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Quelle mort pour demain?

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EAN13 : 9782296262119
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QUELLE MORT POUR DEMAIN?
Essai d'anthropologie prospective

COLLECTION

NOUVELLES ÉTUDES ANTHROPOLOGIQUES
BROHM

DIRIGÉE

PAR PATRICK BAUDRY, JEAN-MARIE LOUIS- VINCENT THOMAS

Une libre association d'universitaires

et de chercheurs

entend

promouvoir de « Nouvelles Etudes Anthropologiques ». En privilégiant dans une perspective novatrice et transversale les objets oubliés, les choses insolites, les réalités énigmatiques, les univers

parallèles, les « Nouvelles Etudes Anthropologiques»

interroge-

ront surtout la Vie, la Mort, la Survie sous toutes leurs formes, le Temps avec ses mémoires et ses imaginaires, la Corporéité dans ses aspects fantasmatiques et ritualisés, le Surnaturel, y compris dans ses croyances et ses témoignages les plus extraordinaires. Sans

renoncer aux principes de la rationalité, les

«

Nouvelles Etudes

Anthropologiques» chercheront à développer un nouvel esprit scientifique en explorant la pluralité des mondes, les états frontières, les dimensions cachées. Patrick BAUDRY
Ouvrages parus: -

Jean-Marie BROHM Louis-Vincent THOMAS

Patrick BAUDRY, Le corps extrême, Approche sociologique conduites à risque, 1991. Louis-Vincent THOMAS, La Mort en question, 1991.

des

DU MÊME AUTEUR, Socio-économie 1992.

dans COLLECTION

LOGIQUES

SOCIALES

de la mort, de la prévoyance aux fleurs de cimetière,

@ L'Harmattan,
ISBN:

1992

2-7384-1245-9

Annick BARRAU

QUELLE MORT POUR DEMAIN?
Essai d'anthropologie prospective

Editions L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 PARIS

INTRODUCTION

Sans que l'on puisse pour autant affirmer que le modèle occidental du refus de la mort soit d'ores et déjà devenu caduque - l'histoire séculaire des attitudes face à la mort nous ayant habitués à des chevauchements d'éléments apparemment contradictoires - force est de constater qu'une nouvelle sensibilité à l'égard de ces questions émerge depuis les années 1960 ; à tel point que certains n'hésitent pas à parler de « redécouverte» de la mort voire du « grand

retour» de celle-ci en ce xxe siècle finissant

1.

Au plan général, tout d'abord, se manifeste un regain d'intérêt certain, de type - dirons-nous - intellectuel pour toutes les questions touchant au mourir, à la mort et même à l'après-mort. C'est en effet à partir de 1965 que les publications françaises sur le sujet (en particulier dans la presse médicale) commencent à se développer de manière significative. Dans le même mouvement, se multiplient« journées », conférences et colloques plus ou moins médiatisés (dont ceux de la Société de Thanatologie, créée à Paris en 1966) et des thèmes difficiles comme l'acharnement thérapeutique, l'euthanasie ou le suicide arrivent sur le devant de la scène publique. En outre, à l'instar d'autres associations étrangères, est fondée, en 1980, l'Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité (A.D.M.D.) qui lutte pour une recon1. Cf. M. Vovelle, La mort et l'Occident de 1300 à nos jours, Gallimard, 1983, en part. pp. 740 et suivantes.

7

naissance légale et sociale d'une mort librement choisie et maîtrisée. Au niveau des pratiques maintenant, mais avec plusieurs années qe retard sur des pays comme l'Angleterre, le Canada ou les Etats-Unis, des professionnels de la santé se sont engagés dans la voie de la recherche d'une meilleure fin de vie. Lutte contre la douleur, accompagnement des mourants et soins palliatifs (la première Unité de Soins Palliatifs s'est ouverte en 1987 à Paris) sont désormais au centre des réflexions en ce domaine; et des associations dynamiques

militent en faveur de cet « Hospice movement» à la française. En outre, des sessions de formation destinées aux personnels du monde social ou médical sont consacrées de plus en plus fréquemment à ces questions, sans toutefois encore combler la carence informationnelle en la matière. Par ailleurs, des tendances« nouvelles» (en tout cas pour un pays latin de tradition catholique) dans les conduites funéraires sont observables dans notre pays depuis une vingtaine d'années. Et il apparaît que ces tendances (pour les principales: développement des soins de conservation ou
« thanatopraxie », extension des séjours en« funérarium »,

progression de la crémation et de la dispersion des cendres) répondent à une attente faite d'un souci d'écologie et d'hygiène mais aussi d'esthétique et de ritualité. Quant aux professionnels des services funéraires, ceux-ci ont entrepris de rechercher de nouveaux cérémonials allant dans le sens d'une plus grande personnalisation et d'une plus grande participation à la célébration des obsèques. Ceci étant, il ne faut pas omettre de souligner que ce qu'il estconvenud'appeler,àlasuitedeL.-V. Thomas,le« déni» de la mort demeurera vraisemblablement dominant tant que les conditions objectives qui l'ont amené ne seront pas modifiées en profondeur; d'où la poursuite probable, dans les prochaines années, de 1'« américanisation» (au moins partielle) des rituels européens de la mort. Mais, pour en revenir au mouvement de contestation à l'endroit d'un mourir jugé« déshumanisé» et d'une mort par trop « dénaturée », il faut replacer celui-ci dans le contexte d'un mouvement, plus large, de revendications qui a secoué notre société il y a maintenant plus de vingt ans et dont nous subissons toujours l'onde de choc. CommelenoteE. Morin: « (...) le propre de la crise culturelle profonde qui se creuse dans les années soixante a été de faire resurgir les uns après les 8

autres les grands Refoulés. L'avant-dernier fut le sexe. Le dernier est la mort (...) le retour de la mort est un grand événement de civilisation et le problème de con vivre avec la mort va s'inscrire de plus en plus profondément dans notre vivre» 2. En effet, au cours de ces années où des« crises» s'annonçaient, les certitudes s'estompent et une prise de conscience des excès, des déséquilibres, des points de rupture se fait jour. Une brèche s'était ouverte et les effets psycho-sociologiques d'un tel phénomène n'ont cessé depuis de nous impressionner (au sens photographique du terme). Entre autres-et c'est le point le plus important pour notre propos-la faille sociétale de 1968 a révélé une exigence de« qualité de vie », un désir d'« être », d'« être mieux », d'« être ensemble ». Et ceci s'est traduit tout à la fois par une attention particulière à l'égard des exclus, des oubliés, des « différents» et par un intérêt nouveau accordé à l'individu dans les divers âges de sa

vie. Après la naissance « sans violence », la diffusion de la
contraception, la reconnaissance légale de l'avortement, la « charte» du malade, celle des droits de l'enfant, etc., il apparaît somme toute assez logique que l'on en soit venu à s'intéresser aux plus âgés (d'autant que l'évolution démographique jointe à des considérations économiques ne permet plus d'ignorer les problèmes du vieillissement) mais aussi aux mourants (les exclus d'entre les exclus) et, par extension, aux morts. Ceci étant, la réalité est toujours plus complexe et d'autres facteurs ont concouru au regain d'intérêt actuel pour les questions touchant à la mort; citons, par exemple: le réveil de la vieille peur millénariste, la montée d'un certain
« irrationnel », la hantise de la destruction atomique finale

ou celle, plus lente, de la décrépitude écologique, l'angoisse, peut-être plus pernicieuse, de la maladie qui ronge de l'intérieur (cancer, S.LD.A.) \ etc., autant de peurs diffuses que l'on peut repérer dans le « subconscient» collectif. En définitive, la nouvelle sensibilité par rapport à la mort - tout comme au temps d'ailleurs-que l'on voit se développer dans la« néo-modernité »est interprétable en termes de
2. E. Morin, L'homme et la mort, Seuil, Paris, 1970 (première éd. 1951). 3. Cf. SIDA: le défi social, n° 3/4 de la revue Actions et Recherches Sociales, oct./déc. 1989 et, plus particulièrement: L.-V. Thomas, Le reto!7 de la mort, pp. 79 à 101. 9

prise de conscience et de malaise existentiel envers une logique productiviste évacuant par trop le besoin qui travaille tout homme: celui de dépassement. Coupé du divin et, par

beaucoup d'aspects, également du social

(<<

Le corps social

perd doucement son lendemain» disait P. Valéry), voici l'individu rendu à la tâche de se contempler mais aussi, par-dessus tout, de se définir. Et si la mort revient aujourd'hui sur le devant de la scène, c'est en tant que révélateur métaphorique du mal de vivre, signant par là la fantastique mutation qui est en cours. Vers le milieu du xxe siècle, l'espèce humaine a acquis le pouvoir d'exterminer la vie sur la Terre: à la fin du siècle, elle est capable de la recréer. En effet, durant l'été 1990, un événement que l'on peut qualifier d'historique (et pourtant probablement ignoré du grand public) s'est produit: la naissance de la première forme de vie artificielle. Mis au point par des chercheurs du Massachusetts Institute of Technology (M.LT.) aux États-Unis, l'A.A.T.E. (ester triacide aminoadénosine) est le premier corps chimique jamais créé en laboratoire qui soit capable de s' autorépliquer ; forme de vie, certes, primitive mais étape décisive sur le chemin qui mène de l'inerte au vivant. Ainsi, des deux extraordinaires mais terribles possibilités, détruire ou créer, on ne sait pas trop laquelle pèse le plus lourd sur nos épaules... Et si l'on veut entrer, sans trop de frayeur, les yeux grand ouverts, dans l'âge nouveau qui s'annonce, il faut dès maintenant s'employeraprès l'avoir libéré - à humaniser l'avenir. La société qui nous attend est une société de création permanente, où la conquête de la durée passera par l'intégration du champ des possibles dans un « présent dilaté» 4. Temps spéculatif et mort interactive (ou, encore: mort cybernétisée, mort « annulée») aboutiront à la production de l'homme par l'homme. Chacun des atomes qui constitue notre organisme a déjà été impliqué dans des milliards d'êtres vivants avant nous et notre dépouille servira à construire de nouvelles vies: nous proposons de désigner ce phénomène par le terme de
« revivance ». Dans cette perspective, la mort est bien « la

servante de la vie» ; c'est elle qui lui donne de nouvelles chances pour de nouvelles expressions du protoplasme. Et c'est finalement par le« détour» 5de la créature au singulier
4. Cf. K. Pomlân, L'Ordre du temps, Gallimard, Paris, 1984. 5. Cf. G. Balandier, Le détour, Fayard, Paris, 1985. 10

que l'homme émancipé du Nouvel Âge pourra se réconcilier avec la plénitude de l'Universel. Ainsi, une approche prospective des conduites socialisées liées à la mort (depuis le « mourir» - ou « atropie » jusqu'à la mémoire-trace, en passant par les cérémonials d'obsèques) sera tentée afin, tout à la fois, d'aider à comprendre le présent, d'anticiper le changement et surtout, peut-être, de mieux préparer (et nous préparer) à affronter un futur déjà en marche. Alors, par la porte entrouverte de l'avenir, nous verrons que se profile un Nouvel Âge dans lequel l'être-homme, régi par le principe d'autonomie (du grec« auto» et« nomos» : qui fixe sa propre loi), devient à lui-même le lieu de tous les possibles, sa mesure et son temps, son origine et sa destinée. Grâce à sa nouvelle conscience du Singulier-Universel et affranchi des transcendances de jadis, I'Homme se dessine comme avenir de I'homme: demain sera le temps de 1'« homme-monde »...

11

PREMIÈRE PARTIE

LES NOUVELLES PRATIQUES FUNÉRAIRES

Chapitre premier

LA PRÉSENTIFICATION DES DÉFUNTS Des morts bien convenables
«

Cette roue sous laquelle nous tournons
Est pareille à une lanterne magique. Le soleil est la lampe,. le monde, l'écran ,. Nous sommes les images qui passent ». (O. KHAYYAM)

Le début des années 1960a vu naître, dans notre pays, une nouvelle pratîque funéraire, la « thanatopraxie », inspirée directement d'un usage anglo-saxon mais qui trouve, bien au-delà, une résonance plus ancestrale. Ces soins de conservation du corps progressent aujourd'hui de manière très sensible et répondent, pour l'essentiel, à une attente faite d'un souci d'hygiène mais aussi d'esthétique. Ce qui est remarquable, ici, c'est que cette« innovation» traduit parfaitement l'évolution de la sensibilité et de la mentalité contemporaines face à la mort. En effet, la thanatopraxie forge une nouvelle image, une nouvelle apparence en travaillant sur le corps, support de l'individualité et marqueur de la nouvelle modernité. Mais il s'agit, en définitive, de sauvegarder« la paix des vivants» I et si la mort n'est plus ce
1. Sous-titre du livre de L.-V. Thomas: 1985. Rites de mort, Fayard, Paris,

15

qu'elle était - et le sera sans doute encore moins dans les années à venir - il n'en demeure pas moins que resurgit toujours, par-delà la technicité, le besoin de ritualité. Et, contrairement à certains excès que l'on peut connaître outreAtlantique, il semble bien que la tendance française soit à la prise en compte de cette exigence du sacré.

Les soins de conservation praxie »

temporaire

ou « thanato-

«A tout ce que l'homme laisse devenir visible, on peut demander: que veut-il ca-

cher?

» (F. NIETZSCHE)

Un embaumement d'un nouveau genre C'est en 1963 que le terme de« thanatopraxie» (du grec « thanatos» : génie de la mort et « praxein » : manipuler, traiter) a été inventé par F. Chatillon qui prétendait, à juste

titre, qu'embaumer signifiait « mettre dans un baume» et,
donc, que cette appellation ne convenait plus aux nouvelles techniques de conservation des corps des défunts. Si l'on s'en tient à l'étymologie de ce néologisme, la thanatopraxie recouvre, au sens large, un ensemble d'opéra-

tions post-mortem

(<< toilette

», soins de conservation pro-

prement dits, restauration mortuaire) et évoque en fait toute intervention directe sur le corps mort. Toutefois, l'usage qui

prévaut est de considérer la thanatopraxie comme « l'ensemble des techniques qui permettent de retarder les conséquences biochimiques inévitables et le plus souvent traumati-

santes pour les vivants, de la thanatomorphose » 2, J. Ainsi,
2. ln La thanatopraxie en France, brochure éditée par le Conseil National d'Études et de Recherches Thanatopraxiques (C.N.E.R.T.), non datée et non paginée. 3. En ce qui concerne la thanatomorphose, voir absolument L.V. Thomas: Le cadavre. De la biologie à l'anthropologie, Complexe,

Bruxelles, 1980 ; en particulier: «les métamorphoses du cadavre

»

(pp. 14 à 30) où l'auteur décrit, avec une précision toute clinique, les différents moments qui s'intercalent entre l'état d'agonie et la réduction ultime en poussi~re (le décès, la cadavérisation, le pourrissement et la 16

au sens plus étroit, la thanatopraxie désigne les soins modernes de conservation des corps. Il n'empêche que, dans la pratique et pour des raisons assez compréhensibles (une entreprise rechigne à faire appel à des maisons différentes), c'est le même professionnel, en l'occurrence le « thanatopracteur» (celui qui manipule le mort), qui effectue la toilette mortuaire aussi bien que les soins de conservation;

entendu que « la toilette des morts annonce déjà le souci de
protéger le cadavre, protection physique puisqu'il faut retarder la pourriture, au besoin en effacer les premières marques ; protection symbolique pour laver le mort de son impureté» 4. Il est aussi habituel, en ce domaine, de faire remonter l'origine de la conservation artificielle des corps à la plus haute antiquité avec l'embaumement, première forme historique, donc, des soins thanatopraxiques. Et c'est ainsi que les deux termes « thanatopraxie» et « embaumement» sont fréquemment utilisés de fac;)n synonyme (en particulier en

Grande- Bretagne)

5

: ce qui ne manque pas - nous avons pu

le constater à plusieurs reprises - d'entraîner une confusion dans l'esprit de certains de nos contemporains non avertis. Gageons toutefois que la progression de la pratique tout comme celle de l'information en la matière lèveront peu à peu toute ambiguïté. Cependant, pour être clair, précisons les trois niveaux de différences radicales qui sont, à nos yeux, déterminantes entre, d'une part, l'embaumement (entendu au sens historique du terme) et, d'autre part, la thanatopraxie (ou soins modernes de conservation) : tout d'abord, au plan de la finalité. L'embaumement,
6 --

tel qu'il était pratiqué dans l'antique civilisation égyptienne , .

minéralisation). A ce propos, nous ne pouvons nous empêcher de citer le Dr R. Fesneau, membre du Conseil Supérieur d'Hygiène Publique et l'un des pionniers de la thanatopraxie en France, qui avait coutume de com-

mencer sesconférences par une prière: « tu espoussière et tu redeviendras poussière. Oui, mon Dieu, mais évite-nous les stades intermédiaires!... »
4. L.-V. Thomas in Le cadavre, op. cil., p. 127. 5. On pense ici tout particulièrement au célèbre« British Institute of Embalmers» mais aussi à 1'« Union Professionnelle des Embaumeurs diplômés de Belgique »ou encore 1'« Association Française des Embaumeurs Diplômés ». . 6. Bien qu'il existait, en Egypte, un culte des morts relativement élaboré (vers 4000 avant J. -C.) à la période néolithique, avec la civilisation dite de Nagada, ce n'est que dans l'Ancien Empire, vers la IV' Dynastie 17

ou dans d'autres qui lui ont succédé (on retrouve des pratiques de ce type chez les R9mains, les Grecs, les Hébreux, les Perses, les Assyriens, les Ethiopiens, les Chinois, les Indiens d'Amérique du Nord, les Aztèques, les Mayas, les Incas, etc.), était destiné à conserver l'enveloppe charnelle des morts dans un but assez clairement métaphysique ou eschatologique, lié le plus souvent aux croyances en la métempsycose. En revanche, les soins thana topraxiques ou thana tiq ues d'aujourd'hui ont, quant à eux, une visée résolument hygiéniste et esthétique; - en ce qui concerne ensuite la durée de la conservation, l'opposition est franche: de très longue durée, voire perpétuelle, dans le cas de l'embaumement (momification), temporaire pour la thanatopraxie moderne (de l'ordre de 8 à 10 jours d'après la circulaire interministérielle du 5 juillet 1976 ; en pratique, les soins permettent de conserver, sous la même apparence, un cadavre pendant trois ou quatre semaines) ; - enfin, les techniques utilisées diffèrent considérablement. Par exemple, l'embaumement égyptien - en tout cas celui qui était pratiqué dans les règles de l'art-nécessitait en particulier l'ablation du cerveau, l'éviscération ainsi que la macération du corps dans un bain de natron (ou enfouissement dans le natron sec) et ce, durant 70 jours. Alors que, bien au contraire, la méthode actuelle n'impose aucune mutilation ou éviscération. Les soins de thanatopraxie consistent, d'une part, à injecter dans le circuit sanguin (par

voie artérielle) un liquide aseptique 7 ayant pour but d'empê(2723-2563) qu'apparaissent les premiers signes de momification; cette préservation artificielle du corps étant rendue nécessaire par l'idée religieuse d'une survie quasi-matérielle du défunt. Toutefois, il y eut de nombreux tâtonnements avant que la momification n'atteignît le degré de perfection qu'elle connut avec le Nouvel Empire (1580-1090). 7. Le fluide injecté dans le procédé« I.F.T. »(de l'Institut Français de Thanatopraxie) est dénommé« thanatyl A » : il s'agit d'une solution qui contient 2,5 % de formaldéhyde auquel sont ajoutés des éléments tels que la glycérine qui facilite la progression ou encore une solution amarante qui pallie la décoloration des téguments. De façon plus générale, tous les produits de conservation sont soumis à agrément du ministre de la Santé après avis du Conseil Supérieur d'Hygiène Publique de France. Ils ne doivent pas contenir plus de 0,3 mg/kg d'arsenic, de mercure, de cadmium, ni plus de 0,5 mg/kg de plomb, afin de ne pas perturber une éventuelle autopsie légale. 18

cher la décomposition rapide des tissus, de ralentir leur déshydratation et grâce à un léger colorant, d'atténuer la lividité cadavérique et, d'autre part, à vider, par aspiration, les cavités naturelles (estomac, intestin, vessie) et à remplacer leur contenu par un mélange antiseptique. Ainsi, comme on peut facilement s'en rendre compte à la lecture détaillée de toutes les opérations indispensables à la momification des pharaons 8, l'embaumement des temps anciens était un art sacré qui exigeait du temps et des opérations complexes et ce, dans la perspective d'une survie quasimatérielle du défunt, tandis que la thanatopraxie de l'époque moderne se présente comme une technique d'ordre profane, rapide, relativement simple qui répond avant tout à des impératifs d'hygiène publique et ne vise, en définitive, qu'à retarder temporairement le phénomène de décomposition. L'hygiène: une nécessité moderne sont directement

Les procédés actuels de thanatopraxie

inspirés des travaux du Français J .-N. Gannal (1791-1852) 9,
chirurgien et officier de la Grande Armée, à qui il revient

d'avoir été l'un des premiers

10

à injecter dans le système

vasculaire une solution de sels« évacuatrice, replétive, antiseptique », afin de conserver temporairement les tissus et les
8. A.-P. Leca, dans son ouvrage Les momies (Famot, Genève, 1977), a reconstitué, après de nombreuses discussions entre spécialistes, les différents temps de la momification des anciens Égyptiens: « - L'ablation du cerveau - L'éviscération - Un premierlavage du corpsLe traitement des viscères - La déshydratation du corps - Un second lavageLe bourrage du crâne et des cavités - Le traitement particulier des ongles,

des yeux et des organes génitaux externes - Les onctions et le massage du corps après la déshydratation - La pose de la plaque de flanc - Les ultimes préparatifs avant le bandelettage -Le traitement du corps avec de la résineLe bandelettage » (p. 48). 9. Cf J.-N. Gannal : Histoire des embaumements, Desloges, Paris, 1841. 10. J. Marette, dans un article intitulé: La thanatopraxie (inJournal de Médecine Légale - Droit Médical, t. 26, n° 6, 1983) avance que ce serait en réalité le Dr Ruysche, Hollandais, qui aurait été le premier à pratiquer l'injection artérielle (p. 3). Par ailleurs, L.-V. Thomas, signale qu'au XVIII"siècle, des savants anglais, les frères Hunter, avaient déjà procédé tout comme Gannal, en vue de la préparation de pièces anatomiques (cf. Le cadavre, op. cit., p. 130). 19