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Quels futurs pour l'éducation en Afrique?

De
204 pages
Les politiques éducatives africaines, influencées par les courants de recherches nés de l'expertise internationale, n'ont pas toujours su répondre à une réelle demande sociale de développement endogène et durable de l'Afrique. L'approche projectiviste utilisée ici permet de poser des jalons pour une réflexion de fond qui réponde aux besoins actuels et à venir de l'Afrique.
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QUELS FUTURS POUR L'ÉDUCATION EN AFRIQUE?

Educations et Sociétés Collection dirigée par Louis Marmoz La collection Educations et Sociétés propose des ouvrages, nés de recherches ou de pratiques théorisées, qui aident à mieux comprendre le rôle de l'éducation dans la construction, le maintien et le dépassement des sociétés. Si certaines aires géographiques, riches en mise en cause et en propositions, l'Afrique subsaharienne, l'Europe du Sud et le Brésil, sont privilégiées, la collection n'est pas fermée à l'étude des autres régions, dans ce qu'elle apporte un progrès à l'analyse des relations entre l'action des différentes formes d'éducation et l'évolution des sociétés. Pour servir cet objectif de mise en commun de connaissances, les ouvrages publiés présentent des analyses de situations nationales, des travaux sur la liaison éducation-développement, des lectures politiques de l'éducation et des propositions de méthodes de recherche qui font progresser le travail critique sur l'éducation, donc, sans doute, l'éducation elle-même... Déjà parus Ségolène ROYAL (dir.), Parler du patrimoine roman, 2006. Madana NOMA YE, Pédagogie des grands groupes et éducation primaire universelle en Afrique subsaharienne, 2006. Lucila JALLADE et Vittoria CAVICCHIONI (sous la dir.), Agir pour l'éducation des filles en Afrique subsaharienne francophone, 2005. Cécile DEER, L'Empire britannique et l'instruction en Inde (1780-1854), 2005. Françoise CROS (sous la dir.), Préparer les enseignants à la formation tout au long de la vie: une priorité européenne ?; 2005. M. LAWN et A. NOVOA, L'Europe réinventée, 2005. Brigitte ALESSANDRI, L'Ecole dans le roman africain, 2004. Léopold PAQUA Y (sous la dir.), L'Evaluation des enseignants :tensions et enjeux, 2004. Anne BESNIER, La violence féminine, du vécu au transmis, 2004. Pierre LADERRIERE (dir.), La gestion des ressources humaines dans l'enseignement: où en est l'Europe ?, 2004. www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan l@wanadoo.fr @L'Harmattan,2006 ISBN: 2-296-01816-5 EAN : 9782296018167

Pierre FONKOUA

QUELS FUTURS POUR L'ÉDUCATION EN AFRIQUE?
Préface de Guy BOURGEA ULr

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris FRANCE

L'Hannattan

Hongrie

Espace

L'Harmattan

Kinshasa

Kônyvesbolt Kossuth L. u. 14-16

Fac. Sciences. BP243, Université

Soc, Pol. et Adm. KIN XI - RDC

L'Harmattan Italia Via Dcgli Artisti, 15 10124 Torino Italie

L'Harmattan

Burkina

Faso

1200 logements 12B2260

villa 96 12

Ouagadougou FASO

1053 Budapest

de Kinshasa

BURKINA

A l'ami,

Ie grand cop des cop's.

Préface

Parce que l'homme se veut le sujet actif de sa propre histoire et l'artisan lucide de son avenir, il recourt à la planification dans tous les secteurs de sa vie. La planification, comme le note Paul Paillet (1974), « participe de la conviction qu'il est possible de rationaliser une évolution, d'en infléchir le cours en fonction d'options et de choix préalables, de hiérarchiser les ordres d'urgences, de privilégier tel ou tel

secteur». Pour réaliser une telle entreprise, écrit Paul Paillet, l'optimisme doit permettre de croire que l'homme est « capable de
réduire les incertitudes de la dérive historique de l'histoire, ». de maîtriser la pesanteur, lafatalité

Les études de prévision à long terme ou de prospectivel ont fait l'objet de nombreuses critiques. Dans ces études, la fonction politique et la fonction scientifique et technique de la prospective y sont souvent confondues, au détriment de l'une ou de l'autre. Le constat général est que la prospective ne donne pas de certitudes et ne peut vraiment prédire. Tout au plus offre-t-elle une échelle ou une gamme d'avenirs possibles, éventuellement probables et souhaitables, fondée sur une combinaison d'observations, de réflexions et d'efforts d'imagination. On donne parfois aux conclusions de telles études une force prédictive qu'elles n'ont pas et qu'elles ne peuvent avoir. On reconnaît toutefois à la prospective cette vertu qu'elle a de pouvoir mobiliser un grand nombre d'acteurs d'un système. Quand il s'agit de la planification à long terme en éducation, la prospective se révèle particulièrement difficile parce que les paramètres sont mouvants et par trop subjectifs (on y fait appel, par exemple, à des attitudes jugées souhaitables et dont il faudrait favoriser l'acquisition).

'DecQutlé, dir, 1978,432 p.

7

Malgré les limites de toute prospective auxquelles renvoient ces critiques, il est impératif, pour les Africains, d'entreprendre une réflexion rigoureuse sur le présent afin de dégager des repères pouvant permettre de poser les jalons d'une action collective de construction de la société de demain. La courageuse résolution de Pierre Fonkoua -- d'aucuns diraient: sa ténacité, voire son entêtement - doit être ici saluée, elle lui permet de présenter aujourd'hui une contribution de grande qualité à cette action collective dont l'urgence est notée par tous en Afrique comme ailleurs. L'auteur de cet ouvrage, à la suite d'une thèse de doctorat portant sur les éléments théoriques requis pour une prospective de l'éducation adaptée au cas du Cameroun2, puis d'un article intitulé; «Éducation et prospective: notes sur le cas du Cameroun »3, d'une thèse de Ph.D. portant sur les valeurs consensuelles à promouvoir pour le système éducatif camerounais4 et enfin d'un article intitulé «Jean Vial et le futur» (1998), offre à notre réflexion, dans un essai de prospective à la fois audacieux et rigoureux, les éléments majeurs d'une stratégie pour une refondation des systèmes éducatifs africains. Ce faisant, Pierre Fonkoua nous invite du même coup à partager la conscience d'une urgence, celle de préparer le monde de demain. On ne saurait ignorer son appel, car ne pas s'employer activement à préparer l'avenir, c'est quand même l'engager. En effet, que nous en soyons conscients ou non, l'avenir des systèmes d'éducation africains se décide aujourd'hui. Comme disent Yves Bertrand et Paul Valois, « la prospective est une prise de position sur le présent5 ». Plutôt que de s'engager dans le processus classique des études de prospective, Pierre Fonkoua, dans cet ouvrage, amène chacun à percevoir des indicateurs porteurs d'avenir et à prendre conscience de l'importance des choix de société sous-jacents au type de scénario ou de plan d'action possible. L'examen de la réalité africaine globale le conduit à poser un diagnostic qui me paraît lucide - mais dont je n'oserai

2

Fonkoua, 1983.

3Fonkoua, juillet 1987. 4 Fonkoua, 1993. 5 Bertrand et Valois, 1975.

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pas, de l'étranger et donc de l'extérieur, juger de la pertinence - , puis à explorer les grandes options encore ouvertes. Il propose plus que les rudiments de scénarios soumis à la tension du souhaitable et du faisable dans une démarche alliant effort de projection et considérations préalables. Plutôt que d'entrer dans un débat théorique sur la prospective classique, l'auteur propose les éléments essentiels d'une prospective appliquée à l'éducation africaine nourrie par une vision large des problèmes qui orientent déjà l'avenir de l'Afrique. Toute interrogation sur le futur de l'éducation entraîne la nécessité d'une discussion sur les choix de société. La démarche proposée ici par Pierre Fonkoua permet de mieux orienter les questionnements sur « l'éducation africaine de demain» et en prenant d'abord en compte des questions préalables: Que voulons-nous que soit demain l'Afrique? Quelles forces pouvons-nous rallier pour donner corps à des aspirations qui seraient communes et partagées en matière de l'éducation en Afrique? L'Afrique sera-t-elle envahie par la civilisation technicienne où les hommes perdent, pour la plupart, leurs contacts directs avec les éléments, les rythmes naturels qu'ils avaient maintenus à travers des millénaires? Peut-on procéder aux «transfert de technologies» sans prendre en considération la disparition qui en résultera« de l'artisan, de l'ouvrier manuel doté de bon sens et d'un métier intégré dans la dynamique de la société, complet et formé par un long apprentissage sans aucune sélection préalable» ? Le continent africain sera-t-il un acteur dynamique ou sujet passif de la mondialisation en marche? Commedit Découflé6, «l'auteur cherche à imaginer l'imprévu, au lieu de se satisfaire du prévu ». D'où le grand intérêt du livre dont Pierre Fonkoua nous fait à tous et à toutes le généreux cadeau.
Guy Bourgeault, Professeur titulaire, Faculté des sciences de l'éducation de l'Université de Montréal

6

Decouflé, 1975.

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INTRODUCTION

Les questions d'éducation en Afrique sont constamment liées à la problématique de la recherche de modèle sociétal. Face aux défis nouveaux lancés par une pluralité ethnoculturelle devenue plus visible, face à la crise économique et à la crise des valeurs engendrées par le développement technique et technologique très rapide, face aux enjeux de la détérioration de l'environnement, face aux effets de la mondialisation, jamais une société n'a, autant que les sociétés en développement en général et les sociétés africaines en particulier, compté sur l'école et encore plus largement sur l'éducation. Fatalement dépendants de la démarche empruntée aux méthodologies et aux modèles issus des diverses sciences anthroposociales, les spécialistes de l'éducation ont souvent utilisé une vision tripartite de l'évolution des sociétés, c'est-à-dire les événements passés, la situation présente, la projection dans le futur. Comme dit Bourgeault , « on récapitule le passé dans un effort présent de réinterprétation ouvert sur l'avenir tel qu'on le prévoit, tel qu'on l'espère, tel qu'on cherche à le faire... >/. Mais une des erreurs ici a toujours été de concevoir que l'avenir est unique, et que l'évolution sociale en Afrique devrait obéir à la logique suivante: société traditionnelle - industrielle - postindustrielle des pays du Nord. L'évolution de l'éducation, de ses pratiques, de ses institutions, sans être linéaire, devrait accompagner dans un va et vient celle, plus large et plus englobante, de l'évolution sociale générale. Le système éducatif, note Bertrand Schwartz8, n'est pas une réalité isolée, mais un des rouages du système social, une des institutions que se donne le système social pour remplir un certain nombre de fonctions dont, en particulier, celle d'assurer sa reproduction. Il ne peut donc être question

7Guy Bourgeault, dans l'introduction au cours HPE 6600 : l'éducation dans le monde d'aujourd'huilhiver 1991, Université de Montréal. 8Schwartz,1973. 11

de le changer indépendamment de tout le contexte sociopolitique auquel il est étroitement lié. Alors, loin de s'exercer à une extrapolation du présent qui admet que l'état actuel des choses se maintiendra, ou bien, à une extrapolation du passé qui ramène à l'idée que les choses continueront à changer comme elles l'ont été au cours des années précédentes, cette réflexion voudrait de façon globale intégrer le prévisible, c'est-à-dire les « situations virtuelles» qui risquent de se produire si aucune décision nouvelle n'est prise. Il s'agit d'introduire le maximum de variables et de manières nouvelles de poser les problèmes; d'introduire le politique et le normatif dans une démarche anticipatrice afin que la réflexion et l'action en éducation en Afrique demeurent dans le champ du souhaitable, du possible et du faisable. Ainsi, ce travail s'inscrit dans un effort d'analyse du fonctionnement global des structures des systèmes éducatifs africains. Comme méthodologie de base, la démarche prospectiviste utilisant l'approche systémique et la planification stratégique, la recherche des alternatives et des innovations pour un développement durable sera empruntée. En effet, cette tentative de vouloir regarder loin et large, devrait passer par la voie de recherche des mécanismes qui favorisent le recentrage sur soi de l'Africain, dans un mouvement d'introspection et de découverte des valeurs essentielles à promouvoir. Longtemps, l'Africain a vécu de façon extravertie. Il a besoin de se recentrer afin de découvrir ses propres valeurs dans un monde de plus en plus complexe. Sur cette lancée, il est question d'identifier les faits porteurs d'avenir qui vont conditionner son futur proche et lointain. Il est à la croisée du chemin des civilisations, il subit le vent de globalisation qui risque de faire de lui un sujet-consommateur et non un sujet-créateur. Ceci passera par sa capacité à s'ouvrir au monde extérieur et à maintenir un regard comparatif sur un certain nombre de variables explicatives déterminantes. Il s'agira pour lui d'avoir une démarche prospectiviste dans l'élaboration de son curriculum et de sa pratique éducative quotidienne. En effet, la nature prospective de l'éducation est de moins en moins discutée. Car l'interdépendance entre le présent et le futur n'a 12

jamais été si étroite, de sorte que ces deux réalités ne peuvent être considérées que comme un tout, un ensemble uni. Le futur est créé aujourd'hui, le présent est dicté par les besoins du futur. Cette idée ne devrait-elle pas être à la base des prises de décision, surtout en matière d'éducation si nous ne voulons pas que la rapidité et l'immensité des changements ne dépassent les actions que nous entreprenons? En quelque sorte, nous pouvons dire que l'éducation détient la capacité de canaliser les problèmes impératifs pour le futur. Le terme « éducation» recouvre un ensemble de processus réels, institutionnels ou non, au moyen desquels I'humanité transmet et inculque à une génération des savoirs, des savoir-faire, des attitudes, des comportements, des rôles, etc. Elle se présente soit sous la forme scolaire traditionnelle; soit sous la forme extra-scolaire, formelle ou informelle. Les systèmes formalisés semblent être au centre de la réflexion sur les futurs de l'éducation. Mais il devient de plus en plus impératif de prendre en compte les formes d'éducation extrascolaire, creuset d'innovations et gage d'un dynamisme interne de toute société en marche. Le sens de cette marche a toujours posé problèmes aux générations qui, les unes après les autres, ont tendance à sombrer dans une certaine nostalgie « du bon vieux temps ». Une certaine divergence d'opinion se manifeste quant au rôle de l'école en tant qu'agent de transformation. Le système éducatif doit changer pour avancer. On estime que l'éducation scolaire a toujours suivi les changements sociaux et qu'elle peut contribuer au progrès et au développement d'une société. Cette éducation formelle et oui non formelle doivent être considérées comme des îlots dans le champ total de L'ÉDUCA nON où certains aspects ont été définis et organisés (programmes, critères d'admission et d'évaluation, définition des enseignements, etc.). Mais la validité, dans le temps et l'espace, du processus éducatif à ce niveau, dépend fortement de sa capacité à s'ouvrir aux autres sous-systèmes (politique, économique, culturel, etc.). C'est ainsi qu'une réflexion sur les futurs de l'éducation doit tenir compte aujourd'hui de l'effondrement des autres lieux d'éducation (la famille, la communauté, la classe d'âge), des systèmes de valeurs séculaires de l'interdépendance planétaire, des énormes iniquités entre les sociétés, de la prise de conscience des limites des ressources et de la 13

croissance globale, des écologiques, de la famine, de l'explosion démographique et des situations conflictuelles de plus en plus nombreuses en un mot de la pluralité qui est une valeur du futur. Le continent africain à l'instar du continent européen et du grand marché qui rassemble les États-Unis, le Canada et l'Amérique du Sud, se doit de se mobiliser pour créer une synergie pouvant lui permettre de rechercher des solutions liées aux problèmes de son développement. Mais le poids de son passé historique ne lui rend pas la tâche facile dans cette recherche légitime d'unité et de progrès. Nous partons d'une ferme conviction que le développement de l'éducation interculturelle constitue l'une des meilleures solutions pour faire gagner la confiance et l'adhésion des populations aux politiques de développement dans l'unité, la paix, la stabilité politique, économique et culturelle de l'Afrique. Dans cette perspective, une analyse du présent de l'éducation peut servir de point de départ pour développer et approfondir les résultats et apprendre des échecs du passé et du présent, afin de promouvoir une meilleure éducation pour le futur. La poursuite de certains indices qui caractérisent l'humain en devenir, doivent être au début d'une telle analyse. Pour les besoins de cohérence dans la réflexion, les fondements de l'éducation pour l'Afrique devraient regrouper un certain nombre de variables autour des trois grandes attitudes qui, selon Godet (1985), constituent la culture stratégique. Cette culture fait la force des entreprises au sommet de la compétitivité et de l'excellence. Il s'agit de la veille prospective, de la volonté stratégique et de la mobilisation collective9. Il se pose ainsi de façon cruciale pour l'Afrique, le problème de son développement à l'ère de la mondialisation. Comme le souligne Marmoz (2001),« la mondialisation en éducation se caractérise par le fait que: « l'adaptation des systèmes éducatifs des différents pays à des règles et à des normes mondiales se précise; les copiages des systèmes, de méthodes ou de contenus, qui pouvaient être expliqués par certaines
9Godet,1985.

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proximités culturelles ou par le manque d'imagination, sont devenus des impositions explicites et contrôlées, au nom de la démocratie, de la rigueur et de l'efficacité. Il ne s'agit plus de servir des intérêts locaux mais de se conformer à un mode mondial de gestion et d'exploitation des populations employables ». Il est urgent pour l'Afrique de se mobiliser et de s'armer pour s'affirmer dans ce grand mouvement qui semble être téléguidé plus par les forces économiques que par les forces socioculturelles de développement Dans une démonstration selon laquelle la mondialisation serait une autre forme d'impérialisme, Marmoz (2001) confirme que« ces évolutions économiques génèrent des évolutions sociales et culturelles; pour essayer de se restaurer, de se survivre et de se défèndre, le capitalisme triomphant, mais usagé, joue avec les institutions qui les animent ou les gèrent; et parmi d'autres, avec le système d'enseignement et l'éducation» .

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L'ECOLE

CHAPITRE I AFRICAINE A L'HEURE

DU CHOIX

La colonisation de l'AtTique par les pays du Nord a marqué profondément les peuples africains dans leur chair et dans leur moral. Un des plus grands désastres demeure la mise en place subtile et définitive de systèmes éducatifs nationaux à l'image de ceux des pays colonisateurs. La balkanisation à l'aide des monopoles divers (religion, commerce, couleur de peau, découpage arbitraire des Etats-Nations, la langue parlée, les ethnies, etc.) a participé à l'émiettement de l'Afrique. Certes, pour chaque pays colonisé, il était question de mettre sur pied les bases d'un développement national harmonieux. et indépendant. Sur le plan politique, ce discours est resté longtemps cohérent, mais il n'avait plus aucun sens sur le plan culturel, économique et religieux. Chaque pays colonisateur s'est donné à cœur joie, le malin plaisir de façonner à sa manière, le profil des peuples vivant dans son pré-carré. Traversés par des guerres tribales, les guerres coloniales, le moule des systèmes éducatifs du type européen, les peuples d'Afrique ont subi de multitudes mutations qui ont élevé et renforcé des barrières culturelles, doublées des barrières ethniques. Comme il se dit couramment: il était question de « leur donner l'indépendance », d'où l'instauration de ce chapelet de chantages qui sont les causes du maintien des divisions entre les peuples. La perspective de l'AtTique unie ainsi que sa survie dépendent de la qualité de l'éducation et de sa capacité à mettre sur pied ses propres mécanismes structurels, fonctionnels et relationnels de facilitation des échanges pour une plus grande compréhension entre les peuples et une résistance face aux grands courants qui sont l' eurocentrisme et l'américanisation de l'AtTique. La persistance dans le phénomène de l'émigration des jeunes vers les pays du Nord est un appel à une révision des politiques d'emplois, de formation et d'éducation en AtTique.

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Cette réflexion attire, non seulement l'attention sur les difficultés majeures qui entravent le début du processus de l'union africaine en matière culturelle, mais tente de décrire les facteurs de division de l'Afrique, hier, aujourd'hui et demain. Elle tente de suggérer des axes de réflexion sur les fondements, les méthodes et principes d'une éducation interculturelle qui est une chance pour le raffermissement d'une Afrique globale forte. Il s'agit de mettre sur pied un système d'éducation à la fois ouvert au monde entier et recentré sur la spécificité africaine longtemps méprisée. Ceci passera par une pratique pédagogique basée sur le respect de la diversité. Ce nouvel axe dans la planification des systèmes éducatifs nationaux favorisera, de façon harmonieuse, le développement communautaire africain longtemps souhaité par des organisations africaines. Il s'agira de positionner l'école africaine par rapport au vent de la mondialisation des économies qui, semble-t-il donnera le sens et la direction aux actions culturelles à vemr. La montée du chômage des jeunes dans la presque totalité des pays en développement révèle un malaise à plusieurs dimensions qu'éprouve l'école africaine qui sont: le contexte économique mondial, le marché de travail et la formation, l'évolution extrêmement rapide des connaissances scientifiques, techniques et technologiques, le développement extraverti des économies nationales entretenu par les différents mécanismes orchestrés par les multinationales. Ces dimensions constituent des avenues possibles d'évolution sur lesquelles des actions éducatives doivent être menées pour ne pas subir les effets négatifs de la mondialisation. Face à une telle situation, une mise sur pied d'un plan stratégique du secteur de l'éducation doit partir d'une analyse approfondie du contexte économique mondial d'aujourd'hui, des causes de la mondialisation du chômage, de la difficile relation entre la formation donnée et l'emploi disponible, de l'entrée de la nouvelle technologie dans la formation et l'emploi, de la situation de la guerre entre les peuples qui engendre la pauvreté et la misère, du développement d'un commerce inégal au niveau international.

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1- Un contexte économique mondial inquiétant pour les pays en émergence

Point n'est plus besoin de démontrer, que le retour à la privatisation des grandes entreprises d'état au profit des multinationales, l'automatisation et l'informatisation accélérées dans le monde du travail, la fermeture des usines, les nouvelles exigences de l'industrie de services sont à l'origine des licenciements et du chômage qui causent d'énormes problèmes de restructuration du marché de travail dans plusieurs pays en développement. Contrairement à ce que dit Roy (1999), l'Afrique n'aborde pas le nouveau siècle libérée des servitudes des siècles passés. Son retard en informatique et en matière de développement des industries font d'elle un continent ayant le plus grand nombre de pays exclus de l'économie mondiale (OCDE, 1977). La délocalisation des entreprises européennes vers les pays à main d'œuvre bon marché, sous prétexte de procurer des emplois aux locaux en chômage, développe petit à petit la précarité économique et sociale. Cette précarité s'accentue au fur et à mesure que ces transactions ignorent largement le social et plus particulièrement l'évolution des systèmes éducatifs qui constituent une des mesures d'accompagnement. En plus de cela, la déréglementation des salaires caractérisée par leur désindexation soutenue par le FMI, la fragmentation et la destruction des économies nationales par les sociétés multinationales, la généralisation de l'emploi à temps partiel, les mises à la retraite anticipée sans mesures d'accompagnement d'une part, la pression économique et la négation des droits des travailleurs soutenues par certains États au service des intérêts financiers des grands groupes d'autre part, semblent concourir à une déstabilisation généralisée des économies nationales et de la relation formation-emploi. En même temps, le travail en tant que valeur subit d'énormes changements au fur et à mesure qu'évolue l'histoire de l'humanité. Traditionnellement, on parle de force de travail sous entendu que celuici nécessite un effort certain, voir un certain effort physique. Dans ce modèle mécaniste, le rendement est bas et la place accordée aux ressources humaines est totalement insignifiante. Ce modèle est caractérisé par la communication qui se fait de haut en bas avec des 19

règles et des procédures écrites, les interactions restreintes autour d'une décomposition des activités en tâches avec une spécialisation des rôles. Les décisions sont centralisées au niveau supérieur, les objectifs et les buts sont fixés par la hiérarchie. Ce modèle encore couramment utilisé en Afrique par les grandes industries rappelle aux africains l'époque coloniale et provoque une résistance passive, une sadisation de l'outil de travail par les employés. Ceci affaiblit la production et entraîne la faillite et les licenciements massifs des travailleurs. S'installe alors le règne du refus de faire l'effort, c'est à dire de travailler. Le désir de s'expatrier vers les pays industrialisés devient le centre d'intérêt de la plupart des jeunes. Encouragés par une multitude de jeux de hasard de toute sorte en provenance des pays nantis, les jeunes s'adonnent à la facilité et se réfugient dans le chômage. Ceci favorise le développement du grand banditisme dans les villes. Il est également reconnu par tous que les mesures d'austérité imposées par les bailleurs de fonds dans les programmes d'ajustement structurel ont favorisé le développement des mécanismes de corruption et de détournements de fonds publics, le financement exagéré des dépenses militaires, aggravant la déchéance de l'économie de plusieurs pays en développement. Par ailleurs, face à la « consolidation d'une économie mondiale de main-d'œuvre bon marché» qui indubitablement diminue les emplois et entraîne le chômage dans les pays du Nord, nous assistons à un développement croissant d'une « économie de luxe» constituée de l'industrie du tourisme, des loisirs, de l'électronique, de la télécommunication, du commerce par Internet et de l'économie de haute technologie fondée sur la possession du savoir industriel, de la conception des produits, de la recherche fondamentale et de la production non matérielle. Cette économie de luxe exige un autre type de formation et un changement radical dans les structures et les infrastructures économiques du pays. Nous comprenons dès lors le pourquoi les systèmes d'éducation en Afrique ne peuvent pas être des systèmes réellement nationaux. Ils sont tournés vers une économie mondiale qui ne répond pas toujours à la demande sociale de l'éducation sur le plan local et national.

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