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RATIONNEMENT DU CRéDIT DANS LES PAYS EN DéVELOPPEMENT

De
270 pages
En Afrique sub-saharienne, la plupart des entrepreneurs se plaignent des difficultés d'accès au crédit bancaire pour financer leurs investissements. Quelle est la raison de l'excessive prudence des banques à s'engager envers les entreprises ? Est-ce un manque conjoncturel de liquidité ? D'autres raisons plus structurelles expliquent-elles ce phénomène ? La libéralisation financière, pierre angulaire des programmes d'ajustement structurel, n'a pas entrainé la dynamique attendue ? Pourquoi ?
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LE RATIONNEMENT
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DU CREDIT

DANS LES PA YS EN DEVELOPPEMENT
Le cas du Cameroun et de Madagascar

La Bibliothèque du Développement Sous la direction de Elsa Assidon

Le renouveau de l'analyse du développement depuis les années 1980 a orienté la recherche universitaire et les travaux d'expertise dans différentes directions, tout en les intégrant davantage au coeur des débats actuels de la science économique. Croissance, équilibre macro-économique, répartition nationale et internationale des richesses, rationalités des agents, rapports entre Etat et marché, développment financier, économie informelle, capital humain, environnement..., sont autant de thèmes sur lesquels les contributions consacrées aux pays en développement apportent désormais un éclairage original et substantiel. Ces études nécessitent une adaptation des outils d'analyse dont dispose l'économiste et contribuent à l'exploration des nouvelles hypothèses adaptées à des économies peu salarisées, ou en fort déséquilibre, ou encore en phase de mutation sturcturelle. L'expérience acquise au cours des dernières décennies permet, en parallèle, l'évaluation des politiques de développment qui ont été menées dans le passé. La vision d'un Tiers monde unifié a éclaté et l'analyse comparative, cantonnée naguère dans le Nord-Sud, tend à se déplacer vers le Sud-Sud; l'entrée des pays à économie planifiée dans l'économie de marché renouvelle de son côté la réflexion sur les transformations économiques et sociales dans le long terme. Créée en 1981, la collection Bibliothèque du développement compte plusieurs dizaines de titres qui reflètent un large éventail de points de vue. Elle privilégie les travaux de qualité, notamment les études de terrain qui dépassent le recensement des données factuelles dans de nouvelles synthèses. Elle vise également à présenter des économies en développement peu connues des lecteurs francophones.

Anne JOSEPH

LE RATIONNEMENT DU CRÉDIT DANS LES PAYS EN DÉVELOPPEMENT
Le cas du Cameroun et de Madagascar

L'Harmattan
5-7, rue de l' Ecole- Polytechnique 75005 Paris FRANCE

-

L'HarmattanInc 55, rue Saint-Jacques Montréal (Qc) - Canada H2Y lK9

Collection Bibliothèque

du Développement

Dernières parutions

Helmut ASHE, Le Burkina Faso contemporain. L'expérience d'un autodéveloppement. A. DELAGE, A. MASSIERA, Le franc CFA. Bilan et perspectives. Patrick GUILLAUMONT, Sylviane GUILLAUMONT, Ajustement structurel, ajustement informel. Le cas du Niger. Brigitte LEVY, L'économie indienne, stratégie de développement. T. NOUES SAN, Gouvernance et politique monétaire. A qui profitent les banques centrales de la zone franc ?, 1996. B. BALKENHOL, Ch. LECOINTRE, Banques et petites entreprises en Afrique de l'Ouest, 2 volumes, 1996. L. ARCURI, Coopération bilatérale et expansion commerciale, 1998. C. FAUSSEY-DOMALAIN, Une économie villageoise en Côte d'Ivoire, 1999. S. FONGANG, L'indicateur de développement humain du PNUD, 2000 V. ALARY, Les cacaoculteurs camerounais face aux risques. Essai de modélisation,2000. Kako NUBUKPO, L'insécurité alimentaire en Afrique subsaharienne, 2000.

~ L'Harmattan, 2000 ISBN: 2-7384-9108-1

REMERCIEMENTS

Merci au groupement d'intérêt scientifique DIAL qui a apporté un appui financier, logistique et scientifique pour la réalisation de cet ouvrage.

AVERTISSEMENT

La plupart des informations qui figurent dans cet ouvrage datent de la fin de l'année 1997. Les évolutions significatives de la situation entre 1997 et 1999 sont signalées en notes de bas depage.

PREFACE
Les économies africaines ont, pour la plupart d'entre elles, connu une crise profonde de leurs systèmes financiers dans les années 80, qui a conduit à des restructurations bancaires et a montré la nécessité de procéder à des réformes profondes des politiques de développement financier. A l'origine de ces problèmes, on trouve souvent la mise en œuvre de politiques volontaristes dans les années 60 et 70, qui ont donné l'illusion d'un début de développement financier par augmentation de la part des crédits et de la masse monétaire dans l'économie. Ces politiques ont en fait surtout conduit à gonfler, selon les pays, les crédits aux entreprises publiques ou ceux au gouvernement, ou les deux, et dans tous les cas n'ont jamais reposé sur la constitution d'une véritable capacité d' intermédiation financière locale. Par suite, les difficultés macro-économiques qui sont apparues lors de la crise internationale de la dette des années 80 ont immédiatement balayé les systèmes bancaires en place et ont mis à jour la fragiHté des bilans des banques et l'importance de leurs créances douteuses ou défaillantes. La crise des systèmes financiers nationaux a en retour contribué à approfondir les désordres macroéconomiques. Enfin, l'absence d'une véritable infrastructure financière a constitué une gêne considérable lors de la mise en œuvre des programmes d'ajustement structurel qui a été poursuivie depuis, qu'il s'agisse des privatisations ou du renforcement de la capacité d'initiative du secteur privé dans de nouvelles activités productives. Ce rapide retour en arrière sur l'histoire financière de l'Afrique après les indépendances, qui mériterait sans doute des nuances et bien des observations complémentaires, suggère que, d'une part, le développement financier est un ingrédient essentiel du progrès économique et que, d'autre part, ce développement financier ne peut pas se décider par décret: il est endogène au développement économique d'ensemble. Cette double interaction entre développement financier et croissance économique est en fait bien connue par les économistes, depuis les travaux de Raymond Goldsmith dans les années 1960, mais semble, à l'expérience, avoir été souvent sous-estimée ou ignorée par les responsables de la politique économique. 7

La crise bancaire des années 80 et l'expérience des restructurations et réformes financières dans les années 90 ont suscité de nouvelles réflexions de la part des économistes, qui ont permis de mieux mesurer l'importance stratégique du développement financier et de mettre à jour les conditions de son succès. C'est dans la lignée de ces travaux que s'inscrit cet ouvrage d'Anne Joseph, que j'ai eu la chance d'accompagner depuis sa conception dans le cadre de la préparation de sa thèse de doctorat. Ce fut en effet une chance car j'ai beaucoup appris dans ce livre, comme le feront, je n'en doute pas, tous ses lecteurs. Le grand avantage du travail mené par Anne Joseph est qu'elle y étudie de manière approfondie deux systèmes bancaires africains, en descendant aux niveaux micro-économique et institutionnel, alors que la très grande majorité des études récentes restent au nouveau macro-économique. Ce faisant, son travail permet de mieux comprendre et d'appréhender concrètement quelques-uns uns des principaux écueils auxquels se heurte le développement .

financier de l'Afrique.
L'Afrique recèle de nombreuses opportunités d'investissement, et la rentabilité du capital peut s'y révéler extrêmement élevée. On peut toutefois comprendre que les investisseurs étrangers ne s'y précipitent pas, quand ils constatent des risques politiques et économiques considérables, et quand ils observent de plus que l'investissement local des entrepreneurs africains est lui-même très limité. Dans tous les cas, l'Afrique doit surtout compter sur ses propres forces car tout décollage économique commence localement, même s'il peut par la suite être accompagné par l'apport d'investisseurs étrangers à la recherche d'opportunités de placements à haut rendement dans les marchés émergents. Pendant un temps, l'Afrique a sans doute manqué d'entrepreneurs, quand des positions de rente étaient offertes aux élites, par exemple sous forme d'emplois garantis dans la fonction publique pour les diplômés, ou encore par la manipulation des réglementations au profit d'intérêts privés. Mais, et c'est là sans doute l'un des fondements essentiels de l'ajustement structurel, les politiques menées actuellement vont de plus en plus dans le sens d'une raréfaction de ces positions de rente. Ce mouvement salutaire est du reste renforcé par des initiatives de 8

plus en plus fréquentes en matière de lutte contre la corruption, que ce soit de la part des pays riches (Convention de l'OCDE sur la lutte contre les paiements illicites dans les transactions internationales) ou par les pays africains eux-mêmes. Tout ceci veut dire que les systèmes d'incitation changent en Afrique en faveur de la mobilisation des énergies et de l'esprit d'initiative au service de projets d'entreprise. Il y a maintenant de plus en plus d'entrepreneurs potentiels dans les pays africains, et ce sont ces entrepreneurs qui assureront l'émergence de ces économies, comme c'est le cas par exemple à Taiwan, à Maurice ou en Tunisie. Encore faut-il que l'environnement économique dans lequel évoluent ces entrepreneurs ne constitue pas un obstacle à leurs projets de développement, et c'est ici qu'intervient la sphère financière. Tous les entrepreneurs du monde - et pas seulement en Afrique - soulignent en effet que l'un des principaux obstacles au développement de leur entreprise réside dans la difficulté de trouver des financements adéquats pour leurs projets. Dans la plupart des pays africains, en dehors de l'Afrique du Sud, l'activité économique est trop réduite pour justifier le développement d'un marché financier digne de ce nom, et il paraît donc inconcevable que se développe à un horizon prévisible une activité boursière apte à assurer le financement des entreprises. Ceci est d'autant plus vrai qu'i! s'agit pour l'essentiel de créer des entreprises nouvelles, ce qui veut dire mobiliser du capital risque et réclame par conséquent un marché financier particulièrement liquide et réactif. La charge repose donc pour l'essentiel, pour encore de nombreuses années, sur le système bancaire qui, aux dires des entrepreneurs, n'aurait pas le dynamisme suffisant pour les accompagner dans leurs projets de développement. Au surplus il faut noter que, à l'autre bout de la chaîne, la finance informelle n'est pas plus capable d'assurer le financement des projets d'investissement, même quand il s'agit de micro-entreprises: de nombreuses observations montrent qu'elles n'ont en général pas accès au crédit bancaire et ne se financent pas plus par la voie de mécanismes financiers informels comme ceux des tontines. Entre les deux, le micro-crédit peut jouer dans certains cas un rôle positif, mais ne peut répondre à tous les besoins.

9

La question essentielle est cependant de savoir ce qui se cache derrière cette apparente prégnance des contraintes financières: l'insuffisance des crédits offerts est-elle simplement la conséquence d'une capacité limitée de l'entreprise considérée à se développer, en raison de la faible rentabilité ou du caractère hasardeux de ses projets, ou encore d'une gestion défectueuse, ou est-elle véritablement le résultat d'un rationnement du crédit de la part des banques? Et s'il ya rationnement, quelles en sont les raisons? C'est à l'étude de ces questions, fondamentales pour la compréhension des facteurs de blocage du développement des entreprises en Afrique, que s'attache Anne Joseph dans son ouvrage, en s'appuyant sur l'expérience du Cameroun et de Madagascar. La réponse apportée est nuancée, mais il semble bien que la fréquence extrêmement grande des refus ou des restrictions de crédit rencontrés par les entreprises de ces pays soit pour partie imputable à d'autres problèmes que la simple absence d'un projet bancable ou des performances financières insuffisantes. Avoir un bon projet ne suffit pas pour convaincre les banques d'accorder les crédits nécessaires à son financement. Dans les deux cas étudiés, comme dans beaucoup de pays africains qui ont restructuré leurs systèmes bancaires au début des années 90, les banques n'ont pas véritablement de problèmes de liquidité, et l'on ne peut donc pas simplement imputer l'absence de crédit bancaire à une insuffisance de l'épargne collectée. Le rationnement du crédit n'a pas des origines simplement macroéconomiques, mais réside bien dans le dysfonctionnement microéconomique du système financier. Dans certains cas, si les banques n'ont pas été correctement recapitalisées, l'insuffisance de leurs fonds propres et l'encombrement de leurs bilans par des créances douteuses peut réduire leur capacité de réaction. Il s'agit là d'une difficulté qu'il ne faut pas sous-estimer, et que l'on rencontre d'ailleurs également dans les épisodes de crise bancaire des pays développés, comme au Japon à la fin, des années 90. Mais même les banques dont les bilans sont sains sont en général peu réactives dans les pays étudiés par Anne Joseph et ailleurs en Afrique. De fait, les observations qu'elle a collectées auprès des banquiers comme des entrepreneurs révèlent des caractéristiques institutionnelles qui découragent les banques de

10

prendre les risques associés au financement potentiellement rentables des entreprises.

des

projets

La présence d'asymétries d'information entre créanciers et débiteurs constitue partout une difficulté pour l'établissement de contrats financiers, et ce phénomène est particulièrement présent en Afrique, où l'intégrité des informations comptables disponibles n'est guère assurée. En principe, les relations d'affaire entretenues au fil du temps par les banquiers avec leur clientèle constituent un moyen de pallier cette difficulté, mais celui-ci est à l'heure actuelle d'une efficacité très limitée en Afrique parce que la clientèle d'avenir est en majorité nouvelle. La libéralisation économique nécessaire à la réussite de l'ajustement structurel implique que les activités où il existe des opportunités d'investissement soient principalement des activités nouvelles. Alors que l'information privée sur la clientèle constitue un élément clé de l'analyse des risques, le capital informationnel dont disposaient éventuellement les banques avant la crise est devenu dans une large mesure caduc. Ceci vaut d'ailleurs aussi pour l'information sectorielle ou macro-économique à caractère public, dans la mesure où la qualité des services de collecte de ces informations est devenue souvent encore plus aléatoire qu'auparavant faute de moyens budgétaires. Par suite, la prévision économique, nécessaire à toute évaluation de la rentabilité future d'un projet, est devenue elle-même un exercice plus que jamais hasardeux. En règle générale, l'asymétrie d'information peut être compensée par l'apport d'un nantissement, de même que l'existence d'un actif net positif permet d'espérer, en cas de faillite du débiteur, de récupérer une partie du capital prêté. Cependant, ceci suppose le fonctionnement correct de procédures de faillite tout comme l'intervention d'un appareil judiciaire efficace qui protège les droits des créanciers. Une cause fondamentale de l'atonie de l'activité bancaire en Afrique est, comme le montre bien Anne Joseph, l'inadéquation des lois sur les faillites, l'inefficacité des recours devant les tribunaux et, en dernière analyse, l'absence d'un cadre juridique qui assure le respect des droits de propriété. Finalement, les défaillances du système de financement des entreprises en Afrique illustrent le fait qu'il ne suffit pas de libéraliser une économie pour la mener sur la voie du développement. Le 11

fonctionnement d'une économie moderne requiert aussi l'établissement d'un cadre institutionnel adéquat, dans lequel il est possible de faire respecter un minimum de règles du jeu, nécessaires à l'établissement de relations contractuelles satisfaisantes entre les agents économiques d'une manière générale et de contrats financiers en particulier. Toute la difficulté réside sans doute dans le fait qu'un tel développement institutionnel doit être lui-même endogène, comme le suggèrent les travaux de Douglas North. La construction d'un cadre institutionnel adéquat réclame des ressources, et aussi de la volonté politique. Or il n'est pas certain qu'un tel investissement soit rentable quand les richesses qu'il s'agit de protéger par des droits de propriété sont plus petites que les coûts fixes qu'il faut consentir pour mettre en place un tel cadre. Développement économique et modernisation institutionnelle sont sans doute liés réciproquement dans un processus cumulatif. Ce constat rend d'autant plus nécessaire la réalisation de travaux qui établissent les domaines prioritaires dans lesquels gouvernements et agences d'aide doivent donner une impulsion pour favoriser la modernisation des institutions et par suite le décollage économique. L'ouvrage d'Anne Joseph en fait sans conteste partie. Jean-Claude Berthélemy Professeur à l'Université de Paris I Panthéon-Sorbonne Novembre 1999

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SIGLES ET ABREVIATIONS
AFP AFRIST AT AON BCCC BCCI BCD BCEAO BCM BEAC BFV BIAOC BICEC BICIC BMBC BMOI BNI BNI-CL BPC BTM BTP BVMAC CAC CAMBANK CBC CCEI CCF CCJA Agence France Presse Observatoire Economique et Statistique d'Afrique sub-saharienne Appels d'offres négatifs Bank of Credit and Commerce Cameroun Bank of Credit and Commerce International Banque Camerounaise de Développement Banque Centrale des Etats d'Afrique de l'Ouest Banque Centrale de Madagascar Banque des Etats d'Afrique Centrale Banky Fampandrosoana Ny Varotra (Banque Nationale pour le Commerce), Madagascar Banque Internationale pour l'Afrique Occidentale au Cameroun Banque Internationale du Cameroun pour l'Epargne et le Crédit, Cameroun Banque Internationale pour le Commerce et l'Industrie du Cameroun Banque Meridien - BIAOC, Cameroun Banque Malgache de l'Océan Indien Bankin'ny Indostria (Banque Nationale pour l' Industrie), Madagascar Bankin'ny Indostria (Banque Nationale pour l'Industrie) - Crédit Lyonnais, Madagascar Banque Paribas-Cameroun Bankin'ny Tantsaha Mpamokatra (Banque Nationale pour le Développement Rural), Madagascar Bâtiments et travaux publics Bourse des Valeurs Mobilières de "Afrique Centrale Crédit Agricole du Cameroun Cameroon Bank Commercial Bank of Cameroon Caisse Commune d'Epargne et d'Investissement, Cameroun Crédit Commercial de France Cour Commune de Justice et d'Arbitrage 13

Commonwealth Development Corporation Communauté Economique et Monétaire de l'Afrique Centrale Centre d'Etudes et de Recherches en Economie du CERED Développement Centre européen de formation des statisticiens CESD économistes des pays en développement Caisse Française de Développement (devenue Agence CFD Française de Développement en 1998) Conférence Interafricaine des Marchés d'Assurance CIMA Conférence Interafricaine de la Prévoyance sociale CIPRES Caisse Nationale de Prévoyance Sociale, Cameroun CNPS Commission Bancaire de l'Afrique Centrale COBAC Commission de Supervision Bancaire et Financière, CSBF Madagascar Deutsche Investitions und Entwicklungs Gesellschaft DEG Développement et Insertion Internationale DIAL Direction de la Statistique et de la Comptabilité DSCN Nationale, Cameroun Déclarations Statistiques et Fiscales DSF Excédent brut d'exploitation EBE EUROSTAT Office statistique des Communautés Européennes Formation brute de capital fixe FBCF FCFA Franc de la communauté financière d'Afrique (UEMOA) et franc de la coopération financière en Afrique centrale (Zone BEAC) Franc français FF FIARO Financière ARO, Madagascar First Investment Bank, Cameroun FIB FMG Franc malgache Fonds Monétaire International FMI FONADER Fond National de Développement rural, Cameroun International Bank of Africa, Cameroun IBAC Institut National de la Statistique, Madagascar INSTAT Projet d'appui à la réflexion macro-économique à MADIO Madagascar (Madagascar - Dial - Instat - Orstom) MBC Meridien Cameroon Bank MID Marché interbancaire des devises, Madagascar MTM Marchés Tropicaux et Méditerranéens Organisation africaine de la propriété intellectuelle OAPI 14

CDC CEMAC

OHADA
ONG ORS TOM

PARMEC PAS PIB PNUD PRDE
PROPARCO

SBC SCBC SCB-CL SFI SFI SGBC SIPEM SNI SRC SYSCOA TAT TEN TEP TIAO TIMP TIPP TPB UCB UDEAC UEMOA UMOA

Organisation et Harmonisation du Droit des Affaires en Afrique Organisation non gouvernementale Institut Français de Recherche Scientifique pour le Développement en Coopération, devenu Institut de Recherche pour le Développement (IRD) en 1998 Programme d'appui à la réglementation des coopératives et mutuelles d'épargne et de crédit Programme d'ajustement structurel Produit intérieur brut Programme des Nations Unies pour le Développement Programme Régional de Développement de l'Entreprise de la Banque Mondiale Société de Promotion et de Participation pour la Coopération Economique Société Camerounaise de Banque Standard Chartered Bank Cameroon Société Commerciale de Banque - Crédit Lyonnais, Cameroun Société Financière Internationale (IFC en anglais) Statistiques Financières Internationales (IFS en anglais) Société Générale de Banque au Cameroun Société d'Investissement pour la Promotion des Entreprises à Madagascar Société Nationale d'Investissement, Cameroun Société de Recouvrement des Créances, Cameroun Système comptable Ouest africain Taux des avances au Trésor Taux d'escompte normal Taux d'escompte préférentiel Taux d'intérêt des appels d'offres Taux d'intervention moyen pondéré Taux d'intérêt des prises en pension Taux de pénalité aux banques Union Commercial Bank, Madagascar Union Douanière et Economique d'Afrique Centrale Union Economique et Monétaire Ouest Africaine Union Monétaire Ouest Africaine

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INTRODUCTION
En 1982, le Mexique annonçait qu'il ne pouvait plus faire face à ses échéances pour rembourser sa dette extérieure. L'effondrement du système financier international était évité grâce à "un plan de sauvetage" élaboré par les créanciers. Cette crise de la dette a fait prendre conscience aux bailleurs de fonds et aux gouvernements des pays en développement de la nécessité de baser le développement sur la mobilisation de ressources intérieures et moins sur les capitaux extérieurs. Des réflexions se sont alors développées sur les moyens à mettre en œuvre pour collecter ces ressources intérieures. L'ONU a consacré plusieurs symposiums internationaux (1980-1982-1984) à "L'épargne pour le développement". Dans le compte rendu de la réunion d'experts destinée à préparer le troisième symposium (Kessler et Ullmo, 1985) il était souligné que "si, de surcroît, une politique de financement bien conçue permet de créer une épargne de long terme, il devient possible d'assurer un financement stable des investissements qui encourage un développement économique harmonieux." L'idée sous-jacente était que, plus l'épargne collectée serait importante, plus le secteur financier disposerait de ressources pour financer les investissements. La nécessité de mettre en œuvre des politiques actives de mobilisation de l'épargne intérieure fait aujourd'hui l'unanimité. Mais, en observant ce qui se passe depuis la fin des années 80 dans la plupart des pays en développement, et notamment en Afrique, peut-on considérer cette mobilisation de l'épargne comme une condition suffisante pour permettre aux agents qui désirent investir de trouver des financements? Les difficultés auxquelles sont confrontées les entreprises montrent en effet que des blocages apparaissent en aval de la mobilisation de l'épargne. Il s'agit principalement du coût excessif des fonds et du rationnement du crédit de la part des banques. Même si nous évoquerons ces deux contraintes, notre attention portera essentiellement sur le phénomène de rationnement du crédit. Pour situer le cadre d'analyse, rappelons que le secteur financier se compose des marchés financiers et des intermédiaires financiers (bancaires ou non). Cependant, dans cet ouvrage, nous ne prendrons 17

en considération que les banques, puisque ce sont pratiquement les seuls intermédiaires financiers dans les pays en développement. De manière générale, les fonctions qu'elles assurent leur confèrent une spécificité particulière (De Boissieu, 1987) : financement de l'économie grâce à la transformation d'actifs liquides en actifs illiquides, autrement dit, collecte de l'épargne et octroi de crédits. gestion des moyens de paiement: cette fonction comprend, entre autres, des procédés de paiement modernes comme la monnaie électronique. mutualisation et transformation des risques individuels: en effectuant une opération de dépôts à terme, l'épargnant transfère à la banque le risque de signature qu'il aurait dû assumer s'il avait effectué une opération de financement direct. Il transfère aussi un risque de taux car, en général, l'épargnant bénéficie d'un taux fixe qui ne dépend pas de l'évolution de celui du marché. En contrepartie, les déposants supportent le risque d'illiquidité de la banque. courtage: les banques mettent en relation les prêteurs et les emprunteurs. Par exemple, les banques proposent à leurs clients des placements sur les marchés financiers. Dans les pays développés, ce rôle s'est accru avec la désintermédiation. Ce phénomène se traduit par une augmentation de la part des commissions dans le produit net bancaire. Selon Chevallier (1992, p. 669), la conjonction des services de transformation et de gestion des moyens de paiement constitue la particularité de la banque car, "c'est en contribuant à résoudre, au moins partiellement, le problème d'asymétrie d'information inclus dans tout paiement par chèque ou par virement, que les banques parviennent à faire accepter certaines de leurs dettes comme moyens de paiement." En transformant des actifs liquides en actifs illiquides et en mutualisant les risques, les banques sont soumises à deux types de risques. Le premier est un risque de retrait des dépôts. Il peut conduire la banque à la faillite, et impliquer un effondrement de tous les 18

opérateurs imbriqués dans des relations financières. Le deuxième concerne l'actif de la banque; c'est le risque de non-remboursement. Etant donné que notre problématique concerne le financement de 1'économie, nous analyserons surtout les causes et les conséquences de cette deuxième SOliede risque. En ce qui concerne l'activité d'octroi de crédit des banques, elles reçoivent des demandes de crédit de différents types. On distingue les crédits individuels à la consommation, les crédits aux entreprises (micro-entreprises, petites ou moyennes entreprises, et grandes entreprises), et les crédits internationaux. Notre attention portera particuHèrement sur les crédits destinés aux petites et moyennes entreprises. Le découpage utilisé pour définir ces types d'entreprises varie selon chaque étude; cependant, dans les pays en développement, lorsque les effectifs se situent entre 10 (le seuil de 5 est parfois pris en considération) et 49 employés, les entreprises sont considérées comme petites. Les moyennes entreprises comportent en général entre 50 et 199 employés. Les micro-entreprises, quant à elles, ont des effectifs inférieurs à 10 (ou 5 selon les cas) et les grandes entreprises ont plus de 200 employés. Les entreprises sollicitent des crédits à court terme pour financer leur fonds de roulement, et des crédits à long terme pour financer leurs investissements. Dans les pays développés, la notion de long terme se réfère à des échéances supérieures à cinq ans, le moyen terme se situe entre deux et cinq ans, et le court terme désigne des perspectives inférieures à deux ans. Dans les pays en développement, les échéances sont plus courtes. La notion de court terme fait référence à des échéances inférieures à un an, le moyen terme se situe entre un et deux ans, et le long terme désigne des perspectives supérieures à deux ans. Les crédits à court terme sont en général utilisés pour financer le fonds de roulement des entreprises, et des activités commerciales ou de services. Les crédits à long terme, quant à eux, servent à financer des investissements productifs. Pour cette raison, notre réflexion concernera essentiellement les difficultés à obtenir ce dernier type de crédit. Notre étude portera sur les entreprises du secteur industriel moderne puisque la demande de crédit à long terme émane principalement de ce type d'entreprises. Le secteur industriel moderne 19

regroupe les entreprises enregistrées et dont l'activité principale est la production de biens transformés. Nous prendrons surtout en compte les difficultés des entreprises nationales, sans négliger le cas des industries étrangères. Notre réflexion sera donc centrée sur les difficultés des PME nationales du secteur industriel moderne à obtenir des crédits de long terme pour financer leurs investissements. Notre attention portera essentiellement sur deux pays en développement: le Cameroun et Madagascar. Même si le Cameroun est en crise économique depuis le milieu des années 80, c'est un pays plus riche que Madagascar: en 1997, le PNB par habitant est de 620 dollars au Cameroun, contre 250 à Madagascarl. Cependant, ces pays sont classés par la Banque Mondiale dans le groupe des pays à faible revenu (le seuil étant de 785 $ par habitant en 1997). Le secteur bancaire de ces pays est composé de banques nationales et de filiales de banques étrangères. Ces deux pays ont fonctionné dans le cadre de la Zone franc. Madagascar l'a quittée en 1973, le Cameroun en fait encore partie. Le fonctionnement de la Zone franc repose sur quatre principes: parité fixe des monnaies, libre transférabilité des monnaies à l'intérieur de la zone, harmonisation de la réglementation des changes des pays membres, mise en commun des réserves de change dans le compte d'opération. La Zone franc est aujourd'hui composée de 14 pays regroupés autour de deux zones économiques, auxquelles s'ajoutent les Comores. Les deux zones économiques sont l'Union Economique et Monétaire Ouest Africaine2 (l'UEMOA), et la Zone BEAC3. Cet ouvrage s'interrogera donc sur la spécificité des difficultés d'accès au crédit subies par les entreprises de oeux pays fonctionnant dans un cadre totalement différent: l'un dans la Zone franc, l'autre au sein d'un système de change flexible.

1 Calcul selon la méthode Atlas de la Banque Mondiale qui réduit l'impact des fluctuations des taux de change dans les comparaisons entre pays. 2 L'UEMOA a été mise en place en 1994 ; elle est issue de l'Union Monétaire Ouest Africaine (UMOA). Elle comprend le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire, le Mali, le Niger, le Sénégal et le Togo. L'institut d'émission est la Banque Centrale des Etats d'Afrique de l'Ouest (BCEAO). 3 La Zone BEAC comprend le Cameroun. la République de Centrafrique, le Congo. le Gabon, la Guinée Equatoriale et le Tchad. L'institut d'émission est la Banque des Etats d'Afrique Centrale (BEAC). Cette union monétaire est devenue la Communauté Economique et Monétaire de l'Afrique Centrale (CEMAC) en mars 1999. 20

Pourquoi les banques s'engagent-elles si peu dans le financement de l'économie au Cameroun et à Madagascar? Nous écarterons toute réflexion sur le niveau de l'épargne, et réfléchirons sur les raisons qui poussent les banques à refuser des crédits, même si elles disposent de suffisamment de ressources. Ces raisons sont-elles uniquement économiques? La particularité des banques, dans ces deux pays (et dans beaucoup d'autres pays africains), ne résiderait-elle
pas dans les difficultés à faire respecter les contrats de dette?
'

L'ouvrage se compose de six chapitres. Dans les deux premiers, nous exposerons les apports de la littérature économique sur les liens entre croissance économique et secteur financier, et nous étudierons la spécificité des banques en précisant la notion de rationnement du crédit. Ces deux chapitres théoriques permettront de montrer l'importance du secteur financier dans le processus de croissance économique. Dans les deux chapitres suivants, nous étudierons l'économie et le fonctionnement du système bancaire au Cameroun et à Madagascar. Dans les deux derniers chapitres, nous aborderons le rationnement d'un point de vue concret, à partir de données d'enquêtes et d'une série d'entretiens. Nous comparerons l'ampleur du rationnement au Cameroun et à Madagascar. A partir d'études économétriques, nous chercherons notamment à déterminer si les banques utilisent les mêmes critères de sélection dans chacun de ces deux pays. Nous exposerons ensuite les raisons pour lesquelles les banquiers s'engagent peu dans le financement de l'économie en mettant l'accent sur l'environnement dans lequel s'exerce l'activité bancaire. Enfin, nous réfléchirons aux moyens à mettre en œuvre pour faire diminuer l'ampleur du rationnement.

21

CHAPITRE I SECTEUR FINANCIER ET CROISSANCE ECONOMIQUE
Les théories de la croissance ont beaucoup évolué depuis une dizaine d'années. II est dorénavant admis que de nombreux facteurs, autres que le progrès technique exogène, influencent le taux de croissance de l'économie. Le secteur financier fait-il partie de ces facteurs? Nous aborderons cette question dans ce chapitre en étudiant les liens entre croissance économique et secteur financier. Le système financier d'un pays se compose de marchés et d'intermédiaires financiers. Ces derniers regroupent les sociétés d'assurance, les caisses de retraite, les caisses d'épargne et les banques. Il est difficile de déterminer quel est, entre les marchés financiers et les intermédiaires financiers, le système le plus efficace4. Dans les pays en développement cependant, en raison des structures productives, du manque de fiabilité des données comptables et de l'étroitesse des marchés, il semblerait que, dans un premier temps, les intermédiaires financiers soient les mieux adaptés. Dans la première section de ce chapitre nous étudierons les liens entre sphère financière et sphère productive. En second lieu, nous présenterons les indicateurs utilisés dans les études économétriques pour mesurer la croissance et le secteur financier. Dans une troisième section, nous aborderons la question de la relation entre les sphères financière et productive d'un point de vue empirique.

I . Les liens entre secteur financier et croissance économique
Dans le modèle néoclassique de Solow (1956), le moteur de la croissance économique est l'accumulation du capital physique. Sa productivité marginale est décroissante et la seule variable qui influence le taux de croissance est le progrès technique exogène. La sphère financière joue un rôle passif dans le processus de croissance
4 Quel que soit le système, sa pérennité doit être assurée par la mise en place d'un cadre institutionnel adéquat. 23

économique: elle transmet l'épargne des agents excédentaires aux agents déficitaires pour qu'ils puissent investir, autrement dit, accumuler du capital physique. La sphère productive d'un pays influence le développement des intermédiaires financiers, mais ces derniers n'ont pas d'impact sur la croissance économique. Avec l'évolution des théories de la croissance, beaucoup d'études ont réfuté cette approche en montrant que la sphère financière avait une influence sur la sphère productive. Parmi ces études, nous présentons celles de McKinnon et Shaw ainsi que celles issues des modèles de croissance endogène. 1 - L'approche de McKinnon et Shaw
A I Les modèles de McKinnon et Shaw

Dans le sillage de Gurley et Shaw (1960), Goldsmith (1969) montre que le développement du secteur financier entraîne une augmentation du taux d'épargne et influence l'efficacité du capital. Cependant, en ce qui concerne les pays en développement, les travaux de référence sont ceux de McKinnon (1973) et Shaw (1973). Ces auteurs présupposent l'existence d'un lien positif entre secteur financier et croissance économique, et proposent d'appliquer des politiques économiques pour développer le secteur financier. En supposant que les mécanismes de marché sont optimaux, ils préconisent une libéralisation financière. Leur théorie aura un impact important puisqu'elle est l'inspiratrice des réformes financières appliquées par la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International au sein des programmes d'ajustement structurel. McKinnon (1973) élabore un modèle où l'investissement est indivisible et nécessite l'accumulation d'une épargne préalable. Celleci est une fonction croissante du taux d'intérêt réel: plus il est élevé, plus les montants disponibles pour l'investissement sont importants. Selon les conclusions du modèle de McKinnon, la répression financière empêche l'économie d'atteindre son taux de croissance optimal. La répression financière consiste à fixer des taux d'intérêt en dessous de leur valeur d'équilibre, à orienter administrativement le crédit, à fixer des réserves obligatoires à un niveau élevé, et à limiter la concurrence au sein du système bancaire. Des taux artificiellement 24

bas entraînent une moindre croissance économique en raison de la faiblesse du volume des investissements liée aux faibles montants d'épargne collectée. De plus, en raison de la faiblesse des taux d'intérêt, les banques ne peuvent pas appliquer de prime de risque élevée, et elles sont contraintes de financer des activités peu risquées et peu rentables5. Ce biais entraîne une utilisation inefficace des ressources et une moindre croissance économique. Les conclusions des travaux de Shaw (1973) sont proches de celles de McKinnon. Cependant, alors que McKinnon limite son analyse à la collecte et à la redistribution des ressources, Shaw prend en compte la capacité de crédit des établissements bancaires.
B / Les critiques des modèles de McKinnon et Shaw

La critique essentielle concernant les modèles de McKinnon et Shaw repose sur le lien entre épargne et taux d'intérêt réel. Ces auteurs ne prennent en compte que l'effet "substitution" et négligent l'effet "revenu". Selon l'effet "substitution", les ménages optimisent leur utilité intertemporelle en maximisant la valeur actualisée de leur satisfaction. Dans ce cadre, toute augmentation des taux d'intérêt entraîne une dépréciation de la consommation future. Pour "lisser" leur consommation intertemporelle, les ménages réduisent donc leur consommation actuelle et augmentent leur épargne. S'ils financent leur consommation par crédit, ils diminuent leur endettement. Au niveau des entreprises, l'augmentation des taux d'intérêt réels induit un accroissement du prix relatif du capital et de son coût d'usage, ce qui a un effet négatif sur l'investissement. La prise en compte de l'effet "revenu" aboutit à des conclusions inverses. Si les taux d'intérêt augmentent, les ménages anticipent un accroissement du revenu futur de leurs placements financiers; ils diminuent donc leur épargne et augmentent leur consommation. Comme le rappelle Akyüz (1992), une augmentation du taux d'intérêt réel entraîne plus une modification de la composition de
Cette analyse correspond à une conception du progrès liant implicitement risque et rentabilité.
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