Cette publication est uniquement disponible à l'achat

Quête africaine de l’Ordre mondial Philippe BIYOYA MAKUTU KAHANDJA
« Les lecteurs habitués aux idées-forces de Philippe Biyoya
Makutu trouveront dans le présent livre la source historique de
sa pensée : une analyse rigoureuse de la position du Congo et
de l’Afrique dans le monde, depuis la guerre froide jusqu’aux
structures de la mondialisation actuelle (…).
Ceux qui lisent pour la première fois Philippe Biyoya Makutu
entreront ici dans l’univers d’une pensée géostratégique où le
Congo, comme l’Afrique, est dévoilé comme enjeu crucial dans
les rapports de force mondiaux entre les grandes puissances, les
nations riches et les peuples ambitieux (…).
Le sens de toutes les analyses savantes déployées dans ce livre Quête africaine
est de sortir les Congolais et les Africains de leur aveuglement,
de leur surdité et de leur autisme concernant leur situation dans le de l’Ordre mondialmonde d’aujourd’hui pour assumer en toute conscience les vrais
enjeux d’avenir. A savoir : cesser d’être les jouets de l’Histoire et
marionnettes du Destin pour construire une société de liberté, de
responsabilité et de rayonnement mondial. » Portée et limites des voies d’insertion
KÄ MANA.
au système international du monde bipolaire
Philippe BIYOYA MAKUTU KAHANDJA, Docteur en Sciences Politiques
et Relations Internationales, est spécialiste en Etudes stratégiques et de
sécurité internationale ainsi qu’en Institutions politiques. Promoteur de
l’Institut Panafricain des Relations Internationales et Stratégiques (IPRIS) et
Professeur d’Université (cours : Géopolitique & géostratégie et Théorie des
relations internationales), il aborde avec pertinence les questions de sécurité et de défense
des organisations internationales et de l’intégration régionale. C’est pourquoi en 2013,
il fut retenu comme un membre du secrétariat technique des « Concertations nationales » Préface de KÄ MANA
initiées par le Chef de l’Etat, pour dire, comme Kä Mana, que : ‘‘Dans la géographie des
forces intellectuelles de la République Démocratique du Congo, Philippe Biyoya Makutu
occupe une place spéciale : celle d’un analyste politique de premier plan et d’un solide
spécialiste en géostratégie, dont les prises de position éclairent avec netteté la situation
du Congo dans le monde.’’
« Dossiers, études et documents » (D.E.D.)
Collection fondée et dirigée par Jean MPISI
Dossiers
ÉtudesISBN : 978-2-343-04067-7 &35 € Documents
Quête africaine
Philippe BIYOYA MAKUTU KAHANDJA
de l’Ordre mondial






Quête africaine
de l’Ordre mondial












« Dossiers, études et documents » (D.E.D.)
Collection fondée et dirigée par Jean MPISI


Sous ce titre de collection, nous voulons proposer une manière plus
ou moins objective, pédagogique et concise, de connaître ou de faire
connaître certains faits ou certains thèmes. Concrètement, la collection
entend produire des monographies, publier des documents inédits, éditer des
travaux de recherche et expliquer l’actualité…


- Esdras KAMBALE, Du Shaba au Katanga. A propos du « massacre » de
l’Université de Lubumbashi et de la période pré-insurrectionnelle (1990-93), 2008.

- Jean MPISI, Kivu, RDC : La paix à tout prix ! La conférence de Goma

- Jean MPISI, Le Kivu pour la paix. Les Actes de la Conférence de Goma, 2008.

- Jean MPISI, Traite et esclavage des Noirs au nom du christianisme, 2008.

- Jean MPISI, Les papes et l’esclavage des Noirs. Le pardon de Jean-Paul II, 2008.

- Jean MPISI, Les évêques africains et la traite négrière : Pardon de l’Afrique à
l’Afrique, 2008.

- Jean MPISI, Les prêtres africains en Occident. Leur mission et restrictions vaticanes
sur leur séjour, 2008.

- Jean MPISI, Rapport final de la Conférence provinciale sur la Reconstruction.
Province du Bas-Congo, Matadi 14-20 décembre 1997, 2008.

- Jean MPISI, ovin
Province du Kasai Occidental, Kananga 6-12 janvier 1998, 2008.

- Jean MPISI, ovin
Province du Katanga, Lubumbashi 15-24 décembre 1997, 2008.

- Jean MPISI, Rapport final de la Conférence provinciale sur la Reconstruction.
Province du Sud-Kivu, Goma 26 nov. 1997 – 9 janv. 1998, 2008.

- NKERE Nkingi Ntanda, La crise financière internationale de 2008 et ses
conséquences en RdCongo, 2008.

- NKERE Nkingi Ntanda, Education des Electeurs au Congo-Kinshasa : Un défi de
la République, 2009.

- Innocent UNYON Vakpa Katumba Oruma, Le conflit armé en Ituri (RDC) :
La problématique de sa prévention et de sa gestion, 2009.


- Jacques FUMUNZANZA Muketa, Kinshasa d’un quartier à l’autre, 2009.

- Jean MPISI, Antoine Gizenga pour une Gauche en RDC, 2011.

- Antoine GIZENGA, Ma vie et mes luttes, 2011.

- Philippe BIYOYA, Diplomatie Congolaise Régionale. Nouveaux fondements, défis et
enjeux, 2012.

- Augustin KALUBI sj, Vision et leadership selon Ignace de Loyola. Pour une
éducation de qualité, 2014.
Philippe BIYOYA MAKUTU KAHANDJA
Publication de
l’Institut Panafricain des Relations Internationales et Stratégiques

(I.P.R.I.S.)
de Kinshasa, RDC.


Quête africaine
de l’Ordre mondial

Portée et limites des voies d’insertion
au système international du monde bipolaire


Préface de KÄ MANA








Du même auteur

1) Diplomatie congolaise régionale. Nouveaux fondements, Enjeux
et Défis, L’Harmattan, Paris, 2011.

2) Géopolitique de l’Instabilité politique dans la Région des Grands
Lacs africains, …. L’Harmattan, Paris, 2009.

3) Paris pour une transition apaisée en République Démocratique
du Congo, L’Harmattan, Paris, 2008.

4) Sous la direction d’Eddie Tambwe et Makosso Anatole, Après les
élections en RDC, L’Harmattan, Paris, 2006.

5) La Question Congolaise. Réforme ou Renaissance, Presses
Universitaires du Congo-Kinshasa, Kinshasa, 2005.

6) Sous la direction d’Eddie Tambwe, Héritage de Mzee Laurent
Désiré Kabila. Ce qui en reste, L’Harmattan, Paris…

7) Pour un autre avenir congolais de paix, le choix d’un modèle
institutionnel, CEDI, Kinshasa, 2002.

8) Les Relations franco-africaines, Francophonie, coopération et
développement, Publication de l’ACRIS, Kinshasa, 1999.

9) Introduction aux Relations Internationales Africaines, ACRIS,
Lubumbashi, 1993.

10) La spirale des Guerres de l’Est. Comment y mettre fin et
transformer le contexte, St Paul, Kinshasa, 2014 (sous presse).



© L’HARMATTAN, 2014
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
ISBN : 978-2-343-04067-7
EAN : 9782343040677

A Jean BARRÉA

et
Stanley HOFFMANN
































Où serait alors ma peine, si à chaque instant
l’espoir de réussir me soutenait….

= Albert CAMUS =




















‘‘Sortir les Africains de leur autisme concernant
leur situation dans le monde d’aujourd’hui’’

PREFACE DE KÄ MANA


Dans la géographie des forces intellectuelles de la République
Démocratique du Congo, Philippe Biyoya Makutu occupe une place
spéciale : celle d’un analyste politique de premier plan et d’un solide liste en géostratégie, dont les prises de position éclairent avec
netteté la situation du Congo dans le monde. Cette place qu’il a dans
la configuration de la recherche politique et géostratégique dans notre
pays, le politologue congolais la doit au relief aiguisé des convictions
de fond sur lesquelles repose sa dynamique de pensée.

La première conviction concerne le choix du pragmatisme de la
puissance contre l’idéalisme des rêves d’un monde meilleur, qui serait
animé par des valeurs d’humanité pure et conviviale. Aux yeux du
géo-stratège, il serait ruineux pour le Congo et les pays africains de ne
pas voir que le monde actuel est dominé par la logique de la quête de
puissance et d’hégémonie. Les puissants cherchent à y développer au
jour le jour leur puissance et n’arrêteront jamais d’écraser les faibles
tant que ceux-ci continueront de s’engluer dans leurs faiblesses et leur
impuissance. Jusqu'à nos jours, le Congo et l’Afrique ne donnent pas
l’impression d’avoir compris que leur problème politique et
géostratégique majeur est de sortir de leurs faiblesses pour penser la
puissance comme volonté et comme réalité. Il est temps qu’ils
comprennent cette vérité essentielle pour le présent et pour l’avenir.

La deuxième conviction qui a donné à Philippe Biyoya Makutu la
place qui est la sienne dans le monde de l’intelligence au Congo est de
faire comprendre aux Congolais et aux Africains que leur
complaisance à croire qu’ils sont riches et qu’ils constituent un
réservoir inépuisable des matières premières stratégiques ne mène
nulle part. En réalité la RDC restera un pays misérable et l’Afrique un
continent pauvre tant qu’ils n’auront pas développé le génie créateur
des richesses humaines capables de valoriser les richesses naturelles et
de les transformer en chances de vie. Aujourd’hui, le Congo et
l’Afrique sont du mauvais côté de la dialectique « richesse-pauvreté ».
Il faut qu’ils inscrivent leur politique et leur géostratégie dans le
9
pragmatisme économique où seule la richesse humaine et matérielle
crée les conditions pour se faire respecter comme peuple dans le
monde. Sans ce choix de la richesse, ils nageront toujours dans la
marre de leurs faiblesses et de leurs impuissances, désespérément.

La troisième conviction de Philippe Biyoya Makutu est une
réalité aujourd’hui décisive : il y a d’une part des peuples qui veulent
inscrire leur destinée dans le développement créateur pour résoudre
leurs problèmes et affronter les problèmes du monde, et d’autre part,
des peuples qui donnent l’impression de n’avoir aucune ambition de
ce genre. Le Congo appartient aujourd’hui à ce camp problématique.
L’Afrique aussi. Leur problème est de sortir de cet enfermement dans
le non-sens pour tout miser sur le renouveau et le rayonnement de
leurs forces créatrices dans le monde.

Les lecteurs habitués aux idées-forces de Philippe Biyoya Makutu
trouveront dans le présent livre la source historique de sa pensée : une
analyse rigoureuse de la position du Congo et de l’Afrique dans
l’ordre mondial, depuis la guerre froide jusqu’aux structures de la
mondialisation actuelle. Le géo-stratège congolais y déploie, avec une
impressionnante érudition, sa connaissance de politiques qui ont
structuré et qui structurent encore d’aujourd’hui le monde comme
faisceau des conflits, des violences et des quêtes d’hégémonies, autour
de la puissance, de la richesse et des ambitions inventives.

Ceux qui lisent pour la première fois Philippe Biyoya Makutu
entreront ici dans l’univers d’une pensée géostratégique où le Congo,
comme l’Afrique, est dévoilé comme enjeu crucial dans le rapport des
forces mondiaux entre les grandes puissances, les nations riches et les
peuples ambitieux. Ils comprendront que la politique actuelle des
grandes puissances à l’égard de la République démocratique du Congo
remonte au rôle que le pays a joué tout au long de la guerre froide et
s’inscrit dans le cadre global du monde actuel où il appartient
maintenant aux Congolais de décider des choix politiques et des
orientations géostratégiques qui leur permettront de devenir des
acteurs de leur propre destinée. Cela à travers une diplomatie de
puissance, d’enrichissement et d’ambition créatrice. L’enjeu de
l’avenir du Congo est effectivement de devenir sujet de l’Histoire et
maître de l’initiative historique dans tous les domaines où se jouent la
puissance, la richesse et la grandeur de la nation. Il en va de même
10
pour l’Afrique. Son avenir est dans le choix d’une politique qui la face
respecter dans la géostratégie et la diplomatie mondiale.

Le sens de toutes les analyses savantes déployées dans ce livre de
Philippe Biyoya Makutu est justement de sortir les Congolais et les
Africains de leur aveuglement, de leur surdité et de leur autisme
concernant leur situation dans le monde d’aujourd’hui pour assumer
en toute conscience les vrais enjeux d’avenir. A savoir : cesser d’être
les jouets de l’Histoire et les marionnettes du Destin pour construire
une société de liberté, de responsabilité et de rayonnement mondial.

J’ai lu le livre de Biyoya Makutu avec un intérêt scientifique
grandissant au fil des pages. Les logiques de la guerre froide y sont
décrites dans toute leur vérité, sans laisser dans l’ombre un
quelconque coin de ce qu’elles ont eu comme projet et comme
pouvoir d’intégrer le Congo et l’Afrique dans l’univers d’un monde
d’affrontements à répétition. De même, les logiques de la
mondialisation ultralibérale et leur vision de la planète y sont définies
minutieusement, sans qu’il soit possible d’ignorer leurs enjeux pour
les populations et les combats que ces enjeux comportent. En passant
de la guerre froide à la mondialisation ultralibérale, l’ordre politique
planétaire confronte le Congo et l’Afrique à des révisions déchirantes
de leur compréhension de la place d’une nation et d’un continent dans
l’histoire des peuples. Si, jusqu’à nos jours, l’histoire de la RDC et du
continent africain a été celle de courber l’échine devant les grandes
puissances, les pays riches et le génie des continents conquérants,
l’avenir est à la rupture avec cette intériorisation de la faiblesse : il
faut une autre Afrique, il faut un autre Congo. Toute la dynamique qui
conduit à ce nouveau destin africain et congolais est décrite par
Biyoya Makutu avec une vive clarté. On ne peut pas sortir de son livre
sans que les yeux s’ouvrent sur ce qu’il y a à faire d’un point de vue
scientifique : créer de nouvelles logiques sociales pour changer l’ordre
actuel des choses.

On ne peut pas non plus sortir du champ lumineux de ses analyses
sans s’inscrire dans la dynamique militante qui porte et nourrit la
réflexion scientifique ici déployée. En le lisant, on comprend peu à
peu que le livre de Biyoya Makutu porte un souffle politique de
changement de cap pour nos pays et que ce changement dépendra des
choix faits ici et maintenant pour un leadership d’intelligence et une
gouvernance de responsabilité. Sans ce leadership et cette
11
gouvernance, il n’y aura pour notre pays ou pour notre continent ni
puissance matérielle, ni richesse diplomatique, ni grandeur
géostratégique. Je crois que ce souffle politique du livre est la plus
belle et la plus fertile part que Philippe Biyoya Makutu nous donne en
partage, au-delà de ses belles analyses scientifiques.

Je souhaite que son livre soit largement lu et discuté par tous ceux
qui veulent pour notre continent un nouveau projet de vie et une
nouvelle espérance de rayonnement et de grandeur.

Kä Mana
Président de l’Académie de la pensée africaine en RDC

KÄ MANA (de son vrai nom Godefroid Mana Kangudie
Tshibemba) est un grand nom dans la pensée théologique et
philosophique congolaise et africaine.
Né le 3 novembre 1953 à Dibaya, au Kasaï Oriental (République
Démocratique du Congo), Kä Mana est docteur en théologie (1985,
Université Libre de Bruxelles) et a soutenu une thèse d’habilitation en
théologie (1989, Université des Sciences humaines de Strasbourg).
Ces qualifications permettent à Kä Mana d’enseigner la théologie
et la philosophie à différents endroits (au Cameroun, en Suisse, en
France, au Bénin, et actuellement à Goma, en RDC).
Il est président de l’Académie de la pensée africaine en République
Démocratique du Congo et président de Pole Institute, qui, basé à
Goma, se définit comme un « Institut interculturel dans la région des
Grands Lacs ».

Il est l’auteur de plusieurs ouvrages philosophiques et théologiques,
dont, chez Karthala : L’Afrique va-t-elle mourir ? (1993), Théologie
africaine pour temps de crise (1993), Christ d’Afrique (1994), La
nouvelle évangélisation en Afrique (2000).








12

Avant-propos


Les relations internationales du monde bipolaire au double plan
idéologique et stratégique, monde de la division du monde et de
l’Europe en Est et en Ouest, étaient dominées par le problème de la
stabilité internationale et des rôles des superpuissances. La
problématique scientifique tournait autour des paradigmes explicatifs
de l’ordre international ! Mais à partir du moment où ces relations
internationales, sans sortir du paradigme de l’international politics,
devinrent mondiales à la suite du paradigme du World politics, la
stabilité internationale concerna les diplomaties de tous les acteurs
dont l’Afrique. Une ambitieuse recherche de doctorat en Sciences
politiques et en Relations internationales fut, à cette occasion,
consacrée à l’analyse des politiques africaines d’insertion au système
international de l’époque et surtout à la quête mondiale de la stabilité
internationale. Les éléments d’analyse qu’elle contient nous paraissent
toujours pertinents et l’actualité sécuritaire africaine contribue à les
accréditer vingt ans après. Cela aura ainsi été une importante
contribution africaine et francophone à un débat dominé par les
américains. Même si la partie du temps mondial sur lequel elle avait
porté a disparu, la question de savoir comment l’Afrique participe au
désordre mondial institutionnel et à la gouvernance mondiale
1trouverait réponse en s’y référant ( ). Aujourd’hui, comme hier,
l’Afrique dans les relations internationales ne réussit pas à participer
aux jeux des rivalités des nations ou au jeu des rapports des forces. Et
l’étude scientifique des relations internationales en Afrique et dans le
monde francophone ne concerne pas les politiques de puissance ou
d’influence par son inclinaison à la sociologie.

Et pourtant, dans les « dernières années du siècle », Raymond
Aron écrit que les desseins et la conduite des Etats dépendent dans
leurs relations internationales, en quelques mesures, du rapport des

1 L’intérêt accordé au couple US-Chine autour de l’avenir du monde, voir par
exemple la Chinamérique du Cercle Turgot (2010), justifie la décision de publier
enfin cette étude. La situation au Mali et en République Centrafricaine en 2013 et en
2014 où militaires et diplomates de grandes nations gouvernent l’avenir sécuritaire
africain montre le déficit en la matière de politiques africaines.
13
forces ; les études africaines en la matière l’ont longtemps omis ou
méconnu ; elles ne devraient donc plus continuer d’ignorer dans leurs
problématiques, les variables diplomatico-stratégiques, comme le
témoigne la réserve de Zaki Laïdi dans « les contraintes d’une rivalité,
les superpuissances et l’Afrique (1986) ».

Edem Kodjo n’a donc pas eu tort de penser (dans Et Demain
l’Afrique) que les « peuples sans Etats véritables, comme le sont les
peuples d’Afrique à l’heure actuelle ne peuvent que servir de pions
aux nations organisées et ce n’est pas l’Organisation de l’Unité
Africaine (OUA), telle qu’elle a été conçue en 1963 et telle qu’elle a
fonctionné depuis, qui leur assurera un avenir de puissance ». La
transformation de l’OUA en Union Africaine (UA) en plein contexte
de la mondialisation et de la globalisation n’a malheureusement pas
réussi à résoudre le problème de l’impuissance africaine, lequel, au
contraire, se serait aggravé, dans la mesure où la marginalisation et
l’exclusion de l’Afrique du système mondial à l’horizon 2000 ne sont
pas restées des hypothèses d’école. L’émergence de nouvelles
puissances mondiales nationales du nouveau contexte de la
mondialisation, notamment le Brésil, l’Inde, la Chine et la Russie
soulève la question non moins importante de savoir comment cela
aurait-il pu être possible en Afrique, et pourquoi le nouveau contexte
n’aspire pas la puissance africaine, et jusqu’à quand, ou par quelle
magie, les voies européennes de la croissance et du développement
permettront-elles au système africain de relever le défi de l’avenir
global et de la puissance ? Une politique d’intégration africaine à
partir des variables diplomatico-stratégiques était-il ou est-il possible ?
C’est à cela que tentait de répondre la présente étude à partir de la
réalité et des contraintes du système mondial des années quatre-vingts.
Telle était l’ambition de la thèse de doctorat en Sciences Politiques et
Relations Internationales présentée en 1991 à l’Université de
Lubumbashi, au titre des politiques africaines de sécurité
internationale.

Notre ambition théorique et méthodologique était de contribuer à
la critique de la théorie générale des relations internationales en
transition vers la world politics et, par ricochet, aux études africaines
et du Tiers-Monde.

Les travaux de Stanley Hoffmann, de Robert Mortiner, de Henry
Kissinger et surtout la critique massive de Zbigniew Brzezinski à la
14
doctrine Nixon-Kissinger ont servi de rampe de propulsion de notre
contribution théorique et méthodologique.

C’est avec le sentiment d’y être parvenu et de n’avoir pas été
démenti par les évolutions majeures de la conjoncture internationale
post-bipolaire que nous avons décidé de publier les résultats de cette
recherche aujourd’hui.

L’évolution de la politique internationale vers la politique
mondiale et plus tard vers la politique globale dans un monde en
mutations profondes, mutations consistant dans l’absence désormais
des repères de la politique internationale, du fait de la disparition de
l’ordre international au profit du désordre mondial institutionnel,
soulève la question de la valeur et de la pertinence des résultats des
études comme celles-ci, menées à l’époque des politiques en
transition. Dans quelle mesure ces résultats seraient-ils valables et
comment éclaireraient-ils aujourd’hui la diplomatie africaine, la
nouvelle diplomatie africaine dans le nouveau monde ?

La réponse à la question nécessite des précisions en trois points :

• L’objet de l’étude,
• L’actualité de la problématique au regard des mutations
survenues dans les rapports Est-Ouest et à la suite de la
mondialisation, et
• L’articulation de la politique étrangère des Etats africains, avec
le nouveau contexte géopolitique mondial.

La stabilité internationale est le principal objet d’étude de cet
ouvrage, ses approches de réalisation engageant à la fois les
aspirations à la paix et à la sécurité ainsi que la responsabilité des
acteurs.

Les politiques de sécurité et de défense des Etats y participent. Et
la politique étrangère à ce propos devient politique stratégique.
Pendant la période de la guerre froide, les politiques des blocs rivaux
ont principalement cristallisé le défi technologique, mais aussi la
coopération ou le dialogue autour des systèmes de défense et de
sécurité servis par des systèmes d’armements nucléaires. Appliquée en
Afrique, précision s’impose : en l’absence d’un dispositif de ce type,
c’est dans le non-alignement, dans la Charte de l’ONU et dans
l’intégration régionale que se trouvaient les voies africaines de
15
stabilité mondiale. Soit, les power politics africains dans le système
mondial d’hier et aussi dans le monde global d’aujourd’hui. Par ces
politiques, l’Afrique aura participé à sa façon au dilemme mondial de
sécurité. La question de leur adéquation ou de leurs résultats est
justement celle que cette étude se propose de résoudre.

En l’absence d’un système africain de défense, l’analyse
stratégique, géostratégique ou simplement géopolitique, à cet effet, se
conçoit difficilement, sauf quand elle est considérée sous l’angle du
régionalisme sécuritaire. Rappelons que dans cette optique, les
Accords de sécurité, de bon voisinage ou de non-agression entre
certains pays africains ne sont pas concernés. Car, la politique de
sécurité internationale a pour finalité principale de donner la mesure
de l’indépendance d’un Etat ou d’un groupe d’Etats dans la gestion de
la stabilité internationale ou de l’ordre international. Sa principale
caractéristique est qu’elle assume la double compétence externe de
toute entité étatique dans le domaine de politique étrangère et de la
politique de défense. Sa synonymie avec la politique de puissance ne
saurait nullement signifier qu’il s’agisse d’une politique de
domination ou d’une politique destinée à servir un dessein de
puissance, ou d’hégémonie, encore qu’il faille préciser que le vocable
« puissance » renferme plusieurs acceptions, dont aujourd’hui le »
hard power » et le « soft power » de Joseph Nye Jr. Il s’agit donc de
l’étude de la quête africaine de l’ordre mondial à la kissingerienne.

C’est dans ce sens que cette politique de sécurité internationale a
été définie dans cette étude comme une politique d’indépendance
nationale, avec pour objectif d’aider à l’affirmation sur la scène
mondiale de l’identité diplomatique des Etats. Dans le cas particulier
des Etats africains où, c’est cette aspiration à l’affirmation de soi, qui
a, du reste, justifié leur participation à la politique mondiale,
l’existence d’une politique de sécurité ne ferait l’ombre d’aucun
doute. Notre effort dans ce travail aura consisté ainsi à vérifier les
termes de l’applicabilité des exigences de cette politique de sécurité
dans le contexte africain, en nous inspirant des politiques chinoise et
soviétique d’insertion au système mondial de l’époque, les relations
internationales passant pour une loi du développement national et
mondial.

Quant à l’actualité de la problématique, étant donné que les
données de notre étude étaient puisées essentiellement dans la réalité
16
des politiques mondiales d’avant le triomphe de la pérestroïka en
Europe de l’Est, et, aussi de la normalisation Est-Ouest, il nous faudra
apporter deux précisions :
1) Les mutations du système international vers un monde plus
global n’ont eu jusque-là aucune incidence positive sur les politiques
africaines. Les capacités diplomatiques et stratégiques des Etats s sur la scène mondiale ne se sont pas accrues. Les problèmes
africains, dont la démocratisation, le sous-développement et la
réduction de la pauvreté, sont toujours réglés sous la dictée des
grandes puissances à travers les politiques de mise en œuvre des
stratégies des puissances par les Institutions financières
internationales.

2) La crise du Golfe Persique ainsi que les difficultés de la
pérestroïka en Union Soviétique auront démontré, de l’avis des
spécialistes, qu’un nouvel ordre mondial n’est pas encore né et que la
problématique de la stabilité internationale n’a pas encore commencé
2de négocier ses termes ( ), ainsi que l’auront démontré la guerre de
l’Amérique et de l’OTAN en Afghanistan, l’intervention américaine
en Irak et le nucléaire iranien avec tous les réflexes de peur qu’il
suscite dans le chef des puissances du monde. La guerre de l’ONU et
de l’OTAN contre Kadhafi sans réaction africaine en serait une autre
illustration.

S’interroger sur la réalité d’une politique ou des politiques
d’indépendance nationale de l’Afrique sur la scène internationale dans
un contexte mondial de profondes mutations devrait revêtir la
première importance, car la gouvernance mondiale viserait avant tout
une redistribution des cartes ou une recomposition géopolitique. Et ce
sont justement ces changements du système des relations
internationales qui donnent de la pertinence à notre problématique
tirée de la réalité du monde des années 1980 et qui confèrent à notre
interrogation la valeur d’actualité.

Le besoin de plus en plus grandissant d’un système européen de
sécurité grâce auquel une identité sécuritaire européenne serait
possible dans le monde d’aujourd’hui atteste de l’intérêt pour
l’Afrique d’une étude comme la nôtre. La question de l’Union

2 Lire Aliboni, N. BONVICINI, G., ‘‘Three scenarios for the future of the Europe”,
in The International Spectator, Vol. XXVI, n °1, January – March 1991, p. 5.
17
politique africaine devrait être la question centrale des relations
internationales africaines en ces moments et à l’avenir. Nous estimons
qu’il était possible d’aider au parachèvement des mécanismes du
régionalisme sécuritaire prévus dans la charte de l’OUA, en vue
d’aider à l’accroissement de la capacité diplomatique de l’Afrique sur
la scène mondiale, quoique cela ne soit pas comme telle une politique
de stabilité internationale. Mais dans la mesure où il contribuerait à la
stabilité régionale, un tel mécanisme pourrait bien réunir ou
développer les conditions d’une politique stratégique. Une des
principales remarques à cette étude par Jean Barréa concernait
l’invitation faite au droit international dans un débat stratégique.
Remarque partagée aussi par Henry Kissinger dans « la nouvelle
puissance américaine » de la difficulté d’un système régional crédible.
Et pour ne pas sombrer dans la polémologie et nous y réfugier, une
politique d’organisation sécuritaire de l’espace régional en vue
d’accroître les capacités d’interaction diplomatique serait une
politique stratégique par son ambition ; et, sa maîtrise devrait se
confirmer ou se consolider par la prise en charge des questions de
défense régionale et mondiale. Dans le monde bipolaire de l’équilibre
de la terreur, l’Afrique était dénucléarisée et soumise aux exigences
du Traité de Non-prolifération Nucléaire, garant de la stabilité
stratégique bipolaire ; quelle autre voie restait-il à lui conseiller que
celle grâce à laquelle elle se maintenait dans le système international
et essayait d’y jouer un rôle ? En termes d’opérationnalisation de son
dessein stratégique, l’Afrique apprendrait les vertus de l’équilibre des
forces malheureusement sous l’angle régional et dans la perspective
globale ou mondiale. Ce dont elle aurait besoin, c’est d’un système de
défense collective, l’organisation panafricaine devant revêtir la robe
d’une alliance militaire ou d’un pacte de défense régionale. Ce qui
fera certainement élever le sens de responsabilité internationale de
l’Afrique.

Enfin, fallait-il étudier ces politiques africaines de sécurité au
niveau individuel des Etats ou de façon globale ? Les allusions aux
politiques chinoise, soviétique ou française paraissaient peu
intelligibles devant la réalité de la diversité et de la pluralité des Etats
africains. C’est pourquoi, il importe ici de préciser que d’un point de
vue du matérialisme historique, l’allusion faite à la politique chinoise
visait à suggérer que, placés devant les mêmes circonstances
18
historiques et les mêmes nécessités que les Chinois, les Africains
auraient dû avoir les mêmes réflexes. Cette manière de voir les choses
s’imposait dès lors que l’on sait qu’en matière de politique étrangère
et de défense, les Etats africains vivent les mêmes réalités et que
depuis 1963 à la naissance de l’OUA, nécessité s’imposait à eux
d’harmoniser et de coordonner leurs politiques en ces domaines (art. 2
de la charte de l’OUA). Par ailleurs, le fait qu’ils appartiennent tous au
mouvement des pays non-alignés, ces Etats partagent les mêmes vues
dans toutes les questions de politique mondiale. La marginalisation,
l’exclusion ou la chosification dont ils sont aujourd’hui l’objet
proviennent d’une réalité unique : le système mondial. Serait-ce, par
hasard, que les problèmes africains sont traités de façon globale dans
le concert des nations ? Les approches, par exemple, des questions de
développement et de coopération avec la France, la Chine, le Japon
qui réunissent toute l’Afrique autour d’un seul pays montre combien
la culture diplomatique et stratégique africaine est à féconder à la fois
que cela souligne l’étendue de la faiblesse et de l’impuissance
individuelle des Etats africains à interagir avec le monde, et oblige les
Africains à construire une approche commune des affaires mondiales,
à l’instar de la diplomatie économique des Etats asiatiques de
l’ASEAN avec l’Europe. Car, pour tirer profit de la Chine, l’on
devrait passer des stratégies pays aux stratégies zones économiques de
développement au sein des communautés d’intégration et de ent régionales par exemple. La même préoccupation
vaudrait pour les autres partenaires et même face aux institutions
financières internationales. La généralisation de cette pratique des
Sommets de grandes puissances avec toute l’Afrique, comme le et de Washington en perspective d’août 2014 avec 47 pays
africains, anéantirait les chances d’une interaction africaine conforme
au nouveau contexte.

L’étude des politiques africaines de sécurité internationale aura
donc eu le mérite de relancer, par une problématique nouvelle, la
question de l’Union politique des Etats africains. L’échec de l’OUA
dans l’harmonisation et la coordination des politiques étrangères et
des politiques de défense des Etats africains, appelait au regard du
contexte mondial mouvant, à un réexamen général des politiques, et
surtout, à la conception des politiques nouvelles, à l’élaboration des
nouveaux cadres d’action où ces nouvelles politiques africaines
19
pourraient être élaborées et exécutées. Théoriquement parlant, les
références aux politiques chinoise et soviétique des relations
internationales se justifiaient par le fait qu’elles relevaient des
relations internationales comme relations rivales, conception absente
dans l’approche africaine.

Cette étude dont les bornes sont les années 1960, années
africaines de redondance diplomatique, et les années 1980, années des
crises africaines, avait pour principale ambition de contribuer au débat
sur l’Afrique, par la prise en charge des variables
diplomaticostratégiques, ignorées jusque-là par des études africaines, ainsi que le
regrettait le Professeur Ndeshyo dans « L’antidérive d’une Afrique en
3désarroi » ( ). Première étude scientifique de ce genre dans les
Universités africaines, elle a tracé le cadre d’une réflexion générale,
jusque-là absente, et grâce à laquelle désormais, des études
monographiques seraient possibles. L’Afrique aura, par cette
contribution, participé affirmativement aux débats sur la théorie
générale des relations internationales et sur sa nature politique des
réalistes et surtout des néo-réalistes, dans la lecture du nouveau
contexte mondial et global.


3 Voir NDESHYO et Alii, L’antidérive d’une Afrique en désarroi, Kinshasa, P.U.Z.,
1985.
20
Introduction générale


« Beaucoup de jeunes sont également impatients de voir
l’Afrique jouer dans le monde un rôle en rapport sinon avec son
importance économique ou militaire, du moins avec le nombre des
Etats qui la composent… ».

Amadou Mahtar M’BOW, in Atlas Jeune Afrique.


1. L’EQUATION AFRICAINE DANS LES NOUVELLES
RELATIONS INTERNATIONALES

A l’Afrique indépendante qui émerge sur la scène internationale
dans les années 1960, l’on accordait une importance non négligeable
dans le cadre des efforts des nations pour la stabilité internationale
menacée par la poursuite de la guerre froide. Depuis la chute du mur
de Berlin en 1989, elle est demeurée un problème dans un monde en
évolution constante, et la mondialisation – globalisation semble avoir
contribué à tuer l’espoir qu’elle constituait pour l’avenir du monde.
L’Asie et l’Amérique latine ont pris sur l’Afrique une telle avance
que, dans les efforts de gouvernance mondiale, son absence
n’empêche pas les tentatives de recomposition sans elle.

Le point commun à tous ceux qu’intéresse son destin est qu’elle
est à la dérive. Certes que des estimations optimistes de taux de
croissance africaine avoisinant les deux chiffres existent. Mais
personne ne réussit à montrer comment ces perspectives meilleures
sont africaines et attribuables aux acteurs africains du monde global.
La place et le rôle de l’Afrique dans la gouvernance mondiale
demeureront ceux de figuration. Ce qui, à notre avis, confirme
1Catherine Goybert ( ) qui, empruntant l’expression à la Commission
Economique pour l’Afrique, estimait que, sauf modification notable
des politiques de développement et des relations internationales,
l’Afrique était menacée d’une marginalisation complète à l’horizon
2000. Cela, parce que, précisaient les experts de la Banque Mondiale,

1 GOYBERT, C., « Lomé III, ou l’occasion perdue ? », in Le Monde Diplomatique,
décembre 1984, p. 8.
21
après une période rapide et efficace des économies et des sociétés
africaines, les progrès s’étaient arrêtés et un recul n’était plus
1impossible ( ). Evolution confirmée depuis la fin du monde bipolaire
et suite à la mondialisation et à la globalisation de l’économie et des
sociétés. Les lecteurs de « Le Dessous des cartes, itinéraires
géopolitiques » de Jean-Christophe Victor (2011) situeraient
difficilement l’Afrique dans le basculement du monde.

La régénérer pour la remettre au premier plan devient dans ce
2contexte, écrivait Edem Kodjo ( ), notre devoir ; l’imposer aux nations
paraissait alors une nécessité dans le contexte de notre monde rompu
3( ) qui oblige chaque Etat à s’ingénier de s’élever en acteur, en
répudiant de ce fait toute résignation synonyme de subordination. La
fin de la guerre froide et l’implosion de l’Union Soviétique et du bloc
socialiste de l’Europe de l’Est auront produit ce réflexe
diplomaticostratégique de désinféodation.

Notre préoccupation dans cette étude, à la lumière de ce qui
précède, est celle de trouver des voies et moyens par lesquels
l’Afrique peut tirer profit des relations internationales contemporaines.
Car, il n’est pas pensable que la mondialisation qui permet à nombre
de nations d’émerger comme puissance économique ou régionale
demeure infertile en Afrique. L’étude scientifique des relations
internationales n’aurait pas besoin des approches particulières ni du
sociologisme des Français et des francophones, si son objet demeure
4celui de l’étude du power politics comme c’est le cas ci-contre ( ).

1 Banque Mondiale, Un programme d’action concertée pour le développement
stable de l’Afrique au Sud du Sahara, 1984, p. 2.

2 KODJO, E., …… Et demain l’Afrique, Stock, Paris, 1985, p. 11.

3 Lire MAYER, P., Le Monde rompu, Fayard, Paris, 1976, p. 172. L’auteur estime
que dans les rudes conditions actuelles du monde, la survie, œuvre de l’Etat, a pour
préalable l’indépendance quoique héroïque, p. 130.

4 Cette étude s’inscrit en faux contre la Sociologie des relations internationales
africaines de Luc Sindjoum du Cameroun et contre sa référence à Kevin Dunon pour
qui l’Afrique constituerait un défi pour la théorie des relations internationales. Leur
compréhension du paradigme westphalien serait lacunaire faute de définition claire
de l’objet d’étude des relations internationales « as the struggle for power and
security between discrete political communities », and present primarly
nationsstates » John Bayles and N.S. Rengger (1992) partisans pourtant du World politics ;
aussi faute de bonne définition de l’expression ou vocable « relations
22
Ce faisant, et contrairement aux nombreuses études sur la
détérioration de la situation socio-économique du Tiers-Monde, nous
nous proposons, dans le cadre de cette recherche, de procéder à une
analyse critique des relations internationales de la guerre froide. Ce,
nous adoptons cette thèse, puisqu’il nous parait paradoxal, le constat
selon lequel les relations internationales qui servent l’intérêt national
de certains acteurs, soient pour les pays du Tiers-Monde et pour
l’Afrique, source de non-progrès, ou pourrait-on mieux dire, un simple
mirage. Et s’agissant particulièrement de l’Afrique, qu’elle se contente
d’y figurer comme une simple « présence-absence » incapable
d’action.

L’accentuation de la dépendance de l’Afrique au système
économique mondial, au moment où l’on affirme chaque jour
davantage l’interdépendance de toutes les nations du monde dans un
système international devenu mondial, suffit pour justifier
l’opportunité et la pertinence de notre choix et de notre approche. Car,
si l’Afrique fait partie du monde global, son rôle et son importance
comme « Acteur » des relations internationales paraissent illusoires
sinon non envisageables. D’où la question de savoir pourquoi et
comment y remédier.

Comme on peut bien le constater, l’objet de notre étude est le
« revers africain » sur la scène diplomatique internationale, revers dû
principalement à la dépendance diplomatique et militaire de l’Afrique.
L’évocation du concept dépendance nous oblige à préciser que nous
nous situons philosophiquement, en droite ligne des thèses défendues
par l’école de la dépendance, et plus particulièrement celle de Samir
Amin soutenue dans « L’accumulation à l’échelle mondiale », et
clairement développée dans sa présentation de l’ouvrage collectif de
Kwame Ga Amoa et Braum Oscar intitulé « Echanges internationaux
1et sous-développement » ( ) et dans son livre « La déconnexion, pour
sortir du système mondial », à savoir que l’amélioration du statut
international des formations sociales de la périphérie est impossible à

internationales, organisation des relations de l’Etat-nation (Henry Kissinger, La
nouvelle puissance américaine (2003). Les adeptes de Marcel Merle et de la
Sociologie des relations internationales se sont éloignés de la théorie pour la
Sociologie de l’internationalisme (Jean Barréa, Mélanges pour M. Merle).

1 Kwamé GA AMOA et Braum OSCAR, Echanges internationaux et
sousdéveloppement, Ed. Anthropos-Idep, 1974.
23
envisager dans l’optique de l’intégration au système mondial. Née du
système international de superpuissances naissantes, l’Afrique
indépendante aurait dû se préoccuper de se forger une marge de
manœuvre par rapport à la structure institutionnelle des relations
internationales de l’époque au lieu d’un engagement à fond par un
non-alignement dépourvu de moyens d’influence ou de pression autres
que le nombre des Etats membres.

Même si aujourd’hui la théorie de la dépendance est battue en
brèche, notre référence à cette école se justifiait parce que, comme le
dirait Samir Amin qui récuse aussi cette prétendue théorie de la
dépendance, nous évoluons dans le cadre général tracé par la théorie
du développement inégal dont le postulat nous paraît sans conteste,
l’intégration au système mondial. Notre effort à cet égard consiste en
la compréhension et à l’explication de l’incapacité caractéristique du
Tiers-Monde, particulièrement de l’Afrique d’organiser de manière
autonome son espace diplomatique et stratégique, dans le contexte de
sa forte intégration au système mondial. L’ambition de notre
recherche n’est-il justement pas de contribuer à la réflexion sur
l’Afrique en prenant en compte les variables stratégico-diplomatiques
de ce vaste continent dont l’importance géoéconomique et stratégique
1le destine à un rôle non négligeable dans le concert des nations ( ),
mais que sa complète dépendance n’a pas rendu possible ? Il peut être
intéressant dans ce cadre d’apprécier la réponse africaine à l’Africom,
le commandement africain de la stratégie américaine de la lutte contre
le terrorisme en Afrique et aussi la réalité de l’Afrique dans les
missions onusiennes de paix à travers le monde où les armées
africaines seraient quasiment absentes. Ou, comme au Mali et en
RCA, après la RDC avec l’opération Artémis, la présence africaine
sert à légitimer les présences françaises et la haute main de l’ONU en
recyclage de la puissance de grandes nations.

L’insuffisance, mieux les limites aujourd’hui reconnues de l’école
2de la dépendance, tout comme de l’école développementaliste ( ), ne
nient cependant pas la réalité de la dépendance. Mwabila Malela fait

1 NDESHYO, R. et alii, L’antidérive d’une Afrique en désarroi, P.U.Z., Kinshasa,
1985, p. 9.

2 SMITH Tony, « Requiem or new agenda for third World Studies? », in World
Politics, Vol. XXXVII, April, n° 3, 1985, pp. 532-561.
24
remarquer à ce propos que « même si les perspectives théoriques
ouvertes par la théorie de la dépendance sont aujourd’hui mises en
cause par les tenants de l’autre tendance qui lui reprochent une
certaine incapacité à proposer des solutions réalistes et immédiatement
applicables pour un dépassement progressif du sous-développement,
c’est nier l’évidence que d’exclure la dimension dépendance de la
théorisation des rapports politiques et économiques liant les pays du
1centre et ceux de la périphérie » ( ). Voilà pourquoi nous avons retenu
le concept « dépendance diplomatique et stratégique de l’Afrique »
pour décrire et expliquer le revers africain sur la scène internationale.

Est-il, en effet, besoin de préciser que la dépendance
diplomatique et stratégique de l’Afrique n’a que très peu sinon jamais
retenu l’attention des spécialistes des relations internationales ?

Le professeur Charles Zorgbibe qui se demande « quelle sécurité
pour l’Afrique ? » semblait simplement craindre l’infiltration
soviétique dans l’espace africain vide de puissance et sans défense,
espace au sujet duquel l’Occident européen devait assumer ses
2 3responsabilités historiques ( ). McFarlane S. Neil ( ), quant à lui, s’en
préoccupait dans l’optique d’un partage des responsabilités entre l’Est
et l’Ouest, dans la mesure où la sécurité régionale dans le
TiersMonde était une question qui avait considérablement contribué à la
détérioration des relations américano-soviétiques. L’après-guerre
froide qui a vu se multiplier des organisations régionales et des
communautés de sécurité et de développement n’a pas coïncidé avec
l’amélioration de la stature internationale de l’Afrique et la défense
africaine est demeurée aléatoire et en déphasage avec la
problématique globale des problèmes stratégiques ou simplement
militaires du monde.

Les spécialistes ci-dessus ne se préoccupent pas comme telle de la
dépendance stratégique et diplomatique de l’Afrique sinon alors pour

1 MWABILA, M., « Transfert de technologies et développement : une réflexion », in
Cahiers Zaïrois d’Etudes Politiques et Sociales, n° 4, P.U.Z., Lubumbashi, 1984, p.
19.

2 ZORGBIBE, CH., « Quelle sécurité pour l’Afrique », in Politique Internationale
n° 18, Hiver 1982-1983.

3 MC FARLANE S. NEIL, « The soviet conception of Regional Security », in World
Politics, p. 295.
25
la perpétrer. Leur souci commun cependant était de parvenir à un
rééquilibrage dialectique des interventions de l’Est et de l’Ouest, dans
l’hypothèse de l’impossibilité d’une communauté euro-africaine de la
défense. Charles Zorgbibe aurait pour souci particulier de contrer le
rêve des experts africains de la nouvelle génération, qui préconisent
pour répondre à l’ambition de l’Afrique, d’assurer sa police intérieure
et de participer à la police du monde, un non-alignement doté d’armes
nucléaires, l’armement nucléaire étant une sorte de rite d’initiation des
nations passant à l’âge adulte.

Signalons toutefois qu’à l’issue d’un colloque organisé en 1984
en France, sur le thème « Tiers-Monde, Diplomatie et Stratégie », les
participants, dont Charles Zorgbibe, ont reconnu la nécessité de
l’autonomie diplomatique et stratégique du Tiers-Monde dans un
système international où sa quête de sécurité aurait abouti à
1l’insécurité des autres membres du système ( ).

C’est dire que la question de l’autonomie de la défense et de la
diplomatie africaines est une préoccupation récente qui n’a pas encore
fait l’objet d’une analyse fondamentale et systématique.

Partant du rapport qui existe entre la politique de défense et la
politique extérieure, notre recherche s’inscrit dans le champ d’études
internationales relatif à la politique extérieure des puissances. Elle,
dont les caractéristiques essentielles sont la sécurité et l’expansion,
serait de l’avis de Robert Close, à la racine des activités humaines dès
l’origine des temps à la période actuelle. Le jeu des alliances ou la
neutralité répondrait à un souci analogue bien que le symptôme le plus
significatif de la volonté d’assurer la sécurité ait toujours été la course
2aux armements ( ).

Raymond Aron, pour sa part, considérant les relations
internationales encore à l’état de nature selon Hobbes, affirme que le
premier objet d’une unité politique est la sécurité. Car « les unités
politiques s’efforcent de s’imposer les unes et les autres leur volonté :
telle est l’hypothèse sur laquelle repose la définition de la guerre
empruntée à Clausewitz et, du même coup, la mise en forme
3conceptuelle des relations internationales » ( ).

1 Nous avons lu le résumé des Actes dans Jeune Afrique, n° 1241, 17 octobre 1984.

2 CLOSE, R., L’Europe sans défense…, Art et Voyages, Bruxelles, 1976, p. 22.

26

Ce faisant, la théorie générale des relations internationales dont le
cadre d’application est fondamentalement l’échiquier
diplomaticostratégique, serait, à notre avis, celle de la sécurité internationale,
celle-ci étant entendue comme participant de la capacité diplomatique
de toute unité politique d’imposer sur la scène internationale sa
volonté aux autres unités, ou encore de faire face à la menace
extérieure, c’est-à-dire, de stabiliser son environnement international,
de préserver son indépendance...

A cet égard, l’expression politique de sécurité internationale serait
synonyme de politique extérieure des puissances ou politique
internationale tout court, qui, selon une définition de Thomas Mestre
1( ), serait politique des puissances. Soit, ce que Wolfers a appelé
« buts de possession et buts du milieu » qui, d’après Renouvin P. et
2Duroselle J.B. ( ), seraient autant d’alternatives pour assurer la
sécurité : les premiers consistent à se donner à soi-même des moyens
de défense accrus (forces, territoires), tandis que les seconds tendent à
transformer le milieu international de telle façon que l’agression y
devienne moins facile, moins payante.

Sous ce rapport, la sécurité internationale serait différente de la
sécurité collective, méthode pour la garantie de la paix et de la
sécurité internationale ; c’est-à-dire, qu’alors que la sécurité
internationale parait un impératif de notre monde imparfait (état de
nature) qui contraint chaque Etat à entretenir sa défense, la sécurité
collective suppose l’établissement d’un monde où règne le droit, un
monde fondé sur le consentement des gouvernés, et soutenu par
3l’opinion organisée de l’humanité ( ).

La sécurité internationale doit être définie comme un dilemme
entre la suprématie et l’ordre mondial. Autrement dit, en tant que tel,
l’alternative pour les puissances est celle de la politique de l’ordre

3 ARON, R., Paix et guerre entre les Nations, Calmann-Lévy, Paris, 1962, p. 81.
1 MESTRE T, « Une théorie des relations internationales », Communication faite
aux Journées hispano-zaïroises d’études internationales, Lubumbashi, mars 1982.

2 RENOUVIN P. et DUROSELLE J.B., Introduction à l’histoire des Relations
Internationales, Armand Colin, Paris, 1964, p. 325. Voir aussi HOFFMANN
Stanley, Essais sur la France…, Seuil, Paris, 1974.

3 RENOUVIN, P. et DUROSELLE, J.B., op. cit., p. 342.
27
1mondial et de la politique courante ( ), le réalisme politique, tandis
que pour les faibles, elle consisterait en un ensemble de dispositions
juridiques susceptibles d’assurer leur protection sur la scène
internationale en attendant d’accéder à l’âge adulte.

L’expression « politique » dans les affaires mondiales signifie
souvent, écrit Stanley Hoffmann, « politique de puissance, politique
d’affrontement, la coopération elle-même n’existant qu’en raison du
conflit (les alliés s’unissent contre un ennemi) ou se développant
essentiellement dans le cadre d’un conflit (cas de la plupart
2d’alliances) » ( ).

Toutefois, il est possible de dissocier une politique de puissance
d’une politique de sécurité. Cette distinction fut opérée par le
chancelier Bismarck, dans son appréciation des politiques russe et
prussienne de son époque, qui pensait que le prince Gortchakoff
faisait une politique de puissance (expansion ou buts de possession),
3tandis que lui poursuivait une politique de sécurité (ordre mondial) ( ).
Cette nuance nous parait importante parce que la sécurité
internationale ne dépend pas forcément de matériaux ou
d’instruments. Elle est une relation humaine, mais dont le choc des
volontés ne déchaine pas nécessairement, selon Raymond Aron, une
compétition militaire potentielle ou actuelle.

En d’autres termes, il faudrait entendre par politique de sécurité
internationale, une politique traduisant le désir d’indépendance, mieux
l’aspiration à l’existence propre à toute unité politique sur la scène
internationale, objectivement formulé, parce que, comme dirait
l’ancien Secrétaire d’Etat américain Henry Kissinger, « non nation
can remain great if it leaves safety to mercy or the good will of
4others » ( ).


1 LEGVOLD, R., « Le concept de puissance et de sécurité dans l’histoire
soviétique », in Menace soviétique, Berger-Levrault, Paris, 1982, p. 23, sous la
direction de BERTRAM Christoph.

2 HOFFMANN, S., Le dilemme américain : Suprématie ou ordre mondial,
Nouveaux Horizons, Paris, 1981, p.139.

3 RENOUVIN, P. et DUROSELLE, J.B., Op. cit., p. 325.

4 KISSINGER, H., cité par CLOSE, R., Op. cit., p. 289.
28
Il s’agirait en clair, selon une expression de Michel Debré, de
politique d’indépendance nationale, soit des politiques relatives à la
volonté de s’affirmer face à des géants, pour ne pas devenir de simples
objets de la vie internationale, mais des sujets aptes à prendre des
responsabilités, la défense des intérêts vitaux, la charge ou le fardeau
de la sécurité. Soit, une conséquence logique du principe de l’égalité
juridique des Etats…

Cette politique d’indépendance nationale ou politique extérieure
des puissances se manifeste par la liberté de la diplomatie et par
l’autonomie de la défense, sans oublier, il est vrai, son support
socioéconomique qui, lui aussi, doit bénéficier d’un régime autonome.

L’autonomie de la défense, précise l’auteur, est le complément
nécessaire d’une diplomatie aux mains libres parce que, comme le
1dirait Laurence I. Radway ( ), même si les deux domaines, Affaires
étrangères et Défense nationale, ne se confondent pas quoique se
recoupant, chacun vise à renforcer la sécurité de la nation ; une bonne
partie de la politique militaire des Etats-Unis, par exemple, n’est que
le corollaire de leur politique étrangère.

Robert Close écrit à ce propos que les aspirations profondes des
Etats demeurent inchangées : la sécurité d’une part et l’expansion de
l’autre, sont toujours, par des voies diverses, à la base des politiques
2 3étrangères ( ). Pour sa part, Pierre François Gonidec ( ) soutient que si
la réalisation des objectifs vitaux, à savoir, assurer la survie et
préserver sa propre identité en la défendant contre les atteintes venues
soit de l’intérieur, soit de l’extérieur, n’était pas assurée, l’Etat
disparaîtrait de la scène internationale.

Dans le cas spécifique de l’Afrique dans les relations
internationales, l’accession à la souveraineté internationale dans le
contexte de la guerre froide s’est accompagnée, mieux a été
caractérisée par une réelle préoccupation de s’assurer des conditions
d’indépendance, comme le montre l’objectif fondamental du non-

1 RADWAY, L., Politique étrangère et défense nationale aux Etats-Unis, N.H.,
Paris, 1971, p. 11.

2 CLOSE R., Op. cit., p. 22.

3 GONIDEC P.F., Les relations internationales, Montchrestien, Paris, 1978, p. 346.
29
alignement, la pierre angulaire de la politique étrangère des Etats
africains.

En effet, lorsqu’ils accèdent à la souveraineté internationale au
lendemain de la proclamation de leurs indépendances, les Etats
africains qui souscrivent de contribuer à l’instauration des relations
internationales nouvelles, démocratiques et harmonieuses que gênait
jusqu’alors la rivalité Est-Ouest, s’engagent dans l’épreuve des
puissances, caractéristique du jeu des nations sur la scène
internationale.

L’homme d’Etat ghanéen, le Docteur Kwame N’Krumah, disait à
cet effet que « … l’heure était venue où la destinée de l’humanité
devait cesser de dépendre si dangereusement des visées et des
1ambitions des grandes puissances » ().

C’est autant dire que l’engagement africain sans transition dans
les relations internationales était la preuve de l’aspiration africaine à
l’existence, à l’indépendance, les choses anciennes devant changer. Ce
désir d’indépendance sur la scène diplomatique internationale ne se
bornera pas aux simples déclarations de principe. Les pays africains
vont chercher à transformer le cadre dans lequel se déroulent les
relations internationales afin d’assurer à la fois la promotion de leur
émancipation et la stabilité du système international : l’élaboration des
normes du Droit International à caractère impératif par les
NationsUnies est à faire figurer à l’actif du bilan de la participation africaine
aux affaires mondiales.

S’il est vrai, comme on vient de le décrire, que la politique au
service de l’indépendance nationale se manifeste par la liberté de la
diplomatie et l’autonomie de la défense, l’existence de l’intérêt
national étant une condition sine qua non, l’on ne peut s’empêcher de
faire remarquer, en ce qui concerne l’Afrique, que sa volonté de
participer à la gestion des affaires mondiales afin d’en transformer le
cadre, et ce, dans l’espoir d’aider à l’épanouissement de son
indépendance, s’inspirait paradoxalement :

- des idéaux que proclamait la Charte de l’O.N.U. ;
- des principes de Bandoeng, fondement de l’afro-asiatisme et
du non-alignement ;

1 N’KRUMAH, K., L’Afrique doit s’unir, Payot, Paris, 1964, p. 229.
30
- du désir d’une union politique africaine dans un contexte
mondial éprouvant de la rivalité Est-Ouest, mais aussi du
néocolonialisme.

En effet, l’adhésion à la Charte de l’ONU, l’adoption du
nonalignement dans les années 1960 semblaient être des moyens pour le
Tiers-Monde de peser lourdement sur les destinées de l’humanité,
tandis que l’anticolonialisme et le nationalisme qui animaient certains
leaders africains de l’indépendance, ainsi que l’idéalisme
panafricaniste du recouvrement de la personnalité africaine, servaient
des armes de lutte pour l’amélioration du statut africain d’acteur des
Relations Internationales. Considérant le monde de la guerre froide
comme un « monde fini », les pays africains ne pouvaient mieux faire
qu’en sublimer les idéaux par des diplomaties légalistes se nourrissant
d’idéalisme naïf parce que sans regards aux rapports de force
structurant les relations internationales de l’époque.

Mais, le désenchantement du mouvement de non-alignement dont
la preuve la plus probante est donnée en 1975 autour du problème
angolais, sans oublier le caractère mort-né des indépendances
africaines, ont abouti au revers africain dans les relations
internationales. La désillusion serait grande au temps de la
mondialisation – globalisation et en faveur des crises économiques et
èmefinancières du 21 siècle ; la gouvernance mondiale aurait dû être
cette occasion du réveil africain à l’ère de l’émergence de certains
non-alignés asiatiques et latino-américains.

Marcel Merle, par exemple, écrit à ce propos que : le poids
spécifique du Tiers-Monde dans les affaires mondiales est négligeable
par rapport à la richesse et à la puissance que l’Est et l’Ouest ont
accumulées. Les pays qui le constituent ont, malgré leur
indépendance, du mal à s’émanciper de la protection des grands,
anciens ou nouveaux, et leur faiblesse continue à faire d’eux,
individuellement ou collectivement, un objet plutôt qu’un sujet de la
1 2politique mondiale ( ). C’est aussi l’avis de Edem Kodjo ( ) et de
3Robert A. Mortimer ( ).

1 MERLE, M., « De l’affrontement Est-Ouest à la confrontation Nord-Sud,
Conversion ou diversion », in Etudes, Janvier 1976, p. 18.

2 KODJO, E., Op. cit.

31

Pour s’en convaincre, il suffit de savoir par exemple que vivant
dans un monde complexe et de plus en plus interdépendant, l’Afrique
est le seul continent dont s’occupent les membres de la communauté
internationale et qui est incapable par elle-même de trouver des
solutions à ses propres problèmes, et d’influer sur le cours des
événements dans les autres régions du monde (interventions
économico-financières des Etats et des Institutions internationales ;
interventions politiques et diplomatiques, gestion des crises, etc.).

A la lumière de ce qui précède, la question que l’on est en droit de
se poser est celle de savoir, pourquoi l’insertion dans les relations
internationales traditionnelles n’a-t-elle pas aidé à l’émancipation de
l’Afrique, c’est-à-dire, à l’amélioration de son statut international et
comment concrètement aurait-elle pu contribuer à l’instauration d’un
nouvel ordre mondial ?

En d’autres termes, notre réflexion sur les voies d’insertion
africaine dans le système mondial indique obligatoirement un constat
quant à la réalité de ces politiques, et, une question sur leur nature et
sur les conditions de leur édification.

L’exigence de l’émancipation africaine dans le contexte mondial
des années 60, passait obligatoirement dans l’optique de l’insertion,
par l’accumulation de la puissance matérielle grâce à une structure
appropriée au niveau régional. Car, le contexte mondial était
caractéristique de la puissance de ses protagonistes, organisés en blocs
idéologiques, eux-mêmes soutenus par des pactes de défense
militaire ; l’état de guerre était une permanence. Il était question pour
l’Afrique de songer avant toute chose, à la consolidation de l’Etat qui
venait de naître, en le préparant à assumer des tâches auxquelles
l’impératif du moment le contraignait : la politique étrangère. L’intérêt
national à conduire et à défendre à l’extérieur, était à constituer, tant il
demeurait que l’indépendance juridique ne signifiait pas indépendance
politique, qui elle, en irait avec la rupture de la dépendance
économique ; c’était une nécessité impérieuse en ce moment où les
anciennes puissances coloniales changeaient de méthodes de
domination politique et économique. Pour besoin d’illustration, nous
évoquerons le cas de la France de la cinquième République qui,

3 MORTIMER A.R., The third World coalition in international politics, Praeger
Publishers, New-York, 1980.
32
acculée par l’irréversibilité de l’histoire, maquille le colonialisme par
la mise sur pied de nouveaux styles d’administration : union française
puis communauté franco-africaine. Mais lorsque leur échec devient
patent, la France se résout à la coopération, les jeunes Etats ayant
1besoin d’aide et d’assistance pour leur développement ( ).

Il n’y avait pas meilleur moyen d’attirer les jeunes Etats
d’Afrique dans les eaux profondes où ils se noyaient à coup sûr, que
de prétendre au rôle de porte-parole des démunis dans le concert des
nations. C’était une astuce pernicieuse de récupération des
indépendances que l’on n’avait pas voulu accorder. Mais, la stratégie
française ne peut être elle-même comprise qu’insérée dans la stratégie
conjointe américano-soviétique, qui, sous prétexte d’anticolonialisme,
attirait les jeunes Etats dans leurs filets. Marcel Merle pense que la
léthargie actuelle du Tiers-Monde dans les relations internationales,
est conforme à la stratégie des Etats-Unis et de l’Union Soviétique,
qui voyaient surtout dans les empires coloniaux abandonnés par les
puissances européennes un champ d’expansion pour leur influence et
2un enjeu de leurs rivalités( ).

Comme on le constate, la consolidation, la sauvegarde des
indépendances chèrement acquises, imposait logiquement de se tenir à
l’écart de la scène internationale machiavélique. Autrement, l’on se
destinait à la carrière de figurant, parce que les superpuissances,
autrefois anticoloniales, faisaient drôlement de l’admission des pays
3africains à l’ONU, l’objet de leur compétition ( ). Dans pareil
contexte, c’était absurde de postuler à un quelconque rôle
prépondérant pendant qu’on se laissait recruter au service d’une
idéologie internationale. Le désenchantement du mouvement des
nonalignés était prévisible, surtout qu’il se refusait d’être un bloc.
L’Afrique aurait dû s’inspirer du modèle chinois ou du modèle
soviétique d’hier ; et elle peut aussi bien s’inspirer des expériences
actuelles des voies de puissance de la Russie de Poutine et de celles de
la Chine de Deng Xiaoping d’affirmation stratégique et d’émergence
économique.


1 Voir la Revue Politique Africaine, n° 5, éd. Karthala, Paris, 1982, consacrée
spécialement à cette question.

2 MERLE, M., « Art. cit », p. 18.

3 ARON, R., op. cit., p. 500.
33