Recherches en psychopathologie clinique et cognitive

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Ce numéro de la revue Psychologie de l'interaction soutient avec force toute une série d'études abordant de manière originale des questions essentielles qui relèvent légitimement du champ de la psychopathologie et de la psychologie clinique. Les articles présentés étayent différents concepts et méthodologies qui s'apparentent au "cognitif" et au "clinique" et qui refusent d'entériner toute forme d'opposition entre ces deux dimensions légitimes de la recherche ou de la pratique en psychopathologie et psychologie clinique.
Publié le : vendredi 1 janvier 2010
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EAN13 : 9782296687684
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Recherches en psychopathologie clinique et cognitive

2009 5-7, rue de l'Ecole polytechnique, 75005 Paris

@ L'Harmattan,

http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.ft harmattan l@wanadoo.ft ISBN: 978-2-296-10395-5 EAN: 9782296103955

Sous la direction de Anne Andronikof et Michel Musiol

Recherches en psychopathologie clinique et cognitive

N°spécial AIPPC

L'Harmattan

Editors Alain TROGNON and Michel MUSIOL Associate Editors Marie-France AGNOLETTI Martine BATT Christine BOCÉRÉAN Board of Consulting Editors
Charles ANTAKI, Longhborough University Josie BERNICOT, Poitiers Alain BLANCHET, Paris 8 Marcel BROMBERG, Paris 8 Ken CISSNA, University of South Florida Herbert H. CLARK, Stanford University François COOREN, Montréal Marcelo DASCAL, Tel Aviv Laurent FILLIETAZ, Genève Eric GRILLO, Paris 3 Michèle GROSJEAN, Lyon 2 Michèle GROSSEN, Lausanne Christian HUDELOT, Paris 10 Marty LAFOREST, Trois Rivières Ivan LEUDAR, Manchester University Dominique LONGIN, Toulouse IRIT Jean-Paul ROux, Aix-en Provence Anne SALAZAR-ORV/G, Paris 5 Baruch SCHWARZ, TelAviv Daniel VANDERVEKEN, Trois Rivières Edy VENEZIANO, Paris 5 Diane VINCENT, Québec Robert V/ON, Aix-en-Provence

Editorial assistant
Soraya Khélifa

Webmaster Alain Elgrabli

Michel
Editorial...

MUSIOL

SOMMAIRE & Anne
. . .. . .. . . .

ANDRONIKOF,
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Moez BEJAOUI & Jean-Louis PEDINIELLl, Troubles cognitifs de la schizophrénie: critères diagnostiques typologiques et multidimensionnels 9 Caroline SIMON-FIACRE, Effets des échanges verbaux sur la résolution en dyade d'une tâche visuo-spatiale par des enfants de 6 - 7 ans .4 Isabelle SAMYN, L'autisme: un trouble d'origine «neuromentale » .67 Lionel CHUDZIK, Sens de soi Concret et trouble des conduites à l'adolescence 81 Nawel HAROUCHI, Henri SZTULMAN & Philippe BIRMES, Approche de la résilience au trouble de stress post-traumatique : conceptualisation et descriptif d'un protocole de recherche clinique...... ...... ... ... ... ... ... ... ... .. ... 97 Samuel LEMITRE, Trouble de la pensée motrice chez le psychopathe ...119 Frédéric VERHAEGEN & Michel MUSIOL, Impacts des médicaments antipsychotiques sur les discontinuités du comportement verbal en conversation

schizophrénique..... ... .

... ...

... ...

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HORS-THÈMES: Emmanuèle AURIAC & Marie France DANIEL Apprendre à dialoguer avec des élèves: le cas des dialogues philosophiques 155 Chantal ZAOUCHE-GAUDRON & Hélène RICAUD-DROISY Interactions dyadiques et triadyques adultes-enfants en crèches collectives, familiales et parentales ...197 Josie BERNICOT & Eve V. CLARK La fonction des répétitions dans les interactions entre parent et jeune enfant: une étude sur un grand corpus.. . . .. .. . .., .. ..221

CONTENTS Michel MUSIOL & Anne ANDRONIKOF,
Editorial... . . . . . . .. . . . . .. . . .. ... .. . . . .. . . . .. . . .. . . . . . . . ... .. ... . .. . . . .. . . .. .7

Moez BEJAOUI & Jean-Louis PEDINIELLI, Cognitive disorders in schizophrenia: typological and multidimensional diagnostic criteria .. 9 Caroline SIMON-FIACRE, Effects of verbal exchanges on a dyadic resolution of a visuospace task by 6 -7 year-old children .4 Isabelle SAMYN, Autism: a disorder of origin «neuromental» 67 Lionel CHUDZIK, Motor schemes disturbances in psychopathic subjects 81 Nawel HAROUCHI, Henri SZTULMAN & Philippe BIRMES, Approach impact strength to the post-traumatic disorder of stress: conceptualization and description of a clinical protocol of research.. . ... .. ... . ..... .. . ... ... . .. ... ... ... ... .. . . ... 97 Samuel LEMITRE, Disorder to think and pathology of the action at the psychopathic... 119 Frédéric VERHAEGEN & Michel MUSIOL, Impact of the antipsychotic drugs on discontinuities of the verbal behavior in schizophrenic conversation .133 HORS-THÈMES: Emmanuèle AURIAC & Marie France DANIEL To learn how to dialogue with pupils: the case of the philosophical dialogues 155 Chantal ZAOUCHE-GAUDRON & Hélène RICAUD-DROISY Interactions dyadic and triadyque adult-children in collective, family and parental cribs 197 Josie BERNICOT & Eve V. CLARK The fonction of répétition in interactions between parents and young children: a study of a large corpus ...221

Éditorial

Approches plurielles psychologie clinique

en psychopathologie

et en

Ce numéro de la revue « Psychologie de l'Interaction» soutient avec force toute une série d'études abordant de manière originale des questions essentielles qui relèvent légitimement du champ de la psychopathologie et de la psychologie clinique. Les articles présentés étayent différents concepts et méthodologies qui s'apparentent au « cognitif» et au « clinique» et qui refusent d'entériner toute forme d'opposition entre ces deux dimensions légitimes de la recherche ou de la pratique en psychopathologie et en psychologie clinique. En effet, les auteurs de ces différentes contributions admettent que l'étude des phénomènes psychiques, de l'activité mentale et des conduites humaines s'envisage, certes, selon des référentiels théoriques diversifiés et, par extension, s'illustre dans des domaines pratiques variés. Mais ils considèrent aussi et avant tout que ce type d'étude implique des phénomènes d'interdépendance et d'emboîtement sollicitant des connaissances interdisciplinaires et des approches transversales. C'est ainsi que les présentes contributions valorisent la réflexion sur les articulations et favorise l'émergence de nouvelles problématiques scientifiques par fertilisation croisée. Il n'existe d'ailleurs à ce jour que bien peu de tentatives en psychologie scientifique et même en psychologie 'tout court', où, a priori, des paradigmes distincts, par exemple aussi distants que le « Cognitif» et le « Psychodynamique », non seulement se tolèrent et se côtoient, mais surtout s'inspirent et se complètent l'un, l'autre, voire contribuent à l'élaboration de problématiques communes. De ce point de vue, le pluralisme théorique (conséquemment les modèles et méthodes différents) ainsi que la confrontation d'épistémologies variées et parfois concurrentes sont posés comme des prémices fondamentaux à une entreprise de recherche qui construit rigoureusement ses instruments d'investigation, contribuant à définir et à tracer les lignes de force qui feront grandir et s'affirmer bien plus encore la psychopathologie et la psychologie clinique de notre époque. Michel Musiol & Anne Andronikof

Troubles cognitifs de la schizophrénie: typologiques et critères diagnostiques multidimensionnels.
Moez Bejaoui & Jean-Louis Pedinielll
Résumé: Depuis les travaux de Kraepelin et de Bleuler, l'étude des fonctions cognitives dans la schizophrénie a suscité l'intérêt des chercheurs en psychopathologie cognitive. Ainsi, les travaux ont exploré les troubles cognitifs dans cette pathologie en distinguant les sous-types et les dimensions. Toutefois, les données divergent d'une étude à une autre. En effet, les critères diagnostiques jouent un rôle déterminant dans l'appréciation des données cognitives. Dans cette étude, nous nous sommes fixés pour objectif de montrer les particularités cognitives des types et des formes de la schizophrénie. Notre démarche consiste à analyser les troubles cognitifs associés aux formes de la schizophrénie, issues des classifications typologiques et dimensionnelles, chez 42 schizophrènes comparés à 19 sujets témoins. Ainsi, nous avons examiné les performances cognitives des types « paranoïde », « désorganisé» (D.S.M.-IV) et des formes « positive» « négative» et « mixte» dans des tâches cognitives et neuropsychologiques évaluant la mémoire, l'attention, les fonctions exécutives et les stratégies de résolution de problèmes, la fluidité verbale et les capacités visuospatiales. L'analyse en composantes principales (ACP) appliquée à l'échelle P.A.N.S.S. a permis d'obtenir trois dimensions de la schizophrénie: psychotique, négative et de désorganisation. Dans notre étude, les critères diagnostiques typologiques n'ont pas montré des caractéristiques cognitives des sous-types « paranoïde », « désorganisé» et des formes « positive », « négative» et « mixte ». Par ailleurs, l'approche multidimensionnelle a permis d'associer chacune des dimensions cliniques à des caractéristiques cognitives spécifiques. Mots-clés: Schizophrénie, troubles cognitifs, sous-types, dimension, psychopathologie cognitive. Abstract: Since Kraepelin's and Bleuler's fidings, the study of cognitive function in schizophrenia gained the interest of researchers in cognitive psychopathology. Hence, a consequent number of studies explored the cognitive dysfunction beyond this pathology by distinguishing subtypes and dimensions. However, findings are inconsistent. In fact, diagnostic
1 Laboratoire de Psychologie de la cognition, du langage et des émotions, Université de Provence, 29 avenue Robert Schuman, 13621 Aix-en-Provence. Adresse E-mail: mbejaoui@ifrance.com (M. Bejaoui)

Psychologie de l'Interaction, n° spécial 25&26, 9-41

criteria play an important issue in the assessment of the cognitive data in schizophrenia. In this study our purpose is to determine cognitive particularities related to different schizophrenic forms. Our method consists in exploring cognitive disorders in 42 schizophrenics and 19 healthy people. We diversify our diagnostic criteria by using more than one approach (Typological and dimensional). In the same time we assess cognitive performances related to subtypes: paranoid Vs disorganized (D.S.M.- IV) and positive Vs negative and mixed in a large rang of cognitive and psychological tasks including memory, attention, executive function/problem-solving, verbal fluency and visuo-spatial capacities. Component analysis applied to the P.A.N.S.S. shows three schizophrenic dimensions; negative, disorganized and psychotic. In our study, typological diagnostic criteria were unable to show cognitive particularities associated to paranoid, disorganized subtypes and, positive, negative and mixed forms. However, the multidimensional approach allows us to associate every single clinical dimension to a specific cognitive disorder Keywords: Schizophrenia, cognitive psychopathology cognitive disorder, subtype, dimension,

1. Introduction La schizophrénie est, vraisemblablement, la pathologie mentale dont les manifestations cliniques sont les plus variées et l'étiologie la plus multifactorielle. Depuis les travaux de Kraepelin et de Bleuler, diverses études ont tenté d'explorer les différentes étiologies de la schizophrénie. Ainsi, des hypothèses génétiques (Kendler & Dehl, 1993), neurochimiques (Bissette & Nemeroff, 1995), physiopathologiques (Andreasen & Olson., 1982; Crow, 1985; Carpenter, Heinrichs, & Wagner, 1989), psychodynamiques (Freud, 1914 ; Watzlawik, Hemlich, & Jackson, 1972) et cognitives (Hardy-Bayle, 1994; Cohen & Schreiber, 1992) ont essayé, chacune selon son objet d'étude et sa méthode, d'explorer les différents aspects de çette pathologie. Héritière de la psychologie cognitive et de la neuropsychologie, la psychopathologie cognitive est une discipline récente qui se fixe pour objectif d'identifier les troubles cognitifs dans les pathologies mentales. L'analyse cognitive en psychopathologie a, jusqu'à présent, concerné préférentiellement les états dépressifs, anxieux et schizophréniques (Hardy-Baylé, 1994). La psychopathologie cognitive postule que le niveau cognitif est intermédiaire entre le niveau biologique, le niveau clinique et le déficit d'adaptation sociale (Cuesta & Peralta, 1995; Georgieff, 1995). Ainsi, les

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troubles cognitifs dans la schizophrénie ont été associés à une pauvre qualité de vie (Buchanan., Hilstein & Breier, 1994), une mauvaise adaptation sociale (McGurk & al., 2000) et un déficit dans la résolution des problèmes de la vie quotidienne (Bellack & al.,2001). Les troubles cognitifs de la schizophrénie ont été modélisés par un certain nombre de chercheurs. Ainsi, ces troubles ont été imputés à un défaut de la représentation interne du contexte (Cohen & Schreiber, 1992), à une perturbation du traitement de la situation et de l'organisation des réponses (Gray, Feldon & Rawlins, 1991) ou, encore, à un trouble de l'organisation, du contrôle et de la représentation de l'action intentionnelle (Frith, 1992). Les travaux cognitifs portant sur la schizophrénie affirment que les schizophrènes montrent des perturbations touchant les diverses sphères cognitives (Bellack & al., 2001; Kurtz & al., 2001 ; Howanitz, Cicalese & Harvey, 2000; Brebion & al., 1997; Schooler & al., 1997; Fleming & al., 1995). Les anomalies cognitives sont observées dès l'enfance et l'adolescence et semblent être présentes chez les parents des schizophrènes. De même, elles ont tendance à se chroniciser et à évoluer tout au long de la pathologie. Dans cette optique, Howanitz, Cicalese & Harvey (2000) ont signalé que les troubles cognitifs sont présents aussi bien dans les phases aiguës que dans les phases de rémission. Ces observations ont conduit ces auteurs à considérer les troubles cognitifs dans la schizophrénie comme des indices ou des marqueurs de vulnérabilité. L'étude des troubles cognitifs de la schizophrénie est subordonnée aux diverses taxinomies et classifications. En effet, les critères diagnostiques de sélection des schizophrènes ont varié d'une étude à une autre. D'une façon générale, il existe deux approches pour décrire et classer les manifestations cliniques dans la schizophrénie. La première approche est dite catégorielle. Dans cette perspective, les schizophrènes peuvent être divisés en catégories ou en types mutuellement exclusifs. Les classifications qui illustrent cette démarche sont la classification typologique du D.S.M.-IV (A.P.A, 1994) et la classification typologique distinguant la forme « positive» de la forme « négative» (Andreasen, 1982; Andreasen & Olsen, 1982; Crow, 1980).

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Toutefois, il convient de rappeler que la relation entre ces deux classifications demeure inconnue et que les différents types qui y figurent ne sont pas superposables. Nous pouvons rajouter à ces deux classifications la C.I.M.-IO (O.M.S.), elle distingue dans le chapitre consacré aux troubles mentaux et du comportement les formes: paranoïde, catatonique, hébéphrénique, indifférenciée, la dépression post schizophrénique, la schizophrénie résiduelle et la schizophrénie simple. La deuxième approche est qualifiée de multidimensionnelle. Elle postule que les symptômes de la schizophrénie tendent à se regrouper dans différents complexes symptomatiques; des complexes qui peuvent coexister chez un même patient. Plusieurs modèles multidimensionnels ont été élaborés, nous notons ceux de Basso & al., (1998), Arndt & al., (1991), Liddle, (1987a) et Bilder & al., (1985). Si, dans les approches typologiques les catégories ou les types sont extraits à l'aide de la méthode d'analyse en Clusters, dans l'approche multidimensionnelle, les regroupements symptomatiques sont issus des analyses factorielles appliquées aux échelles psychopathologiques. Pour les auteurs du D.S.M.-IV, la théorie et la clinique suggèrent que le sous-type «paranoïde », en absence de troubles de la pensée, représente une entité taxinomique distincte. En effet, le sous-type «paranoïde» est caractérisé par un déclenchement tardif de la maladie, un moindre isolement et une plus importante rupture des relations sociales et familiales que le sous-type « désorganisé ». Par ailleurs, les fonctions cognitives des deux sous-types ont été largement étudiées (Levin, Yurgelun-Todd & Craft, 1989). Ainsi, les auteurs avaient noté que, sur le plan cognitif, le sous-type « désorganisé» est plus perturbé que le soustype «paranoïde» (Kaplan & al., 1993 ; D.S.M.-IV-A.P.A., 1994). Cependant, les données obtenues dans les recherches portant sur les processus cognitifs dans la schizophrénie et s'appuyant sur ces critères diagnostiques sont discordantes. Si un certain nombre d'études ont rapporté des différences cognitives significatives en faveur du sous-type «paranoïde» (Rosse, 1991 ; Bomstein & al., 1990; Seidman & Kremen, 1988; Finkelstein, 1983), d'autres études n'ont pas abouti à une plus grande perturbation cognitive chez les schizophrènes désorganisés lorsqu'ils sont comparés aux schizophrènes paranoïdes (Kremen & al., 1994 ; Kolb & Whishaw, 1983 ; Golden & al., 1980). Il en résulte que, sur le plan cognitif, les critères diagnostiques du D.S.M.-IV ont apporté un support

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limité à l'hypothèse voulant que le sous-type « paranoïde » ait des meilleures performances cognitives que le sous-type « désorganisé ». Dans les travaux opposant la forme« positive» à la forme «négative », l'étude des symptômes négatifs a été privilégiée. Ainsi, ces derniers ont été associés à des troubles cognitifs généralisés (Johanston & al., 1978), à une anormalité neurologique (Frith, 1992) et à une faible réponse aux neuroleptiques (Angrist, Rotrosen, & Gershon, 1980). En revanche, les symptômes positifs ont été associés à des troubles cognitifs sélectifs, notamment, attentionnels (Cornblatt & al., 1992) et à une meilleure réponse aux neuroleptiques (Angrist, Rotrosen & Gershon, 1980). L'inventaire des travaux cognitifs s'appuyant sur la distinction entre la forme «positive» et la forme «négative» est mitigé. Si certains travaux ont observé des meilleures performances cognitives en faveur de la forme« positive» (Berman & al., 1997 ; Bern & al., 1997; Cuesta & Peralta, 1995; Addington, Addington & Maticka-Tyndale, 1991), d'autres études n'ont pas mis en évidence de telles conclusions (MCDaniel, Heindel & Harris., 2000 ; Van der Does & al., 1993; Hoff & al., 1992; Morrisson-Stewart & al., 1992). En effet, même si nous observons une tendance à considérer la forme « négative» comme présentant des troubles cognitifs plus marqués que la forme « positive », les données issues des travaux fondés sur la distinction entre ces deux formes sont extrêmement controversées. Il semble que les inconsistances des données sont attribuables, du moins en partie, aux critères diagnostiques d'échantillonnage. En effet, les critères polythétiques sur lesquels se fondent les classifications typologiques présentent un biais diagnostique de première importance (Amir & Feuer, 1998). D'une part, le D.S.MN n'a intégré que d'une manière anecdotique les symptômes négatifs. Ces derniers sont aussi bien présents chez le type « paranoïde» que le type «désorganisé» et ils demeurent difficilement appréciables et quantifiables. D'autre part, les travaux qui se sont fondés sur les critères diagnostiques du D.S.M.-IV ont souvent comparé des schizophrènes paranoïdes à des schizophrènes non paranoïdes sans spécifier les types (Zalewski & al., 1998), ni le degré du déficit (Carpenter, 1992).

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Par ailleurs, l'échelle P.A.N.S.S. a été souvent utilisée comme un outil quantitatif dans l'évaluation clinique des formes « positive» et «négative ». Cependant, les analyses factorielles appliquées aux scores des patients schizophrènes dans cette échelle montrent que d'autres composantes que celles décrites par les auteurs de l'échelle sont sous-jacentes aux items des souséchelles. En effet, certains items de désorganisation étaient inclus, à tort, dans l'échelle positive. Un tel biais remet en question l'homogénéité de la forme « positive» et obscurci la relation entre les symptômes positifs et les troubles cognitifs. En outre, certains auteurs (Goldberg & Weinberger, 1995) réfutent l'existence des sous-types de la schizophrénie. Ces auteurs avancent que, dans la schizophrénie, l'évaluation clinique la plus pertinente devrait se fonder sur le critère de la sévérité symptomatique. Dans cette perspective, les caractéristiques du dysfonctionnement cognitif devraient être associées à la sévérité des symptômes plutôt qu'à un type spécifique. Actuellement, une nouvelle approche multidimensionnelle, issue des analyses en composantes principales appliquées à l'échelle P.A.N.S.S., subdivise la schizophrénie en trois dimensions (Baxter & Liddle, 1998; Liddle & al., 1989; Liddle, 1987a). Ces auteurs soulignent la pertinence de cette approche dans l'étude des fonctions cognitives dans la schizophrénie et dans la mise en évidence des associations avec les anomalies cérébrales. Cette approche a le mérite d'associer les dysfonctionnements cognitifs dans la schizophrénie à la sévérité de la symptomatologie et de rendre compte de la spécificité des perturbations cognitives dans les différentes dimensions de la schizophrénie. Une question méthodologique primordiale a été posée par les chercheurs en psychopathologie cognitive: à quel niveau faut-il étudier les troubles cognitifs dans la schizophrénie? Au diagnostic des sous-types, des syndromes ou des symptômes? (BescheRichard, 2000). Il nous semble indispensable de s'assurer que nous évaluons, sur le plan cognitif, des groupes homogènes, sinon le risque serait d'inclure des schizophrènes présentant des caractéristiques cliniques différentes. Ainsi, nous postulons que la discordance des données cognitives relatives aux schizophrènes aurait pour origine l'hétérogénéité clinique des sous-groupes de la schizophrénie. De même, nous estimons que la schizophrénie demeure une pathologie cliniquement très hétérogène. Cette

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hétérogénéité se traduirait par des différences cognitives entre les dimensions psychopathologiques issues des analyses factorielles appliquées à l'échelle P.A.N.S.S. À la lumière de ces considérations, il nous semble qu'une approche polydiagnostique qui consiste à appliquer, aux mêmes sujets, plusieurs ensembles de critères diagnostiques opérationnels permettra de réduire les biais diagnostiques inhérents à l'hétérogénéité des types de schizophrénie. Les auteurs Georgieff, (1995) et Zalewski & al., (1998) ont signalé la pertinence de la prise en considération des différentes approches de classification dans l'étude des fonctions cognitives dans la schizophrénie; comparer les sous-types et corréler les différentes dimensions cliniques aux modes spécifiques du dysfonctionnement cognitif. Un certain nombre d'interrogations portant sur les interactions entre le niveau cognitif et le niveau clinique dans la schizophrénie ont inspiré notre réflexion. Les formes cliniques définies par les classifications typologiques et dimensionnelles présentent-elles des modes spécifiques du dysfonctionnement cognitif? Quel est le rapport existant entre les formes cliniques issues de ces classifications et les troubles cognitifs? Peut-on, à travers l'étude des troubles cognitifs de la schizophrénie, distinguer les trois procédures de classifications? Globalement, nous considérons qu'au même titre que les marqueurs neurobiologiques et cliniques, les troubles cognitifs peuvent être conçus comme des indices ou des marqueurs des différentes formes de schizophrénie. L'objectif de cette étude est de mettre à jour les spécificités cognitives des types et dimensions de la schizophrénie et les indices cognitifs associés à chacune des formes cliniques. Notre méthode consiste à analyser les troubles cognitifs des formes de la schizophrénie issues des classifications typologiques et dimensionnelles et à explorer les différences et les similitudes. Ainsi, notre travail comprend trois procédures classificatoires distinctes; une première oppose les sous-types « paranoïde» et «désorganisé », une deuxième distingue les formes «positive », «négative» et «mixte» et enfin, une troisième fait émerger des dimensions de la schizophrénie à partir de l'échelle P.A.N.S.S.

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Les données expérimentales générales et les propositions théoriques nous permettent d'avancer l'hypothèse générale suivante: dans l'analyse du fonctionnement cognitif des formes de la schizophrénie, les critères diagnostiques dimensionnels sont plus pertinents dans l'établissement des spécificités cognitives que les critères typologiques. De cette hypothèse générale découlent quatre hypothèses opérationnelles: 1. Dans la première, nous avançons que les schizophrènes montreraient des performances cognitives inférieures à celles des sujets normaux dans l'ensemble des tâches et des indices cognitifs. 2. Dans la seconde, nous avançons que les types « désorganisé» et « paranoïde» ne présenteraient pas des troubles cognitifs spéc ifiques. 3. Dans la troisième, nous avançons que les formes « négative », « positive» et « mixte» ne montreraient pas des particularités du dysfonctionnement cognitif. 4. Dans la quatrième, nous avançons que les trois dimensions « négative », « désorganisation» et « psychotique» issues de l'analyse de la composante principale appliquée aux items de l'échelle P.A.N.S.S. correspondraient à des troubles cognitifs spécifiques. La dimension « désorganisation» serait caractérisée par des troubles cognitifs attentionnels. La dimension « négative» serait liée à une baisse des performances dans les tâches exécutives de résolution de problèmes. Et enfin, la dimension « positive» ne serait associée à aucun trouble cognitif.

2. Méthode
2.1. Population d'étude Notre population d'étude est composée de 42 schizophrènes et de 19 sujets témoins. Les caractéristiques démographiques de la population d'étude (n= 61) sont présentées dans le tableau 1. Ce tableau montre que 22 schizophrènes sont résidents à temps plein à l'hôpital psychiatrique Edouard Toulouse (C.H.S de PsychiatrieMarseille) et 20 autres schizophrènes sont en hospitalisation libre à l'hôpital de jour Villa Rénatta (centre hospitalier intercommunal Fréjus-Saint Raphaël). Concernant le groupe expérimental, nous avons retenu tout sujet institutionnalisé, diagnostiqué schizophrène

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(critères diagnostiques pour les sous-types «paranoïde» et «désorganisé» de la schizophrénie, D.S.M.-IV A.P.A, 1994), sous traitement neuroleptique et âgé de 18 à 60 ans. Par ailleurs, nous avons exclu de l'étude les sujets présentant des maladies neurologiques, des antécédents de traumatisme crânien, des comportements addictifs qui ont nécessité une hospitalisation, et, enfin, les sujets ayant un profil cognitif déficitaire. En ce qui concerne le groupe témoin, nous avons considéré les mêmes critères d'exclusion retenus pour le groupe expérimental.

Caractéristiques/Groupes Nombre Age Niveau d'instruction Sexe ratio: h/f Nombre des hospitalisations Age du début de la maladie

Témoin 19 38.94 (5.42) 10.15 (1.77) 8/11

Paranoide 20 39.86 (8.12) 9.54 (1.89) 15/7 4.72 (2.27) 25.58 (6.57)

Désorganisé 22 41.8 (6.84) 10.3 (3.14) 12/8 4.5 (2.58) 31.21 (7.28) de la

Tableau I : Récapitulatif des caractéristiques population d'étude: moyennes et écarts-types

démographiques

Nous avons effectué une analyse sur les rangs des moyennes relatives aux caractéristiques des deux sous-types de la schizophrénie, le but a été de vérifier si nos deux échantillons sont comparables. Les données obtenues à l'aide du test non paramétrique le Kruskal & Wallis montrent que les deux soustypes ne se différencient pas au niveau de l'âge (p= .319), de l'instruction, (p=.46) et du nombre des hospitalisations (p=.326).

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2.2. Instruments Pour l'évaluation clinique, nous nous sommes fondés sur les critères diagnostiques du D.S.M.-IV (A.P.A, 1994) pour la schizophrénie, les critères diagnostiques des sous-types « paranoïde » et « désorganisé» (outil qualitatif) et la Positive And Negative Syndrom Scale élaborée par Kay, Fiszbein & Op1er, 1987 et traduite par J.P. Lepine, 1988 (échelle diagnostique et d'intensité). Pour l'évaluation des fonctions cognitives, nous avons constitué une batterie de tests cognitifs et neuropsychologiques. Ainsi, le fonctionnement intellectuel global a été évalué par le score obtenu dans Ie Mini Mental State Examination (Folstein, Folstein & MChugh, 1975), les capacités d'abstraction et la pensée formelle par le score à l'échelle de compréhension générale (WAIS-R, 1981) et la mémoire par l'empan mnémonique visuel et verbal (Digit Span WAIS-R, 1981), le nombre des items retenus dans l'échelle de mémoire logique (WMS, 1997) et le nombre des mots retenus à l'échelle de reconnaissance des mots (Alzheimer's Disease Assessment Scale, ADAS-cog, Rosen, Mohs & Davis, 1984). En ce qui concerne l'attention, nous avons retenu les indices suivants: le nombre des erreurs dans les cartes interférence et flexibilité du Stroop test (Stroop, 1935) et le nombre des interférences sémantiques et phonétiques dans la sous-échelle de reconnaissance des mots (ADAScog). Par rapport aux stratégies de résolution des problèmes, nous avons considéré le nombre des erreurs et le nombre des persévérations, le nombre des échecs à maintenir une stratégie de classement, le nombre des essais et nombre des catégories accomplies dans le Wisconsin Card Sorting Test (WCST, Heaton, 1981). Pour leurs parts, les fonctions visuospatiales ont été appréciées par le score et le temps d'exécution de la copie et la reproduction de la figure de Rey (Rey, 1951). Par rapport à la fluidité verbale, nous nous sommes intéressés au nombre des items produits, répétés et intrus dans la tâche de fluidité verbale (Isaacs & Kimie, 1973). 2.3. Procédure Notre méthode s'est fondée sur la comparaison des performances cognitives des schizophrènes selon trois classifications: la première différencie le type «paranoïde» du type «désorganisé» (D.S.M.-IV), la deuxième distingue la forme « positive », la forme « négative» et la forme « mixte» et enfin, la troisième identifie un ensemble de dimensions de la schizophrénie issues de l'analyse en composantes principales appliquée aux

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30 items de la P.A.N.S.S. La démarche statistique consiste, d'une part, à comparer les performances cognitives des types de schizophrénie (tests non paramétriques le Kruskall & Wallis et le Mann & Whitney) et d'autre part, à corréler les performances cognitives des schizophrènes aux scores cliniques obtenus dans chaque dimension (test de corrélation de Spearman). Tous les tests statistiques ont été à un seuil de signification .05. 2.3.1. Évaluation clinique Dans un premier temps, nous avons évalué les patients schizophrènes selon les critères du D.S.M.-N (A.P.A.-1994) pour les types « paranoïde » et « désorganisé ». Pour ce faire, nous nous sommes appuyés sur une évaluation clinique (entretien clinique) complétée par les dossiers des patients et le diagnostic avancé par les psychiatres traitants. Dans un second temps et dans le but de distinguer les formes «positive », «négative» et «mixte », nous avons soumis tous les schizophrènes à une passation de l'échelle P.A.N.S.S. Les critères retenus pour la cotation sont ceux recommandés par les auteurs de l'échelle: un sujet est considéré positif s'il obtient un score de quatre points (les items de l'échelle sont cotés de un à sept points) ou plus dans trois items ou plus de l'échelle positive. Un sujet est considéré négatif s'il obtient un score de quatre points ou plus dans trois items ou plus de l'échelle négative. Les sujets qui ne correspondent pas à ces critères sont considérés comme mixtes. Enfin, et dans un troisième temps, nous avons appliqué une Analyse factorielle en Composantes Principales (ACP) avec une rotation Varimax. Le but de ce procédé a été de réduire en petit nombre les items de l'échelle P.A.N.S.S sous forme de facteurs ou de dimensions. La passation des épreuves cognitives et neuropsychologiques s'est déroulée sur deux ou trois séances. Ce choix s'explique par la disponibilité des schizophrènes (tous hospitalisés, ils participent souvent à des activités institutionnelles) et par le nombre important des épreuves administrées. En outre, pour réduire l'effet de la tâche sur les performances des sujets, l'ordre de la passation des épreuves cognitives a été varié au hasard. En effet, la mobilisation des ressources de la part des sujets est déterminée par des paramètres tels que la vigilance. Nous notons que des tâches telles que le Stroop test et le WCST nécessitent, chacune, un temps de passation qui varie entre 20 et 30 minutes.

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2.3.2. Evaluation cognitive Pour l'approche diagnostique typologique, la comparaison des performances des types de schizophrénie a été effectuée à l'aide de tests non paramétriques; le Kruskall & Wallis et le Mann & Whitney. Les deux tests de comparaison de rangs des moyennes sont à un seuil de signification .05. Par rapport à l'approche diagnostique multidimensionnelle et dans la perspective d'associer les scores obtenus dans les tests cognitifs et neuropsychologiques aux dimensions de la schizophrénie extraites précédemment à l'aide de l'ACP, nous avons eu recours au test de corrélation de Spearman, à un seuil de signification .05. Par ailleurs, nous avons utilisé Ie procédé General Linear Model Multivariate pour appréhender les éventuels effets des variables intermédiaires (âge, niveau d'instruction, âge de début de la maladie et nombre des hospitalisations). Toute la procédure statistique a été effectuée à l'aide du logiciel SPSS.V9. 3. Résultats 3.1. Les résultats fondés sur les critères typologiques du D.S.M.-IV Les valeurs alpha (test le Mann & Whitney) relatives aux performances cognitives des sous-types « paranoïde » et « désorganisé» sont présentées dans le tableau II. Ces valeurs montrent que les deux sous-types ne se différencient pas dans un grand nombre de fonctions. Ainsi, aucune différence significative n'a été observée au niveau de la mémoire, de l'attention, de la fluidité verbale et des capacités de résolution de problèmes. Cependant, nous avons noté des différences cognitives entre les deux sous-types au niveau de l'échelle de compréhension générale .005* et au niveau du temps utilisé dans la copie de la figure de Rey .033*. Ainsi, il semble que le sous-type «désorganisé» présente une plus grande perturbation du fonctionnement intellectuel global et un plus grand ralentissement psychomoteur que le type «paranoïde ». D'autre part, les deux sous-types de schizophrénie ont obtenu, dans l'ensemble des épreuves administrées, des performances cognitives inférieures à celles réalisées par le groupe témoin.

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Fonctions Fonctionnement intellectuel MMSE
Compréhension

E preuves

Valeurs alpha (p=) .139 .0052 .788 .429 .559 .408 .488 .92 .37 .074 .564 .376 .461

générale

Mémoire
Digit Span verbal ordre direct Digit Span verbal ordre inverse Digit Span visuel ordre direct Digit Span visuel ordre inverse Mémoire Mémoire Fluidité verbale Nombre de mots indicés Nombre de mots non indicés logique I logique II

Attention
Nombre des mots reconnus Nombre des interférences sémantiques Nombre des interférences carle couleurs Temps Carte interférence phonétiques

.173 .302 .452 .443 .119 .232 .559 .033" .158 .333 .896 .569 .182 .133 .09 .44

Temps Nombre des erreurs corrigées Nombre des erreurs non corrigées Carte Temps Nombre des erreurs corrigées Nombre Capacités visuo-spatiales Temps utilisé dans la copie Temps utilisé dans la reproduction Score obtenu dans la copie Score obtenu dans la reproduction Résolution des problèmes Nombre de catégories accomplies des erreurs non corrigées flexibilité

Nombre des erreurs Nombre des erreurs persévérantes Nombre d'échecs à maintenir une stratégie

Tableau II: récapitulatif des valeurs alpha relatives performances des types« paranoïde» et «désorganisé
2 Différence en faveur du sous-type paranofde à seuil de signification .05

aux

21

3.2. Résultats fondés sur les critères typologiques opposant les formes « positive », « négative» et « mixte ». La passation de l'échelle P.A.N.S.S aux schizophrènes nous a permis de constituer trois groupes: un premier groupe de schizophrènes positifs (n=l1), un second groupe de schizophrènes négatifs (n=15) et un troisième groupe de schizophrènes mixtes (n=16). Le tableau III indique les caractéristiques démographiques et cliniques de ces trois formes de schizophrénie. L'analyse statistique ne montre pas de différences significatives entre les trois groupes de schizophrènes que ce soit au niveau de l'âge (p=.347), le niveau d'instruction (p=.766), le nombre des hospitalisations (p=.924) ou l'âge du début de la maladie (p=.695).
Caractéristiques/Formes Âge Niveau d'instruction Sexe ratio: Nombre h/f Forme positive Forme négative Forme mixte

38.45 (8.16) 9.27 (1.61) 7/4 4.27 (1) 27. 55 (5.52)

41.86 (5.73) 10.13 (3.44) 1lI4 5 (3) 28.73 (5.81)

41.37 (8.59) 10.12 (2.18) 9/7 4. 5 (2.6) 31.35 (9.66)

des hospitalisations

Âge du début de là maladie

Tableau III: caractéristiques population d'étude

démographiques

et cliniques

de la

Le tableau IV présente les valeurs alpha relatives à l'analyse statistique effectuée à l'aide du test non paramétrique le Kruskall & Wallis. Ce tableau montre une absence de différences significatives entre les trois formes de schizophrénie: « positive », « négative» et « mixte» dans la plupart des fonctions étudiées. En effet, les trois formes ont obtenu des performances statistiquement équivalentes au niveau du fonctionnement intellectuel global, de la mémoire, de la fluidité verbale, de l'attention, des capacités visuospatiales et des fonctions exécutives de résolution de problèmes. Néanmoins, une seule différence significative a été observée au niveau de la mémoire de travail évaluée par le biais du Digit Span ordre direct. La forme «mixte» a montré des performances inférieures à celles obtenues par les formes « positive» (p=029) et « négative» (p =004).

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Fonctions
Fonctionnement intellectuel

Epreuves

Valeurs alpha (p=)
.964 .553 .66 .009*3 .58 .52 .384 .682 .265 .194 .07 .872 .379

MMSE
Compréhension générale

Mémoire
Digit Span verbal ordre direct Digit Span verbal ordre inverse Digit Span visuel ordre direct Digit Span visuel ordre inverse Mémoire logique I Mémoire logique Il

Fluidité

verbale
Nombre de mots indicés Nombre de mots non indicés

Attention
Nombre des mots reconnus Nombre des interférences sémantiques Nombre des interférences phonétiques

Carte couleurs Temps Carte interférence Temps Nombre des erreurs corrigées Nombre des erreurs non corrigées Carte flexibilité Temps
Nombre des erreurs corrigées Nombre des erreurs non corrigées

.69 .799 .712 .567 .914 .594 .875 .246 .308 .466 .075 .934 .187 .12 .238 .891

Capacités

visuo-spatiales
Temps utilisé dans la copie Temps utilisé dans la reproduction Score obtenu dans la copie Score obtenu dans la reproduction

Résolution

des problèmes
Nombre Nombre Nombre Nombre Nombre de catégories accomplies des essais des erreurs des erreurs persévérantes d'échecs à maintenir une stratégie

Tableau IV: récapitulatif des valeurs alpha relatives performances des formes « positives », « négatives» et «mixtes»

aux

3 seuil de signification = .05 *

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3.3. Les données cognitives fondées sur les critères multidimensionnels 3.3.1. Évaluation clinique L'échelle P.A.N.S.S comporte trois sous-échelles: « positive », « négative» et « psychopathologie générale ». Les deux premières ont été construites dans le but d'évaluer les symptômes positifs et négatifs dans les psychoses, notamment la schizophrénie. La troisième sous-échelle comporte 16 items, ils évaluent l'état psychopathologique général. Les études de validation ont souvent eu recours à l'analyse en composantes principales (ACP). L'ACP est définie comme la recherche d'un petit nombre de nouvelles variables à partir des variables d'origine. Son objectif principal est de réduire et de résumer les variables (dans ce cas les items) en des composantes ou facteurs sous-jacents. Dans les ACP opérées sur l'échelle P.A.N.S.S, les scores obtenus dans les 30 items des trois sous-échelles ont été pris en considération. Bell & al., (1994), Lindemayer, Bernstein-Hyman & Grochowski (1994) et Liddle & al., (1987) ont démontré que la désorganisation constitue une dimension suffisamment indépendante. De même, certains items de la sous-échelle psychopathologie générale s'associent significativement à ceux des sous-échelles positives ou négatives. Pour définir les dimensions ou les regroupements des items de la P.A.N.S.S, nous avons inséré, dans la feuille de calcul du logiciel statistique SPSS, les scores obtenus par les schizophrènes dans les sous-échelles positive, négative et psychopathologie générale. En option de l'analyse de la composante principale, nous avons effectué une rotation Varimax parce que les symptômes de la schizophrénie semblent être orthogonaux les uns aux autres (Basso & al., 1998). Nous avons fixé, préalablement, à trois le nombre des composantes dans la solution factorielle. Ce choix se justifie aussi bien par des considérations théoriques (un certain nombre de travaux ont conclu à la structuration de la schizophrénie en trois composantes ou dimensions; Basso & al., 1998 ; Liddle & Morris., 1991; Liddle & al., 1989) que statistiques. En effet, le graphique des valeurs propres indique que le coude de Cattel s'incline à partir de la troisième composante.

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Graphique des valeurs propres
10

4 <!J Q.

e CL
>

2

=> <!J (ij

0

Composante

Figure:

1 valeurs propres des facteurs obtenus

Comme il est mQntré dans le tableau V, l'analysé facto rieHe a permis d'obtenir trois facteurs; le premier totalise 27.35 % de la variance., le second 21.2 % et le troisième 7.64 %. La variance totale a été égale â 56.1 9 %. Valeurs propres initiales % de la variance Total expliquée 27,35 21.20 7.64
% de la variance des valeurs 27.35 48.55 56.19 propres des trois

Composante 1 2 3
Tableau V: composantes

L'ACP nous indique que les items constituant une composante sont fortement reliés les uns aux autres et faiblement reliés aux items appartenant aux autres composantes. Trois composantes

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