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Récits d'un routier du développement

De
128 pages
Publié par :
Ajouté le : 01 janvier 1996
Lecture(s) : 60
EAN13 : 9782296326798
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Collection
" Mémoires du XXe siècle"Georges Zottola
,
RECITS D'UN ROUTIER
"DU DEVELOPPEMENT
Editions L'Harmattan
5-7, rue de l'Ecole-Polytechnique
75005 - ParisV auteur
Georges ZOTTOLA est né en Egypte. Journaliste au
Caire et à Paris, puis attaché auprès d'une organisation
internationale à Rome. Il a ramené notamment, de ses
voyages à travers le monde, La faim, la soif et les
hommes, traduit à l'étranger, et l'actuel Récits d'un
routier du développement. Deux prix de journalisme.
Couverture: L'auteur au Niger (décembre 1976)
(QL'Harmattan, 1996
ISBN: 2-7384-4696-5"Mais voici qu 'aujourd 'hui nous avons éprouvé
la soif Et ce puits que nous connaissions, noZls
découvrons, aujourd'hui seulement, qu'il ra-
yonne sur l'étendue Une femme invisible peut
enchanter ainsi toute une maison. Un puits
porte loin, comme l'amour".
Antoine de Saint-Exupéry
Terre des hommesAVANT-PROPOS
Ces récits relatent des expériences vécues, positives
pour la plupart, alors que la route du développement est
semée d'échecs autant que de succès. Mais il nous
importait de mettre en lumière l'effort, même minime,
de l'homme pour changer son destin; le bourgeon éclos
dans le désert, promesse de moissons nouvelles.
Les textes, réunis ici pour la première fois, ont été
écrits à des dates diverses, au hasard des reportages. Les
chiffres et les statistiques qui y figurent sont pour la
plupart périmés, mais non l'action et le sens qu'elle
revêt, qui restent d'une actualité brûlante.
Le "développement" est le grand défi planétaire de
cette fin de siècle. Mot abstrait et revêche qui cache la
peine de vivre, la volonté de survivre de milliards
d'hommes plus de la moitié du genre humainAlexandre le Grand vaincu
par un démon bancal
Dans la jungle de Ceylan infestée de serpents, au
coeur des tempêtes de sable du désert soudanais, j'ai vu
des hommes engagés dans un combat acharné contre un
des ennemis les plus redoutables de notre temps' le
paludisme.
- La guerre sera totale ou ne sera pas. les demi-
mesures équivalent à une défaite, m'avait dit, à Genève,
en étalant ses cartes de chef d'état-major, le Dr Carlos
Alvarado, directeur de la Division de l'éradication du
paludisme de l'OMS
Cette guerre, dont l'enjeu est la survie d'un milliard
d'hommes et le décollage socio-économique de près de
cent pays, je l'ai vécue sur la ligne de feu.
C'est par un lourd après-midi de juin que le
quadrimoteur d'Air India, quittant la fournaise de la
Nouvelle-Delhi, m'avait déposé à Colombo, dans un
paysage de cocotiers et flamboyants.
Le Dr Frohlich, représentant de l'OMS à Ceylan, me
conduisait peu après vers un paisible bungalow de la
banlieue de la capitale. Par les fenêtres grandes ouvertes,
j'aperçus des jeunes filles en sari, les cheveux piqués de
fleurs, penchées sur des microscopes. Le Dr Frohlich
9écarta les deux demi-battants d'une porte. Un homme
vêtu de blanc était assis à une table. Traits vigoureux,
regard ferme derrière des lunettes d'écaille
dit mon-Le Docteur Visvalingam, me
accompagnateur
Nous étions devant le responsable de la campagne
contre le paludisme à Ceylan, un homme, m'avait-on dit
de lui à Genève, "of tremendous enthusiasm and
energy"
L'histoire du paludisme à Ceylan se confond avec
l'histoire de l'île: un royaume, vieux de vingt-cinq
siècles, attestant d'une civilisation florissante
Pourquoi les descendants des premiers rOIS
abandonnèrent-ils les vallées fertiles au nord du pays
pour se réfugier dans le sud inexploré? Et pourquoi
l'ancien royaume devint-il la proie d'une jungle
impénétrable?
"Une terrible sécheresse ayant frappé Anuradhapura
(1) - rapporte une légende locale - le roi Sri Sangabodhi
implora le secours du ciel. Un déluge suivit Mais,
aussitôt après les pluies, un démon bancal et ventru
apparut, frappant les hommes d'un mal étrange qui
provoquait des frissons et les conduisait à la mort".
Un document du 14ème siècle, dû à Bouddahputra
Théro, mentionne une fièvre récurrente "dont les
attaques surviennent tous les deux ou trois jours" Et
une des premières cartes de l'île, établie par les
Hollandais en 1638, indique la région de l'ancien
royaume de Yala, comme "dépeuplée et abandonnée
depuis trois siècles à cause de la fièvre"
(1) capitale du premier royaume cingalais au nord-ouest de ['île
10Evoquant à son tour la cour établie à Anuradhapura,
un missionnaire, le Père Quieroz, écrit en 1687 que les
lieux furent désertés à la suite d'une "maladie qui ravage
le pays et tous les pays chauds". Et "qui attaque la
même personne deux ou trois fois de suite"
Un nommé Knox, qui passa, au 17ème siècle, de
longues années de captivité à Kandy, rapporte que
l'étrange mal faisait tant de victimes que, souvent, les
prisonniers étaient laissés sans nourriture, personne
n'étant plus là pour la leur assurer.
Le "démon bancal et ventru" qui avait succédé aux
rois d' Anuradhapura régnera pendant près de mille ans
dans le nord de l'île. la zone sèche où le paludisme est
endémique. Et lorsqu'il fera des incursions dans les
terres du centre et du sud, ce sera pour y provoquer les
plus terribles hécatombes.
Les épidémies se suivent à des intervalles réguliers -
de trois à cinq ans - et succèdent à une période de
sécheresse 1906, 1911, 1914, 1919, 1923
L'Association des planteurs de thé à Ceylan élabore
en 1926 un premier plan organisé de lutte.
Le démon bancal £Tappeencore en 1928. Mais c'est
l'épidémie de 1934 qui marquera la date la plus
sanglante de l'histoire de l'île Un enfant sur deux
terrassé par le mal. A Kurunegala la mortalité est de 800
enfants sur 1000 !
En six mois - de novembre 34 à avril 35 - 4 des 6
millions d'habitants de Ceylan sont atteints de
paludisme! Les morts se chiffient à 60.000.
Le récit qu'en fait le chef des services quarantenaires
de l'époque, le Dr Ratnajka, rappelle les descriptions du
Joël biblique
"Je venais de terminer mes études de médecine. Je fus
11dépêché sur les lieux de l'épidémie Le choc que j'en
éprouvai m'a marqué pour la vie. Nous traversions des
villages-fantômes. Dans les huttes, grands-parents,
parents, enfants, couchés côte-à-côte sur des nattes,
agonisaient dans de terribles convulsions. Les enfants
avaient le ventre ballonné, gros et rond comme un
tambour. Pas une maison qui n'eût sa tombe fraîche. Les
cadavres s'amoncelaient sous les arbres".
Une seule alternative possible. détruire le démon
bancal ou être détruit par lui
En 1937, un plan de lutte contre le fléau est étendu à
l'île. 105 centres opérationnels essaiment l'entière
région. Des commandos du désespoir et de l'espérance.
En 1940, le mal frappe cependant 3AB. 618 des
5 915 000 habitants de l'île. Près de 3 hommes sur 5 !
Une arme semble enfin découverte, en ces mêmes
années où s'achève victorieusement la deuxième guerre
mondiale. Son nom est DDT. Pulvérisation intensive de
l'île en 1946. 1.500000 habitants frappés encore par le
mal en 1947, mais déjà 600.000 en 1950 et 23 000
seulement en 1955.
L'espoir conquiert les coeurs. Mais presque aussitôt
une nouvelle alarmante balaye l'île comme un typhon.
Le démon bancal a développé de mystérieuses défenses.
il résiste aux attaques du DDT! Les courbes des
graphiques grimpent à nouveau à la verticale. Courbes
où s'inscrivent des milliers de morts.
Il n'est plus question de tergiverser Pour les
autorités, c'est une de vie ou de mort. Et en
novembre 1958, un Plan quinquennal pour l'éradication
du paludisme est lancé à Ceylan
Le commandement de l'opération est confié au
Docteur Visvalingam.
12