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Rapports du physique et du moral de l'homme

De
666 pages
Nous proposons ici la réédition fac simile du second volume de l'ouvrage de Pierre-Georges Cabanis sur les Rapports du physique et du moral de l'homme (1802). Cabanis continue son analyse du fondement physiologique de nos facultés intellectuelles et morales avec notamment l'étude de l'influence des maladies, du régime et des climats sur nos idées. Il termine son livre par des considérations sur la vie animale, l'étude de l'instinct, du sommeil, du délire, avant de conclure sur l'influence du moral sur le physique.
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Rapports du physique et du moral de l'homme Volume II

site: www.1ibrairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr e.mail: harmattan1@wanadoo.fr ~ L'Harmattan, 2005 ISBN: 2-7475-9824-1 EAN : 9782747598248

Pierre-J ean-Georges

Cabanis

Rapports du physique et du moral de l'homme

Volume II

Introduction de Serge Nicolas suivie des commentaires de François Thurot et A.L.C. Destutt de Trary

L'Harmattan 5-7, rue de l'École-Polytechnique; 75005 Paris FRANCE
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Collection Encyclopédie Psychologique dirigée par Serge Nicolas
La psychologie est aujourd'hui la science fondamentale de l'homme moral. Son histoire a réellement commencé à être écrite au cours du XIXe siècle par des pionniers dont les œuvres sont encore souvent citées mais bien trop rarement IUéSet étudiées. L'objectif de cette encyclopédie est de rendre accessible au plus grand nombre ces écrits d'un autre siècle qui ont contribué à l'autonomie de la psychologie en tant que discipline scientifique. Cette collection, rassemblant les textes majeurs des plus grands psychologues, est orientée vers la réédition des ouvrages classiques de psychologie qu'il est difficile de se procurer aujourd'hui. Dernières parutions A. BINET & V. HENRI, La fatigue intellectuelle (1898),2005. E. E. AZAM, Hypnotisme et double conscience chez Félida (1887),2005. Serge NICOLAS, Th. Ribot, fondateur de la psychologie, 2005. A. BINET, La suggestibilité (1900), 2005 F. A. MESMER, Mémoire sur la découverte du magnétisme (1879),2005. Pierre JANET, Premiers écrits psychologiques (1885-1888), 2005. P. LAROMIGUIÈRE, Leçons de philosophie (1815, 1818, 2 vol.), 2005. A. BINET, Psychologie des calculateurs et joueurs d'échecs (1894), 2005. F. J. NOIZET, Mémoire sur le somnambulisme (1820-1854),2005. Th. RIBOT, Les maladies de la mémoire (1881),2005. Serge NICOLAS, Les facultés de l'âme, 2005. Pierre JANET, L'amour et la haine (1924-1925), 2005. A. BINET, La psychologie du raisonnement (1886),2005. Th. RIBOT, L'hérédité psychologique (1873), 2005. Hippolyte BERNHEIM, De la suggestion et de ses applications (1886), 2005. H. TAINE, De l'intelligence (1870, 2 volumes), 2005. P. A. TISSIÉ, Les aliénés voyageurs (1886), 2005. Th. RIBOT, La psychologie des sentiments (1896), 2005. Abbé FARIA, De la cause du sommeil lucide (1819), 2005. W. PREYER, L'âme de l'enfant (1882), 2005. Morton PRINCE, La dissociation d'une personnalité (1906), 2005. J. G. SPURZHEIM, Observations sur la phrénologie (1818), 2005. F. A. MESMER, Précis historique relatif au magnétisme (1781), 2005. A. BINET, L'âme et le corps (1905),2005. Pierre JANET, L'automatisme psychologique (1889), 2005. W. WUNDT, Principes de psychologie physiologique (1880), 2005. S. NICOLAS & B. ANDRIEU (Eds.), La mesure de l'intelligence, 2005. Pierre JANET, Obsessions et psychasthénie (tome 1, vol I) (1903),2005. Pierre JANET, Obsessions et psychasthénie (tome 2, vol I) (1903),2005. IV

PRÉFACE DE L'ÉDITEUR

Pierre Jean Georges Cabanis (1757-1808) a eu le mérite de constituer avec la publication de son livre sur les Rapports du physique et du moral de l'homme (1802) la science des rapports de l'âme avec le corps. On connaît la solution matérialiste qu'il a apportée à ce problème. Prenant ses distances vis-à-vis de la psychologie de Condillac en soulignant l'existence d'une sensibilité interne, liée aux organes et véhiculée par les nerfs, il sépare la sensibilité de la pensée en rattachant la première au corps et la seconde au cerveau. Nous proposons ici la réédition fac simile du second volume de l'ouvrage de Cabanis sur les Rapports du physique et du moral de l'homme (1802) où l'auteur continue son analyse, déjà engagée dans le premier volume, du fondement physiologique de nos facultés intellectuelles et morales. Nous donnons dans la suite la présentation critique par François Thurot en 1802 du livre de Cabanis et la table analytique de l'ouvrage (volume II) réalisée par A. L. C. Destutt de Tracy dans la seconde édition de 1805 et supervisée par Cabanis lui-même. Le second volume de Cabanis a pu être reproduit avec l'aimable autorisation de la Bib liothèque Interuniversitaire de Médecine (BlUM, Paris V). Nous en remercions très chaleureusement son directeur, M. Guy Cobolet, et les conservateurs, p lus particulièrement Mme Stéphanie Charreaux, qui nous ont fourni gracieusement une copie du livre. Sans leur aide, cette entreprise n'aurait jamais abouti. Serge NICOLAS Professeur en histoire de la psychologie et en psychologie expérimentale Université de Paris V - René Descartes. Institut de psychologie. Laboratoire de Psychologie expérimentale EPHE et CNRS UMR 8581 71, avenue Edouard Vaillant - F - 92774 Boulogne-Billancourt Cedex. V

Présentation par François Thurot de l'ouvrage de Cabanis. L'influence de ce qu'on appelle le physique, c'est-à-dire le système entier des organes matériels de l'homme, sur ce qu'on appelle le moral, c'est-à-dire sur l'ensemble de ses déterminations intellectuelles, de ses passions et de ses habitudes, n'a jamais, que je sache, été contestée de bonne foi par aucun homme de bon sens. Mais ce fait, qu'il est si facile à chaque homme de vérifier par lui-même et sur lui-même, était jusqu'ici demeuré à peu près stérile entre les mains des philosophes, et, s'il a donné lieu à quelques modifications que les législateurs ou les instituteurs des peuples ont ajoutées à leurs lois ou à leurs préceptes, ils y ont été plutôt conduits par l'observation de quelques phénomènes isolés, que par un ensemble de vues ou par un système d'idées suivies et liées entre elles sur cet objet. Il en a été de même du fameux axiome: nihil est in intellectu quod non fuerit prius in sensu; « il n'y a rien dans notre intelligence qui n'y soit arrivé par les sens. » Reconnu et énoncé par Aristote, il n'est devenu la source d'une théorie admirable de nos facultés et la base de l'idéologie, c'est-à-dire la méthode générale des sciences, qu'après que Bacon, Locke, Hobbes et surtout Condillac, lui ont eu donné, par leurs méditations, une grande partie des développements dont il était susceptible. Ce que ces philosophes illustres et plusieurs écrivains recommandab les qui leur ont succédé ont fait pour l'axiome d'Aristote, le C. Cabanis vient de le faire pour cette vérité presque triviale qu'on entend à chaque instant dans la bouche de tout le monde: le physique influe beaucoup sur le moral; et, en effet, elle n'est qu'une conséquence de cet axiome si célèbre, on plutôt elle y est comprise tout entière. Mais il l'a rendue féconde en résultats importants; il a montré qu'elle se rattachait à tous les faits principaux sur lesquels est fondée la connaissance de l'entendement humain; qu'elle complétait l'explication de plusieurs phénomènes qu'on n'expliquait jusqu'ici que d'une manière inexacte; qu'elle en rendait sensibles plusieurs autres qui n'avaient point encore été aperçus, et qui néanmoins sont essentiellement liés à ceux que l'on connaissait déjà; il a fait voir que les opérations de l'intelligence et de la volonté se trouvant confondues à leur origine avec les autres mouvements
1 Thurot, F. (an X, 1802). Rapports du physique et du moral de I'homme; par F.-J. CABANIS, membre du Sénat conservateur, de l'Institut national, de l'École et Société de médecine de Paris, de la Société philosophique de Philadelphie, etc., etc. 2 vol. in-8, de plus de 500 pages. À Paris, chez Crapart, Caille et Ravier, libraires, rue du Pavé Saint-André-desArts, n° 12. Le Citoyen Français, 19 fructidor, n° 1021.

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vitaux, le principe des sciences morales, et par conséquent ces sciences elles-mêmes, rentraient dans le domaine de la physique, et ne devaient plus former qu'une branche de l'histoire naturelle de l'homme; que l'art d'y vérifier les observations, d'y tenter les expériences, et d'en tirer les résultats certains qu'elles peuvent fournir, ne différait en rien des moyens qui sont journellement employés, avec la plus entière et la plus juste confiance, dans les sciences pratiques dont la certitude est le moins contestée, puisque les unes et les autres se forment également par l'étude sévère et par la comparaison des faits, s'étendent et se perfectionnent par les mêmes méthodes de raisonnements. Il faut bien s'attendre que de pareilles assertions ne manqueront pas d'exciter la fureur de quelques écrivains, qui, dans leur zèle sincère ou affecté, crient anathème à tout ce qui s'appelle philosophie, raison, perfectionnement ou progrès de l'esprit, etc., etc. Mais que faire à cela? Qu'ils nous indiquent donc quelque autre mot que celui de raison, par exemple, pour exprimer cette faculté d'observer des faits, de les comparer, d'en tirer des déductions, etc.; faculté qui est incontestablement la seule qui distingue l'homme parmi toutes les espèces d'animaux existantes, la seule qui le place au rang le plus élevé dans l'échelle des êtres connus; qu'ils nous indiquent donc quelque autre mot que celui de philosophie, pour exprimer l'application de cette même raison à la recherche des vérités, de quelque espèce qu'elles soient, auxquelles il est donné à l'intelligence humaine d'atteindre. Le mot honneur, qui exprime ce sentiment généreux qui nous porte à ne faire que des actions propres à nous attirer l'estime et le respect de nos semb lables, subsiste encore avec éclat dans la langue, quoiqu'à une certaine époque de la Révolution, des furieux se fussent proposés de le déshonorer et de le rendre infâme; espérons que les mots raison et philosophie subsisteront aussi et conserveront leur dignité, quoique aujourd'hui, d'autres insensés, ou peut-être les mêmes, prennent à tâche de faire regarder comme absurdes et ridicules les idées qu'on y attache. Mais, dira-t-on peut-être, il n'est pas simplement ici question de raison et de philosophie; les assertions que vous venez de produire ne tendent à rien moins qu'à établir la doctrine du matérialisme, et l'on répétera tous les lieux communs cent fois rebattus, sur tout ce que cette doctrine a de dangereux et de funeste; qu'elle dessèche les cœurs, qu'elle sape les religions dans leurs fondements, etc., etc. Et, d'abord, si l'écrivain qui nous fait une pareille objection est un hypocrite effronté, un de ces hommes devenus insensibles à tout, hors leur intérêt du moment, et qui se VII

sont toujours faits les défenseurs des idées qu'ils croyaient le plus en faveur, nous n'avons rien à lui dire, et nous savons très bien qu'on ne peut rien persuader à celui qui n'est de bonne foi sur rien. Mais nous tâcherons de calmer les esprits timides qui seraient sincèrement effrayés de voir qu'un philosophe cherche à donner à la morale une base sensible et accessible à la simple raison, parce que le besoin, le premier sentiment que nous inspire cette raison, cultivée et éclairée par tous les moyens qui sont en notre pouvoir, c'est de vivre en paix avec tous les hommes qui ont un cœur droit et un amour sincère de l'ordre et de la vertu. Nous leur dirons: dans le vaste ensemble des phénomènes de l'univers et de leurs causes qui frappent notre intelligence, il y en a une partie qui a été, ou qui peut être déterminée et assignée d'une manière nette et précise par la simple raison, celle-là compose la science purement humaine; l'autre partie, infinie et sans limites, par rapport à la première qui est infiniment limitée, est un abîme sans fond, où se perd et s'anéantit l'intelligence de l'homme; celle-là sera, si l'on veut, le domaine de la science théologique. Le sentiment y sert de guide; mais le sentiment est quelque chose qui, de sa nature, est vague, indéterminé, arbitraire et inconstant, et, du moins dans les choses purement humaines, il a besoin d'être réglé par la raison. Il résulte de là que le seul moyen que les hommes aient de s'entendre entre eux et de vivre en paix, c'est de s'éclairer réciproquement par des communications franches et des discussions calmes sur tous les objets qui sont du domaine de la science purement humaine, et de s'accorder mutuellement beaucoup de support et d'indulgence sur tous les sentiments qui sont du ressort de la théologie. En effet, en faisant usage de la raison, on peut espérer de convaincre un être raisonnable, mais il est très difficile d'amener à votre sentiment celui qui déclare ne pas sentir comme vous. Dans les siècles précédents, les catholiques, par exemple, les protestants, les luthériens ont été tour à tour persécuteurs et persécutés; il y a eu de tous les côtés une foule innombrable d'hommes massacrés, brûlés, tourmentés par les plus horribles supplices, et il ne paraît pas que personne, surtout aucun de ceux qu'on traitait avec tant de cruauté, ait jamais été convaincu. Si donc un philosophe avait réussi à tirer la science de la morale, du nombre des sciences théologiques, pour en faire un objet de spéculation et de démonstration accessible à la simple raison, bien loin de l'injurier et de le regarder comme coupable de lèse-majesté divine, il faudrait avoir pour lui beaucoup de reconnaissance, car il s'ensuivrait que VIII

les hommes qui diffèrent entre eux de tant de manières diverses sur les sentiments religieux, pourraient parvenir à n'avoir qu'une seule et même opinion sur la morale, et ce serait pour la société tout entière un bienfait inappréciable. Nous avons cru devoir nous arrêter un peu sur cette objection, parce que déjà quelques journaux, en parlant de l'ouvrage du C. Cabanis, lui ont fait un reproche grave d'avoir traité sous le point de vue purement physiologique et philosophique cette question de la morale, qu'il ne s'était même pas proposé de traiter expressément, et dont il ne parle que parce qu'elle se trouve, pour ainsi dire, sur sa route, et qu'elle se lie d'elle-même aux autres objets qu'il voulait éclaircir, parce que dans le fait tout se lie dans un esprit bien ordonné, comme dans la nature qui est le sujet de ses contemplations. Il est donc clair que les critiques du C. Cabanis ne l'ont lu que très superficiellement, ou ne l'ont pas compris, et qu'en lui prêtant un raisonnement absurde, d'après une seule phrase de son introduction, qu'ils confondent avec la préface, ils ont prouvé que c'était de leur part un parti pris de décrier tout ce qui porte le nom de philosophie, sans se soucier le moins du monde des intérêts de la vérité, ou des lois de la décence. À la bonne heure: c'est leur affaire bien plus que la nôtre, et les vrais philosophes ont plutôt lieu de se féliciter que de se plaindre que leurs adversaires aient adopté un système qui les rendra infiniment moins dangereux pour les esprits bien faits et pour les cœurs honnêtes. Mais revenons à l'ouvrage même du C. Cabanis. Des douze mémoires qui le composent, les six premiers, formant le premier volume, avaient été lus dans diverses séances de l'Institut et insérés dans les deux premiers volumes du recueil de cette illustre société. Ceux-là sont connus de tous les lecteurs pour lesquels ce genre de spéculation peut avoir quelque intérêt. Les six derniers, qui forment le second volume et qui servent de complément aux précédents, n'ont été ni lus à l'Institut, ni imprimés. Nous nous bornerons à indiquer sommairement les objets qui sont traités dans les deux volumes, et nous regrettons d'autant moins d'être obligés de nous renfermer dans ces limites étroites, qu'aucune analyse ne peut dispenser de lire et de méditer un ouvrage aussi neuf et aussi important. Le premier mémoire, qui sert comme d'introduction à l'ouvrage tout entier, contient des vues générales sur l'étude de l'homme, l'auteur y trace un tableau rapide des progrès de cette vaste et importante étude, et montre que ceux qui ont le plus avancé la science qu'elle a pour objet,
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depuis les Grecs jusqu'à nos jours, ont presque toujours été des hommes qui avaient, relativement à l'époque où ils ont vécu, le plus de connaissances physiologiques, et il établit en conséquence que c'est désormais à l'étude approfondie de l'homme physique, que la connaissance de l'homme moral devra ses progrès ultérieurs. Il trace le plan de son ouvrage et la série des objets qu'il se propose d'examiner en détai 1. Le second et le troisième mémoire comprennent l 'histoire physiologique des sensations; cette partie, qui sert de base à tout l'ouvrage, en est par là même la plus importante; elle est aussi celle qui offre le plus de faits neufs et curieux, d'observations fines, ingénieuses et fécondes en résultats intéressants; en un mot, c'est là que l'auteur ouvre une nouvelle route aux écrivains qui voudront après lui pénétrer, dans la connaissance de l'intelligence humaine; et non seulement il ouvre la route, mais il y pénètre lui-même fort avant; il signale, si l'on peut s'exprimer ainsi, les divers embranchements par lesquels elle communique avec les autres parties de nos connaissances, et l'on peut dire sans crainte d'être démenti par aucun homme impartial, et qui ait quelque lumière sur ces objets, qu'il n'existe sur la théorie des sensations aucun ouvrage aussi complet à beaucoup près et aussi propre à faire faire à la science de l'homme des progrès également sûrs et rapides. Dans les mémoires suivants, jusqu'au neuvième inclusivement, on cherche à déterminer, autant que cela se peut dans l'état actuel de nos connaissances, l'influence des âges, des sexes, des tempéraments, des maladies, du régime et du climat sur la formation des idées et des affections morales. Une vaste série de faits les plus incontestables et les plus décisifs, liés entre eux de manière à s'éclairer et à s'appuyer réciproquement, présentés dans un style tout à la fois noble, simple et clair, la réserve la plus sévère, portée même jusqu'à la timidité, dans les déductions que leur authenticité et leur enchaînement pourrait l'autoriser à en tirer; voilà ce qui caractérise cette partie du travail du C. Cabanis. Le dixième mémoire, intitulé: Considérations touchant la vie animale, les premières déterminations de la sensibilité, l'instinct, la sympathie, le sommeil et le délire, porte les mêmes caractères de sagacité, de sagesse et de retenue, et mérite les mêmes éloges: mais ici l'auteur profitant des forces qu'il a acquises, en quelque sorte, par son travail même, et par le vaste ensemble de faits et de phénomènes qu'il a eu occasion de rassembler et de méditer, s'élève à des spéculations d'un ordre x

plus important: on voit qu'il s'est rendu maître de toute la chaîne de ses idées, il la parcourt en tout sens avec plus de facilité, et nous dirions même avec plus de sûreté, si ce qui est un mérite au point de sa course où il est alors parvenu, n'eût pas été peut-être un tort, ou du moins un inconvénient, avant qu'il fût arrivé jusque-là. Enfin, dans le onzième mémoire, qui traite de l'influence du moral sur le physique; et dans le douzième, sur les tempéraments acquis, l'auteur résume et présente sous un point de vue plus particulier ces deux parties de son travail, l'une en étant, pour ainsi dire, la base fondamentale, et l'autre une des divisions les plus intéressantes sous le double point de vue de la physiologie et de la morale. Nous n'avons fait que présenter ici, en quelque sorte, la tab le des matières de l'ouvrage du Citoyen Cabanis, et c'est tout ce que nous pouvions faire dans une feuille de la nature de celle-ci. Au reste, l'auteur ne s'est point dissimulé que, dans la carrière toute nouvelle qu'il a ouverte, il y a sans doute un grand nombre d'observations qui ont pu lui échapper. « Je n'ai point, dit-il, la prétention de l'avoir parcourue jusqu'au bout; mais des hommes plus habiles et plus heureux achèveront ce que trop souvent je n'ai pu que tenter; et mon espoir le plus solide est d'exciter leurs efforts, etc. » Nous n'ajouterons plus qu'une dernière observation sur le style de cet ouvrage: il est partout clair, noble, élégant et précis, comme nous l'avons dit; mais il a cela surtout de remarquable que les détails mêmes qui offrent le plus de prise à l'imagination, qui sont les plus susceptibles de l'exalter et de l'égarer, sont traités avec un ton de gravité et de simplicité qui en peut rendre la lecture sans inconvénient même pour la plus pure innocence. En un mot, le langage du Citoyen Cabanis, traitant en médecin et en philosophe des divers organes de l'homme, de l'influence des sexes, etc., est beaucoup plus chaste, s'il faut le dire, que celui du Citoyen Chateaubriand, par exemple, dans le chapitre de la chasteté de son livre sur le Christianisme2. Cela ne nous étonne pas sans doute, car cela devait être; mais le fait peut paraître assez singulier aux hommes à qui leurs préjugés religieux ou autres inspirent des idées si déplorables et si étranges sur ce qu'ils appellent la philosophie et les philosophes.

2 [Génie du Christianisme, première partie, liv. I, chap. ix, sur le sacrement Examen de la virginité sous les rapports poétiques.]

de l'ordre.

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TABLE ANALYTIQUE
par A. L. C. Destutt de TracyJ

VIle MÉMOIRE. De l'influence des maladies sur lalormation des idées et des affèctions morales. INTRODUCTION. ~. I. L'existence physique et morale de l'univers, quelle qu'en soit la cause première, tend vers une direction constante et déterminée, malgré l'influence des causes passagères qui la dérangent; et l'homme, en se conformant à cette direction suprême et innée, au lieu de s'unir aux causes perturbatrices, au nombre desquelles il ne se range que trop souvent, surtout dans l'ordre moral, peut devenir, dans ses propres mains, un moyen énergique de développement et de perfectionnement général. Il doit donc étudier les lois immuables qui président à la formation et au développement de ses idées et de ses affections morales. ~. II. Il n'est pas douteux que l'état de maladie, pris en général, n'influe sur la formation de ces idées et de ces affections. Mais pour connaître ces effets un peu plus en détail, sans s'y perdre, il faut se rappeler que toutes les parties sensibles n'agissent pas au même degré, ni d'une manière également immédiate, sur le cerveau; qu'il y a plusieurs centres ou foyers de sensibilité dans le système nerveux, qui correspondent entre eux et avec le centre cérébral; et que les principaux
3 On trouve cette table révisée par Cabanis, P. J. G. (an XIII, 1805). Rapports du physique et du moral de l'homme (2 vol., 2e édition revue, corrigée et augmentée par l'auteur). Paris: Crapart, Caille & Ravier.

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de ces foyers sont la région phrénique, la région hypocondriaque et les organes de la génération. Il faut aussi ne pas oublier que le système nerveux éprouve en outre des impressions nées dans son propre sein. ~. III. Or, la manière dont le système nerveux exécute ses fonctions tient à l'état de toutes ses parties, et à l'état où il est lui-même, qui en est une conséquence. ~. IV. Les maladies affectent principalement les solides, ou les fluides, ou tous les deux ensemble, ou des systèmes tout entiers, ou des organes particuliers. Le système nerveux spécialement peut pécher, ou par excès, ou par défaut, ou par perturbation générale, ou par mauvaise distribution de son action. Tous ces dérangements peuvent être idiopath iques ou sympathiques : et dans toutes ces circonstances diverses les effets sont différents. ~. V. Par exemple, quand les affections nerveuses sont l'effet de la faiblesse de l'estomac et d'un excès de sensibilité dans son orifice supérieur, on remarque une grande énervation des muscles; il s'ensuit une grande langueur dans les opérations intellectuelles, et souvent une si excessive mobilité, qu'elle produit une succession de petites joies et de petits chagrins qui va jusqu'à la puérilité. Lorsque ces affections viennent des organes de la génération, elles produisent plus souvent l'exaltation, les extases. On en a vu les effets dans le Mémoire sur les sexes. Quand elles ont pour origine les viscères hypocondriaques, il en résulte des passions tristes et craintives, un caractère d'opiniâtreté et de persistance qui peut aller jusqu'à la démence. Voyez les Mémoires sur les âges et les tempéraments. Il est à observer seulement que les effets des dérangements par excès de sensibilité se confondent avec ceux par irrégularité des fonctions ; car, quand il y a excès dans une partie, il y a perturbation dans l'ensemble.

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9. VI. Les altérations locales des organes des sens occasionnent des dérangements particuliers dans l'exercice de leurs fonctions, et certaines maladies produisent les mêmes effets; mais ce ne sont point là des affections du système nerveux pris en général. Au contraire, l'affaiblissement général de la faculté de sentir produit tantôt un accroissement considérable dans la force des muscles et l'état convulsif, tantôt la stupeur et l'engourdissement de la paralysie. 9. VII. Quant aux maladies générales des différents systèmes d'organes, voyez d'abord, dans les Mémoires sur les âges et les tempéraments, les effets des différents états du système musculaire. À l'occasion du système sanguin, nous remarquerons préliminairement le dérangement appelé fébrile, quoi qu'il ne lui appartienne pas exclusivement. Dans le frisson et dans l'ardeur de la fièvre, l'état des facultés intellectuelles répond exactement à celui de constriction ou d'épanouissement actif des organes. 9. VIII. Il prend, en outre, un caractère particulier suivant la nature de la fièvre et le genre de l'organe malade qui en est la source. Cela est surtout très marqué dans les fièvres intermittentes lesquelles sont quelquefois dépuratoires et critiques, de manière qu'elles peuvent produire de nouvelles dispositions qui deviennent plus ou moins durables. 9. IX. Les fièvres lentes particulièrement, en conséquence des diverses inflammations et consomptions suppuratoires qui les occasionnent, donnent lieu à une foule de phénomènes différents, qui tous correspondent avec les propriétés des organes attaqués, ou avec l'état général du système. 9. x. Il en est de même des maladies qui attaquent en même temps les solides et les fluides. Les dégénérations de la lymphe, qui donnent lieu aux écrouelles et aux rachitis, produisent, dans le premier cas, ou la froideur et l'inertie générales, ou l'irritation des organes de la génération avec l'inertie relative du cerveau, et, dans le second, le développement précoce et exagéré de l' intelligence.

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Celle qui constitue le scorbut donne lieu à une grande faiblesse musculaire, et n'altère les opérations intellectuelles qu'en y portant un découragement invincible. Celle qui consiste dans l'acrimonie singulière des humeurs rongeantes et lépreuses fait naître la mélancolie, l'emportement et même la fureur. Au reste, toute maladie peut être regardée comme une crise; elle a ses trois opérations: celle de la préparation, celle du plus violent effort et celle de la terminaison; chacune est accompagnée de phénomènes intellectuels particuliers. Si nous voulions entrer dans tous les détails des faits, ce Mémoire deviendrait un ouvrage immense; mais hâtons-nous de conclure que l'art de combattre les maladies peut servir à modifier et à perfectionner les opérations de l'intelligence et les habitudes de la volonté. VIlle MÉMOIRE. De l'influence du régime sur les dispositions et les habitudes morales.

INTRODUCTION. Tout nous prouve de plus en plus que les phénomènes de l'intelligence et de la volonté prennent leur source dans l'état primitif ou accidentel de l'organisation. 9- 1. Il ne faut donner à ce mot de régime ni trop ni trop peu d'étendue; il faut entendre par là l'ensemble de nos habitudes physiques, soit nécessaires, soit volontaires. 9. II. Les corps organisés sont susceptibles de modifications beaucoup plus variées que les autres. Ils sont surtout, ou du moins ils paraissent en général, exclusivement capables de contracter des habitudes4 ; et ce caractère est encore plus marqué dans les animaux que dans les végétaux.

4 Observez qu'on en trouve des traces dans les machines électriques, dans les aimants artificiels, et même dans les corps sonores, comme cela est observé dans le Xe Mémoire, ne section, article de la Sympathie, ~. VI.

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9. III. L'homme en particulier est éminemment modifiable: en lui comme l'a dit Hippocrate, tout concourt, tout conspire, tout consent. 9. IV. Il est donc saisissable par tous les points; et tout ce qui agit sur un des phénomènes de son existence influe sur tous. 9. V. L'air qui est nécessaire à notre existence et qui nous environne de toutes parts et dans tous les temps, agit sur nous par toutes ses qualités. La seule différence de sa pesanteur produit en nous ou l'anxiété et la débilité, ou le sentiment de la force et de l'activité. 9. VI. Son degré de température agit encore bien plus puissamment sur notre être. La chaleur est nécessaire au développement de tous les animaux; mais quand elle est trop forte, elle hâte et exalte notre sensibilité, au détriment de la force musculaire. De ce défaut d'équilibre dérivent un grand nombre des inclinations des peuples des pays chauds. 9. VII. Au contraire, le froid, quoique sédatif direct, donne, quand il est modéré et passager, du ton aux organes et de l'activité à la vie, parce qu'il s'établit une réaction; tandis que s'il est violent et prolongé, il produit la suffocation de la circulation des humeurs, et bientôt la gangrène et la mort, parce que la vie ne peut pas réagir suffisamment contre l'engourdissement qu'il cause. Mais si elle parvient à le surmonter, il s'établit une série de mouvements, qui finissent par nécessiter beaucoup d'action et de consommation d'aliments, peu de réflexion, une sensibilité émoussée et une grande force musculaire. Les hommes des pays chauds s'accoutument par degrés aux climats froids et une fois parvenus aux zones polaires, s'ils redescendent vers l'équateur ils tombent dans la langueur et le dépérissement. 9. VIII. La plupart des effets de l'air sec ou humide dépendent de l'accroissement ou de la diminution de son ressort. Mais, outre cela, sa sécheresse favorise d'abord la transpiration; ensuite, si elle est extrême, elle la dérange, la supprime, et produit un

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malaise et une inquiétude insupportables, en durcissant la peau et bouchant les pores exhalants. L'humidité, au contraire, a des effets débilitants. Unie avec le froid, elle produit les affections scorbutiques : rhumatismales, etc., mais, jointe à la chaleur, elle est encore plus pernicieuse, surtout pour l'homme: elle l'altère et le vicie, particulièrement dans les organes de la génération. Voyez les conséquences de tous ces effets dans le Mémoire sur les tempéraments. ~. IX. Mais l'air atmosphérique est un mélange de différents gaz. L'oxygène et l'azote en sont les vrais principes constitutifs, et leurs différentes proportions changent ses propriétés. Le gaz acide carbonique, et tous les autres qui s'y mêlent plus ou moins, lui en communiquent de nouvelles; mais leurs différents effets doivent être rangés dans la classe des maladies. ~. X. N'oublions pas, au reste, dans toutes ces considérations, la puissance des habitudes, qui peut rendre nuls les effets les plus ordinaires et les plus constants: et cette observation est applicable à tout ce que nous allons dire de l'influence des aliments. g. XI. L'effet des aliments n'est pas seulement de remplacer les parties qu'enlèvent journellement les différentes excrétions; ils sont importants surtout par le mouvement général que l'action de l'estomac et du système épigastrique imprime et renouvelle dans l'être animé. L'homme s'habitue à tous les aliments comme à tous les climats et à toutes les températures; mais tous ces aliments divers n'entretiennent pas en lui les mêmes facultés aux mêmes degrés. La diète atténuante que les législateurs de beaucoup d'ordres religieux ont prescrite, n'a pas l'effet de diminuer les désirs vénériens (au contraire), mais d'enflammer ou de dérégler l'imagination, en diminuant les forces, et de rendre par là les hommes plus faibles, plus malheureux, et plus aisés à dominer. Les habitudes des peuples ichtyophages dépendent autant et plus du caractère de leurs travaux que de la nature de leurs aliments. Cependant la graisse et l'huile des poissons produisent directement l'engorgement du système glandulaire et des maladies lépreuses, avec toutes leurs conséquences. XVII

La diète lactée a des effets sédatifs; elle devient pernicieuse aux sujets disposés aux affections hypocondriaques. ~. XII. Les substances narcotiques ou stupéfiantes ne peuvent pas être classées parmi les aliments: elles demandent un article à part. Leur action est complexe. Elles diminuent la sensibilité, elles augmentent la force de la circulation, elles lui donnent de plus une direction marquée vers la tête. De la combinaison de ces trois propriétés résultent leurs divers effets; et leurs effets, différents encore à différentes doses, ont toujours du rapport avec ceux de tous les stimulants quelconques, car toutes les excitations réitérées et exagérées tendent à dégrader et à altérer le système nerveux. Tous les animaux aiment les stimulants. ~. XIII. Les boissons se rapportent à quatre classes: l'eau, les liqueurs fermentées, les esprits ardents, et certaines infusions particulières. Les effets de l'eau dépendent surtout des matières qu'elle tient en dissolution. Prises intérieurement, les unes affectent le système glandulaire; d'autres font vomir ou purgent; d'autres déploient une propriété tonique. L'effet des bains paraît tenir, en grande partie, à la décomposition de l'eau elle-même qui s'opère à la surface du corps. La fermentation dite vineuse est le produit de la matière sacrée que contiennent les substances végétales ou animales. Les fluides qui l'ont subie ont des propriétés différentes, suivant les diverses parties extractives ou aromatiques qu'ils tiennent en disso lution ; mais tous en ont d'analogues à celles des substances narcotiques, quoique moins énergiques et moins persistantes. Quant aux liqueurs spiritueuses, utiles dans les pays très froids, et même quelquefois dans les pays très chauds, elles sont, en général, malfaisantes dans les climats tempérés, excepté dans certains cas rares de débilité ou de grande fatigue. Leur abus, porté à l'extrême, conduit à la férocité et à la stupidité. Les bons effets du sucre, des épiceries, du thé, et surtout du café, sont maintenant assez reconnus. Le principe sucré est particulièrement réparateur, et le café agit spécialement sur les fonctions intellectuelles. Il n'est pas douteux que l'introduction de ces substances dans notre régime n'ait apporté des changements notables dans notre manière d'être. XVIII

9. XIV. L'influence des mouvements corporels est d'un autre genre. Elle s'exerce surtout par trois causes, savoir: les effets immédiats qu'ils produisent, lesquels consistent principalement à diminuer la mobilité nerveuse et à augmenter la force musculaire; les modifications qu'ils déterminent dans les organes, dont les unes sont utiles et les autres nuisibles; et les impressions habituelles auxquelles ils donnent lieu, et qui ne peuvent manquer à la longue d'influer sur les déterminations ultérieures. 9. xv. L'état de repos a nécessairement des résultats contraires; mais ils ne sont pas les mêmes dans tous les cas, ni chez tous les individus. Quoi qu'il diminue dans tous la puissance digestive, il augmente souvent le besoin de manger chez ceux qui sont habitués à de rudes travaux. La nourriture leur devient plus nécessaire comme excitant. Le sommeil, que l'on peut regarder comme le dernier terme du repos, n'est point un état passif du cerveau: c'est une véritable fonction qu'il remplit. Un certain degré de lassitude porte au sommeil; un degré considérable de faiblesse l'empêche. Il accumule et transmet du centre cérébral aux autres parties un nouveau degré d'excitabilité. Il fait affluer le sang vers la tête. Aussi, l'excès abusif du sommeil use et débilite le cerveau. Enfin, les organes ne s'endorment pas tous à la fois; et leurs rapports avec le centre cérébral sont altérés et varient. ~. XVI. Le travail est aussi un article important du régime. Il n'est pas seulement la source de toute richesse, il est celle du bon sens et du bon ordre. Mais les diverses espèces de travaux diffèrent par les instruments qu'ils exigent, par les matériaux qu'ils façonnent, par les objets qu'ils présentent, par les situations où ils mettent ceux qui s'y livrent. Il n'est pas nécessaire d'entrer dans beaucoup de détails pour prouver que, par toutes ces circonstances, ils doivent produire des impressions et des résultats différents. XIX

CONCLUSION.- Il suit naturellement de tout ce qui précède qu'une bonne hygiène peut contribuer puissamment à l'amélioration de l'homme et à l'accroissement de son bonheur.

IXe MÉMOIRE. De l'influence des climats sur les habitudes morales.

INTRODUCTION. 9. I. Après toutes les observations que nous avons recueillies jusqu'à présent, et surtout au sujet du régime, il doit paraître singulier que l'on ait pu mettre en question si le climat influe sur nos habitudes morales. La réputation de ceux qui ont soutenu la négative exige qu'elle soit discutée. 9. II. Il ne faut pas réduire le mot climat à ne signifier que la latitude d'un lieu, et le degré de chaleur qui y règne. Il faut entendre par ce terme l'ensemble de toutes les circonstances naturelles et physiques au milieu desquelles nous vivons dans chaque lieu. C'est ainsi que l'entendait Hippocrate. L'ouvrage où il traite ce sujet est intitulé: Des Airs, des Eaux et des Lieux. Or, il n'est pas douteux que, par l'effet des différences introduites dans ces circonstances, nous ne recevions des séries d'impressions différentes elles-mêmes. Reste donc uniquement à savoir si une suite d'impressions quelconques ne produit pas en nous une suite de dispositions et de déterminations qui y correspondent. 9. III. Mais il a été prouvé que le tempérament, le régime, le genre des travaux, la nature et le caractère des maladies, influaient puissamment sur les opérations de la pensée: il ne s'agit donc que de faire voir que tout cela est extrêmement dépendant des circonstances physiques propres à chaque local. 10. Il est constant que la fréquente répétition des mêmes actes donne plus de disposition et de facilité à les exécuter, et que cette disposition se transmet et s'accroît dans les races par la génération. Des

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impressions constantes et continuellement répétées modifient donc les dispositions organiques d'une manière profonde, et qui se perpétue. 2°. Il n'est pas moins certain que les différences des saisons ont sur l'économie animale et sur la nature des maladies, une influence analogue à la différence des âges et même des tempéraments. 9. IV. Or, comme la succession des saisons n'est pas la même dans les différents climats, il est hors de doute que le climat a des effets dépendants de ceux-là: aussi, voit-on les différentes races d'animaux modifiées invinciblement suivant les lieux. 9. V. L'homme est, de tous, le plus modifiable et le plus souple: aussi ses formes varient-elles suivant les climats, et d'une manière analogue à ces derniers. Mais l'action des climats sur les tempéraments est encore bien plus indubitable que leur influence sur les formes apparentes de l'organisation. g. VI. En parlant du régime, nous avons dit qu'il y avait dans l'individu un fond d'organisation primitive qui ne paraissait pas pouvoir être changé: mais nous avons montré aussi que le régime y portait des modifications, et contribuait à fixer le caractère du tempérament. C'est ce que fait aussi le climat, dont le régime dépend presque entièrement. En décrivant le climat des bords du Phase, Hippocrate a peint celui qui est le plus propre à produire le tempérament pituiteux. 9. VII. Il nous montre de même, dans les pays froids, le climat propre à multiplier les tempéraments dans lesquels les forces musculaires prédominent; et, dans les pays chauds, celui qui multiplie ces tempéraments où l'excès des forces sensitives se manifeste. 9. VIII. Les climats tempérés et agréables rendent plus commun le tempérament heureux, remarquab le par la liberté de toutes les fonctions ; et des circonstances moins favorables et très diverses produisent celui désigné spécialement par les noms de mélancolique et d'atrabilaire. g. IX. Mais l'influence du climat sur les maladies ne tient pas seulement à son influence sur le tempérament. Il est notoire qu'il les XXI

produit directement; que plusieurs maladies sont endémiques, et que presque toutes sont liées plus ou moins au changement des saisons. g. X. Parmi les maladies, celles qui ont les effets les plus constants sur les opérations intellectuelles, telles que les inflammations lentes du cerveau ou des organes de la génération, et même celles du poumon, sont particulièrement propres à certains pays et à certains climats. 9. XI. D'autres, qui ont des effets différents, appartiennent à d'autres circonstances locales. Celles des pays marécageux et humides sont les catarrhes, les pituites, les épanchements lymphatiques, celles des pays brûlants et secs intéressent particulièrement le système nerveux. g. XII. Il y a plus: nombre d'exemples prouvent que dans les divers climats les mêmes maladies n'ont pas le même cours et ne doivent pas être attaquées par le même traitement. g. XIII. D'ailleurs, malgré la surabondance des productions d'un pays et la facilité de ses communications avec tous les autres, on ne peut nier que la plus grande partie du régime de ses habitants ne soit déterminée par le climat; et nous avons vu les conséquences du régime. 9. XIV. Le climat ne décide pas moins de la nature de beaucoup de travaux et de la nécessité de s'y livrer avec plus ou moins d'efforts, et, par conséquent aussi des habitudes qui en résultent. g. XV. De tous les effets du climat, celui qu'ont les pays chauds de hâter le moment de la puberté des deux sexes et de conduire à une impuissance précoce, est le plus influent sur leurs habitudes et sur leur existence tout entière. 9. XVI. Enfin, le climat agit même sur les organes de la va ix, et, par eux, il paraît devoir agir également sur le caractère des langues. Il est donc prouvé, et même surabondamment, que le climat a la plus grande influence sur nos habitudes morales. Il est vrai que son action n'est pas si puissante sur le riche que sur le pauvre qui a moins de moyens de s'y soustraire. Mais ce n'est pas ici le lieu d'examiner en détail un sujet XXII

si étendu. Il sera plus à sa place dans un ouvrage sur le perfectionnement de l'homme physique. xe MÉMOIRE. Considérations touchant la vie animale, les prelnières déterlninations de la sensibilité, l'instinct, la sympathie, le sommeil et le délire.
PREMIÈRE SECTION.

INTRODUCTION. 1. - Après avoir examiné sous tous les aspects ~. les modifications qu'apportent à notre manière de sentir les principales circonstances qui accompagnent notre existence, il est à propos de revenir encore à l'histoire de nos sensations et des premiers actes de notre sensibilité, et d'achever d'éclaircir tout ce qui concerne ces opérations fondamentales. Ainsi, il va être question dans ce Mémoire de la vie animale et des premières déterminations sensitives; de l'instinct et des sympathies; de la théorie du sommeil et du délire. Ensuite nous parlerons, dans deux Mémoires séparés, 10. de la réaction du moral sur le physique; 20. des tempéraments acquis, ou des formes accidentelles de l'économie animale qui peuvent altérer le tempérament primitif.
De la vie animale.

9. II. Nous ne pouvons avoir aucune idée exacte des forces actives et premières de la nature. Les causes qui déterminent l'organisation de la matière dépendent des causes prem ières ; elles nous sont également inconnues, et vraisemblablement elles le seront toujours. Cependant les conditions nécessaires pour que la vie se manifeste dans les animaux, ne sont peut-être pas plus impossibles à découvrir que celles d'où résulte la composition de l'eau, la formation de la foudre, de la grêle, de la neige, et la production de tant de combinaisons chimiques, qui ont des propriétés bien différentes de celles des éléments qui les composent. Nous savons déjà que la distinction que Buffon s'est efforcé d'établir entre la matière morte et la matière animée n'est pas fondée. XXIII

Les végétaux peuvent vivre et croître par le seul secours de l'air et de l'eau; et ces substances, transformées par la végétation en des substances nouvelles, donnent naissance à des animalcules particuliers, que la simple humidité développe. Ainsi, ou la vie est répandue partout ou la matière inanimée est capable de s'organiser, de vivre, de sentir. Il y a plus: l'art peut reproduire les végétaux, à l'aide de plusieurs de leurs parties qui, dans l'ordre naturel, ne sont pas destinées à cette fonction. Il peut dénaturer leurs espèces et en faire éclore de nouvelles. Dans des matières préparées par l'art, telles que le vinaigre, le carton, les reliures de livres, l'homme fait naître des animaux qui n'ont point d'analogues dans la nature. Dans les végétaux, dans les animaux malades, il naît d'autres animaux. On les observe souvent à moitié formés. Ainsi, si l'on veut supposer la nécessité de ce qu'on appelle des germes, il faut supposer aussi que ceux de toutes les espèces possibles sont répandus partout, ce qui est, au fond, la même chose que dire que toutes les parties de la matière sont susceptib les de tous les modes d'organisation. Toutefois, il paraît que les matières végétales ne produisent immédiatement que des animaux dépourvus de nerfs et de cerveau. L'homme et les autres grands animaux ont-ils pu, dans l'origine, être formés de la même manière que ces ébauches grossières d'animalcules? Nous l'ignorerons toujours. Le genre humain ne peut rien savoir de son origine et de sa formation. Ce qu'il y a de sûr, c'est que beaucoup de ces petits animaux, nés spontanément, se reproduisent ensuite par voie de génération; et que, d'ailleurs, tout atteste que beaucoup d'espèces ont été fort altérées, que d'autres se sont perdues, que l'état du globe a beaucoup changé et qu'il est d'une prodigieuse antiquité. 9. III. Nous voyons de même la matière redescendue par degrés, depuis l'organisation la plus parfaite jusqu'à l'état de mort le plus absolu: et plus les observations se multiplient, plus aussi les intervalles entre les différents règnes se remplissent et s'effacent.

XXIV

SECONDE

SECTION.

Des premières

déterminations

de la sensibilité.

9. I. L'économie animale est soumise à des lois qui lui sont propres: la sensibilité développe dans les corps des propriétés qui ne ressemblent en aucune manière à celles qui caractérisaient leurs éléments. Cependant, la tendance à l'organisation, la sensibilité que l'organisation détermine et la vie qui n'est que l'exercice et l'emploi régulier de l'une et de l'autre, deviennent des lois générales qui gouvernent la matière. Les parties de la matière tendent sans cesse à se rapprocher les unes des autres: la cause en est inconnue; mais le fait est constant. Le repos le plus absolu l'atteste, comme le mouvement le plus rapide. Dans les combinaisons chimiques, cette attraction s'exerce avec choix. C'est pourquoi on l'a nommée élective; et il en résulte des êtres doués de propriétés entièrement nouvelles. 9. II. Dans les affinités végétales, l'attraction jouit d'une propriété d'élection plus étendue. Dans les affinités animales, la sphère de sa puissance s'agrandit
encore.

Dans la formation de l'embryon il se forme un centre de gravité vers lequel les principes se portent avec choix, autour duquel ils s'arrangent dans un ordre déterminé. La tendance des principes vers ce centre est une suite des lois générales de la matière: leur attraction élective est une suite des caractères qu'elle a contractés dans ces transformations antérieures et des circonstances. Les propriétés nouvelles résultent de l'ordre qui s'établit, ou, en d'autres termes, de l'organisation. 9. III. Dans la formation du corps organisé il se forme un centre de gravité. La preuve en est que, dans le végétal, ce n'est qu'en isolant du corps entier la partie capable de le reproduire, en lui donnant une existence à part, qu'on la met en état de se transformer en végétal de la même espèce. Dans les polypes, il n'est aucune partie de l'animal qui, dès qu'elle en est séparée, ne soit capable de le reproduire tout entier. xxv

Dans des animaux plus parfaits les organes se forment successivement. Quelques-uns, même, se forment à diverses reprises et par portions séparées. Les deux ventricules du cœur restent d'abord isolés avec leurs oreillettes respectives. Puis on les voit s'avancer l'un vers l'autre, se pressentir et s'appeler par de vives oscillations, et, dans une dernière secousse, s'approcher et s'unir pour toujours. Il y a donc quelque analogie entre la sensibilité animale, l'instinct des plantes, les affinités électives, et la simple attraction. Mais cette dernière en apparence si aveugle, est-elle l'effet d'une espèce d'instinct qui, suivant les circonstances, arrive par degrés jusqu'aux merveilles de l'intelligence? Et faut-il rendre raison de l'attraction par la sensibilité, ou de la sensibilité par l'attraction? C'est ce que nous ignorons. Seulement, il est vraisemblable que si nous pouvons parvenir à le savoir ce sera en étudiant la nature sensible et vivante, et en examinant de préférence les phénomènes les plus compliqués, parce qu'ils sont ceux qui se montrent sous le plus de faces. Observons en attendant que plus les phénomènes de l'attraction sont simples, plus la combinaison dans laquelle ils ont lieu est fixe et durable. Cela est vrai dans tous les degrés. Les animaux les plus parfaits sont de tous les plus périssables, quand le développement de leur intelligence ne leur fournit pas de puissants moyens de conservation. 9. IV. Dans les animaux les plus parfaits, les organes se groupent en systèmes d'instincts, dont les opérations se coordonnent dans un mouvement général. Dans le fœtus, ces organes se forment successivement. Dans l'animal, ces organes formés entrent en action à des époques successives. À chaque addition les affinités changent, ou s'étendent: les facultés et les appétits de la combinaison sentante sont toujours soumis à ces affinités. Des animaux et des parties d'animaux dépourvus de nerfs vivent et sentent, mais dans les animaux vertébrés l'organe nerveux est le siège de la sensibilité et de la vie. C'est lui qui reçoit les impressions et imprime les déterm inations. XXVI

Une observation bien importante, c'est que l'action de la sensibilité a lieu souvent sans qu'il y ait conscience des impressions. Les nerfs qui reçoivent les impressions font agir beaucoup d'organes sans que l'individu en soit averti, sans l'intervention du centre cérébral; et cependant la réaction de ces organes influe ensuite beaucoup sur la formation des idées et des affections, par son pouvoir sur le centre cérébral lui-même. g. V. Ces faits et plusieurs autres prouvent que le système nerveux doit être considéré comme susceptible de se diviser en plusieurs systèmes partiels. Le nombre de ces systèmes varie suivant les espèces, les individus et les circonstances. Peut-être dans chaque centre il se forme une espèce de moi. Cela est vraisemblable. Mais l'animal ne peut connaître que le moi qui réside dans le centre commun, et il ne peut le connaître que par les impressions qui lui sont transmises et qu'il perçoit. Car ce moi général reçoit beaucoup d'impressions qui ne sont jamais percevables, pour lui, et qui pourtant influent sur lui. De là tant de déterminations qui paraissent sans motif. 9. VI. Quant à l'agent invisible qui, parcourant le système nerveux, produit les impressions et les impulsions, nous ignorons sa nature; mais il est vraisemblable que c'est l'électricité modifiée par l'action vitale, et, dans cet état, peut-être elle se rapproche beaucoup du magnétisme. ~. VII. Tout semble prouver que le système nerveux et le système sanguin se forment d'abord dans l'homme. Le commencement des autres organes, moins nécessaires, ne s'aperçoit que postérieurement dans l'embryon. 9. VIII. Dans d'autres animaux les parties s'organisent et les fonctions s'établissent dans un ordre différent. Au reste, si nous jetons ici les yeux sur d'autres modes d'existence, c'est uniquement pour mieux éclaircir le nôtre.

XXVII

Dans tous, les parties vivantes ne sont telles que parce qu'elles reçoivent des impressions qui occasionnent des impulsions. Sentir, et par suite être déterminé à tel ou tel genre de mouvement, est donc un état essentiel à tout organe empreint de vie. C'est un besoin primitif que l'habitude et la répétition des actes rend à chaque instant p lus impérieux. Les impressions et les déterminations propres au système nerveux et à celui de la circulation doivent donc engendrer bientôt, par leur répétition continuelle, la première, la plus constante et la plus forte des habitudes de l'instinct, celle de la conservation. Les organes de la digestion naissent et se développent ensuite. De là, les appétits qui se rapportent aux aliments ou l'instinct de nutrition. g. IX. Il paraît de l'essence de toute matière vivante organisée d'exécuter des mouvements toniques oscillatoires; de passer successivement, pendant toute la durée de la vie, de l'état de contraction à celui d'extension; elle est aussi active dans l'un de ces passages que dans l'autre. De là naît un nouveau besoin, un nouvel instinct, celui de mouvelnent, qui se joint aux deux autres et qui en dépend souvent. 9. X. L'idée de corps extérieur vient de l'impression de résistance. L'impression distincte ou l'idée de résistance naît du sentiment du mouvement et de celui de la volonté qui l'exécute, ou s'efforce de l'exécuter. Le poids des membres, la raideur des muscles suffit pour la donner. La conscience du moi senti, reconnu distinct des autres existences, ne s'acquiert donc que par la conscience d'un effort voulu. Le moi réside exclusivement dans la volonté. Le fœtus a donc cette conscience du moi. Car il a le besoin, le désir d'exécuter des mouvements. Ainsi, quand il arrive à la lumière, son cerveau, cet organe central où réside la volonté générale, a déjà reçu des modifications qui commencent à le faire sortir des simples appétits de l'instinct. Il a des idées, des penchants, des habitudes.

XXVIII

De plus, l'action du système absorbant doit lui donner au moins le sentiment de bien-être ou de malaise. Ses intimes rapports avec la mère peuvent lui procurer quelques affections sympathiques. Enfin, il est possible qu'il ne soit pas étranger à des sensations de lumière et de son: les premières nous arrivent souvent par des coups ou par des causes internes. Cet état varie suivant les espèces et les individus: mais enfin on conçoit que le cerveau de l'animal n'est pas table rase au moment de la naissance. g. XI. C'est à quoi il faut faire bien attention dans les analyses idéologiques. Rien ne ressemble moins à la nature que ces statues que l'on fait sentir et agir. Les opérations de l'organe pensant sont toutes modifiées par les déterminations et les habitudes de l'instinct. Il est d'ailleurs positivement impossible que jamais l'organe particulier d'un sens entre isolément en action. Ces hypothèses ont été très utiles d'abord; mais, aujourd'hui, c'est dans les observations précédentes, c'est dans la physiologie qu'il faut chercher les bases d'un nouveau traité des sensations.
De l'instinct.

9. I. De tout ce qui précède, il résulte que les premières tendances et les premières habitudes instinctives sont une suite des lois de la formation et du développement des organes. Elles appartiennent plus particulièrement aux impressions internes. Celles qui se forment aux époques subséquentes de la vie se ressentent beaucoup plus du mélange et de l'influence des impressions externes, qui sont spécialement cause des jugements et des volontés distinctes. Cependant c'est toujours à l'état des ramifications nerveuses, et quelquefois aux dispositions intimes du système cérébral lui-même, que doivent leur naissance ces secondes habitudes instinctives, et elles ont encore quelque chose de ce caractère vague de l'instinct.

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~. II. Nous rangerons dans la première classe toutes celles qui se manifestent dans certains animaux, au moment de la naissance, ou qui n'attendent pour agir que le développement général des organes. Et nous rapporterons à la seconde classe celles que font naître la maturité de certains organes particuliers et les maladies. Ces penchants et ces déterminations sont à peu près étrangers aux impressions qui viennent de l'univers extérieur (ou aux sensations proprement dites), et elles ont un caractère distinct des volontés résultantes de jugements plus ou moins nettement sentis, mais réellement portés par le moi (c'est-à-dire par le centre cérébral). C'est de ces observations qu'il faut partir pour déterminer le degré respectif d'intelligence ou de sensibilité propre aux différentes races. Si on les examine bien, il est vraisemblable qu'on trouvera l'instinct d'autant plus direct et plus fixe que l'organisation est plus simple, et d'autant plus vif que les organes internes exercent plus d'influence sur le centre cérébral. L'intelligence de l'animal sera reconnue d'autant plus étendue qu'il est forcé de recevoir plus d'impressions de la part des objets extérieurs.
De la sympathie.

~. I. Par une loi générale, qui ne souffre aucune exception, les parties de la matière tendent les unes vers les autres. À mesure que les parties viennent à se combiner elles acquièrent de nouvelles tendances. Ces dernières attractions ne s'exercent plus au hasard. Plus les combinaisons s'éloignent de la simplicité de l'élément, plus aussi pour l'ordinaire elles offrent, dans leurs affinités, de ce caractère d'élection dont les lois paraissent constituer l'ordre fondamental de l'univers. Les matières organisées, et notamment les matières vivantes, sont produites originairement par les mêmes moyens et en vertu des mêmes lois et elles y demeurent assujetties dans tous leurs développements postérieurs jusqu'à leur dissolution finale. De là, résultent immédiatement tous les phénomènes directs par lesquels se manifeste la spontanéité de la vie; toutes les opérations internes qui développent les membres de l'animal; tous les mouvements xxx

primitifs qui dévoilent et caractérisent en lui des appétits et de vrais penchants. Dans tout système organique, l'analogie des matières les fait tendre particulièrement les unes vers les autres. C'est par ce moyen que les parties animées prennent leur accroissement; que les pertes se réparent; que l'organisation se perfectionne; que les erreurs dans le choix des aliments ou les désordres dans la digestion se rectifient. Plus les matières sont déjà complètement animalisées, plus leurs affinités mutuelles sont fortes. C'est par ces causes que dans les inflammations on voit naître de nouvelles membranes, dans lesquelles les nerfs et les vaisseaux des organes affectés s'étendent et s'abouchent avec des nerfs et des vaisseaux antérieurement existants. C'est ainsi que se forment les cicatrices dont le tissu présente tous les phénomènes de la vie véritable: mouvement tonique, circulation, sensibilité. C'est ainsi encore que les parties organisées, mises en contact à nu, s'unissent comme les arbres dans la greffe en approche, et vivent d'une VIecommune. Tout cela n'est vrai que pendant la vie, laquelle dépend de la persistance des circonstances primitives. Aussitôt après la mort, la même tendance à combinaison produit la séparation des éléments, et la dissolution complète. ~. II. La sympathie ou la tendance d'un être vivant vers d'autres êtres vivants de même ou de différente espèce, rentre dans le domaine de l'instinct: elle est en quelque sorte l'instinct lui-même. Les attractions et les répulsions animales résultent de organ isation. l' Accru, modifié, dénaturé par les beso ins, cet instinct suit toutes les directions, prend tous les caractères, parcourt tous les degrés, depuis le penchant social de l'homme jusqu'à l'isolement farouche du sanglier ou la fureur insatiable du tigre. À différentes époques de la vie, il se manifeste d'autres déterminations sympathiques de l'instinct, telles que l'amour, la tendresse, les appétits et les dégoûts bizarres de certains malades.

XXXI

C'est dans les races, et dans les individus doués d'une excessive sensibilité, que s'observent les plus grands écarts de la sympathie. g. III. La sympathie dérive de la supposition, au moins vague, de la faculté de sentir, dans l'être qui en est l'objet. Dès que nous supposons dans un être des sensations, des penchants, un moi, la sympathie nous attire vers lui, ou l'antipathie nous en écarte. Sans doute, dans ces dispositions, aussitôt qu'elles commencent à s'élever au-dessus du pur instinct, aussitôt qu'elles cessent d'être de simples attractions animales, des déterminations directement relatives à la conservation de l'individu, à sa nutrition, au développement et à l'emploi de ses organes naissants; dans ces dispositions, dis-je, il entre un fond de jugements inaperçus. Ce puissant besoin d'agir sur les volontés d'autrui, de les associer à la sienne propre, d'où l'on peut faire dériver une grande partie des phénomènes de la sympathie morale, devient, dans le cours de la vie, un sentiment très réfléchi: à peine se rapporte-t-il, pendant quelques instants, aux seules déterminations primitives de l'instinct; mais il ne leur est jamais complètement étranger. La sympathie, comme toutes les tendances primordiales, s'exerce par les divers organes des sens, et chacun d'eux produit des effets particuliers sur elle. Les impressions de la vue sont la source de beaucoup d'idées et de connaissances; mais elles produisent ou du moins occasionnent une foule de déterminations affectives, qui ne peuvent être entièrement rapportées à la réflexion; et peut-être les rayons lumineux émanés des corps vivants, surtout ceux que lancent leurs regards, ont-ils certains caractères physiques différents de ceux qui viennent des corps privés de la vie et du sentiment. ~. IV. Dans certains animaux, le principal organe de l'instinct, et par conséquent de la sympathie, c'est l'odorat. Il n'est pas douteux qu'il ne se forme autour de chaque individu une atmosphère de vapeurs animales. L'odeur est plus marquée dans les espèces très animalisées et dans les corps très vigoureux. Les émanations des sujets jeunes et sains sont salutaires. XXXII

9. V. L'ouïe provoque beaucoup d'opérations intellectuelles; mais on ne peut nier qu'elle fait naître bien des impressions purement affectives et instinctives: celles-ci rentrent dans le domaine de la sympathie. 9. VI. La précision des impressions du tact est cause qu'il fait naître plus de jugements distincts que de déterminations instinctives. Son action sympathique paraît ne s'exercer que par le moyen de la chaleur vivante, dont les effets sont certainement très différents de ceux de toute autre chaleur. Elle mériterait d'être l'objet de beaucoup d'observations et d'expériences dont on n'a pas eu encore l'idée. On n'a jamais fait assez d'attention à tous ces faits dans la détermination de ce qu'on appelle la sympathie morale. La sYlnpathie morale (si elle est une faculté particulière) consiste dans la faculté de partager les idées et les affections des autres, dans le désir de leur faire partager ses propres idées et ses affections, dans le besoin d'agir sur leur volonté. Il y a encore quelque chose de plus dans l'action de la sympathie morale, c'est que la faculté (ou le penchant) d'imitation qui caractérise toute nature sensible et particulièrement la nature humaine, commence à s'y faire remarquer. La faculté d'imiter autrui tient à l'aptitude de reproduire plus facilement tous les mouvements déjà exécutés par soi-même, aptitude toujours croissante avec la répétition des actes. Cette aptitude est inséparable de toute existence animale. Il semb le que nous en retrouvions des traces dans les machines électriques et les aimants artificiels. 9. VII. Cette faculté d'imitation est le principal moyen d'éducation, soit pour les individus, soit pour les sociétés. Ainsi, les causes qui développent toutes les facultés intellectuelles et morales sont indissolublement liées à celles qui produisent, conservent et mettent en jeu l'organisation, et c'est dans l'organisation même de la race humaine qu'est placé le principe de son perfectionnement.

XXXIII

Du sommeil et du délire.

g. I. Les impress ions reçues par les sens proprement dits ne sont pas les seules qui mettent en jeu l'organe pensant. Ainsi, les opérations du jugement et de la volonté éprouvent l'influence, non seulement des sensations proprement dites, mais encore des impressions qui sont reçues dans les extrémités sentantes internes et de celles dont la cause agit dans le sein même du système nerveux, en un mot, des déterminations instinctives et des désirs ou des appétits qui s'y rapportent immédiatement, lesquels viennent presque uniquement du second genre d'impressions. Ainsi, l'on n'a plus besoin de recourir à deux principes d'action dans l'homme pour expliquer les balancements de ses désirs et ses combats intérieurs. D'après ces données, examinons les songes et le délire. Il y a des rapports constants et déterminés entre eux. Les divers organes ne s'assoupissent que successivement et d'une manière très illégale. L'excitation partielle des points du cerveau qui leur correspondent, en troublant l'harmonie de ses fonctions, doit alors produire des images irrégulières et confuses, qui n'ont aucun fondement dans la réalité des objets. Or, c'est bien là aussi le caractère du délire proprement dit. 9. II. Les sensations proprement dites sont sujettes à être

altérées: 10. par les maladies de l'organe qui les transmet; 2°. par les sympathies qui les lient avec d'autres organes malades; 30. par certaines
affections du système nerveux. Ordinairement ces erreurs isolées sont corrigées par d'autres sensations plus justes; et il n'en résulte pas de délire positif. 9. III. Mais les mêmes causes agissent avec bien plus de force et de persistance quand elles se portent sur le centre cérébral lui-même, organe direct de la pensée. 9. IV. Les causes inhérentes au système nerveux, dont dépendent souvent le délire et la folie, se rapportent à deux chefs principaux: 1°. aux

XXXIV

maladies propres à ce système; 2°. aux habitudes vicieuses qu'il est capab le de contracter. On a souvent observé chez les fous une mauvaise conformation du cerveau ou une consistance très inégale dans différents points de la pulpe cérébrale. 9. V. Mais il faut convenir que souvent la folie ne saurait être rapportée à des lésions organiques visibles; et quoique vraisemblablement il y en ait de très réelles qui nous échappent, ces cas doivent être rangés dans la même classe que ceux qui tiennent purement aux habitudes vicieuses du système cérébral.
Du sommeil en particulier.

9. 1. Le sommeil, comme tous nos besoins et toutes nos fonctions, a un caractère de périodicité: cela dépend des lois les plus générales de la nature. Mais indépendamment de cette circonstance, l'assoupissement est provoqué directement par l'application de l'air frais, par un bruit monotone, par le silence, l'obscurité, les bains tièdes, les boissons rafraîchissantes, les liqueurs fermentées, les narcotiques, le froid excessif ; en un mot, par toutes les circonstances capables d'émousser les impressions ou d'affaiblir la réaction du centre nerveux commun sur les organes. Une lassitude légère appelle le sommeil. Un état de faiblesse médiocre le favorise; mais il faut que cette faiblesse ne soit pas trop grande, et qu'elle porte sur les organes moteurs, non sur les forces radicales du système nerveux. Enfin, c'est le reflux des puissances nerveuses vers leur source qui constitue et caractérise le sommeil. Mais les impressions ne s'émoussent pas toutes à la fois, ni au même degré. Les sens ne s'assoupissent que successivement, et moins profondément les uns que les autres.

xxxv

~. II. Il en est de même des extrémités sentantes internes. De plus, dans beaucoup de cas, en santé ou en maladie, on observe pendant le sommeil des mouvements produits par un reste de volonté. ~. III. Les organes de la génération qui, dans l'état de veille, sont presque indépendants de la volonté, acquièrent pendant le sommeil plus d'excitabilité. Beaucoup de causes concourent à cet effet; mais indépendamment de leur action, il paraît que le sommeil en lui-même augmente directement l'activité de ces organes et leur puissance musculaire. Il donne à d'autres organes internes de nouveaux rapports de sympathie. De là, les nouvelles images qu'il occasionne dans le cerveau et qui ressemb lent parfaitement, par la manière dont elles sont produites, aux fantômes propres au délire et à la folie. ~. IV. On voit donc, que des trois genres d'impressions dont se composent les idées et les penchants, il n'y a dans le sommeil que celles qui viennent de l'extérieur, qui soient entièrement, ou presque entièrement endormies. Celles des extrémités internes conservent une activité relative aux fonctions des organes, à leurs sympathies, à leur état présent, à leurs habitudes. Et les causes dont l'action s'exerce dans le sein même du système nerveux, n'étant plus distraites par les impressions des sens, deviennent prédominantes. C'est aussi ce qui arrive dans la folie. De là cette prédominance invincible de certaines idées, et leur peu de rapport avec les objets externes réels. Dans l'extrême man ie, toute la sensibi lité semb le même concentrée dans les viscères ou dans le système nerveux. ~. V. De là résulte aussi que dans les rêves il peut se faire de nouvelles combinaisons d'idées; et qu'il en peut naître que nous n'avions jamais eues.
~. VI. CONCLUSION.- Il serait très avantageux de pouvoir classer, d'après des faits certains et des caractères constants, les différents genres

XXXVI

d'aliénations mentales, suivant leurs causes respectives, en distinguant exactement ceux qui sont susceptibles de guérison et ceux qui ne le sont pas. La médecine et l'idéologie profiteraient également d'un si beau travail. En attendant qu'il puisse être exécuté complètement, les derniers éclaircissements que nous venons de donner sur la nature de la sensibilité, sur son action et sur ses principales circonstances, jettent déjà beaucoup de lumière sur les rapports du physique et du moral; et, je crois, toute celle que l'on peut tirer de l'état actuel de nos connaissances. Il ne nous reste plus qu'à parler sommairement, comme nous l'avons promis, de la réaction du moral sur le physique, et des tempéraments acquis qui en sont l'effet. C'est ce que nous allons faire dans les deux Mémoires suivants, qui termineront notre travail.

XIe MÉMOIRE. De l'influence du moral sur le physique.

INTRODUCTION.9. I. Dès qu'un mouvement imprimé se prolonge, il faut nécessairement qu'il s'y établisse un ordre quelconque soit que ce mouvement existe seul, soit qu'il en domine d'autres qu'il modifie et avec lesquels il se combine. Si la matière n'avait que la seule propriété d'être mue, et si elle n'était pas susceptible d'en acquérir d'autres, il ne pourrait s'établir entre ses parties que des rapports de situation. Mais dès qu'elle a un grand nombre de propriétés différentes, et qu'elle est capable d'en acquérir une multitude de nouvelles par l'effet de combinaisons postérieures, il doit naître une foule de séries de phénomènes très divers, mais tous enchaînés entre eux et tous dépendants du premier mouvement. Il est donc bien inutile de supposer à chacune de ces séries un principe distinct, puisque les divers mouvements fussent-ils en effet étrangers les uns aux autres, il ne résulterait toujours de leur ensemble qu'une seule coordination quelconque; non pas la seule possible, mais la seule qui puisse naître de leur combinaison telle qu'elle est. C'est ainsi que concourent tous les individus dans le grand tout et tous les organes dans les individus.

XXXVII

On ne doit donc pas être surpris que la série d'opérations, qu'on appelle le moral de l'homme, et celle qu'on nomme le physique agissent et réagissent l'une sur l'autre; car cela ne peut pas être autrement, quand même on leur supposerait deux principes différents. 9. II. L'influence du moral sur le physique n'est donc pas étonnante. Elle est d'ailleurs incontestable et prouvée par mille faits directs. 9. III. Pour en bien saisir le mode il faut se rappeler que, dans tous les êtres animés et surtout dans les animaux les plus parfaits, l'organe de la pensée et de la volonté est le centre commun de tous les autres, le principe de leur vie, de leur sensibilité et de leur mouvement; mais non pas un principe indépendant d'eux, et qu'il a besoin pour leur faire éprouver son action d'éprouver la leur. 9. IV. Toute détermination est une réaction; elle suppose une impression antérieure; mais l'action peut s'être arrêtée à un centre partiel de sensibilité, qui peut même en avoir mis d'autres en mouvement sans que le centre commun en ait été averti, et que l'individu en ait la conscience. C'est ainsi que beaucoup de fonctions importantes s'exécutent en nous, et sont plus intimement liées aux unes qu'aux autres. 9. v. Ces liaisons particulières des organes entre eux ont souvent pour cause des rapports de situation, ou des analogies de structure, ou des relations entre leurs fonctions diverses. Mais l'observation nous en fait apercevoir un grand nombre dont l'anatomie ne nous montre pas les raisons. ~. VI. L'estomac nous offre de nombreux exemples de cette vérité dans ses effets prodigieux, et souvent subits, sur le système musculaire, sur le cerveau, sur les organes de la génération, sur l'organe cutané, et dans les impressions qu'il reçoit de toutes ces parties. 9. VII. Cette grande influence de certains organes est due bien plus à l'importance de leurs fonctions qu'à la vivacité de leur sensibilité; et, ce qui n'est pas moins digne de remarque, l'augmentation de leur sensibilité et même celle de leur action sympathique, sont aussi souvent la

XXXVIII

suite directe de leur débilitation, ou de leurs maladies, que de l'accroissement de leurs forces. 9. VIII. CONCLUSION. Après ces réflexions, on ne doit pas être surpris que le système cérébral, organe spécial de la pensée et de la volonté, ait une très grande influence sur tous les autres. Il réunit toutes les conditions pour que cette action soit la plus puissante et la plus étendue de toutes. Or, c'est là ce que nous devons entendre par l'influence du moral sur le physique.

XIIe MÉMOIRE. Des tempéraments acquis. INTRODUCTION.9. I. Puisque toute fonction, toute action, tout mouvement quelconque, fréquemment répété, laisse une trace dans l'individu, lui fait contracter une disposition que nous nommons habitude, les causes qui agissent souvent sur lui doivent modifier ses dispositions primitives. Or, ce sont ces dispositions subséquentes dont l'ensemble forme ce que nous nommons tempérament acquis. Ces tempéraments acquis peuvent se transmettre par la génération; mais dans l'individu qui les reçoit par cette voie, ils doivent être regardés comme naturels. Nous n'appellerons pas non plus tempéraments acquis les dispositions qu'amènent les différentes époques de la vie et le développement des différents organes. Les causes des vrais tempéraments acquis sont les maladies, le climat, le régime et les travaux du corps ou de l'esprit. 9. II. Les maladies altèrent et modifient le tempérament naturel en beaucoup de manières différentes. Il n'est pas rare que les maladies aiguës l'améliorent; les effets des maladies chroniques sont presque toujours défavorab les. En général, les unes et les autres font prédom iner le système nerveux, et affaiblissent le système musculaire.

XXXIX

Elles conduisent fréquemment bilieux à devenir mélancoliques, avec opposée est très rare. Les flegmatiques en sont affectés Souvent les maladies accélèrent intellectuelles.

les tempéraments sanguins et diverses nuances. La marche différemment. et perfectionnent les fonctions

9. III. Le climat a des effets moins prompts, mais une action plus constante et plus sûre que les maladies. Certains tempéraments sont si généraux et si dominants dans certains climats, qu'on ne peut se refuser à les en regarder comme le produit, et par conséquent comme des tempéraments acquis, au moins pour la plupart de leurs premiers habitants. 9. IV. Enfin le régime et même la nature des travaux sont, en grande partie, des conséquences du climat, et ont certainement une grande énergie pour modifier et changer les dispositions originelles qui constituent le tempérament. Ils en produisent donc de nouveaux. Ajoutons, en finissant, que les effets moraux de tous ces tempéraments acquis sont aussi étendus, et peut-être plus variés, que ceux des tempéraments naturels. Mais tout ce que l'on pourrait dire à cet égard, rentrerait presque entièrement dans les considérations antérieurement exposées (Mémoires VI, II, VIII et IX).

XL

RAPPORTS
DU

PHYSIQUE ET DU MORAL
DE L'HOMME,
PAR P. J. G. CABANIS, Mem.bre du Sénat Conservateur, de l'Institut National, de l'Ecole et Société de Médecine de Paris, de la Société Philosophique

de Philadelphie:l

etc.

The properstudyof mankind,
POPE'S Essay

is man... on Man..

TOME

SECOND.

DE L~IMPRIMERIE

DE CRAPELET.

A PARIS.,
Chez CRAPART, rue Pavée
AN

CAILLE et RAVIER~ Libraires, S. .A..ndré-des-Arcs, n° 120
X -1802.

Cet Ouvrage

se trouve aussi chez les Lihraires suivaTès :
chez FANTIN, GRAVIER et COIn-

.A G:tNBS, pagnle ; Â LI

JTOVRNB~

chez

Joseph

GAM:BA

A

RAPPORTS
DU

PHYSIQUE DE

ET DU MORAL L'HOMME.
MEMOIRE.

SEPTIEME

D E l!Jînfluence dés lTlaladies sur Ta forma.
tion deB idées et des affections I N T ROD U C T ION. morales.

~. I.
LA question que je lne p-ropose d' .examiner dans ce MéIDoire, citoyens, intéresse é~aleIIlent l'art de guérir et la philosophie ra. -tionnelle : elle tien-t aux points les plus délicats de la science de l'hoTIlllle, et j:ette UR j our nécessaire sur des phénonrenes- trèsi~portans. Cest peut..être~ dans le plan de u. t

2

INFLUENCE

DES

MALADIES

travail que je me suis tracé, celle qu'il est le plus essentiel de bien résoudre. En effet, toutes les autres s'y rapportent; elles en dépendent même d'urie manière immédiate; elles ne sont, en quelque sorte, que cette même question con"sidér-ée sous différens points de vue, et dans ses développemens principaux. l\iais pluB le s-ujet est intéressant et vaste, IIloins je puis espérer de ne pas re~ter au-dessous de ce qu'il exige. C'est au lllilieu deslangueuEs d'Ulle santé défaillante, que j'ai pris la pluxne : il est iInpossible que mes idées ne se ressentent pas de la disposition dans laquelle Je les ai rasseIllblées. Au reste, Inon objet est de InOntl--er l'influence de la JIlaladie sur les fonctions Inorales : l'auteur en sera lui Il1ême sans do-ute le premier exemple; et je dois craindre de ne prouver par-là, que trop bien, la thèse générale que j'établis. lVlais entvons en Ynatière L'ordre regne dans le monde physiTu~.. L'existence de cet univers, et le reto.ur co.nstant de cm-tains phénomènes pé~iodiques. suffisent ponr le délDontreF. L'ordre prédoIIline enaore. dans le J.nonœ

-

mar.aL U ue force secr-ète , toujours agissante,

SUR

LA

FOILl\{A TI ON

D ES IDÉES.

tend sans relâche, à rendregénéral et pIns cOIDplet. Cette vérité résulte égaleIIlent de l'existenc-e dé }'état social, de son perfectionnetnent progressif, de sa stabilité, rn.algré des instit-utions si souvent cantraires à son véritable but. Toute l'éloquence des déclarnateuTs vient échouer c-ontre ces faits éonstans et g-énér-aux. Mais ce qu'-il y a de plus r-e:m.arquable dans les loix quî gouvernent toutes choses, c!Jest qu'étant susceptibles d~altér{ltion, elles ne le sont potIrtant que jusqu~,à un eerta-in poin:t-; que le désoT-dre ne peut ja1nais passer eer1;âines bornes, qui pa1?oissent avoir été fixées par l!fl-na-ture elle-même; qu1il selllble enfin toujo-.urs porter lui-Inê:me 'en soi, les principes du retonr vers l' ordr.e, Ou de la repro... dllction dèS phén0nlènes conservateurs.

3 cet ordre plus

Ainsidono

l'ordre

existe.

Il

peut être tro-u-

blé: tnais il se renouvelle, ou par la durée-, on par l'e:x.cès d\actioB. des circonstances IIlêHle qai tendent à le détruire. Mais, en outre, parmi ees cireonstances perturbatvices, il en est qui sont plus ou InQins sou:m.Ï.ses à l'influence dfts êtres vi vans doués

de volonté:

il

en est qU:e le dévelfJppement

4

INFLUENCE

DES

MALADIES

automatique des propriétés de la matière, et la marche constante de l'univers, paroissent pouvoir changer à la longue, ou même empêcher de renaître. Là (je veUx dire dans cesdeux ordres de circonstances), se trou yen t placées, comme en réserve, et pOUT agir à des époques indéterluinées, les causes efficaces d'un perfectionnenIent général.. Nous voyons le Illonde ph ysiq1.Ie qui nOt.lS envirdnne, se perfectionner chaquejour r~l.ativeDlentànou&Ceteffetdépendsansdouteen très grande partie, de la présence de l'hoIn.:m.e et de l'influence singulière que son industrie exerce sur l'état de la terre, sur celui des eaux, sur la constitution InêlDe de l'atmosphère, dont il tire le prem.ier et le pIns indispensable aliment de la vie. Mais il paroît permis de croire que cet effet dépendencore, à certains égards, de la silllple p,ersistance des choses, et de l'affoiblissernent successif des causes naturelles 'lui pouvoient, dans l'origine, s'opposer aux change:rnens avantageux ( I). Ainsi les allléJiorations évidentes qui ( I) Dans toute hypotHèse d'un mouvement Împrimé à des ;masses de matière ~ on sent qu;Jil doit
s~établir un ordre et des rapporta

1:éguliers entre ces

DES IDÊES. 5 5e relnarquent sur le globe, ne seroient pas dues sirnple:m.ent at1X progrès de l~art social etdes travaux qu'il exige; elles seroient enc<>re; en quelql1es points, l'ouvrage de la na.. ture, dont le concours les auroit beaucoup favorisées. Il n'est pas TIlêUle iDJ.possible que }' rdre général, que nous voyons régner entre o lesgrandes lIlasses, se soit établi progressiv-eIl1ent; que lescorps célestes aient existé longSUR LA ~'OR:MA TION

temps SOlISd'autres for:mes etdans d'autres relations entr'eux; qu'enfin ce grand tout
soit susceptible
sous

de se perfectionner

à l'avenir

,

des rapports

dont nous n'avons

au.cune

idée, l'état

Inais qui n'en changeroient pas IIloins de notre glohe, et par conséquent aussj

masses, et même entre leurs pamcules intégrantes les: plus déliées; ordre et rapports que la nature du; mouv.ement détermine et nécessite.. Mais on sent aussi que cette espèce d'harmonie doit se perfection~er graduellement par la se't"lle persistance du D1.0UVemel1.t dont elle est rouvrage: car;Jà cl1:aque retour pério.d.ique des mêmes. circonstances, les effets qui lenr sont pro-pres, ne peuvent manquer de devenir 1J s'il Dl~est permis de parler ainsi, plus cerrects ~ et cha'lue portion de matière se rapprochel" de plus en.

-plus, de r état précis aU'luella. nature
tend à l'am.ener~

d1.1

mouvement

($

INFLUENCE

DES 1\tIALADn~S

l'existence de tous les êtres qu'enfante son sein fécond. Il est aisé de le voir, l'influence de l'homme snr la nature physique est foible et bornée: elle ne porte qtl-C sur les points qui le touchen t, en quelque sorte, immédiatement. La nature Inorale au- contraire, est presque

toute entiere Soull1!Îse sultat d~s penchans,

à sa direction. des affections,

Rédes

idées de. }'hoInlTIe, elle se lDodifie avec ces idées, ces affections, ces penchans. A chaque institution nouvelle, elle prend une autre face: une habitude qui s'introduit, une simple découverte qui se fait, suffit quelquefois pour y changer subitement presque tous les rapports antérieurs.. Et véritablement, il n'y a d'indépendant et d'in"\tariable dans ses phénomènes, que ce qui tient à des loix physiques éternelles et fixes: je dis éternelles et fixes, car la partie qu'on appelle plus parti... cnlièrement physique dans l'holllllle, est ellemême susceptible des plus grandes modifica.... tions; elle obéit à l'action puissante et variée d'une f-ouie d'agens extérieurs. Or l'observation et }'expérience peuvent nous apprendre à prévoir, à calculer, à diriger cette action; et l'homme deviendroit ainsi dans ses propres.

,.

SUR LA

FORMATION

DES

IDEES.

7

mains, un instruIDent docile dont t-ous les ressorts et tous les IDouve:mens, c'est-à-dire toutes les facultés et toutes les opérations pourroient tendre toujours directement au plus grand développement de ces mêmes facultés, à la plus entière satisfaction des besoins, au plus grand perfectionneIDent du bonheur.

~. I I.
DANS Ie nom.bre des phénoIllènes

pl1.ysiqnes

capables

d'influer

puissamment sur les idées

Inorales, j'ai placé l'état de Inaladie pris en général,. Il s'agit de voir jusqu'à quel point cette proposition se trouve, vraie; et si l'on peut à chaque particularité bien caractérisée de cet état, rapporter une particularité correspondante dans les dispositions du lIloral.. En effet., puis'Iue les tra-vaux du génie observateur nous ont fait connoîtra les

etles affections

Illoyens d'agir sur notre nature physique de changer les dispositions de nos organes, d"y
,

rétablir,

et Inême d'y rendre

quelquefois

plus

parfait,
ne

l' ordre des Inouvem.ens natarels: nous devons~ pas considérer l'application~ sa-

vante et Inéthodiq1-le des reUlèdes, seulem.ent COIIlme capable de soulager des IIlaux parti~

8

-INFLUENCE

DES

MALADIES

euliers, de rendre le bien-être et l'exercice de lellrs forces à des êtres intéressans; nous devons encore penser qu'on peut, en améliorant l'état physique, améliorer aussi la raison et les penchans des individus, perfectionner même à la longue les idées et les habitudes du genre humain. Si l'on vouloit se borner à prouver que la :maladie exerce véritableUlent une influence sur les idées et sur les passions, la chose ne seroi t pas difficile sans doute: il suffiroi t pour cela, deg faits les plus familiers et les plus connus. Nous voyons, par exern pIe, tous les j~ours, l'intlammation aiguë ou lente du cerveau, certaines dispositions orga.niqnes de l' estOTIlac, les affections du diaphragzne et de toute la région él)igastrique, produire, soit la frénésie, ou le délire furieux passager, soit la Illanie ou folie durable: et l'on sait que ces maladies se guérÎ&sent par certains reInèdes capables d'en c01llbattre directement la. cause physique. Ce n:est pas uniquement la nature, ou l'ordre des idées qui change-dans les'différens délires: les goûts, lespenchans, les affections
changen tencore
en InênIe temps.

Et COInInent

cela pourroit-il

ne pas être? Les volontés et les

9 déterIIlinations dépendent de certains jugeIIlens antérieurs dont on a plus ou moins la conscience, ou d'impressions organiques directes: quand les jugemens sont altérés, quand les illlpressions sont autres, ces volontés et ces déter:mînations pourroient--elles rester encore les lIlêlnes?Dansd'autrescas, où les <sensations sont en général conformes à la réalité des choses, et les raisonnernens, en général aussi, tirés avec justesse des sensations , nous voyons que ledérangement d'un seul organepeut produire des erreurs singulières relatives à certains objets particuliers, à cel"taÎns genres d'idées; qu'enfin il peut dénaturer toutes les habitudes par rapport à certaines affections particulières de l'aIne. Ces effets, le dérangeIrlent dont nous parlons les produit, en modifiant d'une m.anière profonde les penchans physiques dont toutes ces habitudes dépendent. Je pourrois accuIrluler les exeIDples à l'appui de cette assertion. Je nie borne à citer la nyxnphom.anie, Inaladie étonnante par la siInplicité desa cause, qui pour l'ordinaire est l'ÎnflaD1111ation lente des ovaires et de la lllatrice; IDaladie dégradante par ses effets, qui transfOTxnent la fille la plus timide en une hacSUR LA FORMÂTION

,

DES IDEES.

JO

INFLUENCE

DES

MALADIES

chante, et la pudeur la plus délicate en une audace furieuse, dont n'approche même pas !' effronterie de la prostitution. Quesi,d'nn autre côté, l'on vouloit entrer dans le détail de tous les changemens què l'état de maladie peut produire sur le Inoral ; si l'on vouloit s:uivre cet état jusques dallS ses nuances les plus légères, pour assigner à chacune, lanuance analogue qui doit lui correspondre dans les dispositions de l'esprit et dans les affections, ou dans lespenchans : l'on s'exposeroit sans doute à tomber dans des :tninuties ridicules, à prendre des rêves pour les vraies opérations de la nature, et des subtilités llléthodiqlles pour les classifications du génie. L'on évite rarem.ent ce danger, toutes les fois que dan~ les recherches

difficiles,

on ne se borne

pas à saisir les

choses par les points de vue qui offrent plus de prise à l'observation et au raisonnelllent. Mais il ne s'agit ici, ni de prouver ce qui frappe tous les yeux, ni de In4ettre en avant de vaines llypothèses. Les idées et les affections :mQrales se forrnen t en vertu des impressions que reçoivent les organes externes des sens, et par le concours. de celles qui sont propres aùx organes in~

,
SUR LA. POR1v[A.TION DES IDEES-. I I

ternes les plus sensibles. Il est prouvé par des .faits directs, que ces dernières Îlllpressions peuvent lllodifier beaucoup toutes les opérations du cerveau. 1\fais quoique toutes les parties externes, ou internes, soient susceptibles d'impressions, toutes n'agissent pas, à beaucoup près, au :même degré sur le cerveau. Celles

qui sont le plus capables

de le faire d'une

Illanière distincte et déterlllinée, ne le font pas toujours d'une manière directe. Il existe dans le corps vivant, indépendallllllent du cerveau et de la nloelle épinière, différens foye.rs de sensibilité, où les impressions se ra-sselllblent, en quelque sorte, COIIl:me les rayons lurnil1eux, soit pour être réfléchies Î:m.lllédiatem.ent vers les fibres Inotrices, soit pour être envoyées dans cet état de rassem.bteInent au centre ul1.iversel et conrmUD. C'-est entre ces divers foyers et Je cerveau, que- les sympathies sont très-vives et trèsIllultipliées; et c'est par l'entremise des prellliers, que les parties} don t les fonctions sont moins étendues, et par conséquent aussi la- sensibilité plus obscure, peuvent c01lllIluniquer particulièrelllent, s.oit entre elles, soit avec le centre COIIlInUn. Parllli
4)

12

IN~LUENCE

DES

MALADIES

ces foyers, qui peuvent être plus ou moin~ nombreux, et plus ou moins sensibles, sui.. vant les individus, nous en remarquerons trois principaux (non compris le cerveau et la moelle de l'épine), auxquels les uns et les autres se rapportent également. J'entends, 10. la région phrénique, qui comprend le diaphragme et l'estomac, dont l'orifice supérieur est si sensible, que Vanhelmont y plaçoit le trône de sOn .Archée, ou de son principe directeur de l'économie vivante. ~o. La région hypocondriaque, à laquelle appartiennent, non-seulentent le foie et la rate, mais t011Sles plexus abdoIIlinaux supérieurs, une partie considérable des intestins grêles, et la grande courbure du colon. Ces deux foyers se trouvent souvent confondus dans les écrivains systématiques, sous le nom

d'épigastre: :mais co:m.m.eils différent beaucoup par rapport aux effets, physiques ou
moraux que produisent les affections qui leur sont respectÎ\Telnent propres, la bonne doctrine Inédicale et la saine analyse exigent qu'ils soient distingués. 3°. Le dernier foyer secondaire est placé dans les organes de la g~nération : il embrasse en outre, le systême urinaire et celui des intestins inférieurs..

SUR LA FOP..MATION DES IDÉES.

13

Rappelons aussi t}u'indépendarnlllent des~ iInpressions reçues par les extréxnités sentantes" externes et internes, le systême nerveux est encore susceptible d'en recevoir d'autres qui lui a~partiennent plus spécialen1ent; puisque leur cause réside, ouagitdal1$ son propre sein, soit le long du trajet de ses grandes divisions, soit dans ses foyers particuliers , soit à l'origine lllêllle des nerfs et dans leur centre COlllnlUn..

~. I I I.
MAIS pour que les iIDpressions soient transmises d'une manière convenable; pour que les déterm.inations, les idées, les affections Inorales qui en résultent, correspondent

exacteIIlent avec les objets extérieurs, ou avec les causes internes dont elles dépendent, le
concours de quelques circonstances physiques que l'observateur peut parvenir à dé... terIIlÎner, est absolument irldispensable. Les opératÎQns diverses dont l'enselllble constitue l'exercice de la sensibilité, ne se . rapportent pas unlqueInent au systellle nerveux; l'état et la Juanière d'agir des autr~s parties y contribuent également. Il faut une certaine proportion entre la Inasse totale des
A

14

IN1'LUENOE DES MALADIES

fluides et celle des solides: il fau t dans les sQlides, un certain degré de tension; dans les f:luides, un certain degré de densité: il faut nne certaine énergie dans le systê:me :musculaire, et une certaine f.oree d'impulsion dans les liqueurs eirculantes : en un IDot , pour q{le les diverses fonctions des nerfs et du cerveau s"exécutent convenablelllent, toutes les parties doivent jonir d'une activité déter:rninée ; et l'exercice de cette activité, doit être facile, cOlllplet et soutenu. D'ailleurs, les dispositions générales du systême nerveux ne sont PQÎnt indépendantes de celles des autres parties. Ce systême n'est pas seulementdans un rapport con. tinuel d'action ave.c elles; il est aussi forIIlé d~êléID.ens analogues; il est, en quelque sorte, jeté dans le même moule: et si, par les impressions qu~il en reçoit, et par les mouvemens qu~illenr -imprime, il partage sans

cesse leùrs alfe-cttons

j

il partage

aussi leur

etat organique, par le tissu cellulaire qll'il admet dans son sein, et paT les nombreux: vaisseaux dont il est arrosé. Dans l'état le plus naturel J les trois foyers secondaires, indiqués ci-dessus, exercent une influence considérable sur le cerveau. Les

SUR

LA

FORMATION

DES

IDÉES.

]

5

affections stomacales et phréniques, celles des viscères hypocondriaques, les différens états des organes génitaux sont rftssentÎs par tout le systê:m.e nerveux. On observe qu.e les dis-. positions IIlêIne des extrémités sen1:antes, le caractère et l'ordre des- détennÎnatioIis sont ID.odifiés par-là, suivant certaines lois générales, non '1lloins constantes que celles dont dépendent, leurs Inouvettlens rciguliers: et le caractère des idées, la tournure, etIllênte

le genre des passions

~

ne servent

pas moins à

à faiJ.1e reconn{)îtr~ ces diverses cÎrconstanc'es physiques, .que ces DIêmes circonstances

faire présager avec certitude,

les effets

lllo-

raux. qu'elles doivent produire. Enfin-, eo:mrne noUS l'avons répété plusieurs fois, l€s opé.. rations de l'intelligence et les déte:rInÎnatioBS de la volonté .résultent, non-seule:ment des iInpressions transII1Îses au cerltre nerveux

eOIl1rnun, par les or.ganes. externes

des sens,

tnais encore de celles qui son t reçues dans toutes les parties internés. Or ~ la se.nsibilité {le ces dernières parties peut subir de grandes variations, par l'£ffet des maladies dont elles sünt susceptibles, et dont quelques-nnes paroissent être plus particulièrement des maladies de la

16

INFLUENCE

DES

MALADIES

sensibilité m.ême. En un Illot, les com.binaisons, les déterminations et les réactions du centre cérébral, ti~nJ1ent à toutes ces don.. nées réunies: et s'il irnp,rÎll1e le m.ouveInent aux différentes parties de l'économie. vivante, sa manière d'agir estelle-même subordonnée aux divers états de leurs fonctions respectives. Pour raIIlener les effets Inora:nx des maladies à quelques points principaux et CQIn:muns; pour montrer sur-tout la liaison de ces effets avec leurs ca.uses, nous SOIllIlles forcés d'entrer dans quelques "détails de J.D.&. decine : Inais nous rendrons ces détails fort courts, en évitant de discuter les Illotifs de la classification que nous allons adopter. Nous tâcherons sur-tout de rattacher directement toutes les co.nsidérations sur lesquelles nous nous arrêterons un rn-oInent, à l'objet pl~écis de la que.stion. ~. I V. D ANS la division générale des rnaladi.es, on distingue. c~lles qui affecten~t les_solides, de cell-es qu':on peut regarder comme particulière:rnent propres aux fluides. Cettedi:~ision, quoiqu'lIn pen vague, est assez bonne au fond,; elle peut être conservée. Il faut

,

11 pourtant se garder de croire qu'elle soit exempte de tout arbitraire, ou de tout esprit de systême , et qu'elle puisse devenir fort utile dans r étude pratique de l'homme lnalade :cal" il est infiniIIlent rare que les affections deces deux grandes classes de parties vivantes, ne soient pas compliquées lesunes avec lesautres4 Peut-être l'état des fluides n'éprouve-t-il aucune nl.odification qui n'ait sa source dans
SUR LA FORMATION

DES IDEES.

celui des solides,

auxquels

la plupart

des

physiologistes pensent que la vie est particu~ lièrel1len t attachée; ou plu tô t les solides et les fluides sont-ils toujours peut-être, affect~s et modifiés sÎIllultanéIllent. Mais cette question seroit absolument étrangère à l'objet qui nous occupe. Quoi qu'il en soit donc, les maladies des solides peuvent à leur tour, être divisées en maladies qui s'étendent it des systêmes tout entiers, tels que les systêIDes nervellX, musculaire, sanguin, lymphatique, et en celles qui se bornent à des organes particuliers, COn1.111e }'estoIIlac, le foie, le poumon, la Inatrice, &c. Les Inaladies des fluides peuvellt égale~ ment se diviser en maladies générales du sang, de la lymphe, du mucus, &c. etenafIections Il. 2

18

INFLUENCE

DES

MALADIES

particulières dans lesquelles ces mêmes hu.. Ineurs ont subi des altérations notables, ou sont agitées de ID.ouveInens extraordinaires, !Dais dont les effets se fixent sur une partie circonscrite, ou sur un o~rgane particulier. On peut ajouter à cette seconde subdivision~ les IIlaladies qui passent pour affecter égale-

ment les solides et les fluides,

COIIlme le SCOl~-

but, les écrouelles, le rachitis, &c. enfin les maladies consolllPtîves, avec ou sans fièvre lente, soit qu'elles paroissent tenir au dépérissement général de toutes les fonctions, soit qu'elles doivent être rapportées à la colliquation de quelque organe important. Comme les affections propres du système nerveux ont l'effet le plus direct et 1e plus étendu sur les dispositions de l'esprit et sur les déterlllinations de la volonté, elles de... lllandent une attention particulière; et leur histoire analytique, si elle étoit faite d'une manière exacte, permettroit de glisser plus rapidement sur les phénomènes relatifs aux autres affections. Le systême nerveux, comme organe de la sensibilité, et comme centre de réaction, d'où partent tous les mouvemens, est susceptible de tomber dans différens états de maladie

SUR LA FORMAT.ION DES IDEES. 19 }o. à l'excessive sensibi... qu'on peut réduire: lité aux iD1pressions, d'une part, et de l'autre, à l'excès d'action sur les organes llloteurs;
20.

,

à l'incapacité

de recevoir

les illlpressions
d'éde
des

en nOID.bre suffisant, nergie convenable,

ou avec le degré et à la diminution

l'activité

nécessaire

pour

la production

mouvernens;

3°. à la perturbation généra1e de ses fonctions, sans qu'on puisse d'ailleurs

y remarquer

d'excès

notable

ni en plus,

ni en 1D.oins; 4°. à la lllauvaise distribu.tion de l'influence cérébrale, soit qu'elle s'exerce d'une manière très-inégale~ par rapport au temps, c'est-à-dire qu'elle ait des époquesd'excessive activité, et d'autres d'intermission , ou de rémission considérable.; soit qu'elle se répaIttisse IUal entre les différens organes, abandonnant en quelque sorte lesuns, pour concentrer dans les autres la sensibilité, les excitations, ou les forces ql1i opérent les nlonvemens. Ces diverses affections du systêllle nerveux peuvent être idiopathiques ou sympathiques; c'est-à-dire dépendre directeInent de son état propre, ou tenir à celui des organes principaux. avec lesquels ses relations sont le plus étendues.. Elles peuvent 2 par exeIllple, être

INFLUENCE DES M.t\LADIES la Stlite d'une lésion du cerveau, de la pré20

sence de certaines hUlllenrs, du pouvoir de certaines habitudes qtli troublent directe:ment ses fonctions; on résulter de l'état de l'estomac, de la ma trice et des all tres viscères abdomina.ux . J'observe que dans les auteurs, ces diverses affections nerveuses se trouvent désignées indifférelllInent, par le narn générique de spasme;mot, COlTlIne voit, exceSon sivement vague, et dont les médecins les plus exacts, abusent eux-mêmes beaucoup trop. Ce mot, au reste, paraît avoir été adopté paT les solidistes, pour exprÎlner tous les phéno:mèaes indéterminés qu'accompagnent

de grands désordres des fonctions

certaines douleurs vives, sans qu'il y ait d'ailleurs rien de changé dans l'état organique' des parties, sauf cette disposition souven1: passagère des nerfs qui les animent. Suivant le degré d'énergie, ou d'activité dont jouissent alors les viscères et leS' organes, nlotenrs, ces affections produisent des effets très-différens. Celles qui sont spécialement dues au dérangement de certains organes, ou de certaines fonctions, ont aussi leur caractÈ::repropre, et se manifestent pa.r des phénOlnènes très-particuliers..

-'

on rnêm.e

SUR

LA

FORMATION

DES

IDÉES.

2.£

On peut établir en gélïéral, que dans tOll tes les affections di tes nel'vellses, il Y a des irrégularités plus ou moins fortes, et relativeInent à la Inanière dont les illlpressions ont lieu, et Itelativernent à celle dont se forlllent les déterrainations, soit autom.atiques , soit volontaires. D'une part, les sensations varient alors sans cesse, de Inom.ent en Ill.Qment, quant à leur vivacité, à lellI' énergie, et même quant à leur nombre: de l' autre ~ la force, la proIIlptitude et l'aisance de la réaction, sont extrêll1elllent inégales. De-là., des alternatives continuelles de gran(le excitation et de langueur, d'exaltation et d'abattement; une tOtlrnl1re d'esprit et des p,assions singulièl--elllent IIlobiles. Dans cet état~ l'arne est toujours disposée à se laisser pousser atl~ extrêlIles. Ou l'on a beaucoup d'idées, beaucoup d'activité d'esprit, ou l'on est, en quelque sorte, incapable de penser. Ro-bert Whitt a très - ])ien observé que les hypocondriaques sont, tour à tour, craintifs et courageux: et comme les impressions pèchent habituellement €n pIns, ou

en llloillS, relativement à presque tous les objets, il est extrênîement rare que les images répondent à la réalité des choses; que

~2

INFLUENCE

DES

MALADIES

les penchans et les volontés juste Inilieu.
Si

restent

dans un

maintenant

à ces inégalités

générales

que présentent dans ce cas, les fonctions du systême nerveux, vient se joindre la foiblesse des organes musculaires, ou celle de quelque viscère important, tel par exemple que l'estOInac, les phénolnènes, analogues quant au fond, se distingueront par des particularités rem.arquables. Dans les telllps de langueur, l'impuissance des muscles rendra plus complet, plus décourageant, ce sentiInent de foiblesse et de défaillance; la vie semblera près d'échapper à chaque instant. De-là, des passions tristes, IllÎnutÏeuses et personnelles; des idees petites, étroites et portant sur les objets des plus légères sensations. Dans les tell1ps d'excitation, qui surviennent d~autant plus brusquement que la foiblesse est plus grande, les déteI'rninations Inusculaires ne répondentà l'ÎIllpul-

sion du cerveal1, que par quelques secousses
et sans persistance. Cette ÎIIlpulsion ne fait que mieux avertir l'individu de son iInpuissance réelle; elle ne lui donne qu'un sentiment d'impatiencé, de mécontentexnent , d'anxiété. Des penchans, quelq
sans énergie

SUR

LA FORMATION

DES

IDÉES.

23

quefois assez vifs, mais pour la plupart, réprim.és par la conscience habituelle de la foiblesse, en aggravent encore la décourageante impression. COlllIne l'organe spécial de la pensée ne peut agir Sall.S le concours

de plusieurs

partage dalls ce IIlo:rnen t, jusqu'à certain point, l'état de débilité des organes du rnouvelnent : des idées se présentent en foule; elles naissent, :mais ne se développent pas; la force d'attention nécessaire lllanque : il al"rÎve enfin que cette activité de l'imagination, qui se:rnbleroit devoir être le dédolllIllageTIlellt des facultés dont on ne jouit plus, devient une nouvelle source d~abattelnent et de déses~ pOlr.

autres;

COlTIllle il

~. v.
PARsa grande influence sur toutes les parb.es du systê:me nerveux, et notaIDrnent sur le cerveau, l'estoDlac peut souvent faire partager ses divers états à tous. les organes. Par exexnple, sa foiblesse, jointe à 1'extrême sensibilité de son orifice supérieur et du diaphragme, se communique rapidement aux: fibres Inusculaires de tout le corps en général. Peut-être mê:m.e ces cOInIllunicatioIlS ont-

~4

INFLUENCE

DES :MALADIES

elles lieu relativement à quelques muscles particuliers, par l'entremise directe de leurs nerfs et de CetlXde l'estolllac, sans le con..

cours

du centre

cérébral

COIDlDUll.

Quoi

qu'il en soit, la vive sensibilité, la mobilité, la foiblesse du centre phrénique, sont cons.. tamment accompagnées d'une énervation. plus ou moins considérable des organes mo.. teurs; et par conséquent, les idées et les affections morales doivent présenter tous les caractères résultans de ce dernier état. Mais (~OInIne l'action immédiate de l'esto.. Illac sur le cerveau, est bien pll.lS ételldue que celle du systêm.e Illusculaire tout entier, il est évident que ses effets seront nécessaire.. :ment beauco11p plus luarqués et plus dis., tincts dans la circonstance dont nons par... Ions. Toute attention deviendra fatigue: les idées s'arrangeront avec peine; et souvent elles resteront incolnplètes : les volontés sel'ont indécises et sans vigueur, les sen~ tin1.ens SOlnbres et rnélancoliques : du Illoins, pOlIr penser avec quelque force et quelque f.acilité, pour sentir d'une manière heureuse et vive, faudl"a t il clue l'individu sache saisir ces alternatives d'excitation passagère (Ill amène l'inégal emploi des facultés; car

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