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Question agraire et mouvement ouvrier en Italie

De
146 pages
Parmi les principaux acteurs de la lutte ouvrière et paysanne et Italie, Amadeo Bordiga a subi des calomnies indécentes. Pendant des décennies, la propagande proche de Staline et de Togliatti a enseveli sous les mensonges la pensée révolutionnaire de l'un des pères du communisme italien, l'effaçant de la mémoire collective. D'où provient l'acrimonie envers cet ingénieur napolitain ? Sans doute du poids remarquable de son intransigeance révolutionnaire et marxiste et de sa personnalité...
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Ornella De Rosa
QUESTION AGRAIRE ET MOUVEMENT OUVRIER EN ITALIE
Amadeo Bordiga (1889-1970) et la fondation du parti communiste
L’Harmattan 5-7 rue de L’École Polytechnique 75005 Paris
Cet ouvrage a été publié avec les concours de : Università degli Studi di Salerno Dipartimento di scienze politiche, sociali e della comunicazione
Traduction de l’italien et mise en page réalisées par L’Harmattan Italia (Torino)
© pour l’édition en langue française : L’Harmattan, Paris 2013 (ISBN : 978-2-336-29926-6)
Édition originale italienne :Amadeo Bordiga. Questione agraria e movimento operaio, CUES, Salerno, 2012
INTRODUCTION Notes
SOMMAIRE
1.CULTURE ET SOCIALISME Notes
2.AMADEO BORDIGA ET LA QUESTION AGRAIRE Notes
7 11
12 39
44 75
3.AMADEO BORDIGA ET LE MOUVEMENT AGRAIRE77 Notes 137
5
ÀPAOLACORTI amie au cœur sensible et à l’âme transparente, source précieuse d’énergie professionnelle
Introduction
Cet ouvrage a des racines profondes et se rapporte aux débuts de ma collaboration avec le prof. Pasquale Villani, lors d’une étude que j’ai menée sur le fascisme parthéno-péen, dont la source principale a été une correspondance inédite sur les subversifs radiés. En classifiant ces importants documents, disponibles dans les archives d’état de Naples (1), j’ai repéré un dossier sur Amadeo Bordiga, constitué de 9 enveloppes (comprenant 27 fascicules). Un véritable océan de papiers qui fournissait des informations importantes, à travers lesquelles, avec patien-ce, j’ai pu reconstruire la figure d’Amadeo Bordiga. Cette recherche s’est déroulée ensuite dans les archives d’état de Rome, ainsi que dans celles de la Fondazione A. Bordiga de Formia et de l’Istituto Gramsci de Rome (3). Au regard de la quantité de trajectoires possibles, pendant nos longs entretiens, le prof. Camillo Brezzi m’a suggéré d’approfondir deux aspects essentiels de la pensée de Bordiga : la question agraire et le mouvement ouvrier. C’est de ces indications que ce livre est né. La personnalité et la doctrine de Bordiga sont si articulées et hétéroclites qu’on peut les comparer à un kaléidoscope (un jeu à l’apparence simple, mais variant à tout moment). Seul un œil attentif aux détails consent de disséquer la com-plexité de ce personnage, l’un des fondateurs du parti com-muniste italien, en pénétrant par là même dans le flux de l’histoire qui jaillit des archives. Cette étude avance donc sur deux voies parallèles ‒ le mouvement paysan et le mouvement ouvrier ‒ soumises à des imprévus, avec leurs clairs-obscurs et leurs aspérités. Ce sont la solitude et l’éloignement dans lesquels Bordiga 7
a vécu de nombreuses années durant, suite à son expulsion du parti communiste, qui nous permettent de tracer les fron-tières de son « île » à lui, en dépit du silence qui a entouré ce personnage en Italie. Pourtant, de manière cyclique et avec force, l’image de Bordiga remonte de temps à autre à la surface, notamment dans les périodes de crise, comme c’est le cas actuellement. Après son exclusion, les dirigeants du parti communiste lui ont nié l’opportunité d’exprimer ses idées, donc de géné-rer une sorte d’osmose de la pensée par la confrontation, alors que Bordiga avait toujours eu beaucoup d’attention pour l’échange intellectuel, en particulier avec les jeunes. Venons-en aux circonstances. Parmi les différents prota-gonistes de la lutte ouvrière et paysanne, c’est Amadeo Bordiga (1889-1970) qui a subi les calomnies les plus indé-centes. Pendant des décennies, la propagande proche de Staline et de Togliatti a enseveli sous une montagne de men-songes la pensée révolutionnaire de l’un des pères du com-munisme italien, en l’effaçant de la mémoire collective. À l’époque secrétaire du parti, Palmiro Togliatti n’a jamais perdu l’occasion de souligner les innombrables erreurs de Bordiga et n’a jamais développé un examen exhaustif de ses idées, en arrivant même à censurer ses articles destinés à paraître surL’Unità. D’où provient toute cette acrimonie, envers cet ingénieur napolitain ? Sans doute du poids remarquable de son intransigeance révolutionnaire et marxiste, mais aussi de sa personnalité qui s’imposait au sein du mouvement ouvrier italien. Les craintes, en réalité, touchaient au fait qu’il pou-vait représenter un danger pour l’équipe dirigeante du PCI dans un moment où, après la chute du fascisme, on s’effor-çait de constituer un parti miroir de celui de Moscou. Comme il a été fait allusion plus haut, Palmiro Togliatti crai-gnait Amadeo Bordiga : cela est confirmé par le témoigna-ge de S. Cacciapuoti, un dirigeant communiste de Naples, 8
qui décrit la visite du secrétaire national dans sa ville, le 27 mai 1944. À l’occasion, Togliatti manifeste sa forte inquié-tude par rapport à l’influence exercée par le courant de Bordiga, sur le mouvement ouvrier comme sur la section parthénopéenne du parti. Cacciapuoti relate dans son autobiographie :
« Nous l’avions accompagné dans le salon pour qu’il admire l’exposition de nos affiches et des mots d’ordres affichés au mur. Nous nous attendions à une exclamation du type : ‘bravos, les camarades !’. Par contre, Togliatti changea d’expression, s’effaroucha [...] et demanda qu’est-ce que faisait Bordiga : ‘Est-ce qu’il est là ?’ Nous répondîmes qu’il ne s’était manifes-té ni à travers sa plume ni à travers sa parole [...]. Togliatti ajou-ta : « Néanmoins, avec lui, nous avons un compte ouvert et il faudra le fermer » (4). Après-tout, les hommes sont le produit de la société et de la période historique où ils vivent, mais ils peuvent soit s’a-dapter parfaitement au rôle de représentants de leur temps (cela parce que leur pensée reprend l’idéologie de la classe dominante ou qu’elle exprime la poussée de la classe sou-mise), soit dépasser leur époque (du moins, s’ils sont en mesure d’identifier les facteurs de discontinuité, à l’origine de l’évolution de n’importe quelle doctrine). Dans le pre-mier cas, on est face à la pensée « du continu », tandis que dans le second à celle « de la discontinuité », donc de la « pensée traditionnelle » par rapport à la « révolutionnaire ». Rares sont les hommes capables de réfléchir en unifiant ces deux modalités, puisque ce dualisme risque de confondre les esprits et de se transformer en un cauchemar, vue la diffi-culté d’une évaluation contextuelle du présent et du futur. Pourtant cela peut arriver dans les périodes de calme social, comme dans celles bouleversées par la contestation : dans un cas, c’est le côté conservateur qui est favorisé, dans l’au-tre, le révolutionnaire. 9