Réaliser des projets dans le tiers-monde

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Publié le : vendredi 1 janvier 1993
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EAN13 : 9782296275065
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RÉALISER

DES PROJETS

DANS LE TIERS-MONDE

Collection "Logiques Economiques" Dirigée par GérardDuthil

DUMEZ Hervé et JEUNEMAITRE Alain, Diriger l'économie: l'Etat des prix en France (1936-1986). DU TERTRE Christian, Technologie,flexibilité, emploi: une approche sectorielle du post-taylorisme.
DUTHIL Gérard, Les entreprises face à l'encadrement du crédit. GRaU Pierre, Les multinationales socialistes.
MARCO Luc, La montée des faillites en France.

MIGNOT-LEFEBVRE Yvonne, LEFEBVRE Michel, La société combinatoire. Réseaux et pouvoir dans une économie en mutation. PINARDON François, La rentabilité, une affaire de points de vue. VATIN François, L'industrie du lait. Essai d'histoire économique. i ZARlFIAN Philippe, PALLaIS Christian, La société post-économique : esquisse d'une société alternative.

Didactique des Logiques économiques
HECKL Y Ch., Eléments d'Economie pratique. DUTHIL G., VANHAECKE D., Les statistiques descriptives appliquées à l'économie de l'entreprise.

Collection Logiques Economiques dirigée par Gérard Duthil

RÉALISER DES PROJETS DANS LE TIERS-MONDE

Gérard VERNA & Hubert DROUVOT

Éditions L 'Hannattan 5-7, rue de l'École Polytechnique 75005 Paris

@

L'Harmattan, 1993

ISBN: 2-7384-1759-0 ISSN: 1140-065X

Pour

Luc, Audrey et Sophie

etpour

Anne- Véronique

Remerciements:

Ce livre a été rendu possible grâce à l'École supérieure des affaires de l'Université Pierre Mendès-France de Grenoble et à la faculté des sciences de l'administration de l'Université Laval de Québec qui, toutes deux, ont su créer les conditions les plus favorables à la réalisation de cet ouvrage en invitant chacun des auteurs dans l'Université de l'autre. Il a également bénéficié d'une subvention de la Commission des Communautés Européennes (Direction générale du développement), dans le cadre du DESS uGestion et dynamisation du développement" de l'Université Pierre Mendès-Francede Grenoble.. Par ailleurs, Gérard Verna tient à citer, tardivement mais chaleureusement, Dominique Achour pour une main tendue et Monique Jolin pour une longue patience souriante. Enfin, les auteurs se doivent de rendre hommage au maître à penser d'un grand nombre de ceux qui se préoccupent des problèmes du TiersMonde, le professeur René Dumont. Que tous soient ici vivement remerciés.

Gérard Vema, Hubert Drouvot, Québec-Grenoble, 1992.

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Chapitre I : IN TRODU CTION

Nous y présenterons pauvres dans lequel principales variables général des différents jet outre-mer.

successivement une approche globale de ces pays se situera tout l'ouvrage, une rapide revue des du système international et un premier tableau problèmes soulevés par la réalisation d'un pro-

1. QU'EST-CE

QUE LE TIERS-MONDE?

C'est évidemment la première question qui vient à l'esprit, comptetenu du titre même de cet ouvrage: Réaliser des projets dans le TiersMonde. Nous allons donc tenter de mieux faire connaissance avec toutes ces régions du monde dans lesquelles se situeront les différentes actions auxquelles ce livre est consacré. Cette présentation immédiate, un peu froide et académique, nous en donnera une première idée, sans doute sommaire, que nous allons ensuite mieux préciser tout au long des chapitres suivants. Après une définition, visant surtout à rechercher les points communs des différents pays du Tiers-Monde et de l'ancien monde communiste, nous aborderons successivement les problèmes démographiques et alimentaires, puis la problématique de l'industrialisation.

1.1. Présentation

du Tiers-Monde

Ce qu'il est convenu d'appeler le Tiers-Monde (expression forgée par l'économiste français Alfred Sauvy par imitation de "Tiers-État") est constitué de l'ensemble des pays qui n'appartenaient ni à l'ensemble des pays industrialisés (regroupés dans l'Organisation de Coopération et de Développement Économique - O.C.D.E.- basée à Paris), ni à l'ancien bloc des pays socialistes, membres du Conseil d'aide économique mutuelle (C.A.E.M.- plus connu sous le nom de COMECON, et dissous début 1991). Un tel regroupement rend bien difficile une présentation précise, du fait de la très grande diversité des pays concernés. Disons plutôt qu'il s'agit d'un ensemble hétérogène de pays sous-développés dans lequel on peut distinguer les grands groupes géographiques suivants: la Chine, l'Inde, l'Asie du Sud-Est, les pays

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de l'Islam, l'Afrique noire et l'Amérique Latine. (Albagli, 1991) Ils ont cependant quelques points communs mais, avant de rechercher ceux-ci de façon détaillée, il est nécessaire de préciser une notion qui apparaît comme fondamentale dans toute approche de ces pays.l (Bernard,1987)

1.1.1. La notion de sous-développement
Cette notion est ambiguë, alors même que chacun l'utilise fréquemment. «Peut-on désigner sous le même terme, les régions du Sahel, certaines zones des pays industrialisés (Irlande, Mezzogiorno. certains États du sud des Etats-Unis) et certains pays peu développés de l'O.C.D.E. comme le Portugal (P.N.B. 2330 dollars par habitant)>> (Échaudemaison, 1984) Il y a un problème évident de terminologie. L'expression "pays sous-développé" implique l'idée que ces pays sont en retard par rappon à d'autres dans le processus de développement commun à tous les pays. Ainsi, en 1950, le Japon était classé dans le Tiers-Monde et l'est resté jusqu'aux jeux olympiques de Tokyo. Voilà au moins un pays qui a su rattraper son retard! Mais d'autres pays voient le leur augmenter au lieu de diminuer, et s'enfoncent dans une misère laissant peu d'espoir. D'autres, par contre, semblent vouloir rejoindre à pas de géants le peloton des pays industrialisés. On les appelle les N.P.J. : Nouveaux Pays Industrialisés, en tête desquels caracolent, pour l'instant, les "quatre dragons" que sont Singapour, HongKong, TaIwan et la Corée du Sud

1.1.2. Les caractéristiques économiques et sociales communes
Après en avoir exclu les N.P.I., on peut regrouper les traits communs aux pays du Tiers-Monde autour de deux grands pôles:

-

Le pôle économique

se caractérise

par un faible ou très faible pro-

duit national brut per capita, et dont les recettes proviennent principalement, d'exportations de matières premières (minières le plus souvent) et dont la population active se consacre essentiellement à

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L'institut français de recherche scientifique pour le développement en coopération (ORSTOM) vient d'ouvrir son centre de documentation et d'information scientifique pour le développement (CEDID). A dominante économique et sociale, le CEDID propose à la consultation du public plus de 2000 documents sur le Tiers-Monde, 200 revues d'information générale ou scientifique, des dossiers de coupures de presse thématiques et par pays, des vidéocassettes... L'information est accessible par micro-ordinateur. CEDID, 213 rue La Fayette, 75010 Paris, Tel (331) 48-03-77-77.

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l'agriculture ou aux services.

- Le pôle social est, lui, caractérisé par de gigantesques difficultés:

des centaines de millions d'individus vivant en-dessous du seuil de pauvreté absolue, plus du tiers des habitants du Tiers-Monde souffrant de la faim ou de malnutrition, un analphabétisme presque de règle chez les adultes, une espérance de vie très faible avec des taux de natalité très forts (malgré des taux de mortalité infantile insupportables pour une conscience occidentale!).

1.1.3. Les éléments structurels communs
Ces éléments communs touchent à l'histoire, à la nature actuelle des économies locales et aux relations avec le monde développé. En ce qui concerne l'histoire, rares sont les pays du Tiers-Monde qui n'ont pas un passé colonial, à des titres divers. Si ils ont pratiquement tous conquis leur indépendance depuis la fin de la dernière guerre, ce n'est pas pour autant qu'ils ont vraiment atteint une véritable autonomie économique car l'influence du capital étranger demeure souvent vive. Les économies locales forment rarement des ensembles cohérents comme celles des pays développés. Leurs différents secteurs dépendent souvent de multinationales étrangères qui les ont orientés en fonction de critères étrangers, si bien qu'ils sont aujourd'hui juxtaposés, sans liens réels entre eux. Ceci nuit évidemment à la production et favorise les clivages entre couches sociales en confortant les déséquilibres socio-économiques. Les oligarchies nationales qui ont remplacé les anciens colonisateurs tendent souvent à perpétuer les modèles mis en place par ces derniers. Cela est particulièrement sensible pour la propriété des terres cultivables et de très nombreux pays restent paralysés dans l'attente d'une hypothétique réforme agraire. Enfin, on constate une forte dépendance de ces pays par rapport au monde développé, tant pour les exportations que pour les importations. L'absence d'une production intérieure de biens manufacturés impose d'exporter à tout prix, pour pouvoir ensuite importer. Mais la détérioration des termes de l'échange rend le jeu inégal et le Tiers-Monde s'enfonce dans ses dettes.

1.1.4. Les explications du sous-développement
Bien des explications du sous-développement ont rapidement pris, dans le passé, une connotation fortement politique. Comme tel n'est pas notre propos, nous ne ferons que les aborder rapidement. Pour les libéraux, dont le théoricien principal dans ce domaine est Walt W. Rostow (1984), le sous-développement n'est rien d'autre qu'un non-développement, dû à des causes naturelles. En sortir n'est

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donc qu'un problème technique. Pour les Keynesiens,

le sous-dévelop-

pement s'explique par le cercle vicieux de la pauvreté (situation d'équilibre de bas niveau) que peut accompagner un sous-emploi rural généralisé. Il faut donc lutter contre ce sous-emploi par des politiques fiscales expansionnistes et des investissements publics bien planifiés. (Hirschman, 1984) De nombreux autres théoriciens tendraient plutôt à voir dans le sousdéveloppement un effet pervers supplémentaire du capitalisme interna- . tional, qui maintient ces pays en situation de dépendance et n'autorise que des modes de développement qui lui soient favorables. Quelle que soit l'explication ou les explications véritables, la seule évidence est que même les amis sincères du Tiers-Monde ont bien du mal à définir et mettre en oeuvre des politiques permettant effectivement aux pays assistés de sortir de la misère dans laquelle ils sont plongés. Nous nous bornerons donc à constater ce sous-développement qui sera notre compagnon de route tout au long de ce livre. Les deux principales conséquences en sont les difficultés alimentaires, aggravées par les problèmes démographiques, et les retards d'industrialisation. C'est essentiellement dans ces deux domaines de l'agro-alimentaire et de l'industrialisation que se déroulent le plus grand nombre de projets menés à bien par des entreprises étrangères. Les domaines de l'éducation et des infrastructures, dont le développement est indispensable à l'amélioration des deux premiers, viennent en seconde position.

1.2. Les problèmes taires

démographiques

et alimen-

J.2 .J. L'explosion démographique
Mieux que de longs discours, les courbes présentées ci-après permettent une immédiate compréhension de la gravité du problème. Tandis que les pays développés, parvenus au terme de leur transition démographique, retrouvent des taux d'accroissement presque nuls, les pays du Tiers-Monde connaissent une véritable explosion démographique. Selon les prévisions des Nations Unies, la population mondiale se stabiliserait autour de 10 milliards d'habitants en 2075 ! La part du Tiers-Monde, de 70% en 1950, passerait à plus de 90%! Cette exceptionnelle poussée démographique tient à deux facteurs concomitants: le recul de la mortalité et la stabilité de la fécondité. Entre les années 50 et 80, le gain en espérance de vie a été de 15 ans dans les pays en développement

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L'explosion démographique mondiale: Prévisions de l'O.N.V. pour l'an 2075

Total9,46

POPULATION MONDIALE (en milliards d'habitants)
Asie 5,63

Échelle des populations 2,5 2 1,5 Afrique 1,60 Amérique 1,3 Europe 0,89 0,5
Années 1800 1850 1900 1950 19852000 2075

Il découle essentiellement des progrès sanitaires permis par l'introduction des techniques médicales occidentales. Dans le même temps, la fécondité se maintient à un niveau élevé. Dans les années 80 elle dépasse presque partout 6 enfants par femme et atteint parfois 8. Presque tous les pays du Tiers-Monde cherchent aujourd'hui à maîtriser une croissance démographique dont leurs élites sont conscientes

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des dangers. Mais il n'en va pas de même pour la population pour laquelle un grand nombre d'enfants constitue une assurance pour
l'avenir des parents!

Les politiques démographiques doivent alors se situer dans un contexte plus large, celui du développement socio-économique, et s'appuyer sur l'éducation, l'information et la recherche d'une meilleure confiance en l'avenir. Bien évidemment, rares sont les pays du Tiers-Monde où ces trois appuis soient facilement accessibles... De ce fait, pour de nombreuses années encore, la plupart de ces pays vont devoir consacrer l'essentiel de leurs ressources pour faire face aux problèmes entraînés par leur démographie galopante, ce qui handicape l'accumulation de capital à des fins productrices. De même, une part de plus en plus grande des budgets nationaux devra être consacrée aux dépenses d'éducation, mais également à la mise en oeuvre de tous les moyens pouvant permettre d'alimenter ces populations sans cesse plus nombreuses. Si nous prenons l'Inde comme exemple, la population s'y accroit annuellement de 16 millions de personnes et les besoins en emplois nouveaux sont estimés à 120 millions d'ici l'an 2000. Or, entre 1960 et 1989, il en a été créé 12 millions au total, dont 10 dans le seul secteur public... 1.2.2. Les stratégies agricoles

Selon le seuil retenu pour établir la statistique, la faim frappe entre 400 et 800 millions de personnes dans le monde, ou, plutôt, dans le Tiers-Monde! La faim se manifeste moins par de brutales crises de famine, désormais en régression, que par un état chronique de sous-alimentation et de malnutrition. La lutte contre la faim nous semble relever davantage de la lutte contre les inégalités sociales et l'incurie des responsables que de la lutte contre les accidents climatiques ou les pénuries alimentaires. (Exemple de la Guinée, dans les années 70, au temps du PrésidentSékou Touré qui, pour justifier trois années successives de disette, avait successivement invoqué la sécheresse, puis une invasion d'insectes parasites et enfin les inondations.) C'est pourquoi l'aide publique au développement en provenance des pays riches doit rester réservée aux cas d'urgence et ne pas se substituer aux réformes en profondeur qui sont nécessaires dans la plupart des pays. L'assistance soutenue dans ce domaine décourage souvent les productions vivrières locales et peuvent modifier les habitudes de consommation, rendant ainsi ces pays encore plus dépendants dans le futur. Pour les pays francophones, le meilleur exemple est celui du pain, aliment fondamental de pays qui ne pourront jamais produire de farine! (Bessis, 1991)

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Dans les pays du Tiers-Monde, les paysans représentent 65 à 80% de la population active. Mais leur poids économique n'est pas du tout en proportion de ces chiffres. La balance du commerce alimentaire de ces pays, en détérioration depuis 1975, est gravement déficitaire. Ceci est dû à la croissance des importations alimentaires des pays en développement, qui s'explique par une distorsion de plus en plus grande entre de nouvelles habitudes d'alimentation et la production locale. C'est là une des conséquences de l'urbanisation rapide de ces pays, qui fait que la ville devient à la fois la bénéficiaire des priorités gouvernementales et le lieu où les modèles alimentaires occidentaux se propagent le plus vite. Ceci est dû à des raisons politiques évidentes. De nombreux pays ont des provinces en révolte latente ou déclarée. Mais il n'y a pas d'exemple d'un gouvernement réussissant à se maintenir au pouvoir dès lors que les émeutes ont gagné la capitale! De plus, la recherche de devises convertibles amène de nombreux pays à développer les cultures d'exportations au détriment des cultures vivrières de consommation locale. Donc, si même un pays présente une balance alimentaire équilibrée (égalité des importations et des exportations) ou excédentaire, cela ne signifiera en rien que ses problèmes nationaux d'alimentation de la population sont résolus. Soulignons également que l'argument de la rareté des terres agricoles, souvent utilisé pour justifier une production insuffisante, est à relativiser largement. Pour être plus précis et plus honnête, il faudrait parler de la rareté des terres "cultivables et cultivées". En effet, on constate, dans de nombreux cas, une forte concentration de la propriété foncière, souvent héritée de la colonisation et rarement remise en question par les nouveaux gouvernements. Les réformes agraires peuvent être une solution, mais leur mise en oeuvre est difficile et politiquement dangereuse. Ainsi, au Brésil, les nombreuses réformes agraires n'ont été qu'une succession d'échecs, compte-tenu de la résistance farouche des grands propriétaires terriens et de leur poids politique (Union Démocratique Rurale créée en 1985). On estime ainsi que 2% des exploitations couvrent 50% de la superficie agricole du pays. En 1986, les vingt plus grand~ propriétaires possédaien t à eux -seuls 202 914 km2. L'entreprise Manoza Madereira occupait à elle-seule 43021 km2, soit un peu plus que la superficie des Pays-Bas. (postal, 1988) Les petits paysans, qui ne peuvent survivre sur leurs terres, sont prolétarisés. En 1980, on dénombrait 40 millions de Brésiliens migrants (33,6 % de la population totale), cherchant des terres d'accueil plus favorables. Les grands courants amenaient les habitants du Nordeste vers la région centre-sud. A Sao Paulo, ville de 13 millions d'habitants, on estime que plus de 2,5 millions de personne vivent dans des bidonvilles. Ceci

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n'empêche pas l'agriculture brésilienne d'enregistrer de beaux scores: en 1987, elle représentait 13 % du P.I.B. et 30 % des exportations, sur 50 millions d'hectares cultivés ne représentant que 5 % du territoire. .. A défaut de réforme agraire, l'autre possibilité souvent retenue est celle de la modernisation technique. Elle se heurte à deux obstacles importants: celui du financement qui risque d'aggraver les inégalités au lieu de les combattre) et celui de l'appauvrissement rapide de certaines terres qui risque de compromettre l'avenir pour un présent incertain (ainsi que le montrent fort bien la plupart des ouvrages de René Dumont), soit à cause d'une culture trop intensive, soit à cause de certaines graves erreurs d'emploi des nouvelles techniques proposées. Un "bon" exemple est celui des trop grandes profondeurs de labours dues à l'emploi de charrues occidentales. Certaines régions n'ont parfois qu'une très mince couche de terre végétale, riche mais rare. Les labours trop profonds peuvent alors tout simplement enfouir la terre végétale sous des matériaux incultes que le soc ramène en surface. Ainsi, les pays en développement peuvent adopter des politiques agraires très hétérogènes, tant par leurs orientations que par leurs performances. On notera, par exemple, les étonnants résultats obtenus dans la culture du riz en Asie, grâce à ce qu'il est convenu d'appeler la boucle du riz, résumée dans la figure ci-dessous. Ce schéma est d'autant plus intéressant qu'il sous-entend une certaine forme de collectivisme largement renforcé par la philosophie dominante: le confucianisme. En effet, une seule famille ne peut pas cultiver seule son propre riz car cette culture suppose des actions brèves mais denses pour lesquelles il faut du renfort. Comme le confucianisme est fondé sur la primauté du groupe sur l'individu, et enseigne à chacun le devoir de respecter ses maîtres, ses parents et ses aînés, toutes les conditions sont remplies pour la mise en place de structures sociales très contraignantes. (Belbeoch,1986)

1.3. Les problèmes

d'industrialisation

L'industrialisation des pays du Tiers-Monde est destinée à permettre une production locale de produits manufacturés qui, soit correspondent à un besoin des populations et doivent sinon être importés, soit pourraient être exportés et procurer ainsi des recettes en devises convertibles. Nous allons VOiT successivement quelles sont les différentes stratégies d'industrialisation retenues par les P.V.D. et sur quelles technologies elles se fondent

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La boucle du riz en Asie

Organisation
en Etat ou en

Contrôle

de

l'écoulement de l'eau

......

Élimination des maladies parasitaires

,
Milieux plus sains

communauté villageoise avec de trés fortes contraintes collectives

IRRIGATION

AgrIculture très Intensive à la limite du jardinage

-

Force de travail trés nombreuse

Possibilité de deux et parfois trois récoltes par unité de surface

Rendements trés élevés par unité de surface

,
Capacité de nourrtr une population
trés nombreuse

-

Très
fortes
densités

-

I

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1.3.1. Industrialisation

par promotion

des exportations

Les différentes voies d'industrialisation par les exportations vont se fonder soit sur des industries profitant d'avantages, soit sur la valorisation de produits primaires, soit sur l'espoir des industries industrialisantes, soit, sur une politique de substitution aux importations.

-

Industrialisation profitant d'avantages locaux : Ces avantages locaux sont essentiellement la main d'oeuvre bon marché, l'existence de zones franches et les exemptions fiscales pour installer des industries uniquement tournées vers les marchés extérieurs. Ce mode d'industrialisation "extraverti" est privilégié par la plupart des pays d'Asie du sud-est, en particulier par ceux qui ne bénéficient pas d'un marché interne à fort potentiel (Singapour, Hong-Kong) ou qui ne disposent pas de ressources agricoles ou de matières premières suffisantes pour financer leur propre développement L'essor de leur industrie orientée vers l'exportation n'est pas seulement un moyen de créer des emplois et d'acquérir des devises, mais il s'inscrit dans le cadre d'une politique très planifiée qui vise à organiser un tissu industriel homogène. Cette politique est fondée sur la volonté de remonter les filières industrielles. A partir de la maîtrise des procédés de fabrication simples, les entrepreneurs se sont orientés vers des productions de plus en plus complexes qui incorporent toujours plus de savoir-faire. Outre Singapour et Hong-Kong déjà cités, ce mode de développement s'applique parfaitement à la Corée du Sud et à Taïwan, aujourd'hui, et demain peut-être à la Thai1ande et à la Malaisie. Dans le cas de la Corée du Sud, de grands groupes industriels nationaux se sont constitués (Daewoo, Hyundai, Samsung, Goldstar). Leur principal marché d'exportation est l'Amérique du Nord, mais leur compétitivité reste encore dépendante de la technologie des pays industrialisés et tout particulièrement du Japon. Ces pays ont connu une croissance extrêmement rapide (textile, industrie lourde, plastiques. appareils électriques et électroniques) mais sont inévitablement soumis à l'emprise des multinationales, car, pour rester compétitifs sur le marché international, il leur faut rester à l'avant-garde de la technologie occidentale. Cependant, dans le secteur de l'électronique grand public, Samsung se plaçait au 4e rang mondial en 1989 (en chiffre d'affaires) et Daewoo au lIe rang. Les grands groupes coréens ont activement investi en recherche et en développement et mené une politique d'acquisition de technologies, notamment grâce à des joint-venture. Ainsi, Samsung s'est allié à Hewlett Packard pour l'informatique et à General Electric

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pour le matériel médical. A la suite des violentes grèves qui ont éclaté depuis 1987, les salariés ont obtenu de très importantes augmentations de revenus (20% par an de 1987 à 1989 et 10% en 1990). L'avantage compétitif de ce pays en terme de coût de main d'oeuvre diminue donc rapidement et ne peut être compensé que par une avancée continue dans le domaine des nouvelles technologies.

-

Industrialisation par valorisation de produits primaires: Cette stratégie se différencie de la précédente car elle se base sur la transformation de produits primaires qui étaient auparavant exportés sous leur forme brute (fibres textiles, minerais, gaz, phosphates). Elle entraîne l'apparition d'une "valeur ajoutée" locale aux produits exportés. Mais en fait, cette valeur ajoutée reste rarement dans le pays car elle sert d'abord à payer les transferts de technologies qui ont été nécessaires pour qu'elle puisse apparaître. Les véritables bénéficiaires sont donc souvent ceux qui ont vendu cette technologie et achètent ensuite à bon prix les produits semi-transformés. Plusieurs pays en ont connu le contrecoup (Maroc et Tunisie pour les phosphates, Guinée pour la bauxite). L'idée est de créer une base industrielle préalable à un futur développement auto-centré reposant sur une large demande intérieure. Mais en pratique, cette politique a connu un relatif échec (en particulier dans les pays d'Amérique latine), échec dû au coût de la technologie étrangère, aux rapatriements abusifs de leurs profits par les entreprises étrangères et à la déformation de la demande. Ce dernier phénomène, caractéristique du Brésil, est le suivant: l'industrialisation nécessitant toutes les ressources disponibles, il faut restreindre les importations de biens superflus. Mais parmi les consommateurs privilégiés de ces biens superflus se retrouvent tous les entrepreneurs qui vont donc chercher à produire ce qu'ils ne peuvent plus importer! D'où une évolution de la production locale qui sera incapable de satisfaire et de créer un véritable marché intérieur et va donc marginaliser les classes populaires.

1.3.2. Industries industrialisantes
Le modèle de cette stratégie est l'Algérie. Tout repose sur des indus" tries-clés, devant exercer des "effets d'entraînement" sur toute l'économie, telles que la sidérurgie, par exemple. Fondée sur la théorie des effets induits, cette méthode se heurte en pratique à de multiples obstacles et suppose des ressources initiales importantes provenant essentiellement de disponibilités en matières premières. Outre le coût financier très élevé, on constate rapidement des problèmes de niveau de formation et de maîtrise technologique. Ce phénomène est souvent aggravé par l'émigration du personnel qualifié vers les pays occidentaux. Outre les Algériens en France et les Turcs en Allemagne,

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on estime que 123 000 techniciens et travailleurs assimilés et que 100 000 ingénieurs et scientifiques de l'hémisphère sud ont émigré, entre 1961 et 1976, vers les trois principaux pays bénéficiaires de cet exode: les États-Unis, la Grande Bretagne et le Canada.2 Mais l'expérience montre également des difficultés de "propagation" des effets de cette politique par manque de support logistique et d'infrastructures. Le principal supporter de cette méthode, l'Algérie, en dénonce aujourd'hui les méfaits et s'oriente vers un certain libéralisme dont la première étape est l'autonomie des entreprises.

1.3.3. Industrialisation

par substitution aux importations

Cette option traditionnellement pratiquée en Amérique latine consiste à établir des droits de douane très élevés à l'importation. Les buts sont de protéger l'industrie locale et d'inciter les multinationales à fabriquer dans le pays pour pouvoir vendre sur le marché interne. Dans le cas du Brésil, cette politique fut renforcée par la "loi du similaire national" qui interdit toute importation de produits équivalents à ceux fabriqués dans le pays. Dans certains secteurs estimés stratégiques, une réserve de marché est instaurée au profit des entrepreneurs de nationalité brésilienne. Ainsi, malgré les fortes pressions du gouvernement des États Unis, la loi 7232 de 1984 a interdit aux firmes étrangeres de participer à la production de matériels micro-informatiques (ordinateurs et périphériques). Dans une perspective comparable, les projets industriels concernant le secteur de la chimie fine furent attribués en priorité à des sociétés brésiliennes (Drouvot, 1987). On peut estimer que le Brésil est parvenu à substituer à l'importation la quasi totalité des biens de consommation durable. Cette politique a nécessité l'importation massive de biens d'équipement et, compte tenu de la faiblesse de l'épargne nationale, l'industrialisation a été essentiellement financée par des capitaux étrangers. Depuis 1982, la crise de l'endettement externe du Brésil (dette de 121 milliards US$ en 1988) a contraint ce pays à pratiquer, en parallèle à cette politique de substitution d'importation, une politique de promotion des exportations. De telles mesures ont permis de dégager un fort excédent de la balance commerciale (solde estimé en 1988 : 16 milliards US&). L'arrivée à la présidence de Fernando Collor en mars 1990 s'est ac2

Céleste M.C., Le Monde Diplomatique. Paris, mars 1981. À la date de cet article, on estimait qu'aux USA le personnel qualifié était pour 70 à 80% originaire du tiers monde.

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compagnée d'un plan de stabilisation économique visant à s'attaquer aux problèmes structurels du pays (secteur public pléthorique, marché intérieur ultra protégé) dans une perspective plus libérale, mais l'expérience risque fort de tourner court. 1.3.4 Industrialisation adaptée aux structures locales

Le principal modèle retenu dans ce cas est celui de la Chine. La "voie chinoise" suivie de 1958 à 1978 est apparue à beaucoup comme fort séduisante. Il semble toutefois que le manque d'informations précises l'avait fait apparaître comme trop idyllique, ce qui s'avère aujourd'hui, au vu des réformes entreprises par les Chinois eux-mêmes! Cette méthode était fondée sur le principe de base de self-reliance: "Compter sur ses propres forces". En vertu de cette orientation, on voit apparaître un très grand nombre de petites unités de production utilisant des technologies simples, voire même rudimentaires (cimenteries, fabriques d'outillage, de pompes ou de tracteurs, fonderies, usines d'engrais, etc). L'objectif est de pallier à l'insuffisance des moyens de transport et d'aider au développement de l'agriculture. La tendance actuelle vise plutôt une certaine rationalisation par spécification et sous-traitance, accompagnée d'une meilleure division du travail entre petite et grande industrie, car les méthodes précédentes ne semblent pas avoir conduit à une productivité suffisante. Au plan des choix technologiques, la Chine n'échappe pas au dilemme: aller vite en important des technologies efficaces, coûteuses et difficiles à maîtriser, ou procéder plus sûrement avec des technologies intermédiaires mais avec une moindre croissance de la production et de la productivité! D'un point de vue africain, l'adaptation aux structures locales semble mener ces pays à renoncer à un développement industriel rapide qui ne correspond pas aux réalités de sociétés fondamentalement rurales. C'est là un diagnostic que confirme M. Houphouet-Boigny, Président de la Côte d'Ivoire: « On sait ce qui arrive aux régimes qui négligent le sort des paysans, seul vraifacteur de stabilité en Afrique ». Soulignons, pour conclure, le redoutable impact de la localisation géographique des industries nouvelles. En majorité, celles-ci sont implantées dans les villes, où les infrastructures existantes sont plus importantes. Ceci contribue à renforcer le formidable mouvement d'exode rural qui, selon la Banque Mondiale, touchera un milliard de personnes entre 1975 et 2000 !

21

Les urbanistes parlent, à ce sujet, de la "loi du double" : Pour un taux annuel de croissance démographique de 2,5% ,le taux de croissance urbaine est de 5% et le taux d'extension des bidonvilles et "squats" est de 10 à 20%. RedOlitable ferment de désagrégation sociale et effet pervers inattendu de l'industrialisation, ce phénomène apparaît comme dramatique pour de nombreux pays déjà écrasés par bien d'autres diffi-

cultés. 1.4. Le Tiers-Monde, un monde de disparités.

Après que nous ayons présenté les diverses politiques d'industrialisation mises en oeuvre par les gouvernements du TiersMonde, il convient de donner un rapide aperçu de l'extrême hétérogénéité du développement économique des différents États. A l'intérieur d'une même zone géographique, un indicateur de développement tel

que le Produit National Brut par habitant révèle des écarts sensibles
entre les pays}

- Amérique Latine: de 2680$ (Brésil) à 370$ (Haïti) - Asie: de 5400$ (Corée du Sud) à 200$ (Bangladesh) - Afrique du Nord: de 2060$ (Algérie) à 950$ (Maroc) - Afrique subsaharienne : de 3220$ (Gabon) à 120$ (Éthiopie)
Dans l'ensemble des pays du Tiers-Monde, seuls quelques pays sont parvenus à accroître substantiellement leur P.N.B par habitant, en développant une industrie compétitive sur le marché mondial: les nouveaux pays industriels (N.P.I).

1.4.1. L'émergence des Nouveaux Pays Industriels
Cette expression caractérise certains pays du Tiers-Monde qui, au cours des deux dernières décennies, ont connu les évolutions suivantes: - Une forte croissance des exportations. - Un taux de croissance rapide du produit national. - Une participation de l'industrie dans le PNB comparable à celle
constatée dans les pays développés.

-

Une part de plus en plus prépondérante des produits manufacturés dans l'ensemble des exportations.

3

Source: Rapport sur le développement Mondiale. 1990

dans le monde. Banaue

22

Durée du travail et coûts salariaux en Asie du Sud-Est

Critères

Pays membres de l'ASEAN

Pays non membres

R.F.A

de l'ASEAN ... ..
...

~..
l z,
Duré hebdomadaire
normale ou légale du travail en 1984 Nombre moyens

~... ,
J! .III oS ..

J!

-3
ID ..

1
..

~.....
...

I

;
48 10 10

I

.. ..
0 do

..
...

8
==

~-!
u

I
48 6 14 40 30 11-13

44 10 11

48 14 10

40 12 10

48 12 13

481

48 15 16

de jours de congés payés annuels Jours fériés payés
Durée annuelle du travail en 1983

10 10

(en heures) 2
Salaire horaire moyen )1983)

2100 2280

-

2290 2360 2350 290 2330

1635

en DM salariaux accessoires par rapport
% des COÛIs

3,71 2,90( 55

0,95

0,97 2,95 2,81 4,00

15,25

au salaire horaire

52

30

30

20

25

20

29

18

79,8 486,2 100

COÛIssalariaux: Singapour 100 Cools salariaux: R.F.A. 100

=

! 100<: >,8 20,6 13,7

12,82 D,221, 2,6 4,2 4,4

62,8 64,2 83,7 12,9 13,2 17,2

=

(1) Uniquement pour les ferrunes et les jeunes. Pour les hommes de plus de 18 ans pas de limitation de la durée du travail. (2) Durée nmmale du travail, déduction faite des congés, jours fériés et absences. (3) Calculé sur la base du cours officiel de la devise.

Source: Coûts salariaux et conditions de travail dans l'Asie du Sud-Est, Étude de l'Institut d'Économie Allemande (lW) mai 1986.

Ainsi, la Corée du Sud a multiplié par 150 la valeur de ses exportations de 1960 à 1980 et depuis quelques années le taux de croissance annuel des exportations thai1andaises a toujours été supérieur à 30%. À Taïwan, les produits manufacturés représentaient moins de 10% des

23

ventes à l'étranger en 1952; en 1988 ils constituaient 90% de la valeur des exportations totales de ce pays. Les principaux N.P.I sont, en Amérique Latine: le Brésil, l'Argentine et le Mexique, et, en Asie: Singapour, Hong Kong, la Corée du Sud et Taïwan. Mais les fortes disparités de salaires qui existent entre les pays d'Asie du Sud Est permettent l'émergence dans cette région de "nouveaux N.P.I". Ainsi, la Thai1ande, la Malaisie, l'Indonésie ou les Philippines sont des États qui bénéficient d'une nouvelle délocalisation industrielle s'expliquant par l'existence de salaires très compétitifs. Mais cette vigueur industrielle qui caractérise les N.P.I reste trop souvent associée à la pauvreté de la grande majorité de la population. Le Brésil, qui était la huitième puissance industrielle mondiale en 1987, ne se situait qu'au 84è rang en terme de P.N.B par habitant.

1.4.2 . Les disparités régionales.
Les écarts de développement économique entre pays ou régions mondiales peuvent être appréhendés à partir de différents indicateurs. Afin d'illustrer ces disparités, nous considérerons le P.N.B par habitant et le pouvoir d'achat des exportations. L'évolution de ce P.N.B par habitant permet de déterminer sur une période, si l'augmentation de la valeur de la production est supérieure à la croissance démographique. Le pouvoir d'achat des exportations est un facteur essentiel car son évolution dans le temps, permet de déterminer si un pays (ou une région) dégage ou non un avantage comparatif dans ses relations commerciales avec le reste du monde. La Banque Mondiale calcule le pouvoir d'achat des exportations en multipliant les termes de l'échange par le volume des exportations. Un schéma illustre ci-après l'évolution divergente de cet indicateur entre trois grandes régions en développement. Il apparait que l'Asie de l'Est a sensiblement accru le pouvoir d'achat de ses exportations grâce à la compétitivité des pays exportateurs de produits manufacturés. De 1980 à 1987, la situation de l'Amérique Latine ne s'est pas améliorée malgré l'application de programmes rigoureux d'ajustement et une politique de stimulation des exportations (Chili, Colombie, Brésil, Mexique). Le pouvoir d'achat des exportations de l'Afrique subsaharienne a fortement diminué depuis 1980 et la situation de cette région demeure très préoccupante. Cette zone a connu une détérioration de ses termes de l'échange en raison de la baisse persistante des prix à l'exportation de nombreux produits de base, dans un contexte où ont cependant longtemps existé des phénomènes d'hyperinflation. (Salama & Valier, 1990)

24

Pouvoir d'achat des exportations (Indice prix constants. 1980

= 1(0)

111I 160 140 120

100

..

,

" ..-' .;8"~~

'..

:
20

::::-7~0r:./~::
1970 1975 1980 1985 1987

1965

Le tableau ci-après représente l'évolution de la croissance du P.N.B et du P.N.B par habitant dans les différentes régions du Monde de 1965 à 1985. Dans les turbulences de l'économie mondiale, seule la région asiatique est parvenue à accroître sensiblement son PNB par habitant tout au long de la période 1965-1985. L'Amérique Latine a été profondément touchée par son endettement externe et le P.N.B par habitant a régressé dans cette zone de 2% en moyenne annuelle de 1980 à 1985. Ce continent supporte le poids principal de la dette du Tiers-Monde. Ces dernières années, pour l'ensemble du Tiers-Monde, le transfert net de ressources financières se traduit par une sortie nette annuelle supérieure à 30 milliards de dollars. (Norel, 1988) L'Amérique Latine, a elle seule, a payé en 1986,25,6 milliards de dollars de plus qu'elle n'a reçue. Enfin, peut-on parler de développement en Afrique subsaharienne lorsque le P.N.B par habitant n'a augmenté que de 2% en moyenne annuelle de 1965 à 1980 et a décliné de 2,2% de 1980 à 1989 ? L'Afrique subsaharienne, ruinée par les sécheresses, les conflits internes et régionaux, et la faiblesse des prix des produits de base exportés a connu un net désengagement français à partir de 1985. Ainsi, en 1987, l'investissement privé français avait un solde négatif de 3,3 milliards de francs. Face à cette situation très difficile, il est urgent d'imaginer des solutions. Au sommet économique de Toronto, les dirigeants des sept grands pays industrialisés ont annoncé leur accord sur le rééchelonnement de la dette publique des pays d'Afrique à très faibles revenus.

25

Peu avant ce sommet, la République Fédérale d'Allemagne a décidé de remettte la dette de six pays subsahariens pour un total de 2,2 milliards de deutsche mark et le Président français s'est engagé à annuler un tiers de la dette publique des pays d'Afrique à faibles revenus. En Europe de l'Est, la Pologne a bénéficié en 1991 d'une diminution de 50% de sa lourde dette. Cette annulation accordée par les créanciers du Club de Paris a été l'aboutissement de la thérapie de choc préconisée par le FMI dans le cadre du plan Balcerowicz. Par ailleurs, le "bon" comportement de l'Égypte pendant la guerre du Golfe a permis à ce pays de bénéficier de l'annulation de sa dette militaire vis-à-vis des USA.
PNB & PNB par habitant. Évolution de 1965 à 1985 4
PNB 1980 PNB 1980 par habitanl (dollars) Taux moyen de croissance annuelle du PNB par habitant (%) 1965-73 1973-80 1980-85

(milliards de dollars Pays à faible revenu 550 497 287 162 53

-Chine

Asie

-Inde Afrique Pays à revenu intermédiaire importateurs de pétrole

260 260 290 240 260

3,0 3,3 5,0 1,6 1,2

2,7 3,0 3,8 1,8 0,1

- 1,9
.
0,3 3,0 0,7
2,0

4,5 5,0 7,0 2,5

Asie de l'Est, Pacifique
Moyen-Orient, Afrique

963 212 25 26 213 411

1660 1310 820 780 2340 1760

4,6 5,7 3,5 2,0 5,4 4,5

3,1 5,7 4,2 0,5 2,9 2,9

du Nord Afrique Subsaharierme
Europe Méridionale Amérique Latine-Caraibe Pays à revenu intermédiaire exportateurs de pétrole Pays industriels à économie de marché

2,4 - 0,3

.

551

1250

4,6

3,4

7540

10530

3,7

2,1

- 1,3 . 1,S

4

Source: Banque Mondiale Septembre 86

- Saint

Gobain, Économie et Industrie,

26

1.5. Évaluation communistes

de la situation

des anciens

États

L'évolution de la situation politique et économique des anciens pays membres du bloc de l'Est est aujourd'hui si rapide que, d'une part, toute description est obsolète avant même d'être éditée et que, d'autre part, toute tentative de prévision d'évolution est vouée à l'échec dans une région du monde où tout peut être possible quelle que soit l'échéance considérée. Au moment d'écrire ces lignes 5 que peut-on alors affirmer qui soit à la fois pertinent, sûr et utile pour les entreprises tentées de développer leurs activités dans cette partie du monde ?

15.1. Les contrats passés avec les autorités
Il faut probablement distinguer les pays nés de la dislocation de l'URSS, soit les Il membres de la C.E.!. (Confédération des États indépendants), 6 la Géorgie et les États Baltes plus aussi la Mongolie extérieure, des pays d'Europe centrale et de l'Est 7 Ces derniers n'ont pas, en effet, un passé de planification centralisée aussi long que les autres, ont souvent connu une relative prospérité économique avant la dernière guerre mondiale et ont, grâce à leur mémoire collective, une assez bonne idée de ce qu'ils pourront (re)devenir après le long et douloureux purgatoire qui s'annonce. Des systèmes plus ou moins démocratiques se sont rapidement remis en place et on peut espérer que les premiers engagements pris avec des sociétés étrangères seront tenus. Ceux-ci concernent essentiellement des rachats d'entreprises privatisées ou des joint-venture avec des entreprises nationales rescapées. Ces États sont trop soucieux de leur image et des aides extérieures indispensables qui pourraient en découler pour compromettre le futur par des coups de force immédiats. Par contre, il pourrait en aller tout autrement avec le premier groupe de pays, issus de l'ex-URSS. Aucun pouvoir définitif ne semble être encore en place et, ainsi, aucun engagement gouvernemental n'offre de sérieuses garanties. Il n'existe même pas une monnaie locale dans laquelle signer des accords car, pour l'instant, nul ne sait quel sort sera

5 6
7

janvier 1992 soit l'Arménie, l'Azerbaïdjan, la Bielarus, la Kirghizie, la Moldavie, l'Ouzbekhistan, la Russie, le Tadjikhistan, le Turkmenistan et l'Ukraine Bulgarie, Hongrie, Pologne, Roumanie, Tchécoslovaquie.

27

réservé à la rouble et, si elle survit, comment pourra être calculée sa valeur de change. 8 Aussi devons-nous conseiller la plus grande prudence, en particulier aux PME qui pourraient être alléchées par de belles opportunités mais risquent d'être emportées dans de très forts troubles. N'oublions pas, en effet, que les sursauts de l'ex-URSS ne constituent que le premier niveau de problème car chaque État devenu indépendant va devoir régler, à l'intérieur de ses frontières, le même type de problème que feu la Yougoslavie. En effet, tout le système imaginé par Staline reposait sur la création systématique d'implantations minoritaires potentiellement déstabilisante dans chaque entité administrative autonome. (Caratini, 1990) C'est ainsi que l'ouverture de cette énorme poupée russe nous laisse entrevoir l'existence de 20 Républiques autonomes créées pour les minorités importantes 9 (dont 16 dans la seule mais gigantesque Russie), de 8 Régions autonomes (oblast) plus petites que les précédentes et de 10 Districts autonomes (okrug) 10. Mais ces 53 entités ne suffisent pas à représenter la variété ethnique de l'ancienne union qui reconnaissait plus de 100 ethnies différentes et en comportait, en fait, probablement plus de 200 ! Ainsi, certains groupes très importants comme les Tsiganes ne disposent d'aucun territoire alors que les 30000 Evenks (Toungouses du Sud) disposent d'un immense District autonome. De même, il est fréquent que l'ethnie ayant donné son nom à l'entité administrative y soit minoritaire, comme les Bouriates qui ne représentent que 23% de la population de la République de Bouriatie contre 72% de Russes...Il y a là bien des "Liban" en puissance et les feux qui s'allument peu à peu partout ne sont pas prêts à s'éteindre.

15.2. Les contrats passés avec des particuliers
Là encore il convient d'être extrêmement prudent et sans doute vaut-il mieux n'agir qu'au coup par coup sur des affaires à portée limitée. Il est essentiel pour les entrepreneurs français ou occidentaux de comprendre qu'ils engagent des opérations avec des partenaires n'ayantja-

Une mission du FMI devait livrer une première "évaluation des lieux" pour fin juin 1992 car les membres de la CEI souhaitent devenir membre de cette organisation et, pour cela, il est nécessaire de calculer le montant de leur participation en monnaie locale sur la base de leur PNB réel. 9 telles que les Tatars, les Bachkirs, les Iakoutes ou les Abkhases 10 réservés aux peuplades de Sibérie et d'Extrême-Orient, toutes situées en Russie

8

28

mais vécu dans un État de droit et qui, sur des points totalement évidents pour nous, peuvent adopter des positions personnelles inattendues. Ainsi, lorsque les premières coopératives privées ont été autorisées en URSS (taxis dans les pays baltes ou restaurants à Moscou) leurs promoteurs ont rapidement gagné beaucoup plus qu'avec leurs activités "normales" antérieures. La population locale a immédiatement réagi en les traitant d'exploiteurs, incapables qu'étaient la plupart des gens de faire un lien entre enrichissement et travail. Il faut dire que pendant des générations des mots tels que profit, plus-value, rentabilité, etc, n'ont eu aucun sens et qu'une plaisanterie courante consistait à dire que le gouvernement faisait semblant de payer les travailleurs, lesquels, en retour, faisaient semblant de travailler! Certes, l'immense variété des comportements se retrouvait aussi dans ces pays où certains, depuis longtemps, avaient cessé de subir le système pour s'en accommoder avec profit. Quelques études récentes avaient même mis en relief l'existence d'une criminalité organisée n'ayant absolument rien à envier à ses homologues capitalistes (Coulloudon, 1990). Il est bien possible que parmi les individus manifestant aujourd'hui le plus grand esprit d'entreprise se retrouvent un certain nombre ayant fait leurs c1asses dans ce cadre là. Il faudra probablement laisser passer une ou deux générations pour que tous les comportements se normalisent. Il Les exemples offerts par ceux des pays du Tiers-Monde ayant quitté le clan communiste au fil des années (comme la Guinée après la mort de Sékou Touré, par exemple) sont probablement riches d'enseignements pour comprendre les comportements futurs dans les anciens pays communistes.

1.6. Le désastre

écologique

généralisé

Ultime, mais non des moindres, point commun à tous les pays pauvres, qu'ils appartiennent au Tiers-Monde ou à l'ancien monde communiste, le désastre écologique généralement observé chez eux sera sans doute le grand défi collectif de l'humanité. Nous n'entrerons pas dans le détail des déprédations de toutes sortes et des problèmes spécifiques qui se posent. (Pelt, 1990. Brown, 1991) Nous abordons ce problème sous deux autres aspects qui concernent nos entreprises de façon positive ou négative selon le cas. L'aspect négatif concerne les futures restrictions qui seront imposées à certaines activités industrielles et, au moment de la décision

Il

Mais ne perdons pas espoir car, après tout, n'y eut-il pas un président des États-Unis dont la famille avait bâti sa fortune pendant la prohibition...

29

d'entreprendre

dans certains pays, il y aura une analyse de risque à ef-

fectuer pour ne pas investir dans un cycle productif condamné. L'aspect positif concerne les énormes contrats potentiels que nos entreprises peuvent obtenir demain si elles sont compétentes dans le créneau de la dépollution ou du recyclage, voire même du démembrement. Chacun connait les possibilités qui se sont ouvertes après la guerre du Golfe, mais ceci n'est rien à coté du travail à accomplir dans l'ancienne URSS, jusque et y compris le démontage des armements nucléaires.

2. CADRE GÉNÉRAL DE DÉROULEMENT PROJET.

D'UN

Après ce bien rapide survol du Tiers-Monde, nous allons préciser davantage dans quel cadre évoluera cet ouvrage. Nous verrons successivement, sous forme de tableaux commentés, les principales variables du domaine international puis les principaux problèmes liés à l'exécution d'un projet dans le Tiers-Monde.

2.1. Influence tionales.

des principales

variables

interna-

Le tableau présenté sur les deux pages se lit de la gauche vers la droite. Nous y voyons tout d'abord figurer six principales variables du domaine international : - Les différentes souverainetés nationales - La disparité des situations économiques nationales -La disparité des valeurs et institutions nationales -Les différences de dates de début de l'industrialisation -L'éloignement géographique - La disparité des régions et des populations Comme nous le verrons dès le chapitre II, les différences qui nous attendent sont bien plus nombreuses encore que les six mentionnées cidessus. Mais le souci de ce premier tableau est de tenter de donner un premier aperçu global. Ces différentes variables créent un certain nombre de situations nouvelles dont les quatorze principales figurent dans la deuxième colonne du tableau. Ces situations nouvelles mènent à des différences importantes par rapport aux sociétés d'origine, et ce, dans tous les domaines. Les principales différences apparaissent dans la troisième colonne du tableau. Enfin la dernière colonne donne une liste très incomplète des actions nouvelles que l'entreprise exportatrice va devoir accomplir pour affronter ces différences.

30

Nous évoquons ainsi successivement l'évaluation du risque politique, l'adaptation juridique des structures de l'entreprise, l'acquisition de nouveaux outils comptables et financiers, la mise au point de nouvelles méthodes d'étude de marchés, l'élargissement du domaine de compétence vers de nouveaux produits ou services mieux adaptés au nouvel environnement, la redéfinition des modes de gestion des ressources humaines, l'acceptation de conditions de travail différentes, etc. Le tableau, (adapté de Robinson, 1987) montre bien l'étendue des problèmes qui nous attendent. Nous vous laissons l'observer et y réfléchir. Peu à peu, cette masse d'informations va s'organiser d'ellemême, au fur et à mesure que vous allez accepter l'idée d'aller ailleurs, et qu'ailleurs les choses peuvent être très différentes. Mais, s'il est vrai qu'un certain nombre de choses doivent vous être bien connues avant que vous ne vous engagiez, il en est d'autres que vous ne pourrez apprendre qu'à l'expérience. De plus, la réalité est encore bien plus complexe que ne peut le suggérer ce tableau. C'est ainsi que certains pourront parfois dire, après quelques années d'expérience, que la véritable compétence de leur entreprise n'est plus aujourd'hui telle ou telle technologie, mais bien la capacité à travailler dans telle ou telle partie du monde! C'est cette expérience que nous allons préparer ensemble, en nous focalisant maintenant sur les difficultés spécifiques d'un projet.

2.2. Première

vue d'ensemble

d'un

projet

Le tableau général présenté ci-après, s'il n'est pas vraiment simple, l'est déjà beaucoup plus que les deux pages précédentes, car il ne se préoccupe plus que de ce qui va concerner directement la préparation puis l'exécution d'un projet complexe dans le Tiers-Monde. Précisons immédiatement que des contraintes graphiques ne permettent pas de faire apparaître l'importance réciproque des différents problèmes cités.

31

PRINCIPALES VARIABLES DU SYSTEME INTERNATIONAL

QUI CRÉENf :

32

MENANT

A DES DIFFERENCES

DE :

QUI AMENENf L'ENfREPRlSE

A:

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33

Mais à vrai dire, il n'y a pas de petits problèmes. Les entrepreneurs savent bien qu'il faut penser à tout et tout surveiller. Retenons alors que ce qui est vrai chez nous le sera encore bien davantage à des milliers de kilomètres de nos bases. La situation actuelle de l'entreprise, dans son environnement immédiat, peut amener celle-ci à s'interroger sur la possibilité d'élargir son champ d'action. Elle prend conscience, car aujourd'hui tout l'y incite, de la mondialisation des marchés. Et naturellement, ses dirigeants se posent alors trois questions très simples: Où ? Quand? Comment? La première partie de cet ouvrage tente de répondre à ces trois questions. Dans le chapitre II "Agir dans un environnement hostile" nous verrons que l'entreprise va affronter à la fois les embûches d'un nouvel équilibre socio-culturel (fondé sur des conceptions fort différentes du droit des personnes et du droit des affaires) et les incertitudes d'un nouvel environnement économique (où la force prime souvent sur le droit et où l'aspect caché des affaires peut s'avérer plus important que l'aspect public). Muni de ces informations, le chef d'entreprise va devoir prendre la dé-

cision d'entreprendre dans le Tiers-Monde. Dans le chapitre III,
''Décider d'entreJ>rendre ailleurs" nous étudierons quels ont été les critères de cette décision. Nous constaterons que les opportunités sont nombreuses et les aides disponibles abondantes et variées.

Quant à la troisième question: Comment?, nous y répondrons dans le chapitre IV, "Établir et conclure un contrat". Ainsi que le montre le tableau général, il faudra définir la notion de contrat et l'idée de contrat "possible" (c'est-à-dire d'un contrat désiré par un client et que l'entreprise pourrait réaliser). Cela supposera des prospections et des négociations, tant avec les futurs clients qu'avec les futurs sous-traitants et auxiliaires dont le rôle sera fondamental. Avant qu'intervienne l'entrée en vigueur du contrat, l'entreprise devra résoudre plusieurs problèmes regroupés dans la seconde partie de l'ouvrage: "Les 8S1JCCts fondamentaux de l'action internationale", Le chapitre V est consacré à "L'asoect financier", Nous y étudierons les problèmes de financement et de garantie des contrats, dans le domaine public, national et international, comme dans le domaine privé et les aspects plus généraux de la gestion financière d'un projet. Le chapitre VI est consacré à "L'aspect humain", Encore plus que dans son activité normale, l'entreprise va devoir compter sur toutes

34

ses ressources humaines et apprendre à en gérer certaines dans le cadre d'un environnement hostile. Elle va devoir recruter et former de nouveaux employés, qui ne seront pas toujours de la même culture et n'auront pas forcément les mêmes aspirations que le personnel déjà en fonction. Cela posera le problème de l'expatriation et du personnel étranger. Nous verrons aussi s'élargir la responsabilité sociale de l'entreprise à la prise en charge des familles, ce qui aura des conséquences pratiques étudiées dans le chapitre suivant Le chapitre VII est consacré à "L'~t logistique". C'est le domaine où l'entreprise aura le plus à apprendre. La logistique concerne aussi bien les personnes que les marchandises et les communications internes. Il faudra savoir faire voyager et vivre les personnes, selon les coutumes locales, de même que savoir conditionner, emballer et transporter les marchandises. Il faudra trouver des moyens nouveaux de communication quand ceux auxquels nous sommes habitués ne fonctionneront plus. Et l'entreprise devra conclure de nombreux
contrats d'assurance, en plus de ceux qui figurent dans le contrat.

Une troisième partie de l'ouvrage étudiera : "L'exécution du proiet". Le chapitre VIII aborde "La planification d'un proiet". La planification classique des opérations de production ne suffit plus pour gérer l'incertitude multiforme que va affronter l'entreprise. La nouveauté et l'éloignement ont un effet multiplicateur sur les difficultés quotidiennes. Il ne faut laisser aucune place à l'improvisation car tout projet ne sera qu'une succession Selon la capacité de l'entreprise à y faire face par la qualité de sa préparation le projet sera un succès ou un échec fort coûteux. Dans le chapitre IX "Le déroulement des opérations", ce sont tous les aléas de la vie quotidienne qui sont passés en revue, afin qu'ils ne deviennent pas autant de pièges pour l'entrepreneur. Nous verrons comment harmoniser technologie et logistique, et comment vivre et travailler dans un environnement différent. Nous aborderons de façon pratique les notions de facturation, réception, main-levée de caution, encaissement, etc. qui conditionnent le succès financier de l'opération. Il reste un chapitre X "Conclusion provisoire" dans lequel nous abordons quelques problèmes plus généraux que celui de la réalisation d'un projet, et susceptibles de donner aux exportateurs, auxquels cet ouvrage s'adresse, quelques idées nouvelles sur le monde qui les entoure et la façon d'y préserver à la fois leurs intérêts et ceux d'autrui.
(Comarin, 1987

- Ziegler,

1988)

35

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