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Questions de vie et de mort

De
144 pages

Florence Plon situe sa réflexion dans le débat actuel sur la fin de vie. Son propos consiste à situer l’accompagnement des familles en soins palliatifs. Comment accompagner la famille et pas seulement le malade ? Médecine et psychanalyse se mettent en dialogue autour de questions essentielles telles que le deuil, la maladie et l’écoute de la souffrance physique et psychique : accompagner une famille, c’est d’abord lui offrir les moyens d’accompagner la personne malade, c’est ensuite lui donner la possibilité d'en faire le deuil. Accompagner une famille, c’est aussi accompagner les soignants pour les amener à dépasser leurs propres souffrances. Cet ouvrage, soutenu par la clinique et la description de nombreux cas, apporte au grand public, comme aux personnels de la santé, une ouverture sur la réflexion inhérente à la maladie, à la vieillesse, et à la fin de vie.


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Questions de vie et de mort

Soins palliatifs

et accompagnement des familles

 

Florence Plon

 

Préface de Marie-Jean Sauret

 

La numérisation de cet ouvrage a reçu le soutien du CNL

 

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Et de la région Languedoc Roussillon

 

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Présentation du livre : Florence Plon situe sa réflexion dans le débat actuel sur la fin de vie. Son propos consiste à situer l’accompagnement des familles en soins palliatifs. Comment accompagner la famille et pas seulement le malade ? Médecine et psychanalyse se mettent en dialogue autour de questions essentielles telles que le deuil, la maladie et l’écoute de la souffrance physique et psychique : accompagner une famille, c’est d’abord lui offrir les moyens d’accompagner la personne malade, c’est ensuite lui donner la possibilité d'en faire le deuil. Accompagner une famille, c’est aussi accompagner les soignants pour les amener à dépasser leurs propres souffrances. Cet ouvrage, soutenu par la clinique et la description de nombreux cas, apporte au grand public, comme aux personnels de la santé, une ouverture sur la réflexion inhérente à la maladie, à la vieillesse, et à la fin de vie.

Auteur : Florence Plon est psychanalyste, journaliste et écrivain. Elle a participé au travail de recherche de Clip Médecine sur les connexions psychanalyse-médecine au titre de membre de l’Association de la Cause Freudienne et a enseigné au Collège clinique de Toulouse dans le cadre de l’Institut du Champ Freudien. Elle exerce aujourd’hui en libéral dans les Landes et conjugue, au travers de cet ouvrage destiné aux professionnels comme au grand public, l'exercice de sa pratique avec son expérience de supervision de personnels soignants et institutionnels, pour éclairer la nécessité de l'accompagnement des familles et des proches confrontés à la maladie grave et à la mort.

 

Table des matières

Préface Une clinique du bien mourir…

Avant-propos

Introduction

Médecine palliative, psychanalyse : une autre philosophie

Évolution des rites et représentations de la mort

Médecine et psychanalyse

Médecine palliative et psychanalyse

Pour conclure…

Accompagner « pourquoi ? »

Pourquoi accompagner les familles ?

Le travail du deuil

Pour conclure…

Accompagner « comment ? »

Écoute du sujet – importance de la parole

La notion de bonne distance

Pour conclure…

Accompagner « quand ? »

Dès le début, le plus tôt possible, dès l’annonce du diagnostic

Au cours de l’évolution de la maladie

Après le décès

Pour conclure…

Accompagné « par qui ? »

Soigner le corps

L’aide sociale et administrative

L’aide psychologique

Pour conclure…

Accompagner « où ? »

Dans le cadre d’une institution :

À domicile

Pour conclure…

On meurt comme on a vécu !

La souffrance : représentations et économie

Parler la mort

Pour conclure…

Bibliographie

Filmographie

Mes remerciements vont aux médecins qui m’ont accordé de leur temps au cours de nombreux entretiens, pour me permettre d’échanger, avec eux, sur leur expérience clinique et humaine :

Docteur Véronique Gandon, cancérologue,

Docteur Gandhour, obstétricien,

Docteur Alain Merlo, neuro-psychiatre,

Docteur Isabelle Demonte, généraliste,

Merci également à Joseph Rouzel, à Julian et à Maela Vergnes ainsi qu’à Gillian Beaugrand et Alexandra Pesnel pour leurs conseils avisés et le soutien qu’ils m’ont apporté tout au long de ce travail.

Préface
Une clinique du bien mourir…

 

Lorsque j’ai rencontré Florence Plon pour la première fois, elle avait déjà comme projet de rendre la psychanalyse accessible – en l’occurrence, aux enfants : non pas qu’il manque de psychanalystes pour les accueillir (encore que) mais parce qu’il n’existait aucun ouvrage à destination des enfants les plus jeunes susceptible de leur transmettre quoique ce soit du discours analytique. Ainsi faisait-elle sienne une préoccupation que je partage : comment contribuer à la présence, au déploiement, dans notre société, de la psychanalyse, comment permettre aux membres de la communauté humaine de profiter de la psychanalyse bien au-delà de l’espace et du temps définis par la cure ? Cette préoccupation suppose d’avoir pris position sur une question préalable : en quoi la psychanalyse présente-t-elle quelque intérêt pour le « vivre ensemble » ? C’est en un sens cette préoccupation et ce préalable que cet ouvrage remet au premier plan.

1 –

Il n’est pas directement question de la cure psychanalytique ici, puisque le psychanalyste se dérange auprès de gens que rassemble la perspective d’un « mourir ». Il n’est cependant pas inutile d’en rappeler le principe : une psychanalyse est une expérience offerte à qui en fait la demande ; elle consiste, pour ce dernier, à tirer les conséquences du fait d’être un « être parlant ». Ce qui exige de prendre acte de la double naissance de l’humain : une fois comme vivant, naissance biologique, et une fois comme parlant, soit comme sujet dont l’habitat est le langage et aucune niche écologique.

D’être parlant fait de tout bébé un philosophe, ainsi que le note Pierre Bruno : le langage fournit au nouveau-né les moyens de s’interroger sur ce qu’il est, mais l’oblige à se confronter à la « nature » de la réponse : il n’y a de réponse qu’en terme langagier. Autrement dit, il devient sujet (sujet de la parole) du simple fait de consentir et à la question et à la réponse. Mais il est alors contraint de constater qu’il n’est que représenté dans sa propre réponse. Il n’existe pas de savoir, dès lors, qui permettrait au sujet de saisir ce qu’il est de réel : plutôt se heurte-t-il à ce qu’il est comme trou dans le savoir, défaut fondamental de savoir, que Freud a identifié à l’inconscient.

Ce défaut de savoir alimente la quête d’être du sujet, depuis le nourrisson jusqu’à ce moment que l’auteur interroge autour de la mort. Cette quête, Freud lui a donné son nom : désir. Une analyse permet donc au sujet d’interroger à nouveau son rapport au langage qui l’a vu naître et de revenir sur les réponses qu’il a adoptées ou qu’il s’est construites. Elle lui permet également de prendre une vue, à terme, sur ce dont est fabriqué ce qui fait trou dans le savoir en effet : qu’est-ce qui empêche un sujet d’être tout entier résorbable dans le savoir de ceux qui l’entourent ou des spécialistes de toute sorte ? Qu’est-ce qui assure chacun de sa singularité ?

Certes, une cure met en évidence les solutions que chacun a construites sa vie durant pour pallier le déficit d’être « réel », c’est-à-dire l’imaginaire qui contamine de sens le trou qu’il est en tant que sujet. Mais pas seulement. À partir des expériences de plaisir et de souffrance qui jalonnent son existence, le sujet se fabrique une cause à son désir grâce à laquelle il prendra une vue sur ce qu’il pourrait être comme objet irréductible à un fait de langage.

Plus précisément encore, une cure permet à un sujet de vérifier voire de renouveler la solution adoptée pour loger sa singularité dans le commun en évitant deux écueils : d’une part se dissoudre dans la masse en renonçant à ce qu’il est, par exemple pour se « faire aimer », pour « être accepté », comme le névrosé le répète à l’envi ; d’autre part faire éclater le lien social sous prétexte de ne pas renoncer à la même singularité qu’expriment des revendications du type : « À chacun sa vérité, sa liberté, sa jouissance… » Cette solution, qui préserve et la singularité et le social, a un nom freudien : le symptôme.

En un sens, une psychanalyse enseigne que la vie n’a pas de sens. Ce qui revient à découvrir que rien ni personne – aucun Autre – ne fait tenir ensemble le sujet avec les autres, ou, plus précisément, aucun Autre ne lie le langage (le symbolique), le corps et le sens (l’imaginaire) et la jouissance (le réel). Rien ni personne ne fait nœud : sauf le symptôme qu’est le sujet. Cette découverte accompagne la fin de l’appel à un Autre supposé détenir la réponse à la question que le sujet lui adressait jusque-là : « Que suis-je ? »

Complétons : la vie n’a pas de sens en effet – sinon celui que construit le sujet. La vie apparaît comme l’effort soutenu par chacun pour se loger dans le commun. Il est impossible de faire de sa singularité un élément réductible à du symbolique – j’y ai insisté. Du coup, cet effort pour se loger dans la foule est-il voué à l’échec : c’est cet échec que commémore le symptôme. Mais cet échec est également une réussite : d’une part le symptôme est la preuve apportée par chacun et à chacun qu’il ne se dissoudra pas dans son habitat langagier ; d’autre part, cet effort à résoudre l’impossible rapport entre le singulier et le général est la « bonne solution », celle que l’on reconnaît à la trace de cet effort comme étant le style d’une vie.

Et c’est ce que chacun a fait de sa vie que l’approche de la mort, pas seulement de la sienne en propre, mais de ceux que l’on côtoie, oblige à reconsidérer. C’est ce problème que cette étude nous aide à penser concrètement. La mort d’un proche nous prive de l’invention que celui-là avait réalisée pour construire un monde dans lequel il puisse vivre et accueillir ses semblables, du moins quelques-uns. Les soins palliatifs, l’accompagnement des familles, ne constituent pas dès lors des artifices destinés à faire « avaler la pilule ». Ils témoignent du soin (to care, comme y insiste l’auteur) que certains acteurs de la vie sociale ont de cette vie : d’une part en relayant la fonction du symptôme pour ceux qui en seraient privés par l’approche de leur propre mort – de façon à leur permettre de rester vivants d’une vie digne jusqu’à leur dernier souffle ; d’autre part en permettant à ceux pour lesquels celui qui est promis à une disparition prochaine, remplissait la fonction de lien, de symptôme (un père, une mère, une référence, un repère), de tisser du lien là où il se défait ; enfin, en offrant à ceux qui perdent un être cher (enfants, parents, amis), qu’ils accueillaient dans l’ère nouée par leur propre symptôme, l’occasion d’un travail de deuil qui les libère pour d’autres rencontres.

La psychanalyse ne vise à aucune guérison ni pansement des « bleus de l’âme » : elle a le souci du lien social dont celui qui vient à sa rencontre est susceptible d’être ou de devenir l’agent. C’est pourquoi elle n’est pas une psychothérapie au sens strict ; mais c’est aussi pourquoi elle ne saurait être la psychanalyse si elle devait conduire à ne jamais sortir du cabinet de consultation et à être absent de ce moment où le sujet a (parfois) l’occasion de donner au style de sa vie sa touche finale, celle dont ceux qui viennent après lui pourront alors se laisser enseigner, hériter, profiter du sillon creusé…

2 –

Cet ouvrage ne pouvait pas mieux tomber : après un été de canicule qui aurait fait plus de 15000 victimes en France parmi les personnes dites âgées ; après plusieurs affaires relançant le débat sur l’euthanasie ; après le vote par le parlement français d’un amendement (Accoyer) prétendant légiférer la pratique et la formation des psychothérapies et suscitant la réaction ambiguë des psychothérapeutes et des psychanalystes :  les premiers craignent que la reconnaissance du droit de pratiquer la psychothérapie aux seuls psychiatres et psychologues cliniciens ne les prive d’une reconnaissance à laquelle ils aspirent quand ils ne sont ni l’un ni l’autre ; les seconds redoutent que la psychanalyse ne soit rabattue sur la psychothérapie et que ne soit mis fin à ce que Freud qualifiait d’analyse « profane » – soit le fait que seule la cure fournisse une « formation » à la psychanalyse dont aucun enseignement universitaire de psychologie ou de médecine ne permet de se dispenser.

Sans doute faut-il situer ces événements (conséquences de la canicule, euthanasie, réglementation des psychothérapies) dans le contexte plus général du lien social contemporain. Celui-ci est caractérisé par la domination de la science et même de la technoscience d’un côté, et, de l’autre, du marché. La technoscience hérite de l’idéologie des Lumières : le monde est absolument rationnel, et un monde mieux expliqué sera un monde meilleur ; la rationalité scientifique disqualifie toutes les autres ontologies à prétention universelles (celles que notre bébé philosophe invente pour répondre à la question du sens de ce qu’il est et de sa vie) : mythologies, religions, philosophies… La technoscience en est au point de faire croire à ce sujet qu’elle a les moyens de fabriquer l’objet qui lui manque et qu’elle le guérira de son manque à être. Le marché vient exploiter cette promesse en affirmant que tout ce dont nous pouvons manquer sera ainsi fabriqué et mis à disposition par lui… pour qui peut payer.

Nous ne donnerons qu’à entrevoir ici les conséquences de la conception de l’humain homogène au fonctionnement d’un lien social régi par la science et le marché : essentiellement naturalisation du désir (confondu avec un besoin), fin du recours aux solutions œdipiennes par la fonction d’autorité et le complexe de castration. Pourquoi en effet symboliser la perte de jouissance constitutive de l’humain, selon Freud, quand la promesse de jouissance est partout ? Surtout, si l’humain est complémenté par n’importe quel objet manufacturé, n’est-ce pas qu’il est de même nature que les dits objets ? Dès lors les sujets ont admis sans même s’en apercevoir l’idéologie qui justifie qu’ils soient traités comme des objets et envisagés du strict point de vue utilitariste : on réparera celui qui peut encore rendre service, on tentera de lui vendre du « mieux vivre » comme l’un des nouveaux objets du marché (il y a donc un marché de la psychothérapie), on découpera celui dont les organes peuvent encore servir (comme on brevète l’humain), on tentera d’effacer sans créer de désordre celui qui n’apportera plus sa contribution au jouir de l’ensemble (les soins palliatifs induiraient-ils la programmation de la mort en fonction de l’utilité individuelle ?)…

Telle est donc la question qu’au final nous livre cet ouvrage : le soin apporté à la question de la mort, aussi bien au mourant, au mort, à sa famille, à son entourage, aux soignants et intervenants divers, s’inscrit-il dans la logique du discours capitaliste (celui que régissent la science et le marché) ? Ou bien s’agit-il jusque-là de résister et de s’appuyer, pour lui donner sa chance et contribuer de fait à un autre type de lien social, sur ce qui du sujet est irréductible à n’importe quel système : capitaliste ou… psychanalytique ?

3 –

La rédaction de ce livre était achevée quand le père de Florence est décédé. Celle-ci s’est trouvée brutalement confrontée à la froide férocité avec laquelle le système médical a tenté de l’écarter des derniers moments de vie de son père au prétexte de ne pas déranger. Elle a alors trouvé elle-même, dans sa réflexion préalable, le soutien nécessaire pour aller contre l’inertie habituelle de certains services – avec un effet au bout du compte souhaitable pour et par chacun, son père, elle-même, ses enfants et les soignants. Florence m’a dit quelle sérénité, inattendue en un pareil moment, elle y a trouvée. Elle a puisé dans cet épisode un motif supplémentaire de faire part de son expérience et de sa réflexion.

Son compte-rendu examine concrètement toutes les facettes que comporte, selon elle, une clinique de la fin de vie : non pas seulement du sujet que la maladie, la vieillesse, l’accident, confronte à sa propre mort, mais de l’entourage familial, amical, étranger et professionnel. Autour de principes simples, déduits de sa pratique d’analyste – ne pas voler sa mort au sujet, lui permettre d’être vivant jusqu’à sa mort – Florence Plon envisage la mort comme le moment où quelqu’un peut témoigner du style d’une vie – celui qui va mourir mais aussi tel ou telle pour qui il a compté – devant quelqu’un d’autre qui l’enregistre, l’authentifie, lui donne un écho (dont ce livre est lui même un exemple). Et parfois le clinicien est le seul, parce qu’il n’y a plus de famille, plus de proche, à lire la trace d’une vie et à en faire passer l’enseignement à la communauté des vivants.

C’est cet accompagnement que l’auteur décline avec simplicité, sans se dérober aux interrogations les plus difficiles et sans omettre les aspects les plus concrets : pourquoi accompagner, comment, quand, par qui, en quels lieux… Il me semble – le lecteur aura à le confirmer – que l’idée dominante sans laquelle les pages qui suivent se ramèneraient à un tissu de recettes aussi fastidieuses qu’inutiles, pourrait se formuler ainsi : s’il n’y a de sujet qu’à parler (fût-ce pour dire non à l’autre), si le sujet est susceptible d’être changé par ce qu’il dit, si sa parole est bien ce que lui permet son symptôme pour devenir l’agent d’un lien social habitable par lui et par ses (dis)semblables, si la parole est à la fois le moyen de vérifier le lien aux autres comme de saisir le style de sa propre vie, ainsi que nous l’avons vu, alors aucune occasion d’écouter ne doit être manquée. Et surtout pas celle constituée de ce que l’on appelle pudiquement les derniers mots.

Ce travail nous aide à percevoir que la véritable dimension de la mort se déroule justement dans ce registre de la parole : ne plus pouvoir parler à quelqu’un. C’est pourquoi il est important d’être là pour celui qui bientôt va se taire définitivement, comme pour ceux qui parlent encore alors que celui là n’est plus. « La véritable écoute, nous est-il enseigné là, est une hospitalité de l’intérieur ». Qu’est-ce qui est accueilli, là, « de l’intérieur » ? La clef de cette énigme nous est livrée dans les dernières lignes : il s’agit de donner ainsi une voix et un écho au fait que cela valait le coup de parier pour la vie. Et que si cela valait le coup, c’est peut-être que cela vaut encore le coup.