200 St.-Denis. Association villageoise Diombougou, (AVD). Président: Seydou DIALLO. Siège social: Relais 59. 59, Av. Daumesnil, 75012 Paris. Bénévoles Franco-Maliens pour le développement de l'arrondissement d'Oussoubidiagna. Président: Yéra DEMBÉLÉ. Siège social: 70 rue de la Villette, 75019 Paris. MAURITANIE Association des ressortissants de Sagné pour le progrès et le développement. Président: Sidy BA. Siège social: 50, rue Stanislas Girondin, 76000 Rouen. Association des ressortissants de Sanghé Diéri. Président: Mamadou SOW. Siège social: 15 ter rue Fournier, 92110 Clichy. Union des associations du Guidimakha en France. (UAGF). Président: Sébo CAMARA. Siège social: cio M. Sébo CAMARA. 3, rue Marc Seguin, 75018 Paris. SÉNÉGAL Fédération des Associations de la Vallée du Fleuve Sénégal. (FAVFS). Président: Amadou SALL. Siège social: 10, rue du Général Gallieni, 93100 Montreuil. Association des Ressortissants de l'arrondissement de Kidira en France. (ARAKEF). Secrétaire-général: Mamadou Sylla. Siège social: cio M. Oumar DIENG, 35, rue d'Alsace-Lorraine, 93700 Drancy.

Ont soutenu ou patTainé ce colloque
Ministère de la Coopération et du Développement Ministère des Affaires sociales Fonds d'Action sociale Syndicat d'Agglomérations Nouvelles d'Evry Conseil National des Villes (CNY) Cités Unies France (CUF) Essonne Sahel Fédération des Clubs UNESCO Groupe de recherches et de réalisations pour le développement rural dans le Tiers Monde (GRDR) Centre de recherches et d'information pour le développement (CRID) Ciépac Cimade Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD) Comité de liaison des organisations de solidarité internationales (CLOSI) IRFED Jardins de Cocagne (Suisse) Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI Québec) Confédération des associations Haïtiennes de développement du Québec (CARAHQ) Fondation Lord Michelham of Selingly (Suisse) GAO (Italie) ORS TOM (Unité Sud) Hommes & Migrations Colloque sous le patronage de Madame Catherine Lalumière, secrétaire général du Conseil de l'Europe.

Avant propos

Le présent ouvrage contient une synthèse de la recherche réalisée par l'Institut Panos. Elle concerne les associations d'immigrés du bassin du fleuve Sénégal en France et leur contribution au développement de leur village et région d'origine (Mali, Mauritanie et Sénégal). On trouvera ensuite le compte rendu des travaux d'un colloque concernant le même thème (250 participants à Evry, les 13 et 14 juin 1992). La qualité et la diversité des interventions, l'actualité de cette problématique, ont convaincu les organisateurs de l'utilité de cette publication. Tous les participants ne se retrouveront pas dans ce livre: après avoir été limités par le temps lors du colloque, nous l'étions ici par les contraintes techniques du nombre de pages. Nous avons tenu à ce que la plupart des très nombreux intervenants puissent se relire, avant publication. Et nous espérons avoir fidèlement retranscrit leurs propos. Nous les remercions par avance pour leur indulgence, le cas échéant. Par convention, les noms des intervenants sont suivis, entre parenthèses, de leur pays de résidence. Certaines des interventions de ce colloque, accompagnées d'articles de fonds, ont déjà été publiées dans le numéro du mois de mai de la revue Hommes & Migrations (40 rue de la Duée, 75020 Paris).

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Nous adressons nos remerciements à tous ceux qui ont contribué à la réalisation de ce livre : Gabrielle Borde-Dixneuf, Eléna Corb~ Ansaf Ouazani oftt assuré le secrétariat, Frédéric Kalfon (GRDR), la maquette. Jean-Jacques Louam (panos RFI) a assuré la "réécriture" de l'ensemble. Isabelle Guisnel (ministère de la Coopération et du Développement), Emmanuel Cuffini (SAN d'Evry) et Daniel Neu (GRDR) ont participé à la relecture des interventions du colloque. Nous remercions le ministère de la Coopération et du Développement ainsi que la Fondation pour le Progrès de l'Homme (FPH), pour leur soutien financier. Les opinions, propositions et recommandations qui sont reprises ici n'engagent que leurs auteurs, et en aucun cas les pouvoirs publics, l'Institut Panos et les financeurs. Des extraits de cette publication peuvent être cités librement, sous réserve de mentionner précisément les nom et qualité de la personne dont le texte est repris, et de nous faire parvenir un exemplaire de la publication. Christophe Daum, Institut Panos, mai 1993.

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Préface

Charles Condamines, directeur de l'Institut Panos.

~igrationsetcoopération'mœrnationwe
"On peut prendre toutes les décisions administratives possibles, on ne résoudra le problème de l'immigratjon, de l'Est comme du Sud, que par le développement des pays d'origine. Actuellement on cumule tous

les risques: la poussée démographique et l'e.ffOndrement des ressources chez eux pendant que, chez nous, on sclérose des terres fertiles. Tout cela risque de se payer un jour". Ces fortes paroles sont de Charles Pasqua (Le monde du 3 juin 1993), ministre de l'Intérieur et de l'Aménagement du territoire. Elles font pour ainsi dire écho à la menace brandie par le président sénégalais Abdou Diouf, évoquant la menace du "cauchemar des hordes de barbares déferlant sur le sol français". Sans doute dans l'espoir de convaincre ses partenaires mieux pourvus de bourse délier. L'Europe compte 12 millions d'immigrés. La moitié viennent du Sud. En période de récession économique et de chômage, un large consensus semble se réaliser autour d'un certain nombre d'impératifs: puisqu'il est impossible d'accueillir "toute la misère du monde", il faut limiter au maximum le nombre des nouveaux arrivants (c'est l'option immigration zéro), manifester la plus grande fermeté vis-à-vis des clandestins et

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améliorer les dispositifs d'intégration pour ceux qui se trouvent en situation régulière. Mais comme la Méditerranée marque la ligne de partage la plus inégalitaire au monde, il est clair que soit les richesses iront là où sont les hommes, soit les hommes iront là où sont les richesses. Le débat sur l'immigration s'est donc pour ainsi dire enrichi d'un nouvel élément: plus de coopération pour moins d'immigration. Un peu partout, à New York, à Bruxelles, à la Haye, à Berne, à Ottawa... les hommes politiques reprennent de plus en plus souvent ce discours. En France il est proféré aussi bien par les représentants du Parti communiste que par ceux du Front national. Sur le long terme en effet, il est vraisemblable que l'amélioration des conditions de vie des gens là-bas fasse baisser ce que les démographes appellent la propension à émigrer. Encore faudrait-il sans doute opérer de sérieuses réformes dans les politiques de coopération. Un chantier urgent à investir. Sinon l'invocation de la coopération internationale ne vaudra guère mieux qu'un dégagement en touche. Dans l'immédiat, ce discours a tendance à passer sous silence la contribution que les immigrés apportent déjà au développement de leurs pays d'origine. Or celle-<::i st souvent considérable par ses montants et vitale pour ses e bénéficiaires. TIy a les transferts que, faute de mieux, nous appellerons culturels: ils concernent les rapports sociaux, les modèles de consommation, les types d'organisation sociale (famille, cité, Etat), la conception du temps et de l'argent. Pas toujours positifs, ces messages et valeurs circulent dans les réseaux de relations, souvent denses et même intimes, entretenues par des nationaux habitant des pays différents. Les filières éthnico/familiales étant ici déterminantes. Les transferts financiers empruntent des voies différentes. Certains sont institutionnels: il s'agit des retenues sur salaire effectuées par les organismes sociaux (retraites, allocations familiales etc.) du pays d'accueil et mises à la disposition de leurs homologues dans les pays de départ. Ces transferts sont pour ainsi dire obligatoires. D'autres transferts sont volontaires: ce sont les biens en nature et l'argent que les travailleurs immigrés envoient à leur famille restée au pays.

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Au total en 1986, les émigrés marocains ont ainsi procuré 58% des devises encaissées par leur pays d'origine (Jean Pierre Garson, OCDE 1988). En 1986, toujours au Maroc, les sommes envoyées par les émigrés originaires de la province d'Al Hoceima ont représenté 60% du total des revenus disponibles dans la Province. Chaque émigré (ils étaient 30.000) faisant vivre 6 des siens restés au pays. Comme l'a montré une étude du Conseil national des villes et de l'Institut Panos, ces montants sont bien supérieurs à ceux réalisés par les autres acteurs de la coopération (villes, organisations non gouvernementales, pouvoirs publics). Loin de nous la prétention de vouloir établir une sorte de palmarès de la générosité ou de la fraternité internationale. Mais il y a au moins un paradoxe et sans doute un grand manque à gagner à vouloir faire de la coopération internationale contre ou sans les immigrés. Dans l'immédiat si les hommes du Sud ne peuvent plus venir ou rester chez nous, ce sont leurs parents, leurs femmes et leurs enfants restés là bas qui vont pâtir un peu plus. Parfois, les immigrés se sont dotés d'outils institutionnels qui devraient grandement faciliter les indispensables synergies avec les autres acteurs de la coopération internationale. C'est notamment le cas des Sahéliens en France. Panos Paris a voulu mieux connaître et faire connaître ces 400 associations de Maliens, Mauritaniens et Sénégalais installés sur notre sol et activement préoccupées de la mosquée mais aussi et de plus en plus souvent, de l'école, du dispensaire ou de la pompe à eau de leur village ou régions d'origine. Panos a aussi voulu faciliter l'émergence d'une instance réellement représentative de ces acteurs du développement. Ceci afin d'améliorer leurs capacités d'intégration dans la famille des autres acteurs de la coopération que sont les pouvoirs publics, les villes et les ONG. Plus de connaissance et de reconnaissance mutuelles pour de meilleures synergies. S'agissant du développement du Sahel, il importe de savoir combien de litres d'eau il faut pour un kilo de riz. Mais il importe tout autant de savoir où et comment sont enterrés les ancêtres. Cette enquête a déjà fait l'objet d'une publication. On en trouvera ici une synthèse. Cette étude a aussi alimenté les travaux du Colloque d'EVJ:Y. Rassemblant un grand nombre d'immigrés de la vallée du fleuve Sénégal et des représentants des autres acteurs intéressés, cette rencontre a

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marqué une étape importante dans la recherche d'une meilleure articulation entre migrations et coopérations internationales. A présent Panos souhaite élargir son intervention à d'autres régions du Sud. Au Nord, après Maastricht, la dimension européenne apparait comme particulièrement pertinente. En ces temps où les questions de frontières semblent parfois reprendre du poil de la bête, il n'est pas inutile de rappeler l'existence de réalités grises ou en tout cas intennédiaires qui pèsent d'un poids plus lourd qu'on ne le croit généralement. Ces charnières sont parfois dangereuses et toujours grinçantes. On peut vouloir les supprimer. On peut aussi leur laisser un peu de jeu, y verser un peu d'huile et, par souci d'efficacité, en régler quelques rouages.

Si les charters devaient prendre le pas sur les chantiers du développement,la coopération internationaleserait défigurée.

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Synthèse de l'étude Migrants et développen:zent

Quand les immigrés du bassin du fleuve Sénégal construisent leur pays

Christophe Daum, Socio-anthropologue. Institut Panos. Mai 1993. En France aujourd'hui, soixante-dix pour cent des immigrés des trois pays de la vallée du fleuve (Mali, Mauritanie, Sénégal) sont organisés dans de très nombreuses associations tournées vers le développement des villages d'origine. L'activité de ces associations est intense, leurs réalisations recouvrent des secteurs importants de la vie des villages. Structurés en associations, les immigrés font figure de novateurs et d'initiateurs dont le rôle, souvent, est déterminant auprès de leurs covillageois. A ce titre, ils sont incontournables. Mais, ici comme dans les pays d'origine, les associations de ressortissants du bassin du fleuve sont peu reconnues par les opinions publiques. Les différentes institutions publiques ou privées qui interviennent sur le développement de cette région ne les considèrent pas vraiment comme des partenaires. De rares ONG accompagnent leurs actions, parmi lesquelles il faut citer le Groupe de Recherches et de Réalisations pour le Développement Rural dans le Tiers-Monde (GRDR). Evaluer l'activité des associations, comprendre leur impact dans les villages d'origine, expliciter le rôle spécifique des immigrés,

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acteurs du développement, tels étaient les objectifs d'une rechercheI engagée en janvier 1991. Nous tenions, en outre, à faire mieux connaître ces associations et à contribuer à formuler un cadre pour de meilleures synergies en ce qui concerne leurs partenaires. Cette recherche a donné lieu à un premier rapport qui proposait l'état des lieux de la question, elle a été conclue par le colloque "Immigration et développement du Sahel". Le texte que nous proposons ici systématise les conclusions de nos travaux. J. Une recherche accompagnant les bilans des associations. Quatre cents associations ont été identifiées pour les trois pays (Mali, Mauritanie, Sénégal). Une étude exhaustive a permis d'en rencontrer cent-cinq en France. Dans les régions d'origine, quatrevingt-dix sept villages correspondant à ces associations ont été visités. Dès le début, il nous a semblé nécessaire de travailler avec les associations elles-mêmes. D'une part, cette longue enquête aurait été presque impossible sans l'adhésion active des responsables associatifs. Enfin, l'affinement des pistes de travail et de la problématique en a été rendue d'autant plus riche, la vérification des hypothèses ainsi que la validation de l'échantillon des villages et associations retenus plus dynamiques. L'intérêt soutenu des associations témoigne d'une prise de conscience, importante dans l'histoire du mouvement associatif africain en France. Anticiper sur les actions à engager et sur les solutions possibles à dégager, tel est l'objectif aujourd'hui de nombreux responsables associatifs. Avec, comme point de départ, une vision d'ensemble et fine - des freins sociaux, économiques et politiques de leurs régions d'origine. Un "comité de pilotage de l'étude" a permis à ces responsables de prendre leur place dans ces travaux. Il était également composé de chercheurs, de membres d'organisations non gouvernementales, de représentants de collectivités territoriales et suivi régulièrement par

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I L'étude a été cofinancée par le Fonds d'Action sociale et la Coopération suédoise, que nous tenons à remercier ici. 18

des représentants du Fonds d'Action sociale. Pour la phase d'enquête dans la vallée ainsi que sa synthèse, enfin, des collaborations précieuses ont été engagées avec des chercheurs maliens, mauritaniens et sénégalais. Nous citerons notamment ici Mamadou Soumaré (Ecole Normale Supérieure de Bamako) et Lamine N'Diaye (Jokoo Associés, Dakar), dont les rapports détaillent nombre d'informations que nous n'avons pu reprendre ici. Samba Yatéra, pour la Mauritanie, a également contribué à nos travaux. A partir d'une problématique élaborée en commun, ces différents partenaires ont contribué, avec leur expérience respective, à la mise au point de l'échantillon des villages et associations ainsi qu'à celle des outils de collecte de l'information. Le choix des villages se situe à la croisée de deux préoccupations: partir des associations dynamiques ici, en France; recouvrir le plus finement possible les différents contextes dans la vallée du fleuve. Dans un souci d'équilibre entre les composantes nationales, nous avons tout d'abord retenu 40 villages pour le Mali, 20 pour la Mauritanie et 40 pour le Sénégal, en veillant à ce que les différents départements ou cercles (dans le cas du Mali) soient représentés. A partir de ce premier cadre, les spécificités géographiques (éloignement/proximité du fleuve en particulier) ont été également un de nos points de repères. Par-delà les découpages administratifs enfin, certaines entités historiques perdurent et induisent des relations de proximité. C'est le cas pour le Fuuta, le Gadiaga, le Diomboukhou, le Guidimakha ou le Séro. Nous avons veillé à ce que ces entités, parfois à cheval sur les frontières des indépendances, soient représentées. Pour l'enquête dans les villages de la vallée, il s'est souvent révélé important d'être "envoyé par les immigrés" afin d'accéder à l'information: soit le chef et le conseil du village étaient prévenus de l'arrivée de l'enquêteur, soit ce dernier pouvait se réclamer du président de l'association parisienne. Dans deux villages (au Mali et au Sénégal), les enquêteurs se sont ainsi vu refuser la passation des questionnaires, les villageois n'en ayant pas été avertis par l'association en France. Dans un autre cas, nous avons préféré ne pas intervenir dans une situation de conflit. Cette réalité nous conduit à une première remarque: les villageois et les immigrés appartiennent bien, de façon consciente, à un même 19

groupe. Et l'on verra, au fil de la présente analyse, combien cette remarque est déterminante pour comprendre ce qui se joue dans ces régions. Elle nous renvoie ensuite aux difficultés que nous avons rencontrées en France: après l'identification des quatre cents associations, il a fallu contacter leurs responsables. Les premiers contacts ont renvoyé aux suivants, à partir de relations de voisinage ou de collaboration. Quelques associations, que nous avions retenues a priori, ont refusé de s'associer à la démarche (pour des raisons, parfois, de méfiance vis-à-vis de l'enquête, dans certains cas pour des raisons liées à une situation de difficultés internes). Certaines autres associations que nous ne prévoyions pas initialement ont tenu à être partie prenante. Enfin, les conjonctures nationales sont également à prendre en compte. L'enquête s'est en effet déroulée au plus fort de la transition démocratique au Mali, les ressortissants de ce pays étaient particulièrement mobilisés. Dans tous les cas, il a fallu expliquer les enjeux de cette recherche, et parfois attendre que le bureau de l'association ait donné son feu vert et mandaté ses porte-parole. Notre échantillon de départ s'est progressivement affiné en fonction de toutes ces données. Il a été, tout au long de sa mise au point, confronté aux connaissances des partenaires qui suivaient l'étude, et notamment au sein du comité de pilotage. Nous avons utilisé plusieurs types d'outils pour cette enquête: deux questionnaires collectifs dans la vallée (respectivement adressés aux notables des villages, aux responsables des associations), un questionnaire individuel destiné aux chefs de famille. En France, nous avons utilisé un questionnaire "recensement des initiatives" et réalisé une série d'entretiens avec des responsables d'associations. Ces entretiens ont été prolongés auprès des associations dans la vallée (dans une dizaine de cas). Au total, plus de 1500 personnes ont ainsi été rencontrées: 342 au Mali, 582 en Mauritanie et 364 au Sénégal, ainsi que environ 250 responsables d'associations en France. L'ensemble de cette enquête, articulant le quantitatif au qualitatif, propose une compréhension exhaustive des dynamiques en oeuvre dans ces régions. Cette recherche met à jour quatre constats autour desquels est organisée la présente analyse:

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