Recherche-action

82 lecture(s)
Des intervenants de plusieurs pays constatent qu'en créant des ponts entre la théorie et la pratique, la recherche-action est un vecteur puissant d'innovation sociale et de changements. Elle se trouve ainsi au carrefour du monde universitaire et du monde professionnel, confrontant des cultures différentes. Cette diversité des regards laisse apparaître en filigrane des enjeux qui concernent la société dans sa capacité à se transformer.

lire la suite replier

Achetez cette publication

Lecture en ligne
  • Lecture en ligne
Commenter Intégrer Stats et infos du document Retour en haut de page
harmattan
publié par

suivre

Vous aimerez aussi

RECHERCHE-ACTION
Processus d’apprentissage et d’innovation sociale

1

Cet ouvrage a été réalisé à partir des actes du Séminaire européen des 15-16 octobre 2004, qui a eu lieu à l’Université de Lausanne CH, sur le thème La recherche-action comme processus d’apprentissage et d’innovation sociale

Le Séminaire a été organisé avec le soutien du Fonds National Suisse de la recherche scientifique

© L’Harmattan, 2006 ISBN : 2-296-01628-6

2

Sous la direction de

Éliane CHRISTEN-GUEISSAZ, Geneviève CORAJOUD Michel FONTAINE, Jean-Bernard RACINE

Recherche-action
Processus d’apprentissage et d’innovation sociale
Collection

Recherche-action en pratiques sociales

3

Les auteurs :
CAPRANI Isabelle CAVALERI PENDINO Antonella CHRISTEN-GUEISSAZ Éliane CORAJOUD Geneviève DE KONINCK Maria FONTAINE Michel HÖRBURGER Raimund KAISER Erwin LYON Anne-Catherine MARENGO Marina MONDADA Lorenza PERREGAUX Christiane PIGAULT Gérard RACINE Jean-Bernard RITTER Jeannette ROULET SCHWAB Delphine

4

Les auteurs remercient chaleureusement :
G

les Instituts de géographie, de psychologie, de sciences sociales et pédagogiques de l’Université de Lausanne, et la Haute École de la Santé La Source, à Lausanne, pour leur soutien financier ;

G Madame Anne-Catherine LYON, Conseillère d’État, pour l’honneur de sa présence à la Table ronde du Séminaire et l’apport de sa préface ;

G

Mesdames Isabelle CAPRANI pour sa contribution à la relecture du manuscrit, Andrée FAVRE pour son travail de secrétariat, et Roswitha STÜTZ pour sa traduction de deux chapitres.

5

Collection « Recherche-action en pratiques sociales »
Dirigée par Pierre-Marie MESNIER et Philippe MISSOTTE Cette collection se propose de faire connaître des travaux issus de recherches-actions. Les unes sont produites dans un dispositif de formation par la recherche, créé dès 1958 par Henri Desroche à l’École des hautes études ; il associe depuis vingt ans Collèges coopératifs et Universités (Diplôme des hautes études en pratiques sociales) ; d’autres sont issues de nouvelles formes d’intervention : ateliers coopératifs de recherche-action visant le développement social, formations à l’accompagnement collectif ou individuel de projets ; d’autres enfin s’élaborent à partir d’expériences de terrain et/ou de travaux universitaires. Revendiquer aujourd’hui l’actualité de la recherche-action relève du paradoxe. D'un côté, notamment dans le champ de la formation, elle est marquée par des courants qui remontent aux années soixante et ont donné lieu à bon nombre de publications jusque dans les années quatre-vingt. De l’autre, on constate actuellement un retour de publications et, dans de nombreux secteurs — entreprise, travail social, formation, politique de la ville, actions de développement au Nord comme au Sud —, des formes de parcours apparentées à la recherche-action, qui apparaissent d’ailleurs souvent sous un autre nom : formation-action, recherche-formation, formation-développement, diagnostic partagé, auto-évaluation, praxéologie… D’où l’importance, au travers des formes que prend aujourd’hui la rechercheaction, de promouvoir, y compris à contre-courant, ses valeurs fondatrices. La recherche-action porte en elle une vision de l’homme et de la société. Elle permet la production et l'appropriation par les acteurs de savoirs reliés à leurs pratiques, ce que la recherche classique ne sait pas faire. Derrière la recherche-action se profile un réajustement du savoir et du pouvoir au profit des praticiens. Elle leur permet aussi de donner une visibilité plus construite à leurs pratiques. Elle transforme le sujet en acteur. Elle est transformation du social.
❄❄❄

Ouvrages déjà parus :
G Pierre-Marie MESNIER, Philippe MISSOTTE, La recherche-action, une autre manière de chercher, se former, transformer, 2003. G

Bernadette AUMONT, Pierre-Marie MESNIER, L’acte d’apprendre, 2005.

6

Sommaire

Préface LA COHÉRENCE ET LA COMPLEXITÉ . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9 Anne-Catherine LYON, Conseillère d’État en charge du Département de la formation et de la jeunesse du canton de Vaud Introduction . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 13 Michel FONTAINE Chapitre 1 « LE CHEMIN SE FAIT EN MARCHANT » POSTULATS ET DÉVELOPPEMENT DE LA RECHERCHE-ACTION . . . . . . . . . . . . 21 Éliane CHRISTEN-GUEISSAZ Chapitre 2 LA RECHERCHE-ACTION : STRATÉGIE ÉDUCATIVE ET CHANGEMENT SOCIAL . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 41 Gérard PIGAULT Chapitre 3 PRÉALABLES PHILOSOPHIQUES ET PSYCHOLOGIQUES EN RECHERCHE-ACTION ET APPROCHES MÉTHODOLOGIQUES DES CHERCHEURS-ACTEURS DANS LE CHAMP SOCIAL . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 55 Raimund HÖRBURGER Chapitre 4 DE LA CO-PRÉSENCE À L’INTÉGRATION RÉCIPROQUE DANS LA COMMUNICATION ET LA CONSTRUCTION DU LIEN SOCIAL : QUELQUES LEÇONS POUR LA RECHERCHE-ACTION . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 65 Isabelle CAPRANI et Jean-Bernard RACINE Chapitre 5 LA RÉCIPROCITÉ CRÉATIVE ET DURABLE : LES DÉFIS DES CHERCHEURS ET DES PRATICIENS SUR LE TERRAIN URBAIN . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 87 Marina MARENGO

7

Chapitre 6 LA RECHERCHE-ACTION ET LE DÉSAVEUGLEMENT SOCIAL : RENDRE POSSIBLE L’IMPOSSIBLE . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 103 Christiane PERREGAUX Chapitre 7 INÉGALITÉS SOCIALES DE SANTÉ, DÉTERMINANTS SOCIAUX ET MILIEUX DE VIE : UNE RECHERCHE MULTIDISCIPLINAIRE EN PARTENARIAT . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 115 Maria DE KONINCK Chapitre 8 LE LANGAGE EN INTERACTION : DE L’ANALYSE À L’INTERVENTION . . . . . . . 129 Lorenza MONDADA Chapitre 9 « DO-RESEARCH » : QUEL RAPPORT ENTRE LA RECHERCHE ET LA PRATIQUE ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 155 Antonella CAVALERI PENDINO Chapitre 10 PRÉVENTION DE LA MALTRAITANCE DES PERSONNES ÂGÉES EN ÉTABLISSEMENT MÉDICO-SOCIAL. LA RECHERCHE-ACTION COMME VECTEUR DE CHANGEMENT . . . . . . . . . . . 169 Delphine ROULET SCHWAB Chapitre 11 LE PROGRAMME « QUIS », INITIATIVE DE QUALIFICATION EUROPÉENNE EN GESTION ET ÉCONOMIE SOCIALES . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 191 Jeannette RITTER Chapitre 12 LA SITUATION DE LA RECHERCHE-ACTION DANS L’ENTREPRISE. L’EXEMPLE DE LA CHAMBRE DU TRAVAIL DE HAUTE-AUTRICHE . . . . . . . . . 203 Erwin KAISER Conclusion Geneviève CORAJOUD . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 213 Table des matières . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 231

8

Préface

La cohérence et la complexité
Anne-Catherine LYON
Conseillère d’État en charge du Département de la formation et de la jeunesse du canton de Vaud

C

e livre atteste l'intérêt central que la recherche-action revêt aujourd’hui. Je suis très heureuse qu’il consacre aussi sa place au sein de l’Université de Lausanne, où quelques-uns de ses professeurs et de ses étudiants ont mesuré sa grande valeur. La voici donc mise ici, sous nos latitudes romandes, au bénéfice d’une réflexion prometteuse. Il serait abusif d’enfermer la recherche-action dans un cadre définitif. S’exerçant au carrefour des sciences sociales et des sciences humaines, elle donne aux chercheurs les moyens d’aborder des thématiques extrêmement variées. Ce peuvent être l’imbrication des travailleurs immigrés dans les milieux culturels du pays qui les accueille, les rapports noués entre le personnel d’une institution hospitalière et leurs patients en fin de vie, ou les usages de l’espace public. Rappelons surtout l’essentiel. Les pionniers de la recherche-action, et tous leurs successeurs jusqu’à ce jour, l’envisagent comme une démarche duale. Il s’agit non seulement d’accroître les connaissances scientifiques sur tel ou tel aspect de nos communautés humaines, mais aussi de transformer leur réalité quotidienne. La pratique classique de l’investigation académique se double donc ici d’un vœu civique et politique délibéré qu’alimentent, en cours de processus, les relations développées entre les chercheurs et leurs interlocuteurs. La recherche-action repose sur un principe d’interdisciplinarité dont il est éclairant de connaître les racines, plongées dans une période historique cruelle. Ses critères essentiels furent en effet posés par le psychologue juif allemand Kurt Lewin (1890-1947), en qui la violence du

9

Recherche-action : processus d’apprentissage et d’innovation sociale

nazisme et ses conséquences avaient aiguisé la double volonté de comprendre le monde et de le rendre plus équilibré. Ces travaux obtinrent le plus grand retentissement dans l’immédiat après-guerre, autour des années 1950, quand plusieurs représentants des milieux universitaires européens reprirent les travaux de Lewin pour mieux impliquer les sciences humaines et sociales dans l’établissement d’un avenir pacifié. Il en est résulté peu d’écoles et de maîtres à penser identifiés comme tels, mais un mouvement des consciences et des pratiques qui n’a cessé de s’amplifier jusqu’en ce début de XXIe siècle. ❄❄❄ La recherche-action telle que je la perçois comme citoyenne, comme intellectuelle et comme magistrate en charge de la formation dans le canton de Vaud, de l’école enfantine aux hautes écoles, me semble admirable sur un point crucial : elle s’érige en éloge de la complexité. Quand tant d’autres démarches scientifiques ont pour tendance de simplifier le réel, supposé dès lors plus facile à connaître, la rechercheaction se place sur un plan de modestie — de quoi affronter plus justement les ramifications infinies de la vie considérée dans sa totalité dynamique. La position du scientifique s’en trouve assouplie. Il se déplace de la communauté scientifique à la Cité. La recherche-action l’incite à privilégier des approches plus multiréférentielles du réel qu’il étudie. Elle l’incline au qui-vive. Elle réclame qu’il comprenne finement les systèmes de sensibilités et d’intelligibilités qui rayonnent autour de lui. Elle l’amène aussi, sans doute, à rendre sa langue scientifique plus ouverte. Ces infléchissements sont essentiels dans l’univers académique. Enfin, la recherche-action s’inscrit pleinement dans l’espace public. C’est une démarche pensée de telle sorte qu'elle place en relation vivante les scientifiques et les praticiens du social présents sur leur terrain d'enquête. La recherche-action, en confrontant sur un mode équilibré les scientifiques et les interlocuteurs qu'ils soumettent à leur approche, nuance avec bonheur la position généralement dominante de tout observateur par rapport à l'observé. Tout cela rouvre le jeu dans des proportions considérables. De nouvelles reconnaissances mutuelles de compétences ont lieu, et de nouvelles circulations d’informations. Elles incitent la communauté des chercheurs à

10

Préface - La cohérence et la complexité

repérer hors d’elle-même des partenaires imaginatifs et solidaires. Peu de démarches font un aussi beau miroir, parmi les intellectuels et dans les milieux académiques, à l'idéal démocratique. ❄❄❄ Il me plaît aussi que la recherche-action, fût-elle placée sous le signe de la réinvention permanente, obéisse à des principes de rigueur forte. Ses praticiens sont suffisamment conscients du terrain changeant sur lequel ils évoluent pour cadrer d’autant plus clairement leur démarche. Les pages de cet ouvrage laissent en effet transparaître, de leur part, ce souci cardinal : il s’agit toujours pour eux de circonscrire nettement les champs conceptuels et théoriques qu’ils arpentent, d’évaluer précisément leur action au gré de son avancement, et de s’y impliquer eux-mêmes dans la mesure la plus efficace. Bien sûr, ces conditions rendent la recherche-action délicate à conduire. Elle requiert un esprit raffiné de rectitude et de plasticité. La plupart des expériences rapportées dans ce livre confirment d’ailleurs à quel point le chercheur est sommé de réviser constamment sa propre position face à ses interlocuteurs, qui sont eux-mêmes travaillés par l’échange. C’est en cela que la recherche-action dépasse la portée de l’investigation scientifique usuelle. Je vois en elle une très belle illustration de la création sociale, au sens le plus élevé de cette expression — quand chacun s'érige en partenaire d'autrui pour tenter d’instituer ensemble un destin mieux partagé. ❄❄❄ Dans ce sens, la recherche-action renseigne admirablement l'ordre politique, qui a bien besoin de tels apports. Gérer la Cité réclame aujourd’hui des procédures de concertation particulièrement fines entre les citoyens et les dépositaires du pouvoir, tant notre époque est engluée dans les séductions démagogiques et populistes en tous genres. Or la recherche-action représente à cet égard un modèle, qui fait du pragmatisme sa règle maîtresse : dans ses champs d’application, c’est la situation qui gouverne. Cette dernière impose à ses acteurs un principe qu’il est possible de résumer sur le mode impératif : nouons un rapport d’égalité sur le fond, puisqu’aucun d’entre nous ne détient la solution — et que cette solution dépend d’une mise en relation collective.

11

Recherche-action : processus d’apprentissage et d’innovation sociale

On pressent bien, à laisser résonner dans notre esprit les quelques mots qui précèdent, à quel point l’ordre politique pourrait s’en inspirer pour en faire sa devise quotidienne. Ainsi s’épanouirait une « politiqueaction » dont le bénéfice ne résiderait pas cette fois-ci dans un développement des connaissances scientifiques, bien sûr, mais dans un progrès de la justesse démocratique et de l'intérêt général. Chercher à comprendre les femmes et les hommes au plus riche d’eux-mêmes, dans le vif de leur existence, et non les percevoir en tant qu’êtres exclusivement administrés, telle serait alors l’ambition de la politicienne et du politicien, qui rendraient alors l’entier de leur sens aux notions de la responsabilité sociale, de la solidarité civique ou des droits culturels. Ce dépassement-là de la science, comme ce dépassement-là des comportements politiques habituels, ne me semblent pas éloignés de l’art. Dans l’un et l’autre processus il s’agit de mettre en œuvre des approches de la réalité nourries d’intuition, d’humilité, et de subtilité face aux ambiguïtés fondatrices de la vie, qui prennent acte de la vérité formulée par l’admirable écrivain allemand Friedrich Hölderlin : « C’est en poète que l’homme habite cette terre ». I

12

Introduction
Michel FONTAINE1

et ouvrage rassemble les interventions faites à l’occasion du Séminaire européen2 sur la recherche-action, qui a eu lieu à l’Université de Lausanne les 15 et 16 octobre 2004. En fait, cette rencontre constituait le deuxième temps d’une journée organisée en novembre 2002 par l’Université Marc Bloch, à Strasbourg, autour du thème « La recherche-action comme processus de formation ». Cet échange regroupait différents partenaires universitaires et experts professionnels autrichiens, allemands, français et suisses tous engagés dans la formation d’adultes3.

C

C’est donc dans le prolongement de ce premier échange que l’idée est venue de proposer à l’Université de Lausanne un séminaire de deux jours, ouvert non seulement aux formateurs mais aussi aux chercheurs, aux universitaires, aux praticiens et à toute personne intéressée à entrer dans une réflexion qui exprime « […] une véritable transformation de la manière de faire de la recherche en sciences humaines » (R. Barbier, 1996, p. 7). Nous avons choisi pour ce séminaire d’articuler la réflexion autour d’une hypothèse de travail : la recherche-action s’identifie à une démarche d’apprentissage et d’innovation sociale. Et comme les milieux universitaires n’entrent pas facilement dans ce type de démarche, il nous a paru intéressant de réaliser cet échange au sein même de l’Université, en proposant à des intervenants universitaires de France, d’Italie, du Québec, d’Allemagne, d’Autriche et de

1. Dominicain, infirmier, Docteur en sciences sociales, théologien et responsable de la formation DHEPS (cf. note 3) à la Haute École de la Santé La Source. 2. Séminaire dit « européen », mais qui s’est enrichi d’une expérience canadienne. 3. Dans le cadre du Réseau des Hautes Études des Pratiques Sociales (RHEPS), plusieurs universités françaises offrent une formation à la recherche-action depuis la fin des années septante, en collaboration avec d’autres partenaires. Il s’agit du Diplôme des Hautes Études des Pratiques Sociales (DHEPS). Une convention a été signée en 1996 entre la Haute École de la Santé La Source et l’Université Marc Bloch de Strasbourg pour proposer ce cursus à des adultes désireux de réaliser une démarche de recherche-action à partir de leur pratique professionnelle.

13

Recherche-action : processus d’apprentissage et d’innovation sociale

Suisse de questionner cette approche particulière et de nous livrer leur propre itinéraire de recherche. La recherche-action est-elle une véritable recherche, et si oui, quelle réalité nous fait-elle saisir ? Elle explore des besoins et des demandes, elle suppose un champ comme toute recherche, elle utilise une méthodologie, mais ne devons-nous pas aussi reconnaître, avec celles et ceux qui en ont l’expérience, qu’elle « […] débouche sur une nouvelle posture et une nouvelle inscription du chercheur dans la société, par la reconnaissance d’une compétence à la recherche de praticiens du social » ? (R. Barbier, 1996, p. 7). Dans ce contexte, le Séminaire de Lausanne avait pour objectifs : - d’explorer les enjeux d’une formation à la recherche-action, dans les Hautes Écoles, par des acteurs du champ social, de la santé et de l’éducation ; - de montrer en quoi la recherche-action est un vecteur d’innovation sociale et de changements, ainsi qu’un moyen de créer des ponts entre la théorie et la pratique ; - de susciter des échanges et une réflexion sur les pratiques et les enjeux de la recherche-action entre les différents acteurs concernés par la formation et le développement social, en permettant aux acteurs de terrain de se réapproprier les résultats des recherches. Nous invitons aujourd’hui le lecteur à suivre un itinéraire reconstruit à partir des interventions de ce séminaire — itinéraire complexe, car il implique plusieurs registres qui interrogent la pédagogie, la méthodologie et l’ensemble des sciences sociales ; en outre, il représente une multiplicité de terrains et d’orientations disciplinaires4 ; enfin, il renvoie à des enjeux éthiques, psychosociologiques, économiques et politiques. La recherche-action fait en effet référence à une pensée engagée et à une responsabilité citoyenne ; elle suppose une véritable conversion culturelle. Explorer, questionner, susciter… Les verbes qui s’inscrivent dans le processus de recherche-action visent la transformation de la société ; ils accompagneront le lecteur dans sa propre quête.

4. Signalons à ce propos un colloque récent sur le thème « L’actualité des recherches-actions. Accompagner le changement dans les professions, le développement local, les formations ». Il a eu lieu en février 2000 à Paris, et les Actes ont été publiés sous le titre « La rechercheaction. Une autre manière de chercher, se former, transformer » (P.-M. Mesnier et Ph. Missotte (sous la dir. de), 2003).

14

Introduction

Nous avons organisé cet ouvrage en fonction de l’orientation des exposés. Trois premiers chapitres ont été regroupés en début d’ouvrage car ils présentent tous trois des réflexions théoriques générales sur la recherche-action. La référence précise à des recherches y figure parfois mais garde un caractère illustratif : elle ne constitue pas le support premier des propos. Ainsi, le premier chapitre s’attache à discuter des postulats épistémologiques, en mettant en perspective l’histoire et le présent de cette démarche de recherche ; il rappelle en outre la diversité des approches contemporaines. Les chapitres 2 et 3 reposent aussi très largement sur l’exposé de fondements théoriques mais, à la différence du précédent, ils se centrent sur une théorisation de la recherche-action appliquée au domaine particulier de la pratique de formation (à la recherche-action). Ils offrent ainsi deux regards complémentaires sur un même objet en faisant, de surcroît, une référence commune à la théorie d’Henri Desroche. G Plus précisément, dans le chapitre 1 intitulé « “ Le chemin se fait en marchant ”. Postulats et développement de la rechercheaction », Éliane Christen-Gueissaz rappelle les fondements de la recherche-action et propose un parcours des contributions à l’évolution de cette démarche, plurielle dans ses modèles disciplinaires, ses terrains et ses priorités. La perspective de l’auteure est donc forcément contextualisée : par son référentiel, psychosociologique, et par son terrain, la gérontologie psychosociale. Le lecteur pourra prendre connaissance d’une expérience réalisée dans cette orientation au chapitre 10, dans lequel Delphine Roulet Schwab présente une recherche-action de l’Unité de recherche et d’intervention en gérontologie (UNIGER). G Le chapitre 2 porte sur la formation des adultes en rechercheaction, qui est donnée à l’Université Marc Bloch de Strasbourg dans le cadre du Diplôme des Hautes Études des Pratiques Sociales (DHEPS) et dont Gérard Pigault, auteur de cet article, fut l’un des fondateurs. Sous le titre « La recherche-action : stratégie éducative et changement social », il en retrace dans un premier temps l’histoire institutionnelle pour en exposer ensuite les fondements théoriques. C’est ainsi qu’en référence à Henri Desroche, il présente « son modèle de stratégie éducative autour de la métaphore du moteur à quatre temps » et qu’en reprenant René Barbier il rappelle, sous le terme de « triangulation du doute », toute l’importance que revêt une démarche questionnante en recherche-action. G Dans le chapitre 3, Raimund Hörbuger s’intéresse aux « Préalables philosophiques et psychologiques en recherche-action ».

15

Recherche-action : processus d’apprentissage et d’innovation sociale

C’est par une analyse sémantique des trois phases de la rechercheaction, telles qu’Henri Desroche les propose, qu’il nous interpelle sur une certaine connivence entre la recherche-action et la philosophie aristotélicienne. Il souhaite nous faire comprendre l’utilité d’appuyer ces repères sur une référence philosophique, celle d’Aristote. En effet, les concepts qu’il déconstruit pour nous se révèlent comme des itinéraires à suivre et, au fur et à mesure que nous les suivons, nous nous surprenons à vouloir entrer nous aussi dans une démarche de recherche-action où la pensée utopique rencontre la dialectique sociale en vue de la réalisation d’un projet commun. Les chapitres 4 à 8 présentent plusieurs affinités qu’il est intéressant de relever. Comparativement aux trois premiers chapitres, ils s’appuient tous sur une présention approfondie de recherches, qui permet aux chercheurs de s’interroger sur leur propre démarche et, dès lors, de rendre compte de la dialectique entre théorie et pratique — ou mieux, d’une théorisation des pratiques de recherche : un postulat qui est au cœur même de la recherche-action. Le lecteur pourra se référer à la conclusion du livre pour retrouver des éléments de synthèse allant dans ce sens. Mais quelques aspects transversaux peuvent déjà être mentionnés : celui du statut et du rôle du chercheur impliqué dans la recherche-action, l’interrogation permanente sur ses savoirs, la notion d’écoute des acteurs locaux, l’importance du contexte de l’observation, la question des rythmes lents, vécus et souvent imposés par les « terrains » d’étude, etc. Les chapitres 4 à 7 se rejoignent dans leur objet et leur finalité orientés vers l’action communautaire, même si les recherches portent sur des interrogations différentes : l’interculturalité, la scolarité clandestine ou les inégalités face à la santé. Le chapitre 8 relate, quant à lui, des recherches sur les interactions verbales étudiées in situ, et se termine sur la question de la restitution « éclairante » des résultats aux protagonistes, par le chercheur. Dans le chapitre 4, Isabelle Caprani et Jean-Bernard Racine, à travers la présentation succincte de deux recherches menées respectivement dans un quartier de la ville de Nice en France et dans le cadre d’un programme national de recherche « Migration et relations interculturelles » sur la ville de Lausanne, s’interrogent sur la place du chercheur lors de l’enquête empirique et plus précisément sur l’implication de ce dernier lors de ses investigations. Il s’agit, en d’autres termes, de relater la progression de l’enquêteur sur le terrain, sorte d’auto-réflexion sur ses pré-requis, tout en présentant
G

16

Introduction

les changements, voire les bouleversements, que sa présence ainsi que son contact auprès des acteurs de terrain risquent d'occasionner dans la démarche empirique. Progressivement, le chercheur apparaît comme l’« interface » ou l’« entre-deux », capable d’interpréter les positions des deux réseaux d’influence tout en préparant leur rencontre. Marina Marengo s’attache, dans le chapitre 5, à présenter trois recherches qui lui permettent de montrer comment des rapports nouveaux, propres à la recherche-action, furent établis entre chercheurs et praticiens, et comment les échanges de savoirs furent source de créativité. Au travers d’études de cas portant sur les trajectoires migratoires et l’interculturalité dans le canton de Vaud et à Lausanne, Marina Marengo invite le lecteur à la suivre dans sa démarche de déconstruction et surtout de reconstruction du statut de chercheur-acteur. Un chercheur qui se doit de s’acculturer, pourraiton dire, en revisitant ses savoirs scientifiques et en développant dans l’interaction « sa capacité à “ aller vers l’Autre ” ».
G G Au chapitre 6, le texte de Christiane Perregaux intitulé « La recherche-action et le désaveuglement social : rendre possible l’impossible » présente le combat mené à Genève par des citoyens et citoyennes suisses et immigré(e)s pour la création d’une « Petite École » pour enfants clandestins, officiellement interdits de scolarisation dans l’école publique jusqu’à la fin des années quatre-vingt. L’auteure y relate la place des chercheurs dans cette démarche militante : d’une part, celle d’informateurs scientifiques qui, dans le cas présent, se sont surtout attachés à rechercher des informations sur le droit au plan national et international et, d’autre part, celle d’acteurs travaillant avec d’autres à se convaincre que le possible — le changement — était de l’ordre du pensable. G Vient ensuite, au chapitre 7, le texte de Maria De Koninck sur « Les inégalités sociales de santé » où, fondamentalement, l’auteure s’interroge sur la notion de « recherche en partenariat ». Elle replace celle-ci dans le contexte général de la recherche au Québec où, très tôt déjà, les « milieux de pratiques » ont mené des recherches en lien avec les universités. En référence à sa propre recherche, elle expose comment un réel partenariat a été mis en œuvre, notamment par la création d’un « Comité aviseur » composé d’acteurs locaux, qui a fonctionné à toutes les étapes de la recherche comme une structure d’accompagnement. L’auteure se garde pourtant de tomber dans l’idéalisation ; elle parle de contraintes, mais elle démontre cependant que le partenariat peut être autre chose qu’une instance déguisée de contrôle.

17

Recherche-action : processus d’apprentissage et d’innovation sociale

Dans ce deuxième groupe de textes, le chapitre 8 s’écarte de la perspective communautaire fortement présente dans les chapitres précédents. Néanmoins, dans ses recherches en sociolinguistique sur « Le langage en interaction », Lorenza Mondada montre, au travers de l’étude détaillée de fragments d’échanges verbaux, combien la prise en compte des contextes sociaux est fondamentale pour comprendre les pratiques langagières et, éventuellement, pour agir sur elles. Par son recours à l’ethnométhodologie et au constructivisme social, dont les références théoriques sont largement rappelées, l’auteure analyse aussi l’influence des réseaux plus vastes dans lesquels les discours sont amenés à circuler et parfois à se transformer/déformer. Comprendre ces mécanismes et les restituer aux acteurs est fondamental en vue d’un nouvel agencement de leurs actions futures. Les chapitres 9 à 12 exposent eux aussi des recherches mais, à la différence des cinq précédents, ils relèvent essentiellement de mandats commandités par des organismes publics ou des partenaires économiques. Il s’agit donc le plus souvent d’une démarche finalisée dès le départ vers la recherche de solutions, et de chercheurs ayant, pour certains, un statut de consultant. Trois chapitres s’inscrivent dans le champ du social (au sens large) et le dernier renvoie au monde de l’entreprise. Une telle orientation, parfois plus proche de la recherche appliquée, invite ici les chercheurs à livrer une réflexion intéressante sur l’apport mais aussi sur les contraintes et limites qui peuvent peser sur la recherche.
G Le chapitre 9 d’Antonella Cavaleri Pendino s’intitule « “ DOREsearch ” : quel rapport entre la recherche et la pratique ? » Il s’agit de l’exposé d’une recherche sur la monoparentalité, mandatée par le Bureau de l’égalité du canton du Valais (Suisse), où sont relatées et questionnées les différentes étapes de la recherche : négociation de la demande et reformulation sociologique de l’objet d’étude, création d’un groupe de « suivi » ayant permis de gérer, non sans tension parfois, des attentes différentes, présentation des principaux résultats. L’auteure met en évidence, entre autres, la difficulté des transferts réciproques entre recherche et pratique, du fait de la multiplicité des acteurs institutionnels impliqués dans les différentes phases du processus. G Le chapitre 10 de Delphine Roulet Schwab présente une recherche-action sur la prévention de la maltraitance des personnes âgées en établissement médico-social (EMS). Mandatée par le Service de la santé publique du canton de Vaud, cette recherche a

18

Introduction

été conduite par l’UNIGER (Unité de recherche et d’intervention en gérontologie, Université de Lausanne) dans cinq EMS vaudois. Sa réalisation comportait deux versants : une expérience-pilote d’intervention auprès d’équipes en situation d’impasse et une analyse du processus de changement. Après avoir résumé le contexte, la démarche, les principaux postulats et la méthodologie, l’auteure expose les résultats concrets du modèle d’intervention expérimenté. Suivent une étude des caractéristiques des situations à risque de maltraitance rencontrées, ainsi qu’une analyse des stratégies gagnantes mobilisées par les équipes-partenaires. Finalement, le processus de changement à l’œuvre au cours de la démarche — plus particulièrement les aides au changement et les nouvelles compétences développées — est discuté sur la base des propos et des observations des professionnels concernés.
G Le chapitre 11 porte sur le « Sozialmanagement ». Il s’agit d’une traduction française du texte allemand de Jeannette Ritter. Avec cette auteure, le lecteur entre dans une double problématique : la formalisation d’un programme universitaire entre plusieurs partenaires européens et une initiative de qualification de cadres d’organisations sociales. Ce programme fédère un ensemble de partenaires universitaires, d’experts professionnels et associatifs, et s’adresse à des participants d’institutions sociales et politiques d’Allemagne, d’Autriche et de France. Il est fondé sur la démarche de rechercheaction, et — grâce à son contexte transfrontalier — permet d’acquérir des compétences interculturelles et de « penser de façon européenne ». Jeannette Ritter se plaît à relever le caractère très spécifique de ce programme, qui en fait l’attractivité, à savoir des études « taillées sur mesure ». G Dans le chapitre 12, également traduit de l’allemand, Erwin Kaiser s’intéresse à la situation de la recherche-action dans l’entreprise, à partir d’un exemple — celui de la Chambre du Travail de Haute-Autriche. L’expérience présentée par l’auteur date de 1997 et s’appuie sur une collaboration tripartite entre le AK Jägermayrhof, dont Erwin Kaiser est le directeur, l’Université Marc Bloch de Strasbourg et l’Université Johannes Kepler de Linz. Il est intéressant de souligner l’implication massive et significative du monde du travail, bien que marqué par un contexte fait de tensions et de difficultés, dans une démarche de formation et de projet de transformation du social. Là encore, la recherche-action « favorise [...] l’évolution de la pratique politique grâce à des concepts innovateurs ». L’auteur nous montre ainsi qu’il est possible, avec l’aide de syndicats conscients de l’importance de la formation, de proposer aux représentants des

19

Recherche-action : processus d’apprentissage et d’innovation sociale

travailleurs des cursus adaptés qui leur permettent de s’affirmer comme « des partenaires pour l’équilibre social dans les processus de changement ». C’est là une expérience autrichienne originale qui met à la disposition des représentants des travailleurs une formation universitaire combinée qui tient compte de leurs expériences socioculturelles. Enfin, dans la conclusion, nous retrouvons de la part de Geneviève Corajoud une synthèse générale structurée à partir des notions et concepts qui traversent les différents chapitres. Les processus d’apprentissage et d’innovation sociale en rechercheaction y apparaissent à la fois dans l’unité de leurs significations et dans la diversité de leurs démarches. Cette conclusion se présente aussi comme une indication à poursuivre le débat et à faire en sorte de toujours mieux saisir « […] l’enjeu essentiel de la relation dialectique entre recherche-action et recherche scientifique » (P.-M. Mesnier, Ph. Missotte, 2003 : 10). N’est-il pas le moteur de toute transformation du social ? I

Bibliographie
BARBIER R., 1996, La recherche-action, Paris, Economica Anthropos. MESNIER P.-M., MISSOTTE Ph. (sous la dir. de), 2003, La recherche-action, une autre manière de chercher, se former, transformer, Paris, L’Harmattan.

20

Chapitre 1

« Le chemin se fait en marchant »5
Postulats et développement de la recherche-action

Éliane CHRISTEN-GUEISSAZ6

Introduction
e chemin se fait en marchant ». Ce titre traduit d’emblée notre option : la recherche-action nous apparaît comme une démarche dont l’objet est co-construit par un(des) chercheur(s) et des acteurs en interaction, et comme un processus qui laisse des traces. Ces traces, ce chemin, signent l’évolution des partenaires impliqués : dans leurs pratiques, dans leurs représentations et leurs connaissances (qu’elles soient pragmatiques ou scientifiques). Cela dit, comment s’opère un tel processus ? Quels sont les postulats de la recherche-action et comment s’est-elle développée ? Il ne s’agit pas ici de restituer une histoire générale de la recherche-action. Bien d’autres s’y sont essayé, et la tâche n’est guère aisée. En effet, la recherche-action a subi des transformations successives et ses ramifications sont multiples (que ce soit au niveau territorial, épistémologique ou disciplinaire) ; même si elles puisent parfois aux mêmes sources, les orientations et les expériences des auteurs de cet ouvrage attestent de cette diversité.

«L

5. Expression extraite d’un poème d’Antonio Machado [1973 (trad.), p. 208], poète espagnol républicain (1875-1939). 6. Docteure en psychologie, Professeure de gérontologie psychosociale, responsable de l’Unité de recherche et d’intervention en gérontologie UNIGER, Institut de Psychologie, Faculté des Sciences sociales et politiques, Université de Lausanne.

21

Recherche-action : processus d’apprentissage et d’innovation sociale

Nous souhaitons plutôt poser quelques premiers jalons pour la réflexion sur la nature composite et évolutive de cette démarche de recherche et d’intervention et relever quelques différences de conception et de mise en œuvre entre son origine et son actualité. Après cette mise en perspective, nous considérerons deux questions récurrentes dans les débats des praticiens en rechercheaction, puis nous nous attacherons aux risques et enjeux d’une telle démarche et terminerons notre propos par une brève évocation de deux expériences réalisées par l’Unité de recherche et d’intervention en gérontologie (UNIGER).

Il était une fois… Kurt Lewin et l’« action research ». Origine et premiers pas
Le père consensuellement reconnu de la recherche-action est Kurt Lewin (1890-1947), psychologue allemand contraint d’émigrer aux États-Unis en 1933, et promoteur de la psychologie du champ dans le contexte des travaux de la Gestalttheorie7. Personnellement interpellé par les problèmes liés à l’oppression et la discrimination, il s’intéresse à la question des conflits sociaux et à leur compréhension scientifique, postulant que cette dernière peut contribuer à leur résolution. L’« action research » (K. Lewin, 1946) s’inscrit dans cette lignée, de même que la conception des T-groups (K. Lewin, 1948)8 et deux expériences réputées : la comparaison de trois types de leadership dans des groupes d’enfants (K. Lewin, R. Lippit, R.K. White, 1939) et le changement des habitudes alimentaires (K. Lewin, 1943). Mais comment définir la recherche-action ? « La rechercheaction est une démarche de recherche fondamentale dans les sciences de l’homme, qui naît de la rencontre entre une volonté de changement et une intention de recherche. Elle poursuit un objectif dual qui consiste à réussir un projet de changement délibéré et ce faisant, faire avancer les connaissances fondamentales dans les

7. Cette dernière comprend des germes de la théorie systémique – entre autres l’affirmation que le tout est plus que l’ensemble des parties qui le constituent. Ses fondateurs sont Max Wertheimer (1880-1943), Kurt Koffka (1886-1941) et Wolfgang Köhler (1887-1967). 8. Le « training-group » naît en fait dans les « National Training Laboratories in Group Development », à Bethel (Maine), peu après la mort de K. Lewin.

22

« Le chemin se fait en marchant ». Postulats et développement de la recherche-action

sciences de l'Homme… » (définition de K. Lewin, reprise par M. Liu, 1992, p. 294). À cette définition classique, les chercheurs en rechercheaction adhèrent plus ou moins en fonction de leurs choix épistémologiques et méthodologiques. Relevons quelques éléments sur lesquels se profilent des décalages de points de vue et de pratiques : - L’attachement de K. Lewin (et de certains chercheurs actuels) à la recherche dite fondamentale garde les traces d’une épistémologie positiviste et de méthodes expérimentales importées des sciences de la nature. Ce « mariage » peut s’avérer problématique. - La part des phénomènes inconscients dans les groupes et les organisations a été minimisée par K. Lewin. Par la suite, elle a pris plus ou moins de place dans l’analyse selon l’orientation des chercheurs. - Dans le prolongement des deux points précédents : la définition dite classique de la recherche-action pointe l’expertise du seul chercheur et repose sur la croyance de K. Lewin que la connaissance scientifique engendre nécessairement le progrès social. Ce double postulat a été depuis lors mis en question. Avant d’évoquer les influences reconnues dans le développement de la recherche-action, il nous paraît nécessaire de la délimiter. En effet, dans le paysage kaléidoscopique des pratiques et courants actuels, la perspective qui nous intéresse ici — la plus répandue peut-être — représente une forme parmi d’autres. Pour nous aider dans cette délimitation, nous empruntons à deux typologies quelques critères de différenciation : M. Liu (1992) distingue deux types de recherche-action : - D’une part, la recherche-action associée. Dans ce cas, la volonté de changement est portée par les usagers, et l’intention de recherche par les chercheurs. Notons cependant que si la volonté de changement est portée par les usagers, cela n’exclut pas qu’elle puisse faire partie des objectifs du chercheur-intervenant ; elle relève d’ailleurs souvent du mandat lui-même. De même, si l’intention de recherche est portée par les chercheurs, les acteurs sont considérés comme co-producteurs de connaissance. - D’autre part, la recherche-action interne. Ici, la volonté de changement et l’intention de recherche appartiennent aux acteurs,
G

23

L'extrait de cette publication vous a plu ?

Ajoutez-la votre panier pour la lire dans son intégralité !

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.