Raisonnement et connaissances

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La question sur les mécanismes qui sous-tendent la pensée constitue une des grandes thématiques qui traverse un siècle de travaux en psychologie cognitive. Deux écoles vont alimenter la réflexion : l'école de psychologie allemande et l'école de psychologie française. Cet ouvrage montre, à partir du 1er texte relatif à la psychologie du raisonnement du à STORRING, l'évolution de cette question.
Publié le : lundi 1 septembre 2003
Lecture(s) : 118
EAN13 : 9782296329362
Nombre de pages : 332
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Raisonnement et connaissances: Un siècle de travaux

Collection

Sciences Cognitives

dirigée par Annamaria Lammel
Les sciences de la cognition représentent aujourd'hui un des domaines les plus dynamiques de la recherche scientifique. C'est une nouvelle science pluridisciplinaire (de la neurobiologie à la philosophie, en passant par la psychologie, l'anthropologie, la linguistique, la préhistoire et la paléontologie...) avec des racines très anciennes. Son objectif est l'étude de la nature humaine avec des méthodes scientifiques novatrices. Cette collection a pour vocation de constituer un lieu d'échange et de réflexions interdisciplinaires sur la cognition. Elle offre des synthèses accessibles aux lecteurs qu'ils soient étudiants, chercheurs, praticiens, mais également aux «curieux» qui cherchent à découvrir un domaine intellectuel riche et passionnant.

Déjà parus

Dominique DÉRET, Pensée logique, Pensée psychologique, 1998. Emmanuel SANDER, L'analogie, du Naïf au Créatif, 2000. Claire PETITMENGIN, L'expérience intuitive, 2001. Sébastien POITRENAUD, Complexité cognitive des interactions hommemachine. Modélisation par la méthode ProcOpe, 2001.

Frank JAMET et Dominique DÉRET (Eds)

Raisonnement
.

et

connaIssances: un siècle de travaux

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris FRANCE

L'Harmattan Hongrie Hargjta u. 3 1026 Budapest HONGRIE

L'Harmattan ltalia Via Bava, 37 I0214 Torino ITALIE

(Ç)L'Harmattan, 2003 ISBN: 2-7475-4811-2

Table des Matières
Remerciements

1 3

Préface: A la (re) découverte deStarring Storring sa vie, son œuvre dans le contexte de la psychologie allemande de son époque Ralph Stower 1. Biographie 2. La psychologie de Starring, son objet et ses méthodes 3. Psychologie du raisonnement et de l'inférence 4. Sentiments et Pensée 5. Sentiment et volonté 6. Starring et la psychologie allemande dans la République de Weimar 7. Résumé Bibliographie De Storring aux modèles cognitifs: un siècle de raisonnement catégorique Dominique Déret & Frank lamet Introduction 1. 1920-1940 : les précurseurs 1,1. Thorndike (1922) : le raisonnement formel 1.2. Wilkins (1928) : du familier au symbolique 1.3. Woodworth & Sells (1935) et Sells (1936) : l'effet d'atmosphère 2. 1940-1960 : les effets du contenu 2.1 Janis & Frick (1943) : Ie contexte 2.2. Morgan et Morton (1944): les convictions 2.3. Lefford (1946) : de l'émotion 2.4. Henle & Michael (1956) : motivation.et convictions

7 17 20 23 25 28 34 36

41 43 44 45 45 47 47 48 49 50

3. 1950-1970 : le retour en force du sujet logique 3.1. Chapman & Chapman (1959) : détracteurs de l'atmosphère 3.2~Begg & Denny (1969) : défenseurs de l'atmosphère 3.3. Henle (1962) : le sujet logique 3.4. Conversion ou atmosphère 4. 1970-1990 : vers la modélisation 4.1. Les biais 4.2. Les inférences immédiates 4.3. Effet de contenu et les biais de croyance 4.4. La modélisation 5Conclusion Bibliographie A propos des processus inférentiels Jean-Blaize Grize Introduction 1. De la logique scolaire à la logique mathématique 2. La logique opératoire de Piaget 3. Ma visée de G. Starring 4. Conclusion L'évolution des théories du raisonnement syllogistique à la découverte du temps perdu Guy Politzer Introduction 1. Un survol des théories du raisonnement syllogistique 1.1. Les ères primaire et secondaire 1.2. L'ère tertiaire 1.3. L'ère quaternaire 2. Les contributions de Starring 2.1. L'effet figural 2.2. Les deux types de stratégies 2.3. Le processus d'insertion 3. Vers une nouvelle ère

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71 71 73 75 78

81 82 82 83 84 88 88 88 89 90

4. Conclusion Bibliographie

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Raisonnement et psychogenèse du temps: de Storring aux paradigmes et modèles du raisonnement temporel Jacques Crépault Introduction 99 1. Approche piagétienne de la notion de temps 103 1.1. Du temps de la relativité au temps de l'enfant 103 1.2. Le temps dans le contexte de la cinématique 105 1.3. Niveaux de.construction de la notion de temps 106 108 2. L'éclatement du cadre piagétien 2.1. Organisation des relations cinématiques 108 2.2. Vers un temps« non-spatialisé» : cohérence et contradictions 111 116 2.3. Raisonnements temporels précoces 2.4. Approche néopiagétienne : n10dèle par élaboration de règles 119 3. Raisonnements temporels: de l'adulte à l'enfant 126 3.1. Le temps dans le contexte de la cinématique 126 3.2.Le temps en dehors du contexte cinématique (relations durée-succession) 134 4. Vers un modèle des raisonnements temporels 141 4.1. Outils conceptuels 141 4.2. Du modèle triadique au modèle dydiaque des états 143 stables et instables 4.3. Systèmes cognitifs structurellement stables 149 4.4. Systèn1es cognitifs structurellement instables 151 4.5. Des relations cinématiques aux relations durée-succession 152 4.6. Filiation génétique des systèn1es cognitifs 153 5. Interactions verbales et modèles des états de connaissances stables et instables 154 5.1 De l'individu aux interactions entre pairs 154 5.2. Modèle théorique et règles d'interaction 156 5.3. Evaluation du n10dèle 163

6. En guise de conclusion Bibliographie

164 168

Storring ou l'étude introspective du syllogisme axes et méthodologie Frank lamet & Dominique Déret Introduction 187 1. La méthode 187 1.1. Le dispositif expérimental 189 1.2. Les procédures 189 1.3. Les syllogismes catégoriques à contenu spatial 190 1.4. Les syllogismes catégoriques à contenu temporel 190 1.5. Les syllogismes relationnels 191 191 1.6. Les syllogismes de subsomption 192 2. Données générales Recherches expérimentales sur les processus inférentiels des syllogismes simples Gustav Starring Introduction Chapitre I Conclusions contenant des relations spatiales A. Conclusions contenant des relations spatiales et mise en évidence des phases de traitement caractérisant les processus inférentiels I. Conclusions contenant des relations spatiales en raison d'une« simple» mise en rapport II. Conclusions contenant des rapports spatiaux en raison d'une mise en rapport plus complexe B. Conclusion contenant des relations spatiales sans mise en évidence des phases de traitement caractérisant les processus inférentiels

193 197

197 197 206

217

Chapitre II Conclusions contenant de relations temporelles A. Conclusions contenant des relations temporelles avec des consignes simples I. Conclusions contenant des relations temporelles en raison d'une simple mise en rapport II. Conclusions contenant des relations temporelles en raison d'une mise en rapport plus complexe B. Conclusions contenant des relations temporelles avec consigne stricte Chapitre III Conclusions contenant des relations linéaires A. Conclusions en raison d'une simple mise en rapport I. Conclusions contenant une représentation des relations établies dans les prémisses à partir d'un seul domaine de représentation II. Conclusions contenant des représentations de provenance diverse B. Conclusions en raison d'une mise en relation plus complexe
. . . .' '"

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243 247 250

Chapitre IV Conclusions contellant des relations d'égalité I. Conclusions très abrégées contenant des relations d'égalité II. Les conclusions restantes contenant ces relations

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Chapitre V

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Conclusions contenant des relations .de subsomption' A.Syllogismes contenant des relations de subsomption dans les deux prémisses

265 265

I. Conclusions contenant des relations de subsomption dans les deux prémisses avec nette mise en relief des phases de traitement déterminant le mode de conclusion II. Conclusions contenant des relations de subsomption dans les deux prémisses sans que les phases caractérisant le type de traitement ressortent nettement B. Syllogismes contenant une relation de subsomption dans une prémisse I. Syllogismes contenant une proposition d'inhérence affirmative dans la prémisse majeure II. Syllogismes contenant une prémisse majeure négative Index des auteurs

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293 308 308 310 315

Remerciements

Nous remercions, les éditions BOUVIER Verlag GmbH & Co KG BONN et plus particulièrement monsieur Peter Parusel pour nous avoir autorisé à publier en français le texte original de G. Starring" Experimentelle untersuchungen über einfache Schlussprozesse " paru en 1908 dans la revue allemande "Archiv für die gesamte Psychologie", Band XI, 1-127.

Préface. à la (re)découverte de Starring
Les ouvrages portant sur le raisonnement sont rares en langue française. Alors que dans les pays anglo-saxons de nombreux ouvrages généraux ou des recueils d'articles sont publiés régulièrement depuis une dizaine d'années (notre entreprise a comme vocation à partir d'un article de ce début du siècle de situer notre réflexion dans le cadre de la psychologie cognitive des années 90). L'édition française reste peu intéressée ou peu concernée par ce domaine pourtant très porteur en psychologie cognitive expérimentale (Déret, 1995, 1998a ; George, 1997 ; Politzer, 1993). Notre objectif n'est pas de réaliser un ouvrage reprenant la littérature existante (une simple traduction ou une simple transcription), mais de nous inscrire à la fois dans une perspective historique et contemporaine de l'étude du raisonnement en faisant appel aux qualités critiques de quelques grands spécialistes de l'histoire de la psychologie, du raisonnement et de la logique: Ralph Stawer, Jean-Blaize Grize, Guy Politzer, Jacques Crépault. Le point de départ de notre réflexion est un article du logicien allemand Starring qui est intitulé" Experimentelle untersuchungen über einfache Schlussprozesse" (paru en 1908 dans la revue allemande "Archiv für die gesamte Psychologie"). Cet article est historiquement très important puisqu'il se présente comme l'une des toutes premières si ce n'est la première recherche de psychologie expérimentale sur le raisonnement syllogistique. D'aucun d'entre vous se posera la question du pourquoi de l'exhumation d'un vieux texte de psychologie expérimentale datant de 1907 -1908 voilà près d'un siècle. Quel intérêt peut représenter cet article fleuve de 127 pages pour le chercheur, l'étudiant ou l'amateur de sciences: psychologie, logique, philosophie... Mais avant d'essayer de vous convaincre, laissez-nous vous raconter sous la forme d'une anecdote les origines de l'exhumation de ce texte. Tout commence quelques années auparavant à l'aube de la rédaction de la thèse de doctorat en psychologie cognitive de Dominique Déret. Il lui a fallu dans un premier temps collecter un certain nombre d'articles: des articles liés à son domaine d'étude, le raisonnement, en liaison avec 3

une problématique à la fois logique et historique. Parmi les textes des premières heures de la psychologie moderne, figuraient des auteurs tels que Sells (1936) ou Wilkins (1928), des articles relativement accessibles puisqu'en langue de Shakespeare. Dans l'effervescence de la recherche des perles rares, qui s'effectue grâce au dépouillement de plusieurs dizaines de bibliographies, nous avons mis la main sur une référence en allemand qui figurait dans l'ouvrage de Johnson-Laird & Byrne intitulé" Deduction" (1991). Le directeur de thèse de D. Déret, Jacques Crépault, nous fit alors remarquer qu'il serait intéressant à se procurer ce petit texte d'une trentaine de pages. Dans la bibliographie, la référence était ainsi libellée (édition de 1991) : Starring, G. (1908). Experimentelle untersuchungen über einfache Schlussprozesse. Archiv für die gesamte Psychologie, Il, 1-27. F. Jamet maîtrisant la langue allemande, nous pouvions donc avoir un bon texte de référence rapidement traduisible et directement exploitable. Nous fîmes commande de ce texte via la Suisse, et quelle ne fut pas la surprise de notre commanditaire qui une fois le texte en main nous indiqua que l'article original ne faisait pas 27 pages mais 127. Nous ne mettons pas en doute l'intégrité de notre collègue Johnson-Laird ainsi que la qualité de ses sources. Probablement une coquille. Sells (1936), Rips (1994) ou Braine (1993) citent également Starring, mais sans faute de frappe. Bref, le texte en main, il nous apparut néanmoins difficile de ne pas relever le challenge d'une traduction complète du texte. Ce fut Renate Jamet qui effectua ce travail titanesque qui dura plus d'un an. La traduction originale fut insérée dans la thèse de D. Déret. De la petite histoire que nous venons de vous narrer à la grande histoire, et plus spécialement celle liée à la psychologie expérimentale, il n'y a qu'un pas que nous nous proposons de franchir avec allégresse. Nous n'allons pas refaire dans cette préface l'histoire de la psychologie expérimentale du XXe siècle, mais il semble intéressant de situer les travaux de Starring dans l'émergence frétillante et la mouvance bouillonnante de l'expérimentation en psychologie. L' œuvre naissante du philosophe qui s'improvise avec rigueur psychologue de laboratoire suite à un questionnement de logicien s'inscrit dans la tradition des travaux de la psychologie expérimentale de Wundt et de l'introspection expérimentale de l'école de Würzburg dont le directeur est Külpe Dans le microcosme de la psychologie, il est bon de rappeler les filiations: o. Külpe était l'élève de W. Wundt (1832-

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1920), lui-même assistant d'Helmholtz (1821-1894) à Heidelberg. Outre leur collaboration plus ou moins étroite à une époque de leur vie, ces psychologues se réclament d'un même courant de pensée: le structuralisme psychologique. Ce terme a été initié par l'anglais (de naissance) E.B. Titchener (1867-1927) qui travailla avec Wundt pendant deux années. Le structuralisme désigne l'étude analytique du psychisme humain grâce à la méthode introspective. L'introspection est ainsi perçue comme une méthode fiable, précise, valide, contrôlable, incontournable. Starring fait partie de la masse de ces psychologues anonymes, connus et respectés par quelques grands spécialistes de la psychologie ou de la logique. Bref, il est inutile de rechercher dans un dictionnaire français à la syllabe" Sta ". Il nous a fallu recourir à cet outil moderne qu'est Internet pour trouver sur le web l'unique site faisant référence à Gustav Starring ou Starring. Pourquoi proposer une découverte de l'article de Starring? Nous nous inscrivons en quelque sorte dans un principe de réflexion récurrente. Près de quatre-vingt-quinze ans après sa parution, cette étude unique dans son genre, puisque utilisant comme support de l'analyse des réponses des sujets la méthode introspective, apparaît d'une étonnante actualité. Après des dizaines de recherches sur les énoncés syllogistiques abstraits et concrets à base de passations collectives et d'analyse des résultats sous la forme d'effectifs ou de pourcentages (pour une présentation des principales recherches, cf. Evans,1982, 1989 ; Evans, Newstead & Byrne, 1993 ; Johnson-Laird, 1983 ; Rips 1994), on peut interroger sur les limites de l'expérimentation collective de style papier-crayon et la nécessité de présenter un nombre limité de syllogismes dans des situations d'entretien pour étudier le " Raisonnement". Enfin notre volonté n'est pas de concocter un ouvrage purement de " spécialistes", mais de montrer au lecteur les liens unissant diverses sciences en en montrant les originalités et les apports réciproques. Le raisonnement intéresse tout autant le logicien que le psychologue cognitiviste, voire le philosophe, le mathématicien ou l'historien. Afin de mieux comprendre l'intérêt du texte de Starring" il nous a semblé intéressant de demander à différents spécialistes de replacer ce texte dans la perspective des travaux contemporains de leur discipline.

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Une recherche expérimentale n'a de sens que dans un cadre théorique particulier. C'est pourquoi nous avons demandé à Ralph Stawer de l'université de Bonn, université où Starring enseigna de rédiger le premier chapitre de cet ouvrage: Storring : sa vie son œuvre dans le contexte de la psychologie allemande de son époque. Dans ce texte l'auteur brosser un tableau des enjeux théoriques qui traversent la psychologie allemande de l'époque. Le second chapitre: De Storring aux modèles cognitifs: un siècle de raisonnement catégorique, Déret et Jamet présentent l'évolution des cadres expérimentaux qui ont été utilisés pour étudier les syllogismes catégoriques ainsi les thématiques qui sous-tendent l'ensemble des travaux conduits voilà bientôt un siècle. Avec le troisième chapitre: A propos des processus inférentiels, est consacré au tournant essentiel de l'histoire de la logique. JeanBlaize Grize replace le texte de Starring par rapport aux travaux des psychologues comme Alfred Binet, de l'école allemande de Würzbourg et la logique opératoire de Piaget. Le quatrième et le cinquième chapitre vont analyser le texte de Starring du point de vue des contenus. Politzer, avec son chapitre: L'évolution des théories du raisonnement syllogistique: à la découverte du temps perdu, montre toute la modernité du travail de Starring non seulement en utilisant la méthode d'entretien clinique mais également en mettant en évidence les stratégies de raisonnement analogique et verbal ainsi que le processus d'insertion. Crépault dans le cinquième chapitre: Raisonnement et psychogénèse du temps: de Storring aux paradigmes et modèles du raisonnement temporel présente une vue d'ensemble sur les recherches consacrées au raisonnement temporel Afin de ne pas dérouter le lecteur, nous avons, dans le sixième chapitre: Storring ou l'étude introspective du syllogisme: axes et méthodologie, rédiger la partie méthodologique conformément aux procédures contemporaines. Dans la dernière partie de l'ouvrage, nous présentons l'intégralité du texte de Starring traduite de l'allemand. D. Déret & F. Jamet

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Starring: sa vie, son œuvre dans le contexte de la psychologie allemande de
son epoque
Ralph Stower Psychologishes Institut, Rheinische Friedrich- Wilhems Université de Bonn
1 Biographie Gustav est né le 24 août 1860 à Voerde près de Wuppertal. Son père de confession luthérienne appartient à la classe moyenne et est propriétaire d'une fonderie. V oerde est une petite ville dans une région vallonnée qui marque la transition entre Westphalie et Rhénanie. D'après l'opinion populaire, le westphalien typique a un caractère droit et entier et peut être têtu. Un philosophe de Bonn qui a personnellement connu Starring écrit: Storring avait en effet le physique et le caractère westphalien ,. conscient de sa propre valeur et un peu obstiné dans ses opinions mais non sans bonté et tolérance" (Thyssen, 1968, p. 75). Gustav Starring effectue durant quatre ans un apprentissage comme fondeur dans l'entreprise paternelle. " Puisque cette activité ne me satisfaisait pas intellectuellement je retournais à l'école et je passais mon baccalauréat au lycée de Soest à Pâques en 18841 ". De 1884 à 1887, il étudie la théologie protestante et la philosophie à Halle (quatre semestres) à Berlin (un semestre) et Bonn (un semestre). On suppose que Starring acquiert à Halle les premières connaissances en psychologie en assistant aux cours chez Carl Stumpf (1848-1936). À cette époque, Stumpf a déjà une très bonne réputation grâce à sa psychologie des sons. Cependant la psychologie expérimentale est encore à ses débuts. Quelques universités l'ont intégrée dans l'enseignement. Seule l'université de Leipzig possède un institut de psychologie. En substance, la psychologie expérimentale
H ,/

Curriculum Vitae Gustav Starring 20-4-1914. faculté de philosophie, tome B.

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Archives universitaires

de Bonn de la

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est encore considérée comme une spécialité aux confins de la médecine et de la philosophie. Quelques physiologistes s'y intéressent et de rares philosophes orientés vers les sciences naturelles. Il se peut que la décision de Starring en faveur d'une psychologie fondée sur les Sciences Naturelles ait été influencée par quelques cours de Théodore Lipp (1851-1914) pendant son semestre d'étude à Bonn. Sa publication sur Les fondements psychiques de la vie de l'âme (1883) perpétue l'ancienne tradition en psychologie de la philosophie allemande (E. Beneke; J. FriesLipp qualifie la psychologie fondée sur les Sciences Naturelles de science fondamentale de la philosophie. De ce fait elle doit précéder tous les autres domaines philosophiques afin de leur donner un fondement empirique. Le psychologisme de Lipp, qu'il a révisé d'ailleurs en partie dans une phase ultérieure est une absurdité face au courant prépondérant de la philosophie allemande de l'époque notamment le néo-idéalisme et le néokantisme idéaliste. Mais d'un autre côté, Le psychologisme de Lipp est d'un grand poids pour légitimer la première génération de psychologues expérimentaux allemands qui ont à défendre leur spécificité fondée sur les Sciences Naturelles dans le canon des disciplines philosophiques. Après son semestre d'étude à Bonn, Starring passe à Münster ses examens en théologie pour le Diplôme d'État. Puis il obtient son doctorat à Halle, avec sa thèse sur" La théorie de l'origine psychologique de la croyance populaire en un monde extérieur de John Mill ". Mill est davantage connu pour sa "Théorie de la possibilité permanente de la sensation ". Son hypothèse est que des sensations latentes existent toujours dans la conscience. Elles coexistent avec des sensations dites actuelles, représentées et peuvent être potentiellement exprimées à tout moment. Mill cherche à expliquer avec cette théorie pourquoi nous sommes convaincus de l'existence du monde extérieur même lorsque nous ne pouvons pas le percevoir. Starring approuve Mill dans la mesure où il préfère l'explication psychologique de la croyance banale en l'existence d'un monde extérieur. Il rejette sa théorie de la sensation en estimant que cette construction est superflue. Starring considère que la propre sensation corporelle donne une explication plus simple. Pour lui, c'est lors de l'expérience originelle de la psychogenèse de l'enfant que se forme l'impression immédiate de la différence du Moi par rapport au 8

monde extérieur. C'est avant tout une sensation visuelle qui comporte toujours des impressions de son propre corps qui contribue à faire la différence entre soi et l'autre (Starring, 1889). Gustav Starring a 29 ans lorsqu'il abandonne définitivement ses ambitions théologiques. À la place, il prend la décision de faire de nouveau des études de médecine. Il faut sans doute l'attribuer à la fascination qu'exerce sur lui la nouvelle psychologie fondée sur les Sciences Naturelles. " J'abandonnais le projet de devenir enseignant de religion et de m 'habiliter en tant que tel en philosophie lorsque je compris que des connaissances précises en physiologie et en ,,2. psychiatrie étaient indispensables pour se livrer à la psychologie Starring poursuit ses études de médecine de 1890 à 1894 à Berlin et à Kiel où il obtient son Diplôme d'État en médecine en 1894. Après, il part à Leipzig et y exerce d'abord comme psychiatre auxiliaire à l'asile psychiatrique Hubertusburg du Land Saxe puis, entre 1895 et 1897 il devient assistant du psychiatre renommé Paul Flechsig à la clinique universitaire de Leipzig en neurologie. L'exercice de la psychiatrie fut, à di vers égards, très important pour la vie de Starring. C'est dans cette clinique universitaire qu'il fait la connaissance de Marie Bonacker qui dirige le personnel soignant. Starring l'épouse en 1897. Le couple a cinq enfants. Les quatre fils suivent de très près l'exemple du père sur le plan professionnel. Tous les quatre deviennent médecins et font de la recherche. Trois parmi eux seront même psychiatres (Fischer, 1940). À Leipzig, Starring saisit l'occasion de suivre ses études auprès de Wilhelm Wundt (1832-1920). Wundt est incontestablement le Nestor de la psychologie expérimentale. N'a-t-il pas fondé le premier Institut de Psychologie dans le monde! Wundt laisse une forte empreinte sur les conceptions théoriques et sur les dispositifs expérimentaux de Starring. Il est aussi le mentor le plus important de sa carrière. C'est avec l'appui favorable de Wundt que Starring présente en 1896 son habilitation comme" Privatdozent " à la Faculté de Philosophie de l'Université de Leipzig. En 1897, il expose une étude sur la thermodynamique du muscle et obtient son doctorat en médecine de la faculté de Würzburg.
2 Curriculum

Vitae Gustav Starring 20-4-1914. faculté de philosophie, tome B.

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La même année, Starring fonde avec son épouse une clinique psychiatrique privée. Ce sont certainement les raisons financières qui ont poussé Starring dans cette entreprise. À cette époque, un Pri vatdozent est un "prolétaire académique". Ses revenus proviennent de ses étudiants qui payent les frais des cours et des séminaires. Il est exceptionnel lorsque ces rentrées d'argent suffisent pour vivre (Busch, 1959). Cependant Starring ressent son activité médicale comme un frein important à son avenir scientifique. Rétrospectivement, on peut dire que cette expérience clinique a constitué un capital riche de connaissances dont Starring a profité amplement. Dans sa publication de Leipzig: " Cours de psychopathologie et son importance pour la psychologie normale et la théorie de la connaissance" (Starring, 1900) se profile déjà le lien entre la psychopathologie et sa théorie de psychologie générale. Dans ses publications ultérieures sur la pensée, le sentiment et la volonté, on retrouve également des traces importantes de cette riche expérience. Starring cesse son travail de psychiatre lorsqu'il est appelé en 1902 par l'Université de Zürich comme professeur titulaire d'histoire de la philosophie et de l'enseignement méthodique de la philosophie (des systèmes logiques, éthique etc...). Cette nomination à laquelle manque la psychologie est surprenante puisque Starring est à peine qualifié comme philosophe à cette époque. Il ne peut produire qu'une monographie historique sur un philosophe du rationalisme tardif, Nicolai Tetens et sa théorie de la connaissance (Starring, 1901). C'est avant tout grâce aux interventions d'Ernst Meumann (1862-1915) qui occupe depuis 1898, la chaire de philosophie comprenant la psychologie que Starring est nommé. Meumann est également l'élève de Wundt. Il conserve avec Wundt des contacts et de ce fait peut s'engager en faveur de Starring en appuyant sa candidature3. Wundt avait été également professeur à Zürich pendant quelques années. Ce fait donne un certain poids à sa recommandation. Le fait que Starring n'enseigne que la philosophie et la pédagogie à Zürich est une chance. En effet, la Psychologie expérimentale dans les pays de langue allemande appartient encore et pour de longues années aux spécialités philosophiques. Par

3

Lettre de Meumann à Wundt 23.8.1902 (Archives universitaires. Succession Wundt, 10

Lettre N° 712).

conséquent, il est indispensable pour la carrière du psychologue expérimentaliste de se profiler également dans d'autres domaines de la philosophie. C'était une occasion à saisir. Starring publie quelques ouvrages philosophiques et pédagogiques dans ces années-là: Moralphilosophische Streitfragen, (Des polémiques de la philosophie morale, Starring, 1903),. Ethische Grundfragen, (Des questions fondamentales d'éthique, Starring, 1906); Einführung in die Erkenntnistheorie, (Introduction à la théorie de la connaissance, Starring, 1909) ; Hebel der sittlichen Entwicklung der Jugend, (Levier du développement moral de la jeunesse, Starring, 1911). Que Starring ait toujours des ambitions de psychologue expérimentaliste, nous le constatons par son abandon en 1909 de sa chaire de titulaire de philosophie pour prendre dans la même université un poste" extraordinaire" où il est chargé d'enseigner la philosophie, la pédagogie et la psychologie expérimentale. Il a en plus la tâche de directeur de l'Institut de Psychologie. En 1911, Starring est sollicité par l'Université de Strasbourg, alors sous la souveraineté de la Prusse. Il accepte et y reste jusqu'en 1914. Malheureusement je n'ai rien pu apprendre sur lui dans ces lieux. Je passe sans transition à l'Université de Bonn où existent davantage de renseignements le concernant. L'Université de Bonn (fondée 1818) est à cette époque le centre scientifique de la région Moyen et Bas-Rhin. Cette région essentiellement catholique est administrée par la Prusse (qui est protestante). Les étudiants catholiques sont très nombreux et les querelles confessionnelles sont un problème notoire. Le roi de Prusse, Frédéric Guillaume III, tient compte de la mésentente confessionnelle dès l'acte de fondation de l'université en 1818 et ordonne que les chaires de philosophie furent attribuées de manière paritaire aux enseignants protestants et catholiques. La philosophie dans son double aspect de Sciences Humaines et de conception du monde (Weltanschauung) contient forcément des foyers de conflit. Les enseignants de Philosophie ont une responsabilité accrue dans cette cohabitation fragile4.

4

que le Chancelier du Reich Bismarck (1871-1887) avait Le " Kulturkampf" fomenté pour diminuer l'influence culturelle et politique de L'Église Catholique par des lois discriminatoires et en partie anticonstitutionnelles émises par le Il

Oswald Külpe(1863-1915) le prédécesseur direct de Starring à Bonn fut, en matière de politique confessionnelle, providentiel. Bien que protestant, il sut prendre de l'ascendant tant sur les enseignants que sur les étudiants catholiques marqués par la philosophie scolastique pendant les cinq ans de son activité à Bonn (1909-1913). Grâce à lui, la psychologie expérimentale y jouit d'une excellente réputation. Le secret de son succès repose avant tout sur le contenu de son enseignement de la psychologie de la pensée qu'il développa avec quelques collaborateurs pendant son professorat à Würzburg (18961909). L'idée essentielle de ce programme est d'explorer des processus intellectuels dits" supérieurs" par la voie de l'introspection expérimentale. La recherche jusqu'alors n'avait pas encore abordé ce domaine. On étudie maintenant l'abstraction, le raisonnement mathématique et la construction du jugement moral. Notamment, Külpe et son proche collaborateur Karl Bühler (1879-1963) partent de l'idée que les pensées abstraites existent et ils affirment que les processus intellectuels sont largement autonomes par rapport aux sensations, aux représentations et aux sentiments. Ils sont soumis à des lois qui leur sont propres (Külpe, 1922; Bühler, 1907, 1908a, 1908b). Narziss Ach (1871-1949) souligne l'importance particulière de la consigne. Elle conduit de façon décisive le mécanisme du processus de la pensée, ce qu'il appelle sa " tendance déterminante" (Ach, 1905, 1910). La psychologie de la pensée est très proche de l'idée que se fait le catholicisme des Sciences Humaines. Elle offre un point de départ au rapprochement du néothomisme avec la psychologie moderne (Gemelli, 1929). Contrairement à la psychologie de la conscience primaire fondée sur des sensations physiques, qui sur le plan de la méthode s'appuie indirectement sur la psychologie des sens et ramène des aspects psychiques à un ensemble de simples sensations, représentations et sentiments que l'on peut expérimentalement décomposer. La psychologie de la pensée témoigne de l'existence autonome de l'âme. Des pensées abstraites comme des idéaux, des principes moraux ou des convictions religieuses, se développent selon cette théorie dans la vie de l'homme

gouvernement à domination prussienne, était terminé depuis quelque temps mais des différends culturels et idéologiques subsistaient encore pendant de longues années. 12

conscient selon une dynamique qui lui est propre et qui a son origine et sa direction dans la libre volonté de la personnalité individuelles, Lorsque Külpe, malgré ses réussites, quitte Bonn après quelques années, le choix d'un successeur, apte à prendre la suite, s'avère difficile. On pense pouvoir satisfaire la complexité des tâches qu'avait assumées Külpe grâce à son efficacité et la diversité de ses connaissances, tant en philosophie qu'en psychologie en scindant sa chaire. La Faculté de Philosophie propose à l'administration prussienne de créer une chaire de Pédagogie et de Psychologie Expérimentale indépendante de la Philosophie. Mais le Ministère refuse cette proposition en invoquant des raisons financières. Le souhait d'obtenir pour la chaire de Külpe, un philosophe de grande renommée comme Edmund Husserl fut réduit à néant. La Faculté veut absolument maintenir la psychologie expérimentale qui depuis Külpe est réputée. Étant donnée la situation, l'opinion majoritaire de la Faculté de Philosophie est en faveur de la continuité des deux spécialités réunies en une même chaire. Ceci exige un successeur ayant des connaissances dans beaucoup de domaines, mais cela implique - d'après la Faculté - qu'il soit en tout de second ordre. Le meilleur candidat est alors Storring en raison de ses connaissances multiples6.

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A la place d'un commentairedétailléje renvoie à la propre synthèsedes positionsde la psychologiede la pensée de Külpe (1922,p. 297 - 331). Külpecritiqueavec la plus
grande netteté la stérilité de la psychologie expérimentale de Wundt en ce qui concerne la recherche sur la pensée" supérieure" (hoher), notamment la pensée intellectuelle et morale. La Psychologie de la pensée de Külpe croit, sur le plan de la théorie de la connaissance, pouvoir réduire l'écart entre l'expérience subjective et la réalité du monde extérieur en introduisant des objets abstraits de la pensée. Külpe parvient à un " réalisme critique" (kritischer Realismus) qui attribue aux idées de liberté, de morale et de Dieu, un plus haut degré de réalité qu'aux simples impressions des sens et des perceptions. Je ne veux pas approfondir ce point auquel la recherche de l'histoire de la psychologie a peu prêté attention à ma connaissance et renvoie les lecteurs intéressés à son œuvre principale en trois tomes: " Die Realisierung" (La réalisation) 1912-1923). Pour la vie et l'œuvre de Külpe voir Hammer (1994). 6 Voir les lettres de la Faculté de Psychologie au Ministère Prussien des Affaires d'Enseignement, 7-5-1913 Archives, secrets d'état, Berlin-Dahlem I. HA, Rep. 76 Va, Sekt 3 Tit. IV, N° 55 tome 5 P. 160-164). D'autres sources dans le dossier personnel Starring (UniversiUitsarchiv Bonn), des commentaires supplémentaires chez Stawer, Rietz & Rudinger (1998). 13

Pendant les quatorze années de son activité à Bonn (19141928), Starring a en partie des conditions de travail très dures. D'abord arrive la Première Guerre Mondiale, ensuite le traité de Versailles avec les énormes dédommagements de guerre pour le Reich allemand, puis une crise économique durable dans les années vingt et ensuite l'effondrement considérable des caisses publiques dont la recherche scientifique subit évidemment les conséquences. Les fonds attribués pour la psychologie à Bonn stagnent. L'inflation est galopante. Malgré tout cela l'enseignement et la recherche sont en expansion (Stawer, Rietz & Rudinger, 1998, p. 41-43). L'industrialisation de l'économie et l'industrie de guerre de 1914-1918 donnent d'importantes impulsions à la Psychologie allemande qui devient de plus en plus indépendante en raison de sa compétence spécifique. Par la suite, elle trouve de nouvelles possibilités d'application et donne des preuves qu'elle est une science pratique qui peut déboucher sur une formation professionnelle. À court terme, la pénurie d'argent entrave cependant une rapide expansion de cette discipline, même, si les psychologues ne manquent pas d'arguments pour réclamer de plus fortes subventions. Gustav Starring n'entre pas dans cette compétition (ce qui est un détail). En revanche, il faut mentionner qu'il insiste particulièrement sur la poursuite de la recherche fondamentale notamment dans les nouveaux champs d'application. Je cite un passage significatif d'une demande de subvention pour l'Institut de Psychologie de Bonn de l'année 1921. " Les activités du laboratoire de Psychologie ici se développent de plus en plus. Cela provient d'une part, de la relation étroite avec la Pédagogie qui est plus accentuée maintenant qu'autrefois, et d'autre part du développement rapide que la psychologie a connu pendant la guerre (examens d'aptitude pour pilotes, chauffeurs, etc.) Après la guerre, la psychologie appliquée, notamment l'orientation professionnelle et les examens d'aptitude, a élargi ses activités. Ce développement s'est traduit par la fondation d'un certain nombre de revues de psychologie appliquée. Le Congrès de Psychologie qui a eu lieu, il y a quelques jours en témoigne par le grand nombre de conférences sur la psychologie appliquée. Si ce développement doit rester sain, la psychologie appliquée devra conserver la relation la plus étroite possible avec la psychologie théorique. Il sera nécessaire de lui accorder des subventions substantielles. La psychologie y compris la 14

pédagogie et la psychologie appliquée peuvent beaucoup contribuer à la reconstruction de notre patrie? ". Après le tournant du siècle, les sciences humaines allemandes retrouvent de plus en plus leur prestige grâce à la phénoménologie et aux conceptions fondées sur la compréhension et les valeurs morales. Avant tout, les idées d'Edmund Husserl, Wilhelm Dilthey (1997), Heinrich Rickert et Max Weber donnent à ce mouvement des sciences humaines, un nouveau sentiment de sa valeur. Au 19ième siècle, la philosophie est envahie par les sciences naturelles, ce que le nouveau mouvement veut corriger. Les sciences humaines se concentrent sur leur propre domaine, développent leurs propres méthodes qui les démarquent des sciences naturelles. Il se produit une explication critique avec la psychologie expérimentale qui, depuis Wundt, est en expansion. Le Ministre de l'éducation nationale et des Cultes de la République de Weimar, Carl Heinrich Becker n'apprécie pas particulièrement la psychologie expérimentale. Il a tendance à nommer comme professeurs de philosophie ceux qui ne sont pas psychologues. La discussion sur l'orientation de la psychologie vers les sciences humaines ou vers les sciences naturelles dépasse ainsi le cadre professionnel. L'influence politique se sent fortement. Avec cet arrière-plan, il est intéressant d'examiner ce qui se passe lorsqu'on doit pourvoir au remplacement de la chaire du

Professeur Gustav Starring quand il atteint l'âge de la retraite le 1er
septembre 1927. Je ne donnerai que quelques éclairages sur ce qui a été une véritable querelle pour une chaire. Cette querelle, très complexe dans le détail, montre très nettement combien la position de la psychologie expérimentale était sur la défensive à ce moment-là. Starring prend sa retraite en même temps que Max Wentscher qui est titulaire d'une chaire d'histoire de la philosophie et de pédagogie non budgétaire. D'abord, c'est la continuité. Sur la chaire, de Wentscher est nommé en 1928, Erich Rothacker (1888-1965). Il travaille en histoire des idées et de la méthodologie des Sciences humaines. Le successeur de Starring est vite trouvé en la personne du psychologue expérimental Erich Becker (1882-1929).

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Lettre de Starring au Ministère des affaires culturelles, médicales et d'enseignement
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de la Prusse. 27-4-1921 (Archives, secret d'état, Berlin Dahlem NW5, 583 p. 221).

Becher décline cette offre pour des raisons de santé. La Faculté constitue alors une nouvelle liste de candidats, ce qui provoque un profond désaccord. Une situation de partition s'installe entre deux groupes: les" modernes" qui veulent moderniser les sciences humaines et des traditionalistes de psychologie expérimentale 8. Les" modernes" réussissent à mettre deux de leurs candidats sur la liste: Karl Jaspers (1882-1969) et Moritz Schlick (1882-1936). Le Ministère des Cultes prussien appelle Jaspers qui préfère rester éloigné des hostilités de Bonn. Schlick décline également l'offre. Alors, le Ministère, sans hésiter, déplace Rothacker sur la chaire du professeur Starring et lui confère en même temps la direction de l'Institut de Psychologie. Le scandale est à son comble car Rothacker ne connaît presque rien à la Psychologie Expérimentale. Des psychologues renommés envoient des lettres de protestation. La direction de la Société Allemande de Psychologie intervient auprès de l'administration compétente du Ministère. À Bonn, les querelles intestines continuent lorsqu'il faut attribuer de nouveau la chaire du professeur Wentscher. Cette fois-ci, le groupe de pression catholique qui, depuis l'époque de Külpe, est ouvertement du côté de la psychologie expérimentale, impose Siegfried Behn converti au catholicisme. Il assure aussi la codirection de l'Institut de Psychologie. En tant que psychologue expérimentaliste de l'école de Külpe et philosophe thomiste, Behn est un candidat opportun pour les exigences catholiques. Sur le plan professionnel, il n'est pas une alternative satisfaisante ni pour les philosophes ni pour les psychologues expérimentaux. La querelle autour de sa chaire fut pour Gustav Starring douloureuse. Pour lui les nominations de Rothacker et de Behn à la direction de l'Institut furent un véritable affront. Starring les considérait comme des psychologues de troisième ordre. La hiérarchie faisait, ouvertement, peu de cas de son propre travail (Stawer, Rietz & Rudinger 1998, p. 47-50).

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D'après le droit applicable aux Universités,inchangé aujourd'hui, la réunion de la

Faculté propose une liste de trois candidats au Ministère des Cultes compétent. Habituellement, le Ministère nommait un des candidats proposés sur la chaire devenue vacante, mais il n'était pas obligé de respecter les propositions et choisissait parfois d'autres solutions. 16

Starring quitte Bonn et passe sa vie de retraité essentiellement chez ses enfants entre Berlin, Gattingen et Bâle, parfois auprès d'anciens élèves à Gattingen.

2 La Psychologie

de Storring,

son objet et ses méthodes

Je voudrais maintenant caractériser de plus près la position de Starring dans la psychologie allemande de son époque. Dans la première partie, nous traiterons de la psychologie des 10 à 20 années avant et après la fin du siècle et en particulier de la psychologie à laquelle Starring se réfère. Je me limite aux deux personnages les plus influents: Wilhelm Wundt et Oswald Külpe9. Dans la seconde partie, il s'agira de prendre position à l'égard de la génération suivante pendant la République de Weimar. Dans la perspective de l'histoire de la théorie de la psychologie allemande, Starring est incontestablement un des élèves les plus proches de Wundt. Sa définition d'une psychologie scientifique se rapproche très largement de la position de Wundt:
H

Les contenus immédiats de l'expérience étant l'objet de la

psychologie sont dans toutes les circonstances des faits complexes. La perception d'objets extérieurs comme de leurs souvenirs, des sentiments, des émotions, des actes ne sont pas seulement, constamment liés les uns aux autres, de la façon la plus variée, mais chacun est un tout plus ou moins composé. [... ] L'examen scientifique d'un énoncé de faits complexes trouve sa solution après trois tâches. Premièrement, analyser les faits composés, deuxièmement, prouver les relations dans lesquelles entrent les différents éléments et troisièmement, rechercher les lois qui sont déterminantes lors de la formation de ces relations" (Wundt, 1905, p. 30 et suivantes). HLa psychologie a d'abord à analyser les faits désignés, donc à déterminer leurs éléments. Cette manière d'envisager les choses, qui caractérise la psychologie scientifique, est à l'opposé du travail d'un
9 Beaucoup de psychologues allemands importants de l'époque n'apparaissent pas dans cette étude bien qu'ils aient eu un rôle indépendant à l'égard de Wundt. Nous étions obligés de nous limiter. La concentration sur Wundt et Külpe est permise dans la mesure où les deux représentent des repères essentiels dans l'histoire de la psychologie allemande. Pour de plus amples informations sur l'histoire des idées de la psychologie allemande et également du contexte international, j'indique l'excellente étude de Hehlmann (1963). 17

romancier et aussi de celui qui pour des buts pratiques, cherche à mieux connaître les hommes. L'un et l'autre n'utilisent pas des méthodes de recherche scientifique. Ils ont certes, affaire à des faits conscients mais ne s'interrogent pas sur leur complexité et ne remontent pas jusqu'aux éléments les plus reculés. La recherche scientifique ne s'en contente pas. Elle exige l'approfondissement pour obtenir une connaissance totale de ces faits et pour pouvoir les déterminer avec précision. Le psychologue ne se limite évidemment pas à la simple analyse de la complexité. Il a à rechercher selon quelles lois ces éléments se lient les uns aux autres jusqu'à se fondre, et dans quel ordre ils se succèdent dans les combinaisons les plus variées" (Starring, 1923, p. 2). Au cours de notre recherche sur Starring, nous nous sommes aperçus que lorsque nous approfondissons les détails nous remarquons souvent de nombreuses concordances. Cependant des différences existent également, notamment dans l'appréciation des possibilités de la psychologie expérimentale. Starring est plus optimiste et voit un champ de recherche plus large. Par exemple, il dépasse Wundt sur le plan méthodologique. Ils sont encore d'accord sur le principe d'une psychologie expérimentale qui repose sur l'observation d'un tiers, c'est-à-dire qui mesure le temps de réaction et les effets physiques lors des stimulations psychiques par induction. Il existe une différence entre Wundt et Starring au sujet de l'exploitation de cas psychopathologiques pour les besoins de la psychologie générale. Wundt considère la "méthode psychopathologique" comme fructueuse. Il suit sur ce plan les travaux de ses élèves avec un intérêt bienveillant, mais lui-même ne travaille pas dans cette direction. Une différence plus marquante est que Starring utilise la méthode de l'introspection expérimentale que Wundt combat énergiquement. Dans la psychologie allemande, le procédé de l'introspection contrôlée expérimentalement est fondé par l'école autour d'Oswald Külpe. Elle est systématiquement pratiquée dans les recherches sur la pensée" supérieure". On croyait par cette méthode, pouvoir pénétrer un domaine qui semblait caché à l'expérience habituelle de la relation par stimulation. Avec le procédé introspectif, l'expérimentateur présente des syllogismes aux sujets et demande

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aussitôt la conclusion, ainsi qu'un état sur leur" vécu" intérieur au cours des étapes du raisonnement. Lors de polémiques (Wundt, 1907, 1908a), Wundt disqualifie l'école de Külpe et ses recherches sur le raisonnement qu'il considère comme des expériences illusoires, sans validité scientifique. Il estime que les sujets sont débordés par la double exigence de résoudre les tâches inférentielles difficiles et en même temps de prendre conscience de leur propre vécu psychique. Il estime que l'introspection expérimentale empêche toute possibilité d'un contrôle scientifique sérieux. Ces psychologues de la pensée n'ignorent pas les points de fragilité de cette méthode, mais ils estiment avoir pris des mesures appropriées pour garantir sa validité. La disposition la plus importante est de ne recourir qu'à des sujets disposant de connaissances dans le domaine de la psychologie de la pensée. De surcroît, l'observateur et le concepteur de la recherche sont différents (Bühler 1908; Külpe, 1922). Wundt considère ces mesures comme source de manipulation facilement détectable. Dans la pratique, les sujets appartiennent nécessairement au cercle intime de l'École de Külpe pour avoir le niveau nécessaire en psychologie (psychologie de la pensée). Wundt reproche aussi au questionnement, de n'être pas standard. Lors d'expériences complexes, l'examinateur pose de multiples questions supplémentaires, ce qui représente une source d'influence dont la dimension n'est pas mesurable. Il considère comme impossible de découvrir la pensée complexe de cette manière. En revanche, il propose l'utilisation de la méthode de la psychologie des peuples, notamment par la recherche historique et comparative des faits culturels et sociaux comme les religions, les langues, les mœurs, les mythes, etc. À l'appui de la recherche ethnologique de la pensée, Wundt souligne (1922, p. 367-372) qu'elle est fondamentalement marquée par le langage qui est effectivement, en premier lieu, le produit d'une évolution culturelle déterminée. Quelques années avant cette controverse, Starring qualifie l'introspection expérimentale de méthode utilisable. Le double rôle de sujet et d'objet de l'observation n'est pas un problème majeur pour lui. Il faut avant tout bien diriger l'attention du sujet. Elle peut facilement être influencée de façon ciblée lors de l'expérience

19

(Starring, 1900). Cependant, Starring reste dans la ligne de Wundt lors de ses propres recherches en appliquant cette méthode seulement aux raisonnements simples. Il utilisait des syllogismes simples avec des lettres entre lesquelles il établit des relations (spatiales, temporelles, de subsomption, de subordination, etc.). Les sujets sont certainement moins" débordés" que ceux de l'école de Külpe (Starring, 1926, 18 et suivantes, aussi l'introduction) qui ont parfois des tâches très exigeantes à accomplir. Dans une perspective historique, on peut qualifier le point de vue de Starring de position médiane dans la controverse sur les méthodes entre Wundt et la psychologie de la pensée de l'École de Külpe.

3 Psychologie du raisonnement

et de l'inférence

C'est à travers ses expériences introspectives du raisonnement et de l'inférence (Starring, 1908a, 1908b) que Starring est parvenu à concevoir qu'une" conscience de la validité" ou qu'un" équivalent d'une telle conscience" est concomitant à une inférence. Des équivalents de cette conscience de la validité sont, seulement un "je ne sais quoi" de certitude, à la différence d'une" authentique" conscience de la validité, c'est-à-dire, sans que l'on ait le moindre doute. Ces équivalents sont des états de plus ou moins forte certitude qui par ailleurs n'entrent pas nécessairement dans la conscience (Starring, 1908b, 1916, p. 56 et suivantes). Le sens de ces déterminations psychologiques dans le cadre du processus qui engendre la conclusion, Starring le voyait, avant tout, dans leur utilisation heuristique pour la logique philosophique. En proposant aux sujets deux fois les mêmes prémisses mais en changeant la tâche, il parvenait à distinguer entre inférer" au sens logique" et inférer" au sens psychologique". Dans la première partie de l'expérience, Starring demande aux sujets d'inférer une conclusion à partir de deux prémisses exposées sur une feuille. Par exemple: Tous les E ont la qualité P, Tous les E appartiennent à l'espèce A.
Donc. . . . . ..

Dans la seconde partie de l'expérience, les mêmes prémisses sont transmises oralement. Les candidats sont priés de justifier la 20

conclusion qu'ils infèrent. La plupart du temps, ils exposent, lors du compte rendu, ce qu'ils ont d'abord visualisé des relations entre les lettres indiquées dans les prémisses et ils concluent ensuite en constatant qu'ils ont eu des états de certitude tout au long du processus cognitif. Les déclarations des sujets, sur la certitude de la validité de leur conclusion, amènent Starring à la distinction entre des éléments intellectuels (sensation de reléguer en arrière ce qu'ils avaient vu), et des éléments émotionnels liés au sentiment de certitude (sentiment de satisfaction). Dans la seconde partie, le compte rendu retrace chaque étape du raisonnement. Les sujets soulignent que le degré de certitude est plus élevé, c'est-à-dire qu'ils sont absolument sûrs que leur raisonnement à chaque étape est juste et qu'il ne peut pas devenir plus juste (Starring, 1916, p. 59). L'interprétation que Starring tire de cette double expérience est la suivante: c'est dans la seconde partie de l'expérience que se présente ce sentiment de certitude au n1aximum de son intensité. Cette prise de conscience s'avère donc être le critère décisif sur la validité des étapes élémentaires du raisonnement. Starring voit cette certitude absolue de validité comme la condition psychologique d'une inférence logique. Lors des raisonnements qui ne constituent pas encore une véritable inférence logique, le sujet qui pense se contente d'un sentiment de certitude qui est moindre qu'une conscience de certitude absolue. Starring remarque également que les sujets donnent dans la première partie des renseignements sur tous les faits psychiques qui se sont produits, de nature intellectuelle ou émotionnelle. Alors que les sujets lorsqu'ils ont la conscience de la validité absolue justifient l'inférence sans évoquer les vécus émotionnels. Ils se bornent à fournir des arguments logiques. Il ne s'agit que de la mise en relation entre les objets de la pensée. Starring appelle cela une" abstraction" d'un ensemble de faits unis dont des facteurs psychiques font partie. Il arrive à la définition suivante: "Les inférences effectuées par abstraction avec la conscience d'une certitude au maximum de son intensité sont l'objet de la logique" (Starring, 1916, p. 61). Mais comment la conscience de la validité s' effectue-t-elle ? Starring développe sa théorie de la conscience de la validité à l'aide d'examens de cas psychopathologiques: "La conscience de la validité apparaît lorsque notre attention s'est fixée sur un fait, d'un point de vue déterminé, et qu'une certaine relation de pensée s'impose

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pendant que notre attention était dans les mêrnes dispositions. J'appelle cette disposition, la disposition à penser [.. .J. On peut en effet démontrer que les conditions que nous avons présentées pour le développement de la conscience de la validité rendent compréhensibles également la naissance de relations de pensées vraiment valides" (Starring, 1931, p. 1236). Avec cette constatation, il manque la réponse à la question: Comment peuvent naître des relations représentatives qui ont une validité réelle où la constellation de la conscience est en éternel mouvement? " (Starring, 1931, p. 1236). Par exemple, comment, à des moments différents, un problème mathématique peut-il être résolu avec le même résultat par moi et d'autres individus? Une réponse à cette question est intéressante aussi bien sur le plan de la pathologie des pensées obsessionnelles et des idées de démence que pour la psychologie cognitive et la théorie de la connaissance: De telles pensées se mettent en place lorsque l'attention se concentre sur un fait décrit plus haut dont nous devons tirer une inférence. L'influence de facteurs variables est alors freinée. Ainsi on crée des conditions constantes. C'est grâce à cette constance que des pensées valides peuvent surgir" (Starring, 1931, p. 1237). En soulignant la prédisposition à l'attention comme moment décisif précédant l'activité cognitive, Starring se trouve proche de Wundt qui met l'accent sur l'importance de la fonction aperceptive (Wundt, 1905, 1908b, 1922). Par ailleurs, on ne peut pas déceler une différence fondamentale avec l'École de Würzburg où la pensée dépend de la façon décisive de dispositions individuelles. Mais, dans le paragraphe suivant, sur les relations entre les émotions et la pensée, il sera montré que ce sont, avant tout, les sentiments qui, selon Starring, influencent la direction de l'attention et créent ainsi la condition de constance de la pensée. Mais l'accent mis sur les conditions émotionnelles de la pensée constitue une différence essentielle par rapport à la psychologie de la pensée de l'École de Külpe, où l'on souligne l'autonomie du fonctionnement intellectuel. En dehors de Starring le jésuite Lindworsky (1875-1939), un ancien élève de Külpe publie des recherches introspectives sur la pensée syllogistique (Lindworsky, 1916). Lindworsky utilise les syllogismes aristotéliciens. En outre, il entreprend des recherches sur
H

H

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l'inférence en donnant à des sujets des tâches de la vie quotidienne. Le résultat le plus important de Lindworsky est le constat suivant: lors d'une inférence syllogistique, la compréhension de la relation constitue le véritable centre de l'opération même si l'inférence est tirée en plusieurs étapes. Cette compréhension de la relation est abstraite. On ne peut pas l'attribuer à la perception. Lors des inférences conformes à la nature, Lindworsky n'a pas rencontré un seul cas pour l'utilisation de syllogismes mais uniquement la reproduction de la compréhension de la relation. Son bilan est:
H

Dans les opérations cognitives que nous avons examinées, la

compréhension de la relation est l'unique principe prouvable d'une progression de connaissance. " (Lindworsky, 1916, p. 294). Lindworsky extrait une composante émotionnelle: " une conscience d'accomplissement de la tâche ", "mais il l'estime sans importance dans le processus cognitif. À proprement parler, elle ne sert qu'à signaler la fin de la recherche de la solution. Lindworsky n'attribue pas d'influence notable aux sentiments, à la différence de Starring, pour qui ils sont essentiels. En considérant" la compréhension de la relation" comme un processus abstrait et psychiquement autonome, il reste proche des conceptions de Külpe (Külpe, 1922)10.

4 Sentiments

et Pensée

Dans la philosophie de Starring, les faits émotionnels jouent, sans aucun doute, un rôle central. Starring aborde les sentiments à l'aide de l'analyse de cas psychopathologiques, par introspection expérimentale et par la mesure des transformations physiques. L'utilisation de l'introspection expérimentale se passe sciemment de façon très simple, en présentant comme stimulus des mots isolés aux sujets. Ils doivent alors, à l'aide de faits exprimer" des prises de position émotionnelle". Dans d'autres séries d'expérience, il demande" des jugements de valeur" puis des" appréciations de valeur" et d'autres expériences de ce style. Starring veille par souci méthodologique à présenter les problèmes les plus simples possible. (Starring, 1931, p. 1342-1389).

10Pour de plus amples informations de Ühlein, (1986).

sur Lindworsky,

voir la biographie

très détaillée

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